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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

12- Accueillation

 

 

 

M

 

 

on F\, ma S\, l’aube n’appartient pas à la F \M\, car nous travaillons de midi à minuit, et pourtant, c’est dans un commencement  de lumière que nous vous avons accueillis.      

 

Désirer l’initiation comme vous l’avez fait est un premier pas vers plus de lumière. Elle est à conquérir. Vous avez entendu les chaînes qui gardent la porte du Temple, nous les avons, ce soir, enlevées pour vous ! Elles sont un gardien du seuil comme d’autres qui ont pour nom dragon ou illusions ou manque de volonté. La prochaine fois il faudra trouver le moyen d’entrer, de passer la porte par vous-même. L’humilité en est la vraie clef. C’est pourquoi l’initiation ne nous est pas donnée. Elle est  une quête à travers les épreuves qui s’imposent à nous.

 

La tradition de la cérémonie d’initiation de l’apprenti considère que les trois voyages que vous avez effectués sont 3 épreuves que vous avez traversées et desquelles vous avez triomphé.

 

J’en ajouterai une 4ème : l’épreuve du miroir. En Egypte, le miroir s’appelle l’ouvreur de visage. Car c’est bien de toi qu’il s’agit mon F\, ma S\ 

 

Il faut un regard de courage pour se remettre en question. Ce n’est pas la complaisance que le miroir te propose. Mais pour un esprit qui réfléchit, il y a dans ton miroir ta parcelle de lumière. Qu’elle soit une épée de lumière pour les combats à mener et tout particulièrement celui contre toi-même et cette arme resplendira dans ton questionnement du monde avec les symboles qui en sont le langage.

 

Les symboles nous délivrent des messages. Ils sont des ponts entre notre réalité vécue et celle de l’univers, des ponts de compréhension, des ponts de sensibilité. Ils nous permettent de prendre contact avec ce que l’intelligence, dans sa finitude, ne peut pas comprendre. Ils sont des catégories de pensées, ils sont indicateurs de comportement. Les symboles souvent associés aux mythes nous disent la voracité, la maternité, la haine, l’amour, la peur, la solitude et même le meurtre, ils nous disent aussi l’équilibre, l’harmonie, le mystère. Ils nous montrent l’homme dans son rapport avec lui-même, avec les autres, et avec le cosmos.

 

 

 Ici tout est Symbole. La F \M\ nous propose avec des symboles de pacifier, de fraterniser tous nos rapports d’être. Il faudra en découvrir la méthode. Le second Surv\notre S\ V. sera votre guide particulier pour vous conduire vers cette fraternité initiatique.

 

 

Aujourd’hui, vous avez consenti à changer de peau ; vous avez accepté d’abandonner dans la caverne des gestations, la vie connue pour plonger dans l’invisible de la lumière maç\; il vous faut intégrer cette transformation.

 

Le travail initiatique se développe de grade en grade, avec des degrés spécifiquement liés à des sensibilités différentes et à la faculté complexe de vivre sur plusieurs niveaux en même temps.

 

Devenir sensible à sa vie quotidienne et vouloir la modifier consciemment en trouvant une tonalité du cœur, n’est pas simplement une pensée philosophique, mais un réel travail spirituel demandant un effort et une volonté active pour sacrifier quelque chose, pour renoncer à des modalités du moi afin de se créer autre et d’agir sur le monde. Chaque acte, chaque émotion, chaque pensée, en fonction de sa modalité, de sa tonalité sature le monde de sa substance, de sa nature de bien ou de mal et affecte l’ordre de ce monde. Si notre Temple est orienté, c’est pour nous orienter. Nos irremplaçables tenues et leur égrégore disposent favorablement l’esprit et orientent le cœur vers la sagesse, la force, la beauté et surtout vers la fraternité.

 

 

Le temple maç\ fait de nous des F\, des S\.  Etre frère c’est avoir la même  ascendance, donc avoir la même origine.

 

Etre fraternel, c’est considérer toute vie comme équivalente d’une autre, quelle que soit sa valeur. C’est dépasser les différences pour ne retenir que ce qui nous est commun. C’est accepter l’autre  pour lui-même. C’est ne pas vouloir par une sur-conscience diminuer l’autre pour se grandir. Si les hommes doivent se comprendre, ils doivent se reconnaître, et pour se reconnaître, il faut qu’ils se rencontrent sans se mutiler, sans s’appauvrir, sans se renoncer. Il faut cesser d’être œdipien, pour pouvoir devenir fraternel. C’est à dire qu’il faut renoncer à tuer le père en sortant d’un système de hiérarchie profane, hiérarchie des êtres, hiérarchie des cultures, pour retrouver en l’autre quelle que soit son histoire, notre propre altérité.

 

C’est peut-être ce que signifie aussi être « enfant de la veuve » comme nous le disons en F\M\ Ne plus avoir de père nous met provisoirement à l’abri de telles tentations ou pulsions homicides, prédatrices.

 

Ici nous est offerte la connaissance de certains aspects de la vie universelle, cachée par les ténèbres, c'est à dire par les penchants de l’ego, les peurs, les envies, l’animalité, l’ignorance. Souvent les sages parlent d’une sagesse raisonnable, mais il faut un peu de folie pour penser le sacré.

 

En effet, le sacré ne peut s’exprimer qu’à travers des êtres qui parlent et agissent avec un monde multidimensionnel. Toute idée de  sagesse qui dérange nos conceptions du monde profane mérite l’attention de l’initié qui veut réellement se rapprocher du secret de l‘univers.

 

Il n’est pas question en F\M\d’élaborer un univers clos, dans lequel l’initié serait enfermé. L’univers franc-maçonnique est celui du pluralisme confiant. Cet univers est représenté symboliquement, c’est donc par une indication, une suggestion qu’il se rend intelligible. Il importe à chacun de le découvrir et de le construire avec sa propre liberté.

 

Osez accomplir le voyage de l’indifférence vers la fraternité, du raisonnable vers la folie, du savoir vers la connaissance, du plaisir vers la joie, de vous à vous-mêmes.

 

La F \M\s’offre à vous ce jour, comme un arbre fleuri. Elle vous propose d’accueillir tout ce qui est. Il y a une nourriture vivante à recueillir  ses fruits qui sont nos œuvres. Ne laissez pas pourrir cet arbre. Pour cela il vous faudra cultiver avec Sagesse, Force et Beauté le questionnement incessant et renouvelé du monde car comme l’écrit le Philosophe : « La tradition est la plus belle des libertés pour la génération qui l’assume avec la conscience claire de sa signification, mais elle est aussi l’esclavage le plus misérable pour celui qui en recueille l’héritage par simple paresse d’esprit. »

 

Tente, mon F\, ma S\, de célébrer l’union de toutes les formes de Vie : " Connaître le monde dans ses différentes manifestations, ses couleurs, c’est une connaissance du soir. Le connaître dans son unité c’est une connaissance du matin " nous dit Christian Jacq. Que le jour enchaîne ses alternances de lumière et ne s’achève pas pour vous.

 

La lumière n’est pas offerte facilement ; elle viendra progressivement, lentement et puis à force de progresser, elle sera la paix, cet inestimable salaire pour les épreuves infligées par la vie. 

 

 Lors de l’érection de tout édifice majestueux ou grandiose, il est coutumier de poser la première pierre ou pierre de fondation au Nord-est du bâtiment.

 

 

Mon F\, ma S\,  ta présence sur ta col\ au nord-est de la loge augmente les dimensions de notre Temple de fraternité.

 

 

Tous ensemble, faisons rayonner notre temple, pour qu’il féconde un peu plus l’humain qui est dans l’homme.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

11- Accueillerie

 

 

 

 

M

 

on F\.Z. , ma S\.B. le 'M' et le 'B' que vous pouvez voir sur le tablier des M\ ne signifient pas "merci beaucoup" et pourtant...L'épreuve que vous venez de vivre n'est pas une consécration. Rien ne vous a été conféré, rien ne vous a été donné de plus que ce que vous avez apporté en étant ce que vous êtes.

 

L'initiation de ce soir n'est pas un sacrement; elle est une mise en chemin, sur une voie de la pensée, où la lumière guide des êtres libres et de bonnes mœurs qui s'y retrouvent.

 

La quête initiatique est une façon d'habiter le monde. C'est admettre et vouloir s'orienter, c'est vouloir sortir du chaos; c'est faire un pari existentiel sur le sens contre l'absurde et c'est au cœur d'une telle démarche que se construit aussi la fraternité. L'initiation fonde la fraternité. En effet, c'est par la réalisation de la construction d'un temple que se fait la fraternité des compagnons et le compagnon lui-même.

 

C'est en travaillant sur lui-même et par ses actes que le F\M\ construit une fraternité opérative qui le relie à ses F\et S.\et qu'il peut, à partir de là, poursuivre la construction de la fraternité des hommes, où chaque homme est un vecteur de la vérité universelle. Les hommes sont irréductibles dans leur singularité et là il y a une égalité absolue en dignité. C'est en affirmant cela que la F \M\ affirme en même temps que la personne est porteuse d'universalité. Le F\M\ est celui qui est capable de reconnaître l'universalité en tout autre. Pour un F\ M\ la différence  n'est pas revendiquée pour elle-même (cela porterait en soi le risque d'une barbarie sauvage) mais la différence est, pour lui, les aspects différenciés de l'universalité.

 

Ce respect de soi et de l'autre est une des facettes de l'observance de la Loi Morale qui fait de lui un être de bonnes mœurs, et à laquelle le F\M\obéit de sa propre volonté, montrant ainsi son aptitude à l'autonomie.

 

Ici, une loi vous est donnée, pour renouveler en ce sens votre  liberté : ce sont les Règlements Généraux qui nous proposent des catégories de pensées pour nous organiser en groupe, œuvrant aux progrès de l'humanité.

 

Et pour cette société, la F \M\ propose une incomparable manière d'être parce qu'ici tout est symbole.

 

Depuis Saussure, nous savons que tout système de langage est composé de signes et qu'un signe est composé de deux éléments, le signifiant et le signifié auquel le signifiant fait référence (le sachet montre le contenu sémantique). Mais en parlant, nous banalisons les signifiants qui ainsi, devenus communs à tous, ont perdu leur vérité, alors que nous avions enfoui et sédimenté dans le signifié ce que nous avons de plus intime, ce que nous avons de plus personnel dans nos rapports à une réalité vécue du monde.

 

Utiliser le symbole, ce n'est pas seulement ni simplement parler, c'est dire.

 

Avec le symbole, le bavardage cesse, pour laisser place au discours philosophique au service du plus vrai.  User de symboles, c'est donner à chacun la possibilité et la nécessité de rechercher par l'effort et la tension du questionnement l'ouverture aux sens, la quête de nos possibilités par l'interprétation et le respect des possibilités de l'autre. C'est rendre les mots communs propres à chacun.

 

Ma S\, mon F.\ tu es jeune et je le suis un peu moins; ainsi nous ne parlons pas le même langage. Les mots ont la consistance de cette sédimentation faite de rapports de nos vécus. Alors reprenons ensemble ce qui fait lien et en même temps nuance. Epelons lettre à lettre pour structurer le signifié par des signifiants enfin propres. Tu épelleras et nous écouterons et nous te suivrons pour te comprendre.

 

Nous épellerons aussi, puisque tu ne sais pas lire, pour te donner un chemin vers l'unité qui fait sens. Accepte-le, non comme un reproche, (la vue que tu as du monde n'est que parcellaire), mais comme une offrande et considère qu'apprendre à rassembler ce qui est épars ne te mène qu'à atteindre ta seule vérité. Tisser les lettres pour en faire des mots ensemble, c'est faire de chacun un sujet, et de chaque être un lieu de convergence, un centre d'union, un "continent existentiel".

 

Le symbole ne recouvre pas d'obscurantisme, il dévoile, il révèle une connaissance du monde toujours plus vaste qu'une parole enfermerait et réduirait dès lors qu'elle se donnerait à entendre sous forme de discours.

 

Notre imperfection est une promesse d'avenir.  Les araignées sont parfaites en leur espèce mais n'ont aucune chance d'évoluer depuis des millions d'années.

 

Votre résurrection de ce soir est l'évidence de ce dépassement qui fonde notre nature imparfaite, mais qui laisse espérer cette évasion de la cage des systèmes clos.

 

 

Ma S\B, mon F\Z, pour plagier Paul Eluard qui écrit:

 

"Des abeilles volaient futures de leur miel et j'ai multiplié mes désirs de lumière pour en comprendre la raison"; j'ai envie de vous dire ce soir: Tu es venu(e), notre espérance t'attendait, futur de toi-même, et j'ai multiplié nos désirs de lumière par ta présence.

 

Oui, ici, nous sommes ensemble dans la lumière, non pas juxtaposés, mais reliés comme des gouttes d'eau qui parce qu'elles sont dans la lumière forment alors un arc-en-ciel, cette arche d'alliance pour les fils de lumière.

 

 Dans cette relation à l'autre  le F\M\ crée sa vérité en créant son œuvre : lui-même.

 

L'être humain vient de son avenir, son identité n'est pas son héritage (il peut choisir de renaître comme vous l'avez fait), cette identité-à-renouveler par l'initiation doit scintiller à partir de l'avenir où se trouve déjà notre histoire.

 

Il vous a été  très clairement exprimé par vos épreuves d'initiation que la vie est un passage d'épreuves inéluctables: épreuves de la mort mais aussi de la vie qui foisonne ; épreuve de la liberté, de celle que les autres ont ou n'ont pas, de celle que nous n'avons pas suffisamment; épreuves des quotidiens mutilés mais aussi épreuves du bonheur. Le F\M\ est celui qui triomphe des épreuves et parce qu'il aura triomphé, il  pourra aller plus loin, vers sa gloire de rencontrer d'autres épreuves pour faire de lui un homme parmi les hommes, pour lequel il n'y a plus de limites intérieures sur une voie initiante de la sagesse.

 

Mon F\ ma S\, vous êtes déjà sédimentés de toutes vos-morts-traversées et de celle d'aujourd'hui en particulier. Là, vous êtes morts comme profane pour renaître, par notre recon-naissance comme F\.M\

 

 Le second surv\ est chargé de vous guider pour commencer le voyage vers votre être en devenir.

 

Notre S\ G. est ce guide-là. Allez vers elle, elle vous mènera vers vous.
 Ma S
\B\, mon F\ Z.,  vous êtes passés, ce soir, par la porte basse pour accéder au passage de l'équerre au compas, de la terre au ciel, pour accéder à la présence de l'Infini.

 

Le bandeau des gestations vous a été retiré pour une conversion du regard qui vous éveillera à l'immensité qui se donne maintenant à voir.

 

Nous participons à une pensée qui cherche à éveiller la pensée en  respectant la nuit; cette nuit qui est notre pauvre vérité du jour mais qui porte en elle la promesse d'une aurore. Le temple et les rituels Maç\ nous en montrent des lueurs.

 

 Dans cet Infini, la couleur , qui fondamentalement signifie une division, une contraposition de valeurs, le miroir d'une différence, d'une dramatisation de la réalité, la couleur devient ici   l'aspiration à la lumière.; à la lumière originelle, celle à laquelle s’éclairent nos flambeaux. 

 

 

Elle entre dans la couleur, l'engendre, la traverse et lui donne  la grâce. Ici, nous sommes dans une loge bleue.

 

Comme cette lumière qui porte son obscurité pour faire de la couleur, le nombre 2 peut-être ombre et clarté. Commencez par ce 2 pour trouver le 3, celui qui ne demeure  pas pluriel, mais celui qui ramène à l'unité. Que ce 2  soit pacifique! S'il est dualité, opposition, parfois division au commencement de l'apprentissage, il porte cependant la promesse d'être aussi le 2 de la multiplication. Alors ce n'est plus deux points qui s'opposent dans la nature complémentaire duale, c'est un plan qui se développe et qui permet d’œuvrer dans le réel où s'accomplit la reco-naissance du F\M\

 

Et, je  dis avec René Char : La quête d'un F\ ou d'une S\, signifie toujours la recherche d'un être, à qui nous désirons offrir des transcendances. 

 

Et je dis, avec tous les F\ et S\ de cet atelier, ma S\B., mon F\Z.,  en devenant ce soir notre S\, notre F\, nous vous remercions de nous offrir vos transcendances pour nous les faire partager dans la joie de la fraternité, par vous ce soir revivifiée.

 

 

J'inscris d'une ligne légère le cheminement d'un printemps qui fait, du bourgeon de l'instant que vous êtes encore, une fleur-vers-la-lumière où elle trouvera ses fruits, qui portent déjà votre propre graine.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

10 - Humilité

 

 

 

 

 

C

 

ourbez la tête, cette porte est très basse: par cette première parole, adressée au novice, la cérémonie d’initiation se place d’emblée sous le signe de l’inflexion. Le grand expert fait ressortir l’impétrant, le confronte avec le premier élément, puis le ramène.

 

Courbez-vous cette porte est très basse. Le myste vient de vivre l’épreuve de la Terre. Il lui est rappelé qu’il en est le fils (il en vient, il y retournera). Et à ce fils de la Terre (humus en latin) il est demandé de montrer de l’ humilité par son inclination.

 

Le néophyte entend: « Courbez-vous, cette porte est très basse ». Hésitera-t-il? Peut-il douter que l’entre-deux par lequel il doit passer pour franchir le seuil ne soit pas ce qu’on lui dit ? Depuis son obscurité, le récipiendaire fait confiance à la parole dans la lumière. Alors il se baisse, par acceptation que la porte soit basse; en réalité ou symboliquement.

 

C’est CELA l’humilité, se baisser non pour se faire petit, mais pour faire confiance à l’autre; pour laisser place à la parole d’un autre qui sait mieux, qui guide, qui indique, qui dit. C’est l’humilitas selon Spinoza et non la micropsuchia (se minimiser) d’Aristote.

 

L’humilité n’est pas le mépris de soi, mais

 

une connaissance de soi et une re-connaissance  de l’autre.

 

En se baissant le futur maç\ rend sensible sa confiance sous forme d’un acte qui n’est pas obéissance mais entendement et compréhension. Il se met en relation avec une forme du monde qui l’environne; il s’y adapte, il tient compte de ce qui lui est extérieur en se modifiant pour se conformer à une unité harmonique.

 

L’humilité est ainsi une conscience extrême de ses limites.

 

Je suis trop grand pour une porte plus basse que moi, ce n’est pas la porte que j’agrandis, car je ne le peux, c’est moi que je diminue pour me placer avec juste mesure dans l’espace que je traverse.

 

Ainsi l’humilité vécue par le profane n’est pas une humiliation. C’est une épreuve de savoir-faire par une réponse de réalité adaptée à une parole qui ne commande pas mais recommande. Baissez-vous, la porte est basse et si je me baisse pour passer il y a alors une relation de qualité, de sujet à sujet, qui échange des informations constructives. Il est indiqué que la porte est basse. Une raison est donnée qui explique pourquoi il faut se  baisser, il s’agit de pouvoir passer sans se faire mal.

 

Et le récipiendaire qui vient juste de se baisser, pour toucher la terre, répète son mouvement  pour avancer. Il se protège en se rapprochant de l’humus et se présente ainsi dans une position fœtale pour aller vers sa renaissance.

 

Baissez-vous, c’est comme l’invitation à naître, à se baisser pour vivre debout; baissez-vous cela s’entend, en ce temps initial, comme une indication du moment à renaître. Allez maintenant, sortez de la matrice obscure pour pénétrer dans la loge-mère. Franchissez cette limite au-delà de laquelle il y a votre devenir franc-maçon.

 

En se baissant, c’est par un changement de position que le profane passe d’une attitude rigide et droite à une autre position dans son mental. Il s’ouvre en laissant place en lui à sa renaissance. La porte basse est à vivre comme une difficulté de l’accès à un autre soi-même, comme nécessité d’une modification du récipiendaire pour parvenir à l’initiation. La porte est basse pour être le lieu de passage d’une arrivée de plus d’être qui, de ce fait, va participer de l’autre côté à la transformation du monde.

 

 

La porte basse marque l’espérance de cette possibilité d’accès à une réalité supérieure.

 

 

Les rites maç\placent au commencement de l’initiation une recommandation, celle de l’humilité qui de ce fait apparaît comme fondamentale et fondatrice du rapport entre F\et S\

 

La fraternité c’est avant tout de l’humilité en ce sens qu’elle fait place à l’autre dans un relatif renoncement de la dilatation naturelle  de l’ego au profit de la réalité de l’autre : Humilité, synergie de Tolérance. Par l’humilité, c’est à dire en se retirant de soi pour s’ouvrir aux autres, la tolérance se dynamise.

 

Ce n’est plus seulement : tu penses ce que tu veux mais moi aussi et je ne change pas d’avis; c’est avec l’humilité se replacer, par un pluralisme interprétatif, dans un rapport au monde dans ce mouvement de transcendance vers l’autre qui ne signifie pas appropriation de la vérité, mais convergence vers le possible.

 

L’écoute de la parole de l’autre permet une mise en mouvement orientée. Il y a articulation et clarification de l’expérience temporelle. Baissez-vous la porte est basse, mais en vérité la porte n’est pas basse. Que peut-on en penser? Pour les maç\ sur les colonnes il leur est donné à voir l’inexactitude de la parole du gd\exp\ qui guide le myste. De fait, cela se passe dans le contexte d’un rite, là où ce qui est dit, comme dans un récit mythique, devient vérité apodictique: ce qui est dit fonde la vérité absolue. Il s’agit évidemment de réalités sacrées car à ce moment c’est le sacré qui est réalité. Alors la porte est vraiment basse. Le temps sacré rend l’espace sacré et cette  porte  basse est celle du temple érigé dans la matière cosmique sanctifiée.

 

Le modèle architectural de l’ouverture pour entrer dans le temple est donc une porte basse qui veut ainsi créer une rupture de niveau d’être pour parvenir dans ce nouveau monde que le maç\a choisi d’habiter.

 

L’humilité maçonnique est cette capacité à se plier pour pénétrer dans le temple parmi les autres. C’est savoir tailler sa pierre avec la juste mesure pour qu’elle s’assemble, pour parvenir à être parmi les hommes.

 

 

Mais c’est aussi entrer dans le temple intérieur pour s’accepter dans une recherche de soi à travers des niveaux de compréhension de plus en plus profonds.

 

L’humilité maç\ est un acte dans le rapport à l’autre.

 

Ecouter en humilité est en soi un acte complet, il sera celui du F\M\ et tout particulièrement celui de l’apprenti. Cet acte porte en lui même sa liberté parce qu’il s’agit d’œuvrer pour que le moi laisse place à la relation.

 

C’est l’abandon du vieil homme au profit d’une conscience attentive, c’est le renoncement de la répétition des enregistrements expérimentaux pour un temps sans cesse inaugural qui ajoute du nouveau à l’être, qui le fait avancer vers un être-autrement, un être avec les autres.

 

L’humilité est cette conscience d’être perfectible et la capacité de douter qui laisse de la place en soi à autre chose qu’à ses certitudes.

 

L’humble n’est pas un éclopé de la réussite, car cela suppose d’aller jusqu’au bout de ses forces pour reconnaître autrui, non comme négation victimaire de soi mais comme condition héroïque où l’homme fait place à l’homme.

 

L’humilité est une mise en mouvement du « JE » qui fait place au « NOUS » pour l’instauration d’un juste rapport entre partenaires. L’humilité en tant que tolérance de soi avec les autres est l’indispensable manière d’être du maç\ sur laquelle se solidifie l’édification du temple.            

 

A la fin des travaux, lorsque le “JE” est devenu le “NOUS” rituel sur lequel s’appuie le serment du retour à la vie profane "promettons de garder le silence sur nos travaux ; Nous le promettons", la porte des commencements est devenue immense.

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

9 - Le fruit de l’Arbre de Liberté

 

 

 

 

D

 

épister les parcelles de vérité qui sont intelligibles à l’esprit humain, devenir des espions du mystère, voir, toucher, vivre dans sa présence, plonger où il est le plus profond, le plus doux, le plus central, le plus transcendant, dans le ruissellement des énergies nous emmenant sur un autre plan de vie.

 

Et si c’était nous qui créions l’univers et actualisions le mystère ? Grande serait notre responsabilité, et « choisir », dans les renoncements que cela implique, choisir serait faire prendre des risques à l’avenir de notre devenir collectif.

 

Sur la planche à tracer, lieu de notre quête de l’esprit à partir de la matière, j’ai tenté de parcourir une fois encore « l’arbre de liberté » dans le sens (en direction) de « déterrer la bible ».

 

La Bible parle dans Gen29 de deux arbres dans le Paradis : « Elohim fait germer de la glèbe tout arbre convoitable pour la vue et bien à manger. L’arbre de vie, au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bien et du mal »

 

Dans les exégèses mystiques, l’arbre de vie est aussi désigné par l’arbre de liberté.

 

Ces deux arbres représentent deux sphères différentes du domaine divin : l’arbre de vie fut très longtemps identifié avec la Thora écrite, l’autre arbre, celui de la connaissance du bien et du mal, avec la Thora orale. Ainsi, il serait une organisation mystique de la Thora qui permet de la considérer comme vivante, puisque comparée à des arbres. La Thora écrite, comme l’entend l’usage ésotérique de la langue, dans les sources talmudiques, n’est que le texte du Pentateuque. La Thora orale, elle, désigne tout le reste, ce qui est présenté par les spécialistes de l’Ecriture et les sages : c’est la tradition explicative. La Thora orale représente, en somme, la tradition du peuple israélite ; elle est le complément et la concrétisation nécessaire de la Thora écrite. La Thora écrite est comprise comme un symbole de la partie dispensatrice de la Divinité et la Thora orale est considérée comme un symbole de la partie réceptive. La totalité de la révélation n’est donnée que dans la totalité de l’unité Thora écrite + Thora orale.

 

L’organisme ardent de la Thora qui brûlait en feu noir sur feu blanc devant D. est à comprendre ainsi : le feu blanc est la Thora écrite dans laquelle la forme des lettres n’est pas encore visible, mais qui reçoit cette forme des consonnes ou des points- voyelles que grâce à la puissance du feu noir, qui est la Thora orale. Ce feu noir est comme l’encre sur le parchemin.

 

Donc, c’est dans l’accomplissement que s’écrit aussi la Thora. Ainsi l’arbre de la connaissance du bien et du mal identifie la Thora dans son existence historique, dans sa relation avec les choix faits par l’humanité de manger ou de ne pas manger, de faire ou de ne pas faire. C’est pourquoi l’arbre de la connaissance c’est aussi l’arbre des restrictions, des défenses, des limitations ; tandis que l’arbre de vie est l’arbre de liberté dans lequel la dualité du bonheur et du malheur, du bien et du mal, n’était pas encore visible, mais dans lequel tout était tourné vers l’unité de la vie divine, qui n’était encore atteinte par aucune restriction, ni par la puissance de la mort ou par tous les autres aspects de la vie qui apparurent seulement après la consommation de cet arbre, consommation considérée comme le pêché originel !

 

On retrouve cette idée d’unité brisée et le dualisme de ces deux arbres avec les deux groupes de Tables de la Loi données à Moïse sur le mont Sinaï. D’après une vieille idée talmudique, le poison du serpent, qui avait contaminé l’humanité à partir d’Eve, avait perdu ses pouvoirs avec la révélation du Sinaï. Les cabalistes écrivent que les premières Tables, qui avaient été données avant le pêché du veau d’or n’ont été lues que par Moïse et provenaient de l’arbre de Vie.

 

Les secondes Tables qui furent données après que les premières furent brisées, provenaient, elles, de l’arbre de la connaissance.

 

Ainsi les premières Tables, contenant une révélation de la Thora , correspondraient à l’état originel des hommes, lorsqu’ils se laissaient guider par le principe de l’unité incorporé dans l’arbre de vie. Cette Thora eut été plus spirituelle, transmise pour un monde dans lequel révélation et rédemption coïncideraient, dans lequel le pouvoir de la mort n’avait pas besoin d’être maîtrisé par des défenses et des restrictions.

 

Le Mystère eut été intégralement révélé. Le feu blanc serait devenu visible.

 

Mais on connaît la colère terrifiante du bègue, Moïse le bélier, devant l’idolâtrie du veau d’or !

 

On casse, on brûle, on tue (Ex 33.28) Les Benéi Lévi font selon la parole de Moïse, Il tombe du peuple, en ce jour, 3000 hommes environ.

 

Mais on regrette, on se repent malgré la nuque dure ; alors on recommence, on s’éloigne, on s’isole et on remonte, car il s’agit de s’élever et on retranscrit (Ex 34.28) Et il est là avec Adonaï, 40 jours et 40 nuits. IL écrit sur les Tables les paroles du pacte, dix paroles sur les nouvelles tables. La Thora paraît dans son vêtement historique. Certes elle a encore des niveaux cachés de mystère infini, mais la lumière n’est visible qu’à travers le bien, alors que le mal doit être combattu et limité par les commandements, des interdictions que l’on pense être des contrepoids au mal. La Thora est alors la coquille dure, inévitable dans un monde où règnent les forces du mal. Mais dans l’accomplissement l’homme est capable de briser cette coquille extérieure et de pénétrer jusqu’au noyau, jusqu’à l’arbre de liberté.

 

Tout particulièrement pour notre F\G., je dirai à propos de ces deux Thora :

 

Lorsqu’il est dit dans le cantique (4.11) : Le miel et le lait sont sous la langue, cela peut vouloir dire que le langage dissimule puis révèle l’infinie douceur et l’infinie valeur nutritive de la pensée spirituelle. Le miel et le lait étant des métaphores de la Thora écrite et de la Thora orale.

 

Cette pensée est pleinement humaine mais aussi pleine de  D. lorsqu’elle en respecte la Discrétion et fait de sa Loi une nourriture ; le lait est appelé h’eleb parce qu’il vient du leb (cœur) ; il est mêlé au miel, né des allées et venues, du suc des fleurs mélangé au suc d’autres fleurs, par un tisserand de douceur, l’abeille qu’on appelle en hébreu débora, celle qui tisse le dabar, la parole qui irrigue la pensée vers les cieux des cieux.

 

Dans le Zohar, le livre de la Splendeur , texte fondamental de la pensée juive, Moïse de Léon écrit : Car on appelle la Thora l’arbre de Vie… La Thora a une tête, un corps, un cœur, une bouche et d’autres membres de la même façon qu’Israël.

 

C’est à partir de cet anthropomorphisme de la Thora considérée comme un organisme vivant, de cette organisation mystique de la Thora où le nom de D. est incorporé (puisqu’il est dit que la Thora est tissée avec le nom) c’est à partir de cela que je me demande : comment rencontrer la transcendance ?

 

En allant vers Elle?

 

En La faisant venir vers nous?

 

En La faisant exister en L’actualisant?

 

Et je me pose ces questions comme les néoplatoniciens qui voyaient déjà, dans la similitude d’aspect (ou isomorphisme) la traduction d’une relation ontologique (science de l’être) essentielle grâce à laquelle il est possible de penser que l’objet matériel d’un rite puisse agir sur une composante déterminée de la structure du plérome divin (de l’arbre de Vie) en vertu du principe philosophique de ressemblance et d’identité.

 

Mais avant, je voudrai essayer de vous évoquer le monde des attributs de la manifestation divine : Le plérome est décrit en langage symbolique, car la perception directe, et nous le comprenons, n’est pas accessible à l’esprit humain.

 

Comme 10 paroles, 10 séphiroth, 10 splendeurs organisent les attributs de la manifestation en un archétype spécifique. La structure est comme un modèle sur lequel se fonde tout ce qui est manifesté. On nomme cette structure Image de D., mais on la connaît davantage sous le nom d’arbre de vie, de plérome. Le flux qui manifeste les 10 séphiroth peut-être visualisé comme un éclair de lumière zigzaguant d’une position centrale (Equilibre) vers la droite (Expansion et masculine) et vers la gauche (contrainte et féminine). La structure fait apparaître ainsi 3 colonnes verticales du diagramme de l’arbre de vie, connues sous le nom de Piliers.

 

Les séphiroths se définissent au départ comme les attributs du divin mais on peut aussi les comprendre en terme d’expériences humaines.  Les cabbalistes parlent d’attributs et de sphères de lumière, mais dans le même contexte, ils parlent aussi de noms divins et de lettres ; ces lettres avec lesquelles les noms divins sont formés. On peut alors dire que le monde secret est un langage; un monde de noms divins qui se développent selon leur propre essence. Attention ! Les lettres et les noms ne sont pas seulement des moyens conventionnels de communication. Ils sont le mystère. Chacun représente une concentration d’énergie et exprime une plénitude de sens qu’il est absolument impossible de traduire. L’unification du plérome est le nom sacré : le grand nom, l’imprononçable, le tétragramme n'en étant qu'une des formes.

 

Dans Isaïe 43.7 il est écrit : Ne frémis pas, oui je suis avec toi, chaque être appelé par  mon nom ; car je l’ai créé pour ma Gloire, Je l’ai formé ; oui je l’ai fait.

 

Ces quatre niveaux exprimés par les verbes appeler, créer, former et faire existent au sein de l’arbre de vie. Ils correspondent symboliquement à racine, tronc, branche et fruit. On les perçoit également dans les quatre stades de la manifestation à partir de la  source  du tout, du Un.

 

Le premier niveau, associé avec le feu, est le plus proche du sommet de l’arbre, il représente la volonté pure (l’appel divin). Le deuxième, associé à l’air, est le symbole d’intellect (de la création divine). Le troisième niveau, associé à l’eau, est conçu comme l’expression de l’émotion sous ses formes changeantes (la formation divine). Le quatrième, associé à la terre, parle d’action, de faire, d’exécution pratique (le faire divin).

 

Chaque niveau inclut les qualités et les activités du niveau supérieur de sorte qu’en descendant le long de l’arbre, les lois sont plus nombreuses, la structure plus complexe et tout est plus éloigné de la source.

 

Retenons que le mythe de l’unité divine est inscrit comme suprême concentration dans un symbole infini, dans lequel toutes les images et tous les noms font allusion au moyen par lequel D. se communique à travers les niveaux de sens différents. Le mystique qui s’y penche est entraîné vers des significations intérieures de plus en plus profondes de la connaissance

 

Comme le dit Pierre Teilhard de Chardin : là surtout, l’Energie créatrice nous attend, sûrement prête à nous transformer au-delà de tout ce que l’œil humain a jamais vu, ni son oreille entendu. Qui peut dire ce que D. ferait de nous, si nous osions, sur sa parole, suivre jusqu’au bout ses conseils et nous livrer à la providence ? Pour l’amour de l’univers, jetons nous sans trembler dans le creuset du monde à venir !

 

Appeler, créer, faire et maintenant c’est du faire dont il va être question, de notre faire, de nos actions, de l’accomplissement d’un acte concret à partir duquel on va essayer de refaire pour former, créer, appeler, de retrouver la racine qui est en haut, en partant d’une cime qui serait en bas.

 

Le rituel en tant que « faire » doit permettre une compréhension ou une actualisation de la transcendance dans un acte humain qui reçoit dans le monde de l’arbre de vie sa valeur mystique.

 

 

 Est-ce qu’un acte sacré peut être mis en scène pour, non seulement représenter le mystère, mais en même temps l’exciter, le faire exister ? De manière efficiente, existe-t-il un rituel qui instaurerait, restaurerait, conserverait, amplifierait, voire attirerait la Transcendance  ?

 

Dans la cabbale, celui qui accomplit la mizwa (il en y a 365 + 248= 613 à pratiquer par jour !) fait toujours quelque chose de double.

 

Il présente son être transcendant mais en même temps il conduit à cet être un influx de puissance, et celui qui agit ainsi donne pour ainsi dire l’existence à une parcelle de D. lui-même (si l’on peut s’exprimer ainsi)                               .  
Alors le rituel comme accomplissement cosmique ! Autrement dit, un acte ouvrirait sur une perspective sur l’infini. Le rituel exercé dans un rite doit être ainsi vu comme l’image corporelle finie de quelque chose qui existe en soi dans le plérome des séphiroth, dans la substance mystique de l’arbre de vie. Et ce qui permet le changement de niveau du rituel traditionnel en un rituel mystique qui s’accomplit sur la scène cosmique, à travers tous les mondes, c’est l’intention qui accompagne l’acte d’accomplissement.

 

Si quelqu’un accomplit l’acte sacré sans une intention juste, alors il est comme un corps sans âme écrit Isaac Louria.

 

Il est des techniques d’accomplissement d’actes rituels avec une telle intention  dans toutes les pratiques initiatiques. Il s’agit toujours de permettre la montée des plans inférieurs jusque dans les hauteurs les plus élevées qui s’épanchent ensuite jusqu’au niveau inférieur pour les inonder d’un flux de vie ontique.

 

Très caractéristique sous ce rapport, on peut reprendre à partir du Zohar les 4 stades de la prière de la communauté ; chacun de ses stades est considéré en même temps comme un perfectionnement, une amélioration, une restauration. Qu’est-ce qui est perfectionné, restauré dans ces 4 stades ?

 

Premièrement c’est l’homme lui-même qui se purifie et se perfectionne dans l’acte sacré.

 

Deuxièmement, c’est le monde naturel de la création qui, s’il lui était donné un langage éclaterait avec l’homme en hymnes. Troisièmement, c’est le monde supérieur des ordres des anges. Quatrièmement, la restauration faite par la prière n’est pas autre chose que le nom sacré lui-même, le nom de D. dans lequel est conçu le monde séphirotique. C’est la parole perdue.

 

De cette façon, celui qui acte monte du faire jusqu’au appeler de la divinité elle-même; il range quelque chose de la création et accomplit quelque chose qui appartient à son unité parfaite.

 

Ordo ab chao ! Mais surtout, ce quelque chose resterait latent sans son accomplissement. C’est ce que l’on peut désigner par une théurgie : un rite qui crée du divin.

 

La prière, c’est quelque chose de très difficile. C’est l’expérience la plus radicale du langage en mouvement. La prière n’est pas demander. La fonction de la prière est une expérience de transcendance de soi grâce à l’existence de D. qui est essentiellement une manière de se restructurer dans sa dignité, dans sa verticalité, d’être capable de sortir du chemin déjà tracé et d’allumer la lumière pour toujours, celle du temple à 7 branches et qui est l’arbre de vie.

 

Tout ceci n’est intelligible que si l’on accorde au pouvoir de manipuler certains signes linguistiques, de les écrire, de les brandir ou de les prononcer, la capacité de modifier, en bien ou en mal, l’univers surnaturel. Le nom sacré n’est pas seulement le symbole du dieu manifesté et des séphiroth qui forment son unité pléromatique, le nom imprononçable est une sorte de code génétique, par lequel le divin peut se faire et se défaire. L’action théurgique restauratrice viserait à réparer un  défaut introduit de l’extérieur au sein de la divinité. Cela suppose qu’un certain geste ou une certaine parole puissent dépasser les limites du monde naturel et pénétrer dans des régions inaccessibles dans un continuum invisible.

 

La fonction du rituel, tel qu’il apparaît aux chercheurs de mystère, est de lier les hommes en tant que microcosme avec le grand monde ou le grand homme primordial, qu’il ait nom Dieu, Transcendance, Unité, Gadlu, Adam Kadmon. Pour moi, la place occupée par les officiers participe d’un rituel qui, en définissant une géométrie sacrée, permet cette reliance.

 

Ouvrons le Temple, entrons dans le jardin de l’Arbre de liberté.

 

 

A l’orée du monde profane et du monde sacré, entre le monde inférieur et le monde supérieur, le couvreur dans sa sphère de lumière est en Malcouth, le royaume ! Il est la transition de la vie ordinaire à la vie réservée. Il vérifie la capacité de l’adepte de participer aux initiations en le tuilant au grade requis pour les travaux.

 

Avec le 2ème surveillant, sphère de lumière de Hod le réverbération et le 1er surveillant en Nezah l’éternité, ils forment une triade centrée sur le disciple placé en Yesod la fondation. C’est le lieu d’enseignement. Le disciple y apprend à approfondir sa conscience du monde, à se familiariser avec son ego, à reconnaître ses déséquilibres.

 

Là le M\ dirige ou conduit, n’enseigne pas mais éveille. Il libère et permet au jeune initié d’affronter son désert intérieur avec ses révoltes, sa discipline, sa purification, ses enseignements jusqu’à ce que, dans l’app\ et le comp\ meurt l’ancienne psyché esclave et qu’il soit prêt, avec une nouvelle génération d’attitudes, à entrer dans la terre promise de l’esprit.

 

Lorsque le F\M\ a atteint le niveau de Tipheret (où se tient le M\) c'est à dire lorsqu’il fait évoluer suffisamment sa volonté pour traverser à son gré la triade de l’éveil, il devient son propre tuteur ; il entre alors en contact avec la triade supérieure où s’équilibrent la discipline et la tolérance en Gebourah( la rigueur) et en Hesod (la miséricorde) où l’on peut par analogie pouvoir reconnaître comme sphères de lumière le Trés\et l’Hosp\ Cette triade éthique s’attache à perfectionner l’âme désormais consciente d’elle-même, tantôt par une touche de sévérité, parfois par une touche de bonté; rétablissant sur le pilier de l’équilibre les conflits entre expansion et contraction des émotions dans la dualité des piliers masculins et féminins. Cette pratique de mixité est accomplie avec les autres et pour les autres au sein du groupe, elle se poursuit sur plusieurs années. La Maç \ exige une grande patience et une grande stabilité. Chacun doit faire mûrir ses potentialités progressivement dans  la montée, à son propre rythme naturel. C’est l’œuvre d’une vie et elle se déroule au moment le plus juste pour l’individu et l’humanité.

 

C’est un temps nommé Kaïros par Aristote.

 

Dans l’optique anthropomorphique de l’arbre de vie, la grande triade supérieure est liée à des critères plus spirituels que psychologiques. Cette triade est formée de Binah( l’intelligence) et de Hochma( la sagesse) et de Kether (la couronne). C’est l’esprit se manifestant respectivement dans le tradition orale (l’orat\) et la lumière (le vén\). C’est le rôle panhistorique de la loge, celui d’engendrer de nouvelles ères maç\ et sociales.

 

Ces triades s’interfèrent par les énergies qui circulent entre elles à travers le rituel et les sons. Le compas ouvert placé sur l’autel du travail absorbe les flux de l’atelier, les focalise en la personne du vén\, sphère de lumière supérieure.

 

 Le vén\ est donc le médiateur des énergies qu’il accumule, transmute et purifie ; il catalyse et restitue par son rayonnement, à travers les branches du compas, l’égrégore de la loge jusqu’à la triade inférieure. Irradié de l’esprit du appeler, du créer, du former, du faire, de la connaissance, le collège est un arbre de vie, vivant de toutes ses colonnes qui les relient.

 

Le sépher yetsirah au VIe siècle dit :

 

10 séphiroth hors du néant (comme un ordo ab chao), 10 pas 9, pas 11, comprends ceci en sagesse et en sagesse comprends.

 

Le rituel instaure la structure du un manifesté, autrement dit actualise la transcendance qui se révèle. On peut dire que cela établit un rapport magique qui se réalise dans les actes sacralisés, sacrés.

 

Par exemple, pour moi : La question des alternances des questions posées par le vén\ au 1er et 2ème surv\ réunit dans la totalité des réponses le masculin et le féminin en une hiérogamie. La fusion réalisée dans la totalité du sens donné, comme si c’était une seule phrase rituelle, est comme le désir du cabbaliste qui s’introduit dans le corps du plérome pour faire tendre tout en l’unifiant vers la mixité supérieure de l’eïn-sof. C’est l’union de la femme à l’époux divin, la Chékina. L ’union des principes mâle et femelle est la toute première opération théurgique. Elle contribue par la mixité à réunifier jusqu’à l’origine primordiale l’unité manifestée qui est restaurée ainsi par la régression à l’état d’indifférenciation au sein de l’abîme sans limite d’où tout procède.

 

Je rappelle que c’est aussi le Un des platoniciens. C’est aussi la fécondation de toute vierge qui doit enfanter par le principe premier.

 

On peut dire que le but des rites des sociétés initiatiques serait l’élimination de ce que l’on nomme « l’autre côté », les forces du mal, les ténèbres ; et n’est-ce pas pour cela que nous tentons de construire un temple de lumière et pour cela nous manipulons un rituel inspiré des traditions initiatiques et ésotériques ?

 

La restauration de l’entièreté du Nom, la restitution de la parole perdue, c’est le combat contre l’archange d’Amalek qui l’aurait divisée, abîmée.

 

La quête menée dans l’humilité du doute est peut-être l’achèvement d’un élément que le corps mystique ne peut tenir que de nous.

 

Notre paix se double de l’exaltation de créer dans le risque un oeuvre éternelle qui n’existerait pas sans nous. Notre confiance en la transcendance s’anime, se fortifie et s’embellit de l’acharnement humain à conquérir la terre.

 

En résumé, les rituels peuvent être considérés comme une magie pratique. Ils sont des manières d’affronter le mal. Le rituel peut être perçu comme une forme efficiente de sagesse non seulement spéculative mais aussi transformante, un art qui grâce à l’utilisation des symboles permet de passer de la finitude à l’infini. Et on peut considérer que cela est légitime si on applique ces rituels avec scrupule.

 

Dans la cabbale, la prière, c’est quelque chose de très difficile. C’est l’expérience la plus radicale du langage en mouvement. La prière, n’est pas demander. La fonction de la prière est une expérience de transcendance de soi grâce à l’existence de D. qui est essentiellement une manière de se restructurer dans sa dignité, dans sa verticalité, d’être capable de sortir du chemin déjà tracé et d’allumer la lumière pour toujours, celle du temple à 7 branches et qui est l’arbre de vie. Tout ceci n’est intelligible que si l’on accorde au pouvoir de manipuler certains signes linguistiques, de les écrire, de les brandir ou de les prononcer la capacité de modifier, en bien ou en mal, l’univers surnaturel. Le nom sacré n’est pas seulement le symbole du dieu manifesté et des séphiroth qui forment son unité pléromatique, le nom imprononçable est une sorte de code génétique, par lequel le divin peut se faire et se défaire. L’action théurgique restauratrice viserait à réparer un  défaut introduit de l’extérieur au sein de la divinité. Cela suppose qu’un certain geste ou une certaine parole puissent dépasser les limites du monde naturel et pénétrer dans des régions inaccessibles dans un continuum invisible.

 

La première étape de cet art consiste à se familiariser avec l’arbre des séphiroth. Pour cela, il est nécessaire de traduire chaque reflet de lumière en terme humain de façon à percevoir l’image de la transcendance dans une optique existentielle pour l’homme.

 

Le moment où une personne parvient au plus près de l’arbre de vie, où il en devient son fruit ou lui donne un fruit, est une expérience qui peut survenir à tout moment.

 

La conscience philosophique, avivée, se transforme en lucidité psychique qui devient à son tour conscience profonde de la totalité de l’univers et de la présence de la transcendance. On est alors en contact direct avec tous les mondes en même temps et l’on perçoit à la fois la complexité et l’unité du Tout. C’est peut-être là que s’ouvre une porte vers l’initiation. Etre relié dans la qualité au cosmos pour mettre fin à notre chaos intérieur par un retour aux sources de l’univers pour faire renaître en nous l’ordre. Un ordre non suspect parce qu’inspiré par un tout vibrant de cohérence. L’histoire est un merveilleux rapprochement. Chacune des spires de la route nous conduit à la fois vers une perdition plus profonde et vers une conversion plus totale. Mais l’événement qui, vu du côté du monde, est une conversion, vu du côté de D. s’appelle une rédemption de nous-mêmes ou de D. lui même.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

8 - Libres propos sur la Parole

 

 

 

 

I

 

nitialement, le titre prévu de la planche était : « Parole d’orateur » qui s’est retrouvé par l’intermédiaire de notre vén\M\ comme « propos d’un orateur » pour devenir ce soir « Libres propos sur la parole » .

 

 

Un jeune homme alla trouver son Maître et lui dit : «  Puis-je te parler ? »

 

Le Maître luis répondit : « Reviens demain, nous parlerons ».

 

Le lendemain, se présentant à nouveau à lui, le jeune homme lui dit : « Puis-je te parler ? ».

 

Tout comme la veille, le Maître lui répondit : « Reviens demain. Nous parlerons ».

 

« Hier, je suis venu, répondit déçu, le jeune homme, et je t’ai posé la même question. Refuses-tu de me parler ? »

 

Depuis hier nous dialoguons répondit en souriant le Maître. Est-ce notre faute si nous avons tous deux de mauvaises oreilles ?  

 

 

Dans un article de Libération intitulé « La communication sans paroles » Valère Novarina écrit : La parole n’échange aucun sens mais ouvre un passage. De l’un à l’autre elle est notre passage à l’intérieur des mots : notre ouverture à l’intérieur des mots, notre voyage est la façon que nous avons de passer avec eux. Toute parole que nous échangeons transmet avec elle le secret de la parole.

 

Il y a un passage secret entre nous dans l’échange parlé.

 

La parole ne se communique pas comme une matière marchande, comme une denrée, comme de l’argent ; elle se transforme, elle passe et elle se donne. Vivante de l’un à l’autre, la parole passe entre nous et se transforme de nous avoir traversés.

 

C’est le don de parler qui se transmet : Le don de parler que nous avons reçu et qui doit être donné. Le don d’ouvrir par notre bouche un passage dans la matière de la mort ?

 

Parler est l’aventure de nous dire aux uns les autres ce qui peut être dit. Très précisément chaque mot désigne l’inconnu. Le silence le plus profond est une parole, de même l’immobilité vraie un mouvement.

 

C’est que le vrai mystère n’est ni ténébreux, ni voilé mais une lumière extrême jetée sur soi. Et plus loin il écrit encore : Toute notre vue est parlée.

 

C’est un autre monde que nous verrions si nous avions d’autres mots. Tout le visible est un renouvellement perpétuel de paroles.

 

L’initié sait que même la pensée est un fluide qui se répand, forme et transforme. C’est pourquoi, ici surtout, il faut purifier tes intentions et ton cœur. Que le bien seul oriente ta volition

 

 Grillot de Givry

 

 

Art. 26 des règlements généraux du Droit Humain : Il est écrit :

 

L’orateur est le gardien et l’organe de la loi, et plus loin il est écrit, dans toutes les circonstances il est l’organe de l’At\ Cette insistance sur le rôle d’organe, (qu’il faut entendre comme la voix, bien sûr, puisqu’il est écrit aussi, il est chargé de porter la parole) me questionne. La voix pour quelle voie ?

 

La parole est une structure vivante, qui devient partie intégrante de la durée du vécu de tous, de même au cours de son élaboration en tant que texte elle est partie intégrante de la durée de l’auteur.

 

Si l’un de vous lisait mes planches d’accueil d’orateur, il se pourrait que le résultat fût différent, et même que l’interprétation que vous en donneriez du moment ne correspondît pas à la mienne.

 

J’ai donc fait entrer ma parole dans un texte, sinon dans un cadre, du moins dans un espace qui est le mien et non le vôtre. Mais celui qui parle, qui lit un texte n’est il pas aussi un orateur ?

 

 

La parole d’un orateur est créée de son souffle et cette création, pour lui, est en même temps son accomplissement et sa limite, puisqu’il ne peut se substituer à nous dans son interprétation, ni ne peut nous imposer la sienne. Mais en créant ainsi, se fait l’expérience directe, physique de l’unité du corps et de l’esprit, de leur continuelle interaction symbolique

 

A chaque instant d’une planche, la planche est toute entière contenue dans cet instant et la portée finale n’est pour ainsi dire que l’étalement, le repos ou l’extension d’une énergie qui ne fait que progresser à travers l’acte de dire jusqu’au moment où le « J’ai dit » l’apaise.

 

Souvent en lisant mes planches d’orateur j’ai une impression physique d’euphorie, de dilatation correspondante à la genèse, à la montée du sens que j’essaye de vivre moi-même et de faire sentir à travers les mots.

 

C’est vouloir tendre vers un accord, vers l’égrégore avec les récipiendaires, les FF\ et les SS\ présents, un accord difficile d’autant plus qu’ils se situent à plusieurs niveaux d’expérience. C’est déjà à plusieurs niveaux d’expérience que je recherche l’accord avec moi-même, et à ces niveaux s’en ajoutent d’autres, avec vous, avec le monde.

 

Chacun de nous est un vivant dans sa durée propre, une forme en train de se développer, de s’accomplir; et c’est dans une métamorphose continuelle en nous, autour de nous, qui fait pression sur nous et nous oblige à rechercher sans cesse la proportion juste, que j’ai puisé des thèmes tels que le symbole, le symbolisme, la Tradition , la fraternité, le secret, l’effort, la persévérance, la discipline, les voyages, les mystères pour évoquer la F \M\ Le symbole se contemple, la signification se dit. Le premier est de l’ordre du visible, la seconde de l’ordre de l’audible. L’homme, en réfléchissant construit le pont entre le visible et l’audible, son langage traduit et opère les passages. Nous sommes des bâtisseurs de sens ; les temps de parole qui nous sont accordés sont des participations à l’édification de corps de pensée comme des cathédrales d’esprit.

 

La parole, celle de l’orateur, a une force physique incontestable. Elle est essentiellement le physique de l’âme de la loge, indissociable de celle-ci. Ceux qui sont sensibles, et comment ne pas l’être dans cette caisse de résonance cosmique qu’est le temple à couvert, non pas seulement au verbe mais à son caractère incarné, reconnaissent cette incarnation dans le rythme énergétique des mots. Le vocable constitué par la voyelle et la consonne, par de la chair et de l’os, par de la dureté et de la tendresse, et par les subtiles proportions qu’elles produisent entre les sons, le vocable saisit le monde pour en prendre du sens et se prendre avec lui. Certaines formes du dire sont à la fois les plus objectives possibles et les plus profondément symboliques. L’orateur propose un système énergétique et progressif, le mouvement initiant en tant qu’ouverture d’acheminement.  C’est vouloir au nom de l’At\ amorcer une montée dans une spirale de plus en plus large, de plus en plus fraternelle, dans un élément de plus en plus transparent de vérité, pour viser le delta, là où toutes les espérances sont possibles, là où règne la conscience de la lumière.

 

Mais l’élément essentiel de la parole de l’orateur, en tant que matière, est le silence qui se fait en elle et autour d’elle. En la parole est aussi le silence, le rythme n’existerait pas sans le silence.

 

La parole de l’orateur est une énergie combative, positive de la pensée qui cherche désespérément à s’incarner dans le Tout. Derrière toute recherche verbale, ce qui est enjeu de spirituel est peut-être l’abolition de cette distance intérieure, de cet ordre de la séparation qui est l’ordre apparemment réel où nous vivons et que par toutes sortes de voies, dans l’art et la connaissance, nous tentons de dépasser.

 

Mais je n’ai jamais oublié que cette parole, ce silence, se devaient d’être tournés vers l’autre, le récipiendaire, le F\ou la S \car c’est de l’autre que celui qui parle attend le soutien qui réalisera la parole ; la parole nous a été donnée non pour parler mais pour entendre. La parole ne nous a été donnée que pour n’entendre que ce qui est l’autre.

 

Le texte de l’orateur est une éducation au sens de conduire au dehors du chemin déjà tracé (ex ducere) et une libération. La parole nous offre de faire en nous l’effort de libération, d’ouverture, de création, c’est une pédagogie de la liberté que propose la prise de parole en loge car si tout ne peut être dit, ici, il me paraît évident que tout peut être entendu.

 

Cette expression libérée, nous en avons tous besoin. Tous, nous devons nous exprimer le moment opportun, car notre subjectivité n’a de sens qu’en osmose avec celle de l’autre dans une dynamique de significations.

 

Elle ne revient à nous, afin de nous nourrir et nous faire prendre conscience de nous-mêmes que dans la mesure où elle rayonne dans un milieu fraternel, milieu de relations complexes où notre présence totale est signifiée par nos gestes, notre parole, mais aussi par notre façon d’accueillir avec un certain degré d’ouverture d’esprit, de chaleur humaine, tout un ensemble de richesses qui sont en nous sans que toujours nous ne les connaissions et dont la convergence constitue l’ébauche progressive de notre forme de maçon. C’est en fait apprendre aussi à s’aimer soi-même dans une perspective de don gratuit.

 

 Il convient de reconnaître la vertu libératrice de la parole, de cette parole symbolique, prophétique, obscure mais qui peut s’illuminer par une re-création de l’esprit de l’autre.

 

L’orateur est tout entier constitué par sa parole, partie intégrante à ce moment de sa chair, de sa vie, plus intérieure que tous ses organes du dedans. Il lui est donné d’être incomparablement un être libre. L’essence de la vérité est liberté dans laquelle l’autre est seulement un possible, jamais une certitude. La liberté est un contrat entre l’homme et le monde, entre l’homme et l’autre homme.

 

 

Que la parole ne domine pas, ne manipule pas, qu’elle ne méprise pas. Les sept couleurs de l’arc-en-ciel font obstacle à la couleur blanche de l’idéologie. Je n’enfermerai pas l’autre dans un concept déterminant a priori, alors me sera rendue ma propre indétermination, ma propre liberté. Laissons éclore un dynamisme de significations dans cette parole parlée devenue parlante et qu’elle nous rassasie comme une manne.

 

Et le matin il y eut une couche de rosée autour du camp. La couche de rosée s’éleva et voici qu’à la surface du désert il y eut une mince croûte, mince comme le givre sur la terre. Les fils d’Israël le virent et se dirent l’un à l’autre Manhou? (qu’est-ce?).

 

La maison d’Israël l’appela du nom de manne.

 

La manne, le qu’est-ce est littéralement la question, le questionnement. Le ma de manne se retrouve comme attitude interrogative primordiale dans le Adam, ma qui fait de l’homme préhistorique l’homme en question.

 

N’est-ce pas dire aussi que le savoir absolu n’existe pas et que le maître a toujours un côté disciple ?

 

L’éthique d’une parole en loge est une prise en charge responsable du monde par un être présent et parlant, faisant échec à l’inhumanité de la vérité unique et posant au devant de ses F\ et S\ l’infinité des opinions possibles où se reflète le débat des hommes sur le monde.

 

Lorsque le Zohar dit que l’homme est un « ma », un quoi, une question permanente, qu’en elle réside la dignité de l’humain, cela signifie que la capacité de s’arracher d’un sens pré-imposé est la dimension même de la liberté. La parole se fait alors caresse.

 

La caresse découvre une intention, une modalité d’être qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, posséder ou connaître.

 

La caresse n’est pas un savoir mais une expérience, une rencontre. La caresse n’est pas une connaissance de l’être mais son respect.

 

 

 

La caresse est un concept ou plutôt un anti-concept qu’Emmanuel Lévinas introduit en philosophie en 1947 dans « Le temps et l’autre ». Il écrit : " La caresse est un mode d’être du sujet où le sujet dans le contact d’un autre va au-delà de ce contact. Le contact en tant que sensation fait partie du monde de la lumière ".

 

La caresse est un relativisme, un scepticisme sans nihilisme. Pour la philosophie de la caresse, tout est interprétation. La loi, cette parole du groupe, devient alors une norme et non un dogme, une norme qui déploie un projet collectif.

 

 

La loi est mythique, symbolique, activité sociale d’échanges, source à la fois collective et individuelle qui définit un champ commun à une société et aux individus qui la composent.

 

 

Et dans ce champ qui est notre loge, se fertilisent par la parole ces questionnements qui font de chacun de nous un arbre de liberté. Je le dis.

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

7 - Je limite

 

 

 

V

 

enir vers la F \Maç\, revenir vers soi-même pour advenir aux autres est fondamentalement une démarche initiante. Elle peut naître de l’expérience de la fugacité du monde, du vide. Une telle expérience peut éveiller une espérance d’homme. Lorsque l’esprit humain trouve la force d’une orientation nouvelle comme celle de la F \, ce qui était voué à la perte devient une source de force et d’action. Naître en F\Maç\, cependant, n’est pas un point d’arrivée. C’est un point de départ, comme l’ombre d’un bâton planté en plein midi qui initialise la construction d’un temple, un début où rien n’est acquis d’avance ni pour toujours.

 

Je pourrais même dire que cela comporte des étapes, des stations dont on retrouverait un exemple dans le cheminement abrahamique de Ur jusqu'à Canaan. Ce cheminement comporte des  épreuves qui sont à vivre dans le rapport à l’environnement et dans le rapport à soi-même.

 

A Ur, Abraham s’arrache d’un monde où tout est compté, pesé, mesuré : l’arrachement 1ère étape. Pour cela il a besoin de se recueillir. Dans ce recueillement qui est absence au monde extérieur, il y a la descente pour écouter la voix qui parle au dedans, alors il y a l’accueil, l’hospitalité. En se retirant de l’extériorité profane, on lui donne un  abri. Le recueillement est la 2ème étape. Puis Abraham apprend à vivre en témoignant dans l’absence comme si c’était de la présence. Il est le témoin qui soutient un événement qui s’est passé et ne se voit plus. A chaque migration, à chaque épreuve, il garde confiance et avance comme une étoile dans un monde qui s’éteint. La persévérance est la 3ème étape. Et puis arrive l’enfant et le sacrifice à consentir.

 

Il est appelé à briser son narcissisme, son égocentrisme et à renoncer à la tentation d’adorer un Dieu qui ne serait que la projection de ses désirs et de ses attentes. C’est à travers l’épreuve sacrificielle le passage où l’homme apprend à se détacher de lui-même pour s’ouvrir réellement à la transcendance. L’alliance est la 4ème étape.

 

Ces chemins des commencements initiatiques sont expérience d’autrui, accomplissement de sa propre transcendance et non pas confort narcissique du repliement sur soi.

 

 

Il y a ce même paradoxe de la F \M\, commencée dans la solitude de l’individu avec le connais-toi toi-même dans la descente de la colonne B\, dans l’intimité d’une expérience secrète et personnelle, elle se découvre, un jour, authentique-expérience-collective et devient ouverture sur la société. C’est à ce moment-là que se joue l’enjeu historique qu’elle porte en elle. En effet, il ne s’agit pas d’un changement qualitatif (une nouvelle association), mais d’un réel saut qualitatif à travers lequel une nouvelle logique se met en place et qui exige de ceux qui viennent à elle, de ne plus se comporter comme s’ils étaient toujours dans leur intimité, mais au contraire de prendre conscience de l’effet social de leur démarche et des implications qu’elle prend pour la collectivité.

 

 C’est la dimension « politique » de l’esprit de la F \M\qui est en question ici ; c'est à dire sa capacité à vivre dans la cité et à s’y développer, sa capacité à être un modèle d’éthique et d’action. Aujourd’hui avec le cocooning, c’est plutôt le repli sur soi qui semble triompher, qui écarte plutôt qu’il n’accueille.

 

Ce serait une grave erreur d’appréciation que de voir dans les rites  de la Tradition une occasion de pouvoir, de conservation ou de confirmation d’un statu quo ante plutôt que de voir des obligations de créativité, des efforts, des structurations d’imaginaires et d’inventions. La F \M\ n’encourage pas la jouissance solitaire d’une situation mais l’exigence envers soi.

 

Le concept de Tradition est utilisé parfois pour asseoir une autorité et intimer le silence à ceux qui apportent avec eux l’élan créatif. La F \M\ prend tout son sens si elle crée un monde nouveau, si elle s’ouvre au XXIe siècle et non pas au XVIIIe , fut-il celui des lumières, si elle témoigne encore de la créativité de la parole pour l’humanité.

 

Pour cela il faut agir, créer, construire, écrire, dire, aider, et non pas se reposer. Les F.M. n’aspirent pas au repos. Il s’agit de continuer l’histoire. C’est en affrontant les défis de la fin du XXe que s’affirme l’esprit de la F \M\ , non pas en se repliant dans un royaume imaginaire d’illustrissimes et de purs symboles si merveilleux !

 

Quelle que soit la critique de la modernité, quoi que l’on fasse, nous sommes des hommes et des femmes modernes.

 

 Le choix de la F \M\ n’est pas le refus des autres philosophies au profit d’une pensée dogmatique, c’est-à-dire qui chercherait à imposer ses propres valeurs maç\, c’est au contraire une vigueur nouvelle de la pensée, de l’intellectualité aussi qui puise ses sources dans l’universel et la liberté. Ce qui fait la centralité de la pensée maç\, ce sont ses marges ; c’est la capacité de ceux qui y adhèrent de la faire entendre et comprendre à ses marges au monde profane. Que la parole maç\ devienne audible à son environnement, c’est cela son rayonnement. Une lumière ne rayonne que parce qu’elle parvient à l’obscurité et passe par l’obscurité pour se communiquer. L’universalité de la pensée maç\ c’est aussi son ouverture au monde, à tout le monde.

 

La F.\M \ est une communauté de témoignage de ce qui est inscrit au cœur du meilleur de l’humain. Elle s’abrite dans son unité cachée; mais au dehors les ténèbres attendent cette lueur de l’aube où la présence est imminente, attendue, espérée; et nous sommes tous comptables de la lumière à donner pour l’avoir reçue.

 

Poursuivons au dehors l’œuvre commencée dans ce temple.

 

 

Seulement, voilà : que signifie cette 1ère personne du pluriel de l’injonction « poursuivons » : VOUS, mes F\et mes S\et MOI ?  Le vén\\ qui prononce la phrase ? Ou bien NOUS tous ensemble ? Je, Nous ? C’est passer par le tissage d’un singulier à une communauté et il me semble qu’un projet  à visage humain, un pro-je maç\ réaliserait pour tous ensemble une des bases possibles sur laquelle s’érige les temples maç\

 

La reliance de l’Arbre de Liberté ne pourrait-elle pas se continuer, s’exister au dehors ?

 

Si notre Gd\ Exp\ fait promesse pour une chaîne d’union, il le fait, comme il l’avait évoqué dans une de ses planches, es qualité pour l’unité du groupe, pour la loge en tant que telle. Et pour moi, cette promesse permet d’interpréter la 1ère personne du pluriel comme un NOUS. Alors je propose ma réponse : de cette consigne, faisons une conscience ! Que notre resp\ loge entreprenne un projet. Choisissons le intellectuel, social ou à l’égard de quelqu’un; en France ou à l’autre bout du monde, là où  nous attend l'urgence.

 

Fixons les objectifs, les modalités matérielles et morales, et que l’Arbre de Liberté soit aussi un arbre de vie souché sur le rêve de la réalité.

 

C’est la vertu de l’hospitalité au sein du recueillement que je nous propose pour sceller, tous ensemble, notre alliance avec l’humain ; en somme pour habiter cette région cruciale de l’âme, où la fraternité s’oppose au mal absolu.

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

6 - Le myste et le poste à galène

 

 

 

 

U

 

ne S\ m'a offert ce lundi une carte postale, reproduisant le tableau «  La Lecture  » de Fantin-Latour, où l'on voit deux femmes, vêtues de noir, assises dans un salon, dont l'une, brune, fait la lecture à l'autre, blonde.

 

Mais c'est l'illustration même du myste et du poste à galène lui dis-je! Elle me désigne alors la femme silencieuse et me dit: c'est elle l'app\ qui écoute, là est le M\ parce qu'elle enseigne en lisant. Et je lui répondis: Peut-être pas, le M\ doit aussi être à l'écoute de l'app\, on ne peut dire qui enseigne l'autre.

 

 

Ne pas cueillir le fruit qui veut mûrir encore,

 

Ecouter en patience.

 

Le M\ est parfois un guide pour l'app\

 

J'ai cheminé ainsi, quelque peu, avec l'app\ M.A. et de nos voyages au cœur des choses, je vous rapporte quelques feuillets de mon carnet.

 

 

C'était un jour de plein été. Il avait plu. Malgré l'averse tumultueuse, elle était venue et maintenant, sur le pas de porte, trempée, elle me regardait avec cet étonnement qui lui ouvre les yeux de ce sourire attentif qu'elle a chaque fois qu'elle me parle.

 

Salut, petit myste deviendra grand, pourvu que maître lui prête attention.

 

Tu n'étais pas obligée de te mouiller à ce point pour revivre ton initiation par l'eau, tu sais chez nous, on est délicat, le bout du doigt suffit. Tu t'en souviens ?

 

Elle entra dans mon après-midi avec son incessant questionnement et nous installa sans préambule dans nos échanges aussi avidement que d'habitude.

 

Cela suffit-il vraiment ? De toi à moi, alors cela voudrait dire qu'il ne s'agit pas d'une épreuve mais d'une ablution. On est loin d'épreuves dans l'eau à n'en plus pouvoir, d'immersion totale, de courants qui emportent jusqu'aux métaux, voire même dans le cas d'un petit bain de minuit en Afrique d'une traversée de rivière au milieu des crocodiles ou des piranhas. D'autres initiations imposent pourtant cette vérité de l'élément eau.

 

Ainsi Gérard de Nerval, dans le voyage en Orient, narre l'épreuve de l'eau lors de l'initiation d'Isis.

 

Au-delà se trouvait une rivière qu'il fallait traverser à la nage. A peine, le néophyte avait-il atteint le milieu, qu'une immense agitation des eaux, déterminée par le mouvement de 2 gigantesques, l'arrêtait et le repoussait. Au moment où ses forces allaient s'épuiser, il voyait paraître devant lui une échelle de fer qui semblait devoir le tirer du danger de périr dans l'eau. Ceci était la 3ème épreuve.

 

A mesure que l'initié posait un pied sur un échelon, celui qu'il venait de quitter se détachait et tombait dans le fleuve. Cette situation pénible se doublait d'un vent violent qui faisait trembler l'échelle et le patient à la fois.

 

Le danger et le bien-être, la paix et l'effroi, l'inconnu face auquel on se mesure nous sont donc épargnés. Est-ce à un ramollissement de nos mœurs que je dois d'être indemne ?

 

Notre rapport aux éléments, à l'eau comme à l'air, au feu, à la terre, lors de l'initiation est de nature spéculative. Cela nous donne la possibilité de nous éviter les vraies confrontations entre nous, nous-mêmes et le cosmos. On parle, on bavarde, on raconte, on se raconte. On ouvre aujourd'hui le transistor sur radio- énergie sans pour autant se revivifier. Autrefois il y avait un risque réel à se brancher sur certaines stations "Ici Londres". Je ne te parle même pas du temps où Abraham ou Moïse se connectaient directement avec radio-Adonaï. Les bienheureux ! Pour eux comme pour leurs amis du moment, de tels contacts étaient bouleversants et chaque fois il y avait un avant et un après la parole entendue. Entre le bruit et le message, il y a ta conscience à l'écoute qui en fait la différence. Cela dit, l'ablution du bout des doigts n'est pas pour me gêner. On peut toujours agir après s'être interrogé sur une signification symbolique.

 

Demande à notre F\G. avec sa spéléologie, à ceux qui font du raft, ceux qui s'abreuvent d'un peu d'eau dans le désert.                  
D'ailleurs je préfère notre rite à celui du baptême…l'ablution du bout des doigts, cela signifie aussi ta corporéité et cela dit que les mains, en palpant ce qui est extérieur au corps, captent par leur prédisposition la souillure, mais aussi la purification. Elles sont comme des antennes.

 

Les tremper dans l'eau, c'est faire reconnaître à l'impétrant son désir de pureté, sa volonté de pureté en venant vers la F \M, mais aussi la nécessité de cette pureté.

 

Encore faudrait-il définir ce mot. Regarde !  Je pose mes mains sur les tiennes. Suis-je souillée ou purifiée par ce contact et toi?

 

Je dirai en tout cas que c'est bon, que je me sens attachée par un lien d'affection, le problème n'est pas la pureté mais l'élan vers ce qui me paraît   être le bien.

 

Au fait, après mon initiation, le soir même, en salle humide, j'ai vu des décors maç\ à vendre sur lesquels sont brodés des lettres et des symboles. J'interrogeais une S\ ou un F\sur la signification du M\ et du B\ et sur les autres figures géométriques que l'on retrouve sur les tabliers des M\ en loge. On me dit alors: ce n'est pas de ton grade ! Je me suis sentie exclue par ce silence abrupt sur une question qui, a priori, ne semblait pas inopportune, dans la mesure où cela m'est donné à voir. Que veulent dire M\B\ ?

 

Puisque tu sembles connaître le voyage en orient de Nerval, cela t'est totalement développé dans les nuits du Ramazan. Mais tu n'as pu associer les explications avec ces lettres, car tu ne sais encore à quelle circonstance exacte elles se réfèrent. C'est le problème de la dissimulation du sens. Le langage voilé t'est annoncé dès le début de ton initiation: Ici tout est symbole. Paraboles, allégories, mythes, rites, figures, cérémonies sont donnés ouvertement à lire mais surtout à déchiffrer.

 

Supposons que je te donne ma lecture d'un mystère, avec ma respiration, ma tonalité, mon histoire. Ce que je te donne à comprendre, c'est mon interprétation, donc c'est moi que je te donne à interpréter. Exit l'objet de ta question, bonjour, à travers le plaisir de montrer que l'on en sait un peu plus, l'égotisme ! Allons plus loin. Supposons que je puisse te donner une explication purifiée de moi-même, sans que je m'y projette, que crois-tu que tu obtiendrais ? Une coïncidence du signifié et du signifiant, du mot et du sens. Non mon myste ! Car les mystères enfouis ne sont pas dissimulés derrière un petit cache-secret. Il y a entre eux et nous les voiles de notre être qui créent une opacité qui nous est propre. En somme à chacun sa myopie sur la vérité à travers les lunettes de sa réalité.

 

Le même mystère, vu par chacune de nous deux, c'est comme un jardin suspendu, en dessous, au milieu, au-dessus duquel on se  promènerait. Chaque terrasse, pour qui se déplacerait, par effet de perspective, offre certaine images, mais revue de la terrasse supérieure procure de nouvelles révélations, de sens parfois opposé, et chaque degré du même jardin parle ainsi plusieurs langues différentes au même moment. Moi je ne puis te transmettre que ce qui s'exprime et ce que je vois ici te maintenant. Mais tu prennes un risque, celui de ne voir le jardin que d'un point de vue. Ce serait dommage que je rétrécisse ton monde, le monde à un petit taillis.

 

Et maintenant voici ma réponse à ta question.

 

Que dirais-tu à un profane qui te demanderait de lui expliquer ce que signifie le B\ qui est sur l'une de nos Col\, te le montrant sur une gravure allégorique, comme on en faisait autour de 1789 ?

 

Je lui répondrai bonbon, Bernachon (chocolatier lyonnais), bijou, baba au rhum, bichon, bonjour, bisous, tout plein de mots très doux et très sucrés. Ce serait tout de même dire, sans le lui dire, mon plaisir d'être un app\ F\M\

 

Tu vois comme c'est simple. Tu as répondu à ta propre question.

 

Avec sa gourmandise de comprendre elle insista.

 

Explique moi alors comment chercher où avancer vers ce que veulent dire M\B\ placés sur les tablier des M\

 

Et parce qu'une question ne doit pas rester sans réponse, mais parce qu'une question doit aussi être un questionnement, je tentai une autre approche.

 

Selon les rituels, on prononce les mots correspondant à ces initiales de manière différente mais cela évoque de toute façon le sens même du passage à la maîtrise, c'est à dire que ces lettres indiquent les voies mystérieuses par lesquelles l'homme peut s'alchimiser en initié. En tant qu'app\, il apprend à naître, en tant que comp\, il apprend à vivre et en tant que M\ il apprend à mourir. Avoues cela n'aurait aucun sens que je te montre ces voies aujourd'hui. C'est comme si tu vivais ta cérémonie d'initiation en ma seule présence. Je ne puis faire office de loge. Il faut 7 M\ pour qu'elle soit juste et parfaite.

 

 

A moi seule, je ne puis te guider vers tout ce que tu dois attendre de vivre dans nos ateliers, surtout à travers le rituel et le temple tout entier.

 

 

En attendant, cherche la signification ontologique de la croix, l'énigme des hexagrammes di Yi-king, la cosmogonie hébraïque cachée dans l'arbre des séphiroth et d'autres chemins encore de connaissance. Les gnoses ont une convergence qui va dans le même sens que les  lettres M\B\

 

Je lui indiquai alors quelques ouvrages, ardus certes, mais qui avaient fait palpiter un peu plus fort le cœur de ma pierre. Mais surtout je lui évoquais mes rencontres avec des êtres très forts et très libres.

 

Qu'ont-ils en commun ? Ce qu'ils ont en commun, c'est qu'ils me semblent ouverts sur un monde plus infini que le mien. Ils sont capables de voyager, entre blanc et noir sur le fil bleu, comme dans un espace illimité. Ils m'ont donné des clefs, mais je ne peux te raconter quelles portes je tente d'ouvrir avec elles. C'est encore trop intime, pas suffisamment mûri, pour que je puisse te restituer quoique que ce soit. Mais, cela travaille en moi, agit, m'agite vers ce que je sens confusément comme une très grande force de plus de sérénité, de moins de contingences, de plus de vérité de moi-même.

 

Je me tus quelques instants pour me mesurer à l'aulne de mes ignorances, de mes incapacités, sentant bien que le véritable apprentissage était encore à venir. Je me justifiai à haute voix.

 

Trop de social, trop de psychologique, trop d'égarements et de sollicitations du quotidien. Je crois qu'il y a des castes qui nous emprisonnent dans leur propre logique, comme des corporations psycho-socio-économico-intellectuelles. Tu vois, c'est facile d'être hypocrite, c'est plus difficile de jouer les existentialistes, enfin je veux dire d'être vraiment libre. Il faut tant de courage, tant d'effort. La liberté, cela se mérite probablement; même si on n'a pas tous le même prix à payer pour l'actualiser à chaque instant de sa vie.

 

 

Comme à chaque fois que je l'obligeais par mes questions ou mes réponses, qui n'en étaient pas, à répondre à ses questionnements, je sentis en ma jeune amie se revivifier son impatiente curiosité et son plaisir de se sentir avancer vers un exhaussement de sa pensée. En mon for intérieur, je la remerciais de m'enseigner à mon tour.

 

Elle m'offrait, au niveau de ses interrogations critiques, un sens de la diversité et de la relativité, une difficulté et une précarité qui m'obligeaient à me chercher moi-même au-delà des réponses et de trouver pour nous deux une convergence supérieure.

 

Si je te dis, poursuivais-je: on ne mesure les hommes qu'après leur mort, cela peut vouloir dire que l'on ne prend les mesures pour le cercueil que sur les cadavres. Mais cela peut prendre, bien évidemment, d'autres significations. A nous de les inventer au sens de devenir, trouver, créer. C'est une interprétation par rapport à toi, par rapport à la nécessité de tes questions. C'est cela le symbolisme: la création d'un monde, le tien, au-dessus du monde et où tout est symbole mais qui découvre ta réalité profonde. Le symbole ne doit pas être recherché seulement dans sa signification; il doit l'être dans son pouvoir.

 

Le symbole informatif, le symbole inspirateur, le symbole intercesseur, le symbole magique et l'objet de manipulation, le symbole articulant les significations, le symbole participatif, le symbole inspiré, le symbole questionnant. Dire qu'en loge, tout est symbole, c'est affirmer que la liberté de pensée accordée à chacun est le fondement de l'Ordre Maçonnique et que cette relativisation résolue du sens  conduit forcément à la tolérance.

 

Le symbolisme te permet de travailler à ta mesure pour aller vers ta liberté irréductible, celle dont les jugements, la conscience d'être, la vertu se situe au-delà de la multitude des conditionnements.

 

Devenir ce que l'on est. C'est ainsi que les ésotéristes parlent. Mais on ne devient ce que l'on est qu'en étant ce que l'on devient. Autrement dit, tu es une actualisation constante de toi-même. Une liberté qui se refuse ou qui agit, un devenir en germe de lui-même, un effort dans cet engagement vis à vis de toi seule, une persistance de cet effort. Cet engagement, que tu as voulu maç\, implique un certain nombre d'exigences et il n'est pas sans risque.  Car se faire F\M\, c'est se mettre en questions.

 

 

C'est en fait s'interroger pour voir les choses autrement qu'on les avait vues, c'est essayer de vivre autrement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. Il te faut pouvoir renoncer au réconfort de l'opinion, au soutien de l'imitation, au secours de l'approbation.

 

Cet appareil doit cesser d'être suffisant pour le F\M\ L'initiation maç\, c'est l'apprentissage de l'autonomie, c'est l'appel de la liberté auquel ta vie toute entière sera la réponse. Tu t'es engagée pour prouver ta liberté, cette lente conquête de toi-même, par toi. C'est aussi cela devenir F\M\

 

Je sentis son désarroi devant l'amplitude de l'effort demandé; je n'étais pas moi-même un exemple. La légèreté de son être avait mal, la mienne un peu moins par manque de modestie sans doute. Ô ma petite S\ courage, tu te repris vite, sautant sur des mots dont tu ne soupçonnais pas encore la puissance.

 

Puisque la mort acceptera tous les gestes de vivre, le premier cadeau que je lui consens, je le lui ai déjà fait. Je suis morte avec plaisir sous le bandeau-linceul, mais je vais gaver la mort jusqu'à l'écoeurer de mes re-naissances incessantes, jusqu'à n'être que l'image de l'instant face à l'éternité.

 

Elle était, tout soudain, devenu grave. Ses propres mots lui résonnaient comme des symboles vivants. Je sentais en elle que les bonbons et autres friandises de sa col\ n'étaient plus qu'espiègleries vite dépassées. Elle avait envie de se forger une réflexion pour se tracer son chemin vers plus d'intensité et de présence à elle-même.

 

La maç\, quand tu en parles, c'est comme cela que je l'espérais. C'est à dire, c'est comme des mystères que je savais exister, que j'avais oubliés et que je sentais comme devant les découvrir ou redécouvrir.

 

Les symboles que je connaissais étaient ceux de la psychanalyse. Ils me paraissent tout à la fois semblables et différents de ceux de la maç\ Ceux de l'analyse sont réparateurs, ils servent à réparer, à reprendre des choses d'un passé personnel pour pouvoir vivre avec soi-même. Ceux de la maç\sont moins nombrilistes, plus tournés vers les autres, dans lesquels je me reconnais, ils ne sont pas seulement tournés sur notre propre histoire (pas toujours propre  justement).  Mais ils vont bien ensemble.

 

La F \Maç\ est une espèce de science où l'on va à l'essentiel, que l'on aurait débarrassé de l'inutile et qui aboutirait à cette pureté d'une pierre taillée. C'est comme si je voulais me débarrasser, dans une phrase des adjectifs, des adverbes,, des articles pour n'avoir plus que le verbe. Pas commode de communiquer après cela, et pourtant, le copte égyptien avait dû procéder ainsi, cela ne l'a pas empêché de transmettre des explications du monde; mais c'est vrai que l'on ne sait pas encore les interpréter. Les symboles, c'est un concentré de choses essentielles, ils sont à tout le monde, mais on ne peut les prendre qu'avec sa vérité.

 

Et puis la Maç \, par les outils qu'elle m'apprend à utiliser, c'est une école du comportement. Par exemple : je ne supporte pas le mépris que certains ont pour les autres, n'importe quel autre. L'agressivité, qui était ma réponse habituelle pour dénoncer ce genre de situation, ne me satisfait plus. Je ressens ce besoin de tolérance comme nouvelle réponse de ma propre liberté maîtrisée, tolérance qui sait être ferme, sans concession, mais argumentée du poids de ma propre consistance. Mon attente est une espérance.

 

 Lorsque je questionne, je n'aime rien tant que de recevoir des réponses qui cheminent en moi. Alors dis moi…

 

Il y eut une joie profonde  de nous partager et de nous renouer autour de nos échanges de questions. Nous avons ainsi paré le temps de la fleur de nos âmes tout le reste de l'après-midi. Longtemps après la nuit tombée, quand elle me quitta, à minuit, nous étions encore enveloppées des fils tissés dans notre soritude. En se refermant, la porte fit ce bruit qui fait un fruit qui tombe de l'arbre. Sa graine porte en lui l'espoir de devenir à son tour un arbre.

 

 

Ah au fait! La galène, dans les postes à galène, c'est un métalloïde qui a comme propriétés de redresser des courants ondulatoires de haute fréquence, captés par l'antenne de réception, pour les rendre audibles.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

5 – « 2 fois 3 = 4 »

 

 

 

N

 

otre attention peut se porter sur les différents genres du ternaire. Si trois termes peuvent se regrouper suivant des rapports très divers, il en est deux de ces genres qui nous enseignent et nous font mieux analyser les symboles porteurs du sens de l'ordre cosmique.

 

L'un des ces genres est celui où le ternaire est constitué par un principe premier (au moins au sens relatif) dont dérivent 2 termes opposés ou plutôt complémentaires (non duels mais duals). Car là même où l'opposition est dans les apparences et a sa raison d'être à un certain niveau ou dans un certain domaine, le complémentaire répond toujours à un point de vue plus profond, donc plus conforme à la nature réelle de ce dont il s'agit. Ce premier genre pourrait être représenté par un triangle pointe en haut. L'autre genre est celui où le ternaire est formé de 2 termes complémentaires et de leur produit ou résultante. Ce ternaire pourrait être représenté par un triangle pointe en bas.

 

Si l'on compare ces 2 triangles, le second apparaît comme le reflet du premier, ce qui indique qu'entre ces ternaires, il y a analogie. Ces 2 triangles peuvent être regardés comme ayant le même base et si on les figure unis par cette base commune, on voit d'abord que l'ensemble forme un quaternaire (quatre termes distincts). Il y a symétrie verticale des sommets, le plan de  réflexion, réflexion étant la base, c'est à dire le plan médian- où se situent les 2 termes complémentaires issus du premier terme (le sommet pointe en haut n° 1) et produisant le dernier terme (le sommet pointe en bas n° 4).

 

 

Les 2 termes extrêmes du quaternaire sont l'un et l'autre, par leur nature intermédiaires entre les 2 autres. Ils unissent et concilient en eux les éléments du complémentarisme, mais l'un en tant que principe qui se différencie en termes 2 et 3, et l'autre en tant que résultante qui réunit les natures de 2 et 3.

 

Il faut ajouter encore ceci: deux termes complémentaires peuvent être, suivant les cas, en opposition horizontale (2 et 3) ou verticale (1 et 4). L'opposition horizontale est celle de 2 termes qui se situant à un même degré de réalité sont symétriques sous tout rapport. L'opposition verticale marque, au contraire une hiérarchisation entre les 2 termes, qui tout en étant symétriques, doivent cependant être considérés l'un comme supérieur, l'autre comme inférieur.                .
En effet l'Essence et la Substance sont respectivement le pôle supérieur et le pôle inférieur de la manifestation et l'on peut dire que l'une est proprement au-dessus et l'autre au-dessous de toute existence. D'ailleurs on les désigne par ciel et terre.

 

La manifestation se situe donc toute entière entre ces 2 pôles et il en est de même de l'homme qui, non seulement fait partie de cette manifestation, mais en constitue symboliquement le centre même et qui pour cette raison la synthétise dans son intégralité. Ainsi l'homme placé entre le ciel et la terre doit être envisagé comme la résultante de leur influences réciproques, et ensuite, par la double nature qu'il tient de l'un et de l'autre, il devient le terme médian ou médiateur qui les unit, en quelque sorte le pont qui va de l'un à l'autre. C'est l'aleph ou aspiration vers le ciel complété de dameth, la terre, c'est l'Adam étymologique!

 

Un point de rapprochement particulièrement remarquable entre la tradition extême-orientale (que je viens d'évoquer) et les traditions occidentales, est celui qui concerne le symbolisme du compas et de l'équerre qui correspondent manifestement au cercle et au carré, c'est à dire aux figures géométriques qui représentent respectivement le ciel et la terre.

 

                      .
Conformément à cette correspondance, dans notre symbolique, le compas est normalement placé en haut et l'équerre en bas.

 

Il est dit: qu'un M\ maç\ se retrouve toujours entre l'équerre et le compas, c'est-à-dire au lieu même de l'invariable milieu. Le M\ est par là assimilé à l'homme véritable, placé entre le ciel et la terre et exerçant la fonction de médiateur.

 

Pour être accompli, le F\M\doit donc, en se plaçant au cœur des deux polarités verticales et horizontales, ré-intégrer dans l'unité les dualismes de sa nature et se placer ainsi au milieu de la croix cosmique, ethnique, affective et psychologique.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

4 - Les Gants Blancs

 

 

 

 

 

O

 

 

n peut caractériser  une société traditionnelle par le fait que tous les individus de cette société s'y insèrent en une hiérarchie sociale harmonieuse qui permet de s'accomplir pleinement et de donner carrière aussi bien à l'exercice efficace d'un métier qu’à une réalisation spirituelle effective.

 

 

La F \M\est une société traditionnelle, elle a conservé ces deux aspects du perfectionnement et certains de ses rituels et symboles manifestent l'origine du métier de bâtisseur en même temps que les valeurs spirituelles sur lesquelles elle repose. Les gants sont un de ces symboles à la fois professionnels et gnostiques.

 

 

Dans l'histoire du costume, les gants sont, dans un premier temps, considérés comme symbole de déférence, de soumission, de loyauté en particulier. Dès les premiers temps du christianisme, il est d’usage de se déganter devant un supérieur. C'est une exigence que l’on retrouve tout au long des siècles : les juges royaux demeurent mains nues dans l’exercice de leurs fonctions, et on ôte ses gants pour entrer dans les Grandes et Petites Écuries du Roi-Soleil ; aujourd’hui encore, un homme se dégante pour serrer la main d’une femme. Se déganter est un acte de respect et on peut considérer que c'est sur ce registre que le F\M\ se dégante pour prêter ses serments.

 

 

C’est en acte de soumission que le gant est offert au roi, au Moyen âge, par ses villes vassales. Lors des cérémonies rituelles du couronnement en France, l’archevêque, en bénissant et en présentant une paire de gants au souverain, lui assure, par ce geste, possession de son domaine et loyauté de ses sujets.

 

 

En Occident, c’est vers le VIIe siècle que les gants deviennent des accessoires de luxe et donc de mode.

 

 

Les comptes d’Isabeau de Bavière mentionnent en 1408 des gants « brodés tout autour », Montaigne ne s’en serait pas plus passé que de sa chemise et Catherine de Médicis les offre en cadeau très apprécié aux dames de la cour ; ils sont alors en soie ou en cuir, si fins qu’ils peuvent être roulés dans une coque de noix, usage qui persistera encore au XIXe siècle, en Angleterre surtout, où la noix est pendue ostensiblement à la taille pour bien marquer la faveur royale. Henri III et ses mignons les affectionnent, pour la nuit, imprégnés de musc, ambre gris, civette et benjoin.

 

 

Laissons là les fioritures de l'histoire et revenons à nos gants blancs.

 

 

 

 

La première pensée qu'il me vient est que les gants blancs sont des masques de main.

 

 

Le directeur de la prison de la Force où était enfermé  Lacenaire en 1835 dit de son pensionnaire: «  ses actes comme sa personne étaient en contradiction perpétuelle, il était charitable et assassin, il aimait le sang et ses traits n'exprimaient que la douceur. Il n'était repoussant que par ses mains qu'il avait laides et difformes. C'est par là que j'avais deviné Lacenaire. Ainsi ce tigre cachait-il ses griffes sous ses gants. »

 

 

Que cachons nous sous nos gants ? Et bien je dirai que nous ne cachons pas, mais que nous essayons de dominer, comme avec la bavette remontée du tablier, nos pulsions les plus ténébreuses pour les tourner en lumière.

 

 

La tragédie antique masquait de blanc les acteurs. Cela permettait, outre l'identification cathartique aux personnages, la possibilité de laisser surgir le tragique c'est à dire de doubler les significations et les situations qui se rapportent à l'homme; mais à quel homme ? Ni à vous, ni à moi non plus, mais à l'homme en général, mais à une image de l'homme au centre de l'univers dramatique et c'est ce que l'on peut appeler une philosophie. Derrière le masque, qu'elle qu'en soit sa couleur, l'attitude ne réussit pourtant jamais à se dissimuler. Le blanc ne saurait suffire pour faire d'une main repliée dans son poing une main tendue. Eloge de la Caresse ! La main s'ouvre, déploie ses doigts vers le dehors. Mais lorsqu'elle atteint et rencontre le monde, objet ou sujet, chose ou être humain, les doigts ne se referment pas en un main-tenant, elles restent tendues, ouvertes. Ainsi la main se fait caresse. La caresse, comme je l'ai souvent évoqué sur la planche à tracer, s'oppose à la violence de la griffe. La caresse est un concept ou plutôt un anti-concept qu'Emmanuel Lévinas introduit en philosophie en 1947 dans son essai Le temps et l'autre. Ecoutons le: "La caresse est un mode d'être du sujet, où le sujet, le contact d'un autre va au-delà de ce contact. Le contact, en tant que sensation, fait partie de la lumière". On peut dire avec le philosophe Ouaknin que la caresse découvre une intention, une modalité de l'être qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, posséder ou connaître. La caresse n'est pas un savoir mais une expérience, une rencontre, la caresse n'est pas connaissance de l'être mais son respect.

 

 

La main gantée de blanc c'est une main qui ne peut être que caresse.

 

 

La réflexion sur les fonctions du rituel a été profondément marquée par Durkheim, qui, utilisant des variables à la fois psychologiques et sociologiques (les «sentiments collectifs»), y a vu des expressions symboliques de l’unité d’une société et de ses valeurs fondamentales, expressions par lesquelles les individus se représentent la société dont ils sont membres.

 

 

Remarquons que dans le clergé seuls les évêques, archevêques et papes portent des gants et seul le pape les porte blancs.

 

 

Les gants blancs lissent notre identité commune et nous devenons comme semblables aux groupes de personnes qui mettent aussi des gants blancs rituels.

 

 

Ce gant blanc était l'attribut des tailleurs de pierre dans la tradition du rite de Salomon. Il signifiait que celui qui le portait était innocent de tout crime. Respect du compagnon pour la vie!

 

 

 

 

 

 

Mais comment un app\ pourrait être coupable de ce qu'il ne peut pas même approcher ? Faut-il alors n'évoquer pour le blanc des gants que les qualités profanes de pureté, de rectitude dans les actions, de respect de la parole donnée?

 

 

D'un point de vue initiatique nous savons que le blanc, étant la synthèse des couleurs de l'arc en ciel, évoque la lumière spirituelle. Le blanc, couleur initiatique, devient la couleur de la grâce de la transfiguration qui éblouit, éveillant l'entendement. Aux premiers temps du christianisme le baptême se nommait illumination. Et c'était après qu'il eut prononcé ses vœux que le nouveau chrétien, né à la vie véritable, endossait, selon les termes du  Pseudo-Denys, des habits d'une éclatante blancheur, car, ajoute l'Aréopagite, échappant par une ferme et divine constance aux attaques des passions et aspirant avec ardeur à l'unité, ce qu'il avait de déréglé entre dans l'ordre, ce qu'il avait de défectueux s'embellit et il resplendit de toute la lumière d'une pure et sainte vie. Ne sourions pas trop car cela peut aussi s'appeler le perfectionnement de l'être, mais c'est la perfection qui reste à définir.

 

 

Le rituel est à considérer comme une sorte de code linguistique qui permet de découvrir, au-delà de la signification littérale des actes et croyances, leur signification « plus profonde»: les rituels sont des «énoncés symboliques sur l’ordre social », sur les valeurs fondamentales d’une société, des énoncés non analysables en termes rationnels, car ils se mesurent d’après d’autres standards et appartiennent à des registres cognitifs différents.

 

 

Les saint-cyriens en tenue d'apparat portent des gants blancs, symboles du savoir-vivre qui est savoir mourir, symboles d’une certaine société où honneur et panache sont inséparables.

 

 

Dans la tradition compagnonnique, le compagnon fini recevait avec ses gants de travail une autre paire de gants blancs, surnommée la clandestine parce qu'il la remettait à la femme de son choix qui n'était justement pas toujours sa femme légitime! La F \M\ masculine reprendra cette tradition dès l'initiation. Combien de mères, d'épouses, de sœurs ou d'amante reçurent cette manifestation d'Amour. Goethe en offrant à Mme de Staël cette seconde paire de gants en dira : C'est la seule chose qu'un homme puisse n'offrir qu'une fois dans sa vie.

 

 

La F \M\ se gante de blanc, pour toutes ces raisons peut-être et  pour que les mains, en palpant ce qui est extérieur, captent, par leurs prédispositions d'antennes, la lumière de nos loges bleues.

 

 

Les gants liturgiques, et les nôtres puisqu'ils appartiennent aux rituels, ces gants furent toujours à doigtiers distincts et non des mitaines. Chaque doigt relevant d'une symbolique planétaire particulière se devait en effet de conserver son indépendance pour laisser agir son rayonnement propre, son énergie et pour mémoire je vous rappellerai : Vénus en pouce, Jupiter en index, Saturne pour le médium, le Soleil avec l'annulaire et Mercure, le petit messager, à l'auriculaire.

 

 

Permettez moi une remarque sur la possibilité de pouvoir opposer le pouce à chacun des autres doigts. Voyez ! Le pouce aligné avec le reste de la main donne au salut une connotation qui vaut tout aussi bien, je devrais dire aussi mal,  celle où le pouce disparaît dans la paume.

 

 

Le pouce à l'équerre nous préserve de la forme des totalitarismes.

 

 

 

 

Je retourne ma main, comme un miroir, j'y vois dans les doigts écartés, les cinq points de l'étoile flamboyante dans la lumière indéfinissable de l'électrum des anciens.

 

 

Léonard de Vinci a placé à l'entrée de son labyrinthe un gant de Notre Dame surnommé aussi églantine, fleur blanche à 5 éperons. Cette plante est connue des herboristes pour la guérison des maux d'yeux et pour l'amplification de la vision qu'elle procure. Quand le toucher devient délicatesse et tact, alors la vue devient vision et intuition, l'ouïe permet l'entendement de la voie intérieure, le goût l'appréciation des valeurs spirituelles et l'odorat unit l'intelligence au savoir.

 

 

 

 

Mettre des gants blancs, c'est glisser sa main dans un athanor qui alchimise l'homme en être fraternel. Etre frère c'est avoir la même origine, être fraternel, c'est considérer toute vie comme équivalente d'une autre. C'est dépasser ses différences pour ne retenir que ce qui nous est commun ou partageable, c'est accepter l'autre pour lui-même, c'est ne pas vouloir, par une sur-conscience diminuer l'autre pour se grandir. Avec mes gants blancs, je demeure moi-même, l'autre me complète mais, à ses mains si semblables aux miennes, je n'oublie pas qu'il est aussi un peu de moi.

 

 

Parce que ganté de blanc, le F\M\n'est ni pouvoir ni violence mais fraternité; parce qu'il n'est pas fusion mais relation, il se dégage d'une assemblée de F\M\une impression d'apaisement et de sérénité. On ne peut manquer d'associer les gants blancs avec le niveau du 1er surv\ dans l'analogie de leur symbolique. Le gant, le niveau nous invitent à inventer une reliance avec les autres.

 

 

 

 

Il s'agit de vivre une fraternité organique fondée sur les vérités humaines, de fonder une communauté qui ne repose plus sur le combat pour le pouvoir ni sur la volonté de primer mais sur la joie d'être et l'exaltation des modalités généreuses de l'être. Dès lors que Walt Disney entrera en F\M\, le personnage Mickey sera complété avec des gants blancs qui lui assureront une définitive image de gentillesse.

 

 

 Se recouvrir la chair par des gants de spiritualité c'est affirmer vouloir à la fois se protéger et protéger les autres des influences néfastes, que ce soit celles de notre nature ou celles des énergies et matières manipulées lors de cérémonies rituelles.

 

 

C'est aussi utiliser un objet pour fixer  la conscience sur les exigences de "chair spirituelle" comprises par son interprétation symbolique.

 

 

Connaître, c'est participer de l'objet connu, dit Corbin.

 

 

Le port des gants est le message apparent du passage du F\M\ à un autre plan d'être. Alors, faut-il permettre, par courtoisie, pour le confort de mieux tourner ses pages, faut-il permettre aux F\et S\qui se présentent au plateau de l'Orat\ de quitter leurs gants au moment où ils s'expriment sur la planche qui trace les plans du chantier sur lequel se bâtit le temple ? Est ce qu'ils seraient autorisés à quitter leur tablier pour des raison de confort ?

 

 

 

 

Pour nous c'est justement le temps des symboles et nous ne saurions accorder de quitter ce qui nous protège tous et qui nous indique ainsi la voie de la matière spirituelle.

 

 

 

 

Et c'est dans la chaîne d'union, parce qu'en enlaçant nos mains, nous ouvrons aussi nos cœurs, que se quittera l'objet de la conscience, symbole intériorisé par l'égrégore et qui  est devenu vivant dans la chair qui est le soufre, qui retient et fixe enfin l'esprit qui est le mercure. L'athanor n'est plus utile, le F\M\ est devenu pierre philosophale.

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

3 - L’Androgynie

 

 

 

 

L

 

’ANDROGYNIE, on en trouve son expression dans la mémoire collective qui évoque les temps primordiaux et qui sous forme de récits rapporte par différentes légendes ou mythes l'idée que les puissances originelles, celles qui sont avant toute chose et par lesquelles adviennent toute chose, doivent avoir un caractère androgynique

 

Les récits mettent en jeu des représentations à l'intérieur desquelles la conscience et surtout l'inconscient du primitif des premières civilisations projettent ses désirs élémentaires ou ses questionnements. Il apparaît que l'androgynie est un  archétype, une image primordiale universellement répandue, lié aux commencements mythiques.

 

Ainsi de façon générale tant pour l'animisme que pour les polythéismes, des êtres surnaturels, ceux qui œuvrent tumultueusement à la genèse et à l'ordre du monde, ceux-là semblent affectés de détermination sexuelle ambivalente. Tout se passe comme si l'androgynie était associée à des puissances exceptionnelles, comme si elle régissait le fonctionnement des titanesques processus démiurgiques.

 

A l'instar des Dieux, l'androgyne ne tend-il pas nécessairement vers l'immortalité ?

 

Il n'est pas douteux que le désir de l'abolition du temps, que le dépassement de l'usure des corps ne soit au cœur du désir de l'humanité. Une des clefs du salut telle qu'elle est proposée par l'alchimie est de retrouver en soi et dans sa relation au monde cette androgynie primordiale, par quoi se définit l'harmonie et aussi la victoire sur le temps.

 

 

Pour l'alchimiste, le monde est androgyne dans son principe non pas hermaphrodite mais androgyne d'une réunion en soi et d'une synthèse de tous les contraires.

 

Il s'agit de restaurer un isomorphisme entre le macrocosme et le microcosme, entre le soi et le moi. Ce symbole est à entendre comme un état de plénitude : l'androgyne perdure lui-même et en lui-même. A la limite il se substitue au devenir, échappe et touche à la mort terrestre aux confins des origines.

 

 

Mais si l'origine est fondamentalement cachée et si le commencement est cette émergence à la lumière de l'Univers, comment dans ce passage de l'origine au commencement, comment peut-on évoquer l'androgynie et quelle est  sa consistance ?   

 

Les gnoses nous proposent de scruter le mystère avec des yeux de feu, elles nous offrent des approches de la dramaturgie originelle. Par gnose, entendons, certaines connaissances de l'univers.

 

Elles ont en commun d'interpréter la création à partir d'un au-delà sur lequel nous sommes incapables d'en connaître le principe suprême et ce qu'il y a avant, CELA est nommé tantôt Abîme dans la gnose valentinienne, Aïn-sof (rien) dans la gnose hébraïque ou encore Mystère des Mystères dans la gnose ismaélienne.

 

Mais c'est bien à partir de cette inaccessibilité pour notre mental que prend naissance éternellement une hiérarchie ésotérique de la création sous forme d'un plérome. Le plérome c'est en quelque sorte une représentation imaginale des métamorphoses de tous les aspects de l'origine, de la Déité lorsque celle-ci est mise en relation avec le monde qui se crée à partir d'elle-même.

 

C'est une descente ontologique, c'est-à-dire c'est une descente de Divin dans l'être, dans la chair de l'homme terrestre avec un nombre de degrés différents selon les gnoses.

 

Et ce qui descend, on dit aussi s'émane, se diversifie, c'est ce que nous appelons l'androgynie originelle.

 

 

Prenons un exemple : comment apparaît la création c'est-à-dire le commencement et en quoi est-il androgyne ?

 

 

Comme exemple, je vous propose le plérome hébraïque de l'arbre de vie, et en simplifiant à l'extrême on peut dire : le plérome est un symbole où sont figurés 10 séphiroth disposées dans un certain ordre et reliées entre elles par des sentiers. Ces représentations du rapport de la Divinité avec le cosmos sont disposées sur 3 colonnes verticales celle de la droite est dite masculine, celle de gauche féminine et celle du centre est celle de l'équilibre.

 

Une première séphira, sphère de manifestation, est placée plus haute que les autres sur le pilier du milieu.

 

Elle s'unit avec la deuxième séphira du pilier de droite qui elle-même s'unit sur le même plan à la troisième séphira sur le pilier de gauche formant ainsi un triangle dit triangle suprême. Cette triangulation issue du néant, de l'origine, est tout à fait particulière. C'est le commencement. C'est comme une phrase où l'idée serait en germe mais ne trouverait de réalisation que dans une phase ultérieure : une idéation de l'univers.

 

Kether, traduit par couronne, première séphira est placée donc au sommet, au commencement de la manifestation primordiale. Elle représente en quelque sorte la cristallisation primitive de ce qui jusqu'alors n'était pas manifesté et reste inconnaissable pour nous.

 

Il n'existe en Kéther aucune forme mais exclusivement de l'intention pure, quelle qu'elle puisse être : c'est une existence latente séparée par un degré de l'origine, du non-être ; de l'Aïn-sof.

 

 Cette séphira contient tout ce qui était, est, et sera. Elle est CELUI-QUI-EST.

 

C'est avec l'existence manifestée dans des paires d'opposés que cette unité prendra un sens accessible, mais dans Kéther il n'y a encore aucune différenciation. Elle perdure elle-même et en elle-même.

 

Ces différenciations qui nous la rendent intelligible apparaîtront seulement lorsque Chokmah et Binah, noms des deuxième et troisième séphiroth, auront été émanés. Kéther, c'est la monade existant sans attributs perceptibles mais les contenant tous cependant. Par là elle contient les potentialités de toutes choses. Nous ne pouvons définir Kéther, nous ne pouvons qu'y faire allusion. L'expérience spirituelle assignée à Kéther est dite l'Union avec DIEU: but et fin de toute expérience mystique ou alchimique.

 

On ne s'étonnera pas d'y localiser comme vertu celle de l'accomplissement, de l'achèvement du grand Oeuvre alchimique, le retour final.

 

Le point parce qu'il n'a pas de dimension lui est tout naturellement associé comme symbole référant. Mais on lui trouvera d'autres titres comme Existence des existences, le point primordial, le point dans le cercle, le macroposope initial, la lumière interne, LUI, la tête blanche et son archange est Métatron.

 

L'énergie de Kéther se déploie et ce dynamisme premier, ce point en mouvement trace une ligne qui va vers la deuxième séphira  Chokhmah : la sagesse.

 

 Cette expansion de force non organisée et non compensée serait plutôt une énergie incontrôlable : le grand stimulant de l'Univers. Mais il est impossible de la comprendre sans lui associer Binah troisième séphira de l'arbre et première séphira organisatrice et stabilisante, Binah : la compréhension.

 

Si les titres donnés à Chokmah sont Ab, le père suprême, tétragrammaton, IHWH, Yod du tétragramme (représenté souvent en français par la lettre J) et si les symboles qui lui sont rattachés sont le phallus, le lingam, la pierre qui tient debout, la tour, le bâton du pouvoir qui se dresse, on ne sera pas étonné de voir et d'entendre en Binah (l'entendement), IMA, la mère sombre ELOHIM, la brillante mère féconde, la grande mer, MARA, racine de MARIE et de la reconnaître dans la coupe, le calice, le Yoni, la robe extérieure de dissimulation (terme hindou et gnostique qui désignent les organes sexuels de la femme).

 

Ainsi Kéther est l'être pur, tout puissant mais non actif. Lorsqu'une activité en émane, que nous appelons Chokmah c'est un flot descendant d'activité pure qui est la force dynamique de l'Univers et qui se stabilise en Binah. Il prend alors forme en Binah. L'Unité de Kéther est une monade se donnant à voir dans deux séphiroth. Elles forment ainsi la triade suprême. L'unité du commencement sous ses deux aspects différenciés peut être représentée par un triangle : Kéther, Chokmah, Binah ; le Delta de notre temple est-il un triangle de cette sorte ?

 

Oui, je dirai même que nous avons cloué ici la triade suprême mais c'est aussi la monade pythagoricienne. Notre Delta c'est la consubstantialité de l'Esprit manifesté (l'énergie), de la matière (la forme) et de l'univers leur fils.

 

Il est placé du côté des mondes supérieurs c'est-à-dire pour nous à l'orient.

 

A l'autre extrémité, dans le monde de la formation, considéré comme inférieur parce que plus éloigné de l'origine,  il y a la même symbolisation. Sous un autre forme J\et B\représentent, dans la phase du monde de la dualité, les deux aspects différenciés mais séparés de l'unité idéale du Delta qui les contient en idéation où ils sont encore réunis dans la perfection androgyne.

 

On pourrait dire que depuis le sommet du Delta en passant par ses pointes basses, reliées aux colonnes du Temple, sont tracés les piliers de l'arbre de vie où les FF\et SS\sont à la fois les sphères de lumière et les sentiers par lesquels s'actualise la transcendance.

 

C'est une géographie sacrée que l'initié aura à remonter partant du seuil jusqu'à la couronne comme un Chevalier pour s'unir à sa Reine. A noter que sur l'arbre de vie, la première séphire en partant du bas, la dernière dans la manifestation est nommée Royaume.

 

Juste une parenthèse. Je lis "J'étais avant qu'il formât aucune créature. J'étais de toute éternité avant que la terre ne fut créée" et plus loin "J'étais avec lui et je réglais toutes choses". Dans ce texte il s'agit bien de l'essence des choses. Et bien ce texte est une épître qui est lue à la messe de l'Immaculée Conception.

 

Ce que l'on peut dire avec Fulcanelli, c'est que les litanies nous apprennent que la Vierge est le vase qui contient l'esprit des choses : "Vas Spirituale".

 

Marie, Vierge et Mère, représente donc la forme, elle est Binah. Elle est indiscutablement la matrice primitive, elle est la materia prima, elle est au commencement du Grand Oeuvre.

 

Et l'on sait que c'est en retournant dans le sein maternel qui les avait jadis formés que les métaux vulgaires se changent en métaux philosophiques, on dit qu'ils sont réincrudés, c'est-à-dire remis dans un état voisin de leur état de perfection originel; ils sont devenus vivants ou philosophiques.

 

N'est  ce pas là aussi un sens de notre passage par le cabinet de réflexion où, à l'issue d'un plongeon cosmogénétique, l'impétrant renaîtra fils de la Vierge , vivant et transmué. On pourrait dire adoubé.

 

Cependant, on peut remarquer que la présence de la forme est le début de la fin parce que la forme limite la vie, la gêne, tout en lui permettant de s'organiser ; on peut dire que la forme est la discipline de la force, elle l'est avec une rigueur sans merci.

 

Nous voyons ici un aspect terrible de la Grande Mère quant elle astreint l'énergie aux nécessités de la forme. Pour l'activité sans limites de l'énergie elle représente la mort. La force du 1 agonise sitôt qu'elle émane en 2. La matière est ainsi regardée comme l'antinomie de l'esprit.

 

 

Pour résumer : l'énergie et la matière sont des formes androgyniques, de l'unité qui dans le plérome hébraïque sont aussi considérées comme principe mâle et femelle.

 

Ces principes ne peuvent avoir qu'une coexistence dramaturgique où le principe féminin est source de vie mais aussi de mort pour le principe mâle ; de là à opposer la femme à l'homme n'est-ce pas un danger ?

 

Certes, mais l'androgyne originel n'est pas la dualité de l'hermaphrodite, ni celle des hybrides évoquée dans l'introduction.

 

C'est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création.

 

C'est une consubstantialité de l'unité regardée dans ses aspects différenciés mais c'est de l'unité dont il est toujours question. Ainsi dans la doctrine secrète de Blavatsky "dans un état absolu, l'unique principe sous ses 2 aspects d'idéation pré-cosmique (énergie) et de substance pré-cosmique (matière) est unisexuel, inconditionné et éternel. Son émanation est androgyne.

 

Quand ce rayonnement rayonne à son tour, tous ses rayonnements sont androgynes, mais deviennent des principes mâles et femelles dans leurs aspects inférieurs (création, formation)."

 

C'est ce que dit aussi Einstein "Je préfère regarder la matière et l'énergie non comme des facteurs produisant les mêmes degrés de courbure de l'univers mais comme des éléments de perception de cet univers". N'est ce pas ce que raconte aussi le triangle de Pythagore ?

 

Depuis l'origine, les mystères de la nature furent inscrits par les disciples au moyen de figures géométriques et symboles. Quelques uns de ces symboles furent apportés de l'Orient, par Pythagore, en particulier, qui n'était pourtant pas l'inventeur de son fameux triangle.

 

Cette figure de même que le cercle et le carré constituent des descriptions de l'ordre suivant lequel évolue l'Univers tant au point de vue spirituel que physique ; descriptions qui sont de véritables cosmogénèses révélées.

 

Ce que signifie le triangle pythagoricien, ce n'est pas l'unité de la divine essence, attendu que ceci était représenté par le plan du cercle sans limites.

 

Le triangle signifie la triple nature de la première substance différenciée ou la consubstantialité de l'Esprit manifesté, de la matière, et de l'Univers leur fils. Cette consubstantialité émane du point, le véritable Logos ésotérique qui dans le plan de la manifestation (du côté du commencement) est appelé monade (n'est-ce pas Kéther de l'arbre de vie ?).

 

Le point unique du haut du triangle est l'unité d'où tout procède et tout est de la même essence que lui. Le sommet Pythagoricien est dit le père, le côté gauche est la duade. La mère, en est le côté droit et représente le fils que l'on retrouve comme époux de la mère dans beaucoup de cosmogonies, le fils étant de même nature que le père. La base est l'univers, naturé en père-mère-fils, dans le monde phénoménal, et en même temps, unifiés dans le monde hypersensuel de l'unité.

 

Cette monade trinitaire que l'on pourrait nommer « ordo ab chao » est un triangle équilatéral.

 

Le sommet est le UN ; non pas le nombre mais l'unité qui est en contact avec le vide, l'Aïn-sof, le Mystère des Mystères (en ces temps le zéro n’était pas encore inventé). L'unité contient le 2 qui est le premier nombre parce qu'il faut qu'il y ait le 2 pour qu'il y ait soit augmentation, soit division, pour qu'il y ait autre chose et c'est ce quelque chose d'autre qui permet de dire que le 2 fonde le 1 qui alors se différencie de l'unité indénombrable.

 

Avec le 2, le 1 se sépare de l'unité. C'est dans la manifestation du commencement que le un devient un nombre.

 

 

Et tout naturellement on a envie de savoir si les nombres que l'on sait être tantôt masculins, tantôt féminins connaissent des états androgynes.

 

Les gnoses décrivent comment les mondes en création sont venus jusqu'à l'être inaugural et comment l'humanité est descendue dans le domaine de la NATURE. Par ailleurs il existe des enseignements tissés à travers des mythes et légendes, qui décrivent sous forme symbolique la méthode et les conditions par lesquelles l'initié peut retrouver son chemin de retour vers une terre promise édénique dont nous sommes issus.

 

Il est une oeuvre d'humanité qui est la pression exercée depuis des millénaires par d'innombrables hommes et femmes : ils forgent des civilisations pour la race humaine afin de la ramener vers la félicité des commencements.

 

 

On dit que le fond du Graal est un miroir où DIEU regarde DIEU; alors cette quête du Graal propose-t-elle des conditions permettant de retrouver cet état originel, androgyne et édénique où l'Homme regarderait l'Humain ?

 

 

Parce que il y a du  et dans l'androgynie inaugurale, la genèse nous propose, à partir de ce et, une catégorie de pensée.

 

Ce qui est proposé, ce n'est pas que Dieu existe ou pas; c'est qu'il faut qu'il y est du et pour qu'il y ait rapport de nature, sinon c'est le chaos, le magma.

 

Ce et nous dit de rendre le masculin et le féminin, le Moi et le Soi, l'individu et le collectif harmonisés dans une unité.

 

Il faut rigueur et miséricorde. Pour qu'il y ait du fils ou de la fille il faut qu'il y ait réellement père et mère,  ab et ima, sinon c'est le magma psychique, social, sans le et c'est  le délitement de la société.

 

C'est le barbarisme du polythéisme qui offre ses monstres qui ont nom viol, crime, inceste, élimination de l'autre. Quand il n'y a plus la conjonction, même quand il y a indifférence, il n'y a pas de réalité, il n 'y a que des humanités sans rapport de nature Humaine :

 

              il y a serbes ou bosniaques,

 

              il y a tutsis ou huttus,

 

              il y a nazis ou juifs ou tziganes.    

 

                                   

 

Il n’y a plus la présence de la transcendance humaine , qui est l'humanité dans la justice ou la bénévolence.

 

 

Cette conjonction, ce et de l'androgynie inaugurale, c'est la demande, faite à chacun de nous, de civiliser notre rapport au monde; de le fonder par notre relation à l'autre dans laquelle je puis dire "je est un autre" et pour conquérir cette civilisation c'est vouloir aimer son prochain comme soi-même . 

 

 

Alors le et de l'androgyne initié devient est ; c'est l'Etre sorti du Néant.

 

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