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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 10:40

La gestuelle maçonnique

Contrairement aux mots qui ont besoin de silence entre eux pour faire sens, la gestuelle ne laisse aucun espace silencieux, tout fait sens, que ce soit dans le mouvement ou que ce soit dans l’immobilité. On ne peut que s’en rendre compte : tout franc-maçon qui bouge ne fut-ce qu’une oreille, et même s’il ne bouge pas, est cadré par le rituel qui s’impose à lui par des impératifs verbaux, posturaux, matériels, contextuels, et chacun d’eux complète et précise le sens des autres. Les gestes des fømø et les objets du temple eux-mêmes sont intégrés dans un système global formant un véritable système culturel pour nous dégager de nos mécanismes d’animaux. C’est un cadre qui se veut moral et spirituel pour laisser éclore la fleur humaine.

C’est ainsi qu’à travers son rituel, la franc-maçonnerie accorde une place extrêmement importante à la communication non-verbale, notamment kinésique (les mouvements du corps) et proxémique (les postures immobiles et la façon d’occuper l’espace dans le temple selon la fonction ou le grade). Malgré sa nature analogique (par exemple, pieds, bras et mains formant une équerre), la gestuelle maçonnique se rapproche davantage d’un code prédéterminé, d’un langage conventionnel, et cela même si elle ne possède pas toutes les nuances et les possibilités qu’offre l’oralité. C’est d’ailleurs à cause de cet aspect ébauché que chaque nouveau signe appris par le franc-maçon est suivi normalement d’une explication verbale dans les formations données par les surveillants.

La dimension de cette gestuelle, intentionnellement signifiante, est indéniable. comme si chaque instant de la présence dans le temple devait être une prise de conscience permanente, prise de conscience éclairée par l’interprétation symbolique de chaque geste pour en faire sens, moral ou spirituel. Cependant, l’intentionnalité de ces messages gestuels n’implique pas toujours une conscience totale, de la part du fømø. L’élargissement de cette compréhension conduit bien sûr à l’efficacité du rituel qui ne peut intervenir que progressivement, par la répétition dans le temps et par la recherche de sens. Si à tel sentiment éprouvé correspond un geste instinctif, la répétition de ce geste peut permettre d’éprouver le même sentiment. Le comportement, durant les travaux, traduit l'équilibre, la patience, la profondeur et la justesse d’une conscience.

Tandis que le mode verbal est basé sur le pouvoir du verbe, le mode gestuel est basé sur l'effet de magie dans le sens que lui donne Mircéa Eliade à savoir : rien n'est séparé de rien ou tout est lié à tout par une texture invisible. Ici aussi apparaissent des relations invisibles entre le conscient et l'inconscient. La réitération de tels gestes fait dès lors partie de la technique initiatique. En contact avec ce nouveau monde qui est au-delà de la dualité, le fømø unifié peut alors vivre, avec un égal bonheur, dans le visible ordinaire et dans l’invisible.

J’ai essayé de clarifier l’inextricable ensemble des éléments auxquels j’avais pensé comme expression d’une gestuelle maçonnique. Alors quels sont-ils?

Les types de gestes maçonniques

Je détacherai le premier geste, avant la tenue, qui est celui de revêtir les décors obligatoires (tablier, gants, cordon ou sautoir, robe ou vareuse éventuellement…) pour nous séparer du monde profane.

Au cours d’une tenue on trouve :

  • Les gestes de posture (proxémique des officiers avec épée ou canne et des frères et sœurs sur les colonnes), position assise, demande et prise de parole, position dans la chaîne d’union, position des mains au banquet d’ordre…)
  • Les gestes de déplacement (voyages des cérémonies, abaissement du corps pour passer la porte basse, toucher la terre, le premier travail d’apprenti, marche en avant ou à reculons, les pas, circambulation des officiers ou des f øet sø…)
  • Les signes de reconnaissance de degré ou d’appartenance (à l’ordre, attouchements des mains, signes, …)
  • Les gestes rituéliques (relèvement (les cinq points parfaits), batterie, enlever les gants, entrer et sortir du temple…)

>>> Je ferai 3 remarques :

  • aucun signe ne se fait assis (sinon la demande de parole chez nous) ;
  • certains gestes ne se font qu’une seule fois dans la vie d’un maçon, ils se doivent d’être particulièrement marquant (comme la brûlure de la purification par le feu) ;
  • de nombreux gestes font référence à des zones très précises du corps.

Après avoir inventorié les gestes de la gestuelle maçonnique, on peut alors s’interroger sur deux aspects de chaque geste : comment doit-il être réalisé pour être conforme au message qu’il est sensé émettre ? Que signifie exécuter tel geste pour l’autre et pour moi ?

Approches de quelques exemples

À l’ordre

Comme l’expression « à l’ordre » l’indique, c’est une sortie du chaos, pour servir la maîtrise de la parole, c’est un ordonnancement du corps assurant le pouvoir de l’esprit sur tout désordre intérieur. Le principe de tout geste rituel, fait de manière codifié et efficace, est qu’il véhicule un sens.

RÉAA, RF récent, MM : lorsque le franc-maçon se lève pour prendre la parole, il doit se tenir à l’ordre. Au premier degré, c’est une posture debout, pieds joints et en équerre, la tête redressée, le bras droit à l’horizontale formant équerre avec le corps, la main bloquant la gorge (avec ou sans pouce écarté), le bras gauche le long du corps, le regard droit. Cette attitude permet de séparer symboliquement les deux parties du corps, le sec et l’humide, la lumière et l’inférieur. La noble portion, qui contient la tête et le cœur, sièges de la raison et des affections, des facultés intellectuelles et spirituelles, celle qui doit travailler, est ainsi protégée, par la conscience du geste, des influx des zones corporelles, sièges de l’affectivité et des passions (plexus solaire et parties génitales) vouées à l’accomplissement des fonctions charnelles de la nature.

RÉR, RF traditionnel : le bras est relâché contre le buste et pas nécessairement à l’horizontale.

RÉ, dans la position à l’ordre, le pouce droit est passé de l’autre côté (gauche) du cou. La prise de parole a lieu à l’ordre mais, dans certaines variantes, plutôt au signe de fidélité.

RY, Rite Standard d’Écosse ou Rite Écossais d’Écosse : se tenir à l’ordre consiste à se tenir dans la position du « Dieu garde » ou « Due Guard », après être passé une première fois par la totalité des signes ou non (variantes). Dans les cas où le franc-maçon est autorisé ou invité à prendre la parole, il passe par tous les signes (Dieu garde + pénal) et se tient au signe de fidélité.

Var. RÉAA, RF récent, var. MM : l’ordre de table se fait assis ou debout, la main en équerre à plat sur la table, le pouce le long de celle-ci.

À l’ordre de compagnon

Posture dans laquelle se met le franc-maçon, lorsqu’il est debout et travaillant au deuxième degré. RÉAA, la main droite sur le cœur, les doigts arrondis en griffe, comme pour le saisir ; l’avant bras gauche élevé, le bras dans le plan du corps, la main étendue paume ouverte, pouce en équerre, à hauteur de la tête pour exprimer que le travail manuel est équivalent au travail intellectuel. ROS, RÉR, RAPMM, RF traditionnel : main droite sur le cœur le pouce étant relevé en équerre, la main gauche pendante.

La mise à l’ordre précède la prise de parole et/ou l’exécution du signe.

RÉ. L’ordre est une position proche de celle du RÉAA, à ceci près que le bras gauche, levé en équerre, l’est vers l’avant et non dans le plan du corps, donnant symboliquement au compagnon une posture tridimensionnelle.

RY. Signe d’ordre sans doute le plus ancien, fournissant une explication originelle aux signes dérivés dans les autres rites ou rituels : bras gauche en équerre (comme au RÉAA), main droite tendue vers l’avant, pouce à l’équerre, comme si elle reposait sur la Bible. Ceci rappelle la position d’obligation (le serment) du compagnon, main droite sur la Bible, main gauche tenant en principe une lance ou une verge pointe en l’air et fichée dans le sol, en mémoire de Moïse, Aaron et des deux bienheureux saint Jean, le bâton symbolisant alors celui de Moïse appelant les forces telluriques, la verge d’Aaron un signe d’investiture céleste (sacerdotale), alors que le trait vertical reliant Ciel et Terre est traditionnellement associé au Baptiste et à l’Evangéliste au Rite York.

Quand elle est pratiquée « à vide », cette position, c'est-à-dire en signe d’ordre en loge, est appelée Due Guard ou Dieu Garde. Elle est explicitement rapportée à Josué qui, de la main droite stoppant symboliquement l’armée ennemie, a retenu le soleil par un geste de la main gauche pour avoir le temps de parfaire sa victoire sur les gabaonites (Josué 10.12-14).

RSE/RÉÉ. La symbolique du signe d’ordre, également appelé Due Guard, est la même qu’au Rite York, à ceci près que l’exécution du signe connaît de nombreuses variantes situées entre celle du RY et celle du RÉ.

À l’ordre de maître

Le Maître se prépare à se couper le ventre en rappel de son serment.

Pour Jules Boucher, cette posture consiste à placer sa main droite, pouce écarté, contre le flanc gauche à la hauteur du nombril. Au Rite Écossais, on pose la main à plat, au Rite Français, on pose la main perpendiculairement, de telle sorte que l'extrémité du pouce appuie seule contre le flanc gauche au-dessous du pectoral. Au rite de Salomon, on met le bras droit plié en équerre, la main droite ouverte tenue horizontalement, les 4 doigts étendus et rapprochés, le pouce écarté en équerre et appuyé contre la partie gauche et inférieure de la poitrine, au-dessous du pectoral, à la jonction de l’abdomen, le bras gauche pendant le long du corps.

Le point central du corps correspond au troisième Chakra. Son nom, Manipûra, vient de ce qu'étant le centre des énergies du feu, il étincelle comme un joyau.

Il est évident de constater que l’évolution des signes, au cours des trois premiers degrés, se fait de haut en bas ; ainsi l’influence spirituelle gagne peu à peu l’initié, tout d’abord par l’intellect, puis vers le cœur pour enfin gagner le centre des énergies et se répandre dans tout notre être. La notion des trois foyers représente donc un tout pour lequel l'homme reste le centre. Cela se retrouve parfaitement sur la ligne dessinée par les méridiens qui les gouvernent et dont l'axe contrôle l'abdomen, le cœur et la gorge.

Platon enseignait que tout est hiérarchie dans l’être humain ; la tête doit dominer le cœur et celui-ci doit dominer le ventre, symbole de tous les appétits terrestres et de toutes les passions inférieures.

Être sans désir mauvais est le grand secret du Maître, qui peut, par la puissance de sa volonté, triompher de toutes ses faiblesses. Un Maître se domine entièrement et sans effort. Il a triomphé de ses derniers sursauts d’égoïsme. Ainsi libéré de lui-même, il pourra remplir son devoir social et libérer les autres.

Attouchement(s)

Signe manuel de reconnaissance entre francs-maçons. Il varie selon les grades. L'attouchement consiste à prendre avec la main droite celle d'un Frère ou d’une Sœur et à faire, discrètement, selon le degré d’identification, un certain nombre de pressions sur une partie précise de la main.

L’attouchement maçonnique du maître consiste en une certaine grippe amicale ou fraternelle, par laquelle un maçon peut en reconnaître un autre, dans le noir comme dans la lumière.

On trouve dans le Rituel du marquis de Gages de 1763 une précision de ce qui aurait pu être l’attouchement de reconnaissance du maître pour se faire payer lors de la construction du temple, avant la mort d’Hiram. L'ancien attouchement se faisait ainsi : lorsque les maîtres avaient le samedi arrangé toutes les affaires du temple, ils venaient à la chambre interne où Hiram les recevait et leur demandait mot, signe, attouchement, passe et signification. Les Maîtres pour recevoir leur salaire prenaient Hiram par la première jointure du doigt médius disant Jakin puis par la seconde disant Booz puis par la troisième disant Jéhova, nous sommes 3593 Maîtres qui recevons ce salaire. Après la mort d'Hiram, on donna une signification à ces quatre chiffres : que trois forment, que cinq composent, que neuf furent députés pour aller à la recherche du corps du Maître et que trois l'assassinèrent.

En se saluant, la griffe est aujourd’hui la manière de se reconnaître entre maîtres.

Attouchement du compagnon

RÉAA. L’attouchement se fait en présentant la main droite, prenant la main de celui qui examine, posant le pouce entre le médium et le troisième doigt, ce qui appelle le mot de passe que l’on donne, Schibboleth ; ensuite on presse l’ongle du pouce sur la premier phalange du médium, ce qui appelle le mot sacré, Jakin.

Cinq points parfaits

C’est par les cinq (5) points parfaits que se fait le relèvement du maître lors de la cérémonie de passage.

Dans les rituels anglo-saxons, on les appelle les cinq points de la fraternité. MM. ces points sont appelés les cinq points de la Perfection magistrale, les cinq points parfaits de la maîtrise, ou encore les cinq points de la fraternité.

Ce n'est qu'en 1724 que certains ouvrages maçonniques font état de cinq points justes, mais c'est vers 1730 que la maçonnerie traditionnelle introduit un mot sacré. Ce dernier est un élément fort, constitutif de l’origine et de la tradition maçonniques. Il confère aux cinq points de contact son caractère de « parfaits » en unissant les natures humaine et divine.

1° Se prendre mutuellement le poignet droit, en formant la griffe ;

2° s'approcher réciproquement du pied droit par le côté intérieur ;

3° rapprocher les poitrines du côté droit ;

4° se toucher réciproquement le genou droit ;

5° poser réciproquement la main gauche sur l'épaule droite vers le dos, pour se tenir plus étroitement et s'attirer l'un à l'autre, ou tendre chacun le bras et la main gauche comme en salut romain derrière l’autre, en signe de protection, l’ensemble formant de profil une étoile à cinq branche, signe au RSE/REE des cinq points de la fraternité.

C'est dans cette position seulement qu'on se communique alors le mot sacré dont on épelle alternativement les syllabes à l'une et l'autre oreille.

RER. Ils rappellent aux maçons la sincérité, la cordialité, l’union intime qui doit régner entre eux et l’obligation de se secourir les uns les autres de tout leur pouvoir.

Les 5 points parfaits préexistaient déjà chez les opératifs sous forme de topage des coteries et pays (compagnons) ; cet usage existe encore de nos jours. À l'époque ils se nommaient les cinq points du Compagnonnage.

Au Rite Émulation les cinq points correspondent aux cinq signes du grade : le signe d’Horreur, le signe de Compassion, le signe pénal, le signe de Douleur et de Détresse et le signe d’Admiration et de Triomphe, appelé aussi Grand Signe ou Signe Royal.

Guilbrette

Accolade rituelle signalant la fraternité compagnonnique : les deux Compagnons mettent leurs cannes en croix de Saint-André sur le sol, ils se placent l’un près de l’autre, le côté gauche en avant de manière à ce que les deux pieds occupent les quatre angles formés par le croisement des cannes, les deux hommes se donnent alors la main droite, se " topent " (se parlent), ils échangent les mots sacrés et les phrases Rituelles, à l’oreille, puis font la guilbrette : les deux mains gauches sur la hanche gauche, les jambes droites " entrecroisées, ils se donnent mutuellement à boire, de leurs mains droites, les bras droits étant croisés.

Cette accolade n’est pas sans rappeler les cinq points parfaits du relèvement du maître.

Griffe (du maître)

La griffe était connue des Anciens. Les Orphiques et les Gnostiques la pratiquaient couramment et ont été, de ce fait, l’objet des attaques sophistes des Pères de l’Église, voulant attaquer la griffe initiatique où l’on se chatouille le creux de la main. Les polémistes chrétiens y voyaient un mariage avec les démons. L’expression « chatouiller le creux de la main » montre bien que la Griffe n’était pas simplement le fait de se donner la main comme le font les profanes, mais un moyen rituel de se faire reconnaître par des actes précis que l’on échangeait à cette occasion.

La griffe se pratique avec 3 doigts formant un triangle. On attribue aux doigts les correspondances suivantes. Le pouce signifie la volonté, les Romains l'utilisaient déjà, on le retrouve également au baptême chez les catholiques ; pour le maçon, il sera toujours écarté du reste de la main. L’index correspond à la religiosité, les Sémites l'utilisent pour la lecture. Le Médius convient plutôt, chez les catholiques, à la philosophie. Le pouce et le médius réunis, formant bracelet ou poignée, sont, surtout chez les grecs, latins et orientaux, synonymes de force et bonheur.

La griffe du maître n’est pas une simple poignée de mains. Il s’agit d’une entente, d’un jumelage, d’une solidarité à toute épreuve ; les cinq doigts sont tous actifs et impliqués pour concrétiser cette entente fraternelle indissoluble.

Dans les Rites des Ancients, notamment dans le Guide des Maçons Écossais du RÉAA de 1814, la griffe du maître fait référence à la patte du lion. Le lion est le symbole de la tribu de Juda, celle-là même qui donna naissance à tous les plus fameux personnages de la Bible, dont David et Salomon. C'est donc aussi un signe de force et de royauté. Le lion est aussi l’attribut de Saint Marc et pourrait représenter la Terre et la matérialité.

On peut faire une analogie entre la griffe du maître et les serres de l'aigle qui est la particularité de saint Jean l’évangéliste représentant l’air, le ciel, la spiritualité. Le symbole alchimique de l'aigle terrassant le lion représente le passage du monde matériel au monde spirituel.

Le Manuscrit Sloane décrit ainsi la poignée de main au grade de maître : à se saisir mutuellement la main droite en appuyant fortement les ongles des quatre doigts sur le carpe ou l'extrémité du poignet, tout en enfonçant l'ongle du pouce juste entre la seconde jointure du pouce et la troisième de l'index. Toutefois, certains disent que la poignée de main de maître se fait comme je viens de le dire, à ceci près que le médius doit aller un peu plus loin d'un pouce ou de la longueur de trois grains d'orge, de manière à toucher une veine qui vient du cœur.

S'agissant des mains, la symbolique est aussi très répandue dans nos cultures. En maçonnerie la main est synonyme d'union et de connaissance. C'est par les mains que l'on relève le maître et par la parole qu’il est ressuscité.

Pour être conçu, il faut qu’un générateur dépose la semence de vie dans un milieu favorable et réceptif ; la Mère a en elle une «chambre du milieu » où cette précieuse opération de création de la Vie pourra se faire. Il faut donc que le néophyte ferme sa main en griffe pour symboliser la cavité réceptive du germe de vie et que l’initiateur pousse son doigt médius au sein de cette cavité au moment où il ferme sa main en griffe sur la main du néophyte ; cela signifie : «je te crée Maître». Le maître initiateur doit donc émettre une flamme spirituelle, qui favorisera la naissance du néophyte à un nouvel état supérieur de conscience et de spiritualité. Ceci perçu, le néophyte à son tour pousse son médius dans le creux de la main de son initiateur en disant mentalement : Je viens de naître. Me voici !

à propos de la griffe, l’explication qu’en donne Le catéchisme des trois coups distincts de 1760 est la fraternité comme code moral : Premièrement, main contre main, signifie que je tendrai toujours la main à un frère [sœur] pour l’aider, tant que cela sera en mon pouvoir…

Grippe

Mot utilisé pour désigner l’attouchement de reconnaissance de la main. Au troisième degré, grippe est synonyme de griffe (du maître). Dans les rites anglo-saxons, elle porte comme nom le mot de passe Tubalcaïn, donné parfois par syllabe, parfois en entier.

Signe

Comme le symbole, le signe est un repraesentatio, quelque chose qui est mis pour quelque chose ou quelqu'un, arbitraire il est inventé, unilatéral, sans vie, épuisé dans sa définition, clair et défini dans sa signification (par exemple les panneaux définis dans le code de la route).

Signe de désolation

RDLM. Lorsque sa pierre est rejetée, le compagnon de métier, attristé, appuie sa main droite sur sa joue, laissant aller sa tête sur le côté et s’écrie avec désolation : hélas, hélas, j’ai travaillé en vain.

Signe de détresse

Appelé aussi signe de secours. Le frère revêtu du troisième grade, qui se trouve dans un danger imminent, fait le signe de détresse, et dit : à moi les enfants de la veuve. Tout maître qui entend cet appel vole au secours du frère qui est en danger, et, pour le sauver, expose sa propre vie (Etienne François Bazot, Manuel du Franc-Maçon, Paris, 1817).

Le signe se définit ainsi : Porter la jambe droite derrière la gauche, incliner le buste en arrière, ayant placé sur la tête les deux mains jointes par leurs doigts entrelacés, les paumes en haut et, dans cette position s’écrier « À moi les enfants de la Veuve, (Mémento du 3ème degré du Rite Français).

D’après Oswald Wirth, ce signe a une variante : il peut s’exécuter d’une seule main fermée, placée sur la tête, puis ouverte doigt par doigt en prononçant « Sem, Cham, Japhet », les trois fils de Noé symbolisant les ancêtres des différentes races humaines sur lesquelles s’étend la franc-maçonnerie dans son universalité.

Le sens en est précis, il s’accompagne de mots qui rappellent aux frères et sœurs qu’ils sont enfants d’un même père, Hiram, et qu’ils restent solidaires dans la défense de sa veuve, la franc-maçonnerie.

En 1843, l’historien Bègue-Clavel popularise ce signe en publiant la célèbre gravure du capitaine américain Mac Kinsty attaché à un arbre par les Iroquois et échappant à une mort certaine en l’esquissant. Les mains jointes ouvertes au-dessus de la tête, il se signale ainsi à Brandt, un chef indien élevé et initié en Angleterre qui, l’ayant reconnu, l’épargne.

Les guerres impériales seront l’occasion de vanter ces gestes salutaires qui se seraient multipliés sur les champs de bataille d’Iéna à Waterloo. On sait qu'à la bataille d'Austerlitz, un officier français, renversé par les Russes et menacé de vingt baïonnettes, ayant fait le signe de détresse, fut arraché à la mort par un officier ennemi qui eut pour lui les procédés les plus généreux (rapporté par Charles-François-Nicolas Quentin dans son dictionnaire).

Le Signe de détresse le plus célèbre reste celui qu’aurait fait le frère Brisson lors de la présentation houleuse de son ministère en juin 1900 et dont on ne sait s’il est mythe ou réalité. Il prit une posture peu ordinaire, il croisa les doigts, paumes vers l’avant, tendit les bras au-dessus de sa tête, renversa son corps en arrière et lança un « à moi les enfants de la veuve ! ». Ce cri, dit-on, aurait permis de rallier les députés francs-maçons présents et sauver le ministère Waldeck-Rousseau.

Signe de douleur et de détresse

Au Rite Émulation, le signe de douleur est enseigné au récipiendaire : le signe de douleur se fait en portant la main droite, le pouce à l’équerre et doigts tendus, de la tempe droite à la tempe gauche, puis en laissant tomber la main le long du corps, le pouce toujours à l’équerre. Ce signe tire son origine du geste que fit notre Maître, pendant son trajet de la porte du Nord à la porte de l’Est du Temple, alors que ses souffrances étaient si intenses que la sueur perlait en larges gouttes sur son front, et qu’il fit ce signe pour soulager un temps ses angoisses.

Signe de fidélité

Se substitue au signe d’Ordre dans les prises de parole ou les récitations rituelles aux RY et RSE/RÉÉ. La main sur le cœur, pouce à l’équerre, signifie l’harmonie et l’union fraternelle, la conservation des secrets scellés dans le cœur (acclamation fidélité-fidélité-fidélité). Le pouce à l’équerre dans cette posture rappelle la rectitude morale.

RY. Le signe de fidélité, lors de l’ouverture et de la clôture de la loge, est utilisé en liaison avec les prises de paroles successives du très vénérable et des surveillants.

Le signe de fidélité est utilisé en certaines occasions au RÉ.

RDLM. Signe fait lors de la cérémonie d’avancement quand le candidat a passé les épreuves, ramené la pierre d’angle au vénérable maître de la Marque qui le considère qualifié pour avancer à l’honorable grade de maître de la marque.

Signe d’effroi

Signe d’horreur que firent les maîtres lorsqu'ils reconnurent le Maître Hiram assassiné. Il se fait en reculant du pied droit, le gauche ne bouge pas. On porte la main droite en équerre sur le cœur y posant le pouce, les quatre doigts serrés sans être appuyés nulle part et de la gauche vous faîtes deux équerres dont une avec le bras et l'autre avec la main pouce ouvert et les autres quatre doigts serrés. La signification est : le signe fait trois équerres qui dénote que les maîtres font ce signe comme chef de l'équité (Rituel du marquis de Gages 1763).

Signe de foi

RY et RÉ : il est adopté pour les prières, les invocations et la bénédiction patriarcale.

Signe d’horreur

RF. Le signe d’horreur permet aussi de vérifier le degré de maître des travaux à leur ouverture. TR. : Vénérable Frère Premier Surveillant, êtes-vous Maître? 1er surveillant : Eprouvez-moi, l’acacia m’est connu. TR. : Donnez-moi le signe de Maître. Le Premier Surveillant donne le signe d’Horreur. La tenue de Maître se termine par le signe d’horreur.

Le signe d’horreur se fait debout et à l'ordre, en portant la main à la hauteur du front, la paume en dehors, la tête un peu effacée du côté droit et faisant un mouvement de corps en arrière. Il sert de reconnaissance du degré d’appartenance des membres présents.

Rite français philosophique. étant à l'ordre, élever les deux mains au-dessus de la tête, les paumes en avant, les doigts étendus et séparés, et faire un mouvement du buste et des bras en arrière, puis ramener le buste et laisser tomber les bras. Se remettre en position d'ordre.

RÉAA. Ce signe est exécuté à la découverte du corps d’Hiram, pieds en équerre, les deux bras sont tendus le long du corps et s’élèvent pour décrire chacun un demi-cercle, tandis que la colonne vertébrale se cambre, la tête est rejetée en arrière et l’ensemble du corps forme un arc de cercle. L’élan provoqué par le mouvement rapide des bras vers le haut tend à soulever le corps dans la direction verticale. Cet élan vers le haut surprend, en même temps qu’il fait prendre conscience que la suite va se passer dans une dimension qui fait plonger vers le ciel.

Puis ce signe d’horreur se termine. Les mains sont tendues, les doigts séparés on s’écrie : « Ah ! Seigneur Mon Dieu » ; les mains retombent sur le tablier, marquant ainsi l’étonnement, la stupéfaction et l’accablement à la vue du cadavre du Maître Hiram. Pour la première fois, en effectuant la marche du maître, une phrase est prononcée à voix haute.

Le recours aux mots «Seigneur» et «Dieu» sont à prendre en référence à l’époque où ces rituels ont été écrits et où la religion était très présente.

RMM. Tourner vivement le visage vers la droite, en levant les deux mains vers la gauche, pouces joints par les pointes, disposés en équerre par rapport aux autres doigts qui sont joints comme de coutume.

Signe(s) de reconnaissance

Gestes, insignes, marques, mot de passe ou posture permettant à un franc-maçon de se faire reconnaître comme tel. Le Sloane en énumère de nombreux : L'un des signes consiste en un mouvement de la main droite en travers de la poitrine, de gauche à droite, le bout des doigts passant à trois ou quatre pouces au-dessous du menton ; un autre à retirer son chapeau de la main droite, avec les deux premiers doigts au-dessus du bord, le pouce et les autres doigts au-dessous, et à lui faire faire un mouvement de gauche à droite avant de le remettre sur la tête ; un autre encore consiste, en buvant, à faire avec son verre un mouvement transversal de gauche à droite sous le menton ; un autre à prendre son mouchoir par un coin avec la main droite, à le jeter par-dessus l'épaule gauche en le laissant prendre dans le dos, et à faire ainsi quelques pas.

Ils sont spécifiques selon les degrés. Par exemple, en plus des signes de reconnaissance de l’apprenti franc-maçon, le compagnon peut indiquer son degré par la poignée de main, qui consiste à se saisir mutuellement la main droite en pressant avec l'ongle du pouce la troisième jointure de l'index comme l’indique le Manuscrit Sloane en 1700. D’autres variantes, depuis, ont été apportées par les différents rites.

Dans la vie profane, les francs-maçons s’adressent, aussi, des signes de reconnaissance, le plus souvent sans spécificité de grade.

Signe d’ordre d’apprenti

Considéré comme un signe pénal.

Ce signe complète, par le mouvement, la posture à l’ordre. Au premier degré, il se fait en glissant la main le long de la gorge, de gauche à droite, avant de laisser retomber le bras le long du corps, pour rappeler la promesse faite au cours de la cérémonie d’initiation : je préfèrerais avoir la gorge tranchée plutôt que de manquer à mon serment.

Il est considéré comme un signe de reconnaissance.

Signe du compagnon

Dépend du rite pratiqué. Au RÉAA, il se fait par deux mouvements simultanés : étant à l’ordre de compagnon, retirer horizontalement la main droite vers le coté droit et la laisser retomber le long du corps, en même temps abaisser la main gauche. Ce signe rappelle le serment de secret prononcé lors de l’augmentation de salaire. Dans certaines formules anciennes, il est dit entre autres que celui qui viole son obligation aura le sein gauche ouvert, le cœur arraché.

Signe du maître

Dans le texte de 1745 de l’abbé Gabriel-Louis Pérau L’Ordre des francs-maçons trahi, le signe du maître consiste à porter la main droite au-dessus de la tête, le revers tourné du côté du front, les quatre doigts étendus et serrés, le pouce écarté, et de la ramener ensuite dans le creux de l’estomac. L’abbé poursuit quelques pages plus loin : Le signe de maître est de faire l’équerre avec la main, de la façon qui a été déjà expliquée plusieurs fois ; de l’élever horizontalement à hauteur de la tête, et d’appuyer le bout du pouce sur le front ; et de la descendre ensuite dans la même position au-dessous de la poitrine, en mettant le bout du pouce dans le creux de l’estomac.

Dans le contexte de l’interprétation de la légende d’Hiram en tant que Passion/Résurrection de Jésus de Nazareth, ce signe de maître faisait référence par sa forme d’équerre à la croix de Jésus. La main en équerre dans le creux de l’estomac faisait penser, non pas aux femmes et aux autres témoins de la crucifixion qui se frappèrent la poitrine (Lc 23,27.48) mais aux coups physiques donnés à Jésus lors de son procès (Mt. 26,67-68 ; Mc 14,65 ; Lc 22,63-64 ; Jn 18,22-23 ; 19,3), plus particulièrement au coup de lance infligé par l’un des soldats au flanc de Jésus (Jn 19,34).

Au RÉAA, RF, le signe du maître rappelle les pénalités encourues (être coupé en deux) en cas de manquement au serment prêté le jour de l’élévation.

RFR, Les signes d’horreur, de détresse et de maître sont identiques, le pouce situé à hauteur du pancréas.

Signes

Dans les instructions du compagnon, au Rite Français, il est dit que les signes sont sans nombre, mais qu’il y en a cinq principaux qui sont le vocal, le guttural, le pectoral, le manuel et le pédestre. Dans tous les grades, le premier sert à prendre la parole, le deuxième à donner le signe d’apprenti, le troisième celui de compagnon, le quatrième sert à donner l’attouchement, le cinquième à exécuter la marche. Le Rituel du 3e grade de la Mère Loge Écossaise de l'Orient d’Avignon de 1774 en donne une autre explication : Le guttural qui nous rappelle le premier engagement que nous avons contracté et que rien ne doit nous y faire manquer, le manuel nous annonce que nous devons tendre une main secourable à tous les hommes et particulièrement à nos frères, le pectoral que nous devons cacher leurs défauts dans nos cœurs et le pédestre que nous devons être toujours prêt à voler à leur secours.

Le rituel de maître marin de Noé énumère 5 signes : le signe d’horreur, le signe de compassion, le signe pénal, le signe de douleur et de détresse (se fait en portant la main droite, le pouce à l’équerre et doigts tendus, de la tempe droite à la tempe gauche, puis en laissant tomber la main le long du corps, le pouce toujours à l’équerre), le signe d’admiration et de triomphe, appelé aussi grand signe ou signe royal (Son origine date de l’époque où, le Temple étant achevé, le roi Salomon et les princes de sa cour allèrent le visiter. Ils furent tellement frappes par sa magnificence qu’ils s’écrièrent tous, en un mouvement simultané: « O merveilleux Maçons! »).

Ces signes, qui se complètent de degré en degré, sont un véritable projet transmutatoire engageant l’être lui-même, faisant de lui l’objet d’un changement radical à travers le déchiffrage d’un langage codé et de règles opératives modifiant l’humain en profondeur.

Les signes maçonniques sont des mantras qui font passer de la position à la posture, de la posture à l'ordre, de l'ordre à l'harmonie intérieure qui exprime l'harmonie du cosmos.

Batterie

Applaudissement rituel effectué, en tenue, selon le grade, pour honorer des évènements particuliers (la visite d'un dignitaire, de visiteurs, l’élection du collège des officiers etc.)

La batterie est constituée d'un ou plusieurs signaux sonores obtenus, pour les officiers, en frappant du maillet et, pour les Frères ou sœurs, en tapant des mains, gantées sauf au cours du banquet d’ordre. Une batterie est donc une "phrase musicale" ponctuant une tenue.

Deux hypothèses sont avancées pour l'origine de la batterie maçonnique :

- elle serait ainsi soit un « héritage » des forgerons martelant les métaux, soit un héritage des tailleurs de pierre chassant le trait ou ciselant la pierre. On ne sait pas à quelle période elle est véritablement apparue dans la franc-maçonnerie ; toujours est-il qu'elle est attestée dans le Secret des francs-maçons de l'abbé Pérau paru en 1742, lequel fait remonter la batterie au tout début du XVIIIe siècle ; alors que l'ouvrage The Three Distinct Knocks publié en 1760 l'établit comme beaucoup plus ancienne et concomitante à la naissance même de la franc-maçonnerie.

- Pour d’autres, la batterie maçonnique aurait une origine ésotérique, (notamment rosicrucienne) et par suite des vertus "énergétiques" puisque puisant son origine dans la magie blanche!

Si elle est commune à toute la franc-maçonnerie, la batterie se distingue dans le nombre de coups et le rythme selon les rites et obédiences. Ainsi, avec un rythme irrégulier, le nombre de coups diffère, pour le Rites Émulation, 3 quel que soit le grade, pour le rite Écossais Ancien et Accepté 3, 5 et 9 et pour le rite Français 3, 6 et 9 ; tandis que pour le Rite Écossais Rectifié le nombre de coups est également 3, 6 et 9 mais selon un rythme régulier. La cadence est donnée par les coups frappés par le vénérable et repris par les surveillants à l’ouverture des travaux au degré concerné.

La batterie maçonnique peut également ponctuer des cérémonies particulières. Dans le Rite Français il en est ainsi de la batterie de deuil qui intervient au terme de la minute de silence marquée pour le décès d'un Frère ou d’une Sœur, aussitôt suivi d'une batterie d'allégresse symbolisant la vie.

Les batteries effectuées par l’ensemble de la loge sont suivies d’acclamations.

Batterie de compagnon

Sa rythmopée varie selon les rites : au RÉAA cinq égaux ; au ROS, cinq également, les deux premiers rapprochés, le troisième espacé et les deux derniers espacés ; au RF quatre rapprochés suivis d’un espacé ; au RÉR, 9 en trois fois, deux rapprochés suivis d’un long, sans acclamations ; aux rituels anglo-saxons trois coups, un puis deux.

Batterie de maître

RF, Rites égyptiens. Les deux Surveillants répètent en silence la batterie initiée par le très respectable maître par neuf coups, trois fois trois (2 courts et 1 long).

RÉAA. Neufs coups réguliers.

RÉR. Trois fois trois coups qui signifient la fin ou la décomposition des corps. La batterie évoque le commencement, la durée et la fin des choses créées.

On ne saurait parler de mouvement sans évoquer les marches

Marche

Manière particulière de se déplacer lors des tenues dans le temple.

Les rites écossais débutent la marche par le pied gauche, les rites français par le pied droit. Le pied qui avance en premier est celui du côté où se trouve le premier surveillant.

Marche à reculons

La marche à reculons ne se fait pas à l'initiative du compagnon, elle lui est imposée par une volonté extérieure à la sienne. Dans la marche à reculons, la pointe du pied est derrière l'axe de la colonne vertébrale et le regard ne permet pas de se diriger vers l’Orient comme dans les grades précédents. Pourtant, la direction oblige à avancer vers l'Orient, même si cette progression se fait selon une marche inhabituelle, avec le guide qui voit pour le récipiendaire.

Cette marche implique un retour à un état antérieur. C'est une sorte de purification nécessaire, un dépassement de sa condition, avant que ne se produise une entrée dans un nouveau plan ou un nouveau domaine. C’est une avancée à reculons, pour rappeler la Connaissance et l'Amour acquis, le vécu initiatique, pour un examen de conscience, un recul sur soi, un regard sur le passé.

L’examen des gants et du tablier viendra renforcer cette idée de suspicion, de trahison des engagements et même de meurtre. C'est en souvenir de cela que les maçons portent des gants blancs malgré leur chagrin, afin de proclamer qu'ils sont innocents de la mort du maître Hiram.

Le Compagnon est jugé, se juge et mesure l’écart qui le sépare de l'étoile flamboyante à l’Occident dont il s’éloigne, la rendant inaccessible.

Un extrait du manuscrit intitulé La vraie Maçonnerie des hommes et des femmes ou cours complet de l'adoption des femmes en trois grades suivie d'un corps de Maçonnerie des hommes indique le mode opératoire de la marche à reculons : la Loge tendue en noir, le tombeau d'Hiram au milieu, les frères (ou sœurs), le chapeau rabattu et dans l'attitude de la tristesse, le récipiendaire préparé, la loge très peu éclairée, on fera entrer à reculons le récipiendaire et on le mettra entre les deux surveillants, le dos tourné au trône. Là, on lui fait des reproches sur son peu de zèle et son indiscrétion, on lui suppose des fautes. Enfin, on lui fait faire trois fois le tour de la loge sans jamais lui laisser voir ce qui est derrière lui, le tombeau.

La marche à reculons est également appelée rétrogradation.

Rites continentaux. C’est une avancée vers l’Orient composée des trois pas de l’apprenti (la ligne), enchaînés par les deux pas du compagnon (le plan), suivis par l’enjambement de la représentation du cadavre d’Hiram (le volume) lors de la cérémonie de réception du maître. La marche part de l’équerre, de la connaissance des lois qui régissent le monde, et atteint le compas, la connaissance des lois de Création (Ordre des francs-maçons trahis, Genève 1742).

La marche du maître triomphe trois fois de la mort car elle franchit trois fois le cercueil.

RÉAA et RF. À chaque pas, une posture d’équilibre se fait par le rapprochement des deux pieds sur le même plan, contrairement au RFM et au Rite de Salomon qui fait enjamber le cercueil du pied droit vers le midi puis du pied gauche vers le nord, avant de les réunir à l’Orient, marquant une course poursuite pendant la traversée, comme pour échapper aux mauvais compagnons…

Pas de l’apprenti

À l’ordre et glissés en équerre, les 3 pas mystérieux de la marche enseignés à l’apprenti sont à la fois une mise en mémoire corporelle des connaissances géométriques lui permettant de tracer le triangle équilatéral dans le cercle et la possibilité d’une marche droite, axiale en direction de l’Orient. Il se fait à l’ordre d’apprenti

Au grade d’apprenti, celui qui n'a pu assister à l'ouverture des travaux, qui est en retard, et qui demande l’entrée du Temple, doit opérer symboliquement un accéléré mental qui lui permet de rejoindre l'efficience des travaux commencés. Il le fait par les 3 pas mystérieux et les salutations aux 3 officiers qui lui firent subir les épreuves purificatrices lors de son initiation. Ne le faisant pas, ou le faisant mal, il s’expose à l’extranéité, à une plus difficile intégration au groupe qui, lui, est sur le chemin parcouru depuis l’ouverture des travaux.

Dans les rituels anglo-saxons, ces pas « mystérieux » sont irréguliers et simulent la démarche d’un boiteux qui tente de gravir un chemin légèrement en pente, symbole du profane incomplet, déséquilibré ou handicapé spirituel qui tente un cheminement vers Dieu. Dans ces rituels, et dans la plupart des loges, le pas mystérieux n’est effectué que le jour de l’initiation, les yeux bandés, car, une fois la lumière physique rendue et la lumière spirituelle reçue, le franc-maçon, bien guidé, ne titube plus.

Les entrées en loge se font selon un seul pas dit « régulier » (ou sans pas spécial dans certaines loges), symbole de rectitude, mais surtout de fraternité et de solidité car la fin du pas décrit un niveau : le franc-maçon avance sur le niveau de l’égalité, sur des fondations solides parfaitement horizontales.

Pas du compagnon

RÉAA, RAPMM. C’est une marche en avant vers l’Orient : après avoir exécuté les 3 pas mystérieux de l’apprenti, changer de posture en se mettant à l’ordre de compagnon, effectuer un pas glissé sur le côté droit, vers le midi, remettre les pieds en équerre et revenir dans l’axe occidental du Delta lumineux d’un pas égal à l’écart. C’est une invitation à quitter l’axe du prévisible, de l’organisé avant d’y revenir mais en ayant progressé vers la lumière de l’Orient ; ne demande pas ton chemin à quelqu'un qui le connaît, tu risquerais de ne pas pouvoir t'égarer disait le rabbi Nachman de Breslav.

Ne sachant ni lire ni écrire, les œuvriers constructeurs devaient trouver des méthodes mnémotechniques de procédés des tracés pour retrouver les proportions et les angles, ce que Honnecourt appelle l’art de la iométrie. Les sens, la vue en particulier, le corps, à travers ses déplacements, permettent de se souvenir des étapes d’élaboration des figures géométriques.

À la recherche du nombre d’or, le pas du compagnon mémorise le fondement du tracé du pentagone régulier sur la diagonale du rectangle de dimension 1 sur 2.

En avançant d’un pas de côté, un écart est fait vers le sud où il y a plus de lumière. C'est une incursion dans la confrontation de la pensée avec celle des autres. Il est donné, avec la parole, la possibilité au compagnon de discuter pour mieux étayer sa manière personnelle de comprendre. La dualité du dialogue est obvie, cependant dans la position face à l’étoile et touchant virtuellement sa pointe basse droite, correspondant à la planète Vénus, la compréhension passe encore par les sens.

Gardant appui sur le pied gauche, l'écart ne va pas au-delà de ce que la dimension du corps permet et c'est du pied droit que Vénus est touchée, dans une rencontre pied droit contre pied gauche avec l'homme primordial inscrit dans l'étoile flamboyante, image en miroir qui fait face.

Si de nouvelles explorations se présentent ainsi de manière métaphorique, par le pas de côté, se replier sur soi-même est une nécessité d'autant plus impérieuse qu'on est allé plus loin dans l'écart. L'étoile ramène le compagnon, par le 5ème pas dans l'axe de son sommet, face à Jupiter, siège de l'esprit, face au Delta lumineux, but ultime de l'initiation.

Il faut, en passant de la perpendiculaire au niveau, toujours pouvoir retrouver l'équerre ; du nord au midi, le voyage conduit à l'orient.

Pas du maître

Après avoir effectué la marche de l’apprenti, puis celle du compagnon, le maître fait les trois derniers pas caractérisant la marche du Maître. Lorsque le maître commence sa marche par les pas d'apprenti, il est à l'ordre d'apprenti. Il se met ensuite à l'ordre de compagnon pour les deux pas suivants. Enfin, il se met à l'ordre de maître pour les pas de maître.

Pour prouver son innocence du meurtre d’Hiram, le compagnon enjambe par trois fois le corps du Maître allongé dans son cercueil ; en ajoutant deux arcs de cercle et explorant les trois dimensions : ligne, plan, volume. Il réalise le passage de l’équerre au compas, du tangible au monde des idées, poursuivant l’œuvre, sans souci des pièges mortels que tendront sous ses pas les meurtriers d’Hiram. Il est à ce moment précis plus près du compas, donc de l’esprit, devenant un intercesseur entre le ciel et la terre. Le récipiendaire montre les progrès qu’il a faits pour se rapprocher de la Lumière, de la Connaissance.

Selon certains auteurs, le candidat, en faisant ces pas par-dessus le cercueil, devrait se trouver après le premier face au nord, après le deuxième face au sud et après le troisième face à l’est, en fixant ainsi son regard sur les entrées du temple par lesquelles Hiram tenta de s’échapper. Pourquoi le Maître dans sa marche lève-t-il un pied ? Pour ne point fouler le sang de l'innocent répandu dans le temple. Que représentent les trois pas qu'il fait par la double équerre levant le pied ? Le passage du tombeau et la façon que les trois scélérats étaient placés lorsqu'ils l'assassinèrent pour lui capter le mot de Maître (Rituel du marquis de Gages de 1763).

Circambulation, Circumambulation

Pratique religieuse rituelle, consistant à faire à pied le tour d'un sanctuaire, qui a inspiré la façon de se déplacer en loge autour du pavé mosaïque et du tapis de loge.

Cette pratique se retrouve dans le judaïsme, où elle est appelée haqqâfâh, dans l'islam, où elle est appelée tawâf. La circumambulation consiste à effectuer sept fois le tour de la Kaaba (la maison sacrée) lors du pèlerinage de la Mecque.

Les Bouddhistes l’accomplissent autour de stûpa (reliquaires, caractéristiques de l'Inde et que l'on trouve le long des routes), les Tibétains autour des temples, les Catholiques autour d'une église pour la consacrer, le prêtre autour de l'autel en l'encensant, les derviches tourneurs avec la danse circumambulatoire, ainsi que par les amérindiens autour d'un totem. On retrouve cette circulation également en Russie, en Chine, au Japon au Cambodge, chez les celtes, les druides, et en fait dans de nombreuses autres traditions… Elle est également utilisée en magie.

Circulation

Au cours des cérémonies, les francs-maçons doivent se déplacer avec ordre et rigueur, dans le sens prévu par le rituel, en démarrant selon le rite pratiqué soit du pied gauche, soit du pied droit. Le pied mis en avant, en premier, en se dirigeant vers l’Orient, est celui du côté où se situe le 1er surveillant de la loge. La circulation dans le Temple doit suivre un sens déterminé. Elle s’effectue généralement sous la surveillance du Maître des cérémonies qui conduit tout déplacement dans la loge afin de guider le cheminement et d’écarter le danger qui pourrait survenir sur le chantier.

Les marches maçonniques sont d'inspiration solaire. La circulation se fait, le plus souvent, dans le sens des aiguilles d'une montre, en gardant le centre à sa droite (de l'Occident, par le Nord, vers l'Orient) (de l'Orient, par le Sud, vers l’Occident). Ce sens de rotation est appelé dextrocentrique (dextrorsum), solaire, ou dextrogyre, par opposition au sens contraire, appelé sinistrocentrique (sinistrorsum), polaire ou lévogyre.

Abréviations utilisées

DH Droit Humain

GLFF Grande Loge Féminine de France

GLNF Grande Loge Nationale Française

GLTSO Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra

GODF Grand Orient de France

MM Rites égyptiens Memphis Misraïm (non méditerranéens)

OITAR Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal

RDLM Rite de la Marque

RÉ Style anglais Emulation ou Rite Émulation

RÉAA Rite Ecossais Ancien et Accepté

RÉR Rite Écossais Rectifié

RF Rite Français

ROS Rite Opératif de Salomon

RSE/RÉÉ Rituel « standard » d’Écosse ou « Rite Écossais d’Écosse »

RY Rituel York ou « Rite » York

Var. Certaines variantes de… . Exemple : Var. MM = « dans certaines variantes des rites égyptiens.

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Published by elle est parce qu'ailée - dans Franc-maçonnerie
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commentaires

clc 16/04/2017 10:14

Mes excuses : dans la seconde partie, je parlais du signe de fidélité.
AF
Clc

clc 16/04/2017 10:13

J'ai lu avec intérêts vos commentaires sur la gestuelle maçonnique.
Je suis au REAA, j'ai toujours été surpris que par exemple, le secrétaire e t l'orateur bien que restant assis se mettent à l'ordre pour parler.
Ensuite, bien que cela ne se pratique pas chez moi, je le fais en visite ou pour saluer les OD à la sortie par exemple. Vous dites, le pouce à l'équerre, n'est-ce pas ainsi le confondre avec le signe de Compagnon ?
Merci de vosz lumières
AF
Clc