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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 10:40

La gestuelle maçonnique

Contrairement aux mots qui ont besoin de silence entre eux pour faire sens, la gestuelle ne laisse aucun espace silencieux, tout fait sens, que ce soit dans le mouvement ou que ce soit dans l’immobilité. On ne peut que s’en rendre compte : tout franc-maçon qui bouge ne fut-ce qu’une oreille, et même s’il ne bouge pas, est cadré par le rituel qui s’impose à lui par des impératifs verbaux, posturaux, matériels, contextuels, et chacun d’eux complète et précise le sens des autres. Les gestes des fømø et les objets du temple eux-mêmes sont intégrés dans un système global formant un véritable système culturel pour nous dégager de nos mécanismes d’animaux. C’est un cadre qui se veut moral et spirituel pour laisser éclore la fleur humaine.

C’est ainsi qu’à travers son rituel, la franc-maçonnerie accorde une place extrêmement importante à la communication non-verbale, notamment kinésique (les mouvements du corps) et proxémique (les postures immobiles et la façon d’occuper l’espace dans le temple selon la fonction ou le grade). Malgré sa nature analogique (par exemple, pieds, bras et mains formant une équerre), la gestuelle maçonnique se rapproche davantage d’un code prédéterminé, d’un langage conventionnel, et cela même si elle ne possède pas toutes les nuances et les possibilités qu’offre l’oralité. C’est d’ailleurs à cause de cet aspect ébauché que chaque nouveau signe appris par le franc-maçon est suivi normalement d’une explication verbale dans les formations données par les surveillants.

La dimension de cette gestuelle, intentionnellement signifiante, est indéniable. comme si chaque instant de la présence dans le temple devait être une prise de conscience permanente, prise de conscience éclairée par l’interprétation symbolique de chaque geste pour en faire sens, moral ou spirituel. Cependant, l’intentionnalité de ces messages gestuels n’implique pas toujours une conscience totale, de la part du fømø. L’élargissement de cette compréhension conduit bien sûr à l’efficacité du rituel qui ne peut intervenir que progressivement, par la répétition dans le temps et par la recherche de sens. Si à tel sentiment éprouvé correspond un geste instinctif, la répétition de ce geste peut permettre d’éprouver le même sentiment. Le comportement, durant les travaux, traduit l'équilibre, la patience, la profondeur et la justesse d’une conscience.

Tandis que le mode verbal est basé sur le pouvoir du verbe, le mode gestuel est basé sur l'effet de magie dans le sens que lui donne Mircéa Eliade à savoir : rien n'est séparé de rien ou tout est lié à tout par une texture invisible. Ici aussi apparaissent des relations invisibles entre le conscient et l'inconscient. La réitération de tels gestes fait dès lors partie de la technique initiatique. En contact avec ce nouveau monde qui est au-delà de la dualité, le fømø unifié peut alors vivre, avec un égal bonheur, dans le visible ordinaire et dans l’invisible.

J’ai essayé de clarifier l’inextricable ensemble des éléments auxquels j’avais pensé comme expression d’une gestuelle maçonnique. Alors quels sont-ils?

Les types de gestes maçonniques

Je détacherai le premier geste, avant la tenue, qui est celui de revêtir les décors obligatoires (tablier, gants, cordon ou sautoir, robe ou vareuse éventuellement…) pour nous séparer du monde profane.

Au cours d’une tenue on trouve :

  • Les gestes de posture (proxémique des officiers avec épée ou canne et des frères et sœurs sur les colonnes), position assise, demande et prise de parole, position dans la chaîne d’union, position des mains au banquet d’ordre…)
  • Les gestes de déplacement (voyages des cérémonies, abaissement du corps pour passer la porte basse, toucher la terre, le premier travail d’apprenti, marche en avant ou à reculons, les pas, circambulation des officiers ou des f øet sø…)
  • Les signes de reconnaissance de degré ou d’appartenance (à l’ordre, attouchements des mains, signes, …)
  • Les gestes rituéliques (relèvement (les cinq points parfaits), batterie, enlever les gants, entrer et sortir du temple…)

>>> Je ferai 3 remarques :

  • aucun signe ne se fait assis (sinon la demande de parole chez nous) ;
  • certains gestes ne se font qu’une seule fois dans la vie d’un maçon, ils se doivent d’être particulièrement marquant (comme la brûlure de la purification par le feu) ;
  • de nombreux gestes font référence à des zones très précises du corps.

Après avoir inventorié les gestes de la gestuelle maçonnique, on peut alors s’interroger sur deux aspects de chaque geste : comment doit-il être réalisé pour être conforme au message qu’il est sensé émettre ? Que signifie exécuter tel geste pour l’autre et pour moi ?

Approches de quelques exemples

À l’ordre

Comme l’expression « à l’ordre » l’indique, c’est une sortie du chaos, pour servir la maîtrise de la parole, c’est un ordonnancement du corps assurant le pouvoir de l’esprit sur tout désordre intérieur. Le principe de tout geste rituel, fait de manière codifié et efficace, est qu’il véhicule un sens.

RÉAA, RF récent, MM : lorsque le franc-maçon se lève pour prendre la parole, il doit se tenir à l’ordre. Au premier degré, c’est une posture debout, pieds joints et en équerre, la tête redressée, le bras droit à l’horizontale formant équerre avec le corps, la main bloquant la gorge (avec ou sans pouce écarté), le bras gauche le long du corps, le regard droit. Cette attitude permet de séparer symboliquement les deux parties du corps, le sec et l’humide, la lumière et l’inférieur. La noble portion, qui contient la tête et le cœur, sièges de la raison et des affections, des facultés intellectuelles et spirituelles, celle qui doit travailler, est ainsi protégée, par la conscience du geste, des influx des zones corporelles, sièges de l’affectivité et des passions (plexus solaire et parties génitales) vouées à l’accomplissement des fonctions charnelles de la nature.

RÉR, RF traditionnel : le bras est relâché contre le buste et pas nécessairement à l’horizontale.

RÉ, dans la position à l’ordre, le pouce droit est passé de l’autre côté (gauche) du cou. La prise de parole a lieu à l’ordre mais, dans certaines variantes, plutôt au signe de fidélité.

RY, Rite Standard d’Écosse ou Rite Écossais d’Écosse : se tenir à l’ordre consiste à se tenir dans la position du « Dieu garde » ou « Due Guard », après être passé une première fois par la totalité des signes ou non (variantes). Dans les cas où le franc-maçon est autorisé ou invité à prendre la parole, il passe par tous les signes (Dieu garde + pénal) et se tient au signe de fidélité.

Var. RÉAA, RF récent, var. MM : l’ordre de table se fait assis ou debout, la main en équerre à plat sur la table, le pouce le long de celle-ci.

À l’ordre de compagnon

Posture dans laquelle se met le franc-maçon, lorsqu’il est debout et travaillant au deuxième degré. RÉAA, la main droite sur le cœur, les doigts arrondis en griffe, comme pour le saisir ; l’avant bras gauche élevé, le bras dans le plan du corps, la main étendue paume ouverte, pouce en équerre, à hauteur de la tête pour exprimer que le travail manuel est équivalent au travail intellectuel. ROS, RÉR, RAPMM, RF traditionnel : main droite sur le cœur le pouce étant relevé en équerre, la main gauche pendante.

La mise à l’ordre précède la prise de parole et/ou l’exécution du signe.

RÉ. L’ordre est une position proche de celle du RÉAA, à ceci près que le bras gauche, levé en équerre, l’est vers l’avant et non dans le plan du corps, donnant symboliquement au compagnon une posture tridimensionnelle.

RY. Signe d’ordre sans doute le plus ancien, fournissant une explication originelle aux signes dérivés dans les autres rites ou rituels : bras gauche en équerre (comme au RÉAA), main droite tendue vers l’avant, pouce à l’équerre, comme si elle reposait sur la Bible. Ceci rappelle la position d’obligation (le serment) du compagnon, main droite sur la Bible, main gauche tenant en principe une lance ou une verge pointe en l’air et fichée dans le sol, en mémoire de Moïse, Aaron et des deux bienheureux saint Jean, le bâton symbolisant alors celui de Moïse appelant les forces telluriques, la verge d’Aaron un signe d’investiture céleste (sacerdotale), alors que le trait vertical reliant Ciel et Terre est traditionnellement associé au Baptiste et à l’Evangéliste au Rite York.

Quand elle est pratiquée « à vide », cette position, c'est-à-dire en signe d’ordre en loge, est appelée Due Guard ou Dieu Garde. Elle est explicitement rapportée à Josué qui, de la main droite stoppant symboliquement l’armée ennemie, a retenu le soleil par un geste de la main gauche pour avoir le temps de parfaire sa victoire sur les gabaonites (Josué 10.12-14).

RSE/RÉÉ. La symbolique du signe d’ordre, également appelé Due Guard, est la même qu’au Rite York, à ceci près que l’exécution du signe connaît de nombreuses variantes situées entre celle du RY et celle du RÉ.

À l’ordre de maître

Le Maître se prépare à se couper le ventre en rappel de son serment.

Pour Jules Boucher, cette posture consiste à placer sa main droite, pouce écarté, contre le flanc gauche à la hauteur du nombril. Au Rite Écossais, on pose la main à plat, au Rite Français, on pose la main perpendiculairement, de telle sorte que l'extrémité du pouce appuie seule contre le flanc gauche au-dessous du pectoral. Au rite de Salomon, on met le bras droit plié en équerre, la main droite ouverte tenue horizontalement, les 4 doigts étendus et rapprochés, le pouce écarté en équerre et appuyé contre la partie gauche et inférieure de la poitrine, au-dessous du pectoral, à la jonction de l’abdomen, le bras gauche pendant le long du corps.

Le point central du corps correspond au troisième Chakra. Son nom, Manipûra, vient de ce qu'étant le centre des énergies du feu, il étincelle comme un joyau.

Il est évident de constater que l’évolution des signes, au cours des trois premiers degrés, se fait de haut en bas ; ainsi l’influence spirituelle gagne peu à peu l’initié, tout d’abord par l’intellect, puis vers le cœur pour enfin gagner le centre des énergies et se répandre dans tout notre être. La notion des trois foyers représente donc un tout pour lequel l'homme reste le centre. Cela se retrouve parfaitement sur la ligne dessinée par les méridiens qui les gouvernent et dont l'axe contrôle l'abdomen, le cœur et la gorge.

Platon enseignait que tout est hiérarchie dans l’être humain ; la tête doit dominer le cœur et celui-ci doit dominer le ventre, symbole de tous les appétits terrestres et de toutes les passions inférieures.

Être sans désir mauvais est le grand secret du Maître, qui peut, par la puissance de sa volonté, triompher de toutes ses faiblesses. Un Maître se domine entièrement et sans effort. Il a triomphé de ses derniers sursauts d’égoïsme. Ainsi libéré de lui-même, il pourra remplir son devoir social et libérer les autres.

Attouchement(s)

Signe manuel de reconnaissance entre francs-maçons. Il varie selon les grades. L'attouchement consiste à prendre avec la main droite celle d'un Frère ou d’une Sœur et à faire, discrètement, selon le degré d’identification, un certain nombre de pressions sur une partie précise de la main.

L’attouchement maçonnique du maître consiste en une certaine grippe amicale ou fraternelle, par laquelle un maçon peut en reconnaître un autre, dans le noir comme dans la lumière.

On trouve dans le Rituel du marquis de Gages de 1763 une précision de ce qui aurait pu être l’attouchement de reconnaissance du maître pour se faire payer lors de la construction du temple, avant la mort d’Hiram. L'ancien attouchement se faisait ainsi : lorsque les maîtres avaient le samedi arrangé toutes les affaires du temple, ils venaient à la chambre interne où Hiram les recevait et leur demandait mot, signe, attouchement, passe et signification. Les Maîtres pour recevoir leur salaire prenaient Hiram par la première jointure du doigt médius disant Jakin puis par la seconde disant Booz puis par la troisième disant Jéhova, nous sommes 3593 Maîtres qui recevons ce salaire. Après la mort d'Hiram, on donna une signification à ces quatre chiffres : que trois forment, que cinq composent, que neuf furent députés pour aller à la recherche du corps du Maître et que trois l'assassinèrent.

En se saluant, la griffe est aujourd’hui la manière de se reconnaître entre maîtres.

Attouchement du compagnon

RÉAA. L’attouchement se fait en présentant la main droite, prenant la main de celui qui examine, posant le pouce entre le médium et le troisième doigt, ce qui appelle le mot de passe que l’on donne, Schibboleth ; ensuite on presse l’ongle du pouce sur la premier phalange du médium, ce qui appelle le mot sacré, Jakin.

Cinq points parfaits

C’est par les cinq (5) points parfaits que se fait le relèvement du maître lors de la cérémonie de passage.

Dans les rituels anglo-saxons, on les appelle les cinq points de la fraternité. MM. ces points sont appelés les cinq points de la Perfection magistrale, les cinq points parfaits de la maîtrise, ou encore les cinq points de la fraternité.

Ce n'est qu'en 1724 que certains ouvrages maçonniques font état de cinq points justes, mais c'est vers 1730 que la maçonnerie traditionnelle introduit un mot sacré. Ce dernier est un élément fort, constitutif de l’origine et de la tradition maçonniques. Il confère aux cinq points de contact son caractère de « parfaits » en unissant les natures humaine et divine.

1° Se prendre mutuellement le poignet droit, en formant la griffe ;

2° s'approcher réciproquement du pied droit par le côté intérieur ;

3° rapprocher les poitrines du côté droit ;

4° se toucher réciproquement le genou droit ;

5° poser réciproquement la main gauche sur l'épaule droite vers le dos, pour se tenir plus étroitement et s'attirer l'un à l'autre, ou tendre chacun le bras et la main gauche comme en salut romain derrière l’autre, en signe de protection, l’ensemble formant de profil une étoile à cinq branche, signe au RSE/REE des cinq points de la fraternité.

C'est dans cette position seulement qu'on se communique alors le mot sacré dont on épelle alternativement les syllabes à l'une et l'autre oreille.

RER. Ils rappellent aux maçons la sincérité, la cordialité, l’union intime qui doit régner entre eux et l’obligation de se secourir les uns les autres de tout leur pouvoir.

Les 5 points parfaits préexistaient déjà chez les opératifs sous forme de topage des coteries et pays (compagnons) ; cet usage existe encore de nos jours. À l'époque ils se nommaient les cinq points du Compagnonnage.

Au Rite Émulation les cinq points correspondent aux cinq signes du grade : le signe d’Horreur, le signe de Compassion, le signe pénal, le signe de Douleur et de Détresse et le signe d’Admiration et de Triomphe, appelé aussi Grand Signe ou Signe Royal.

Guilbrette

Accolade rituelle signalant la fraternité compagnonnique : les deux Compagnons mettent leurs cannes en croix de Saint-André sur le sol, ils se placent l’un près de l’autre, le côté gauche en avant de manière à ce que les deux pieds occupent les quatre angles formés par le croisement des cannes, les deux hommes se donnent alors la main droite, se " topent " (se parlent), ils échangent les mots sacrés et les phrases Rituelles, à l’oreille, puis font la guilbrette : les deux mains gauches sur la hanche gauche, les jambes droites " entrecroisées, ils se donnent mutuellement à boire, de leurs mains droites, les bras droits étant croisés.

Cette accolade n’est pas sans rappeler les cinq points parfaits du relèvement du maître.

Griffe (du maître)

La griffe était connue des Anciens. Les Orphiques et les Gnostiques la pratiquaient couramment et ont été, de ce fait, l’objet des attaques sophistes des Pères de l’Église, voulant attaquer la griffe initiatique où l’on se chatouille le creux de la main. Les polémistes chrétiens y voyaient un mariage avec les démons. L’expression « chatouiller le creux de la main » montre bien que la Griffe n’était pas simplement le fait de se donner la main comme le font les profanes, mais un moyen rituel de se faire reconnaître par des actes précis que l’on échangeait à cette occasion.

La griffe se pratique avec 3 doigts formant un triangle. On attribue aux doigts les correspondances suivantes. Le pouce signifie la volonté, les Romains l'utilisaient déjà, on le retrouve également au baptême chez les catholiques ; pour le maçon, il sera toujours écarté du reste de la main. L’index correspond à la religiosité, les Sémites l'utilisent pour la lecture. Le Médius convient plutôt, chez les catholiques, à la philosophie. Le pouce et le médius réunis, formant bracelet ou poignée, sont, surtout chez les grecs, latins et orientaux, synonymes de force et bonheur.

La griffe du maître n’est pas une simple poignée de mains. Il s’agit d’une entente, d’un jumelage, d’une solidarité à toute épreuve ; les cinq doigts sont tous actifs et impliqués pour concrétiser cette entente fraternelle indissoluble.

Dans les Rites des Ancients, notamment dans le Guide des Maçons Écossais du RÉAA de 1814, la griffe du maître fait référence à la patte du lion. Le lion est le symbole de la tribu de Juda, celle-là même qui donna naissance à tous les plus fameux personnages de la Bible, dont David et Salomon. C'est donc aussi un signe de force et de royauté. Le lion est aussi l’attribut de Saint Marc et pourrait représenter la Terre et la matérialité.

On peut faire une analogie entre la griffe du maître et les serres de l'aigle qui est la particularité de saint Jean l’évangéliste représentant l’air, le ciel, la spiritualité. Le symbole alchimique de l'aigle terrassant le lion représente le passage du monde matériel au monde spirituel.

Le Manuscrit Sloane décrit ainsi la poignée de main au grade de maître : à se saisir mutuellement la main droite en appuyant fortement les ongles des quatre doigts sur le carpe ou l'extrémité du poignet, tout en enfonçant l'ongle du pouce juste entre la seconde jointure du pouce et la troisième de l'index. Toutefois, certains disent que la poignée de main de maître se fait comme je viens de le dire, à ceci près que le médius doit aller un peu plus loin d'un pouce ou de la longueur de trois grains d'orge, de manière à toucher une veine qui vient du cœur.

S'agissant des mains, la symbolique est aussi très répandue dans nos cultures. En maçonnerie la main est synonyme d'union et de connaissance. C'est par les mains que l'on relève le maître et par la parole qu’il est ressuscité.

Pour être conçu, il faut qu’un générateur dépose la semence de vie dans un milieu favorable et réceptif ; la Mère a en elle une «chambre du milieu » où cette précieuse opération de création de la Vie pourra se faire. Il faut donc que le néophyte ferme sa main en griffe pour symboliser la cavité réceptive du germe de vie et que l’initiateur pousse son doigt médius au sein de cette cavité au moment où il ferme sa main en griffe sur la main du néophyte ; cela signifie : «je te crée Maître». Le maître initiateur doit donc émettre une flamme spirituelle, qui favorisera la naissance du néophyte à un nouvel état supérieur de conscience et de spiritualité. Ceci perçu, le néophyte à son tour pousse son médius dans le creux de la main de son initiateur en disant mentalement : Je viens de naître. Me voici !

à propos de la griffe, l’explication qu’en donne Le catéchisme des trois coups distincts de 1760 est la fraternité comme code moral : Premièrement, main contre main, signifie que je tendrai toujours la main à un frère [sœur] pour l’aider, tant que cela sera en mon pouvoir…

Grippe

Mot utilisé pour désigner l’attouchement de reconnaissance de la main. Au troisième degré, grippe est synonyme de griffe (du maître). Dans les rites anglo-saxons, elle porte comme nom le mot de passe Tubalcaïn, donné parfois par syllabe, parfois en entier.

Signe

Comme le symbole, le signe est un repraesentatio, quelque chose qui est mis pour quelque chose ou quelqu'un, arbitraire il est inventé, unilatéral, sans vie, épuisé dans sa définition, clair et défini dans sa signification (par exemple les panneaux définis dans le code de la route).

Signe de désolation

RDLM. Lorsque sa pierre est rejetée, le compagnon de métier, attristé, appuie sa main droite sur sa joue, laissant aller sa tête sur le côté et s’écrie avec désolation : hélas, hélas, j’ai travaillé en vain.

Signe de détresse

Appelé aussi signe de secours. Le frère revêtu du troisième grade, qui se trouve dans un danger imminent, fait le signe de détresse, et dit : à moi les enfants de la veuve. Tout maître qui entend cet appel vole au secours du frère qui est en danger, et, pour le sauver, expose sa propre vie (Etienne François Bazot, Manuel du Franc-Maçon, Paris, 1817).

Le signe se définit ainsi : Porter la jambe droite derrière la gauche, incliner le buste en arrière, ayant placé sur la tête les deux mains jointes par leurs doigts entrelacés, les paumes en haut et, dans cette position s’écrier « À moi les enfants de la Veuve, (Mémento du 3ème degré du Rite Français).

D’après Oswald Wirth, ce signe a une variante : il peut s’exécuter d’une seule main fermée, placée sur la tête, puis ouverte doigt par doigt en prononçant « Sem, Cham, Japhet », les trois fils de Noé symbolisant les ancêtres des différentes races humaines sur lesquelles s’étend la franc-maçonnerie dans son universalité.

Le sens en est précis, il s’accompagne de mots qui rappellent aux frères et sœurs qu’ils sont enfants d’un même père, Hiram, et qu’ils restent solidaires dans la défense de sa veuve, la franc-maçonnerie.

En 1843, l’historien Bègue-Clavel popularise ce signe en publiant la célèbre gravure du capitaine américain Mac Kinsty attaché à un arbre par les Iroquois et échappant à une mort certaine en l’esquissant. Les mains jointes ouvertes au-dessus de la tête, il se signale ainsi à Brandt, un chef indien élevé et initié en Angleterre qui, l’ayant reconnu, l’épargne.

Les guerres impériales seront l’occasion de vanter ces gestes salutaires qui se seraient multipliés sur les champs de bataille d’Iéna à Waterloo. On sait qu'à la bataille d'Austerlitz, un officier français, renversé par les Russes et menacé de vingt baïonnettes, ayant fait le signe de détresse, fut arraché à la mort par un officier ennemi qui eut pour lui les procédés les plus généreux (rapporté par Charles-François-Nicolas Quentin dans son dictionnaire).

Le Signe de détresse le plus célèbre reste celui qu’aurait fait le frère Brisson lors de la présentation houleuse de son ministère en juin 1900 et dont on ne sait s’il est mythe ou réalité. Il prit une posture peu ordinaire, il croisa les doigts, paumes vers l’avant, tendit les bras au-dessus de sa tête, renversa son corps en arrière et lança un « à moi les enfants de la veuve ! ». Ce cri, dit-on, aurait permis de rallier les députés francs-maçons présents et sauver le ministère Waldeck-Rousseau.

Signe de douleur et de détresse

Au Rite Émulation, le signe de douleur est enseigné au récipiendaire : le signe de douleur se fait en portant la main droite, le pouce à l’équerre et doigts tendus, de la tempe droite à la tempe gauche, puis en laissant tomber la main le long du corps, le pouce toujours à l’équerre. Ce signe tire son origine du geste que fit notre Maître, pendant son trajet de la porte du Nord à la porte de l’Est du Temple, alors que ses souffrances étaient si intenses que la sueur perlait en larges gouttes sur son front, et qu’il fit ce signe pour soulager un temps ses angoisses.

Signe de fidélité

Se substitue au signe d’Ordre dans les prises de parole ou les récitations rituelles aux RY et RSE/RÉÉ. La main sur le cœur, pouce à l’équerre, signifie l’harmonie et l’union fraternelle, la conservation des secrets scellés dans le cœur (acclamation fidélité-fidélité-fidélité). Le pouce à l’équerre dans cette posture rappelle la rectitude morale.

RY. Le signe de fidélité, lors de l’ouverture et de la clôture de la loge, est utilisé en liaison avec les prises de paroles successives du très vénérable et des surveillants.

Le signe de fidélité est utilisé en certaines occasions au RÉ.

RDLM. Signe fait lors de la cérémonie d’avancement quand le candidat a passé les épreuves, ramené la pierre d’angle au vénérable maître de la Marque qui le considère qualifié pour avancer à l’honorable grade de maître de la marque.

Signe d’effroi

Signe d’horreur que firent les maîtres lorsqu'ils reconnurent le Maître Hiram assassiné. Il se fait en reculant du pied droit, le gauche ne bouge pas. On porte la main droite en équerre sur le cœur y posant le pouce, les quatre doigts serrés sans être appuyés nulle part et de la gauche vous faîtes deux équerres dont une avec le bras et l'autre avec la main pouce ouvert et les autres quatre doigts serrés. La signification est : le signe fait trois équerres qui dénote que les maîtres font ce signe comme chef de l'équité (Rituel du marquis de Gages 1763).

Signe de foi

RY et RÉ : il est adopté pour les prières, les invocations et la bénédiction patriarcale.

Signe d’horreur

RF. Le signe d’horreur permet aussi de vérifier le degré de maître des travaux à leur ouverture. TR. : Vénérable Frère Premier Surveillant, êtes-vous Maître? 1er surveillant : Eprouvez-moi, l’acacia m’est connu. TR. : Donnez-moi le signe de Maître. Le Premier Surveillant donne le signe d’Horreur. La tenue de Maître se termine par le signe d’horreur.

Le signe d’horreur se fait debout et à l'ordre, en portant la main à la hauteur du front, la paume en dehors, la tête un peu effacée du côté droit et faisant un mouvement de corps en arrière. Il sert de reconnaissance du degré d’appartenance des membres présents.

Rite français philosophique. étant à l'ordre, élever les deux mains au-dessus de la tête, les paumes en avant, les doigts étendus et séparés, et faire un mouvement du buste et des bras en arrière, puis ramener le buste et laisser tomber les bras. Se remettre en position d'ordre.

RÉAA. Ce signe est exécuté à la découverte du corps d’Hiram, pieds en équerre, les deux bras sont tendus le long du corps et s’élèvent pour décrire chacun un demi-cercle, tandis que la colonne vertébrale se cambre, la tête est rejetée en arrière et l’ensemble du corps forme un arc de cercle. L’élan provoqué par le mouvement rapide des bras vers le haut tend à soulever le corps dans la direction verticale. Cet élan vers le haut surprend, en même temps qu’il fait prendre conscience que la suite va se passer dans une dimension qui fait plonger vers le ciel.

Puis ce signe d’horreur se termine. Les mains sont tendues, les doigts séparés on s’écrie : « Ah ! Seigneur Mon Dieu » ; les mains retombent sur le tablier, marquant ainsi l’étonnement, la stupéfaction et l’accablement à la vue du cadavre du Maître Hiram. Pour la première fois, en effectuant la marche du maître, une phrase est prononcée à voix haute.

Le recours aux mots «Seigneur» et «Dieu» sont à prendre en référence à l’époque où ces rituels ont été écrits et où la religion était très présente.

RMM. Tourner vivement le visage vers la droite, en levant les deux mains vers la gauche, pouces joints par les pointes, disposés en équerre par rapport aux autres doigts qui sont joints comme de coutume.

Signe(s) de reconnaissance

Gestes, insignes, marques, mot de passe ou posture permettant à un franc-maçon de se faire reconnaître comme tel. Le Sloane en énumère de nombreux : L'un des signes consiste en un mouvement de la main droite en travers de la poitrine, de gauche à droite, le bout des doigts passant à trois ou quatre pouces au-dessous du menton ; un autre à retirer son chapeau de la main droite, avec les deux premiers doigts au-dessus du bord, le pouce et les autres doigts au-dessous, et à lui faire faire un mouvement de gauche à droite avant de le remettre sur la tête ; un autre encore consiste, en buvant, à faire avec son verre un mouvement transversal de gauche à droite sous le menton ; un autre à prendre son mouchoir par un coin avec la main droite, à le jeter par-dessus l'épaule gauche en le laissant prendre dans le dos, et à faire ainsi quelques pas.

Ils sont spécifiques selon les degrés. Par exemple, en plus des signes de reconnaissance de l’apprenti franc-maçon, le compagnon peut indiquer son degré par la poignée de main, qui consiste à se saisir mutuellement la main droite en pressant avec l'ongle du pouce la troisième jointure de l'index comme l’indique le Manuscrit Sloane en 1700. D’autres variantes, depuis, ont été apportées par les différents rites.

Dans la vie profane, les francs-maçons s’adressent, aussi, des signes de reconnaissance, le plus souvent sans spécificité de grade.

Signe d’ordre d’apprenti

Considéré comme un signe pénal.

Ce signe complète, par le mouvement, la posture à l’ordre. Au premier degré, il se fait en glissant la main le long de la gorge, de gauche à droite, avant de laisser retomber le bras le long du corps, pour rappeler la promesse faite au cours de la cérémonie d’initiation : je préfèrerais avoir la gorge tranchée plutôt que de manquer à mon serment.

Il est considéré comme un signe de reconnaissance.

Signe du compagnon

Dépend du rite pratiqué. Au RÉAA, il se fait par deux mouvements simultanés : étant à l’ordre de compagnon, retirer horizontalement la main droite vers le coté droit et la laisser retomber le long du corps, en même temps abaisser la main gauche. Ce signe rappelle le serment de secret prononcé lors de l’augmentation de salaire. Dans certaines formules anciennes, il est dit entre autres que celui qui viole son obligation aura le sein gauche ouvert, le cœur arraché.

Signe du maître

Dans le texte de 1745 de l’abbé Gabriel-Louis Pérau L’Ordre des francs-maçons trahi, le signe du maître consiste à porter la main droite au-dessus de la tête, le revers tourné du côté du front, les quatre doigts étendus et serrés, le pouce écarté, et de la ramener ensuite dans le creux de l’estomac. L’abbé poursuit quelques pages plus loin : Le signe de maître est de faire l’équerre avec la main, de la façon qui a été déjà expliquée plusieurs fois ; de l’élever horizontalement à hauteur de la tête, et d’appuyer le bout du pouce sur le front ; et de la descendre ensuite dans la même position au-dessous de la poitrine, en mettant le bout du pouce dans le creux de l’estomac.

Dans le contexte de l’interprétation de la légende d’Hiram en tant que Passion/Résurrection de Jésus de Nazareth, ce signe de maître faisait référence par sa forme d’équerre à la croix de Jésus. La main en équerre dans le creux de l’estomac faisait penser, non pas aux femmes et aux autres témoins de la crucifixion qui se frappèrent la poitrine (Lc 23,27.48) mais aux coups physiques donnés à Jésus lors de son procès (Mt. 26,67-68 ; Mc 14,65 ; Lc 22,63-64 ; Jn 18,22-23 ; 19,3), plus particulièrement au coup de lance infligé par l’un des soldats au flanc de Jésus (Jn 19,34).

Au RÉAA, RF, le signe du maître rappelle les pénalités encourues (être coupé en deux) en cas de manquement au serment prêté le jour de l’élévation.

RFR, Les signes d’horreur, de détresse et de maître sont identiques, le pouce situé à hauteur du pancréas.

Signes

Dans les instructions du compagnon, au Rite Français, il est dit que les signes sont sans nombre, mais qu’il y en a cinq principaux qui sont le vocal, le guttural, le pectoral, le manuel et le pédestre. Dans tous les grades, le premier sert à prendre la parole, le deuxième à donner le signe d’apprenti, le troisième celui de compagnon, le quatrième sert à donner l’attouchement, le cinquième à exécuter la marche. Le Rituel du 3e grade de la Mère Loge Écossaise de l'Orient d’Avignon de 1774 en donne une autre explication : Le guttural qui nous rappelle le premier engagement que nous avons contracté et que rien ne doit nous y faire manquer, le manuel nous annonce que nous devons tendre une main secourable à tous les hommes et particulièrement à nos frères, le pectoral que nous devons cacher leurs défauts dans nos cœurs et le pédestre que nous devons être toujours prêt à voler à leur secours.

Le rituel de maître marin de Noé énumère 5 signes : le signe d’horreur, le signe de compassion, le signe pénal, le signe de douleur et de détresse (se fait en portant la main droite, le pouce à l’équerre et doigts tendus, de la tempe droite à la tempe gauche, puis en laissant tomber la main le long du corps, le pouce toujours à l’équerre), le signe d’admiration et de triomphe, appelé aussi grand signe ou signe royal (Son origine date de l’époque où, le Temple étant achevé, le roi Salomon et les princes de sa cour allèrent le visiter. Ils furent tellement frappes par sa magnificence qu’ils s’écrièrent tous, en un mouvement simultané: « O merveilleux Maçons! »).

Ces signes, qui se complètent de degré en degré, sont un véritable projet transmutatoire engageant l’être lui-même, faisant de lui l’objet d’un changement radical à travers le déchiffrage d’un langage codé et de règles opératives modifiant l’humain en profondeur.

Les signes maçonniques sont des mantras qui font passer de la position à la posture, de la posture à l'ordre, de l'ordre à l'harmonie intérieure qui exprime l'harmonie du cosmos.

Batterie

Applaudissement rituel effectué, en tenue, selon le grade, pour honorer des évènements particuliers (la visite d'un dignitaire, de visiteurs, l’élection du collège des officiers etc.)

La batterie est constituée d'un ou plusieurs signaux sonores obtenus, pour les officiers, en frappant du maillet et, pour les Frères ou sœurs, en tapant des mains, gantées sauf au cours du banquet d’ordre. Une batterie est donc une "phrase musicale" ponctuant une tenue.

Deux hypothèses sont avancées pour l'origine de la batterie maçonnique :

- elle serait ainsi soit un « héritage » des forgerons martelant les métaux, soit un héritage des tailleurs de pierre chassant le trait ou ciselant la pierre. On ne sait pas à quelle période elle est véritablement apparue dans la franc-maçonnerie ; toujours est-il qu'elle est attestée dans le Secret des francs-maçons de l'abbé Pérau paru en 1742, lequel fait remonter la batterie au tout début du XVIIIe siècle ; alors que l'ouvrage The Three Distinct Knocks publié en 1760 l'établit comme beaucoup plus ancienne et concomitante à la naissance même de la franc-maçonnerie.

- Pour d’autres, la batterie maçonnique aurait une origine ésotérique, (notamment rosicrucienne) et par suite des vertus "énergétiques" puisque puisant son origine dans la magie blanche!

Si elle est commune à toute la franc-maçonnerie, la batterie se distingue dans le nombre de coups et le rythme selon les rites et obédiences. Ainsi, avec un rythme irrégulier, le nombre de coups diffère, pour le Rites Émulation, 3 quel que soit le grade, pour le rite Écossais Ancien et Accepté 3, 5 et 9 et pour le rite Français 3, 6 et 9 ; tandis que pour le Rite Écossais Rectifié le nombre de coups est également 3, 6 et 9 mais selon un rythme régulier. La cadence est donnée par les coups frappés par le vénérable et repris par les surveillants à l’ouverture des travaux au degré concerné.

La batterie maçonnique peut également ponctuer des cérémonies particulières. Dans le Rite Français il en est ainsi de la batterie de deuil qui intervient au terme de la minute de silence marquée pour le décès d'un Frère ou d’une Sœur, aussitôt suivi d'une batterie d'allégresse symbolisant la vie.

Les batteries effectuées par l’ensemble de la loge sont suivies d’acclamations.

Batterie de compagnon

Sa rythmopée varie selon les rites : au RÉAA cinq égaux ; au ROS, cinq également, les deux premiers rapprochés, le troisième espacé et les deux derniers espacés ; au RF quatre rapprochés suivis d’un espacé ; au RÉR, 9 en trois fois, deux rapprochés suivis d’un long, sans acclamations ; aux rituels anglo-saxons trois coups, un puis deux.

Batterie de maître

RF, Rites égyptiens. Les deux Surveillants répètent en silence la batterie initiée par le très respectable maître par neuf coups, trois fois trois (2 courts et 1 long).

RÉAA. Neufs coups réguliers.

RÉR. Trois fois trois coups qui signifient la fin ou la décomposition des corps. La batterie évoque le commencement, la durée et la fin des choses créées.

On ne saurait parler de mouvement sans évoquer les marches

Marche

Manière particulière de se déplacer lors des tenues dans le temple.

Les rites écossais débutent la marche par le pied gauche, les rites français par le pied droit. Le pied qui avance en premier est celui du côté où se trouve le premier surveillant.

Marche à reculons

La marche à reculons ne se fait pas à l'initiative du compagnon, elle lui est imposée par une volonté extérieure à la sienne. Dans la marche à reculons, la pointe du pied est derrière l'axe de la colonne vertébrale et le regard ne permet pas de se diriger vers l’Orient comme dans les grades précédents. Pourtant, la direction oblige à avancer vers l'Orient, même si cette progression se fait selon une marche inhabituelle, avec le guide qui voit pour le récipiendaire.

Cette marche implique un retour à un état antérieur. C'est une sorte de purification nécessaire, un dépassement de sa condition, avant que ne se produise une entrée dans un nouveau plan ou un nouveau domaine. C’est une avancée à reculons, pour rappeler la Connaissance et l'Amour acquis, le vécu initiatique, pour un examen de conscience, un recul sur soi, un regard sur le passé.

L’examen des gants et du tablier viendra renforcer cette idée de suspicion, de trahison des engagements et même de meurtre. C'est en souvenir de cela que les maçons portent des gants blancs malgré leur chagrin, afin de proclamer qu'ils sont innocents de la mort du maître Hiram.

Le Compagnon est jugé, se juge et mesure l’écart qui le sépare de l'étoile flamboyante à l’Occident dont il s’éloigne, la rendant inaccessible.

Un extrait du manuscrit intitulé La vraie Maçonnerie des hommes et des femmes ou cours complet de l'adoption des femmes en trois grades suivie d'un corps de Maçonnerie des hommes indique le mode opératoire de la marche à reculons : la Loge tendue en noir, le tombeau d'Hiram au milieu, les frères (ou sœurs), le chapeau rabattu et dans l'attitude de la tristesse, le récipiendaire préparé, la loge très peu éclairée, on fera entrer à reculons le récipiendaire et on le mettra entre les deux surveillants, le dos tourné au trône. Là, on lui fait des reproches sur son peu de zèle et son indiscrétion, on lui suppose des fautes. Enfin, on lui fait faire trois fois le tour de la loge sans jamais lui laisser voir ce qui est derrière lui, le tombeau.

La marche à reculons est également appelée rétrogradation.

Rites continentaux. C’est une avancée vers l’Orient composée des trois pas de l’apprenti (la ligne), enchaînés par les deux pas du compagnon (le plan), suivis par l’enjambement de la représentation du cadavre d’Hiram (le volume) lors de la cérémonie de réception du maître. La marche part de l’équerre, de la connaissance des lois qui régissent le monde, et atteint le compas, la connaissance des lois de Création (Ordre des francs-maçons trahis, Genève 1742).

La marche du maître triomphe trois fois de la mort car elle franchit trois fois le cercueil.

RÉAA et RF. À chaque pas, une posture d’équilibre se fait par le rapprochement des deux pieds sur le même plan, contrairement au RFM et au Rite de Salomon qui fait enjamber le cercueil du pied droit vers le midi puis du pied gauche vers le nord, avant de les réunir à l’Orient, marquant une course poursuite pendant la traversée, comme pour échapper aux mauvais compagnons…

Pas de l’apprenti

À l’ordre et glissés en équerre, les 3 pas mystérieux de la marche enseignés à l’apprenti sont à la fois une mise en mémoire corporelle des connaissances géométriques lui permettant de tracer le triangle équilatéral dans le cercle et la possibilité d’une marche droite, axiale en direction de l’Orient. Il se fait à l’ordre d’apprenti

Au grade d’apprenti, celui qui n'a pu assister à l'ouverture des travaux, qui est en retard, et qui demande l’entrée du Temple, doit opérer symboliquement un accéléré mental qui lui permet de rejoindre l'efficience des travaux commencés. Il le fait par les 3 pas mystérieux et les salutations aux 3 officiers qui lui firent subir les épreuves purificatrices lors de son initiation. Ne le faisant pas, ou le faisant mal, il s’expose à l’extranéité, à une plus difficile intégration au groupe qui, lui, est sur le chemin parcouru depuis l’ouverture des travaux.

Dans les rituels anglo-saxons, ces pas « mystérieux » sont irréguliers et simulent la démarche d’un boiteux qui tente de gravir un chemin légèrement en pente, symbole du profane incomplet, déséquilibré ou handicapé spirituel qui tente un cheminement vers Dieu. Dans ces rituels, et dans la plupart des loges, le pas mystérieux n’est effectué que le jour de l’initiation, les yeux bandés, car, une fois la lumière physique rendue et la lumière spirituelle reçue, le franc-maçon, bien guidé, ne titube plus.

Les entrées en loge se font selon un seul pas dit « régulier » (ou sans pas spécial dans certaines loges), symbole de rectitude, mais surtout de fraternité et de solidité car la fin du pas décrit un niveau : le franc-maçon avance sur le niveau de l’égalité, sur des fondations solides parfaitement horizontales.

Pas du compagnon

RÉAA, RAPMM. C’est une marche en avant vers l’Orient : après avoir exécuté les 3 pas mystérieux de l’apprenti, changer de posture en se mettant à l’ordre de compagnon, effectuer un pas glissé sur le côté droit, vers le midi, remettre les pieds en équerre et revenir dans l’axe occidental du Delta lumineux d’un pas égal à l’écart. C’est une invitation à quitter l’axe du prévisible, de l’organisé avant d’y revenir mais en ayant progressé vers la lumière de l’Orient ; ne demande pas ton chemin à quelqu'un qui le connaît, tu risquerais de ne pas pouvoir t'égarer disait le rabbi Nachman de Breslav.

Ne sachant ni lire ni écrire, les œuvriers constructeurs devaient trouver des méthodes mnémotechniques de procédés des tracés pour retrouver les proportions et les angles, ce que Honnecourt appelle l’art de la iométrie. Les sens, la vue en particulier, le corps, à travers ses déplacements, permettent de se souvenir des étapes d’élaboration des figures géométriques.

À la recherche du nombre d’or, le pas du compagnon mémorise le fondement du tracé du pentagone régulier sur la diagonale du rectangle de dimension 1 sur 2.

En avançant d’un pas de côté, un écart est fait vers le sud où il y a plus de lumière. C'est une incursion dans la confrontation de la pensée avec celle des autres. Il est donné, avec la parole, la possibilité au compagnon de discuter pour mieux étayer sa manière personnelle de comprendre. La dualité du dialogue est obvie, cependant dans la position face à l’étoile et touchant virtuellement sa pointe basse droite, correspondant à la planète Vénus, la compréhension passe encore par les sens.

Gardant appui sur le pied gauche, l'écart ne va pas au-delà de ce que la dimension du corps permet et c'est du pied droit que Vénus est touchée, dans une rencontre pied droit contre pied gauche avec l'homme primordial inscrit dans l'étoile flamboyante, image en miroir qui fait face.

Si de nouvelles explorations se présentent ainsi de manière métaphorique, par le pas de côté, se replier sur soi-même est une nécessité d'autant plus impérieuse qu'on est allé plus loin dans l'écart. L'étoile ramène le compagnon, par le 5ème pas dans l'axe de son sommet, face à Jupiter, siège de l'esprit, face au Delta lumineux, but ultime de l'initiation.

Il faut, en passant de la perpendiculaire au niveau, toujours pouvoir retrouver l'équerre ; du nord au midi, le voyage conduit à l'orient.

Pas du maître

Après avoir effectué la marche de l’apprenti, puis celle du compagnon, le maître fait les trois derniers pas caractérisant la marche du Maître. Lorsque le maître commence sa marche par les pas d'apprenti, il est à l'ordre d'apprenti. Il se met ensuite à l'ordre de compagnon pour les deux pas suivants. Enfin, il se met à l'ordre de maître pour les pas de maître.

Pour prouver son innocence du meurtre d’Hiram, le compagnon enjambe par trois fois le corps du Maître allongé dans son cercueil ; en ajoutant deux arcs de cercle et explorant les trois dimensions : ligne, plan, volume. Il réalise le passage de l’équerre au compas, du tangible au monde des idées, poursuivant l’œuvre, sans souci des pièges mortels que tendront sous ses pas les meurtriers d’Hiram. Il est à ce moment précis plus près du compas, donc de l’esprit, devenant un intercesseur entre le ciel et la terre. Le récipiendaire montre les progrès qu’il a faits pour se rapprocher de la Lumière, de la Connaissance.

Selon certains auteurs, le candidat, en faisant ces pas par-dessus le cercueil, devrait se trouver après le premier face au nord, après le deuxième face au sud et après le troisième face à l’est, en fixant ainsi son regard sur les entrées du temple par lesquelles Hiram tenta de s’échapper. Pourquoi le Maître dans sa marche lève-t-il un pied ? Pour ne point fouler le sang de l'innocent répandu dans le temple. Que représentent les trois pas qu'il fait par la double équerre levant le pied ? Le passage du tombeau et la façon que les trois scélérats étaient placés lorsqu'ils l'assassinèrent pour lui capter le mot de Maître (Rituel du marquis de Gages de 1763).

Circambulation, Circumambulation

Pratique religieuse rituelle, consistant à faire à pied le tour d'un sanctuaire, qui a inspiré la façon de se déplacer en loge autour du pavé mosaïque et du tapis de loge.

Cette pratique se retrouve dans le judaïsme, où elle est appelée haqqâfâh, dans l'islam, où elle est appelée tawâf. La circumambulation consiste à effectuer sept fois le tour de la Kaaba (la maison sacrée) lors du pèlerinage de la Mecque.

Les Bouddhistes l’accomplissent autour de stûpa (reliquaires, caractéristiques de l'Inde et que l'on trouve le long des routes), les Tibétains autour des temples, les Catholiques autour d'une église pour la consacrer, le prêtre autour de l'autel en l'encensant, les derviches tourneurs avec la danse circumambulatoire, ainsi que par les amérindiens autour d'un totem. On retrouve cette circulation également en Russie, en Chine, au Japon au Cambodge, chez les celtes, les druides, et en fait dans de nombreuses autres traditions… Elle est également utilisée en magie.

Circulation

Au cours des cérémonies, les francs-maçons doivent se déplacer avec ordre et rigueur, dans le sens prévu par le rituel, en démarrant selon le rite pratiqué soit du pied gauche, soit du pied droit. Le pied mis en avant, en premier, en se dirigeant vers l’Orient, est celui du côté où se situe le 1er surveillant de la loge. La circulation dans le Temple doit suivre un sens déterminé. Elle s’effectue généralement sous la surveillance du Maître des cérémonies qui conduit tout déplacement dans la loge afin de guider le cheminement et d’écarter le danger qui pourrait survenir sur le chantier.

Les marches maçonniques sont d'inspiration solaire. La circulation se fait, le plus souvent, dans le sens des aiguilles d'une montre, en gardant le centre à sa droite (de l'Occident, par le Nord, vers l'Orient) (de l'Orient, par le Sud, vers l’Occident). Ce sens de rotation est appelé dextrocentrique (dextrorsum), solaire, ou dextrogyre, par opposition au sens contraire, appelé sinistrocentrique (sinistrorsum), polaire ou lévogyre.

Abréviations utilisées

DH Droit Humain

GLFF Grande Loge Féminine de France

GLNF Grande Loge Nationale Française

GLTSO Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra

GODF Grand Orient de France

MM Rites égyptiens Memphis Misraïm (non méditerranéens)

OITAR Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal

RDLM Rite de la Marque

RÉ Style anglais Emulation ou Rite Émulation

RÉAA Rite Ecossais Ancien et Accepté

RÉR Rite Écossais Rectifié

RF Rite Français

ROS Rite Opératif de Salomon

RSE/RÉÉ Rituel « standard » d’Écosse ou « Rite Écossais d’Écosse »

RY Rituel York ou « Rite » York

Var. Certaines variantes de… . Exemple : Var. MM = « dans certaines variantes des rites égyptiens.

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27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 19:25

« -Que venons nous faire en Loge ? -vaincre nos passions, soumettre notre volonté et faire de nouveaux progrès en Franc maçonnerie ».

En parodiant Renan qui parlait de la France, on pourrait commencer par dire que le principe fondateur de la FøMø ce n’est pas une race, pas une religion, pas même une langue ni une géographie. C’est une âme, un principe spirituel. Deux choses, qui n’en font qu’une, constituent cette âme : un passé et un présent. L’une est la possession en commun d’un legs de souvenirs, l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.

Quel est ce principe spirituel de la franc-maçonnerie ?

En France, comme l’écrivait Bruno Etienne, la Franc-maçonnerie a produit deux maçonneries qui cohabitent, volens nolens, bon gré malgré, depuis trois siècles. La première a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et entend participer activement à la construction de la société idéale. La seconde a pour devise « Sagesse, force, beauté » et préfère travailler à la construction du Temple de l'Humanité à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l'ego.

L'une est extravertie, progressiste, mondaine ; l'autre est tournée vers l'intérieur, progressive, mystique. Certains ont cru pouvoir, sans schizophrénie excessive, appartenir aux deux tendances.

Mais, en s'appropriant le monopole de l'interprétation républicaine, en s'identifiant à la seule République, la Franc-maçonnerie risque de perdre sa capacité à guider les néophytes vers l'initiation au profit d'un tangage dans les courants à la mode du monde profane.

Pourtant la Loge elle-même est le résultat d’un autre changement d’échelle dans la vie personnelle de ses membres, une correspondance existant entre le macrocosme d’une Loge et le microcosme des Maçons qui y travaillent.

Maçons, Loges, Obédiences, autant de « systèmes » en relations, comme emboîtés les uns dans les autres, reliés tout en gardant, chacun à son « niveau », ses devoirs et prérogatives, comme l’indique les racines grecques du mot système[1], « organisation, ensemble, mettre en rapport, instituer, établir ». Cette conception des systèmes « dérive » de la « monade », qui est à l’image du tout dont elle fait partie et dont elle détient la mémoire profonde, chacune étant à la fois une monade et un composé de monades, chacune offrant un point de vue particulier sur le tout. C’est l’une des significations profondes de ce qui nous est donné par le ternaire qui conduit à l’unité, ternaire qui est le fondement philosophique et spirituel de la Franc-maçonnerie.

La Maçonnerie met en perspective ses « monades » : Maçons, Loges, et Obédiences, en plaçant la Loge en un point symbolique médian de l’axe qui les relie, où s’effectuent les changements d’échelle entre le « tout » de l’Obédience et ses parties élémentaires, les Maçons qui sont des abeilles dans la ruche qu’ils ont choisie.

Si les « règles » et les rituels, outils de connaissance et de conscience sont difficilement conciliables dans la démultiplication des Obédiences, conciliation schizophrénique nous a dit Bruno Étienne, en reprenant les théories de Leibniz et de Newton, on va essayer de surmonter le paradoxe apparent de leur coexistence*.

« Ces deux penseurs cultivaient une vision d’interconnexion holistique (c’est-à-dire formant un ensemble solidaire, dont les diverses parties ne peuvent se comprendre que par le tout). Mais tandis que Newton pensait que la matière est faite de particules inconscientes s’attirant les unes les autres par attraction gravitationnelle, Leibniz estimait que les éléments ultimes de l’univers sont reliés par la conscience. Ces éléments ultimes, appelés « monades », sont à la fois des centres de forces physiques et des centres d’expériences mentales reflétant l’univers. Selon les propres termes de Leibniz, « chaque monade est un miroir vivant représentatif de l’univers suivant son point de vue, et aussi réglé que l’univers lui-même. » Les monades ont deux qualités, la « perception » et l’« appétit ». Les perceptions provoquent les états internes et changeants des monades, elles naissent de leurs appétits, qui naissent eux-mêmes de leur désir de refléter l’univers. Les monades sont des unités de force et d’esprit, tandis que les particules de Newton ne sont que des centres de force inconscients. »

Au déisme de Newton qui « regardait l’Univers comme un cryptogramme composé par le Tout-Puissant. » répond celui de Leibniz, pour qui « Dieu agit en parfait géomètre », déterminant ainsi deux types de déistes. Avec Newton, les premiers admettent l’existence d’un Être suprême, éternel, infini, intelligent, créateur, conservateur et souverain maître de l’univers qui préside à tous les mouvements et à tous les événements qui en résultent, mais qui restreint son action à simplement s’assurer du bon fonctionnement de l’univers, sans se préoccuper des affaires humaines. Ils n’attendent donc aucune faveur de la Providence, et préfèrent s’abstenir de tout culte, quel qu’il soit. Leur Maçonnerie aura en priorité pour mission de propager les idées philosophiques défendues par la Royal Society, notamment la tolérance, la philanthropie, l’entraide, la liberté religieuse, les libertés individuelles, le cosmopolitisme et le progrès des sciences au profit de la société.

Pour les seconds, comme Leibniz, un Être suprême, éternel, infini, et intelligent gouverne le monde avec ordre et sagesse, suivant dans sa conduite les règles immuables du vrai, de l’ordre et du bien moral, parce qu’il est la sagesse, la vérité, et la sainteté par essence. Les règles éternelles du bon ordre sont obligatoires pour tous les êtres raisonnables. L’Être suprême n’est pas indifférent, mais intervient directement dans son œuvre pour l’orienter vers le bien. Les déistes de la seconde espèce pratiquent en priorité un « travail » spirituel individuel, dans le cadre d’une exploration personnelle du divin, pour être en « mesure » d’atteindre et dépasser les « niveaux » et « degrés » successifs d’un perfectionnement intérieur, et paradoxalement commun à tous les êtres engagés sur ce même chemin de perfectionnement : « c’est tout comme ici, partout et toujours, aux degrés de grandeur et de perfection près » … « Les choses s’élèvent vers la perfection peu à peu et par degrés insensibles ; il est malaisé de dire où le sensible et le raisonnable commencent » écrit Leibniz, qui ouvre ainsi la voie aux initiateurs des « degrés de Perfection » des Rites maçonniques.

Qu’apporte la pratique du vivre ensemble en tenue ?

La Franc-maçonnerie est un centre d’union polymorphe qui rassemble ce qui est épars sur au moins trois plans :

  • Elle est un espace d’évolution solitaire par le travail et la recherche qui ouvre des voies de la connaissance : la franc-maçonnerie, par les influences subies à caractère chevaleresque, hermétique, alchimique, compagnonnique, kabbalistique a conservé et rassemblé différents traditions et ésotérismes, c’est ce trésor qu’elle nous offre.
  • Elle est un espace de méditation, de réflexion, d’introspection, d’engagement. Elle permet de se renouer avec soi-même, une façon de dire que l’on rassemble ses éparpillements d’êtres pour les réconcilier dans une cohérence solide, une façon de s’accepter tel que l’on est, en se connaissant mieux en soi et à ses limites. Et en vieillissant, cette sérénité est un réconfort inestimable.
  • Elle est un espace de rencontre : on y apprend à vivre pendant longtemps avec les autres, s’obligeant à prendre la posture de la fraternité, de la solidarité et de la tolérance, ce qui à terme devient une vraie nature et, ancré au plus profond de nous, suscite un élan sincère, affectueux et respectueux pour l’autre, tout autre, que l’on rencontre dans le temple ou surtout à l’extérieur.

Les rituels et l'imaginaire nous font changer de monde et nous absorbe dans un autre univers presque réel. En fait réel, parce que les émotions sont un espace-temps vécu comme un présent où ce qui est dit devient réalité : nous avons trois ans et il est midi ou minuit.

C’est un sentiment de communauté fraternelle qui s’instaure pour unir frères et sœurs entre eux, c’est pour chacun simultanément à part, tout en prenant part. à l’unisson avec une assemblée de francs-maçons, on éprouve souvent un sentiment de bien-être au milieu des siens, presque une symbiose ; le partage des mêmes aspirations avec les autres frères et sœurs nous emplit d’amour pour chacun d’eux.

Depuis des siècles des francs-maçons ont répété les mêmes paroles de rituels. Participer à une tenue fait perdre tout sentiment de sa personne pour devenir une partie, une toute petite partie de cette chaîne qu’est la communauté franc-maçonnique. Ce lien, cette union avec le passé et le présent est un réconfort et un sentiment d’appartenance à une lignée de sagesse, force et de beauté. Même le solitaire peut y trouver le vécu joyeux, non pas tant du lien, que de l’abolition de la séparation.

L'armature des valeurs, des règles et des rites fait de nous une société particulière. Il n'y a pas de « nous » sans un point de fuite, un point d'accroche, une transcendance qui ne soit pas forcément surnaturelle, une majuscule permettant la clôture d'une identité qui se donne des frontières, qui permet la coagulation d'un « nous » et permet à ce « nous » de traverser le temps*.

La franc-maçonnerie est une étrange école qui éveille et éduque l'homme. C'est un outil de développement personnel, spirituel qui, loin de n'être qu'une gymnastique intellectuelle et spéculative, est avant tout une réelle pratique opérative. Ici l'œuvre n'est pas de pierre mais de chair, d'âme et d'esprit. L’espérance ouverte en Franc-maçonnerie est dans la confiance de l’Ordre que chaque frère ou sœur est capable de dégrossir sa pierre pour obtenir sa récompense, la joie d’être soi.

Qui n'a pas rêvé d'avoir à portée de main un outil de développement personnel, de transformation, d'élévation qui ne soit pas esclave d'un système dogmatique ? Qui n'a pas rêvé de se construire tout en accomplissant une œuvre ? Nous avons tous, plus ou moins, les mêmes espoirs, les mêmes ambitions même si elles se manifestent à l'évidence bien différemment. Nous souhaitons cependant tous réussir, nous réaliser, être heureux et libres de pouvoir diriger notre vie comme nous l'entendons.

En utilisant les rites et symboles de la franc-maçonnerie avec différentes approches aussi originales que transdisciplinaires, chacun peut atteindre et réaliser, en accédant à la maîtrise, un véritable art d'être. Plus rien ne sera comme avant car il va passer enfin de l'autre coté du miroir pour en revenir, dans le meilleur des cas, à jamais transformé.

La franc-maçonnerie est l'un des rares outils au monde à apporter une telle possibilité en intégrant une pratique du corps et de l'esprit, par un ensemble des composantes de ce qui nous fonde tant sur le plan personnel, social que spirituel et nous permet de devenir enfin libre, c'est-à-dire franc...

Alors protégeons cette franchise, cet affranchissement car, historiquement, là où il y a de l'amour, il y a aussi de la haine. Quand les uns ont le bonheur d'être inclus, les autres ont la rancœur d'être exclus. Nous faisons confiance à l'homme, à nos frères et sœurs en particulier, car nous sommes des optimistes, mais l'homme a peur de cette liberté offerte et il serait tenté de la remettre à des ultras, eux, les clercs de la pensée unique, qui nous diraient quoi faire, en quoi croire.

Pour ma part, je veux être un franc-maçon libre dans une loge libre.

[1] σύστημα, sústêma, « συνίστημι, sunistēmi (établir avec),

* Merci à Patrick Carré pour le développement suivant http://www.patrick-carre-poesie.net/spip.php?article1211

* http://nsae.fr/2008/09/13/jesus-l%E2%80%99eglise-l%E2%80%99humanisme-un-debat-entre-frederic-lenoir-et-regis-debray/

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 10:43
Eléments de tracés avec règle et compas, la concordance maçonnique

Enfin ! Les Éditions de La Hutte mettent en souscription l'ouvrage attendu sur les tracés à mettre dans toutes mains, spécialement celles des compagnons et de leur surveillant en particulier.

Participez à ce projet en vous rendant à l'adresse suivante : http://www.editionsdelahutte.com/

L’approche ordinale des tracés des figures inscrites dans le cercle est, pour le compagnon franc-maçon, une méthode visant à l’accès à de multiples connaissances.

La compréhension des tracés permet d’approfondir ce que les rituels expriment soit de façon allégorique, soit de manière symbolique et d’accomplir, ainsi, une œuvre de perfectionnement intellectuel et moral, en favorisant l’ouverture de la conscience.

Avec la Tradition franc-maçonnique, la concordance des savoirs hérités des constructeurs est évidente dans tout tracé régulateur, plan réalisé en premier à l'aide de la règle et du compas. C'est une trame sur laquelle le bâti se fonde ; il est le support de la construction, l'interface entre elle et le lieu qui la porte. N’est-ce pas dire que le franc-maçon est à la fois la pierre à tailler pour s’ajuster à la construction, le temple, le tailleur de pierre et le maître d’œuvre.

Cet ouvrage est un aimable guide. S’adressant à tous, il vous épargnera toute démonstration, procurant, juste, le plaisir de rendre visible les formes de l’harmonie. Il suffira de suivre les indications données, dont la simplicité n’a d’égale que la luminosité de ce qui en surgira, et d’offrir votre façon d’être franc-maçon à la beauté universelle de la géométrie.

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 13:53

Tu es un oiseau…
- Mais je n’ai pas d’ailes !
- Tes ailes, ce sont des mots.
Parle ! Envole-toi ! Traverse l’espace et le temps ! Brise les chaînes d’une histoire qui ne t’appartient pas, qui n’a pas le droit de t’alourdir et de te retenir.
Fais éclater l’horizon! Retrouve l’instant précieux du déchirement créateur, où, soudain, dans un paysage inconnu, les choses revêtent un autre aspect.
Souviens-toi que les hommes, même s’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir mais pour changer, innover, s’ouvrir à la naissance et à la renaissance.
Et le Rabbi Nahman de Braslav ajoutait :
Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît…Tu ne pourrais pas t’égarer

 

Le vocabulaire est une porte qu’il faut franchir pour accéder à la compréhension de la franc-maçonnerie où tout s’annonce comme symbole. Ni jargon, ni pédanterie, le langage utilisé se révèle, dans sa sémantique, comme un véritable outil de progression pour les  francs-maçons.

Le passage d’une culture vernaculaire à une approche, a priori, hermétique, oblige les frères et sœurs à surmonter une naturelle difficulté, celle des mots constitutifs d’une manière de vivre en franc-maçonnerie, celle de la compréhension des paroles entendues dans les échanges entre francs-maçons, celle de l’interprétation de ce qui est entendu au cours des rituels.

La spécificité lexicale n’est pas dans la terminologie mais dans l’usage qui en est fait et cela constitue véritablement un langage. Le raccordement nourricier est essentiellement la langue française, mais des termes latins, hébreux, anglais… trouvent leur place parce qu’ils indiquent les traces historiques ou les sources intellectuelles et spirituelles de la franc-maçonnerie.

L’unité linguistique est fondée, d’abord, sur le regard et l’écoute auxquels ont accès les jeunes francs-maçons : il s’agit, ainsi, de décrire l’environnement à l’intérieur du Temple, les cérémonies qui y ont lieu, le fonctionnement des tenues, les rituels, l’organisation des obédiences, les décors visibles à chaque degré, les termes de reconnaissance dans le monde profane...

L’évolution au sein des loges bleues suppose trois niveaux successifs de sens. Il faut tout d’abord entendre, c’est-à-dire se mettre en situation d’écoute pour enregistrer une parole, retenir un acte, imprimer un écrit ; c’est un état d’être qui nécessite un exercice, un entraînement, une discipline. Il faut ensuite comprendre afin d’intégrer en soi ce qui a été reçu de l’extérieur ; ce qui suppose, cette fois-ci, une herméneutique, c’est-à-dire une méthode d’interprétation qui permet de traduire le dépôt reçu en acte d’être. Il faut enfin transmettre, c’est-à-dire rendre compréhensible, non plus seulement à soi mais aussi aux autres, la chose reçue car il n’existe pas de témoin esseulé, de témoin solitaire.

La difficulté de la formation des apprentis est de trouver un bagage sémantique suffisamment léger, pour être assimilé par le novice,  mais qui n’écarte pas la profondeur des expressions symboliques ; c’est le 2nd  surv\ qui est tout particulièrement le guide de ce commencement de voyage vers l’être en devenir.

Certains mots, certains thèmes sont davantage à développer, soulignant leur importance dans la démarche initiatique. Ils exposent des réflexions analytiques puisées aux sources de la Tradition des frères et sœurs qui se sont essayés à dévoiler le sens ésotérique dissimulé derrière l’apparence du vocabulaire, tentant de faire remplir aux mots les fonctions qu'on attend d’eux. Les réflexions ne sont pas figées. Ici tout est symbole. Ne pas être idolâtre, c’est rester dans la recherche du sens du symbole et ne pas tomber dans le piège de la pétrification d’un « ceci signifie cela, et cela seulement ».

Le symbole est une mise en mouvement ; à partir de son silence, un chemin s’ouvre vers notre parole. Le symbole est plein d’énigmes. Il est ouvert, aussi permet-il de sortir de notre raideur, c’est-à-dire de la certitude de notre monde, de l’opiniâtreté de notre inertie. Le symbole, dans son secret, sa profondeur, son infini vivier de sens, est une source de rencontres où se croisent et se focalisent nos questionnements, nos sensibilités. User de symboles, c'est donner à chacun la possibilité, mais aussi la nécessité, de rechercher, par l'effort et la tension du questionnement, l'ouverture aux sens, la quête de nos possibilités par l'interprétation et le respect des possibilités de l'autre. C'est rendre les mots communs propres à chacun. Chacun apporte aux mots son histoire individuelle, son développement mental et intellectuel, son bagage d'expérience et de réflexion. Mais en même temps, l’apprenti doit trouver une libération de son être, càd qu’il témoigne d’une capacité de se dégager du déterminisme de ses conditionnements historiques, éducatifs et sociaux

Le symbole est un médiateur, une représentation, une évocation qui dissimule, dans un signifié, un signifiant sédimenté par le questionnement ontologique de ceux qui se penchent sur le mystère de l’Être. Le symbole ne recouvre pas d'obscurantisme, il dévoile, il révèle une connaissance du monde toujours plus vaste qu'une parole enfermerait et réduirait dès lors qu'elle se donnerait à entendre sous forme de discours. Parce que le symbole condense en lui un nombre illimité de significations, il est par excellence le support de toute pensée effectivement synthétique et l'instrument de ceux qui travaillent sur eux-mêmes à effacer la coupure qui sépare la réalité du Réel.

Les symboles délivrent des messages. Ils sont des ponts entre la réalité vécue et celle de l’univers, des ponts de compréhension, des ponts de sensibilité. Ils permettent de prendre contact avec ce que l’intelligence, dans sa finitude, ne peut pas comprendre.

Le signifiant, c'est la moitié visible du symbole. Le signifié, ce à quoi renvoie le signifiant, c'est la moitié invisible, ineffable, ce qui positivement ne peut être vu, nommé, mais seulement évoqué, suggéré. Ainsi tout symbole a deux caractères : il est à la fois fragmentaire et complémentaire. Le symbole est  un fragment de vérité qui renvoie à la Vérité, un fragment d'être qui renvoie à l'Être. Et si dans notre vie quotidienne nous vivons dans le fini, la pensée symbolique permet d'accéder à l'Infini. Les symboles sont des catégories de pensée, ils sont indicateurs de comportement.

Les symboles, souvent associés aux mythes, disent la voracité, la maternité, la haine, l’amour, la peur, la solitude et même le meurtre, ils disent aussi l’équilibre, la fraternité, l’harmonie, le mystère. Ils montrent l’homme dans son rapport avec lui-même, avec les autres, et avec le cosmos.

Les symboles ne sont que les vêtements qui habillent les énergies qu'ils représentent. Leur polyvalence les rend toujours délicats à utiliser et l'usage de la seule raison est souvent insuffisant.

Il est habituel dans le cadre de l'initiation d'apporter au nouvel initié un référentiel symbolique traditionnel. Si un sens lui est proposé, cela ne devrait pas être de manière définitive, mais plutôt comme une invitation à parcourir un nouveau chemin, dont la pertinence ne lui apparaîtra que plus tard par son travail personnel, avec une perspective infinie car toute catégorie d'existants est, de proche en proche, en relation de correspondance avec toutes les autres. Chaque décor, chaque mot, chaque geste à l’intérieur du temple recèlent encore d’innombrables richesses qui attendent d’être recueillies. La construction d'un langage qui rend possible cette pensée est difficile, son acquisition progressive est ardue et sa préservation infiniment précieuse.

L’apprenti mesurera son chemin parcouru grâce à sa nouvelle familiarité avec le vocabulaire de son degré, à sa compréhension du rituel, à son appropriation intellectuelle et spirituelle du lieu si particulier qu’est le temple ; il constatera les changements survenus dans sa manière de penser et de se conduire.

Cependant, s’il a reçu un minimum de connaissances et d'initiations, ce qui demeure nécessaire mais encore insuffisant, il ne s'étonnera pas de devoir passer d’autres épreuves, donc de subir des bouleversements mentaux, lesquels produisent des modifications cognitives et, surtout, des évolutions d'état d'être qui n'existeraient pas sans elles.

 

Vers 1737, le rituel de Compagnon s'est enrichi de « L'Étoile flamboyante » formant un pentagone avec, en son cœur, la lettre « G ». Les deux degrés d'Apprenti et de Compagnon formaient, en réalité, un tout dont le premier degré est une représentation, tandis que second en est la réalisation. Les cinq voyages d'initiation du Compagnon maçon n'ont plus alors le caractère d'épreuves des voyages de l'apprenti mais figurent des étapes de la Connaissance.

Ainsi, au compagnon vont être offertes de nouvelles voies de la Connaissance, les nombres, leur nature  et leur adéquation aux lois de l’univers, l'étoile flamboyante avec la lettre « G », la pierre cubique à pointe, le nom de la colonne du grade, les significations des rituels, les outils de métier, le sens de la marche, l’hermétisme et la parole. On ne peut manquer de remarquer, dans la symbolique du 2ème degré, des voies de connaissance analytiques et logiques, mais aussi des systèmes symboliques, voies de connaissance holistiques et analogiques avec des traces du métier, du pythagorisme, de l’ésotérisme johannique, de la gnose, de l’hermétisme, de l’alchimie, de la kabbale. Là où la pensée analytique scanne en quelque sorte le réel, étudiant chaque plan à part avec des outils conceptuels différents et cloisonnés, la pensée analogique est au contraire verticale et transversale. En abritant les vestiges des antiques traditions, la franc-maçonnerie manifeste l’intérêt qu’elle leur accorde. Ces voies de la Connaissance nous donnent le vertige d’assister à l’énigme même de l’univers. Il y a dans leur compréhension des espaces qui sont comme un désir métaphysique de transcendance. Les œuvres d’art qui en témoignent, plus que tout autre langage, projettent sur nous des lumières insoupçonnées, des lumières arrachées à tous les interstices de la pensée pour donner naissance à de multiples voûtes étoilées.

Chaque degré maçonnique possède une spécificité et une plénitude qui lui sont propres. Le grade de compagnon est sans doute le plus opératif des degrés de la franc-maçonnerie ; le travail intellectuel, quand il est vraiment réussi, atteint presque la valeur du travail manuel, écrivait le franc-maçon Oscar Wilde. Le terme opératif  ne doit pas être considéré exactement comme un équivalent de « pratique » en tant que ce dernier terme se rapporte toujours à l’action ; en réalité, il s’agit de cet accomplissement de l’être qu’est la réalisation initiatique, avec tout l’ensemble des moyens des diverses voies de la Connaissance qui peuvent être employés à cette fin. Entre « or riant et oxydant », le mot « œuvre », vocable de la construction, n’est-il pas tout autant usité dans la terminologie alchimique ?

Mais surtout, le chantier devient le lieu de la fraternité sans laquelle le compagnon ne peut se prévaloir de progrès initiatiques. En remontant aux Anciens Devoirs de la Maçonnerie, on découvre, insérée de façon plus ou moins voilée dans les règles normatives qui y sont énumérées, une indication précieuse pour les recherches du compagnon : il y est affirmé que l’amour fraternel constitue la pierre de fondation et la clef de voûte, le ciment et la gloire de cette antique Fraternité, méthode qui vise au dépassement des barrières limitatives qui entourent le moi vis-à-vis des autres. Recherche pour ton Frère soixante-dix excuses, et si tu ne les trouves pas, reviens vers ton âme avec suspicion et dis-lui: ce que tu vois en ton Frère, c’est ce qui est caché en toi !

A la construction en pierre se substitue l'idéal d'une mise en chantier allégorique. Il s'agit ainsi de promouvoir les valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel au sein d’un atelier d’ouvrage dans lequel le nouveau compagnon, ayant déjà inséré sa pierre, doit la faire vibrer, tant par la parole, par ses actes que par ses savoirs, pour se montrer digne de devenir un maître.  

Le Compagnon doit devenir un Maître avant qu'il ait fini son temps de compagnonnage. C'est parce qu'il sera devenu un maître qu'on l'élèvera à la Maîtrise.

 

Ce n'est qu'avec la deuxième édition des Constitutions d’Anderson, publiée en 1738, que la maîtrise sera formellement intégrée comme troisième degré hiérarchique de la franc-maçonnerie.

James George Frazer a soutenu, à partir d’exemples australiens, que l’essence des cérémonies initiatiques consiste à enlever au jeune homme son âme pour la faire passer dans son totem par un rituel de mort, puis à lui infuser une vie nouvelle, celle de son totem, par un autre rituel de résurrection ; il s'agirait en quelque sorte d'un échange d'âme.

Leo Frobenius, frappé surtout par le rôle des déguisements et des masques, y voit une technique spéciale pour transformer les individus en esprits des ancêtres et de la brousse et leur faire ainsi acquérir des pouvoirs surnaturels.

Emile Durkheim, dans une perspective analogue, mais pour les seules sociétés tribales totémiques, pense que des déformations corporelles ont pour objet de donner au récipiendaire, sous une forme plus ou moins symbolique, l'aspect de son totem. Ces conceptions valent sans doute, en partie, pour les initiations religieuses, magiques, tribales, étrangement elles pourraient s'appliquer aux initiations au grade de maître.

Avec la mise en place du grade de maître, les rituels adoptés développent un psychodrame. Le drame, au grade de maître, réside dans la transmission de la Tradition interrompue par un meurtre.  Il reste le mot substitué et les symboles, outils de l’inconscient, qui vont permettre, malgré cette interruption malheureuse, de construire un être nouveau, un initié, capable d’agir sur lui-même, d’être l’auteur de sa propre transformation. La mort n’est plus vécue comme un évènement mais comme un avènement.

La cérémonie de passage au grade de maître met en scène des personnages masqués qui s’interfèrent comme cadavre, meurtrier, assassiné et psychopompe. Un même personnage peut recouvrir des significations antithétiques. Par exemple, le « rôle » joué par le très respectable maître se situe à deux niveaux : la présidence de l’atelier (Salomon dans sa chaire) et un des trois assassins d’Hiram, en fait celui qui achève l’architecte.

L’impétrant est désintégré dans sa putréfaction, puis, son corps rassemblé, relevé lui donne une nouvelle naissance au cours de laquelle il devient (ou remplace) Maître Hiram. Il est fait Homme debout entre Ciel et Terre, entre équerre et compas. C’est une époptie, funèbre par son étalage mortuaire, qui s’achève par un cri de joie éclatant à l’accomplissement de la renaissance du maître qui ramène la lumière. A la résurrection s’ajoute l’effulgence.

Au risque de contrarier les libres penseurs, la franc-maçonnerie a longtemps labouré le même terrain que la mystique juive et celle de l’alchimie ; il en reste des herméneutiques empruntant aux symboles judéo-chrétiens.

Au-delà de l’image messianique, Hiram est à la fois l’Homme et le paradigme du corps enseveli dans le tombeau qui doit s’en libérer et ressusciter.  Pour revenir à la légende d’Hiram telle qu’elle est contée, s’agit-il de l’exécution d’un maître dont on veut s’emparer des secrets ou bien de la mise à mort d’un compagnon qui dépasserait le maître, comme celle de Talos (dont le génie inventa le compas) par Dédale son maître et son oncle ? Dans un cas nous parlons des moyens de faire un martyr, dans l’autre d’interrompre une quête. Dans les deux cas, cependant, il s’agit d’un personnage majeur abattu en raison de ses relations avec les secrets du monde et dont le voyage dans l’au-delà sera le moyen de transmettre la Connaissance.

Le degré de maître est considéré comme un achèvement de la formation du franc-maçon. Cependant, il est à remarquer que les rituels, modestement, n’utilisent pas le terme d’initié en tant que substantif et ce, bien que la franc-maçonnerie se proclame initiatique et progressive. C’est une façon de reconnaître que l’initiation maçonnique propose avant tout une méthode, des moyens de progression et de transformation, mais qu’elle ne fabrique pas, clés en mains, un initié.

Réservé au grade de maître, le Rituel particulier de la Marque (RDLM), en parallèle du RÉAA, constitue une addition heureuse à la franc-maçonnerie traditionnelle. Par une cérémonie d’avancement, ce rite achève l’initiation du compagnon bâtisseur et constructeur, sans psychodrame mortifère, où seul l’excellence du travail promeut le compagnon vers le grade de maître.

 

Aux mots résumant les degrés initiatiques, pour le premier,  introspection et humilité, pour le deuxième, exploration et fraternité, s’ajoutent mort et transfiguration au 3ème et dernier degré des loges bleues. Les travaux en franc-maçonnerie ont, ainsi, pour but de montrer, par l’étude de la vie et de la mort, que c’est l’intelligence seule qui constitue l’homme, et que, pour conserver toute notre intégrité, il faut résister, toujours et quand même de toutes nos forces, aux attaques mortelles de l’ignorance, de l’hypocrisie et de l’ambition.

Le neurologue Paul Macleen a pu observer et mettre en évidence que, dans les lobes frontaux, l’introspection était connectée à l’empathie, intimement liée aux valeurs altruistes, à l’action sociale. Au fur et à mesure que je descends en moi-même, je deviens plus tolérant, plus ouvert, j’accepte davantage l’altérité. Dans le temple et au cours de la tenue je cherche, je découvre et je porte à l’extérieur ce qui a été vivifié en moi. La quête initiatique est une façon d'habiter le monde. C'est admettre et vouloir s'orienter, c'est vouloir sortir du chaos; c'est faire un pari existentiel sur le sens contre l'absurde et c'est au cœur d'une telle démarche que se construit aussi la fraternité.

 

La franc-maçonnerie n'est ni une religion, ni son substitut, même si la démarche maçonnique intègre, dans sa réflexion, les traditions populaires, mythologiques, hermétiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut  révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine.

Bruno Etienne nous disait : il y a société initiatique lorsque les 10 variables suivantes sont réunies, après acceptation des mots, rites, symboles et mythes : 1- Une légende de base justifiant le rite. 2- Un dépouillement physique vestimentaire accompagné d’une réclusion. 3- La présence d’époptie dévoilée pour la contemplation des symboles et des mytho-drames, c'est-à-dire le rite fondateur. 4- La présence des 4 éléments. 5- Un ou plusieurs voyages unidirectionnels. 6- Un rapport chute-élévation. 7- Une guidance, c'est-à-dire une utopie voire une eschatologie. 8- Une uchronie.  9- Une eurythmie en rapport avec les types de temps et d’espace séparés donc sacrés. 10- Des épreuves physiques réelles ou symboliques liées au passage, à la mort et à la résurrection. A ces titres, la franc-maçonnerie est bien une société initiatique, aux francs-maçons à œuvrer pour devenir dignes d’elle. Oser, ce n’est pas d’emblée adopter, c’est s’autoriser une pensée autre, un espace de recherche. Se spiritualiser n'est pas acquérir un esprit religieux ni croire au(x) Dieu(x) des religions. C'est simplement tourner son âme vers l'esprit, admettre que notre corps n'est pas notre unique composant et que nous sommes reliés à une réalité qui nous échappe, vers laquelle nous voulons nous élever. Dans cette vision, matière et esprit ne sont pas opposés mais font tout deux partie du Tout qui est en même temps le Un.

 

Je terminerai par cette parole de Michel Zéraffa : Le cosmos est un cryptogramme qui contient un décrypteur, l’homme,  en rajoutant que la franc-maçonnerie stimule et encourage  les frères et les sœurs  à être cet homme-là.

 

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 14:44

 

Sortie le 16 mars du dernier opus du "Vocabulaire de la franc-maçonnerie" des loges bleues

 

 

C-maître

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 18:21

Apprenti

 

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La nouvelle collection est arrivée !


Ce moi-ci sortie, dans toutes les bonnes librairies, des deux premiers tomes de la trilogie  du " Vocabulaire du franc-maçon". Le maître est prévu au printemps prochain.

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