Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

6 - Le myste et le poste à galène

 

 

 

 

U

 

ne S\ m'a offert ce lundi une carte postale, reproduisant le tableau «  La Lecture  » de Fantin-Latour, où l'on voit deux femmes, vêtues de noir, assises dans un salon, dont l'une, brune, fait la lecture à l'autre, blonde.

 

Mais c'est l'illustration même du myste et du poste à galène lui dis-je! Elle me désigne alors la femme silencieuse et me dit: c'est elle l'app\ qui écoute, là est le M\ parce qu'elle enseigne en lisant. Et je lui répondis: Peut-être pas, le M\ doit aussi être à l'écoute de l'app\, on ne peut dire qui enseigne l'autre.

 

 

Ne pas cueillir le fruit qui veut mûrir encore,

 

Ecouter en patience.

 

Le M\ est parfois un guide pour l'app\

 

J'ai cheminé ainsi, quelque peu, avec l'app\ M.A. et de nos voyages au cœur des choses, je vous rapporte quelques feuillets de mon carnet.

 

 

C'était un jour de plein été. Il avait plu. Malgré l'averse tumultueuse, elle était venue et maintenant, sur le pas de porte, trempée, elle me regardait avec cet étonnement qui lui ouvre les yeux de ce sourire attentif qu'elle a chaque fois qu'elle me parle.

 

Salut, petit myste deviendra grand, pourvu que maître lui prête attention.

 

Tu n'étais pas obligée de te mouiller à ce point pour revivre ton initiation par l'eau, tu sais chez nous, on est délicat, le bout du doigt suffit. Tu t'en souviens ?

 

Elle entra dans mon après-midi avec son incessant questionnement et nous installa sans préambule dans nos échanges aussi avidement que d'habitude.

 

Cela suffit-il vraiment ? De toi à moi, alors cela voudrait dire qu'il ne s'agit pas d'une épreuve mais d'une ablution. On est loin d'épreuves dans l'eau à n'en plus pouvoir, d'immersion totale, de courants qui emportent jusqu'aux métaux, voire même dans le cas d'un petit bain de minuit en Afrique d'une traversée de rivière au milieu des crocodiles ou des piranhas. D'autres initiations imposent pourtant cette vérité de l'élément eau.

 

Ainsi Gérard de Nerval, dans le voyage en Orient, narre l'épreuve de l'eau lors de l'initiation d'Isis.

 

Au-delà se trouvait une rivière qu'il fallait traverser à la nage. A peine, le néophyte avait-il atteint le milieu, qu'une immense agitation des eaux, déterminée par le mouvement de 2 gigantesques, l'arrêtait et le repoussait. Au moment où ses forces allaient s'épuiser, il voyait paraître devant lui une échelle de fer qui semblait devoir le tirer du danger de périr dans l'eau. Ceci était la 3ème épreuve.

 

A mesure que l'initié posait un pied sur un échelon, celui qu'il venait de quitter se détachait et tombait dans le fleuve. Cette situation pénible se doublait d'un vent violent qui faisait trembler l'échelle et le patient à la fois.

 

Le danger et le bien-être, la paix et l'effroi, l'inconnu face auquel on se mesure nous sont donc épargnés. Est-ce à un ramollissement de nos mœurs que je dois d'être indemne ?

 

Notre rapport aux éléments, à l'eau comme à l'air, au feu, à la terre, lors de l'initiation est de nature spéculative. Cela nous donne la possibilité de nous éviter les vraies confrontations entre nous, nous-mêmes et le cosmos. On parle, on bavarde, on raconte, on se raconte. On ouvre aujourd'hui le transistor sur radio- énergie sans pour autant se revivifier. Autrefois il y avait un risque réel à se brancher sur certaines stations "Ici Londres". Je ne te parle même pas du temps où Abraham ou Moïse se connectaient directement avec radio-Adonaï. Les bienheureux ! Pour eux comme pour leurs amis du moment, de tels contacts étaient bouleversants et chaque fois il y avait un avant et un après la parole entendue. Entre le bruit et le message, il y a ta conscience à l'écoute qui en fait la différence. Cela dit, l'ablution du bout des doigts n'est pas pour me gêner. On peut toujours agir après s'être interrogé sur une signification symbolique.

 

Demande à notre F\G. avec sa spéléologie, à ceux qui font du raft, ceux qui s'abreuvent d'un peu d'eau dans le désert.                  
D'ailleurs je préfère notre rite à celui du baptême…l'ablution du bout des doigts, cela signifie aussi ta corporéité et cela dit que les mains, en palpant ce qui est extérieur au corps, captent par leur prédisposition la souillure, mais aussi la purification. Elles sont comme des antennes.

 

Les tremper dans l'eau, c'est faire reconnaître à l'impétrant son désir de pureté, sa volonté de pureté en venant vers la F \M, mais aussi la nécessité de cette pureté.

 

Encore faudrait-il définir ce mot. Regarde !  Je pose mes mains sur les tiennes. Suis-je souillée ou purifiée par ce contact et toi?

 

Je dirai en tout cas que c'est bon, que je me sens attachée par un lien d'affection, le problème n'est pas la pureté mais l'élan vers ce qui me paraît   être le bien.

 

Au fait, après mon initiation, le soir même, en salle humide, j'ai vu des décors maç\ à vendre sur lesquels sont brodés des lettres et des symboles. J'interrogeais une S\ ou un F\sur la signification du M\ et du B\ et sur les autres figures géométriques que l'on retrouve sur les tabliers des M\ en loge. On me dit alors: ce n'est pas de ton grade ! Je me suis sentie exclue par ce silence abrupt sur une question qui, a priori, ne semblait pas inopportune, dans la mesure où cela m'est donné à voir. Que veulent dire M\B\ ?

 

Puisque tu sembles connaître le voyage en orient de Nerval, cela t'est totalement développé dans les nuits du Ramazan. Mais tu n'as pu associer les explications avec ces lettres, car tu ne sais encore à quelle circonstance exacte elles se réfèrent. C'est le problème de la dissimulation du sens. Le langage voilé t'est annoncé dès le début de ton initiation: Ici tout est symbole. Paraboles, allégories, mythes, rites, figures, cérémonies sont donnés ouvertement à lire mais surtout à déchiffrer.

 

Supposons que je te donne ma lecture d'un mystère, avec ma respiration, ma tonalité, mon histoire. Ce que je te donne à comprendre, c'est mon interprétation, donc c'est moi que je te donne à interpréter. Exit l'objet de ta question, bonjour, à travers le plaisir de montrer que l'on en sait un peu plus, l'égotisme ! Allons plus loin. Supposons que je puisse te donner une explication purifiée de moi-même, sans que je m'y projette, que crois-tu que tu obtiendrais ? Une coïncidence du signifié et du signifiant, du mot et du sens. Non mon myste ! Car les mystères enfouis ne sont pas dissimulés derrière un petit cache-secret. Il y a entre eux et nous les voiles de notre être qui créent une opacité qui nous est propre. En somme à chacun sa myopie sur la vérité à travers les lunettes de sa réalité.

 

Le même mystère, vu par chacune de nous deux, c'est comme un jardin suspendu, en dessous, au milieu, au-dessus duquel on se  promènerait. Chaque terrasse, pour qui se déplacerait, par effet de perspective, offre certaine images, mais revue de la terrasse supérieure procure de nouvelles révélations, de sens parfois opposé, et chaque degré du même jardin parle ainsi plusieurs langues différentes au même moment. Moi je ne puis te transmettre que ce qui s'exprime et ce que je vois ici te maintenant. Mais tu prennes un risque, celui de ne voir le jardin que d'un point de vue. Ce serait dommage que je rétrécisse ton monde, le monde à un petit taillis.

 

Et maintenant voici ma réponse à ta question.

 

Que dirais-tu à un profane qui te demanderait de lui expliquer ce que signifie le B\ qui est sur l'une de nos Col\, te le montrant sur une gravure allégorique, comme on en faisait autour de 1789 ?

 

Je lui répondrai bonbon, Bernachon (chocolatier lyonnais), bijou, baba au rhum, bichon, bonjour, bisous, tout plein de mots très doux et très sucrés. Ce serait tout de même dire, sans le lui dire, mon plaisir d'être un app\ F\M\

 

Tu vois comme c'est simple. Tu as répondu à ta propre question.

 

Avec sa gourmandise de comprendre elle insista.

 

Explique moi alors comment chercher où avancer vers ce que veulent dire M\B\ placés sur les tablier des M\

 

Et parce qu'une question ne doit pas rester sans réponse, mais parce qu'une question doit aussi être un questionnement, je tentai une autre approche.

 

Selon les rituels, on prononce les mots correspondant à ces initiales de manière différente mais cela évoque de toute façon le sens même du passage à la maîtrise, c'est à dire que ces lettres indiquent les voies mystérieuses par lesquelles l'homme peut s'alchimiser en initié. En tant qu'app\, il apprend à naître, en tant que comp\, il apprend à vivre et en tant que M\ il apprend à mourir. Avoues cela n'aurait aucun sens que je te montre ces voies aujourd'hui. C'est comme si tu vivais ta cérémonie d'initiation en ma seule présence. Je ne puis faire office de loge. Il faut 7 M\ pour qu'elle soit juste et parfaite.

 

 

A moi seule, je ne puis te guider vers tout ce que tu dois attendre de vivre dans nos ateliers, surtout à travers le rituel et le temple tout entier.

 

 

En attendant, cherche la signification ontologique de la croix, l'énigme des hexagrammes di Yi-king, la cosmogonie hébraïque cachée dans l'arbre des séphiroth et d'autres chemins encore de connaissance. Les gnoses ont une convergence qui va dans le même sens que les  lettres M\B\

 

Je lui indiquai alors quelques ouvrages, ardus certes, mais qui avaient fait palpiter un peu plus fort le cœur de ma pierre. Mais surtout je lui évoquais mes rencontres avec des êtres très forts et très libres.

 

Qu'ont-ils en commun ? Ce qu'ils ont en commun, c'est qu'ils me semblent ouverts sur un monde plus infini que le mien. Ils sont capables de voyager, entre blanc et noir sur le fil bleu, comme dans un espace illimité. Ils m'ont donné des clefs, mais je ne peux te raconter quelles portes je tente d'ouvrir avec elles. C'est encore trop intime, pas suffisamment mûri, pour que je puisse te restituer quoique que ce soit. Mais, cela travaille en moi, agit, m'agite vers ce que je sens confusément comme une très grande force de plus de sérénité, de moins de contingences, de plus de vérité de moi-même.

 

Je me tus quelques instants pour me mesurer à l'aulne de mes ignorances, de mes incapacités, sentant bien que le véritable apprentissage était encore à venir. Je me justifiai à haute voix.

 

Trop de social, trop de psychologique, trop d'égarements et de sollicitations du quotidien. Je crois qu'il y a des castes qui nous emprisonnent dans leur propre logique, comme des corporations psycho-socio-économico-intellectuelles. Tu vois, c'est facile d'être hypocrite, c'est plus difficile de jouer les existentialistes, enfin je veux dire d'être vraiment libre. Il faut tant de courage, tant d'effort. La liberté, cela se mérite probablement; même si on n'a pas tous le même prix à payer pour l'actualiser à chaque instant de sa vie.

 

 

Comme à chaque fois que je l'obligeais par mes questions ou mes réponses, qui n'en étaient pas, à répondre à ses questionnements, je sentis en ma jeune amie se revivifier son impatiente curiosité et son plaisir de se sentir avancer vers un exhaussement de sa pensée. En mon for intérieur, je la remerciais de m'enseigner à mon tour.

 

Elle m'offrait, au niveau de ses interrogations critiques, un sens de la diversité et de la relativité, une difficulté et une précarité qui m'obligeaient à me chercher moi-même au-delà des réponses et de trouver pour nous deux une convergence supérieure.

 

Si je te dis, poursuivais-je: on ne mesure les hommes qu'après leur mort, cela peut vouloir dire que l'on ne prend les mesures pour le cercueil que sur les cadavres. Mais cela peut prendre, bien évidemment, d'autres significations. A nous de les inventer au sens de devenir, trouver, créer. C'est une interprétation par rapport à toi, par rapport à la nécessité de tes questions. C'est cela le symbolisme: la création d'un monde, le tien, au-dessus du monde et où tout est symbole mais qui découvre ta réalité profonde. Le symbole ne doit pas être recherché seulement dans sa signification; il doit l'être dans son pouvoir.

 

Le symbole informatif, le symbole inspirateur, le symbole intercesseur, le symbole magique et l'objet de manipulation, le symbole articulant les significations, le symbole participatif, le symbole inspiré, le symbole questionnant. Dire qu'en loge, tout est symbole, c'est affirmer que la liberté de pensée accordée à chacun est le fondement de l'Ordre Maçonnique et que cette relativisation résolue du sens  conduit forcément à la tolérance.

 

Le symbolisme te permet de travailler à ta mesure pour aller vers ta liberté irréductible, celle dont les jugements, la conscience d'être, la vertu se situe au-delà de la multitude des conditionnements.

 

Devenir ce que l'on est. C'est ainsi que les ésotéristes parlent. Mais on ne devient ce que l'on est qu'en étant ce que l'on devient. Autrement dit, tu es une actualisation constante de toi-même. Une liberté qui se refuse ou qui agit, un devenir en germe de lui-même, un effort dans cet engagement vis à vis de toi seule, une persistance de cet effort. Cet engagement, que tu as voulu maç\, implique un certain nombre d'exigences et il n'est pas sans risque.  Car se faire F\M\, c'est se mettre en questions.

 

 

C'est en fait s'interroger pour voir les choses autrement qu'on les avait vues, c'est essayer de vivre autrement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors. Il te faut pouvoir renoncer au réconfort de l'opinion, au soutien de l'imitation, au secours de l'approbation.

 

Cet appareil doit cesser d'être suffisant pour le F\M\ L'initiation maç\, c'est l'apprentissage de l'autonomie, c'est l'appel de la liberté auquel ta vie toute entière sera la réponse. Tu t'es engagée pour prouver ta liberté, cette lente conquête de toi-même, par toi. C'est aussi cela devenir F\M\

 

Je sentis son désarroi devant l'amplitude de l'effort demandé; je n'étais pas moi-même un exemple. La légèreté de son être avait mal, la mienne un peu moins par manque de modestie sans doute. Ô ma petite S\ courage, tu te repris vite, sautant sur des mots dont tu ne soupçonnais pas encore la puissance.

 

Puisque la mort acceptera tous les gestes de vivre, le premier cadeau que je lui consens, je le lui ai déjà fait. Je suis morte avec plaisir sous le bandeau-linceul, mais je vais gaver la mort jusqu'à l'écoeurer de mes re-naissances incessantes, jusqu'à n'être que l'image de l'instant face à l'éternité.

 

Elle était, tout soudain, devenu grave. Ses propres mots lui résonnaient comme des symboles vivants. Je sentais en elle que les bonbons et autres friandises de sa col\ n'étaient plus qu'espiègleries vite dépassées. Elle avait envie de se forger une réflexion pour se tracer son chemin vers plus d'intensité et de présence à elle-même.

 

La maç\, quand tu en parles, c'est comme cela que je l'espérais. C'est à dire, c'est comme des mystères que je savais exister, que j'avais oubliés et que je sentais comme devant les découvrir ou redécouvrir.

 

Les symboles que je connaissais étaient ceux de la psychanalyse. Ils me paraissent tout à la fois semblables et différents de ceux de la maç\ Ceux de l'analyse sont réparateurs, ils servent à réparer, à reprendre des choses d'un passé personnel pour pouvoir vivre avec soi-même. Ceux de la maç\sont moins nombrilistes, plus tournés vers les autres, dans lesquels je me reconnais, ils ne sont pas seulement tournés sur notre propre histoire (pas toujours propre  justement).  Mais ils vont bien ensemble.

 

La F \Maç\ est une espèce de science où l'on va à l'essentiel, que l'on aurait débarrassé de l'inutile et qui aboutirait à cette pureté d'une pierre taillée. C'est comme si je voulais me débarrasser, dans une phrase des adjectifs, des adverbes,, des articles pour n'avoir plus que le verbe. Pas commode de communiquer après cela, et pourtant, le copte égyptien avait dû procéder ainsi, cela ne l'a pas empêché de transmettre des explications du monde; mais c'est vrai que l'on ne sait pas encore les interpréter. Les symboles, c'est un concentré de choses essentielles, ils sont à tout le monde, mais on ne peut les prendre qu'avec sa vérité.

 

Et puis la Maç \, par les outils qu'elle m'apprend à utiliser, c'est une école du comportement. Par exemple : je ne supporte pas le mépris que certains ont pour les autres, n'importe quel autre. L'agressivité, qui était ma réponse habituelle pour dénoncer ce genre de situation, ne me satisfait plus. Je ressens ce besoin de tolérance comme nouvelle réponse de ma propre liberté maîtrisée, tolérance qui sait être ferme, sans concession, mais argumentée du poids de ma propre consistance. Mon attente est une espérance.

 

 Lorsque je questionne, je n'aime rien tant que de recevoir des réponses qui cheminent en moi. Alors dis moi…

 

Il y eut une joie profonde  de nous partager et de nous renouer autour de nos échanges de questions. Nous avons ainsi paré le temps de la fleur de nos âmes tout le reste de l'après-midi. Longtemps après la nuit tombée, quand elle me quitta, à minuit, nous étions encore enveloppées des fils tissés dans notre soritude. En se refermant, la porte fit ce bruit qui fait un fruit qui tombe de l'arbre. Sa graine porte en lui l'espoir de devenir à son tour un arbre.

 

 

Ah au fait! La galène, dans les postes à galène, c'est un métalloïde qui a comme propriétés de redresser des courants ondulatoires de haute fréquence, captés par l'antenne de réception, pour les rendre audibles.

 

Repost 0
Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
commenter cet article
1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

5 – « 2 fois 3 = 4 »

 

 

 

N

 

otre attention peut se porter sur les différents genres du ternaire. Si trois termes peuvent se regrouper suivant des rapports très divers, il en est deux de ces genres qui nous enseignent et nous font mieux analyser les symboles porteurs du sens de l'ordre cosmique.

 

L'un des ces genres est celui où le ternaire est constitué par un principe premier (au moins au sens relatif) dont dérivent 2 termes opposés ou plutôt complémentaires (non duels mais duals). Car là même où l'opposition est dans les apparences et a sa raison d'être à un certain niveau ou dans un certain domaine, le complémentaire répond toujours à un point de vue plus profond, donc plus conforme à la nature réelle de ce dont il s'agit. Ce premier genre pourrait être représenté par un triangle pointe en haut. L'autre genre est celui où le ternaire est formé de 2 termes complémentaires et de leur produit ou résultante. Ce ternaire pourrait être représenté par un triangle pointe en bas.

 

Si l'on compare ces 2 triangles, le second apparaît comme le reflet du premier, ce qui indique qu'entre ces ternaires, il y a analogie. Ces 2 triangles peuvent être regardés comme ayant le même base et si on les figure unis par cette base commune, on voit d'abord que l'ensemble forme un quaternaire (quatre termes distincts). Il y a symétrie verticale des sommets, le plan de  réflexion, réflexion étant la base, c'est à dire le plan médian- où se situent les 2 termes complémentaires issus du premier terme (le sommet pointe en haut n° 1) et produisant le dernier terme (le sommet pointe en bas n° 4).

 

 

Les 2 termes extrêmes du quaternaire sont l'un et l'autre, par leur nature intermédiaires entre les 2 autres. Ils unissent et concilient en eux les éléments du complémentarisme, mais l'un en tant que principe qui se différencie en termes 2 et 3, et l'autre en tant que résultante qui réunit les natures de 2 et 3.

 

Il faut ajouter encore ceci: deux termes complémentaires peuvent être, suivant les cas, en opposition horizontale (2 et 3) ou verticale (1 et 4). L'opposition horizontale est celle de 2 termes qui se situant à un même degré de réalité sont symétriques sous tout rapport. L'opposition verticale marque, au contraire une hiérarchisation entre les 2 termes, qui tout en étant symétriques, doivent cependant être considérés l'un comme supérieur, l'autre comme inférieur.                .
En effet l'Essence et la Substance sont respectivement le pôle supérieur et le pôle inférieur de la manifestation et l'on peut dire que l'une est proprement au-dessus et l'autre au-dessous de toute existence. D'ailleurs on les désigne par ciel et terre.

 

La manifestation se situe donc toute entière entre ces 2 pôles et il en est de même de l'homme qui, non seulement fait partie de cette manifestation, mais en constitue symboliquement le centre même et qui pour cette raison la synthétise dans son intégralité. Ainsi l'homme placé entre le ciel et la terre doit être envisagé comme la résultante de leur influences réciproques, et ensuite, par la double nature qu'il tient de l'un et de l'autre, il devient le terme médian ou médiateur qui les unit, en quelque sorte le pont qui va de l'un à l'autre. C'est l'aleph ou aspiration vers le ciel complété de dameth, la terre, c'est l'Adam étymologique!

 

Un point de rapprochement particulièrement remarquable entre la tradition extême-orientale (que je viens d'évoquer) et les traditions occidentales, est celui qui concerne le symbolisme du compas et de l'équerre qui correspondent manifestement au cercle et au carré, c'est à dire aux figures géométriques qui représentent respectivement le ciel et la terre.

 

                      .
Conformément à cette correspondance, dans notre symbolique, le compas est normalement placé en haut et l'équerre en bas.

 

Il est dit: qu'un M\ maç\ se retrouve toujours entre l'équerre et le compas, c'est-à-dire au lieu même de l'invariable milieu. Le M\ est par là assimilé à l'homme véritable, placé entre le ciel et la terre et exerçant la fonction de médiateur.

 

Pour être accompli, le F\M\doit donc, en se plaçant au cœur des deux polarités verticales et horizontales, ré-intégrer dans l'unité les dualismes de sa nature et se placer ainsi au milieu de la croix cosmique, ethnique, affective et psychologique.

 

Repost 0
Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
commenter cet article
1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

4 - Les Gants Blancs

 

 

 

 

 

O

 

 

n peut caractériser  une société traditionnelle par le fait que tous les individus de cette société s'y insèrent en une hiérarchie sociale harmonieuse qui permet de s'accomplir pleinement et de donner carrière aussi bien à l'exercice efficace d'un métier qu’à une réalisation spirituelle effective.

 

 

La F \M\est une société traditionnelle, elle a conservé ces deux aspects du perfectionnement et certains de ses rituels et symboles manifestent l'origine du métier de bâtisseur en même temps que les valeurs spirituelles sur lesquelles elle repose. Les gants sont un de ces symboles à la fois professionnels et gnostiques.

 

 

Dans l'histoire du costume, les gants sont, dans un premier temps, considérés comme symbole de déférence, de soumission, de loyauté en particulier. Dès les premiers temps du christianisme, il est d’usage de se déganter devant un supérieur. C'est une exigence que l’on retrouve tout au long des siècles : les juges royaux demeurent mains nues dans l’exercice de leurs fonctions, et on ôte ses gants pour entrer dans les Grandes et Petites Écuries du Roi-Soleil ; aujourd’hui encore, un homme se dégante pour serrer la main d’une femme. Se déganter est un acte de respect et on peut considérer que c'est sur ce registre que le F\M\ se dégante pour prêter ses serments.

 

 

C’est en acte de soumission que le gant est offert au roi, au Moyen âge, par ses villes vassales. Lors des cérémonies rituelles du couronnement en France, l’archevêque, en bénissant et en présentant une paire de gants au souverain, lui assure, par ce geste, possession de son domaine et loyauté de ses sujets.

 

 

En Occident, c’est vers le VIIe siècle que les gants deviennent des accessoires de luxe et donc de mode.

 

 

Les comptes d’Isabeau de Bavière mentionnent en 1408 des gants « brodés tout autour », Montaigne ne s’en serait pas plus passé que de sa chemise et Catherine de Médicis les offre en cadeau très apprécié aux dames de la cour ; ils sont alors en soie ou en cuir, si fins qu’ils peuvent être roulés dans une coque de noix, usage qui persistera encore au XIXe siècle, en Angleterre surtout, où la noix est pendue ostensiblement à la taille pour bien marquer la faveur royale. Henri III et ses mignons les affectionnent, pour la nuit, imprégnés de musc, ambre gris, civette et benjoin.

 

 

Laissons là les fioritures de l'histoire et revenons à nos gants blancs.

 

 

 

 

La première pensée qu'il me vient est que les gants blancs sont des masques de main.

 

 

Le directeur de la prison de la Force où était enfermé  Lacenaire en 1835 dit de son pensionnaire: «  ses actes comme sa personne étaient en contradiction perpétuelle, il était charitable et assassin, il aimait le sang et ses traits n'exprimaient que la douceur. Il n'était repoussant que par ses mains qu'il avait laides et difformes. C'est par là que j'avais deviné Lacenaire. Ainsi ce tigre cachait-il ses griffes sous ses gants. »

 

 

Que cachons nous sous nos gants ? Et bien je dirai que nous ne cachons pas, mais que nous essayons de dominer, comme avec la bavette remontée du tablier, nos pulsions les plus ténébreuses pour les tourner en lumière.

 

 

La tragédie antique masquait de blanc les acteurs. Cela permettait, outre l'identification cathartique aux personnages, la possibilité de laisser surgir le tragique c'est à dire de doubler les significations et les situations qui se rapportent à l'homme; mais à quel homme ? Ni à vous, ni à moi non plus, mais à l'homme en général, mais à une image de l'homme au centre de l'univers dramatique et c'est ce que l'on peut appeler une philosophie. Derrière le masque, qu'elle qu'en soit sa couleur, l'attitude ne réussit pourtant jamais à se dissimuler. Le blanc ne saurait suffire pour faire d'une main repliée dans son poing une main tendue. Eloge de la Caresse ! La main s'ouvre, déploie ses doigts vers le dehors. Mais lorsqu'elle atteint et rencontre le monde, objet ou sujet, chose ou être humain, les doigts ne se referment pas en un main-tenant, elles restent tendues, ouvertes. Ainsi la main se fait caresse. La caresse, comme je l'ai souvent évoqué sur la planche à tracer, s'oppose à la violence de la griffe. La caresse est un concept ou plutôt un anti-concept qu'Emmanuel Lévinas introduit en philosophie en 1947 dans son essai Le temps et l'autre. Ecoutons le: "La caresse est un mode d'être du sujet, où le sujet, le contact d'un autre va au-delà de ce contact. Le contact, en tant que sensation, fait partie de la lumière". On peut dire avec le philosophe Ouaknin que la caresse découvre une intention, une modalité de l'être qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, posséder ou connaître. La caresse n'est pas un savoir mais une expérience, une rencontre, la caresse n'est pas connaissance de l'être mais son respect.

 

 

La main gantée de blanc c'est une main qui ne peut être que caresse.

 

 

La réflexion sur les fonctions du rituel a été profondément marquée par Durkheim, qui, utilisant des variables à la fois psychologiques et sociologiques (les «sentiments collectifs»), y a vu des expressions symboliques de l’unité d’une société et de ses valeurs fondamentales, expressions par lesquelles les individus se représentent la société dont ils sont membres.

 

 

Remarquons que dans le clergé seuls les évêques, archevêques et papes portent des gants et seul le pape les porte blancs.

 

 

Les gants blancs lissent notre identité commune et nous devenons comme semblables aux groupes de personnes qui mettent aussi des gants blancs rituels.

 

 

Ce gant blanc était l'attribut des tailleurs de pierre dans la tradition du rite de Salomon. Il signifiait que celui qui le portait était innocent de tout crime. Respect du compagnon pour la vie!

 

 

 

 

 

 

Mais comment un app\ pourrait être coupable de ce qu'il ne peut pas même approcher ? Faut-il alors n'évoquer pour le blanc des gants que les qualités profanes de pureté, de rectitude dans les actions, de respect de la parole donnée?

 

 

D'un point de vue initiatique nous savons que le blanc, étant la synthèse des couleurs de l'arc en ciel, évoque la lumière spirituelle. Le blanc, couleur initiatique, devient la couleur de la grâce de la transfiguration qui éblouit, éveillant l'entendement. Aux premiers temps du christianisme le baptême se nommait illumination. Et c'était après qu'il eut prononcé ses vœux que le nouveau chrétien, né à la vie véritable, endossait, selon les termes du  Pseudo-Denys, des habits d'une éclatante blancheur, car, ajoute l'Aréopagite, échappant par une ferme et divine constance aux attaques des passions et aspirant avec ardeur à l'unité, ce qu'il avait de déréglé entre dans l'ordre, ce qu'il avait de défectueux s'embellit et il resplendit de toute la lumière d'une pure et sainte vie. Ne sourions pas trop car cela peut aussi s'appeler le perfectionnement de l'être, mais c'est la perfection qui reste à définir.

 

 

Le rituel est à considérer comme une sorte de code linguistique qui permet de découvrir, au-delà de la signification littérale des actes et croyances, leur signification « plus profonde»: les rituels sont des «énoncés symboliques sur l’ordre social », sur les valeurs fondamentales d’une société, des énoncés non analysables en termes rationnels, car ils se mesurent d’après d’autres standards et appartiennent à des registres cognitifs différents.

 

 

Les saint-cyriens en tenue d'apparat portent des gants blancs, symboles du savoir-vivre qui est savoir mourir, symboles d’une certaine société où honneur et panache sont inséparables.

 

 

Dans la tradition compagnonnique, le compagnon fini recevait avec ses gants de travail une autre paire de gants blancs, surnommée la clandestine parce qu'il la remettait à la femme de son choix qui n'était justement pas toujours sa femme légitime! La F \M\ masculine reprendra cette tradition dès l'initiation. Combien de mères, d'épouses, de sœurs ou d'amante reçurent cette manifestation d'Amour. Goethe en offrant à Mme de Staël cette seconde paire de gants en dira : C'est la seule chose qu'un homme puisse n'offrir qu'une fois dans sa vie.

 

 

La F \M\ se gante de blanc, pour toutes ces raisons peut-être et  pour que les mains, en palpant ce qui est extérieur, captent, par leurs prédispositions d'antennes, la lumière de nos loges bleues.

 

 

Les gants liturgiques, et les nôtres puisqu'ils appartiennent aux rituels, ces gants furent toujours à doigtiers distincts et non des mitaines. Chaque doigt relevant d'une symbolique planétaire particulière se devait en effet de conserver son indépendance pour laisser agir son rayonnement propre, son énergie et pour mémoire je vous rappellerai : Vénus en pouce, Jupiter en index, Saturne pour le médium, le Soleil avec l'annulaire et Mercure, le petit messager, à l'auriculaire.

 

 

Permettez moi une remarque sur la possibilité de pouvoir opposer le pouce à chacun des autres doigts. Voyez ! Le pouce aligné avec le reste de la main donne au salut une connotation qui vaut tout aussi bien, je devrais dire aussi mal,  celle où le pouce disparaît dans la paume.

 

 

Le pouce à l'équerre nous préserve de la forme des totalitarismes.

 

 

 

 

Je retourne ma main, comme un miroir, j'y vois dans les doigts écartés, les cinq points de l'étoile flamboyante dans la lumière indéfinissable de l'électrum des anciens.

 

 

Léonard de Vinci a placé à l'entrée de son labyrinthe un gant de Notre Dame surnommé aussi églantine, fleur blanche à 5 éperons. Cette plante est connue des herboristes pour la guérison des maux d'yeux et pour l'amplification de la vision qu'elle procure. Quand le toucher devient délicatesse et tact, alors la vue devient vision et intuition, l'ouïe permet l'entendement de la voie intérieure, le goût l'appréciation des valeurs spirituelles et l'odorat unit l'intelligence au savoir.

 

 

 

 

Mettre des gants blancs, c'est glisser sa main dans un athanor qui alchimise l'homme en être fraternel. Etre frère c'est avoir la même origine, être fraternel, c'est considérer toute vie comme équivalente d'une autre. C'est dépasser ses différences pour ne retenir que ce qui nous est commun ou partageable, c'est accepter l'autre pour lui-même, c'est ne pas vouloir, par une sur-conscience diminuer l'autre pour se grandir. Avec mes gants blancs, je demeure moi-même, l'autre me complète mais, à ses mains si semblables aux miennes, je n'oublie pas qu'il est aussi un peu de moi.

 

 

Parce que ganté de blanc, le F\M\n'est ni pouvoir ni violence mais fraternité; parce qu'il n'est pas fusion mais relation, il se dégage d'une assemblée de F\M\une impression d'apaisement et de sérénité. On ne peut manquer d'associer les gants blancs avec le niveau du 1er surv\ dans l'analogie de leur symbolique. Le gant, le niveau nous invitent à inventer une reliance avec les autres.

 

 

 

 

Il s'agit de vivre une fraternité organique fondée sur les vérités humaines, de fonder une communauté qui ne repose plus sur le combat pour le pouvoir ni sur la volonté de primer mais sur la joie d'être et l'exaltation des modalités généreuses de l'être. Dès lors que Walt Disney entrera en F\M\, le personnage Mickey sera complété avec des gants blancs qui lui assureront une définitive image de gentillesse.

 

 

 Se recouvrir la chair par des gants de spiritualité c'est affirmer vouloir à la fois se protéger et protéger les autres des influences néfastes, que ce soit celles de notre nature ou celles des énergies et matières manipulées lors de cérémonies rituelles.

 

 

C'est aussi utiliser un objet pour fixer  la conscience sur les exigences de "chair spirituelle" comprises par son interprétation symbolique.

 

 

Connaître, c'est participer de l'objet connu, dit Corbin.

 

 

Le port des gants est le message apparent du passage du F\M\ à un autre plan d'être. Alors, faut-il permettre, par courtoisie, pour le confort de mieux tourner ses pages, faut-il permettre aux F\et S\qui se présentent au plateau de l'Orat\ de quitter leurs gants au moment où ils s'expriment sur la planche qui trace les plans du chantier sur lequel se bâtit le temple ? Est ce qu'ils seraient autorisés à quitter leur tablier pour des raison de confort ?

 

 

 

 

Pour nous c'est justement le temps des symboles et nous ne saurions accorder de quitter ce qui nous protège tous et qui nous indique ainsi la voie de la matière spirituelle.

 

 

 

 

Et c'est dans la chaîne d'union, parce qu'en enlaçant nos mains, nous ouvrons aussi nos cœurs, que se quittera l'objet de la conscience, symbole intériorisé par l'égrégore et qui  est devenu vivant dans la chair qui est le soufre, qui retient et fixe enfin l'esprit qui est le mercure. L'athanor n'est plus utile, le F\M\ est devenu pierre philosophale.

 

 

Repost 0
Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
commenter cet article
1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

3 - L’Androgynie

 

 

 

 

L

 

’ANDROGYNIE, on en trouve son expression dans la mémoire collective qui évoque les temps primordiaux et qui sous forme de récits rapporte par différentes légendes ou mythes l'idée que les puissances originelles, celles qui sont avant toute chose et par lesquelles adviennent toute chose, doivent avoir un caractère androgynique

 

Les récits mettent en jeu des représentations à l'intérieur desquelles la conscience et surtout l'inconscient du primitif des premières civilisations projettent ses désirs élémentaires ou ses questionnements. Il apparaît que l'androgynie est un  archétype, une image primordiale universellement répandue, lié aux commencements mythiques.

 

Ainsi de façon générale tant pour l'animisme que pour les polythéismes, des êtres surnaturels, ceux qui œuvrent tumultueusement à la genèse et à l'ordre du monde, ceux-là semblent affectés de détermination sexuelle ambivalente. Tout se passe comme si l'androgynie était associée à des puissances exceptionnelles, comme si elle régissait le fonctionnement des titanesques processus démiurgiques.

 

A l'instar des Dieux, l'androgyne ne tend-il pas nécessairement vers l'immortalité ?

 

Il n'est pas douteux que le désir de l'abolition du temps, que le dépassement de l'usure des corps ne soit au cœur du désir de l'humanité. Une des clefs du salut telle qu'elle est proposée par l'alchimie est de retrouver en soi et dans sa relation au monde cette androgynie primordiale, par quoi se définit l'harmonie et aussi la victoire sur le temps.

 

 

Pour l'alchimiste, le monde est androgyne dans son principe non pas hermaphrodite mais androgyne d'une réunion en soi et d'une synthèse de tous les contraires.

 

Il s'agit de restaurer un isomorphisme entre le macrocosme et le microcosme, entre le soi et le moi. Ce symbole est à entendre comme un état de plénitude : l'androgyne perdure lui-même et en lui-même. A la limite il se substitue au devenir, échappe et touche à la mort terrestre aux confins des origines.

 

 

Mais si l'origine est fondamentalement cachée et si le commencement est cette émergence à la lumière de l'Univers, comment dans ce passage de l'origine au commencement, comment peut-on évoquer l'androgynie et quelle est  sa consistance ?   

 

Les gnoses nous proposent de scruter le mystère avec des yeux de feu, elles nous offrent des approches de la dramaturgie originelle. Par gnose, entendons, certaines connaissances de l'univers.

 

Elles ont en commun d'interpréter la création à partir d'un au-delà sur lequel nous sommes incapables d'en connaître le principe suprême et ce qu'il y a avant, CELA est nommé tantôt Abîme dans la gnose valentinienne, Aïn-sof (rien) dans la gnose hébraïque ou encore Mystère des Mystères dans la gnose ismaélienne.

 

Mais c'est bien à partir de cette inaccessibilité pour notre mental que prend naissance éternellement une hiérarchie ésotérique de la création sous forme d'un plérome. Le plérome c'est en quelque sorte une représentation imaginale des métamorphoses de tous les aspects de l'origine, de la Déité lorsque celle-ci est mise en relation avec le monde qui se crée à partir d'elle-même.

 

C'est une descente ontologique, c'est-à-dire c'est une descente de Divin dans l'être, dans la chair de l'homme terrestre avec un nombre de degrés différents selon les gnoses.

 

Et ce qui descend, on dit aussi s'émane, se diversifie, c'est ce que nous appelons l'androgynie originelle.

 

 

Prenons un exemple : comment apparaît la création c'est-à-dire le commencement et en quoi est-il androgyne ?

 

 

Comme exemple, je vous propose le plérome hébraïque de l'arbre de vie, et en simplifiant à l'extrême on peut dire : le plérome est un symbole où sont figurés 10 séphiroth disposées dans un certain ordre et reliées entre elles par des sentiers. Ces représentations du rapport de la Divinité avec le cosmos sont disposées sur 3 colonnes verticales celle de la droite est dite masculine, celle de gauche féminine et celle du centre est celle de l'équilibre.

 

Une première séphira, sphère de manifestation, est placée plus haute que les autres sur le pilier du milieu.

 

Elle s'unit avec la deuxième séphira du pilier de droite qui elle-même s'unit sur le même plan à la troisième séphira sur le pilier de gauche formant ainsi un triangle dit triangle suprême. Cette triangulation issue du néant, de l'origine, est tout à fait particulière. C'est le commencement. C'est comme une phrase où l'idée serait en germe mais ne trouverait de réalisation que dans une phase ultérieure : une idéation de l'univers.

 

Kether, traduit par couronne, première séphira est placée donc au sommet, au commencement de la manifestation primordiale. Elle représente en quelque sorte la cristallisation primitive de ce qui jusqu'alors n'était pas manifesté et reste inconnaissable pour nous.

 

Il n'existe en Kéther aucune forme mais exclusivement de l'intention pure, quelle qu'elle puisse être : c'est une existence latente séparée par un degré de l'origine, du non-être ; de l'Aïn-sof.

 

 Cette séphira contient tout ce qui était, est, et sera. Elle est CELUI-QUI-EST.

 

C'est avec l'existence manifestée dans des paires d'opposés que cette unité prendra un sens accessible, mais dans Kéther il n'y a encore aucune différenciation. Elle perdure elle-même et en elle-même.

 

Ces différenciations qui nous la rendent intelligible apparaîtront seulement lorsque Chokmah et Binah, noms des deuxième et troisième séphiroth, auront été émanés. Kéther, c'est la monade existant sans attributs perceptibles mais les contenant tous cependant. Par là elle contient les potentialités de toutes choses. Nous ne pouvons définir Kéther, nous ne pouvons qu'y faire allusion. L'expérience spirituelle assignée à Kéther est dite l'Union avec DIEU: but et fin de toute expérience mystique ou alchimique.

 

On ne s'étonnera pas d'y localiser comme vertu celle de l'accomplissement, de l'achèvement du grand Oeuvre alchimique, le retour final.

 

Le point parce qu'il n'a pas de dimension lui est tout naturellement associé comme symbole référant. Mais on lui trouvera d'autres titres comme Existence des existences, le point primordial, le point dans le cercle, le macroposope initial, la lumière interne, LUI, la tête blanche et son archange est Métatron.

 

L'énergie de Kéther se déploie et ce dynamisme premier, ce point en mouvement trace une ligne qui va vers la deuxième séphira  Chokhmah : la sagesse.

 

 Cette expansion de force non organisée et non compensée serait plutôt une énergie incontrôlable : le grand stimulant de l'Univers. Mais il est impossible de la comprendre sans lui associer Binah troisième séphira de l'arbre et première séphira organisatrice et stabilisante, Binah : la compréhension.

 

Si les titres donnés à Chokmah sont Ab, le père suprême, tétragrammaton, IHWH, Yod du tétragramme (représenté souvent en français par la lettre J) et si les symboles qui lui sont rattachés sont le phallus, le lingam, la pierre qui tient debout, la tour, le bâton du pouvoir qui se dresse, on ne sera pas étonné de voir et d'entendre en Binah (l'entendement), IMA, la mère sombre ELOHIM, la brillante mère féconde, la grande mer, MARA, racine de MARIE et de la reconnaître dans la coupe, le calice, le Yoni, la robe extérieure de dissimulation (terme hindou et gnostique qui désignent les organes sexuels de la femme).

 

Ainsi Kéther est l'être pur, tout puissant mais non actif. Lorsqu'une activité en émane, que nous appelons Chokmah c'est un flot descendant d'activité pure qui est la force dynamique de l'Univers et qui se stabilise en Binah. Il prend alors forme en Binah. L'Unité de Kéther est une monade se donnant à voir dans deux séphiroth. Elles forment ainsi la triade suprême. L'unité du commencement sous ses deux aspects différenciés peut être représentée par un triangle : Kéther, Chokmah, Binah ; le Delta de notre temple est-il un triangle de cette sorte ?

 

Oui, je dirai même que nous avons cloué ici la triade suprême mais c'est aussi la monade pythagoricienne. Notre Delta c'est la consubstantialité de l'Esprit manifesté (l'énergie), de la matière (la forme) et de l'univers leur fils.

 

Il est placé du côté des mondes supérieurs c'est-à-dire pour nous à l'orient.

 

A l'autre extrémité, dans le monde de la formation, considéré comme inférieur parce que plus éloigné de l'origine,  il y a la même symbolisation. Sous un autre forme J\et B\représentent, dans la phase du monde de la dualité, les deux aspects différenciés mais séparés de l'unité idéale du Delta qui les contient en idéation où ils sont encore réunis dans la perfection androgyne.

 

On pourrait dire que depuis le sommet du Delta en passant par ses pointes basses, reliées aux colonnes du Temple, sont tracés les piliers de l'arbre de vie où les FF\et SS\sont à la fois les sphères de lumière et les sentiers par lesquels s'actualise la transcendance.

 

C'est une géographie sacrée que l'initié aura à remonter partant du seuil jusqu'à la couronne comme un Chevalier pour s'unir à sa Reine. A noter que sur l'arbre de vie, la première séphire en partant du bas, la dernière dans la manifestation est nommée Royaume.

 

Juste une parenthèse. Je lis "J'étais avant qu'il formât aucune créature. J'étais de toute éternité avant que la terre ne fut créée" et plus loin "J'étais avec lui et je réglais toutes choses". Dans ce texte il s'agit bien de l'essence des choses. Et bien ce texte est une épître qui est lue à la messe de l'Immaculée Conception.

 

Ce que l'on peut dire avec Fulcanelli, c'est que les litanies nous apprennent que la Vierge est le vase qui contient l'esprit des choses : "Vas Spirituale".

 

Marie, Vierge et Mère, représente donc la forme, elle est Binah. Elle est indiscutablement la matrice primitive, elle est la materia prima, elle est au commencement du Grand Oeuvre.

 

Et l'on sait que c'est en retournant dans le sein maternel qui les avait jadis formés que les métaux vulgaires se changent en métaux philosophiques, on dit qu'ils sont réincrudés, c'est-à-dire remis dans un état voisin de leur état de perfection originel; ils sont devenus vivants ou philosophiques.

 

N'est  ce pas là aussi un sens de notre passage par le cabinet de réflexion où, à l'issue d'un plongeon cosmogénétique, l'impétrant renaîtra fils de la Vierge , vivant et transmué. On pourrait dire adoubé.

 

Cependant, on peut remarquer que la présence de la forme est le début de la fin parce que la forme limite la vie, la gêne, tout en lui permettant de s'organiser ; on peut dire que la forme est la discipline de la force, elle l'est avec une rigueur sans merci.

 

Nous voyons ici un aspect terrible de la Grande Mère quant elle astreint l'énergie aux nécessités de la forme. Pour l'activité sans limites de l'énergie elle représente la mort. La force du 1 agonise sitôt qu'elle émane en 2. La matière est ainsi regardée comme l'antinomie de l'esprit.

 

 

Pour résumer : l'énergie et la matière sont des formes androgyniques, de l'unité qui dans le plérome hébraïque sont aussi considérées comme principe mâle et femelle.

 

Ces principes ne peuvent avoir qu'une coexistence dramaturgique où le principe féminin est source de vie mais aussi de mort pour le principe mâle ; de là à opposer la femme à l'homme n'est-ce pas un danger ?

 

Certes, mais l'androgyne originel n'est pas la dualité de l'hermaphrodite, ni celle des hybrides évoquée dans l'introduction.

 

C'est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création.

 

C'est une consubstantialité de l'unité regardée dans ses aspects différenciés mais c'est de l'unité dont il est toujours question. Ainsi dans la doctrine secrète de Blavatsky "dans un état absolu, l'unique principe sous ses 2 aspects d'idéation pré-cosmique (énergie) et de substance pré-cosmique (matière) est unisexuel, inconditionné et éternel. Son émanation est androgyne.

 

Quand ce rayonnement rayonne à son tour, tous ses rayonnements sont androgynes, mais deviennent des principes mâles et femelles dans leurs aspects inférieurs (création, formation)."

 

C'est ce que dit aussi Einstein "Je préfère regarder la matière et l'énergie non comme des facteurs produisant les mêmes degrés de courbure de l'univers mais comme des éléments de perception de cet univers". N'est ce pas ce que raconte aussi le triangle de Pythagore ?

 

Depuis l'origine, les mystères de la nature furent inscrits par les disciples au moyen de figures géométriques et symboles. Quelques uns de ces symboles furent apportés de l'Orient, par Pythagore, en particulier, qui n'était pourtant pas l'inventeur de son fameux triangle.

 

Cette figure de même que le cercle et le carré constituent des descriptions de l'ordre suivant lequel évolue l'Univers tant au point de vue spirituel que physique ; descriptions qui sont de véritables cosmogénèses révélées.

 

Ce que signifie le triangle pythagoricien, ce n'est pas l'unité de la divine essence, attendu que ceci était représenté par le plan du cercle sans limites.

 

Le triangle signifie la triple nature de la première substance différenciée ou la consubstantialité de l'Esprit manifesté, de la matière, et de l'Univers leur fils. Cette consubstantialité émane du point, le véritable Logos ésotérique qui dans le plan de la manifestation (du côté du commencement) est appelé monade (n'est-ce pas Kéther de l'arbre de vie ?).

 

Le point unique du haut du triangle est l'unité d'où tout procède et tout est de la même essence que lui. Le sommet Pythagoricien est dit le père, le côté gauche est la duade. La mère, en est le côté droit et représente le fils que l'on retrouve comme époux de la mère dans beaucoup de cosmogonies, le fils étant de même nature que le père. La base est l'univers, naturé en père-mère-fils, dans le monde phénoménal, et en même temps, unifiés dans le monde hypersensuel de l'unité.

 

Cette monade trinitaire que l'on pourrait nommer « ordo ab chao » est un triangle équilatéral.

 

Le sommet est le UN ; non pas le nombre mais l'unité qui est en contact avec le vide, l'Aïn-sof, le Mystère des Mystères (en ces temps le zéro n’était pas encore inventé). L'unité contient le 2 qui est le premier nombre parce qu'il faut qu'il y ait le 2 pour qu'il y ait soit augmentation, soit division, pour qu'il y ait autre chose et c'est ce quelque chose d'autre qui permet de dire que le 2 fonde le 1 qui alors se différencie de l'unité indénombrable.

 

Avec le 2, le 1 se sépare de l'unité. C'est dans la manifestation du commencement que le un devient un nombre.

 

 

Et tout naturellement on a envie de savoir si les nombres que l'on sait être tantôt masculins, tantôt féminins connaissent des états androgynes.

 

Les gnoses décrivent comment les mondes en création sont venus jusqu'à l'être inaugural et comment l'humanité est descendue dans le domaine de la NATURE. Par ailleurs il existe des enseignements tissés à travers des mythes et légendes, qui décrivent sous forme symbolique la méthode et les conditions par lesquelles l'initié peut retrouver son chemin de retour vers une terre promise édénique dont nous sommes issus.

 

Il est une oeuvre d'humanité qui est la pression exercée depuis des millénaires par d'innombrables hommes et femmes : ils forgent des civilisations pour la race humaine afin de la ramener vers la félicité des commencements.

 

 

On dit que le fond du Graal est un miroir où DIEU regarde DIEU; alors cette quête du Graal propose-t-elle des conditions permettant de retrouver cet état originel, androgyne et édénique où l'Homme regarderait l'Humain ?

 

 

Parce que il y a du  et dans l'androgynie inaugurale, la genèse nous propose, à partir de ce et, une catégorie de pensée.

 

Ce qui est proposé, ce n'est pas que Dieu existe ou pas; c'est qu'il faut qu'il y est du et pour qu'il y ait rapport de nature, sinon c'est le chaos, le magma.

 

Ce et nous dit de rendre le masculin et le féminin, le Moi et le Soi, l'individu et le collectif harmonisés dans une unité.

 

Il faut rigueur et miséricorde. Pour qu'il y ait du fils ou de la fille il faut qu'il y ait réellement père et mère,  ab et ima, sinon c'est le magma psychique, social, sans le et c'est  le délitement de la société.

 

C'est le barbarisme du polythéisme qui offre ses monstres qui ont nom viol, crime, inceste, élimination de l'autre. Quand il n'y a plus la conjonction, même quand il y a indifférence, il n'y a pas de réalité, il n 'y a que des humanités sans rapport de nature Humaine :

 

              il y a serbes ou bosniaques,

 

              il y a tutsis ou huttus,

 

              il y a nazis ou juifs ou tziganes.    

 

                                   

 

Il n’y a plus la présence de la transcendance humaine , qui est l'humanité dans la justice ou la bénévolence.

 

 

Cette conjonction, ce et de l'androgynie inaugurale, c'est la demande, faite à chacun de nous, de civiliser notre rapport au monde; de le fonder par notre relation à l'autre dans laquelle je puis dire "je est un autre" et pour conquérir cette civilisation c'est vouloir aimer son prochain comme soi-même . 

 

 

Alors le et de l'androgyne initié devient est ; c'est l'Etre sorti du Néant.

 

Repost 0
Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
commenter cet article
1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

2 - Naître par une initiation                               Etre initié par une naissance

 

 

  

 

 

J

 

’aurais pu sur ce sujet vous dire seulement cette pensée de Daniel Pons : 

 

 Vivre, c’est prendre des risques, mais le seul risque véritable, c’est de porter en soi le profond désir de mourir " au moins ", pour renaître " au plus ". Toutefois, j’ai eu envie de polir davantage ma pierre jusqu'à ce qu’elle vibre à ses limites comme un miroir. 

 

 

Ici est une forme de vie, ici est  un monde qui se veut celui de la liberté et de la lumière. Ici, vous et nous, nous sommes chez Nous. Et c’est par une cérémonie d’initiation que nous sommes devenus F\.M\

 

 

Ah ! Naître par l’initiation. 

 

Ah ! Etre initié par une naissance. 

 

 

On sait que toute initiation comporte une série d’épreuves rituelles qui symbolisent la mort et la résurrection du néophyte. Grâce nous fut faite par la douceur des épreuves. D’autres traditions demandent aux impétrants d’être plus éprouvés ; sont-elles forcément plus opérantes ?

 

Il s’agit de façon réaliste ou spéculative, par des opérations alchimiques assimilées à des épreuves difficiles, voire à des tortures, il s’agit de la mort et de la résurrection du myste; il s’agit de transmuer, c'est à dire d’obtenir un mode d’être transcendantal. C’est la leçon de toutes les traditions ou de la connaissance de la vie simplement.

 

Il n’y a aucun espoir de ressusciter à un mode transcendant, sans une mort préalable.

 

Notre vie fut et sera une succession d’initiations où nous sommes morts à quelque chose, pour devenir autre. Comme les épreuves d’initiation, celle de notre vie témoigne, pour nous seuls, de notre degré d’initiation à la condition humaine.

 

Ici nous a été proposée une autre Initiation, une autre mort, une autre naissance.

 

Le passage, par le cabinet de réflexion, inscrit la cérémonie dans la dramaturgie de la matière univers. Selon Paracelse « celui qui veut entrer dans le royaume de Dieu, doit, premièrement, entrer avec son corps dans sa mère et là, mourir »

 

 

Ce regressus ad uterum, ce retour aux origines, cette réintégration d’une situation originaire aux confins du chaos primordial, présente aux moins deux significations qui éclairent les significations de la cérémonie d’initiation, significations cosmologiques et initiatiques.

 

Toute mort rituelle peut être considérée comme une réintégration de la nuit cosmique, du chaos pré-cosmologique et des ténèbres d’où nous sommes revenus, et qui, dans sa dissolution des formes, exprime aussi le stade séminal de l’existence.

 

 Et puis Ordo ab Chao. J\B\s’accomplissent. Toute création, toute apparition des formes, tout accès à un autre niveau plus transcendant peut s’exprimer par une cosmogénèse. Et la lumière fut !

 

Notre naissance au monde Maç\ répète, réitère, comme chaque initiation par la naissance, le spectacle infini de la re-création cosmique, et nous avons été reçus F\M\ comme une graminée d’étoile pour que nous éclairions notre part d’univers.

 

Cette expérience, où l’on nous a fait vivre la sacralité de l’univers attesté par les quatre éléments réintégrés en nous, nous accouche, comme conscience que le monde n’est pas seulement vivant, mais ouvert, qu’un objet n’est pas jamais simplement lui-même, mais aussi la réceptacle ou le signe d’une réalité qui le transcende.

 

 

 

Cette expérience n’est qu’un commencement, une initiation sur notre propre chemin, vers ce que l’on nomme le Destin et qui est notre être en devenir.

 

Chaque initiation parle à l’impétrant, et lui parle de lui et de sa propre histoire, dans un langage symbolique, qui n’appartient qu’à lui  de décoder.

 

Le souffle nocturne de sa vie la plus lointaine, ensevelie, indicible, se pose sur lui dans ce plongeon cosmique.

 

Il n’y a pas un sens fixé ; la vérité du rituel n’est révélée que par l’interprétation, où chacun a le pouvoir de faire exister du sens, de décider des sens. Ce que je ressens et comprends n’engage que moi. Par ce que je suis, je multiplie le monde dans sa métamorphose qui reste cependant, dans son unité holistique complexe.

 

« Une herméneutique créatrice dévoile des significations qu’on ne saisissait pas avant, ou les met en relief, avec une telle vigueur, qu’après avoir assimilé cette nouvelle interprétation, la conscience n’est plus la même » nous écrit Mircéa Eliade.

 

Il s’agit donc de faire une expérience avec cette recréation. On peut opposer à ce niveau les expressions : avoir une expérience et faire une expérience.

 

Avoir renvoie à la possession, au connaître, à l’installation dans la satisfaction, à la confiance que procure l’acquis. Avoir l’expérience d’un rituel de passage serait poser et imposer des significations une fois pour toutes.

 

Faire l’expérience signifie ne pas savoir à l’avance le résultat de la recherche. Rien ne doit correspondre à notre attente. Pour cela, on ne doit rien dévoiler des cérémonies de type initiatique. Faire une expérience, c’est s’inscrire dans l’ouverture, dans l’au-delà de l’attendu, dans le commencement sans cesse renouvelé.

 

Comme l’écrit Jankélévitch dans son livre " Quelque part dans l’inachevé " : La prétention de toucher un jour à la vérité est une utopie dogmatique, ce qui importe, c’est d’aller jusqu’au bout de ce qu’on peut faire, d’atteindre à une cohérence sans faille, de faire effleurer les questions les plus cachées, les plus informulables pour en faire un monde lisse.

 

Ainsi à chaque initiation l’œuvre de la genèse reprend son cours. La création n’est pas faite une fois pour toutes. Chaque naissance l’accomplit ; et c’est dans la lumière que se célèbre l’accomplissement. On peut donc dire que l’enfantement par la porte basse répète l’acte exemplaire de la naissance de l’humanité conçue comme une émersion de la plus profonde caverne chtonienne.

 

La cérémonie d’initiation Maç\, qui après avoir  fait réintégrer à l’impétrant l’état premier, l’état germinal de la matière du cabinet de réflexion et l’amène à sa résurrection, à sa re-naissance, cette cérémonie correspond  sans doute à la création cosmique. Et cette phase de la cérémonie me paraît être  tout particulièrement placée sous le signe du féminin parce que maternelle.

 

 

La survivance des cultes des vierges noires nous en apporte l’écho. Tout est en place avec elles pour la renaissance du pèlerin, après qu’il soit descendu dans la crypte sacrée où on les gardait.

 

Ces vierges noires ont nom Cybèle, Isis, Lilith,  la Déméter noire de Phygalie en Arcadie, Kali, Marie l’égyptienne ou Sarah la noire ; toutes vierges qui doivent enfanter et qui disent leur appartenance aux forces de la nuit, à une science secrète liée aux profondeurs de la terre et des origines.

 

Comme dans le livre des morts égyptiens, il faut opérer la traversée toute entière de pilier en pilier, de porte en porte, pour pouvoir espérer la remontée. Mais seul le principe féminin, la mère , la déesse, la Terre parce qu’elle intègre à la fois le pouvoir de donner la vie et le pouvoir de donner la mort peut accompagner la néophyte dans cette trajectoire.

 

Au commencement, comme à la fin, la Mère est là pour nous bercer, nous prendre dans ses bras, nous aider à réussir tous les passages, à franchir les seuils, ceux du naître et ceux du mourir; ceux de la mort et de la mort de la mort.

 

On ne peut manquer de faire un parallèle avec la méthode alchimique.

 

 En cherchant la materia prima (racine maternelle) l’alchimiste poursuit la réduction des substances à l’état pré-cosmologique La cathédrale de Paris, nous dit Fulcanelli, ainsi que la plupart des basiliques métropolitaines sont placées sous l’invocation de la benoîte vierge Marie ou Vierge Mère. En France, le populaire appelle ces églises des Notre-Dame.

 

 En Sicile elles portent un nom plus expressif encore, celui de Matrices. Ce sont bien des temples dédiés à la mère (mater), à la matrone dans le sens primitif, qui par corruption devient la Madone (ma donna), Ma Dame et par extension Notre-Dame. La virgo paritura, la vierge qui enfantera, dont on trouve des monuments antérieurs au christianisme, c’est la terre avant sa fécondation, avant que le principe mâle ne vienne l’animer. C’est la mère des dieux dans l’attente de l’esprit.

 

Alors la cérémonie d'initiation par une naissance répond à la question d’où je viens, où je vais et peut-être qui je suis. Une place de l’homme dans l’univers, que l’on appelle une philosophie, me semble être proposée par la philosophie Maç\ de son initiation.

 

Je la rattacherai à ce que l’on appelle la science-sagesse-sacrée avec trois propositions fondamentales exprimées dans les ternaires.

 

·      Un principe omniprésent éternel, illimité, inconcevable et immuable, innombrable, que Blavatsky appellerait l’Etre-té ou la Vie-une.

 

Je dirai que c’est avant même le Aleph auquel le Beth du béreshit nous renvoie, au  Ayin , au Rien.

 

·      Une fois sorti de cet absolu, la dualité survient dans le contraste de l’esprit et de la matière qui demeurent, sous deux aspects différenciés, la même chose, le Un. L’esprit est la première manifestation de la matière et la matière est la première manifestation de l’esprit  La substance cosmique, l’espace, l’aether grec est aussi appelé la Mère avant son activité cosmique, et le Père-Mère au premier stade de son réveil, dont le mode de mise en mouvement peut-être le Logos, le Verbe.

 

·      L’univers manifesté, qui en est issu ensuite, est donc pénétré par cette dualité. Il en est le fils consubstantiel ; C’est le Fils de la vierge-mère fécondée par l’esprit. Et l’on peut dire : de l’esprit ou Idéation cosmique ou Père, viendrait notre conscience. De la substance cosmique ou Mère viendraient les véhicules dans lesquels cette conscience est individualisée ; tandis que l’énergie du Un dans ses différentes manifestations serait le mystérieux lien d’unité entre l’esprit et la matière, le principe animateur qui donne la vie.

 

C’est ce que j’ai compris de ce que disent les stances de Dzyan, le plus vieil écrit sacré d’après lequel furent compilés d’autres écrits sacrés plus connus des profanes.

 

C’est ce que semble dire également Einstein dans « espace, temps, gravitation »

 

 Il écrit : Masse et énergie ne sont qu’une seule chose ou du moins  ne sont que deux aspects d’une même chose.

 

La cérémonie de passage se donne à vivre comme la conception et la naissance spirituelle ou plutôt comme la renaissance de l’individu et sa régénération.

 

Le profane courbé à l’entrée du temple sanctuaire, prêt à traverser la matrice de la nature-mère, ou prêt à redevenir l’être spirituel primordial devient ainsi l’homme pré-natal.

 

Cette ployance foétale, c’est une chute de l’esprit dans la matière dirait le sémite, c’est au contraire son retour à sa source primordiale dans laquelle il s’immerge dirait l’aryen. Dans les deux cas il s’agit toujours du UN manifesté en Matière et esprit mais de façon ascendante ou descendante.

 

 

En d’autres termes l’initiation Maç\, en nous refaisant produire la cosmogénèse, l’anthropogenèse, nous demande de faire de nous-mêmes, une matière humaine, une copie microcosmique, un reflet de la matrice céleste, en un mot un espace femelle dans lequel l’esprit mâle fécondera le germe du fils, celui de l’univers visible parce que lui-même lumière.

 

C’est ce que l’on peut appeler une mixité universelle.

 

C’est Beth attendant sa fécondation par Iod qui se fera dans le vase de l’œuvre au noir déversant du cabinet de réflexion le myste comme de l’or naissant.

 

C’est cela  que me raconte entre autre la première partie de la cérémonie d’initiation. Ici s’accomplit ce dont je ne sais pas où est le début, mais c’est l’initiation par la naissance.

 

 

Et puis vient la naissance par l’initiation

 

et c’est un autre commencement.

 

 

Pour accéder à lui-même l’homme doit se retirer de soi.

 

Nous sommes le produit d’une préfabrication institutionnelle, une subjectivité préfabriquée dans son environnement et ses acquis socio-économico-psyco-culturel, je dirai aussi moraux. Ici se pose le problème : comment échapper à cette situation, car si l’homme n’est que de l’être impersonnel de l’institution et s’il est impossible de faire advenir son propre monde, la question, je dirai la quête de l’être, n’a plus d’importance puisqu’ainsi pensé, l’homme serait né avant la naissance et la naissance serait un non-sens.

 

Etre ou ne pas être, naître est la question

 

Naître permet d’accéder à une parole nouvelle libérée de ceux qui pensent posséder une maîtrise sur leur parole et la parole des autres, naître en tant qu’individu différencié, naître comme œuvre à faire.

 

C’est cette idée qu’exprime Rabbi Zouzia, peu avant sa mort ; « Dans l’autre monde, On ne me demandera pas, pourquoi n’as-tu pas été Moïse ? On me demandera, pourquoi n’as-tu pas été Zouzya ? »

 

Chaque homme est une lettre ou une partie d’une lettre. Le livre tout entier est écrit lorsqu’il ne manque aucune lettre. Chaque homme a l’obligation d’écrire sa lettre, de s’écrire, c'est à dire de se créer en renouvelant le sens, son sens.

 

Le cabinet de réflexion, de réflectivité en tant que miroir, est le face à face qui nous demande de commencer à rechercher notre identité enfouie.

 

Alors le F\M\ sera un éclat existentiel, une brisure, séparé mais aussi une brillance. L’initié Maç\ est ce lieu de lumière qui se retire et rayonne à la fois ;  qui existe au sens étymologique (ex sistere) dans cette capacité à sortir de soi, de se dépasser et de d’inscrire dans un mouvement de création. C’est là où l’homme se trouve qu’il doit faire briller la vie cachée de l’absolu.

 

Rappelons-nous ! Il n’est d’accès à aucune vérité qui ne comporte un renoncement. Le sacrifice verticalise l’être humain. Le supplément maçonnique ou alchimique ou initiatique ne sera donné qu’en échange d’une offrande sacrificielle. Sacrifier ne signifie-t-il pas faire du sacré ? Sans sacrifice, pas de passage vers la transcendance, pas d’initiation ni d’affrontement avec la mort, pas d’accès à la phase suivante. Cette phase qui suit correspondrait sur le plan spirituel à une résurrection et elle se traduit par l’appropriation de certains états de conscience normalement inaccessibles à la condition profane.

 

Chaque initialisation réactualise, réinitialise une nouvelle loge, dans le ordo ab chao et cette sacralité là, nous l’appelons notre loge-mère, lieu où est ordonné le monde, lieu où se crée le sens qui va structurer la cité fraternelle. Ce sens assurera la cohésion en situant le néophyte dans un cercle magique, dans une hiérarchie non contestée, car elle est aussi une filiation symbolique.

 

Après le dépouillement, après la saison automnale du cabinet de réflexion, de nos esprits d’où tombent les pensées mortes, renaîtront de vivaces intentions d’ajouter de la valeur humaine. Dans ce lieu de rencontre du COS et du CHIASME ? L’aventure se termine, une autre commence. Une ère a pris fin, une autre s’inaugure dont les acteurs ont accédé, par l’épreuve à la connaissance réservée au voyageur rescapé.

 

L’homme en quête de sagesse est un homme qui marche, qui est voyageur, vers le pays promis, vers la terre édénique, vers son Amérique, vers ses sources ou vers lui-même.

 

Entre le départ et l’arrivée, entre l’initialisation et l’accomplissement, le désert, l’océan, le chemin,  des solitudes, des épreuves et le voyageur exilé se transforme en pèlerin, et l’errance devient traversée du monde, de soi, de miroirs, et qui menée à bien, ouvre à l’itinérant l’accès à son identité, à sa rédemption .

 

Par elle accompli, il peut alors se déclarer fils de... dieu, de la veuve, de la putréfaction de l’Univers, fils de ... Les rituels nous exposent à cette dramaturgie du devenir.

 

« lekh lekha » dit D. à Avram, ce qui signifie va vers toi. C’est pour cela que nous construisons ensemble l’arbre de la connaissance dont chacun est appelé à en devenir un fruit.

 

Devenir F\M\par une naissance, c’est inscrire l’action Maç\dans la liberté, en soulignant que l’être Maç\s’oppose au geste de répétition, que l’homme Maç \ est un nouveau commencement, un initiateur. C’est un être pour-la-naissance.

 

Le F\M\est vertueux de toutes ses naissances à venir.

 

Le rituel d’initiation par la naissance nous permet de dire que la F.M. envisage le monde, non pas dans ce qu’il est, mais dans ce qu’il a à être. Avec André Néher, nous disons " la perfection de l’homme est sa perfectibilité ".

 

Par l’avènement de sa mise au monde, le F\M\ porte en lui la promesse d’un avoir à être. Cela est un des fondements d’une éthique pour un F\M\

 

C’est pourquoi chaque initiation est un don qui est fait aux F\M\ qui y participent; don de la vie à ses origines; don de l’espérance qui l’accompagne comme fécondation du monde.  

 

Philosophiquement parlant confirme Mircéa Eliade, l’initiation équivaut à une mutation ontologique du régime existentiel. Les 3 étapes que le récipiendaire aura vécues dans le rituel de passage, « séparation, initiation, résurrection » correspondent dans la bible à la chute, l’exil et la rédemption. La réussite aux épreuves va redéfinir l’impétrant comme F\M\, un homme ou une femme dont les nouveaux rôles et la nouvelle identité justifieront qu’il ose proclamer une existence rénovée, non plus celle que lui imposaient les filiations charnelles et les hasards destinaux, mais celle de la libre déclaration de son origine et l’aveu de sa filiation découverte par lui seul qui le rend F\ou S\de l’humanité depuis les origines.

 

Voilà tout nous fut donné le jour de notre initiation. Il nous reste à répéter, pour nous-mêmes l’apprentissage de notre naissance, de notre vie, de notre mort.

 

·      Mort et renaissance avec la descente au cœur de la terre, la caverne, la nuit obscure des gestations, la terre fécondée, l’eau purificatrice et fertilisatrice, la matrice aveugle et la grotte protectrice, la source, les profondeurs d’où surgit l’être revivifié par le bandeau enlevé

 

·      et puis l’ascension, le dépassement, l’élargissement, la montée vers l’au-delà avec tout ce qui exprime l’élan invincible et toujours recommencé vers l’inaccessible, avec l’Amour qui promeut la vie.

 

·      et encore, les mouvements d’ordre transversal, les voyages, les migrations, les passages, la poursuite méthodique de l’exploration du réel et de l’imaginaire, la marche du connu vers l’inconnu, en un mot,  la quête, condition de l’errance féconde.

 

·      et surtout, ce qui a trait au dépouillement, à l’abandon progressif, au renoncement de ce qu’il faut quitter pour laisser place à ce qui compensera la perte de tout le reste.

 

 

 

 

 

La F \M\nous a accueillis pour permettre à l’esprit de sortir de la confusion.

 

Repost 0
Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
commenter cet article
1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

1 - Voyages

 

 

S

 

 

avoir mourir comme Moïse devant la Terre promise, en sachant que l’important n’est pas tant d’y entrer que d’avoir marché vers elle avec un peuple à qui elle est destinée.

 

 

Voyager : « aller - vers », c’est s’orienter dans un mouvement, c’est faire prévaloir le sens (celui de la direction ou celui des significations).

 

 

 La promesse faite pour cette Terre, c’est le sens d’un monde-à-l’autre dédié ; c’est une destination éthique pour que l’homme puisse s’y accomplir.

 

 

Temple idéal ou terre promise ne découvrent leur lieu qu’en marchant sur les traces de cette poussière prise sur toute le terre, et dont fut constitué le corps de l’homme originel.

 

 

Les noms des voyages sont les noms propres des visages qui nous font face. Leurs présences nous obligent au mouvement de l’être vers l’être-pour-autrui ; de l’ontologique vers l’éthique.

 

 

Le départ est sans retour, spirale et non cercle pour dire oui à l’existence de l’autre, qui toujours est devant et non derrière (comme le croyait l’amour d’Orphée pour Eurydice ).

 

 

Voyager, c’est se déplacer du même vers l’autre, pour répondre à l’appel d’une terre aux sonorités sans limites, dans l’urgence d’oeuvrer pour l’équité, dans le oui au lointain et au proche.

 

 

Lekh lekha dit D. à Avram, ce qui signifie : va vers toi

 

 

Entre le départ et l’arrivée, entre l’initiation et l’accomplissement, le désert, l’océan, le chemin, des solitudes, des épreuves et le voyageur se transforme en pèlerin et l’errance devient traversée du monde orientée de soi vers l’autre, traversée de miroirs, qui menée à bien ouvre à l’itinérant l’accès de toutes les portes basses.

 

 

Par le passage par cet entre-deux, il peut alors se faire connaître comme le fils de la veuve, de la putréfaction, de D. , de l’Univers ; fils de ..., comme un esprit sorti de la confusion.

 

 

 

 

« Dire le Graal est vain » écrit Nietzsche « vers lui ne s’ouvre aucun sentier et nul ne peut trouver la route qu’il n’ait lui-même dirigé son chemin. Tu vois mon fils, ici, le temps devient espace ».        

 

 

Repost 0
Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
commenter cet article