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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 19:25

« -Que venons nous faire en Loge ? -vaincre nos passions, soumettre notre volonté et faire de nouveaux progrès en Franc maçonnerie ».

En parodiant Renan qui parlait de la France, on pourrait commencer par dire que le principe fondateur de la FøMø ce n’est pas une race, pas une religion, pas même une langue ni une géographie. C’est une âme, un principe spirituel. Deux choses, qui n’en font qu’une, constituent cette âme : un passé et un présent. L’une est la possession en commun d’un legs de souvenirs, l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.

Quel est ce principe spirituel de la franc-maçonnerie ?

En France, comme l’écrivait Bruno Etienne, la Franc-maçonnerie a produit deux maçonneries qui cohabitent, volens nolens, bon gré malgré, depuis trois siècles. La première a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et entend participer activement à la construction de la société idéale. La seconde a pour devise « Sagesse, force, beauté » et préfère travailler à la construction du Temple de l'Humanité à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l'ego.

L'une est extravertie, progressiste, mondaine ; l'autre est tournée vers l'intérieur, progressive, mystique. Certains ont cru pouvoir, sans schizophrénie excessive, appartenir aux deux tendances.

Mais, en s'appropriant le monopole de l'interprétation républicaine, en s'identifiant à la seule République, la Franc-maçonnerie risque de perdre sa capacité à guider les néophytes vers l'initiation au profit d'un tangage dans les courants à la mode du monde profane.

Pourtant la Loge elle-même est le résultat d’un autre changement d’échelle dans la vie personnelle de ses membres, une correspondance existant entre le macrocosme d’une Loge et le microcosme des Maçons qui y travaillent.

Maçons, Loges, Obédiences, autant de « systèmes » en relations, comme emboîtés les uns dans les autres, reliés tout en gardant, chacun à son « niveau », ses devoirs et prérogatives, comme l’indique les racines grecques du mot système[1], « organisation, ensemble, mettre en rapport, instituer, établir ». Cette conception des systèmes « dérive » de la « monade », qui est à l’image du tout dont elle fait partie et dont elle détient la mémoire profonde, chacune étant à la fois une monade et un composé de monades, chacune offrant un point de vue particulier sur le tout. C’est l’une des significations profondes de ce qui nous est donné par le ternaire qui conduit à l’unité, ternaire qui est le fondement philosophique et spirituel de la Franc-maçonnerie.

La Maçonnerie met en perspective ses « monades » : Maçons, Loges, et Obédiences, en plaçant la Loge en un point symbolique médian de l’axe qui les relie, où s’effectuent les changements d’échelle entre le « tout » de l’Obédience et ses parties élémentaires, les Maçons qui sont des abeilles dans la ruche qu’ils ont choisie.

Si les « règles » et les rituels, outils de connaissance et de conscience sont difficilement conciliables dans la démultiplication des Obédiences, conciliation schizophrénique nous a dit Bruno Étienne, en reprenant les théories de Leibniz et de Newton, on va essayer de surmonter le paradoxe apparent de leur coexistence*.

« Ces deux penseurs cultivaient une vision d’interconnexion holistique (c’est-à-dire formant un ensemble solidaire, dont les diverses parties ne peuvent se comprendre que par le tout). Mais tandis que Newton pensait que la matière est faite de particules inconscientes s’attirant les unes les autres par attraction gravitationnelle, Leibniz estimait que les éléments ultimes de l’univers sont reliés par la conscience. Ces éléments ultimes, appelés « monades », sont à la fois des centres de forces physiques et des centres d’expériences mentales reflétant l’univers. Selon les propres termes de Leibniz, « chaque monade est un miroir vivant représentatif de l’univers suivant son point de vue, et aussi réglé que l’univers lui-même. » Les monades ont deux qualités, la « perception » et l’« appétit ». Les perceptions provoquent les états internes et changeants des monades, elles naissent de leurs appétits, qui naissent eux-mêmes de leur désir de refléter l’univers. Les monades sont des unités de force et d’esprit, tandis que les particules de Newton ne sont que des centres de force inconscients. »

Au déisme de Newton qui « regardait l’Univers comme un cryptogramme composé par le Tout-Puissant. » répond celui de Leibniz, pour qui « Dieu agit en parfait géomètre », déterminant ainsi deux types de déistes. Avec Newton, les premiers admettent l’existence d’un Être suprême, éternel, infini, intelligent, créateur, conservateur et souverain maître de l’univers qui préside à tous les mouvements et à tous les événements qui en résultent, mais qui restreint son action à simplement s’assurer du bon fonctionnement de l’univers, sans se préoccuper des affaires humaines. Ils n’attendent donc aucune faveur de la Providence, et préfèrent s’abstenir de tout culte, quel qu’il soit. Leur Maçonnerie aura en priorité pour mission de propager les idées philosophiques défendues par la Royal Society, notamment la tolérance, la philanthropie, l’entraide, la liberté religieuse, les libertés individuelles, le cosmopolitisme et le progrès des sciences au profit de la société.

Pour les seconds, comme Leibniz, un Être suprême, éternel, infini, et intelligent gouverne le monde avec ordre et sagesse, suivant dans sa conduite les règles immuables du vrai, de l’ordre et du bien moral, parce qu’il est la sagesse, la vérité, et la sainteté par essence. Les règles éternelles du bon ordre sont obligatoires pour tous les êtres raisonnables. L’Être suprême n’est pas indifférent, mais intervient directement dans son œuvre pour l’orienter vers le bien. Les déistes de la seconde espèce pratiquent en priorité un « travail » spirituel individuel, dans le cadre d’une exploration personnelle du divin, pour être en « mesure » d’atteindre et dépasser les « niveaux » et « degrés » successifs d’un perfectionnement intérieur, et paradoxalement commun à tous les êtres engagés sur ce même chemin de perfectionnement : « c’est tout comme ici, partout et toujours, aux degrés de grandeur et de perfection près » … « Les choses s’élèvent vers la perfection peu à peu et par degrés insensibles ; il est malaisé de dire où le sensible et le raisonnable commencent » écrit Leibniz, qui ouvre ainsi la voie aux initiateurs des « degrés de Perfection » des Rites maçonniques.

Qu’apporte la pratique du vivre ensemble en tenue ?

La Franc-maçonnerie est un centre d’union polymorphe qui rassemble ce qui est épars sur au moins trois plans :

  • Elle est un espace d’évolution solitaire par le travail et la recherche qui ouvre des voies de la connaissance : la franc-maçonnerie, par les influences subies à caractère chevaleresque, hermétique, alchimique, compagnonnique, kabbalistique a conservé et rassemblé différents traditions et ésotérismes, c’est ce trésor qu’elle nous offre.
  • Elle est un espace de méditation, de réflexion, d’introspection, d’engagement. Elle permet de se renouer avec soi-même, une façon de dire que l’on rassemble ses éparpillements d’êtres pour les réconcilier dans une cohérence solide, une façon de s’accepter tel que l’on est, en se connaissant mieux en soi et à ses limites. Et en vieillissant, cette sérénité est un réconfort inestimable.
  • Elle est un espace de rencontre : on y apprend à vivre pendant longtemps avec les autres, s’obligeant à prendre la posture de la fraternité, de la solidarité et de la tolérance, ce qui à terme devient une vraie nature et, ancré au plus profond de nous, suscite un élan sincère, affectueux et respectueux pour l’autre, tout autre, que l’on rencontre dans le temple ou surtout à l’extérieur.

Les rituels et l'imaginaire nous font changer de monde et nous absorbe dans un autre univers presque réel. En fait réel, parce que les émotions sont un espace-temps vécu comme un présent où ce qui est dit devient réalité : nous avons trois ans et il est midi ou minuit.

C’est un sentiment de communauté fraternelle qui s’instaure pour unir frères et sœurs entre eux, c’est pour chacun simultanément à part, tout en prenant part. à l’unisson avec une assemblée de francs-maçons, on éprouve souvent un sentiment de bien-être au milieu des siens, presque une symbiose ; le partage des mêmes aspirations avec les autres frères et sœurs nous emplit d’amour pour chacun d’eux.

Depuis des siècles des francs-maçons ont répété les mêmes paroles de rituels. Participer à une tenue fait perdre tout sentiment de sa personne pour devenir une partie, une toute petite partie de cette chaîne qu’est la communauté franc-maçonnique. Ce lien, cette union avec le passé et le présent est un réconfort et un sentiment d’appartenance à une lignée de sagesse, force et de beauté. Même le solitaire peut y trouver le vécu joyeux, non pas tant du lien, que de l’abolition de la séparation.

L'armature des valeurs, des règles et des rites fait de nous une société particulière. Il n'y a pas de « nous » sans un point de fuite, un point d'accroche, une transcendance qui ne soit pas forcément surnaturelle, une majuscule permettant la clôture d'une identité qui se donne des frontières, qui permet la coagulation d'un « nous » et permet à ce « nous » de traverser le temps*.

La franc-maçonnerie est une étrange école qui éveille et éduque l'homme. C'est un outil de développement personnel, spirituel qui, loin de n'être qu'une gymnastique intellectuelle et spéculative, est avant tout une réelle pratique opérative. Ici l'œuvre n'est pas de pierre mais de chair, d'âme et d'esprit. L’espérance ouverte en Franc-maçonnerie est dans la confiance de l’Ordre que chaque frère ou sœur est capable de dégrossir sa pierre pour obtenir sa récompense, la joie d’être soi.

Qui n'a pas rêvé d'avoir à portée de main un outil de développement personnel, de transformation, d'élévation qui ne soit pas esclave d'un système dogmatique ? Qui n'a pas rêvé de se construire tout en accomplissant une œuvre ? Nous avons tous, plus ou moins, les mêmes espoirs, les mêmes ambitions même si elles se manifestent à l'évidence bien différemment. Nous souhaitons cependant tous réussir, nous réaliser, être heureux et libres de pouvoir diriger notre vie comme nous l'entendons.

En utilisant les rites et symboles de la franc-maçonnerie avec différentes approches aussi originales que transdisciplinaires, chacun peut atteindre et réaliser, en accédant à la maîtrise, un véritable art d'être. Plus rien ne sera comme avant car il va passer enfin de l'autre coté du miroir pour en revenir, dans le meilleur des cas, à jamais transformé.

La franc-maçonnerie est l'un des rares outils au monde à apporter une telle possibilité en intégrant une pratique du corps et de l'esprit, par un ensemble des composantes de ce qui nous fonde tant sur le plan personnel, social que spirituel et nous permet de devenir enfin libre, c'est-à-dire franc...

Alors protégeons cette franchise, cet affranchissement car, historiquement, là où il y a de l'amour, il y a aussi de la haine. Quand les uns ont le bonheur d'être inclus, les autres ont la rancœur d'être exclus. Nous faisons confiance à l'homme, à nos frères et sœurs en particulier, car nous sommes des optimistes, mais l'homme a peur de cette liberté offerte et il serait tenté de la remettre à des ultras, eux, les clercs de la pensée unique, qui nous diraient quoi faire, en quoi croire.

Pour ma part, je veux être un franc-maçon libre dans une loge libre.

[1] σύστημα, sústêma, « συνίστημι, sunistēmi (établir avec),

* Merci à Patrick Carré pour le développement suivant http://www.patrick-carre-poesie.net/spip.php?article1211

* http://nsae.fr/2008/09/13/jesus-l%E2%80%99eglise-l%E2%80%99humanisme-un-debat-entre-frederic-lenoir-et-regis-debray/

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Published by elle est parce qu'ailée - dans Franc-maçonnerie
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