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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

16- Le sens des obélisques

 

 

J

 

’ai choisi de vous parler ce soir de broches à rôtir. Non je ne me suis pas trompée de conférence. Broche à rôtir c’est ce que signifie en grec le mot obéliskos qui a donné obélisque. L’origine du nom nous dit la forme : un pieu pour traverser l’animal à rôtir, en l’occurrence la Terre. Et ce qu’il traverse en même temps c’est le ciel, l’espace, il est une flèche pointée en direction du centre immuable de la lumière : le soleil ; il devient lui-même un rayon de soleil opaque qui inscrit, par la marque obscure de son ombre, la trace des rapports de la terre et du soleil..

 

 

ð L’obélisque est l’intime du soleil. Avec le soleil il donne le temps, celui qui partage le jour, celui qui répète les saisons. Le soleil regarde la terre et la mesure avec l’obélisque dans sa lisière d’ombre qu’il lui fait.

 

Interrogeons les :

 

 

1 – Soleil et obélisque, quelle heure est-il ? L’obélisque est un gnomon, une aiguille de cadran solaire géant dont l’ombre portée indique l’heure; et plus il est haut, plus les calculs sont précis. Merveille de profondeur, le temps se définit ici comme le bord commun à l’ombre et à la lumière.

 

·        Au temps d’Edfou, entre Karnak et Assouan, construit sur l’ordre de Ptolémée III et de son fils, il y a un pylône célèbre, le 6ème qui a joué le rôle de gnomon.

 

·        L’empereur Auguste en fit construire un à Rome, sur le Champ de Mars, en l’an 10 avant notre ère. Le cadran était constitué d’un obélisque de 22 mètres de hauteur environ, rapporté d’Héliopolis. L’obélisque se trouve toujours à Rome, mais sur la place Montecitorio. Il portait son ombre sur un demi-cercle tracé sur un pavage de marbre au sol. Il ne comportait pas de graduation et l’heure était uniquement indiquée par la position de l’extrémité de l’ombre, repérée grâce à des lignes horaires. Ce type de cadran solaire a un inconvénient : l’extrémité de l’ombre devient floue dans la pénombre. Pour y remédier, les Romains ont placé une sphère en haut de l’obélisque, qui portait ainsi une ombre plus nette.

 

Déjà, pour, Anaximandre (présocratique) la pointe du cadran solaire ou gnomon est l’image  de la terre flottant dans l’univers. La lumière venue d’en haut écrit sur la terre les formes et les places réelles de l’Univers par l’intermédiaire de la pointe du stylet. Montrant un modèle du monde, donnant la longueur de l’ombre, à midi, aux jours le plus court et le plus long, le gnomon se fait plus observatoire qu’horloge.

 

 

2 – Soleil et obélisque, quelle date sommes-nous ? L’obélisque est bien sûr une méridienne

 

L'image du Soleil se projette chaque jour sur la ligne méridienne au moment du vrai midi solaire. Chaque jour, cette image change de place sur la ligne méridienne et marque ainsi la saison. Les positions extrêmes sont atteintes aux solstices. Une méridienne est ainsi un calendrier naturel.

 

À Paris, deux méridiennes historiques existent :

 

·        L'une, tracée selon les calculs de Gio Domenico Cassini par son fils Jacques, se trouve à l'observatoire.

 

·        L'autre, commencée par l’horloger Henri Sully et achevée en 1743 par l’astronome Charles Le Monnier se trouve dans l'église Saint Sulpice. C’est une bande de cuivre de 40 mètres de longueur encastrée dans le sol: elle part du transept Sud et se poursuit jusqu’à un obélisque en marbre blanc, placé contre le transept Nord, qui reçoit des tâches de lumière. La ligne de cuivre établie en 1727, représente la course du rayon de soleil qui pénètre dans l'église par un trou situé dans la fenêtre sud de la croisée. Le rayon termine sa course à son extrémité nord sur un obélisque de 10,72m de haut, où sont tracés des repères verticaux. En fonction de la hauteur atteinte par le rayon du soleil sur l'obélisque, on arrive ainsi à déterminer l'équinoxe de printemps, le dimanche de Pâques et l'heure de midi.

 

 

Intelligent, l’obélisque intercepte le flux descendant du soleil, et tous deux, tous seuls, dessinent sur la terre, d’où sort cette statue dressée, l’information objective de l’ombre qui parle en partie de la forme du monde.

 

 

3 – Soleil et obélisque, donnez nous la mesure de la terre : En grec, ce mot de gnomon, désigne ce qui comprend, décide, juge, interprète et distingue, règle qui permet de comprendre. La construction du cadran solaire met en scène l’ombre et la lumière naturelles interceptées par cette règle, appareil de connaissance

 

C’est à l’aide d’un obélisque, en l’occurrence le phare d’Alexandrie construit vers 300 av.J.C. qui en remplit le rôle, qu’ Eratosthène, vers 230 avant notre ère, calcule la première estimation de la circonférence terrestre. En se servant de la différence d’inclinaison des ombres du Soleil, le jour du solstice d'été. Eratosthène sait qu'à Syène, aujourd'hui Assouan en Egypte, le jour du solstice d'été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils  éclairent un puits jusqu'à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n'est pas au zénith.

 

L'obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu, (la hauteur du phare) la longueur de l'ombre de l’obélisque permet de connaître l'angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que fait les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur de toute la circonférence terrestre, il "suffit" à Eratosthène d'estimer la distance séparant les deux villes. On comptait alors 5000 stades et le calcul  de proportionnalité avec un angle de 7 degrés et un stade de 157 mètres donne au calcul 40349 km à comparer avec les 40074 actuellement mesurés !

 

 

Ainsi le gnomon, donnant ce passage du lumineux au sombre, dit qu’il connaît.

 

Je ne peux m’empêcher d’évoquer ces paroles de Michel Serres : Oui, la géométrie porte justement le nom de sa mère la terre sur laquelle ce qui tombe du ciel se mesure. Jalonnée à l'aide du gnomon, elle demeure à l'ombre comme un fondement, comme une fondation creusée sous la science; la géométrie sommeillait sous la terre ou rêvait dans l’éclat du soleil. Le gnomon des anciens grecs ou des babyloniens l’a, peu à peu, réveillée le long des formes singulières communes à l’ombre et à la lumière.

 

C’est ce que fit Thalès en élaborant au VI e siècle avant J.C. les fondements de  la géométrie, il le fit notamment dans l’ombre de la pyramide de Kheops. Ayant établi un rapport entre la taille de sa propre hauteur  et de son ombre portée sous le soleil égyptien,  et ayant mesuré la longueur de l’ombre de la pyramide, il transposa  ce même rapport pour calculer la mesure de la hauteur de la pyramide. Ce rapport qui permet de passer du petit au grand, dans la similitude des proportions,  est dit rapport d’homothétie.

 

Peut-être fut-ce un bâton planté dans le sable qui servit de mesure? Peut-être était-ce Khephren ou Mykérinos, peu importe, nous sommes, comme Thalès, à l’ombre de toutes les pyramides, qui, dans un rapport d’homothétie, à partir de l’ombre d’un bâton ou de nous-mêmes, debout, dans toutes les lumières, nous permettent de calculer l’immensité, de la ramener à notre dimension ou inversement de nous donner la mesure du plus grand que nous.

 

Nous sommes des géomètres parce que nous sommes entrés ici.

 

 

ð L’obélique est aussi la représentation symbolique du ciel et de son immensité.

 

Par sa verticalité, l’obélisque s’apparente à la vaste famille des pierres levées, il devient le lien entre ciel et terre, le médiateur entre ici-bas et l’infini, entre la finitude de la vie et l’éternité de la mort. C’est pourquoi l’obélisque est dressé, comme un lien avec les forces cosmiques, à l’entrée des temples,  des tombeaux.

 

Pour les égyptiens, le sommet de l’obélisque, appelé pyramidion, est souvent recouvert d’or parce qu’il est la montagne cosmique, la colline primordiale, la première terre émergée des eaux sur laquelle se posa le premier rayon de soleil. Une idée analogue est prêtée à Hermès Trismégiste pour qui le sommet pyramidal symboliserait le verbe démiurgique, puissance première inengendrée mais émergée du père et gouvernant toute chose créée. C’est pourquoi les obélisques pouvaient être faits de matériaux précieux : Thoutmosis III (v. 1504, 1450 av. J.-C.) fit édifier deux obélisques en électrum massif (métal contenant 75% d'or), mesurant 6,50 m de haut et pesant 32 tonnes chacun.

 

 

La forme du pyramidion nous oblige à dire tout de même quelques mots sur la symbolique du triangle quand il est en quelque sorte une représentation imaginale des métamorphoses de tous les aspects de l'origine.

 

Pour Pythagore Le triangle signifie la triple nature de la première substance différenciée ou la consubstantialité de l'Esprit manifesté, de la matière, et de l'Univers leur fils. Cette consubstantialité émane du point, le véritable Logos ésotérique, c’est ce que dit aussi Hermès Trismégiste.

 

Le point unique du haut du triangle est l'unité d'où tout procède et tout est de la même essence que lui. Le sommet Pythagoricien est dit le père, le côté gauche est la duade, la mère, le côté droit représente le fils que l'on retrouve comme époux de la mère dans beaucoup de cosmogonies. La base est l'univers, naturé en père-mère-fils, dans le monde phénoménal, et en même temps, unifiés dans le monde hypersensuel de l'unité.

 

Cette monade trinitaire est un triangle équilatéral.

 

Le sommet est le Un ; non pas le nombre mais l'unité qui est en contact avec le vide, l'Aïn-sof de la gnose hébraïque, le Mystère des Mystères (en ces temps le zéro n’était pas encore inventé). L'unité contient le 2 qui est le premier nombre parce qu'il faut qu'il y ait le 2 pour qu'il y ait soit augmentation, soit division, pour qu'il y ait autre chose et c'est ce quelque chose d'autre qui permet de dire que le 2 fonde le 1 qui alors se différencie de l'unité indénombrable.

 

 

Avec le 2, le 1 se sépare de l'unité. C'est dans la manifestation du commencement que le Un devient un nombre.

 

 

Auguste va exploiter ce symbole de l’obélisque pyramidal, en le détournant de sa spiritualité pour sa propagande personnelle. En effet, comme le rappelle Valbelle : « Dès le règne d'Auguste, le transport et l'érection à Rome d'un obélisque héliopolitain dédié au dieu soleil associent ce monuments caractéristique de la religion solaire égyptienne à une théologie solaire intégrée à l'idéologie impériale. »

 

Ses successeurs ne manquèrent pas d'en faire de même. Caracalla fit d'Isis une divinité de l'Etat romain. Néron, admirateur du despotisme à l'oriental, montra un vif intérêt pour les symboles égyptiens et particulièrement pour les obélisques. Aurélien adopta même le dieu solaire comme dieu suprême de l'Empire. Enfin, Constantin fit lui aussi déplacer des obélisques d'Egypte à Rome. Ornant les places, les temples, les cirques, les bâtiments funéraires, l'obélisque est devenu un élément ornemental incontournable de la Rome antique.

 

 

ð Le monumental de l’obélisque se fait reportage sculpté et prendra place naturellement pour célébrer des évènements marquants d’un règne. Au XVIIIe siècle, les pyramides commémoratives se substituent aux croix religieuses des carrefours.

 

Le signe s’efface devant le signal, la bénédiction devant la dédicace.

Depuis la nuit des temps, les représentations figurées du Roi dans la capitale, les palais et les châteaux fonctionnent en tant que mise en scène de la monarchie.

 

Signes de puissance qui signalent où réside l'autorité, ces signes participent de la représentation politique et de ses avatars.

 

Comme forme architecturale, la pyramide c’est déjà un vestige. Avant de répondre à quelque fonction que ce soit, avant de témoigner de ce qui a eu lieu où elle s’élève, elle s’offre comme le monument d’elle-même : mémoire de la mémoire ou monument dédié à la mémoire. La pyramide inscrit le lieu dans le lieu, rappelle le lieu à sa mémoire de lieu. D’où la faveur qu’elle connaît chez les architectes placés devant la commande d’un signal urbain.

 

Cathala en 1790 projette ainsi une place de la Bastille avec une colonne qui « représenterait les événements les plus intéressants du règne de Louis XVI et de la Révolution. Les bas-reliefs parleraient de la prise de la Bastille , de l'arrivée du roi et de la reine à Paris, du serment de Sa Majesté sur la Constitution et de l'adhésion des provinces aux décrets de l'Assemblée ».

 

Le 13 juillet de la même année, Barère demande que soit décrété un obélisque construit avec les pierres de la Bastille , où l'on graverait les droits de l'Homme, la prise de la Bastille et la Fédération. Une députation d'artistes vient à la tribune en septembre 1791 proposer que soit édifiée une colonne sur le Champ de la Fédération , où seront gravées les conquêtes de la Liberté , tandis que Mangin et Corbet suggèrent de commencer sans plus tarder un monument consacré aux événements de la Révolution , "figurés sous des traits symboliques."

 

 

Il y a 40 ans, le président Gamal Abdel Nasser inaugurait l'obélisque de Port-Said érigé à la mémoire des martyrs de la ville. Cet obélisque qui se dresse toujours au milieu d'une grande place est planté sur un immense socle de 6 mètres de hauteur orné de bas-reliefs représentant les différentes phases de la lutte populaire contre l'impérialisme : révolution du 23 juillet 1952, nationalisation de l'ancienne Compagnie du Canal de Suez. Un verset du Coran est gravé sur le socle.

 

 

 

Sous le Directoire (gouvernement de la France de 1795 à 1799), les relations se détériorèrent entre les Etats-Unis et la France. De 1798 à 1800, il y eut une guerre maritime entre les deux grandes Républiques avec, de part et d’autre, des saisies de bateaux marchands.

 

Aussitôt que le pouvoir lui fut confié (décembre 1799), Napoléon, qui était un admirateur des Etats-Unis, travailla à restaurer la paix et l’amitié entre les deux nations. Il avait un buste de George Washington dans son bureau.

 

Il invita le Président John Adams à entamer des négociations de paix. En conséquence, Olivier Ellsworth, William Davie et William Vans-Murray arrivèrent à Paris le 2 avril 1800. Bonaparte put apporter aux négociations tout son bon sens, son esprit de justice et sa volonté de paix et arriver ainsi à un accord qui reçut le titre de «Convention de Mortefontaine » signée le 30 septembre 1800.

 

Deux jours plus tard, le 2 octobre 1800, le Premier Consul donnait une grande fête à Mortefontaine pour le commémorer. Un obélisque flamboyant, dont le piédestal était orné d’allégories célébrant l’union des Républiques américaine et française, illuminait ses abords.

 

 

ð Comme art investi d'une finalité expressive, l’obélisque en France veut marquer le pouvoir absolu de ses monarques, il veut en scander l’étendue. Pourtant, le culte du roi Louis XIV, malgré la propagande royale organisée par Colbert, n'est pas parvenu à soumettre tous les Français dans une commune adoration de son souverain. C'est que ce culte est tourné en priorité 1 - vers la postérité (d'où l'importance de l'obélisque qui symbolise la renommée éternelle), 2 - vers les classes supérieures (il est bien rare de trouver une statue du roi dans un village de cette nation de paysans), 3 - vers les cours étrangères. Faim, froid, épidémies, la guerre par surcroît : voilà l'origine des grandes révoltes paysannes de ceux qu’on appelait les Croquants, les Nus-Pieds, les Lustucrus, voilà l’origine du mécontentement qui gronde non seulement chez les protestants, mais aussi chez les proches du roi. Ils se retrouveront en 1793 devant l’obélisque de Vaise (proche de Lyon), pour le détruire parce que cet obélisque affirmait, forcément, tout ce qui vient d’être dit à propos des obélisques.

 

 

Et là permettez-moi de conclure avec Victor Hugo par ces vers lus dans son recueil  les Feuilles d’Automne:

 

 

Hélas ! Plus de grandeur contient  plus de néant.

 

La bombe atteint plutôt l’obélisque géant

 

Que la tourelle des colombes.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

15- La solitude du désert

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L

 

 

'intérieur de l'homme est un désert, un vide pour Cioran, un abîme pour Victor Hugo, Hermann Hesse, Gérard de Nerval, Pascal, Paul Valéry et tant d'autres. L'invitation à se connaître de toutes les initiations n'est rien d'autre qu'un appel à prendre conscience de son propre désert. C'est une vision à la fois de sa misère et de sa grandeur.

 

 

L'homme de l'initiation doit s'arracher du monde, obstacle à la réflexion qui empêche la spéculation de l'absolu en lui. Seuls les solitaires ont accès au Royaume, disait Guillaume de St Thierry au XIIe siècle.

 

 

Cet enseignement peut être retrouvé dans les textes et catégories de pensée qui évoquent le thème du désert et de la quête, thème qui apparaît dans la plupart des religions et traditions initiantes.

 

 

Ce que l'on peut retenir dans ces hiéro-histoires, c'est que le désert permet un temps sacro-saint, où s'accomplit l'expérience religieuse ou mystique, où s'abolit la différence du saint et du sacré.

 

 

C'est un mouvement par lequel l'homme en se recueillant au désert, s'élève à la transcendance (souvent appelée Dieu ou le divin). Dans sa quête, le désert est l'épreuve et le lieu du combat contre le principe du Mal. En ce sens c'est un lieu de passage: se quitter soi-même, abandonner son moi superficiel pour trouver son Soi.

 

 

Il est comme un centre de labyrinthe où se vivra aussi l'expérience fécondante de la solitude et des combats Mais cette solitude, cet esseulement n'est jamais le lieu où doit se fixer définitivement l'initié.

 

 

Le désert, lieu où la quête ne s'y achève pas, conduit à une deuxième naissance, celle de toutes les terres promises. En initiation, le désert n'est qu'un passage.

 

 

Dans le désert, le pèlerin des sables se meut au contact de l'infini. Il s'immerge dans l'alliance de la terre et du ciel, dont le cœur en est le foyer de convergence. La contemplation, la theôria, ne peut qu'être expérience, un moyen de connaître des faits que l'on ne voit pas, de trouver une condition humaine autre.

 

 

Dans Terre des hommes, St Exupéry écrit : En arpentant un sable infiniment vierge, j'étais le premier à faire ruisseler d'une main dans l'autre, comme un or précieux, cette poussière de coquillages. Sur cette sorte de banquise polaire, qui de toute éternité n'avait pas formé un seul brin d'herbe, j'étais comme une semence apportée par le vent, le premier témoignage de la vie. Puis sur cette surface où s'allient la vie et la mort, ramassant un caillou noir, pluie noire des étoiles dans le désert, en un saisissant raccourci de sa méditation, St Exupéry assiste à cette lente averse de feu.

 

 

Il abandonne ici ses yeux de chair et réhausse son expérience sensorielle au rang d'une expérience initiatique. Le passage minéral, le règne de la pierre brute et du sable d'or deviennent présentation hiératique de l'absolu où se retrouvent les mots de la métamorphose alchimique. La minéralogie mystique est un espace figuratif dans lequel se retrouve ce que Gaston Bachelard appelle à juste titre un psychisme « lithognomique » sur la voie d'une renaissance spirituelle.

 

 

Cette relation alchimique au minéral, féconde toute la métamorphose de l'ermite en pèlerin.

 

 

Toute retraite dans la solitude du désert commence comme un renoncement au monde, comme une solitude nécessaire au dépouillement de l'homme ancien. La marche au désert ne se laisse plus appréhender selon des coordonnées horizontales de distance parcourue, mais selon celles de la profondeur Le passage par le désert consiste d'abord en une désertification intérieure, au sens où la mort minérale des paysages géologiques devient l'image de la mort que l'on désire pour renaître à l'initiation. A travers ces figures de la mort, la retraite au désert de sable ou d'immensité marine correspond, dans la démarche initiatique, d'abord à une descente régressive vers les premiers moments du monde, vers l'originaire et les profondeurs spirituelles, puis en s'inversant, elles correspondent à la progression ascendante, en authentique pèlerinage, en quête. L'aurore de la vie et de la lumière sera transfigurée par la source d'eau ou le buisson ardent. Ainsi, du néant absolu « la grâce flue de la fontaine divine, elle est un ressemblance divine, elle a la saveur de Dieu et rend l'âme semblable à Dieu » écrit Maître Eckhart.

 

 

Descente et remontée, dans l'alliance de la terre et du ciel, et dans le silence de l'apprenti, n'est-ce pas là aussi le chemin que nous propose la Colonne B \, dont la matière d'airain atteste aussi  de l'alliance du ciel et de terre ?

 

 

Dans l’isolement du mutisme imposé, la colonne B\ et la colonne du nord sont comme un désert pour le myste.

 

 

 

 

Là s'éveille le désir d'un lieu dont on pressent l'existence, mais dont on ne connaît encore ni l'éloignement, ni la configuration. Le voyageur ne s'identifie plus au conquérant assuré de ses trajets, ni à l'errant désorienté qui fuit, mais au pèlerin, à la quête de cet ailleurs dont on lui a parlé. La colonne B\ imaginalise dans l'épiphanie du désert le 4ème pilier du temple.

 

 

Le pèlerinage du parcours initiatique conduit au pays « du-non-où» au 4ème pilier, qui, comme une promesse, attend le F\M\, au delà de son désert intérieur traversé.

 

 

 

 

L'horizon désertique, la solitude instaurent une distance entre le fini et l'infini mais se refuse à toute appropriation. Je ne suis pas propriétaire de l'horizon, mais j'essaie de l'atteindre. Et comme l'écrit Lévinas: « L'infini n'est pas totalisable, il n'est pas objet de connaissance - ce qui le réduirait à la mesure de celui qui le contemple - mais il est désirable (ce qui suscite du désir), il est approchable par une pensée qui, à chaque instant, pense plus qu'elle pense. C'est le désir qui mesure l’infinité de l’infini. »

 

 

Et avec Corbin qui écrit :

 

 

Le pèlerin, le salek, répond à l'appel de I 'espace:

 

 

Plus outre, toujours ailleurs.

 

 

Il est l'Errant, le Renonciateur.

 

 

Nous ajouterons, il est le désirant.

 

 

La voie contemplative qui dispose l'homme à se faire accueil et à écouter la transcendance, est aussi celle par laquelle il apprend à donner en apprenant à recevoir; celle où on sait que le centre de lui-même est à l'extérieur et qu'au commencement est non pas le Je, mais le Tu.

 

 

 

 

En quoi le désert coïncide-t-il avec le temple ?

 

Quelques références :

 

 

Cioran: Durant toute la matinée, je n'ai fait que me répéter « l'homme est un abîme, l'homme est un abîme » - il m'est hélas impossible de trouver mieux.

 

 

Valéry: Nous vivons visiblement, mais l'intérieur est un abîme, note-t-il en apprenant la mort de Mallarmé.

 

 

Victor Hugo: Tout homme a son pathos...II s'obstine à cet abîme attirant, à ce sondage de l'inexploré, à ce désintéressement de la terre et de la vie, à ce regard sur l'invisible; il y vient, il y retourne, il s'y accoude, il s'y penche, il y fait un pas puis deux, et c'est ainsi qu'on pénètre dans l'impénétrable, et c'est ainsi qu'on s'en va dans les élargissements sans bords de la méditation infinie.

 

 

Charles Baudelaire:

 

 Je sens s'élargir dans mon être

 

  Un abîme béant; cet abîme est mon cœur 

 

  Brûlant comme un volcan, profond comme le vide !

 

 

 Alexis Klimov  : « Par l'abîme comprendre l'homme cette démarche, un Stéfan Zweig, par exemple, l'a faite sienne. C'est ce qui lui a permis d'écrire ces pages inoubliables à travers lesquelles, tout en approfondissant l'exploration de son propre abîme, il découvre celui de ses compagnons éternels Holderlin, Kleist, Stendhal, Balzac, Dickens, Dostoiesvski, Tolstoï, Nietzsche… ».

 

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

14- La solitude du nombre UN

 

 

 

 

D

 

 

ans les Traditions, le pluriel intervient de façon prépondérante dans le nombre de présents indispensables pour effectuer certains rituels :

 

  7 maîtres  rendent une loge juste et parfaite.

 

  10 hommes( miniam), attestent de la suffisance  d’un groupe d’hommes de bonne moeurs, pour pratiquer certaines prières, représentant un niveau de pureté suffisante.

 

  36 justes est l’ouverture minima de l’humanité à l’accueil du messie..

 

Si un quota autorise des opérations, l’isolement par lequel passent les impétrants est tout aussi indispensable dans les  traditions initiantes : veillée d’armes des adoubements, cabinet de réflexion, bandeau des ténèbres, et surtout silence de l’apprenti. La quête se fait à la fois par des méditations solitaires et à travers le groupe initiant. Les étapes de l’initiation font alterner des périodes appartenant à l’horizontalité (dans la recherche de savoir et de rencontres) et des périodes de verticalité où s’effectuent les transformations qui aboutissent à la connaissance.

 

Nous avons conscience de venir d’ailleurs et d’être poursuivis par cet ailleurs qui complète l’ensemble de nos références. L’initiation qui est  un effort vers le haut, vers le Soi, vers un changement d’état, ne s’accomplit pas pour tous au même rythme, mais va faire interférer la modification avec les autres membres du groupe et cela montre que l’homme n’est jamais un individu, il est le noyau d’un ensemble,  celui du passé et celui du présent.

 

La chaîne d’union, par le tissage des bras et des mains, nous fait vivre l’achronie dans le torrent de la réciprocité de la présence, unis par un lien ineffable. A la rupture de la chaîne, ne reste-t-il que la solitude ?

 

Dans le voyage initiatique ou les 33 degrés de la sagesse, Christian Jacq nous répond : « Tu seras seul, mais pas isolé comme quelqu’un qui ne connaît rien d’autre que lui-même. Tu seras seul face au Principe. Seul, tout en étant habité par la communauté des hommes avec lesquels tu voyages sur le chemin de l’initiation. »

 

Le symbolisme est l’instrument par excellence de l’intégration, de la rupture d’avec l’isolement.

 

Il ne peut y avoir de solidarité qu’entre individus partageant un système symbolique qui rend possible un consensus sur le sens du monde. Le symbolisme est interprétation en reprenant au passé ce que d’autres avaient déjà sédimenté et en l’embellissant par la spécificité de l’intuition de celui qui le complète. Cette recherche de ce que nous sommes au plus profond de l’être, le moi dépouillé du vieil homme et re-né en Soi, requiert les autres mais aussi la solitude; solitude qui nous protège de tous les totalitarismes.

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

13- Exigence pour une unité

 

 

 

 

C

 

’est une évidence, l’absence d’un membre de l’atelier coupe l’espace du chantier en deux. Ici et ailleurs. Cependant, les membres de l’atelier absents à la tenue, peuvent  dire leur  présence en pensée malgré tout, par le témoignage du F\ou de la S \ qui rapporte  leurs excuses en loge. Ne pas s’excuser, c’est faire prévaloir, sur le chantier, la prégnance des fantasmes d’abandon, c’est introduire la séparation, la coupure non seulement entre le groupe et l’absent, mais par là même au cœur du groupe. Ne pas respecter le groupe en tant qu’unité, c’est ne pas se respecter soi-même comme appartenant à ce groupe. La responsabilité est un choix et donc une liberté.

 

Travailler en loge fonde le F\M\ dans sa liberté d’être F\M\

 

Ne pas transmettre ses excuses sous forme d’obole ou de parole, c’est abandonner le chantier dont la linéarité est celle de l’enchaînement des tenues d’obligation.

 

Mais l’absent sera en manque, car il y a une  formation que la tenue en loge peut donner au F\M\ et qu’il ne peut trouver ailleurs. Quels en sont les aspects ?

 

Il m’apparaît  que la spécificité du travail maçonnique est ce vécu si particulier de la mise en résonance de l’être avec les rituels pratiqués par la loge, quand elle est réunie en tenue.

 

Les rituels tendent à être l’agent grâce auquel la nature profonde de chacun peut être éveillée et stimulée à un degré tel que le maçon pourra accomplir son grade et gagner cette impulsion supplémentaire, cet élan qui le porteront à travers ses épreuves, en le rendant capable de progresser de point en point, de colonne en colonne, à l’intérieur d’un temple de lumière, suivant une progression précise et ordonnée et qui lui permettront de réaliser cette progression dans le monde profane vis à vis des épreuves que le maçon y rencontrerait.

 

Chaque degré parle un symbolisme dont la parole, les mots, les rituels sont des clés qui devraient inspirer le maçon. Ces rythmes du vocable ou des gestuels produisent des effets. Hors du rituel point d’effet.

 

·      Le rituel rend une loge capable de s’unifier et d’effectuer ainsi un travail d’ensemble en tant que corps unique fonctionnant d’une manière cohérente. Les coups de maillet répétés, non seulement délimitent dans notre mental l’espace sacralisé, mais surtout réunissent les battements de nos cœurs, en les réinitialisant, par le bruit, sur la même pulsation, nos sursauts en témoignent. L’absent ne peut partager cela.

 

·      Chaque mot, chaque acte, chaque mouvement et chaque représentation imagée de la vérité focalise toutes les pensées  des maçons rassemblés en une convergence qui fait unité.. Il faut donc une conscience aiguisée de la symbolique du rituel pour accomplir ces attitudes comme une méditation de groupe. Privilégions au niveau de l’entrée en F\M\ ceux et celles qui nous semblent capables de répondre, après un enseignement d’app\, à cette exigence.

 

 

Chaque degré propose un mystère de signes secrets supposé protéger le F\M\ à chacun de ses grades. De quoi les mots et attouchements protègent-ils ?

 

Au 1er degré, l’impétrant est dépouillé symboliquement de ses métaux. Par là, il est protégé des risques possibles résultant du contact avec les forces électriques qui peuvent être déchargées par l’application de l’épée de l’initiateur.

 

L’initiateur, dans son sens le plus vrai, est en rapport avec les forces et l’énergie, avec la manifestation, entre autres, des phénomènes électriques, lesquels phénomènes résultent de l’interaction de la dualité des forces de l’univers ; entre l’énergie statique et l’énergie dynamique, entre l’esprit et la matière, entre la vie et la forme, interaction au sein de l’unité qu’elle manifeste justement  par cette dualité.

 

·      La cosmologie nous le dit : en tant que singularité initiale, le Big Bang serait une limite absolue à la compréhension de l’univers, puisque les lois de la physique ne sont plus valables, ni même les concepts les plus élémentaires de l’espace-temps. Les mythes racontent cette brisure de la durée grâce à laquelle commence le temps. La réalité est une structure habitée par les nombres, les proportions et les analogies. Ainsi elle se présente à l’homme et à son esprit pour y être déchiffrée.

 

·      La nature nous le dit : en effet, aujourd’hui, au niveau le plus microscopique de la connaissance scientifique, selon le principe d’incertitude d’Heisenberg, dans la particule, le savant ne peut plus distinguer ce qui est matière de ce qui est énergie.

 

·      Le rituel d’initiation, comme tout le rituel, nous le dit aussi :

 

Le profane courbé à l’entrée du temple, prêt à traverser la matrice de la Loge-mère , est prêt à redevenir l’être spirituel primordial. Cet être courbé représente pour certaines traditions, la chute de l’esprit dans la matière, pour d’autres traditions, ce symbole représente le divorce de l’Esprit d’avec la Matière , son retour à sa source primordiale dans laquelle l’impétrant s’immerge. Dans les 2 cas il s’agit toujours du Un manifesté en matière et énergie. ici tout est Un parce que tout est symbole. Si le  signe distingue et donc sépare, le symbole, lui, permet la convergence en réunissant ce qui est épars. Comme l’écrit René Guénon dans « Symboles de la science sacrée » : le complémentarisme n’est que l’apparence extérieure en tant qu’opposition ; mais au-delà du domaine où s’affirment les oppositions, elles doivent, comme tous les contraires, se rejoindre et s’unir d’une certaine façon.

 

Pour en revenir aux effets des énergies, dans les initiations antiques, c’est des dangers de contacts non préparés avec le feu éveilleur, purificateur et illuminateur que les signes protégeaient l’initié, tandis que les mots de passe assuraient la sécurité des  intrus « non-préparés ».

 

 Le feu ou esprit ou énergie était alors déchargé par le moyen de mots exacts qui étaient des mots de pouvoir. La bonne prononciation du phonème ou orthoépie permet ou non de traverser le passage gardé. La cantillation est, dans toutes les traditions initiatiques, un des outils de création d’environnements favorables, ou de mise en relation avec la transcendance. La prise de parole, en tenue, devrait en tenir compte

 

Mais, aujourd’hui, l’humanité, mauvais compagnon, n’a plus qu’une parole substituée, dont le pouvoir est très visiblement dénaturé.

 

Cependant, en loge, la parole prononcée essaiera d’appeler la sagesse, la force et la beauté à se manifester dans le temple, produisant sur les pierres vivantes, qui l’édifient, des effets, des changements spécifiques et nécessaires.

 

Les maçons ont toujours reconnu la parole comme génétique, comme étant la vie parce que donnant la lumière. Je te crée, constitue et te reçois F\M\

 

C’est cette parole qui accomplit l’initiation du néophyte en commencement de sa vie de F\M\ Toutes les autres paroles entendues en tenue appartiennent aussi à un rituel créatif d’une manière d’être F\M\

 

Le rituel, la parole en loge, transmettent au candidat à l’initiation l’énergie qui lui permettra de passer des ténèbres à la lumière dans le premier degré, de gravir l’escalier à vis de la connaissance vers la chambre du milieu au 2ème degré, et d’entrer dans la mort au 3ème grade

 

Un des  buts de l’humanisme est d’atteindre un esprit coopératif ou esprit de groupe et le développement de la conscience de groupe. Ainsi doit apparaître le rôle que joue l’unité dans le tout, et l’interaction de ce rôle dans de plus grandes structures. Par le rituel la maçonnerie peut apprendre cela.

 

Dans le travail maç\ et les activités de la loge, les étudiants de l’humanité peuvent voir dépeinte la nécessité pour les hommes de travailler ensemble comme frères.

 

Ils y trouvent ce que Ricoeur appelle un vivre ensemble de façon pacifiée, dans des institutions suffisamment justes. 

 

Le rituel fonde notre unanimité dans une pratique. Sans le rituel, les plus grandes divergences en matière de philosophie, pour ne pas dire politiques, voire personnelles, auraient déjà entamé l’existence de la F \M.\

 

La pensée symbolique est une pensée qui n’invente pas le monde, mais le rencontre et qui essaye de le comprendre dans son extension.

 

C’est pourquoi, c’est une grande culpabilité que de laisser se déliter un rituel. Le laxisme vis à vis du rituel, c’est permettre la division d‘une loge, c’est laisser les factions pervertir l’esprit d’unité que propose la F \M\ Il ne peut y avoir, indéniablement qu’une unité de vue sur nos commandements librement acceptés. Ces règles, vécues dans le temps sacré de midi à minuit, participent aussi à l’émergence de l’égrégore.

 

Le rituel est le lieu de rencontre de nos pluralités. Cela veut dire que nous acceptons la pluralité, l’identité de chacun, les chemins de sens pris par chacun, mais aussi, que nous reconnaissons la nécessité d’une unité de notre rassemblement braquée sur la totalité du sens, vécue dans et par le rituel.

 

Le Droit Humain est un ordre initiatique, et celui qui vient y chercher l’initiation doit pouvoir la trouver.

 

 

Le Vén\, qui conduit le rituel, et le Gd\Exp\, qui en est dépositaire, sont tout particulièrement garants de son intégrité, ce qui n’exclut pas, en la matière, la responsabilité de tous les officiers de la loge et des FF\ et SS\ qui travaillent sur les colonnes.

 

 

 Dans le symbolisme, dans la signification des outils des ouvriers, dans le mobilier et les bijoux de la loge, dans les travaux, on peut suivre ces points de repère qui montrent le chemin vers l’orient, là où la lumière comme tendance de l’unité peut être trouvée.

 

C’est pourquoi, en plagiant Charles Baudelaire, je dirai " notre Temple est une nature où, comme de longs échos, qui de loin se confondent, dans une ténébreuse et profonde Unité, vaste comme la nuit et comme la clarté, de vivants symboles se répondent " .Ils se répondent, soit dans leur complémentarité, soit dans leur pluralité ; mais toujours ils nous conduisent vers le Un.

 

Et je voudrai prendre, à travers le symbolisme, un exemple de cheminement sur mon chantier de l’extension du sens vers le Un.

 

La  porte basse, à l’occident du Temple, fait de son vis-à-vis à l’orient son correspondant.

 

Là, dans son Delta l’œil regarde la porte. Et je m’interroge : en quoi l’œil est aussi une porte ?

 

Une réponse possible se trouve dans l’alphabet primitif de l’humanité, dans sa forme protosinaïque.

 

Créé vers leXIVe siècle av. notre ère, cet alphabet utilisait, alors, des images d’objet ou de personnages, dont le nom commençait par le vocable que l’on voulait représenter. Ce premier son   servait de repère pour une lettre.. Ainsi,  Apis, permit d’écrire le son « A », et donc la tête  de taureau (qui était Apis) fut le hiéroglyphe primitif de la lettre « A ».

 

C’est ce que l’on appelle l’acrophonie (et qui fait du TGV l’acronyme du train à grande vitesse).

 

De même, l’œil servit de hiéroglyphe pour désigner la lettre « O », car en ces temps et en ces lieux, le mot qui nommait l’oeil se prononçait oyin, ce qui a d’ailleurs donné par évolution dans les diverses civilisations le ayin hébreu et le « O » de notre alphabet.

 

De ce fait le « O » a pris les sens symboliques dérivés du champ lexical de l’œil ; et aussi de tous ses contraires : Visible et invisible, apparaître et disparaître.

 

L’œil énonce tout ce qui est de l’ordre de l’apparition et du secret. Je cite Marc Alain Ouaknin dans son remarquable livre sur le « Mystère de l’alphabet » à propos de l’œil : 

 

" Il est le passage entre l’intérieur et l’extérieur, entre les profondeurs cachées et ténébreuses de la Terre et la clarté du monde solaire " (n’est-ce pas là aussi l’évocation de la porte basse, que le temple nous propose comme correspondant à l’œil ? )

 

Et il est écrit encore sur l’œil : " C’est le point où l’être se dévoile mais en même temps se voile ; un être humain ne se montre pas entièrement, son apparition n’est à chaque fois qu’une partie de la totalité de l’apparition. "

 

N’est-ce pas dire que l’œil témoigne pour le UN dans ses aspects différenciés ? A cet instant d’apparition, ne peut-on pas évoquer une naissance initiatique ? J’abuse du symbolisme me diriez-vous ? Alors devinez, comment se prononçait en Mésopotamie à cette époque le mot qui désignait la vulve féminine représentée en cunéiforme ougarit, cette autre écriture,… par un triangle pointe en haut ! Oyin bien sûr, comme l’œil. Quand le symbolisme vient nous narrer notre histoire de l’humanité, ainsi, par petites  touches, c’est toujours pour moi un émerveillement de la complexité et de la cohérence du UN.

 

Allons plus loin sur cette idée d’unité à laquelle l’œil nous ouvre la porte.

 

Le mot Schéma qui veut dire «écoute »est construit sur cham-ayin ; « là-bas l’œil » c'est à dire « là-bas regarde ». Ecouter,  c’est regarder au-delà de la proximité des apparences.

 

Ecouter, c’est essayer de découvrir le visible et l’invisible.

 

Ainsi, la projection symbolique de la porte basse, à travers le Temple, est devenue dans le Delta, ouverture sur les « au-delà »de Soi. L’œil est une porte ouverte qui donne à voir un espace-temps,  hors de notre portée dans son unité, qui comme une vérité, demeure un « là-bas » ou un touchement d’un plus-loin-encore, une naissance de l’invisible, vers lequel, la quête conduit l’initiable.

 

Ecouter devient alors entendement.

 

Dans la conduite de la loge et les activités des officiers, celui qui cherche trouvera des éclaircissements du gouvernement du monde.

 

 Dans les objectifs éthiques et spirituels de la tradition M\, celui qui cherche trouvera cette inspiration qui le maintiendra résolument dans sa quête.

 

Le mystère de l’esprit, le mystère de la lumière, le mystère de notre recherche de la vérité et de l’expérience spirituelle ainsi que le mystère de l’immortalité et de la résurrection, doivent se révéler à leur vraie place ; et à cette place peut se trouver un maître maç\

 

Tous les maç\ ont été introduits dans le temple de la vie. Beaucoup ont pénétré dans le monde de l’étude et de l’accroissement de la connaissance. Quelques uns ont triomphé de la mort et s’emploient à superviser le travail. Celui-ci est fondé sur la liberté qui confère la pratique du contrôle de soi, sur une égalité qui reconnaît notre humanité partagée et sur une fraternité qui oriente notre attitude mentale vers la solidarité avec tous.

 

Et je dis avec le philosophe Laplantine : Le cœur est le lieu de la synthèse de nos philosophies.

 

Il n’y a pas de justice sans solidarité. Celui qui fait la justice est appelé le juge, celui qui participe à la solidarité est appelé en hébreu un tsadik, c’est-à-dire le juste, car il fait une justice d’équilibre. La solidarité n’est pas une bonté à l'égard d’un être démuni, c’est une justice compensatrice. 

 

La solidarité, c’est-à-dire être juste, est la vocation première de celui qui veut atteindre la transcendance  en recréant une unité de l’humanité, où tout autre est notre humanité partagée. Aller jusqu’aux racines de sa différence, permet d’y découvrir sa compatibilité avec l’autre ; la connaissance n’est que dans une humilité à cette perméabilité des êtres entre eux.

 

C’est l’éthique, fondée sur l’unité de l’humanité, qui permet à la métaphysique de surgir, dans l’indépendance c'est à dire dans le droit de choisir ses interdépendances.

 

 

On peut  relire la Règle 9 pour les candidats «  de  l’initiation humaine à l’initiation solaire », prescrite par Alice Bailey : Que le disciple se joigne au cercle des autres - moi- . Mais qu’une seule couleur les réunisse et que leur unité apparaisse. Ce n’est que lorsque le groupe est reconnu et discerné intuitivement que l’énergie peut-être sagement diffusée.

 

Cette unisson dans le service de l’humanité est fondée sur

 

1.    l’unité de but

 

2.    l’unité de vibration

 

3.    l’identité d’affiliation en groupe

 

4.    des liens karmiques de longue date

 

5.    la possibilité de travailler en relations harmonieuses

 

 

S’il est vrai qu’il existe des structures qui permettent probablement de constituer de tels groupes, ce qui est certain, c’est que le travail en loge maç\réunit, au grade de M\, ces conditions. Le travail en tenue solennelle consiste à assurer l’emprise de son ego sur sa personnalité de façon à ce que la relation ésotérique du groupe devienne possible sur le plan physique. L’égrégore survient par une discipline de la personnalité du F\M\, et c’est ce que le rituel lui propose, de rencontres ponctuelles en rencontres ponctuelles, et ce, jusqu'à trouver, à la lumière d’une aurore inhabituelle, le fil qui relie.

 

 

C’est un pacte de renoncement narcissique

 

en échange d’une espérance totale.

 

 

Voilà, entre autre, pourquoi je pense que nous devrions vivre, à chaque instant de nos tenues, non seulement dans l’observance des rituels mais aussi dans leur exigence, ce qui permettra à chacun de vivre sa différence.

 

 

 

 

Alors, comme l’écrivait Daniel Pons dans «  Le fou et le créateur », son œuvre  maîtresse, et s’adressant à son frère, le créateur humain, celui qui tente de se construire lui-même en harmonie avec la parcelle de l’Unité qui l’habite :

 

 

Créateur, mon frère, lorsque tu sentiras ton corps d’éphémère t’abandonner, souviens toi alors que la barque d’Isis est un char qui conduit,  vers l’éternité, tous les corps exténués à force de s’être surpassés…

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

12- Accueillation

 

 

 

M

 

 

on F\, ma S\, l’aube n’appartient pas à la F \M\, car nous travaillons de midi à minuit, et pourtant, c’est dans un commencement  de lumière que nous vous avons accueillis.      

 

Désirer l’initiation comme vous l’avez fait est un premier pas vers plus de lumière. Elle est à conquérir. Vous avez entendu les chaînes qui gardent la porte du Temple, nous les avons, ce soir, enlevées pour vous ! Elles sont un gardien du seuil comme d’autres qui ont pour nom dragon ou illusions ou manque de volonté. La prochaine fois il faudra trouver le moyen d’entrer, de passer la porte par vous-même. L’humilité en est la vraie clef. C’est pourquoi l’initiation ne nous est pas donnée. Elle est  une quête à travers les épreuves qui s’imposent à nous.

 

La tradition de la cérémonie d’initiation de l’apprenti considère que les trois voyages que vous avez effectués sont 3 épreuves que vous avez traversées et desquelles vous avez triomphé.

 

J’en ajouterai une 4ème : l’épreuve du miroir. En Egypte, le miroir s’appelle l’ouvreur de visage. Car c’est bien de toi qu’il s’agit mon F\, ma S\ 

 

Il faut un regard de courage pour se remettre en question. Ce n’est pas la complaisance que le miroir te propose. Mais pour un esprit qui réfléchit, il y a dans ton miroir ta parcelle de lumière. Qu’elle soit une épée de lumière pour les combats à mener et tout particulièrement celui contre toi-même et cette arme resplendira dans ton questionnement du monde avec les symboles qui en sont le langage.

 

Les symboles nous délivrent des messages. Ils sont des ponts entre notre réalité vécue et celle de l’univers, des ponts de compréhension, des ponts de sensibilité. Ils nous permettent de prendre contact avec ce que l’intelligence, dans sa finitude, ne peut pas comprendre. Ils sont des catégories de pensées, ils sont indicateurs de comportement. Les symboles souvent associés aux mythes nous disent la voracité, la maternité, la haine, l’amour, la peur, la solitude et même le meurtre, ils nous disent aussi l’équilibre, l’harmonie, le mystère. Ils nous montrent l’homme dans son rapport avec lui-même, avec les autres, et avec le cosmos.

 

 

 Ici tout est Symbole. La F \M\ nous propose avec des symboles de pacifier, de fraterniser tous nos rapports d’être. Il faudra en découvrir la méthode. Le second Surv\notre S\ V. sera votre guide particulier pour vous conduire vers cette fraternité initiatique.

 

 

Aujourd’hui, vous avez consenti à changer de peau ; vous avez accepté d’abandonner dans la caverne des gestations, la vie connue pour plonger dans l’invisible de la lumière maç\; il vous faut intégrer cette transformation.

 

Le travail initiatique se développe de grade en grade, avec des degrés spécifiquement liés à des sensibilités différentes et à la faculté complexe de vivre sur plusieurs niveaux en même temps.

 

Devenir sensible à sa vie quotidienne et vouloir la modifier consciemment en trouvant une tonalité du cœur, n’est pas simplement une pensée philosophique, mais un réel travail spirituel demandant un effort et une volonté active pour sacrifier quelque chose, pour renoncer à des modalités du moi afin de se créer autre et d’agir sur le monde. Chaque acte, chaque émotion, chaque pensée, en fonction de sa modalité, de sa tonalité sature le monde de sa substance, de sa nature de bien ou de mal et affecte l’ordre de ce monde. Si notre Temple est orienté, c’est pour nous orienter. Nos irremplaçables tenues et leur égrégore disposent favorablement l’esprit et orientent le cœur vers la sagesse, la force, la beauté et surtout vers la fraternité.

 

 

Le temple maç\ fait de nous des F\, des S\.  Etre frère c’est avoir la même  ascendance, donc avoir la même origine.

 

Etre fraternel, c’est considérer toute vie comme équivalente d’une autre, quelle que soit sa valeur. C’est dépasser les différences pour ne retenir que ce qui nous est commun. C’est accepter l’autre  pour lui-même. C’est ne pas vouloir par une sur-conscience diminuer l’autre pour se grandir. Si les hommes doivent se comprendre, ils doivent se reconnaître, et pour se reconnaître, il faut qu’ils se rencontrent sans se mutiler, sans s’appauvrir, sans se renoncer. Il faut cesser d’être œdipien, pour pouvoir devenir fraternel. C’est à dire qu’il faut renoncer à tuer le père en sortant d’un système de hiérarchie profane, hiérarchie des êtres, hiérarchie des cultures, pour retrouver en l’autre quelle que soit son histoire, notre propre altérité.

 

C’est peut-être ce que signifie aussi être « enfant de la veuve » comme nous le disons en F\M\ Ne plus avoir de père nous met provisoirement à l’abri de telles tentations ou pulsions homicides, prédatrices.

 

Ici nous est offerte la connaissance de certains aspects de la vie universelle, cachée par les ténèbres, c'est à dire par les penchants de l’ego, les peurs, les envies, l’animalité, l’ignorance. Souvent les sages parlent d’une sagesse raisonnable, mais il faut un peu de folie pour penser le sacré.

 

En effet, le sacré ne peut s’exprimer qu’à travers des êtres qui parlent et agissent avec un monde multidimensionnel. Toute idée de  sagesse qui dérange nos conceptions du monde profane mérite l’attention de l’initié qui veut réellement se rapprocher du secret de l‘univers.

 

Il n’est pas question en F\M\d’élaborer un univers clos, dans lequel l’initié serait enfermé. L’univers franc-maçonnique est celui du pluralisme confiant. Cet univers est représenté symboliquement, c’est donc par une indication, une suggestion qu’il se rend intelligible. Il importe à chacun de le découvrir et de le construire avec sa propre liberté.

 

Osez accomplir le voyage de l’indifférence vers la fraternité, du raisonnable vers la folie, du savoir vers la connaissance, du plaisir vers la joie, de vous à vous-mêmes.

 

La F \M\s’offre à vous ce jour, comme un arbre fleuri. Elle vous propose d’accueillir tout ce qui est. Il y a une nourriture vivante à recueillir  ses fruits qui sont nos œuvres. Ne laissez pas pourrir cet arbre. Pour cela il vous faudra cultiver avec Sagesse, Force et Beauté le questionnement incessant et renouvelé du monde car comme l’écrit le Philosophe : « La tradition est la plus belle des libertés pour la génération qui l’assume avec la conscience claire de sa signification, mais elle est aussi l’esclavage le plus misérable pour celui qui en recueille l’héritage par simple paresse d’esprit. »

 

Tente, mon F\, ma S\, de célébrer l’union de toutes les formes de Vie : " Connaître le monde dans ses différentes manifestations, ses couleurs, c’est une connaissance du soir. Le connaître dans son unité c’est une connaissance du matin " nous dit Christian Jacq. Que le jour enchaîne ses alternances de lumière et ne s’achève pas pour vous.

 

La lumière n’est pas offerte facilement ; elle viendra progressivement, lentement et puis à force de progresser, elle sera la paix, cet inestimable salaire pour les épreuves infligées par la vie. 

 

 Lors de l’érection de tout édifice majestueux ou grandiose, il est coutumier de poser la première pierre ou pierre de fondation au Nord-est du bâtiment.

 

 

Mon F\, ma S\,  ta présence sur ta col\ au nord-est de la loge augmente les dimensions de notre Temple de fraternité.

 

 

Tous ensemble, faisons rayonner notre temple, pour qu’il féconde un peu plus l’humain qui est dans l’homme.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

11- Accueillerie

 

 

 

 

M

 

on F\.Z. , ma S\.B. le 'M' et le 'B' que vous pouvez voir sur le tablier des M\ ne signifient pas "merci beaucoup" et pourtant...L'épreuve que vous venez de vivre n'est pas une consécration. Rien ne vous a été conféré, rien ne vous a été donné de plus que ce que vous avez apporté en étant ce que vous êtes.

 

L'initiation de ce soir n'est pas un sacrement; elle est une mise en chemin, sur une voie de la pensée, où la lumière guide des êtres libres et de bonnes mœurs qui s'y retrouvent.

 

La quête initiatique est une façon d'habiter le monde. C'est admettre et vouloir s'orienter, c'est vouloir sortir du chaos; c'est faire un pari existentiel sur le sens contre l'absurde et c'est au cœur d'une telle démarche que se construit aussi la fraternité. L'initiation fonde la fraternité. En effet, c'est par la réalisation de la construction d'un temple que se fait la fraternité des compagnons et le compagnon lui-même.

 

C'est en travaillant sur lui-même et par ses actes que le F\M\ construit une fraternité opérative qui le relie à ses F\et S.\et qu'il peut, à partir de là, poursuivre la construction de la fraternité des hommes, où chaque homme est un vecteur de la vérité universelle. Les hommes sont irréductibles dans leur singularité et là il y a une égalité absolue en dignité. C'est en affirmant cela que la F \M\ affirme en même temps que la personne est porteuse d'universalité. Le F\M\ est celui qui est capable de reconnaître l'universalité en tout autre. Pour un F\ M\ la différence  n'est pas revendiquée pour elle-même (cela porterait en soi le risque d'une barbarie sauvage) mais la différence est, pour lui, les aspects différenciés de l'universalité.

 

Ce respect de soi et de l'autre est une des facettes de l'observance de la Loi Morale qui fait de lui un être de bonnes mœurs, et à laquelle le F\M\obéit de sa propre volonté, montrant ainsi son aptitude à l'autonomie.

 

Ici, une loi vous est donnée, pour renouveler en ce sens votre  liberté : ce sont les Règlements Généraux qui nous proposent des catégories de pensées pour nous organiser en groupe, œuvrant aux progrès de l'humanité.

 

Et pour cette société, la F \M\ propose une incomparable manière d'être parce qu'ici tout est symbole.

 

Depuis Saussure, nous savons que tout système de langage est composé de signes et qu'un signe est composé de deux éléments, le signifiant et le signifié auquel le signifiant fait référence (le sachet montre le contenu sémantique). Mais en parlant, nous banalisons les signifiants qui ainsi, devenus communs à tous, ont perdu leur vérité, alors que nous avions enfoui et sédimenté dans le signifié ce que nous avons de plus intime, ce que nous avons de plus personnel dans nos rapports à une réalité vécue du monde.

 

Utiliser le symbole, ce n'est pas seulement ni simplement parler, c'est dire.

 

Avec le symbole, le bavardage cesse, pour laisser place au discours philosophique au service du plus vrai.  User de symboles, c'est donner à chacun la possibilité et la nécessité de rechercher par l'effort et la tension du questionnement l'ouverture aux sens, la quête de nos possibilités par l'interprétation et le respect des possibilités de l'autre. C'est rendre les mots communs propres à chacun.

 

Ma S\, mon F.\ tu es jeune et je le suis un peu moins; ainsi nous ne parlons pas le même langage. Les mots ont la consistance de cette sédimentation faite de rapports de nos vécus. Alors reprenons ensemble ce qui fait lien et en même temps nuance. Epelons lettre à lettre pour structurer le signifié par des signifiants enfin propres. Tu épelleras et nous écouterons et nous te suivrons pour te comprendre.

 

Nous épellerons aussi, puisque tu ne sais pas lire, pour te donner un chemin vers l'unité qui fait sens. Accepte-le, non comme un reproche, (la vue que tu as du monde n'est que parcellaire), mais comme une offrande et considère qu'apprendre à rassembler ce qui est épars ne te mène qu'à atteindre ta seule vérité. Tisser les lettres pour en faire des mots ensemble, c'est faire de chacun un sujet, et de chaque être un lieu de convergence, un centre d'union, un "continent existentiel".

 

Le symbole ne recouvre pas d'obscurantisme, il dévoile, il révèle une connaissance du monde toujours plus vaste qu'une parole enfermerait et réduirait dès lors qu'elle se donnerait à entendre sous forme de discours.

 

Notre imperfection est une promesse d'avenir.  Les araignées sont parfaites en leur espèce mais n'ont aucune chance d'évoluer depuis des millions d'années.

 

Votre résurrection de ce soir est l'évidence de ce dépassement qui fonde notre nature imparfaite, mais qui laisse espérer cette évasion de la cage des systèmes clos.

 

 

Ma S\B, mon F\Z, pour plagier Paul Eluard qui écrit:

 

"Des abeilles volaient futures de leur miel et j'ai multiplié mes désirs de lumière pour en comprendre la raison"; j'ai envie de vous dire ce soir: Tu es venu(e), notre espérance t'attendait, futur de toi-même, et j'ai multiplié nos désirs de lumière par ta présence.

 

Oui, ici, nous sommes ensemble dans la lumière, non pas juxtaposés, mais reliés comme des gouttes d'eau qui parce qu'elles sont dans la lumière forment alors un arc-en-ciel, cette arche d'alliance pour les fils de lumière.

 

 Dans cette relation à l'autre  le F\M\ crée sa vérité en créant son œuvre : lui-même.

 

L'être humain vient de son avenir, son identité n'est pas son héritage (il peut choisir de renaître comme vous l'avez fait), cette identité-à-renouveler par l'initiation doit scintiller à partir de l'avenir où se trouve déjà notre histoire.

 

Il vous a été  très clairement exprimé par vos épreuves d'initiation que la vie est un passage d'épreuves inéluctables: épreuves de la mort mais aussi de la vie qui foisonne ; épreuve de la liberté, de celle que les autres ont ou n'ont pas, de celle que nous n'avons pas suffisamment; épreuves des quotidiens mutilés mais aussi épreuves du bonheur. Le F\M\ est celui qui triomphe des épreuves et parce qu'il aura triomphé, il  pourra aller plus loin, vers sa gloire de rencontrer d'autres épreuves pour faire de lui un homme parmi les hommes, pour lequel il n'y a plus de limites intérieures sur une voie initiante de la sagesse.

 

Mon F\ ma S\, vous êtes déjà sédimentés de toutes vos-morts-traversées et de celle d'aujourd'hui en particulier. Là, vous êtes morts comme profane pour renaître, par notre recon-naissance comme F\.M\

 

 Le second surv\ est chargé de vous guider pour commencer le voyage vers votre être en devenir.

 

Notre S\ G. est ce guide-là. Allez vers elle, elle vous mènera vers vous.
 Ma S
\B\, mon F\ Z.,  vous êtes passés, ce soir, par la porte basse pour accéder au passage de l'équerre au compas, de la terre au ciel, pour accéder à la présence de l'Infini.

 

Le bandeau des gestations vous a été retiré pour une conversion du regard qui vous éveillera à l'immensité qui se donne maintenant à voir.

 

Nous participons à une pensée qui cherche à éveiller la pensée en  respectant la nuit; cette nuit qui est notre pauvre vérité du jour mais qui porte en elle la promesse d'une aurore. Le temple et les rituels Maç\ nous en montrent des lueurs.

 

 Dans cet Infini, la couleur , qui fondamentalement signifie une division, une contraposition de valeurs, le miroir d'une différence, d'une dramatisation de la réalité, la couleur devient ici   l'aspiration à la lumière.; à la lumière originelle, celle à laquelle s’éclairent nos flambeaux. 

 

 

Elle entre dans la couleur, l'engendre, la traverse et lui donne  la grâce. Ici, nous sommes dans une loge bleue.

 

Comme cette lumière qui porte son obscurité pour faire de la couleur, le nombre 2 peut-être ombre et clarté. Commencez par ce 2 pour trouver le 3, celui qui ne demeure  pas pluriel, mais celui qui ramène à l'unité. Que ce 2  soit pacifique! S'il est dualité, opposition, parfois division au commencement de l'apprentissage, il porte cependant la promesse d'être aussi le 2 de la multiplication. Alors ce n'est plus deux points qui s'opposent dans la nature complémentaire duale, c'est un plan qui se développe et qui permet d’œuvrer dans le réel où s'accomplit la reco-naissance du F\M\

 

Et, je  dis avec René Char : La quête d'un F\ ou d'une S\, signifie toujours la recherche d'un être, à qui nous désirons offrir des transcendances. 

 

Et je dis, avec tous les F\ et S\ de cet atelier, ma S\B., mon F\Z.,  en devenant ce soir notre S\, notre F\, nous vous remercions de nous offrir vos transcendances pour nous les faire partager dans la joie de la fraternité, par vous ce soir revivifiée.

 

 

J'inscris d'une ligne légère le cheminement d'un printemps qui fait, du bourgeon de l'instant que vous êtes encore, une fleur-vers-la-lumière où elle trouvera ses fruits, qui portent déjà votre propre graine.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

10 - Humilité

 

 

 

 

 

C

 

ourbez la tête, cette porte est très basse: par cette première parole, adressée au novice, la cérémonie d’initiation se place d’emblée sous le signe de l’inflexion. Le grand expert fait ressortir l’impétrant, le confronte avec le premier élément, puis le ramène.

 

Courbez-vous cette porte est très basse. Le myste vient de vivre l’épreuve de la Terre. Il lui est rappelé qu’il en est le fils (il en vient, il y retournera). Et à ce fils de la Terre (humus en latin) il est demandé de montrer de l’ humilité par son inclination.

 

Le néophyte entend: « Courbez-vous, cette porte est très basse ». Hésitera-t-il? Peut-il douter que l’entre-deux par lequel il doit passer pour franchir le seuil ne soit pas ce qu’on lui dit ? Depuis son obscurité, le récipiendaire fait confiance à la parole dans la lumière. Alors il se baisse, par acceptation que la porte soit basse; en réalité ou symboliquement.

 

C’est CELA l’humilité, se baisser non pour se faire petit, mais pour faire confiance à l’autre; pour laisser place à la parole d’un autre qui sait mieux, qui guide, qui indique, qui dit. C’est l’humilitas selon Spinoza et non la micropsuchia (se minimiser) d’Aristote.

 

L’humilité n’est pas le mépris de soi, mais

 

une connaissance de soi et une re-connaissance  de l’autre.

 

En se baissant le futur maç\ rend sensible sa confiance sous forme d’un acte qui n’est pas obéissance mais entendement et compréhension. Il se met en relation avec une forme du monde qui l’environne; il s’y adapte, il tient compte de ce qui lui est extérieur en se modifiant pour se conformer à une unité harmonique.

 

L’humilité est ainsi une conscience extrême de ses limites.

 

Je suis trop grand pour une porte plus basse que moi, ce n’est pas la porte que j’agrandis, car je ne le peux, c’est moi que je diminue pour me placer avec juste mesure dans l’espace que je traverse.

 

Ainsi l’humilité vécue par le profane n’est pas une humiliation. C’est une épreuve de savoir-faire par une réponse de réalité adaptée à une parole qui ne commande pas mais recommande. Baissez-vous, la porte est basse et si je me baisse pour passer il y a alors une relation de qualité, de sujet à sujet, qui échange des informations constructives. Il est indiqué que la porte est basse. Une raison est donnée qui explique pourquoi il faut se  baisser, il s’agit de pouvoir passer sans se faire mal.

 

Et le récipiendaire qui vient juste de se baisser, pour toucher la terre, répète son mouvement  pour avancer. Il se protège en se rapprochant de l’humus et se présente ainsi dans une position fœtale pour aller vers sa renaissance.

 

Baissez-vous, c’est comme l’invitation à naître, à se baisser pour vivre debout; baissez-vous cela s’entend, en ce temps initial, comme une indication du moment à renaître. Allez maintenant, sortez de la matrice obscure pour pénétrer dans la loge-mère. Franchissez cette limite au-delà de laquelle il y a votre devenir franc-maçon.

 

En se baissant, c’est par un changement de position que le profane passe d’une attitude rigide et droite à une autre position dans son mental. Il s’ouvre en laissant place en lui à sa renaissance. La porte basse est à vivre comme une difficulté de l’accès à un autre soi-même, comme nécessité d’une modification du récipiendaire pour parvenir à l’initiation. La porte est basse pour être le lieu de passage d’une arrivée de plus d’être qui, de ce fait, va participer de l’autre côté à la transformation du monde.

 

 

La porte basse marque l’espérance de cette possibilité d’accès à une réalité supérieure.

 

 

Les rites maç\placent au commencement de l’initiation une recommandation, celle de l’humilité qui de ce fait apparaît comme fondamentale et fondatrice du rapport entre F\et S\

 

La fraternité c’est avant tout de l’humilité en ce sens qu’elle fait place à l’autre dans un relatif renoncement de la dilatation naturelle  de l’ego au profit de la réalité de l’autre : Humilité, synergie de Tolérance. Par l’humilité, c’est à dire en se retirant de soi pour s’ouvrir aux autres, la tolérance se dynamise.

 

Ce n’est plus seulement : tu penses ce que tu veux mais moi aussi et je ne change pas d’avis; c’est avec l’humilité se replacer, par un pluralisme interprétatif, dans un rapport au monde dans ce mouvement de transcendance vers l’autre qui ne signifie pas appropriation de la vérité, mais convergence vers le possible.

 

L’écoute de la parole de l’autre permet une mise en mouvement orientée. Il y a articulation et clarification de l’expérience temporelle. Baissez-vous la porte est basse, mais en vérité la porte n’est pas basse. Que peut-on en penser? Pour les maç\ sur les colonnes il leur est donné à voir l’inexactitude de la parole du gd\exp\ qui guide le myste. De fait, cela se passe dans le contexte d’un rite, là où ce qui est dit, comme dans un récit mythique, devient vérité apodictique: ce qui est dit fonde la vérité absolue. Il s’agit évidemment de réalités sacrées car à ce moment c’est le sacré qui est réalité. Alors la porte est vraiment basse. Le temps sacré rend l’espace sacré et cette  porte  basse est celle du temple érigé dans la matière cosmique sanctifiée.

 

Le modèle architectural de l’ouverture pour entrer dans le temple est donc une porte basse qui veut ainsi créer une rupture de niveau d’être pour parvenir dans ce nouveau monde que le maç\a choisi d’habiter.

 

L’humilité maçonnique est cette capacité à se plier pour pénétrer dans le temple parmi les autres. C’est savoir tailler sa pierre avec la juste mesure pour qu’elle s’assemble, pour parvenir à être parmi les hommes.

 

 

Mais c’est aussi entrer dans le temple intérieur pour s’accepter dans une recherche de soi à travers des niveaux de compréhension de plus en plus profonds.

 

L’humilité maç\ est un acte dans le rapport à l’autre.

 

Ecouter en humilité est en soi un acte complet, il sera celui du F\M\ et tout particulièrement celui de l’apprenti. Cet acte porte en lui même sa liberté parce qu’il s’agit d’œuvrer pour que le moi laisse place à la relation.

 

C’est l’abandon du vieil homme au profit d’une conscience attentive, c’est le renoncement de la répétition des enregistrements expérimentaux pour un temps sans cesse inaugural qui ajoute du nouveau à l’être, qui le fait avancer vers un être-autrement, un être avec les autres.

 

L’humilité est cette conscience d’être perfectible et la capacité de douter qui laisse de la place en soi à autre chose qu’à ses certitudes.

 

L’humble n’est pas un éclopé de la réussite, car cela suppose d’aller jusqu’au bout de ses forces pour reconnaître autrui, non comme négation victimaire de soi mais comme condition héroïque où l’homme fait place à l’homme.

 

L’humilité est une mise en mouvement du « JE » qui fait place au « NOUS » pour l’instauration d’un juste rapport entre partenaires. L’humilité en tant que tolérance de soi avec les autres est l’indispensable manière d’être du maç\ sur laquelle se solidifie l’édification du temple.            

 

A la fin des travaux, lorsque le “JE” est devenu le “NOUS” rituel sur lequel s’appuie le serment du retour à la vie profane "promettons de garder le silence sur nos travaux ; Nous le promettons", la porte des commencements est devenue immense.

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

9 - Le fruit de l’Arbre de Liberté

 

 

 

 

D

 

épister les parcelles de vérité qui sont intelligibles à l’esprit humain, devenir des espions du mystère, voir, toucher, vivre dans sa présence, plonger où il est le plus profond, le plus doux, le plus central, le plus transcendant, dans le ruissellement des énergies nous emmenant sur un autre plan de vie.

 

Et si c’était nous qui créions l’univers et actualisions le mystère ? Grande serait notre responsabilité, et « choisir », dans les renoncements que cela implique, choisir serait faire prendre des risques à l’avenir de notre devenir collectif.

 

Sur la planche à tracer, lieu de notre quête de l’esprit à partir de la matière, j’ai tenté de parcourir une fois encore « l’arbre de liberté » dans le sens (en direction) de « déterrer la bible ».

 

La Bible parle dans Gen29 de deux arbres dans le Paradis : « Elohim fait germer de la glèbe tout arbre convoitable pour la vue et bien à manger. L’arbre de vie, au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bien et du mal »

 

Dans les exégèses mystiques, l’arbre de vie est aussi désigné par l’arbre de liberté.

 

Ces deux arbres représentent deux sphères différentes du domaine divin : l’arbre de vie fut très longtemps identifié avec la Thora écrite, l’autre arbre, celui de la connaissance du bien et du mal, avec la Thora orale. Ainsi, il serait une organisation mystique de la Thora qui permet de la considérer comme vivante, puisque comparée à des arbres. La Thora écrite, comme l’entend l’usage ésotérique de la langue, dans les sources talmudiques, n’est que le texte du Pentateuque. La Thora orale, elle, désigne tout le reste, ce qui est présenté par les spécialistes de l’Ecriture et les sages : c’est la tradition explicative. La Thora orale représente, en somme, la tradition du peuple israélite ; elle est le complément et la concrétisation nécessaire de la Thora écrite. La Thora écrite est comprise comme un symbole de la partie dispensatrice de la Divinité et la Thora orale est considérée comme un symbole de la partie réceptive. La totalité de la révélation n’est donnée que dans la totalité de l’unité Thora écrite + Thora orale.

 

L’organisme ardent de la Thora qui brûlait en feu noir sur feu blanc devant D. est à comprendre ainsi : le feu blanc est la Thora écrite dans laquelle la forme des lettres n’est pas encore visible, mais qui reçoit cette forme des consonnes ou des points- voyelles que grâce à la puissance du feu noir, qui est la Thora orale. Ce feu noir est comme l’encre sur le parchemin.

 

Donc, c’est dans l’accomplissement que s’écrit aussi la Thora. Ainsi l’arbre de la connaissance du bien et du mal identifie la Thora dans son existence historique, dans sa relation avec les choix faits par l’humanité de manger ou de ne pas manger, de faire ou de ne pas faire. C’est pourquoi l’arbre de la connaissance c’est aussi l’arbre des restrictions, des défenses, des limitations ; tandis que l’arbre de vie est l’arbre de liberté dans lequel la dualité du bonheur et du malheur, du bien et du mal, n’était pas encore visible, mais dans lequel tout était tourné vers l’unité de la vie divine, qui n’était encore atteinte par aucune restriction, ni par la puissance de la mort ou par tous les autres aspects de la vie qui apparurent seulement après la consommation de cet arbre, consommation considérée comme le pêché originel !

 

On retrouve cette idée d’unité brisée et le dualisme de ces deux arbres avec les deux groupes de Tables de la Loi données à Moïse sur le mont Sinaï. D’après une vieille idée talmudique, le poison du serpent, qui avait contaminé l’humanité à partir d’Eve, avait perdu ses pouvoirs avec la révélation du Sinaï. Les cabalistes écrivent que les premières Tables, qui avaient été données avant le pêché du veau d’or n’ont été lues que par Moïse et provenaient de l’arbre de Vie.

 

Les secondes Tables qui furent données après que les premières furent brisées, provenaient, elles, de l’arbre de la connaissance.

 

Ainsi les premières Tables, contenant une révélation de la Thora , correspondraient à l’état originel des hommes, lorsqu’ils se laissaient guider par le principe de l’unité incorporé dans l’arbre de vie. Cette Thora eut été plus spirituelle, transmise pour un monde dans lequel révélation et rédemption coïncideraient, dans lequel le pouvoir de la mort n’avait pas besoin d’être maîtrisé par des défenses et des restrictions.

 

Le Mystère eut été intégralement révélé. Le feu blanc serait devenu visible.

 

Mais on connaît la colère terrifiante du bègue, Moïse le bélier, devant l’idolâtrie du veau d’or !

 

On casse, on brûle, on tue (Ex 33.28) Les Benéi Lévi font selon la parole de Moïse, Il tombe du peuple, en ce jour, 3000 hommes environ.

 

Mais on regrette, on se repent malgré la nuque dure ; alors on recommence, on s’éloigne, on s’isole et on remonte, car il s’agit de s’élever et on retranscrit (Ex 34.28) Et il est là avec Adonaï, 40 jours et 40 nuits. IL écrit sur les Tables les paroles du pacte, dix paroles sur les nouvelles tables. La Thora paraît dans son vêtement historique. Certes elle a encore des niveaux cachés de mystère infini, mais la lumière n’est visible qu’à travers le bien, alors que le mal doit être combattu et limité par les commandements, des interdictions que l’on pense être des contrepoids au mal. La Thora est alors la coquille dure, inévitable dans un monde où règnent les forces du mal. Mais dans l’accomplissement l’homme est capable de briser cette coquille extérieure et de pénétrer jusqu’au noyau, jusqu’à l’arbre de liberté.

 

Tout particulièrement pour notre F\G., je dirai à propos de ces deux Thora :

 

Lorsqu’il est dit dans le cantique (4.11) : Le miel et le lait sont sous la langue, cela peut vouloir dire que le langage dissimule puis révèle l’infinie douceur et l’infinie valeur nutritive de la pensée spirituelle. Le miel et le lait étant des métaphores de la Thora écrite et de la Thora orale.

 

Cette pensée est pleinement humaine mais aussi pleine de  D. lorsqu’elle en respecte la Discrétion et fait de sa Loi une nourriture ; le lait est appelé h’eleb parce qu’il vient du leb (cœur) ; il est mêlé au miel, né des allées et venues, du suc des fleurs mélangé au suc d’autres fleurs, par un tisserand de douceur, l’abeille qu’on appelle en hébreu débora, celle qui tisse le dabar, la parole qui irrigue la pensée vers les cieux des cieux.

 

Dans le Zohar, le livre de la Splendeur , texte fondamental de la pensée juive, Moïse de Léon écrit : Car on appelle la Thora l’arbre de Vie… La Thora a une tête, un corps, un cœur, une bouche et d’autres membres de la même façon qu’Israël.

 

C’est à partir de cet anthropomorphisme de la Thora considérée comme un organisme vivant, de cette organisation mystique de la Thora où le nom de D. est incorporé (puisqu’il est dit que la Thora est tissée avec le nom) c’est à partir de cela que je me demande : comment rencontrer la transcendance ?

 

En allant vers Elle?

 

En La faisant venir vers nous?

 

En La faisant exister en L’actualisant?

 

Et je me pose ces questions comme les néoplatoniciens qui voyaient déjà, dans la similitude d’aspect (ou isomorphisme) la traduction d’une relation ontologique (science de l’être) essentielle grâce à laquelle il est possible de penser que l’objet matériel d’un rite puisse agir sur une composante déterminée de la structure du plérome divin (de l’arbre de Vie) en vertu du principe philosophique de ressemblance et d’identité.

 

Mais avant, je voudrai essayer de vous évoquer le monde des attributs de la manifestation divine : Le plérome est décrit en langage symbolique, car la perception directe, et nous le comprenons, n’est pas accessible à l’esprit humain.

 

Comme 10 paroles, 10 séphiroth, 10 splendeurs organisent les attributs de la manifestation en un archétype spécifique. La structure est comme un modèle sur lequel se fonde tout ce qui est manifesté. On nomme cette structure Image de D., mais on la connaît davantage sous le nom d’arbre de vie, de plérome. Le flux qui manifeste les 10 séphiroth peut-être visualisé comme un éclair de lumière zigzaguant d’une position centrale (Equilibre) vers la droite (Expansion et masculine) et vers la gauche (contrainte et féminine). La structure fait apparaître ainsi 3 colonnes verticales du diagramme de l’arbre de vie, connues sous le nom de Piliers.

 

Les séphiroths se définissent au départ comme les attributs du divin mais on peut aussi les comprendre en terme d’expériences humaines.  Les cabbalistes parlent d’attributs et de sphères de lumière, mais dans le même contexte, ils parlent aussi de noms divins et de lettres ; ces lettres avec lesquelles les noms divins sont formés. On peut alors dire que le monde secret est un langage; un monde de noms divins qui se développent selon leur propre essence. Attention ! Les lettres et les noms ne sont pas seulement des moyens conventionnels de communication. Ils sont le mystère. Chacun représente une concentration d’énergie et exprime une plénitude de sens qu’il est absolument impossible de traduire. L’unification du plérome est le nom sacré : le grand nom, l’imprononçable, le tétragramme n'en étant qu'une des formes.

 

Dans Isaïe 43.7 il est écrit : Ne frémis pas, oui je suis avec toi, chaque être appelé par  mon nom ; car je l’ai créé pour ma Gloire, Je l’ai formé ; oui je l’ai fait.

 

Ces quatre niveaux exprimés par les verbes appeler, créer, former et faire existent au sein de l’arbre de vie. Ils correspondent symboliquement à racine, tronc, branche et fruit. On les perçoit également dans les quatre stades de la manifestation à partir de la  source  du tout, du Un.

 

Le premier niveau, associé avec le feu, est le plus proche du sommet de l’arbre, il représente la volonté pure (l’appel divin). Le deuxième, associé à l’air, est le symbole d’intellect (de la création divine). Le troisième niveau, associé à l’eau, est conçu comme l’expression de l’émotion sous ses formes changeantes (la formation divine). Le quatrième, associé à la terre, parle d’action, de faire, d’exécution pratique (le faire divin).

 

Chaque niveau inclut les qualités et les activités du niveau supérieur de sorte qu’en descendant le long de l’arbre, les lois sont plus nombreuses, la structure plus complexe et tout est plus éloigné de la source.

 

Retenons que le mythe de l’unité divine est inscrit comme suprême concentration dans un symbole infini, dans lequel toutes les images et tous les noms font allusion au moyen par lequel D. se communique à travers les niveaux de sens différents. Le mystique qui s’y penche est entraîné vers des significations intérieures de plus en plus profondes de la connaissance

 

Comme le dit Pierre Teilhard de Chardin : là surtout, l’Energie créatrice nous attend, sûrement prête à nous transformer au-delà de tout ce que l’œil humain a jamais vu, ni son oreille entendu. Qui peut dire ce que D. ferait de nous, si nous osions, sur sa parole, suivre jusqu’au bout ses conseils et nous livrer à la providence ? Pour l’amour de l’univers, jetons nous sans trembler dans le creuset du monde à venir !

 

Appeler, créer, faire et maintenant c’est du faire dont il va être question, de notre faire, de nos actions, de l’accomplissement d’un acte concret à partir duquel on va essayer de refaire pour former, créer, appeler, de retrouver la racine qui est en haut, en partant d’une cime qui serait en bas.

 

Le rituel en tant que « faire » doit permettre une compréhension ou une actualisation de la transcendance dans un acte humain qui reçoit dans le monde de l’arbre de vie sa valeur mystique.

 

 

 Est-ce qu’un acte sacré peut être mis en scène pour, non seulement représenter le mystère, mais en même temps l’exciter, le faire exister ? De manière efficiente, existe-t-il un rituel qui instaurerait, restaurerait, conserverait, amplifierait, voire attirerait la Transcendance  ?

 

Dans la cabbale, celui qui accomplit la mizwa (il en y a 365 + 248= 613 à pratiquer par jour !) fait toujours quelque chose de double.

 

Il présente son être transcendant mais en même temps il conduit à cet être un influx de puissance, et celui qui agit ainsi donne pour ainsi dire l’existence à une parcelle de D. lui-même (si l’on peut s’exprimer ainsi)                               .  
Alors le rituel comme accomplissement cosmique ! Autrement dit, un acte ouvrirait sur une perspective sur l’infini. Le rituel exercé dans un rite doit être ainsi vu comme l’image corporelle finie de quelque chose qui existe en soi dans le plérome des séphiroth, dans la substance mystique de l’arbre de vie. Et ce qui permet le changement de niveau du rituel traditionnel en un rituel mystique qui s’accomplit sur la scène cosmique, à travers tous les mondes, c’est l’intention qui accompagne l’acte d’accomplissement.

 

Si quelqu’un accomplit l’acte sacré sans une intention juste, alors il est comme un corps sans âme écrit Isaac Louria.

 

Il est des techniques d’accomplissement d’actes rituels avec une telle intention  dans toutes les pratiques initiatiques. Il s’agit toujours de permettre la montée des plans inférieurs jusque dans les hauteurs les plus élevées qui s’épanchent ensuite jusqu’au niveau inférieur pour les inonder d’un flux de vie ontique.

 

Très caractéristique sous ce rapport, on peut reprendre à partir du Zohar les 4 stades de la prière de la communauté ; chacun de ses stades est considéré en même temps comme un perfectionnement, une amélioration, une restauration. Qu’est-ce qui est perfectionné, restauré dans ces 4 stades ?

 

Premièrement c’est l’homme lui-même qui se purifie et se perfectionne dans l’acte sacré.

 

Deuxièmement, c’est le monde naturel de la création qui, s’il lui était donné un langage éclaterait avec l’homme en hymnes. Troisièmement, c’est le monde supérieur des ordres des anges. Quatrièmement, la restauration faite par la prière n’est pas autre chose que le nom sacré lui-même, le nom de D. dans lequel est conçu le monde séphirotique. C’est la parole perdue.

 

De cette façon, celui qui acte monte du faire jusqu’au appeler de la divinité elle-même; il range quelque chose de la création et accomplit quelque chose qui appartient à son unité parfaite.

 

Ordo ab chao ! Mais surtout, ce quelque chose resterait latent sans son accomplissement. C’est ce que l’on peut désigner par une théurgie : un rite qui crée du divin.

 

La prière, c’est quelque chose de très difficile. C’est l’expérience la plus radicale du langage en mouvement. La prière n’est pas demander. La fonction de la prière est une expérience de transcendance de soi grâce à l’existence de D. qui est essentiellement une manière de se restructurer dans sa dignité, dans sa verticalité, d’être capable de sortir du chemin déjà tracé et d’allumer la lumière pour toujours, celle du temple à 7 branches et qui est l’arbre de vie.

 

Tout ceci n’est intelligible que si l’on accorde au pouvoir de manipuler certains signes linguistiques, de les écrire, de les brandir ou de les prononcer, la capacité de modifier, en bien ou en mal, l’univers surnaturel. Le nom sacré n’est pas seulement le symbole du dieu manifesté et des séphiroth qui forment son unité pléromatique, le nom imprononçable est une sorte de code génétique, par lequel le divin peut se faire et se défaire. L’action théurgique restauratrice viserait à réparer un  défaut introduit de l’extérieur au sein de la divinité. Cela suppose qu’un certain geste ou une certaine parole puissent dépasser les limites du monde naturel et pénétrer dans des régions inaccessibles dans un continuum invisible.

 

La fonction du rituel, tel qu’il apparaît aux chercheurs de mystère, est de lier les hommes en tant que microcosme avec le grand monde ou le grand homme primordial, qu’il ait nom Dieu, Transcendance, Unité, Gadlu, Adam Kadmon. Pour moi, la place occupée par les officiers participe d’un rituel qui, en définissant une géométrie sacrée, permet cette reliance.

 

Ouvrons le Temple, entrons dans le jardin de l’Arbre de liberté.

 

 

A l’orée du monde profane et du monde sacré, entre le monde inférieur et le monde supérieur, le couvreur dans sa sphère de lumière est en Malcouth, le royaume ! Il est la transition de la vie ordinaire à la vie réservée. Il vérifie la capacité de l’adepte de participer aux initiations en le tuilant au grade requis pour les travaux.

 

Avec le 2ème surveillant, sphère de lumière de Hod le réverbération et le 1er surveillant en Nezah l’éternité, ils forment une triade centrée sur le disciple placé en Yesod la fondation. C’est le lieu d’enseignement. Le disciple y apprend à approfondir sa conscience du monde, à se familiariser avec son ego, à reconnaître ses déséquilibres.

 

Là le M\ dirige ou conduit, n’enseigne pas mais éveille. Il libère et permet au jeune initié d’affronter son désert intérieur avec ses révoltes, sa discipline, sa purification, ses enseignements jusqu’à ce que, dans l’app\ et le comp\ meurt l’ancienne psyché esclave et qu’il soit prêt, avec une nouvelle génération d’attitudes, à entrer dans la terre promise de l’esprit.

 

Lorsque le F\M\ a atteint le niveau de Tipheret (où se tient le M\) c'est à dire lorsqu’il fait évoluer suffisamment sa volonté pour traverser à son gré la triade de l’éveil, il devient son propre tuteur ; il entre alors en contact avec la triade supérieure où s’équilibrent la discipline et la tolérance en Gebourah( la rigueur) et en Hesod (la miséricorde) où l’on peut par analogie pouvoir reconnaître comme sphères de lumière le Trés\et l’Hosp\ Cette triade éthique s’attache à perfectionner l’âme désormais consciente d’elle-même, tantôt par une touche de sévérité, parfois par une touche de bonté; rétablissant sur le pilier de l’équilibre les conflits entre expansion et contraction des émotions dans la dualité des piliers masculins et féminins. Cette pratique de mixité est accomplie avec les autres et pour les autres au sein du groupe, elle se poursuit sur plusieurs années. La Maç \ exige une grande patience et une grande stabilité. Chacun doit faire mûrir ses potentialités progressivement dans  la montée, à son propre rythme naturel. C’est l’œuvre d’une vie et elle se déroule au moment le plus juste pour l’individu et l’humanité.

 

C’est un temps nommé Kaïros par Aristote.

 

Dans l’optique anthropomorphique de l’arbre de vie, la grande triade supérieure est liée à des critères plus spirituels que psychologiques. Cette triade est formée de Binah( l’intelligence) et de Hochma( la sagesse) et de Kether (la couronne). C’est l’esprit se manifestant respectivement dans le tradition orale (l’orat\) et la lumière (le vén\). C’est le rôle panhistorique de la loge, celui d’engendrer de nouvelles ères maç\ et sociales.

 

Ces triades s’interfèrent par les énergies qui circulent entre elles à travers le rituel et les sons. Le compas ouvert placé sur l’autel du travail absorbe les flux de l’atelier, les focalise en la personne du vén\, sphère de lumière supérieure.

 

 Le vén\ est donc le médiateur des énergies qu’il accumule, transmute et purifie ; il catalyse et restitue par son rayonnement, à travers les branches du compas, l’égrégore de la loge jusqu’à la triade inférieure. Irradié de l’esprit du appeler, du créer, du former, du faire, de la connaissance, le collège est un arbre de vie, vivant de toutes ses colonnes qui les relient.

 

Le sépher yetsirah au VIe siècle dit :

 

10 séphiroth hors du néant (comme un ordo ab chao), 10 pas 9, pas 11, comprends ceci en sagesse et en sagesse comprends.

 

Le rituel instaure la structure du un manifesté, autrement dit actualise la transcendance qui se révèle. On peut dire que cela établit un rapport magique qui se réalise dans les actes sacralisés, sacrés.

 

Par exemple, pour moi : La question des alternances des questions posées par le vén\ au 1er et 2ème surv\ réunit dans la totalité des réponses le masculin et le féminin en une hiérogamie. La fusion réalisée dans la totalité du sens donné, comme si c’était une seule phrase rituelle, est comme le désir du cabbaliste qui s’introduit dans le corps du plérome pour faire tendre tout en l’unifiant vers la mixité supérieure de l’eïn-sof. C’est l’union de la femme à l’époux divin, la Chékina. L ’union des principes mâle et femelle est la toute première opération théurgique. Elle contribue par la mixité à réunifier jusqu’à l’origine primordiale l’unité manifestée qui est restaurée ainsi par la régression à l’état d’indifférenciation au sein de l’abîme sans limite d’où tout procède.

 

Je rappelle que c’est aussi le Un des platoniciens. C’est aussi la fécondation de toute vierge qui doit enfanter par le principe premier.

 

On peut dire que le but des rites des sociétés initiatiques serait l’élimination de ce que l’on nomme « l’autre côté », les forces du mal, les ténèbres ; et n’est-ce pas pour cela que nous tentons de construire un temple de lumière et pour cela nous manipulons un rituel inspiré des traditions initiatiques et ésotériques ?

 

La restauration de l’entièreté du Nom, la restitution de la parole perdue, c’est le combat contre l’archange d’Amalek qui l’aurait divisée, abîmée.

 

La quête menée dans l’humilité du doute est peut-être l’achèvement d’un élément que le corps mystique ne peut tenir que de nous.

 

Notre paix se double de l’exaltation de créer dans le risque un oeuvre éternelle qui n’existerait pas sans nous. Notre confiance en la transcendance s’anime, se fortifie et s’embellit de l’acharnement humain à conquérir la terre.

 

En résumé, les rituels peuvent être considérés comme une magie pratique. Ils sont des manières d’affronter le mal. Le rituel peut être perçu comme une forme efficiente de sagesse non seulement spéculative mais aussi transformante, un art qui grâce à l’utilisation des symboles permet de passer de la finitude à l’infini. Et on peut considérer que cela est légitime si on applique ces rituels avec scrupule.

 

Dans la cabbale, la prière, c’est quelque chose de très difficile. C’est l’expérience la plus radicale du langage en mouvement. La prière, n’est pas demander. La fonction de la prière est une expérience de transcendance de soi grâce à l’existence de D. qui est essentiellement une manière de se restructurer dans sa dignité, dans sa verticalité, d’être capable de sortir du chemin déjà tracé et d’allumer la lumière pour toujours, celle du temple à 7 branches et qui est l’arbre de vie. Tout ceci n’est intelligible que si l’on accorde au pouvoir de manipuler certains signes linguistiques, de les écrire, de les brandir ou de les prononcer la capacité de modifier, en bien ou en mal, l’univers surnaturel. Le nom sacré n’est pas seulement le symbole du dieu manifesté et des séphiroth qui forment son unité pléromatique, le nom imprononçable est une sorte de code génétique, par lequel le divin peut se faire et se défaire. L’action théurgique restauratrice viserait à réparer un  défaut introduit de l’extérieur au sein de la divinité. Cela suppose qu’un certain geste ou une certaine parole puissent dépasser les limites du monde naturel et pénétrer dans des régions inaccessibles dans un continuum invisible.

 

La première étape de cet art consiste à se familiariser avec l’arbre des séphiroth. Pour cela, il est nécessaire de traduire chaque reflet de lumière en terme humain de façon à percevoir l’image de la transcendance dans une optique existentielle pour l’homme.

 

Le moment où une personne parvient au plus près de l’arbre de vie, où il en devient son fruit ou lui donne un fruit, est une expérience qui peut survenir à tout moment.

 

La conscience philosophique, avivée, se transforme en lucidité psychique qui devient à son tour conscience profonde de la totalité de l’univers et de la présence de la transcendance. On est alors en contact direct avec tous les mondes en même temps et l’on perçoit à la fois la complexité et l’unité du Tout. C’est peut-être là que s’ouvre une porte vers l’initiation. Etre relié dans la qualité au cosmos pour mettre fin à notre chaos intérieur par un retour aux sources de l’univers pour faire renaître en nous l’ordre. Un ordre non suspect parce qu’inspiré par un tout vibrant de cohérence. L’histoire est un merveilleux rapprochement. Chacune des spires de la route nous conduit à la fois vers une perdition plus profonde et vers une conversion plus totale. Mais l’événement qui, vu du côté du monde, est une conversion, vu du côté de D. s’appelle une rédemption de nous-mêmes ou de D. lui même.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

8 - Libres propos sur la Parole

 

 

 

 

I

 

nitialement, le titre prévu de la planche était : « Parole d’orateur » qui s’est retrouvé par l’intermédiaire de notre vén\M\ comme « propos d’un orateur » pour devenir ce soir « Libres propos sur la parole » .

 

 

Un jeune homme alla trouver son Maître et lui dit : «  Puis-je te parler ? »

 

Le Maître luis répondit : « Reviens demain, nous parlerons ».

 

Le lendemain, se présentant à nouveau à lui, le jeune homme lui dit : « Puis-je te parler ? ».

 

Tout comme la veille, le Maître lui répondit : « Reviens demain. Nous parlerons ».

 

« Hier, je suis venu, répondit déçu, le jeune homme, et je t’ai posé la même question. Refuses-tu de me parler ? »

 

Depuis hier nous dialoguons répondit en souriant le Maître. Est-ce notre faute si nous avons tous deux de mauvaises oreilles ?  

 

 

Dans un article de Libération intitulé « La communication sans paroles » Valère Novarina écrit : La parole n’échange aucun sens mais ouvre un passage. De l’un à l’autre elle est notre passage à l’intérieur des mots : notre ouverture à l’intérieur des mots, notre voyage est la façon que nous avons de passer avec eux. Toute parole que nous échangeons transmet avec elle le secret de la parole.

 

Il y a un passage secret entre nous dans l’échange parlé.

 

La parole ne se communique pas comme une matière marchande, comme une denrée, comme de l’argent ; elle se transforme, elle passe et elle se donne. Vivante de l’un à l’autre, la parole passe entre nous et se transforme de nous avoir traversés.

 

C’est le don de parler qui se transmet : Le don de parler que nous avons reçu et qui doit être donné. Le don d’ouvrir par notre bouche un passage dans la matière de la mort ?

 

Parler est l’aventure de nous dire aux uns les autres ce qui peut être dit. Très précisément chaque mot désigne l’inconnu. Le silence le plus profond est une parole, de même l’immobilité vraie un mouvement.

 

C’est que le vrai mystère n’est ni ténébreux, ni voilé mais une lumière extrême jetée sur soi. Et plus loin il écrit encore : Toute notre vue est parlée.

 

C’est un autre monde que nous verrions si nous avions d’autres mots. Tout le visible est un renouvellement perpétuel de paroles.

 

L’initié sait que même la pensée est un fluide qui se répand, forme et transforme. C’est pourquoi, ici surtout, il faut purifier tes intentions et ton cœur. Que le bien seul oriente ta volition

 

 Grillot de Givry

 

 

Art. 26 des règlements généraux du Droit Humain : Il est écrit :

 

L’orateur est le gardien et l’organe de la loi, et plus loin il est écrit, dans toutes les circonstances il est l’organe de l’At\ Cette insistance sur le rôle d’organe, (qu’il faut entendre comme la voix, bien sûr, puisqu’il est écrit aussi, il est chargé de porter la parole) me questionne. La voix pour quelle voie ?

 

La parole est une structure vivante, qui devient partie intégrante de la durée du vécu de tous, de même au cours de son élaboration en tant que texte elle est partie intégrante de la durée de l’auteur.

 

Si l’un de vous lisait mes planches d’accueil d’orateur, il se pourrait que le résultat fût différent, et même que l’interprétation que vous en donneriez du moment ne correspondît pas à la mienne.

 

J’ai donc fait entrer ma parole dans un texte, sinon dans un cadre, du moins dans un espace qui est le mien et non le vôtre. Mais celui qui parle, qui lit un texte n’est il pas aussi un orateur ?

 

 

La parole d’un orateur est créée de son souffle et cette création, pour lui, est en même temps son accomplissement et sa limite, puisqu’il ne peut se substituer à nous dans son interprétation, ni ne peut nous imposer la sienne. Mais en créant ainsi, se fait l’expérience directe, physique de l’unité du corps et de l’esprit, de leur continuelle interaction symbolique

 

A chaque instant d’une planche, la planche est toute entière contenue dans cet instant et la portée finale n’est pour ainsi dire que l’étalement, le repos ou l’extension d’une énergie qui ne fait que progresser à travers l’acte de dire jusqu’au moment où le « J’ai dit » l’apaise.

 

Souvent en lisant mes planches d’orateur j’ai une impression physique d’euphorie, de dilatation correspondante à la genèse, à la montée du sens que j’essaye de vivre moi-même et de faire sentir à travers les mots.

 

C’est vouloir tendre vers un accord, vers l’égrégore avec les récipiendaires, les FF\ et les SS\ présents, un accord difficile d’autant plus qu’ils se situent à plusieurs niveaux d’expérience. C’est déjà à plusieurs niveaux d’expérience que je recherche l’accord avec moi-même, et à ces niveaux s’en ajoutent d’autres, avec vous, avec le monde.

 

Chacun de nous est un vivant dans sa durée propre, une forme en train de se développer, de s’accomplir; et c’est dans une métamorphose continuelle en nous, autour de nous, qui fait pression sur nous et nous oblige à rechercher sans cesse la proportion juste, que j’ai puisé des thèmes tels que le symbole, le symbolisme, la Tradition , la fraternité, le secret, l’effort, la persévérance, la discipline, les voyages, les mystères pour évoquer la F \M\ Le symbole se contemple, la signification se dit. Le premier est de l’ordre du visible, la seconde de l’ordre de l’audible. L’homme, en réfléchissant construit le pont entre le visible et l’audible, son langage traduit et opère les passages. Nous sommes des bâtisseurs de sens ; les temps de parole qui nous sont accordés sont des participations à l’édification de corps de pensée comme des cathédrales d’esprit.

 

La parole, celle de l’orateur, a une force physique incontestable. Elle est essentiellement le physique de l’âme de la loge, indissociable de celle-ci. Ceux qui sont sensibles, et comment ne pas l’être dans cette caisse de résonance cosmique qu’est le temple à couvert, non pas seulement au verbe mais à son caractère incarné, reconnaissent cette incarnation dans le rythme énergétique des mots. Le vocable constitué par la voyelle et la consonne, par de la chair et de l’os, par de la dureté et de la tendresse, et par les subtiles proportions qu’elles produisent entre les sons, le vocable saisit le monde pour en prendre du sens et se prendre avec lui. Certaines formes du dire sont à la fois les plus objectives possibles et les plus profondément symboliques. L’orateur propose un système énergétique et progressif, le mouvement initiant en tant qu’ouverture d’acheminement.  C’est vouloir au nom de l’At\ amorcer une montée dans une spirale de plus en plus large, de plus en plus fraternelle, dans un élément de plus en plus transparent de vérité, pour viser le delta, là où toutes les espérances sont possibles, là où règne la conscience de la lumière.

 

Mais l’élément essentiel de la parole de l’orateur, en tant que matière, est le silence qui se fait en elle et autour d’elle. En la parole est aussi le silence, le rythme n’existerait pas sans le silence.

 

La parole de l’orateur est une énergie combative, positive de la pensée qui cherche désespérément à s’incarner dans le Tout. Derrière toute recherche verbale, ce qui est enjeu de spirituel est peut-être l’abolition de cette distance intérieure, de cet ordre de la séparation qui est l’ordre apparemment réel où nous vivons et que par toutes sortes de voies, dans l’art et la connaissance, nous tentons de dépasser.

 

Mais je n’ai jamais oublié que cette parole, ce silence, se devaient d’être tournés vers l’autre, le récipiendaire, le F\ou la S \car c’est de l’autre que celui qui parle attend le soutien qui réalisera la parole ; la parole nous a été donnée non pour parler mais pour entendre. La parole ne nous a été donnée que pour n’entendre que ce qui est l’autre.

 

Le texte de l’orateur est une éducation au sens de conduire au dehors du chemin déjà tracé (ex ducere) et une libération. La parole nous offre de faire en nous l’effort de libération, d’ouverture, de création, c’est une pédagogie de la liberté que propose la prise de parole en loge car si tout ne peut être dit, ici, il me paraît évident que tout peut être entendu.

 

Cette expression libérée, nous en avons tous besoin. Tous, nous devons nous exprimer le moment opportun, car notre subjectivité n’a de sens qu’en osmose avec celle de l’autre dans une dynamique de significations.

 

Elle ne revient à nous, afin de nous nourrir et nous faire prendre conscience de nous-mêmes que dans la mesure où elle rayonne dans un milieu fraternel, milieu de relations complexes où notre présence totale est signifiée par nos gestes, notre parole, mais aussi par notre façon d’accueillir avec un certain degré d’ouverture d’esprit, de chaleur humaine, tout un ensemble de richesses qui sont en nous sans que toujours nous ne les connaissions et dont la convergence constitue l’ébauche progressive de notre forme de maçon. C’est en fait apprendre aussi à s’aimer soi-même dans une perspective de don gratuit.

 

 Il convient de reconnaître la vertu libératrice de la parole, de cette parole symbolique, prophétique, obscure mais qui peut s’illuminer par une re-création de l’esprit de l’autre.

 

L’orateur est tout entier constitué par sa parole, partie intégrante à ce moment de sa chair, de sa vie, plus intérieure que tous ses organes du dedans. Il lui est donné d’être incomparablement un être libre. L’essence de la vérité est liberté dans laquelle l’autre est seulement un possible, jamais une certitude. La liberté est un contrat entre l’homme et le monde, entre l’homme et l’autre homme.

 

 

Que la parole ne domine pas, ne manipule pas, qu’elle ne méprise pas. Les sept couleurs de l’arc-en-ciel font obstacle à la couleur blanche de l’idéologie. Je n’enfermerai pas l’autre dans un concept déterminant a priori, alors me sera rendue ma propre indétermination, ma propre liberté. Laissons éclore un dynamisme de significations dans cette parole parlée devenue parlante et qu’elle nous rassasie comme une manne.

 

Et le matin il y eut une couche de rosée autour du camp. La couche de rosée s’éleva et voici qu’à la surface du désert il y eut une mince croûte, mince comme le givre sur la terre. Les fils d’Israël le virent et se dirent l’un à l’autre Manhou? (qu’est-ce?).

 

La maison d’Israël l’appela du nom de manne.

 

La manne, le qu’est-ce est littéralement la question, le questionnement. Le ma de manne se retrouve comme attitude interrogative primordiale dans le Adam, ma qui fait de l’homme préhistorique l’homme en question.

 

N’est-ce pas dire aussi que le savoir absolu n’existe pas et que le maître a toujours un côté disciple ?

 

L’éthique d’une parole en loge est une prise en charge responsable du monde par un être présent et parlant, faisant échec à l’inhumanité de la vérité unique et posant au devant de ses F\ et S\ l’infinité des opinions possibles où se reflète le débat des hommes sur le monde.

 

Lorsque le Zohar dit que l’homme est un « ma », un quoi, une question permanente, qu’en elle réside la dignité de l’humain, cela signifie que la capacité de s’arracher d’un sens pré-imposé est la dimension même de la liberté. La parole se fait alors caresse.

 

La caresse découvre une intention, une modalité d’être qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, posséder ou connaître.

 

La caresse n’est pas un savoir mais une expérience, une rencontre. La caresse n’est pas une connaissance de l’être mais son respect.

 

 

 

La caresse est un concept ou plutôt un anti-concept qu’Emmanuel Lévinas introduit en philosophie en 1947 dans « Le temps et l’autre ». Il écrit : " La caresse est un mode d’être du sujet où le sujet dans le contact d’un autre va au-delà de ce contact. Le contact en tant que sensation fait partie du monde de la lumière ".

 

La caresse est un relativisme, un scepticisme sans nihilisme. Pour la philosophie de la caresse, tout est interprétation. La loi, cette parole du groupe, devient alors une norme et non un dogme, une norme qui déploie un projet collectif.

 

 

La loi est mythique, symbolique, activité sociale d’échanges, source à la fois collective et individuelle qui définit un champ commun à une société et aux individus qui la composent.

 

 

Et dans ce champ qui est notre loge, se fertilisent par la parole ces questionnements qui font de chacun de nous un arbre de liberté. Je le dis.

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

7 - Je limite

 

 

 

V

 

enir vers la F \Maç\, revenir vers soi-même pour advenir aux autres est fondamentalement une démarche initiante. Elle peut naître de l’expérience de la fugacité du monde, du vide. Une telle expérience peut éveiller une espérance d’homme. Lorsque l’esprit humain trouve la force d’une orientation nouvelle comme celle de la F \, ce qui était voué à la perte devient une source de force et d’action. Naître en F\Maç\, cependant, n’est pas un point d’arrivée. C’est un point de départ, comme l’ombre d’un bâton planté en plein midi qui initialise la construction d’un temple, un début où rien n’est acquis d’avance ni pour toujours.

 

Je pourrais même dire que cela comporte des étapes, des stations dont on retrouverait un exemple dans le cheminement abrahamique de Ur jusqu'à Canaan. Ce cheminement comporte des  épreuves qui sont à vivre dans le rapport à l’environnement et dans le rapport à soi-même.

 

A Ur, Abraham s’arrache d’un monde où tout est compté, pesé, mesuré : l’arrachement 1ère étape. Pour cela il a besoin de se recueillir. Dans ce recueillement qui est absence au monde extérieur, il y a la descente pour écouter la voix qui parle au dedans, alors il y a l’accueil, l’hospitalité. En se retirant de l’extériorité profane, on lui donne un  abri. Le recueillement est la 2ème étape. Puis Abraham apprend à vivre en témoignant dans l’absence comme si c’était de la présence. Il est le témoin qui soutient un événement qui s’est passé et ne se voit plus. A chaque migration, à chaque épreuve, il garde confiance et avance comme une étoile dans un monde qui s’éteint. La persévérance est la 3ème étape. Et puis arrive l’enfant et le sacrifice à consentir.

 

Il est appelé à briser son narcissisme, son égocentrisme et à renoncer à la tentation d’adorer un Dieu qui ne serait que la projection de ses désirs et de ses attentes. C’est à travers l’épreuve sacrificielle le passage où l’homme apprend à se détacher de lui-même pour s’ouvrir réellement à la transcendance. L’alliance est la 4ème étape.

 

Ces chemins des commencements initiatiques sont expérience d’autrui, accomplissement de sa propre transcendance et non pas confort narcissique du repliement sur soi.

 

 

Il y a ce même paradoxe de la F \M\, commencée dans la solitude de l’individu avec le connais-toi toi-même dans la descente de la colonne B\, dans l’intimité d’une expérience secrète et personnelle, elle se découvre, un jour, authentique-expérience-collective et devient ouverture sur la société. C’est à ce moment-là que se joue l’enjeu historique qu’elle porte en elle. En effet, il ne s’agit pas d’un changement qualitatif (une nouvelle association), mais d’un réel saut qualitatif à travers lequel une nouvelle logique se met en place et qui exige de ceux qui viennent à elle, de ne plus se comporter comme s’ils étaient toujours dans leur intimité, mais au contraire de prendre conscience de l’effet social de leur démarche et des implications qu’elle prend pour la collectivité.

 

 C’est la dimension « politique » de l’esprit de la F \M\qui est en question ici ; c'est à dire sa capacité à vivre dans la cité et à s’y développer, sa capacité à être un modèle d’éthique et d’action. Aujourd’hui avec le cocooning, c’est plutôt le repli sur soi qui semble triompher, qui écarte plutôt qu’il n’accueille.

 

Ce serait une grave erreur d’appréciation que de voir dans les rites  de la Tradition une occasion de pouvoir, de conservation ou de confirmation d’un statu quo ante plutôt que de voir des obligations de créativité, des efforts, des structurations d’imaginaires et d’inventions. La F \M\ n’encourage pas la jouissance solitaire d’une situation mais l’exigence envers soi.

 

Le concept de Tradition est utilisé parfois pour asseoir une autorité et intimer le silence à ceux qui apportent avec eux l’élan créatif. La F \M\ prend tout son sens si elle crée un monde nouveau, si elle s’ouvre au XXIe siècle et non pas au XVIIIe , fut-il celui des lumières, si elle témoigne encore de la créativité de la parole pour l’humanité.

 

Pour cela il faut agir, créer, construire, écrire, dire, aider, et non pas se reposer. Les F.M. n’aspirent pas au repos. Il s’agit de continuer l’histoire. C’est en affrontant les défis de la fin du XXe que s’affirme l’esprit de la F \M\ , non pas en se repliant dans un royaume imaginaire d’illustrissimes et de purs symboles si merveilleux !

 

Quelle que soit la critique de la modernité, quoi que l’on fasse, nous sommes des hommes et des femmes modernes.

 

 Le choix de la F \M\ n’est pas le refus des autres philosophies au profit d’une pensée dogmatique, c’est-à-dire qui chercherait à imposer ses propres valeurs maç\, c’est au contraire une vigueur nouvelle de la pensée, de l’intellectualité aussi qui puise ses sources dans l’universel et la liberté. Ce qui fait la centralité de la pensée maç\, ce sont ses marges ; c’est la capacité de ceux qui y adhèrent de la faire entendre et comprendre à ses marges au monde profane. Que la parole maç\ devienne audible à son environnement, c’est cela son rayonnement. Une lumière ne rayonne que parce qu’elle parvient à l’obscurité et passe par l’obscurité pour se communiquer. L’universalité de la pensée maç\ c’est aussi son ouverture au monde, à tout le monde.

 

La F.\M \ est une communauté de témoignage de ce qui est inscrit au cœur du meilleur de l’humain. Elle s’abrite dans son unité cachée; mais au dehors les ténèbres attendent cette lueur de l’aube où la présence est imminente, attendue, espérée; et nous sommes tous comptables de la lumière à donner pour l’avoir reçue.

 

Poursuivons au dehors l’œuvre commencée dans ce temple.

 

 

Seulement, voilà : que signifie cette 1ère personne du pluriel de l’injonction « poursuivons » : VOUS, mes F\et mes S\et MOI ?  Le vén\\ qui prononce la phrase ? Ou bien NOUS tous ensemble ? Je, Nous ? C’est passer par le tissage d’un singulier à une communauté et il me semble qu’un projet  à visage humain, un pro-je maç\ réaliserait pour tous ensemble une des bases possibles sur laquelle s’érige les temples maç\

 

La reliance de l’Arbre de Liberté ne pourrait-elle pas se continuer, s’exister au dehors ?

 

Si notre Gd\ Exp\ fait promesse pour une chaîne d’union, il le fait, comme il l’avait évoqué dans une de ses planches, es qualité pour l’unité du groupe, pour la loge en tant que telle. Et pour moi, cette promesse permet d’interpréter la 1ère personne du pluriel comme un NOUS. Alors je propose ma réponse : de cette consigne, faisons une conscience ! Que notre resp\ loge entreprenne un projet. Choisissons le intellectuel, social ou à l’égard de quelqu’un; en France ou à l’autre bout du monde, là où  nous attend l'urgence.

 

Fixons les objectifs, les modalités matérielles et morales, et que l’Arbre de Liberté soit aussi un arbre de vie souché sur le rêve de la réalité.

 

C’est la vertu de l’hospitalité au sein du recueillement que je nous propose pour sceller, tous ensemble, notre alliance avec l’humain ; en somme pour habiter cette région cruciale de l’âme, où la fraternité s’oppose au mal absolu.

 

 

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