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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

23 - Accueillement

 

 

 

 

M

 

a S\ A., tu viens de recevoir la lumière Maç\ et c’est pour cela que je t’appelle ma sœur, notre S\au nom de notre atelier.

 

Tel l’enfant qui vient de naître  dont la première initiation est la lumière et le passage de l’eau à l’air, tu nais aujourd’hui au monde maçonnique. Comme pour la chrysalide qui s’accouche papillon, chacune de nos expériences, tous nos acquis sont initiations et transformations de nous-mêmes. Nous évoluons depuis notre naissance, jamais plus tout à fait semblables à ce que nous fûmes dans notre histoire passée, pas encore identiques à notre projection. Parce que nous ne coïncidons jamais avec nous-mêmes, nous vivons une initiation permanente.

 

L’initiation Maç\, quant à elle, t’indiquera une direction de cette évolution.

 

Il s’agit de trouver l’homme dans son être véridique, en mouvement vers le meilleur de lui-même, de le former pour atteindre un ordre éthique qui instaurera dans l’existence des hommes, dans leur vie privée et dans leur vie publique et collective, la rectitude leur permettant de s’assembler le plus harmonieusement possible.

 

Il s’agit de le rendre capable de comprendre qu’il ne peut être et vivre comme un homme que parce qu’il se rend capable de comprendre ce qu’il doit être : une conscience élargie à l’universel.

 

Pour cela, il doit se faire libre, en se mettant de sa propre volonté sous l’autorité de la sagesse, de la force et de la beauté.

 

La F \M\ propose, à ce lieu de transformation constante qu’est l’être, une orientation vers la perfectibilité, c'est à dire une transmutation qualitative continue.

 

 

La F \Maç\ est un médiateur, un guide montrant le passage, le cadre qui permet d’instituer une communauté d’hommes libres parce que raisonnables donc vertueux (de bonnes moeurs, dirions nous).

 

Il s’agit de passer de vérité en vérité, sans se fixer sur l’une d’entre elles, sans être sclérosé dans un dogmatisme et sans pour autant être sceptique. Pour cela, il s’agit d’apprendre.

 

C’est par l’apprentissage que l’on mesure le chemin à parcourir. Apprendre, ce sont les signes du monde qui se donnent, disponibles, à prendre ou à laisser, à se surprendre avec.

 

C’est un fragment d’altérité, d’étrangeté, qui soudain devient familier, s’inscrit en nous, dans notre corps réel ou abstrait, devient extension de notre être, et le plaisir n’est pas de s’agrandir, de s’enfler, mais de sentir vibrer ses limites. Cette vibration qui fait travailler nos limites est une musique de l’être et de la pensée sur fréquences symboliques.

 

La F \Maç\ nous donne des clefs, des partitions, des rythmes, des notes pour cela. Il y a une éthique du geste d’apprendre pour permettre une mise en résonance de l’être.

 

Tu ne sais encore ni lire ni écrire, tu ne sais qu’épeler. Il y a un mot qui résume l’homme dans l’univers, il se prononce de manière différente mais s’épelle : A.M .O.U.R.

 

Ma S\, les M\ de cet atelier ont pour mission d’être tes guides sur cette voie du langage qui bâtira ta vie comme un temple.

 

 

Je te souhaite de conjuguer au présent chacun de tes pas sur cette nouvelle voie où tu viens de pénétrer.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

22 - Etonnants voyageurs

 

 

 

 

Etonnants voyageurs! Quelles nobles histoires

 

Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers!

 

Montrez nous les écrins de vos riches mémoires,

 

Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers!

 

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile!

 

Faites nous pour égayer l'ennui de nos prisons,

 

Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,

 

vos souvenirs avec leur cadre d'horizon.

 

Dites qu'avez-vous vu?

 

 

V

 

ous avez vu l'étoile flamboyante. Vous avez touché l'étoile flamboyante. Face à elle, après les 3 pas de l'app\, vous voilà à un pas de l'étoile, à l'extérieur. En avançant, un pas à droite, vous montez jusqu'à la pointe droite, basse de cette étoile irradiant la couleur indéfinissable de l'électrum des anciens. Chaque pointe a une planète pour guide. Celle, où votre écart vous a mené, est Vénus dont les sumériens disaient qu'elle montre le chemin des étoiles. Vénus de couleur verte, de ce vert, éveil de la vie, médian entre le bleu céleste et le rouge infernal.

 

Un écart disais-je, un écart par rapport à quoi? C'est une incursion dans la confrontation de votre pensée avec celle des autres. Il vous est donnée avec la parole, la possibilité, maintenant, de discuter pour mieux étayer votre manière personnelle de comprendre. La dualité du dialogue vous est permise tout en étant sensibilisés par votre position sur la planète Vénus, c'est à dire là où votre compréhension passe par vos sens.

 

Vous vous écartez, gardant appui sur votre pied gauche, l'écart est de votre taille. Il ne  va pas au-delà de ce que votre dimension vous permet et c'est du pied droit que vous touchez Vénus, dans une rencontre pied droit contre pied gauche avec l'homme primordial, votre image en miroir, qui vous fait face, inscrit dans l'étoile flamboyante.

 

Ô mon frère, ma soeur comp\, ne la perds pas de vue, cette flamboyante étoile, grosse de la genèse de toutes choses. Toi qui es déjà au midi, reviens en pensée vers le nord. Si tu t'enivrais de tes nouvelles explorations, se replier sur soi-même est une nécessité d'autant plus impérieuse qu'on est allé plus loin dans l'écart.

 

L'étoile te ramène par le 5ème pas dans l'axe de son sommet, face à Jupiter, siège de l'esprit, face au Delta lumineux, but ultime de l'initiation.

 

Il faut, en passant de la Perpendiculaire au Niveau, toujours pouvoir retrouver l'équerre. Sache que du nord au midi, le voyage conduit à l'orient. Cette étoile que vous ne faites qu'effleurer, en la parcourant à ses confins, c'est la coupe d'Hermès, le vase cosmogonique de Platon, l'urne des anciens mystères, l'emblème de la matrice universelle; elle contient le feu illuminateur et générateur, symbole de la gnose qui n'est pas la connaissance dans le sens commun de ce terme mais une compréhension de la cause et du processus de la vie du monde.

 

Avec le maillet et le ciseau, tu fis ton premier travail d'app\, t'en souviens-t-il ? Aujourd'hui, tu pars avec ces mêmes outils à la rencontre des 5 sens.

 

 Taille et cisaille, équarris ta pierre pour que ta vue soit vision et intuition, pour que ton toucher devienne délicatesse et tact, pour que l'ouïe te permette l'entendement de la voix intérieure d'une conscience éclairée. Ton goût deviendra alors l'appréciation des valeurs spirituelles et ton odorat unira l'intelligence au savoir, te donnant le discernement pour mieux re-sentir.

 

Avec la règle graduée et le compas, vous devîntes architectes. C'est un temple qu'il vous est donné de construire tout au long des 24 heures gravées sur votre règle.

 

Vous participez à l'élévation des col\ de notre resp\loge.

 

Elles sont celles de la sagesse d'ordre dorique, celles de la force d'ordre ionien, celles de la beauté d'ordre corinthien.

 

Et le compas te permettra de placer sur la col\ de ton salaire, la col\J\, une forme géométrique parfaite, qui montre avec le globe-grenade de la col\B\ le symbole de 2 univers : le cosmique et le terrestre que l'Art, expression de la transcendance, permet à l'homme d'explorer depuis toujours.

 

Sur le chemin de la connaissance, porteur de la règle et du levier, une rencontre: Les Sciences! Avec un point d'appui et le levier, comme Archimède, tu pourrais soulever le monde!

 

 

Ainsi se clôt le cycle du ternaire de l'app\ que vous fûtes, en ayant suivi le rythme perfectionnement-méthode-connaissance des 3 premiers voyages.

 

Et puis, avec la règle et l'équerre vous êtes devenus, comp\ au cours du 4ème voyage. Vous êtes le co-pain, celui qui rompt et partage son pain, sa nourriture avec un autre. Le mot de frère resplendit d'un sens nouveau. Les grands initiés, les bienfaiteurs de l'humanité, vous en êtes les héritiers et les témoins. L'étoile flamboyante vous a donné rendez-vous, pour les retrouver et partager avec eux une certaine conscience de l'humanité. Vous voilà les mains vides à l'œuvre.

 

Votre travail est un dessein de perfectionnement. Notre travail n'est ni un labeur, ni une peine, ni une tâche; mais une liberté en action. C'est un devoir. Vous le fîtes au cours de ce dernier voyage.

 

Vous êtes l'outil même de la réalisation de votre chef d'œuvre: la pierre cubique à pointe qui resplendira à la lumière de l'étoile flamboyante; et c'est pourquoi vous avez voyagé les mains vides.

 

Voilà, tout vous fut donné, hormis le sens. En accomplissant les rites de passage de l'équerre au compas, de la mesure de la terre à celle du ciel, vous êtes entrés dans un univers complet, investis de la mission de devenir bientôt un Maître c'est-à-dire un guide vers la quintessence.

 

 

Il s'agit pour vous, maintenant, de trouver la voie pour pénétrer et parcourir l'intérieur de l'étoile flamboyante.

 

 

Les vrais voyageurs sont ceux qui partent pour partir

 

Cœurs légers, semblables aux ballons

 

De leur fatalité jamais ils ne s'écartent

 

Et sans savoir pourquoi, disent toujours : allons!

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

21- A un compagnon

 

 

 

V

 

oici une parole entrevue à la Cayenne de Lyon : Le chef-d'œuvre est un monument aux formes étranges mais dans lequel se trouve accumulé tout ce qui peut exercer la main et torturer les esprits des hommes les plus capables.

 

Celui qui part pour trouver les Indes est sûr de découvrir au moins une Amérique.

 

Venez mes S\, je vous invite à un pèlerinage, dans un pays où les rêves sont plus longs que les nuits, où les larmes d'apprentis fécondent les étoiles.

 

C'est quand commence la nuit que le soleil s'enivre de l'instant qui vient de disparaître, à l'horizon de l'ailleurs qu'il est allé chercher et il devient par la magie de son ultime présence l'astre du flamboyant.

 

Ainsi en est-il des étoiles éteintes depuis presque toujours à notre échelle humaine et qui nous offrent encore leur lumière. Ainsi ce soir, mes S\ vous êtes devenues comp\ sans cesser d'être app\

 

Tout instant, plein, vécu avec intensité, non comme s'il était le dernier mais bien parce qu'il est le premier, est annonciateur, initiateur d'autres instants, d'autres vies et là commence le rêve parce que la réalité de ces instants est telle qu'elle nivelle tout à ce niveau d'une telle harmonie et que plus rien ne sera pareil sinon le semblable à ce pareil.

 

Oui, les initiations, les voyages maç\ emplissent le temple de sacré et nous irradient de cette belle force intelligente de l'Amour.

 

Le voyage est un éloignement de l'univers quotidien, de ce que l'on regarde comme ses intérêts, ses soucis, ses espérances. L'espace qui s'interpose entre le voyageur et son lieu d'origine développe des forces que l'on croit d'ordinaire réservées à la durée. De voyages en voyages, l'espace détermine des transformations intérieures, très semblables à celles provoquées par la durée, mais en quelques manières les surpassent.

 

A l'instar du temps, le voyage amène l'oubli en dégageant la personnalité de ses contingences pour la transporter dans un état de liberté initiale. Le temps, dit-on, c'est le Léthé mais l'air du lointain est un breuvage tout pareil  et si son effet est moins radical, il n'en est que plus rapide                            .
Ce vrai voyage est dans le regard et non dans le monde.

 

Le voyage le plus libre, le plus heureux n'est il pas celui où le voyageur procède lui-même à sa propre initiation, à son propre travail de libération, de création? Le voyage le plus étonnant et le plus fécond à la fois, n'est il pas celui qui dessine son itinéraire en le déployant et qui l'invente par le voyage même? Celui-ci devient alors sa propre finalité et il trouve son fondement dans le mouvement même qui le définit. Il trouve alors en lui-même et sa jouissance et sa satisfaction: n'est-ce pas la structure même du voyage de l'être? Voyager: une passion métaphysique vers le "je ne sais".

 

Alors ce 4ème pas de côté qui te fera voyager aux confins de l'extrême de l'étoile flamboyante doit te ramener, par le 5ème pas vers ton but dans l'axe du sommet de l'étoile. Et maintenant que tu es compagnon parmi les comp\, maintenant que tu as vu ton étoile parmi les étoiles que vas-tu en faire? Il faut en faire le plus fidèle des miroirs comme ces couches de laque de chine rares et raffinées. Ces couches sont celles de tes réflexions, de tes méditations, de tes actions.

 

Chaque étoile est un éclatement, une parcelle de lumière que tu fais tienne et ton étoile se découpera parmi les hommes comme un témoignage de l'idéal: découpe du temps et de l'espace qu'il te faut ciseler pour tisser ta lumière. Tu vas voguer vers l'ailleurs, vers l'incommunicable que les explorateurs de l'inconnu, les artisans de la tradition initiante de l'aube des choses recherchent encore. Ton étoile vient de frôler celle qui, sur le temple idéal, brillera comme lumière de la réunion de tous les hommes devenus étoiles.

 

Ma S\, avec ton étoile tu as reçu ta parole. Mesure la à l'entrecroisement de l'équerre et du compas ; qu'elle ne domine pas, qu'elle n'humilie pas, qu'elle ne manipule pas.

 

Le silence qui t'enveloppait, dont tu étais garant en tant qu'app\ et que ta présence marquait, imprimait et générait avec les autres app\sur la col\ du nord, ce silence épelait BOAZ. Ce silence est une nouvelle œuvre intérieure qu'il t'est donnée de faire désormais. Comme un bloc, ce silence est à tailler pour en faire l'ornement de ton âme. Cisèle le comme un orfèvre et que tes paroles ne soient que l'éclat de ce silence renaissant entre esprit et matière. C'est dans ta parole, devenue verbe, que tu projetteras les vrais éclats de ton étoile.

 

Mes S\, venez, je vous invite à vous mettre en route, guidées par l'inaccessible étoile.

 

Quand tu te sentiras irradiée, sous sa lumière directe, se manifestera, pour toi seule, tombant de la polaire, l'axis mundi et le sens de ta quête compagnonnique, initiée par ces 5 voyages, resplendira comme un éternel midi plein.

 

Voilà pour le rêve, dédié à JAKIN. Brother and sister, I did a dream this night. Evolution et Concorde, crée, constitue et reçoit des comp\ qui en sont son salaire. Ces comp\, avec leur naissance initiatique d'app\, comprennent, qu'au-delà du piège de la formule poétique des mots, il existe un réel rapport à la tâche. Quel est-il ? La réponse se situe dans la compréhension totale de la glorification du travail qui est cet état d'être F\M\, souché sur l'esprit du compagnonnage opératif qui fait de l'ouvrier un artisan, de l'artisan un ouvrier d'art et de l'ouvrier d'art un bâtisseur de cathédrales de pierre ou d'esprit.

 

Ecoutez Lanza del Vasto: Je commence à tisser un fil plus sûr et qui ne se rompt pas à chaque tour de rouet. J'aurai bientôt filé ma robe de pèlerin. Je voudrais en effet, au mois d'Avril, partir pour la source des fleuves sacrés, en pèlerinage que tout pieux Hindou accomplit au moins une fois dans sa vie. Je veux me préparer à ce pèlerinage, je ne veux n'emporter que des objets purs.

 

 

 

 

Que ta maç\, ma S\ soit un vêtement de vie taillée par toi de façon incessante dans la plus pure et la plus solide des étoffes de ton être.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

20 - La lumière et le Franc-Maçon

 

 

 

 

L

 

e  Franc-maçon est fils de la lumière. Evoquer le rôle et l’influence de la lumière comme concept ou comme symbole ou comme mystique, c’est tout d’abord rechercher dans les origines de la F \M\ comment fut vécu le rapport de nos différentes mystiques génétiques avec la lumière.

 

Si nous évoquons les traditions antiques, on ne manquera pas d’évoquer  le divin soleil  chez les égyptiens et sa cohorte de rituels pour le magnifier.

 

L’apport  de l’hébraïsme, au moins sur les premiers degrés de la maç\ salomique (jusqu’au 14ème grade au D\H\) est indéniable. Cette pensée, développée par la Kabbale (la transmission de la connaissance)  a pour thème une mystique de la lumière à travers le thème de l’émanation divine sous formes de sphères de lumières, les séphirots, témoignant ainsi de l’influence persistante du néo-platonicisme.

 

Dans « Le banquet », Platon écrivait : «Celui que l’on aura guidé jusqu’ici sur le chemin de l’amour, après avoir contemplé les belles choses dans une gradation régulière, arrivant au terme suprême, aura la soudaine vision d’une beauté de nature merveilleuse ». Cette approche différente du visible permettrait une séparation cathartique entre vision corporelle, opaque, intentionnelle, et vision spirituelle, diaphane, vide.

 

Chez les Esséniens on enseignait un dualisme strict qui divise le monde et les hommes en deux camps : celui de la lumière, du bien et de la vérité (celui de Dieu), et celui des ténèbres, du mal et du mensonges (celui de Bélial).

 

Les anciens savants juifs, grecs, syriens et arabes qui la pratiquaient ont vraisemblablement attribué le nom de kabbale à un savoir sacré, à un ensemble de connaissances ésotériques et initiatiques, à l’antique art sacerdotal dont l’enseignement était fondé sur les mystères du soleil, source de la lumière, de la chaleur, de la vie et de  la lumière primordiale comme principe d’expansion créatrice. La lumière étant révélée pour élargir l’espace du monde. Mais après sa manifestation, la lumière se retire, se cache et devient obscurité du point de vue des créatures.

 

 

Souchée sur la maçonnerie opérative, la Maç \ spéculative, qui est la nôtre aujourd’hui, n’a pas manqué de retenir, non seulement une organisation mais certainement un fondement de la pensée sur ce qui faisait foi pour les bâtisseurs de cathédrales. Les vielles obligations des maçons opératifs contenaient des invocations à Dieu, à la très Sainte Trinité, à la vierge Marie, aux quatre saints martyrisés et faisait obligation d’être fidèle à Dieu et à l’Eglise. Cette obligation en la croyance de Dieu ne fut abolie qu’en 1877 par le grand Orient. La lumière maç\est–elle une trace de cette foi en le divin ?

 

Plus proche de nous, l’ésotérisme chrétien du XVIIIe siècle avec l’illuminisme considère que la connaissance de Dieu et la science de Dieu sont la vraie connaissance du monde. L’illuminisme a pour thème fondamental la distinction entre l’esprit et la lettre, entre la lumière et la matérialité. Sans levain, c’est-à-dire dépourvue de la lumière de l’esprit, la lettre est vide de sens et par conséquent de vie. L’initié est éclairé par la lumière divine qui se révèle à lui à travers un effort moral. Pour les illuministes, chaque être possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. C’est dans le monde intérieur que se réalise la vision de la vérité :

 

L’esprit illuminé entend, comprend, saisit. Cette lumière n’est pas le résultat d’une acquisition, elle se découvre. Elle est dans l’homme, mais celui-ci risque de mourir sans avoir compris que le trésor de la sagesse se trouve en lui.

 

Les illuministes insistent sur la nature subjective de la connaissance, sur le primat de la transformation personnelle de l’homme qui aboutit à une régénération, à une nouvelle naissance. La foi, l’amour de Dieu, l’abandon de soi-même, telles sont les caractéristiques fondamentales du chrétien de la seule et véritable Église. L’important est de vivre sa foi intensément. Le Christ ne remplit pas un rôle d’expiation et de justification .Quand il advient dans l’âme, l’âme naît en Dieu. La lumière du Christ n’apparaît que dans la mesure où l’homme se détourne de lui-même et se vide pour adhérer au divin. En France, nous trouvons, parmi les esprits les plus brillants de cette époque, Bathilde d’Orléans, la duchesse de Bourbon (mère du duc d’Einghein), Joseph Balsamo, comte de Cagliostro,  Pierre Fournié, le prêtre anglican William Law, Joseph de Maistre, bien sûr Martines de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin et évidemment Jean-Baptiste Willermoz.

 

C’est à travers la F \M\ que certains d’entre eux rêveront de répandre le christianisme sur toute la terre, et ainsi de répandre la lumière.

 

 

Nous essayerons de penser le F\M\, le temple et les rites maç\ dans leur rapport avec la lumière, tantôt par ce qu’elle rend visible, tantôt par ce qu’elle rend comme compréhensible, tantôt par son rapport à ses opposés, l’ombre, les ténèbres, voire le noir.

 

L’opposition lumière-ténèbres constitue un symbole universel. Pour en esquisser l’enjeu symbolique, on peut introduire trois grandes acceptions de la lumière sur le plan de l’imaginaire : la lumière-séparation, la lumière-orientation, la lumière-transformation.

 

La Lumière-séparation et l’abîme s’opposent dans une symbolique de la création.

 

  La Lumière-orientation et l’obscurité structurent la symbolique de la connaissance.

 

La lumière-transformation se heurte à une double altérité: s’opposant à l’opacité, elle est le symbole de la manifestation de la transcendance ; se confrontant à l’ombre, elle devient le symbole de la purification (catharsis).

 

 

 

Regardons en F\M\, où tout est symbole, comment nous vivons ces 3 aspects de la lumière.

 

·        La lumière-séparation : La dimension proprement démiurgique de cette opposition lumière-ténèbres se retrouve à la racine de toutes les grandes cosmogonies. Du sein d’un abîme préalable (chaos, tehom, tohu-bohu), sans fond, sans forme, va brusquement émerger l’ordre, l’ordo ab chao du D\H\, c’est-à-dire la séparation-archétypale originelle.

 

Deux principes opposés sont ainsi différenciés : la  lumière et les  ténèbres. Trois séparations démiurgiques vont en procéder. Elles engendrent le cosmos dans sa totalité. Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut ! Fiat lux !

 

o       Une première séparation opère la création des grandes oppositions cosmogoniques fondamentales : l’avant et l’après, le haut et le bas, la nuit et le jour. Elle correspond à la croisée horizontale et verticale du ciel et de la terre.

 

La lumière nous indique la sortie de la materia prima, du chaos, du primordial, elle nous situe par rapport aux origines. La sortie du cabinet de réflexion et l’enlèvement du bandeau peuvent être rattachés à ce type de rapport à la  lumière. N’est il pas écrit dans le cabinet de réflexions : »si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres et tu verras la lumière. » ?

 

o       La deuxième séparation est liée à la genèse de la vie. Elle joue sur les variations régulières nuit-jour qui déterminent les saisons, sur la permanence des alternances du jour et de la nuit. Création des cycles de mort et de renaissance, de lumière croissante et décroissante entre solstice d’hiver et solstice d’été. Cette deuxième séparation règle donc le jeu d’équilibre et de conflit entre eau et feu. A cette lumière de génèse correspondent tous les symboles de la lumière-fécondation : lumière souterraine et psychopompe d’Anubis, «soleil vert» de l’émeraude qui est sang et fécondité chez les Mayas comme dans le symbole du Graal, soleil chtonien comme dieu-grain qui meurt à l’automne et ressuscite au printemps, etc. Ce sont aussi nos luminaires, le soleil et la lune, à l’Orient, qui témoignent, dans le temple, de l’alternance du diurne et du nocturne, de la lumière en tant que lumen, celle du 4° jour de la genèse, différente de la lumière primordiale du 1er jour appelée lux. Doit-on en conclure que la lumière ne peut exister que si la nuit existe, que le F\M\ des ténèbres deviendra l’homme de lumière, mais qu’ainsi, il aura des rechutes, des retours en arrière et que dans ce cas, il lui faudra l’astre de la nuit, l’espoir que le cycle recommence et que les ténèbres ne l’emporteront pas définitivement sur la lumière ? C’est la promesse faite à l’humanité, après le déluge, par l’alliance  que le Dieu des hébreux a inscrit dans la lumière diffractée de l’arc-en-ciel.

 

o       La troisième séparation cosmogonique a lieu entre zénith et nadir. Au-dessus de la fertilité végétale,  de l’âme lunaire et aquatique se différencie le symbolisme de l’esprit et de la lumière-illumination. Ce symbolisme oppose les images ascensionnelles de l’air et du vent aux images de la pesanteur de la terre.

 

Au soleil terrestre et à ses cycles de fécondation se sur-ordonne la permanence du soleil céleste, porteur de la clarté de l’intellect, il est le modèle visible, le symbole sensible du principe de toute harmonie. La hauteur inaccessible de la voûte étoilée, c’est la verticalié céleste, celle de la lumière et de la vision. Toute ascension mystique ou mythique est visionnaire et elle s’accompagne parfois de photismes lumineux et colorés. Aux degrés de l’échelle chamaniste correspondent des couleurs divines qui symbolisent le degré d’initiation. De ce point de vue, les couleurs de nos loges symboliques et des décors des différents grades sont comme dans les rites du culte de Mithra ou dans la vision mystique des soufis, la traduction visuelle des degrés ascensionnels des initiés.

 

Dans la gnose du manichéisme, l’esprit vivant descend ainsi que la mère de vie jusqu’à l’intérieur des ténèbres pour sauver l’homme primordial précipité dans l’abîme infernal de l’obscurité lors des combats entre ténèbres et lumière des commencements. Il tend sa main droite à l’homme primordial qui la saisit et hisse le captif du mélange de la déchéance, il le sort de l’obscurité létale. Cette poignée deviendra dans l’église manichéenne un geste rituel et symbolique. Nous retrouvons ce geste aussi en F\M\Sa signification est manifestée, entre autres, sur les tabliers des M\M\ au Rite Ecossais Ancien Accepté, au Rite Français.

 

 

·        La dimension spécifique de la lumière-orientation se donne à travers l’image-archétypale du chemin : chemin ascendant peuplé d’images lumineuses, aériennes, portant allégresse et éveil ; chemin descendant jalonné d’images sombres, étouffantes, lourdes de toutes les peurs et de tous les tourments. C’est alors le symbole d’un combat éternellement recommencé entre l’élan spirituel vers la lumière et l’inertie matérielle qui fait régresser l’homme dans les obscurités de l’âme. Toutes les gnoses reposent sur ce conflit latent.

 

D’une part règne le constat effrayant de l’obscurité du vécu de l’âme. « Sauve-moi de la matière et des ténèbres», supplie la Pistis Sophia , dans ce très beau recueil de dialogues gnostiques qui porte son nom  et qui met en scènes la Sophia , Jésus, les vierges Marie, Marie-Madeleine.

 

D’autre part une lueur d’espoir naît de cette dualité même. L’étoile est l’image symbolique de la lumière salvatrice. Dans la nuit de l’âme, seule brille l’étoile-guide (étoile polaire, étoile des bergers, des Rois mages, «étincelle» des alchimistes, étoile flamboyante.).

 

Si certains gnostiques accentuent le dualisme à l’extrême, la plupart des gnoses présentent le chemin de retour de l’âme, vers la lumière, comme constitué d’alternances entre phases sombres et phases claires. Ce chemin se donne alors dans les symboles «noirs et blancs» des damiers et des échiquiers, des pavements sacrés, des labyrinthes sur le sol des cathédrales, du côté noir et du côté blanc de l’ouroboros, bien sûr de nos pavés mosaïques.

 

 

L’orientation symbolique est une conversion à la lumière.

 

 

De la connaissance lunaire (réfléchie, cyclique, rationnelle), le regard se retourne vers la connaissance solaire (jaillissante, irradiante, intuitive). Le symbolisme de la lumière-orientation joue sur l’opposition montagne-caverne (cf. le mythe de la caverne de La République   de Platon). Le héros ou l’âme exilée, tel Gilgamesh, doit affronter l’obscurité du monde souterrain, pour sortir de «l’autre côté» de la montagne dans la lumière de l’aurore.

 

Que ce soit l’orphisme, le poème de Parménide, la gnose valentinienne, les actes de Thomas, la Pistis Sophia du côté chrétien, les récits visionnaires de Sohrawardi, ceux de Ibn al’Arabi ou d’Avicenne,  du côté musulman, il s’agit toujours d’un voyage vers la lumière de la connaissance, par la distinction initiale entre la droite (lumineuse, aurorale) et la gauche (obscure, crépusculaire, en un mot sinistre). D’après Henri Corbin, ces deux directions se révèlent être l’Orient et l’Occident de l’âme. Si, pour Carl Gustav Jung, l’aurore symbolise la sortie de la nuit de l’inconscient, c’est en plein midi qu’a lieu la délivrance de l’agnoia  (l’inconnaissance). «Soudain, une lumière, comme un feu jaillissant, surgira dans l’âme» écrit Platon, dans Lettre VII ; «tout à coup, vers midi, une vive lumière venant du ciel resplendit autour de moi» trouve-t-on dans les Actes des Apôtres, XXII, 6 ; «pour le connaissant, il est toujours midi » est écrit dans les Upanishad, III, XI, 3. Nous ouvrons nos travaux à midi plein !

 

 

Tout au bout du chemin de connaissance, la lumière-orientation symbolise finalement la brusque éclaircie de la contemplation, comme ouverture de l’instant sur l’éternité, disparition de la durée du moi, apparition de la présence du soi. Et le bandeau fut enlevé !

 

Jalonné par la lumière, le chemin maç\ fait sans cesse référence à cette lumière-orientation.

 

Ainsi en F\M\, les fenêtres, protégées par des grillages qui filtrent la lumière, éclairent les zones du temple, en fonction du degré de lumière qu’elles peuvent recevoir, indiquant le niveau supposé de connaissance des différents grades : faible lumière du nord pour les apprentis, qui augmente en venant du sud pour les compagnons, rayonnante dans l’orient du soleil levant pour éclairer le Vén\, représentant la lueur à partir de laquelle s’élargit la lumière. Ainsi, seul le Vén\ne retourne pas son cordon, en cas de tenue funèbre ; il demeure la lumière de l’aurore et de l’espérance parmi les cordons retournés des autres frères, dont le noir du deuil ne restitue plus aucune lumière.

 

Cette assimilation de la lumière au chemin initiatique est aussi manifestée par le nombre de lumières  disposées sur les plateaux des off\off\ allant en augmentant selon les grades auxquels sont ouverts les travaux. Les dignitaires de l’ordre sont accueillis par des flambeaux de plus en plus lumineux selon leur rang dans la hiérarchie, sensés être celle de la connaissance initiatique.

 

 

·        Et puis  la lumière peut être appréhendée par un troisième axe de symbolisation, celui de la transformation de la réalité. La création se transforme par le regard de la créature. Ce regard est le creuset de l’alchimiste, par où se transmue la nature en visage. Ce troisième aspect de l’opposition repose sur la reconnaissance symbolique du paradoxe de la lumière. D’une part, la lumière est à soi-même son propre obstacle et donc sa propre altération. La lumière révèle, manifeste, suscite la vision réceptrice;  mais par là même elle se diffracte dans le «prisme» du moi.  De ce qui est donné comme visible par la lumière,  tout n’est pas forcément la vérité. Il y a  de l’écart, du retard, entre le jaillissement et le reflet, entre le sujet et l’objet, entre l’original et sa représentation, nous dirions qu’il y a de l’entropie entre le vrai et le voir.

 

Au mystère de la lumière créatrice correspond la vision réceptrice.

 

 

Ainsi, la lumière est saisie symboliquement comme tissage avec soi-même. «C’est lumière sur lumière», affirme le Coran ; «Dans Ta lumière nous verrons La lumière», annonce la Bible.

 

 Est-ce de ces lumières  que se fait la datation du commencement symbolique maç\ L’année de la vraie lumière ? De quel événement originel nous rend-elle compte ?

 

 

Quelque soit la façon de repérer les formes de la lumière utilisées par nos rites, il est indéniable que Lumière et Ténèbres sont les deux faces d’une même réalité. La lumière voile en dévoilant, les ténèbres dévoilent en voilant. Ce voir devenu vision n’est il pas l’œil du delta lumineux ?

 

 

Avant de conclure qu’il nous soit permis d’évoquer le 28ème grade du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui a pour titre « Le Chevalier du Soleil » ou l’Homme régénéré, ce grade correspond aussi au 51ème du rite de Misraïm. L’enseignement de ce grade présente le chevalier du Soleil comme le suprême degré philosophique du rite, survivance du stade supérieur des initiations anciennes, syncrétisme de la théosophie, du gnosticisme, de la magie, de l’astrologie, de la kabbale, de l’hermétisme et du mithriacisme, de toutes les clés de la connaissance…

 

Le Chevalier du Soleil est par définition un chasseur d’ombre. Il est toujours en éveil pour traquer, à propos du savoir et de l’intelligible, les mensonges rassurants. Dans la République , Platon attribue à Socrate ces paroles : « Le soleil (dont seul un aveugle pourrait parler), est quelque chose dont  n’approche aucune essence intelligible, quelque chose qui dépasse de loin l’essence en majesté et en puissance ».

 

 

 

La présence du soleil permet de regarder les ombres qu’il génère lui-même par la combinaison des multiples absorptions-reflections dues aux rencontres de sa lumière et de la matière.

 

 

Nous pouvons penser au-delà, à propos des derniers hauts grades du D\H\, 31, 32 et 33ème qui revêtent de décors blancs  le F\M\, comment la lumière a pu alchimiser ces initiés, les transfigurer par un savoir absolu de soi en lumière et de lumière en soi…

 

 

En conclusion :

 

 

La vraie lumière nous est connue par l’initiation.

 

De fait nous la recherchons comme la vérité.

 

Petite lumière à l’origine, elle brillera progressivement en nous et autour de nous, au fur et à mesure que nous trouverons de l’harmonie et de la sagesse en nous.

 

La cohérence de la vraie lumière  est à la fois symbolique et métaphysique.

 

Le F\M\ est comme un Lucifer (qui a comme étymologie : lux facere, faire de la lumière) cet apporteur de lumière aux multiples facettes, oscillant, nous dirions vacillant comme une flamme de bougie, entre ombre et lumière.

 

La lumière reflète notre être, et là est le risque de passer dans les miroirs de l’ego où la lumière n’est plus qu’un réverbère.

 

Le risque est de nous éloigner de la vraie lumière, de l’aliéner comme le sont les parfums d’une fleur à une infusion.

 

 

Comme les toreros, le dimanche de la résurrection à Séville, pour accomplir la Rédemption , dans le sanctuaire du cercle parfait des arènes, dans leur habit de lumière, les F\M\ doivent mettre à mort la matérialité du taureau, ils doivent vaincre les ténèbres par la vision juste ou, comme l’appellent les croyants, par l’œil du cœur, l’œil de l’autre-monde.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

18- Sacré rituel

 

 

 

Partir des ténèbres pour marcher vers la lumière

 

Peut-être?

 

Trouver les questions sinon les réponses, émettre des hypothèses sur des certitudes incertaines, partir sur des coïncidences et des faits en apparence inexpliqués et qui répondent pourtant à des demandes formulées.
Bâtir une éternité……

 

Rêve ou réalité?

 

José Bonifacio

 

 

I

 

ci on a cloué un delta, miroir de lumières. Il nous raconte le Un et nous sommes multiples. Il nous faudra, longtemps, arpenter la loge avec notre perception fragmentaire pour essayer d'appréhender la permanence et la réalité de cet univers d'unicité. Alors, soulevons quelques voiles, viens mon F\, ma S\, entrons dans le visible, écoutons nos symboles ; il y a ici une lumière à recueillir.

 

Les symboles font vibrer ce qui est caché en nous et l'amènent à notre niveau de conscience. Le symbole est le lieu de séjour d'une vérité qui sommeille: c'est le bouton de rose qu'une caresse de lumière va faire épanouir. Dans la lumière bleue de notre loge, essayons d'éclairer le sens symbolique du rituel. Pourquoi le fait-on ? Que peut-on en attendre ?

 

Je vous en propose, non pas l'explication, mais un témoignage de mon expérience. Si tu veux, mon F\, ma S\, ensemble, démontrons l'hypothèse que nous pourrions faire: le rituel est le moyen de la mise en condition de notre insertion dans une atmosphère vibratoire telle qu'elle permet, au mieux, l'expansion de notre conscience et la force du verbe, chacun étant à sa place, fondu avec les autres, pour remplir sa mission comme il le doit.

 

Le rituel fait de nous cette chose libre, cet esprit qui enveloppe la terre et se meut dans l'éther, comme le dit Khalil Gibran de l'homme.

 

Je ne puis retenir l'idée que le rituel, opérant une transmutation spirituelle aurait alors une efficience magique. Pouvons-nous accepter cette vision du rôle du rituel? Car c'est bien de cela qu’il s'agit et c'est bien de cela que, comme Jules Boucher, nous allons nous entretenir.

 

Mais si les mots sont gênants, prenons ceux d'égrégore, de conscience, de fusion dans le sacré.                                       .
Comment le rituel rejoint le symbole en faisant communiquer les plans entre eux, en projetant sur un plan inférieur une signature macrocosmique et en permettant à ce qui est en bas de rejoindre ce qui est en haut ?

 

Par l'utilisation consciemment ordonnée de mots, de gestes, de sons, peut-on contraindre une réalité transcendante à être présente ici, pour nous permettre de la rejoindre ou de la retrouver en nous-mêmes ?

 

Le rituel est avant tout un outil, probablement le plus élaboré qui, en nous faisant à chaque fois tenter de bâtir un temple, représente le média permettant d'atteindre peut-être cette transcendance. Nous sommes pierres et le rituel permet de rendre ces pierres les plus conformes à leur intégration dans la construction du temple, même et surtout si elles ne sont pas toutes identiques; pierres brutes, parpaing, pierres cubiques, voussoirs, pierres de voûte! Le rituel comme ses symboles relie, non pas les sujets à l'objet, mais les sujets entre eux et les sujets au sacré

 

Avec votre aide, je vais ouvrir la loge, avec votre volonté de vous assembler en édification. Alors commençons la consécration du temps et de l'espace du temple en les faisant passer de l'espace profane à l'espace sacré, du temps diachronique au temps synchronique. Retrouvons le temps et l'espace primordiaux, ceux de la monade devenue 2, passons de l'espace et du temps à l'espace-temps, entrons dans l'univers.

 

Silence mes FF\ et mes SS\ Silence, forcément silence, contraignant et sidéral pour recommencer ensemble. Commençons notre voyage à partir de nous-mêmes en tant que microcosme et élargissons nous au macrocosme en nous construisant en temple. Faisons vibrer en unité quelque chose qui se manifeste en pluralité. Rendons opérant le rituel comme l'étude d'un cabaliste, comme un alchimiste penché sur son athanor!

 

A partir d'un point choisi à midi quand le soleil est au zénith, enfonçons un piquet. S'il est bien perpendiculaire, il n'y a pas d'ombre portée. Il est un point. C'est ainsi que s'établit la perpendiculaire sur un chantier. A midi se choisit la verticale qui permet d'initier le temple.

 

A quelle heure les maç\ ouvrent-ils leurs travaux? A midi Vén\M\

 

Cela veut dire aussi que l'apprentissage commence par la verticalité.

 

L'orientation du temple sera ensuite donnée au sol, par la direction de l'ombre grandissante. L'horizontale orientée se déduit de la verticale par un déplacement de lumière.

 

L'horizontale succède à la verticale comme le niveau succède à la perpendiculaire dans l'apprentissage. Et maintenant comptons et additionnons 3 + 4 + 5 = 12.

 

Déplaçons nous dans ces nombres pythagoriciens à partir de midi comme d'un point fixe qui se trace en cercle, en droite et se déploie en plan, en dessein.

 

Il nous faudra donc aller jusqu'à minuit pour achever dans le tracé du carré long les influences de l'égrégore. C'est à partir de ce point initial de midi et dans l'axe de son développement dans la lumière que par 3, 4, 5 s'élabore, se structure le tracé du carré long pour faire resplendir le nombre d'or de midi à minuit. Alors il y a une longueur, il y a une largeur qui n'est ni longue, ni large, qui est déploiement, vibration, émanation du Un initial dans le rythme occulte des relations universelles où nous reconnaissons p et f.

 

 

A partir de la guématrie, la cabale met en évidence la symbolisation des différents noms du divin sous forme de nombres dans les valeurs desquels l'association des nombres de relations universelles tels que p et f est fondamentale. Cela voudrait dire que l'exploration de certains nombres, fondement et régulation de tracés architecturaux, nous conduirait vers la compréhension du principe même de l'harmonie.

 

Ainsi, par un jeu indéfini de résonances de rythmes qui se reflètent et se répondent, la construction s'élève, devient aérienne et divine, en même temps qu'elle élève l'homme qui la contemple (ou y participe) et le fait communiquer avec le beau, le vrai, le bien qui ne sont que les diverses appellations de l'harmonie universelle et appelées sagesse force et beauté dans notre resp\Loge.

 

Nous sommes bien sur un chantier. Le Vén\, maître d'œuvre, vérifie que les éléments de la consécration sont réunis, interroge les lumières pour savoir si chaque ouvrier est à sa place dans l'organisation des tâches.

 

Pourquoi êtes-vous placés ainsi?

 

Il consacre alors le temps à la construction et la construction à ce temps

 

Puisqu’ il est l'heure et que nous avons l'âge…

 

Il veille à ce que chacun devienne le médiateur des mondes, comme un axis mundi : - Debout et à l'ordre mes F\ et mes S\

 

Ainsi le rituel, cette construction du temple transforme par un changement de signes qui annoncent des significations nouvelles. Et ce qui est transformé, c'est le chaos en ordre, ordo ab chao.

 

La construction d'un temple, c'est le choix d'un ordre qui, en représentant l'univers, établit l'homme dans une relation spirituelle pour son accomplissement dans le contact direct avec le mystère (d'où le nom de myste donné aux initiés). Construire un temple, c'est réintégrer en soi les niveaux de l'arbre des séphiroth ou arbre de vie, centré sur Azilouth, la part du divin en l'homme.

 

 

Il y a Beriah, son aspect spirituel, Yetsirah, son âme et Assiah, le corps physique réceptacle de la manifestation.

 

Comme dans le temple de Salomon, ces  niveaux d'existence se manifestent pour nous maç\ en volonté, intellect et action centrés sur l'amour universel. C'est à ce moment que s'allient l'esprit et la matière dans le compas et l'équerre, dans leurs positions relatives qui permettent de capter les énergies cosmiques par le métal du compas et les énergies telluriques par le bois de l'équerre, au grade des mystères auxquels on travaille.

 

Le compas est ainsi toujours placé en haut par rapport à l'équerre. L'équerre et le compas sont le lieu de la définition du rapport des appp\, des comp\ et des M\ avec la matière. Le maç\ placé entre ces outils devient l'homme placé entre ciel et terre, recevant la résultante de leurs influences réciproques pour être le médiateur, le pont qui va de l'un à l'autre. C'est l'aleph, aspiration vers le ciel, complété de dameth, la terre, c'est l'adam primordial qui contient tout ce qui est nécessaire à son rôle de reflet de dieu. Il est à la fois le miroir et celui qui regarde.

 

Les 3 coups de maillet matérialisent par leurs vibrations la dimension de la loge et dédicacent l'espace au sacré. C'est un alphabet sonore qui féconde le maç\ comme J\ féconde B\, comme un sperme cosmique, comme un iod, ils pénètrent le beth de notre conscience pour la féconder. Par leur rythme, ces coups de maillet, donnés par les 3 lumières inscrivent la loge dans l'élévation du temple symbolique érigé en esprit. Ces coups actualisent les battements de nos cœurs sur une même cadence et produisent de l'égrégore, qui devient mur du temple.

 

Nous entrons dans le sacré. C'est le rituel qui, en tant qu'unité de langage, nous protège de la déviance que serait la construction devenant une tour de Babel.

 

Au cours de la tenue, tout déplacement s'inscrit comme un trajet sacré. Toute déambulation traverse l'univers. Le pas de celui qui avance est l'arpentage du cosmos avec son corps, mesurant l'échange des mouvements et des énergies des astres.

 

De l'orient à l'occident, du nord au sud, du zénith au nadir.

 

Parcourir la loge, c'est s'ériger aussi en temple en redessinant la projection de la création dans une réalisation à l'échelle humaine.

 

Un seul homme est équivalent à toute la création. Un seul homme est un monde en miniature, écrivait rabbi Nathan au IIe siècle.

 

Et le collège des officiers atteste de l'univers.

 

o       Avec le couvreur en Pluton, seront retenus les métaux qui ne doivent pas entrer dans la construction du temple. Les objets de métal sont ceux de la violence; à l'intérieur du temple, les pierres sont déjà équarries et s'assemblent dans le silence.

 

o       Vénus de grâce, de beauté et d'harmonie, par le 2ème surv\, telle une émeraude, dans sa lumière verte, rassemble ce qui est épars en provoquant des affinités de fusion

 

o       La force rouge du rubis de Mars agit comme un catalyseur et multiplie des foyers d'énergie à partir du 1er surv\

 

o       Le gr\exp\, en tant que gardiens des rituels, veille sur la tradition. Il prend d'Uranus la compréhension qui maintient, enrichit, ordonne et régularise.

 

o       Mercure, irisé, le messager est l'agent de liaison achimique. Il accueille et conduit. C'est bien là le M\ des cérémonies.

 

o       Manipulant les poids, équilibrant les nombres, dans l'ombre, le silence et le noir, le Trés\ reçoit de Saturne le pouvoir de condenser notre énergie commune

 

o       Au cœur de l'univers, la terre nourricière, qui, si elle est verdoyante, ruissellera pour réconforter celui qui souffre. L'hosp\est l'énergie d'amour de la loge.

 

o       Veillant sur le Verbe, dans la lumière-vie du soleil, l'orat\ dispense l'énergie fécondante, l'équilibre et le mouvement.

 

o       Dans son reflet la lune enregistre tout ce qui émane. Le secr\ éclaire nos incertitudes de sa mémoire lucide, dans la pureté du blanc.

 

o       En la personne du vén\se concilie, par le principe harmonique du bleu de Jupiter, l'ensemble de toutes les énergies qu'il capte depuis la loge avec les pointes du compas ouvert sur l'autel du travail. Il les coordonne, les stabilise et dans sa sagesse les répand sur la loge dans l'embellie de l'arbre de vie manifesté.

 

 

Remarquons que par rapport à la terre les astres sont itinérants. Le soleil accomplit une ronde dextrocentrique tandis que Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne accomplissent des circuits sinistrogyres. Ainsi dans l'alternance des circuits diurnes dextrogyres et des circuits nocturnes sinistrogyres, dans le ciel de la terre, se modèlent des lacs d'amour dont le tracé fait se succéder des trajets exprimant le faire et le défaire qui ponctuent le devenir de l'homme. S'adapter, s'accommoder, s'acclimater en permanence à toutes choses, aux mouvements comme aux êtres, à travers une évolution, involution, c'est aussi à cette discipline éternelle que les symboles du coll\des off\, de la canne du M\ des cérémonies, de la houppe dentelée, du pavé mosaïque, de tous les symboles binaires, nous invitent.

 

En construisant un temple, la bâtisseur renouvelle l'unité des mondes. Cette participation au projet des mystères porte le nom d'œuvre de création. En récréant l'espace-temps, cette materia prima de la manifestation, le maç\ s'identifie, dans le passage de l'indifférencié, à la forme de l'esprit. Il crée l'ordre pour une reliance entre le visible et l'infini.

 

Cosmos : nom donné par Pythagore à l'enveloppe de l'univers en raison de l'organisation qu'on y voit.

 

Il n'y a pas que les off\, qui, par commandement (les 3 lumières), ou par exécution, participent à cette œuvre de création. Par leurs attitudes rituelles, les F\et les S\ en leur place, activent leur col\

 

Les invocations, les acclamations sont des modes opératoires collectifs qui, en tant que vibrations ou phonèmes, agissent sur les énergies des différents plans, pour transmuer la loge en temple. Le maç\ connaît les gestes physiques et mentaux qui ont commencé le temple.

 

Le chantier de chaque tenue est la résultante de l'effort de chacun pour le faire progresser dans son édification, toujours et seulement ébauché par l'élan créateur.

 

 

Reprenons l'idée : autrement perçue, autrement vécue, autrement structurée. L'architecture du temple de Salomon reproduite par la structure de la loge indique surtout les directions symboliques du cosmos. La structure orientée, avec son modèle de 6 directions d'espace-temps et un centre se retrouve dans toutes les initiations traditionnelles.

 

Ainsi en est-il des dessins confectionnés par les chamans des  Amériques, ainsi en est-il des héxagrammes YI-king ou des yantras dans l'hindouisme, des mandalas du bouddhisme du Grand véhicule, bien sûr de l'étoile à 6 branches de la cabale, le shaddaï, de certains schémas cosmologiques dans le soufisme. On retrouve évidemment les directions qui symbolisent les étapes manifestées successives de l'être dans les temples, les pyramides d'Egypte et du Mexique, de notre tableau de loge. Nous pouvons, ici, nous souvenir d'un texte de Carlos Castanéda propre à nous éclairer. Il nous rapporte ces paroles d'un de ses guides Don Juan Matus, sorcier yaqui.

 

Je vais énoncer le trait de connaissance peut-être le plus grand qu'un être humain puisse exprimer: Sais-tu qu'à cet instant précis, tu es entouré d'éternité? et sais-tu que tu peux te servir de cette éternité si tu le désires? Là-bas, voilà l'éternité! dit-il en signalant l'horizon, puis il montra le zénith : ou bien là-bas. Peut-être que nous pouvons dire que l'éternité est comme cela. Il allongea les deux bras pour signaler l'est et l'ouest. Sais-tu que tu peux te prolonger pour toujours dans une de ces directions que je t'ai indiquées? Sais-tu qu'un seul instant peut être une éternité? Il ne s'agit pas d'une devinette mais d'un fait, à condition que tu saisisses cet instant et que tu t'en serves pour maîtriser définitivement la totalité de toi-même, dans n’importe quelle direction.

 

 

 

C'est avec son corps que le sorcier indique les directions du cosmos. Et c'est en étant debout que le nadir est exprimé, comme étant sous les pieds de l'homme. Par cette remarque, on peut dire que c'est le corps debout de l'homme qui indique les directions du cosmos. Ce fait pourrait peut-être expliquer les divers "debout et à l'ordre" qui permettent au F\maç\ d'attester aussi de l'univers.

 

Le vén\ est placé à l'or\ pour représenter le soleil levant. Ce lever du soleil n'est pas sans rappeler la description faite par Philon de la prière du matin des thérapeutes (moines juifs répandus en Egypte): Les yeux et le corps tout entier tournés vers l'orient, ils guettent le lever du soleil.

 

Dès qu'ils le voient, levant les mains vers le ciel, ils prient pour demander une heureuse journée, pour posséder la vérité et une vue pénétrante dans leurs réflexions.

 

Que la sagesse illumine nos travaux!

 

Cette inspiration cosmique ravive en nous, tenue après tenue, la conscience de l'incessante succession des matins et des soirs, d'un temps sacré. Orient, orientation, début de lumière, commencement et recommencement du monde. La place entre les col\, où devraient travailler les app\, ne doit pas être perçue comme une vexation, mais au contraire comme la conscience du point géographique initial qui leur offre un parcours orienté dans une géographie sacrée. Comme le disait Jean Mourgues : En prenant conscience d'un itinéraire, qui concrètement, effectivement, charnellement et spirituellement devrait être celui de tout homme au cours de sa vie, l'initié reçoit sinon l'intelligence totale de son destin, du moins l'image, préfiguration de sa condition et le moyen de la comprendre. Pour que notre loge soit une iconographie d'un devenir d'homme, cessons de mettre à l'or\ les F\ et S\qui n'en relèvent pas encore. Installons et veillons sur ceux qui sont dans la triade de l'éveil. Sur l'arbre de l'instruction, c'est l'endroit où le monde de l'esprit s'unit à celui du corps et de la psyché, à travers les voies de la contemplation, de l'instruction et de l'action. De cette manière, un flux descend des mondes plus spirituels vers le jeune maç\ La préparation de l'enseignement prend alors une dimension et une valeur différentes:

 

L'étude approfondie de la parole de feu et le travail sur soi seront menés de pair, pour dompter le golem aux yeux clos. Ainsi commencera l'élaboration du noyau de pensée-lumière qui permettra dans le meilleur des cas de survivre à la mort physique..

 

Chaque tenue ne permet que de préparer la suivante qui poursuit la conduite vers l'initiation, vers l'achèvement du temple, jamais atteint. Chaque tenue est l'indispensable épuration de l'âme avant sa rencontre avec le sacré.

 

La F \M\ ne pourra être à l'heure de ce rendez-vous que par la magie d'un certain nombre d'opérations mentales qui ouvrent les portes des mystères.

 

Pour l'app\ les 3 coups de maillet sont le rappel des 3 voyages effectués lors de l'initiation. C'est donc la réactualisation des purifications par l'eau, l'air et le feu.

 

C'est dire ainsi que celui qui n'a pu assister à l'ouverture des travaux et qui vient après, doit opérer symboliquement un accéléré mental qui lui permet de rejoindre l'efficience des travaux commencés. Il le fait par les 3 pas de l'app\ et les salutations aux 3 lumières qui lui firent éprouver les épreuves purificatrices

 

Les 3 coups de maillet s'adressent au M\ et l'interrogent sur sa façon de se protéger de la peste émotionnelle qui refuse à l'homme l'espérance de la métamorphose. Il s'agit, alors, par la fonction du rituel d'actualiser sa résistance à la criminalité de sa violence latente, de permettre à Hiram de se réincarner, c'est à dire de trouver en chaque M\Maç\le lieu d'une résurgence comme l'or resurgit dans l'athanor. Je n'en dirai pas plus.

 

 

Ainsi chaque secret, rappelé dans le rituel, confère une clef de significations, chaque son, chaque parole, produisent des résultats puissants qui engendrent des impulsions sur le plan mental et produisent, peut-être, des résultats dans la manifestation astrale ou physique.

 

Chaque tenue est la répétition du rituel. C'est un mantra qui fait passer de la position à la posture, de la posture à l'ordre, de l'ordre à l'harmonie  intérieure qui exprime l'harmonie du cosmos. En cela le rituel est le trajet tangible qui permet cette méthode de formation résumée en ces mots si souvent cités:

 

Sème une pensée et tu moissonneras une action, sème une action et tu récolteras une habitude, sèmes une habitude et tu récolteras un caractère, sème un caractère et tu récolteras un destin

 

La destinée d'un F\M est d'atteindre la conscience d'un moi supérieur et ensuite, pour certains, celle de l'esprit divin. Lorsque la forme est prête, lorsque le temple de Salomon a été édifié dans la carrière de la vie personnelle, alors naît la vie du verbe, la forme devient vibrante et le seigneur adombre son temple.

 

Dans le cantique des cantiques on lit: Le roi Salomon s'est fait une litière en bois du Liban. Ses colonnes sont d'argent, son dossier d'or, son siège de pourpre. Comment, alors, demande malicieusement le rabbi, comment peut-on reposer dans une litière de cette sorte ? Eh bien, nous dit-il, la réponse vient aussitôt dans le texte. Il est écrit en effet : son intérieur est tapissé d'amour.

 

Le temple est bâti de la foi vivante de notre fraternité. Sa construction renouvelée à chaque tenue a pour but la manifestation tangible de notre amour du principe de vie. Pourquoi rechercher l'égrégore?

 

Il m'est venu une idée en lisant le livre de l'astrophysicien Hubert Reeves : « Patience dans l'azur », livre qui analyse l'univers à partir du Big Bang initial. Je retiendrai de son chapitre sur le énergies, que, quelle que soit la dimension des corps étudiés, la masse de ces corps, prise isolément, pèse plus lourd que la masse de ces mêmes corps reliés dans une structure commune. Par exemple la somme des masses d'un électron et d'un proton est plus grande que celle d'un atome d'hydrogène qu'ils constituent en s'associant. la différence de poids est due à l'émission d'un photon ultra-violet, dégagé au moment de la constitution d'un atome.

 

De même, un proton et un neutron pèsent plus lourd séparément que réunis en noyau de deutéron. En s'associant les deux particules libèrent de l'énergie sous forme d'un rayon gama.

 

On appelle force, ce qui permet aux éléments de se lier en corps constitués: force électromagnétique pour les atomes, force nucléaire pour les noyaux, quarkienne pour les nucléons, gravifique pour les astres : Que la force soutienne nos travaux.                                   

 

La force du rituel maç\ associe nos esprits individuels pour former l'égrégore particulièrement ressenti au cours de la chaîne d'union.

 

Alors je fais une hypothèse : en se formant, l'égrégore libère une énergie qui se manifeste dans l'ailleurs. Cet agencement d'unanimité s'organise de la façon la plus complexe quand il s'agit d'un temple, car c'est là, la représentation maximale d'information sur l'univers. Quand nous sommes devenus pierres du temple, les transmutations du 2 produisent le 3-qui-est-un et libèrent de l'énergie. Ainsi "l'égrégorisation" dégage un je-ne-sais-quoi énergétique qu'il est bien difficile de caractériser avec précision. Mais, ce que je crois, c'est que ce je-ne-sais-quoi, dans l'ailleurs où il est projeté, est un rayonnement dont l'influence pourrait être l'exhalaison de nos cérémonies rituelles fraternelles, protégées par la sagesse et la beauté, allant livrer leurs forces dans un combat d'énergies du bien contre celles du mal.

 

Pour avoir visiter quelques ateliers, pour avoir entendu parler de pratiques rituelles, on ne peut nier qu'il existe un conflit entre le sacré et le profane dans différentes loges. Cependant pour nous, réaffirmons que l'homme accompli est au milieu. Il serait dangereux de tout vouloir sacraliser, l'histoire des religions en livre de tristes souvenirs.

 

Mais aller jusqu'au bout du profane est une autre forme de totalitarisme, alors le sacré revient de manière destructrice par des manifestations d'intégrisme.

 

C'est pourquoi l'homme et le F\M\ tout particulièrement, doit être au milieu du profane et du sacré, au centre du conflit sacré-profane et réussir une alliance d'univers et une alliance d'humanité dans ce que Mircea Eliade appelle une kratophanie et que nous appelons équerre et compas.

 

Poursuivons au dehors l'œuvre commencée dans le temple !

 

 

Il y a un connaître, il y a un aimer. Nous sommes, dit St Jean, entrés de la mort dans la vie quand nous aimons. Le temple Maç\est la promesse et la voie de cette résurrection là.

 

 

Remplis ton cœur, si grand soit-il, de l'invisible et quand il débordera de félicité, exprime alors les mots que tu voudras, bonheur, acmé, cœur, lumière, vérité, dieu…

 

Je n'ai pas de nom à te proposer, l'amour qui est en soi est tout,  le nom n’est que bruit et fumée.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

17-  Le Roi et nous

 

 

                                                           

 

D

 

ans le Talmud de Babylone, parmi les dix questions faites  par Alexandre le Grand aux anciens du Neguev , il en est une qui nous intéresse tout particulièrement, la quatrième question : Quelle est la définition d’un sage demande Alexandre ? Les anciens lui ont répondu : le sage est celui qui prévoit ce qui advient.

 

La sagesse apparaît ici comme déductive, le sage d’un maintenant lit l’après, par une perception rationnelle ou révélée.

 

Dans le Pirkhé Avoth (traité des principes), l’homme sage n’est pas défini ainsi, comme sachant prévoir. Il y est appelé celui qui, en autrui, en tout homme, trouve à s’instruire.

 

Dans la première définition, le sage s’expose à un système de contingences historiques, celui de la deuxième sagesse résiste aux expériences du savoir pour se renouveler, ouvert à chaque rencontre.

 

Je naviguerai d’une sagesse à cette autre sagesse.

 

"Un roi décida un jour de construire une ville et fit le choix d’un site. Les astrologues approuvèrent l’endroit à condition qu’un enfant soit emmuré vivant et présenté volontairement par sa mère.

 

Au bout de 3 ans, une vieille femme présenta un enfant d’environ 10 ans. Au moment d’être emmuré, l’enfant déclara au roi «laisse-moi poser 3 questions aux astrologues; si leur réponse est correcte alors ils auront bien lu les signes, mais sinon, dans le cas contraire ils t’auront leurré »

 

Qu’est-ce qu’il y a de plus léger, qu’est-ce qu’il y a de plus doux, qu’est-ce qu’il y a de plus dur au monde ?

 

  Au bout de 3 jours, les astrologues donnèrent leur réponse. :

 

« Le plus léger c’est la plume, le plus lourd c’est la pierre et le plus doux c’est le miel. »

 

 

L’enfant éclate de rire et ajoute : « Le plus léger c’est l’enfant parce que, dans les bras de sa mère, jamais il ne pèse ; ce qu’il y a de plus doux, c’est le lait de sa mère et le plus dur c’est pour la mère d’apporter elle-même son enfant pour être enterré vivant. »

 

Les astrologues furent confondus et durent reconnaître leur erreur.

 

Ils avaient mal lu les étoiles. Aussi l’enfant fut-il épargné.

 

 

Au VIIIe siècle av. l’ère vulgaire, lorsqu’il fut installé sur le trône d’Israël, le roi Salomon, Shlomo Hamelech, se rendit à Guib’on où se trouvait le Mishbea’h Hagadol (l’Autel), avant la construction du Temple.. Il y fit un rêve dans lequel le Tout Puissant s’adressa à lui : « Demande Moi ce que tu désires et Je te l’accorderai. »

 

Salomon ne demanda ni la richesse, qu’ont les autres rois, ni un long règne, il décida : je vais demander une chose qui inclut tous les voeux possibles et en regard de laquelle rien d’autre n’a de valeur. Il demanda la sagesse et le pouvoir de distinguer le Bien du Mal pour permettre de juger avec équité. Ceci plut à Adonai car par cette demande Salomon aspirait à ce que son cœur s’ouvrît à la compréhension du cœur de chaque homme.

 

La sagesse lui fut accordée et son cortège de bienfaits. A son réveil, Salomon, s’aperçut qu’il comprenait le langage des oiseaux et qu’il pouvait leur parler. Ainsi couvert par la sagesse, il y a un accès à un sens qui se trouvait déjà là, sous la couche sédimentée de la différence des espèces. La sagesse permet de dévoiler de nouvelles tonalités qui échappent aux significations stéréotypées et affaiblies du quotidien (comprendre la langue des oiseaux signifie être initié).

 

L’enseignement talmudique de la sagesse de Salomon est évoquée par d’autres histoires racontées sous formes de contes didactiques et moralisants : les 2 femmes et l’enfant, mais aussi le serpent et le pot de lait, Salomon et le roi de Perse, l’histoire des 3 frères, celle des 3 hommes, celle du fils du riche et le serviteur, d’autres encore.

 

Il s’agit le plus souvent de la mise en scénario de la découverte de coupables, montrant que la sagesse ne s’exprime pas une fois pour toutes, mais par des actes de décision toujours renouvelés.

 

La Bible retient 3 livres qui auraient été écrits par Salomon.  Misleî (les proverbes), Qohelet (l’ecclésiaste) et le Shir Hashirim (le  Cantiques des cantiques).

 

1 - Misleî, les proverbes, enseigne quelles sont les qualités qu’il faut développer, en particulier, l’amour de la sagesse et la recherche en toute circonstance du juste milieu.

 

Le terme Misleî, traduit par proverbes, a un sens premier de « manière d’être », fait précis qui sert à confirmer. Mieux que proverbes, "exemples " bons ou mauvais, semblerait une meilleure traduction nous dit Chouraqui.

 

Ce qui est essentiel sous la forme qui l’exprime (proverbe, dicton, discours inspiré, parabole, poème, sentence) ce qui est essentiel c’est l’exemple à imiter ou à fuir, le fait objectif que décrit le proverbe. S’adressant à son fils Salomon prononce un plaidoyer pour démontrer la supériorité de la sagesse sur la démence.

 

L’opposition est constante entre ces deux voies, celle des criminelles et celle des justes. Ces écrits ont un but pédagogique. Pour la pensée judaïque le monde est cassé en deux, et il n’est pas sans conséquence de se situer dans la lumière ou dans les ténèbres… Dans ce livre des proverbes, le discernement et la discipline sont des mots au centre du discours de Salomon.

 

  Ainsi peut-on lire :

 

« Au coeur qui discerne  repose la sagesse »

 

« En tête de sagesse, acquiers la sagesse ; avec ton acquis, le discernement »

 

« Adonaï fonde la terre sur la sagesse »

 

« La face de qui discerne est sagesse »

 

« En marche, l’humain qui trouve la sagesse, l’humain qui diffuse le discernement ? Oui sa valeur est meilleure que valeur d’argent, que l’or fin de sa récolte. »

 

 

«  La sagesse est un arbre de vie pour ceux qui l’étreignent, ceux qui s’y appuient sont en marche »

 

 

Pour Salomon, la discipline, être disciple, apprendre sont : l’écoute de la parole du père et le frémissement devant Adonaï.

 

La sagesse est, pour lui, dans la proximité de Adonaï, dans ce que l’on pourrait appeler la stricte observance de la LOI.

 

2 - Qohelet : qui signifie « assembler » a été traduit en grec, puis en latin par ecclésiaste, mot qui dérive lui-même de ecclesia, l’assemblée.

 

Qohelet est rassembleur de sentences et prédicateur. Le ton et la signification profonde de l’ouvrage sont donnés par le deuxième verset qui sert de leitmotiv au livre tout entier.

 

Vanité des vanités, dit Qohelet, vanité des vanités, tout n’est que vanité ! « Habel ha balim,  hakol habel ». La traduction de Habel par vanité implique un jugement de valeur (est vain ce qui est dépourvu de valeur). Or le mot Habel est essentiellement concret, il dresse un constat : tout est fumée, le bonheur, le travail, la sagesse, la vie, l’humanité, la famille, l’argent, le rire, l’avenir, la jeunesse, les jours de l’homme ; oui tout est fumée. La pensée de Salomon est davantage métaphysique que moralisante. Il tente de décrire la condition humaine sous l’angle de ce qui se passe. Etat de fait indéniable et qui porte à conséquence pour la pensée et la conduite de l’homme. Le sage  est celui qui règle ses désirs sur ce qui ne dépend que de lui, pourrait dire le stoïcien.

 

Fumée des fumées  dit Qohelet, fumée des fumées, tout n’est que fumées. Il termine le livre en disant : « Et, après avoir  tout entendu, frémis d’Elhoim, garde ses ordres, oui voilà tout l’humain. » On retrouve ainsi à la fin de l’ecclésiaste cette parole du père au fils qui recommande la stricte observance dans le frémissement du Mystère.

 

3 - Shir Ashirim : Le cantique des cantiques est rapporté à Salomon sans que l’on puisse savoir si le relatif du premier verset désigne le roi comme auteur ou comme destinataire du texte : « Cantique des Cantiques à Salomon »  

 

La lecture des 117 versets qui composent ce poème révèle au moins deux plans de significations ; un plan humain où l’auteur met en scène un homme et une femme unis par l’Amour, et un plan cosmique relatif à la création toute entière. Il faut y voir aussi l’exaltation des rapports privilégiés entre l’assemblée d’Israël et de Eter-El.

 

Les quatre motifs qui forment la trame du poème se retrouvent en profondeur dans toute la Bible. La création, la chute, l’exil et la rédemption. Ce livre est considéré comme un chef-d’oeuvre littéraire. Rabbi Aquiba en dira « Le monde n’avait ni valeur, ni sens avant que le poème des poèmes ne fut donné à Israël. »

 

C’est au 109ème verset qu’il est écrit : « Oui, l’Amour est inexorable comme la mort », dans la traduction de Chouraqui ;   « fort comme la mort »  dans la traduction TOB ; « l’Amour est plus fort que la mort » disent les initiés.

 

La sagesse de Salomon est un sujet repris par le livre pseudépigraphe du 1er s. av. J.C., introduit dans la Bible avec le titre « La sagesse de Salomon »

 

L’auteur, probablement un juif alexandrin, sage et fin lettré, se fonde sur l’héritage intellectuel de Platon, d’Aristote et des Stoïciens pour donner une consistance rationnelle à la pensée de Salomon.

 

 Il reprend ses thèmes pour exhorter le lecteur à vivre en sagesse. «  Aimez la Justice , vous qui jugez la terre ! « Pensez à Adonaï en Bien, cherchez Le dans l’intégrité du coeur.  » «   Oui, la Justice est non-mort. » « Elohim n’aime la parole que si elle est unie à la sagesse »

 

Ainsi l’homme sage est celui qui discerne le Bien du Mal et qui consent à la Loi. Cette sagesse est-elle une sagesse pour tous ?

 

Retenons: Pour Salomon, la stricte observance procure la sagesse. Il a dit « Car c’est le Seigneur qui donne la sagesse; alors tu comprendras ce que sont Justice, Equité,  Droiture, Toutes choses qui conduisent au bonheur ».

 

 

Salomon fut exaucé en demandant la sagesse .Elle lui fut donnée, donc ses jugements étaient inspirés. Il savait ce qu’était le Bien, le Mal.

 

Mais, nous, hommes et femmes du quotidien, ne recevons pas l’illumination d’en haut : nous recherchons la sagesse à travers des quêtes différentes et variées. Nous essayons d’aller vers plus de lumière, mais nous ne pouvons que douter. Pour comprendre l’autre, les sens sont illusions L’intuition, le cœur nous permettent de nous approcher, de pénétrer une vérité multidimensionnelle, mais nous demeurons ancrés dans la nécessité de la réalité, la nôtre, qui sera toujours un obstacle à la compréhension objective du vrai de l’autre.

 

 

Discerner le Bien du Mal, être inspiré par un manichéisme où se condensent et s’alternent les contraires, où s’ouvre le passage d’une vision duale, ne risque-t-il pas de dévoiler une vérité virginale dure et froide. Et pourtant c’est à son mariage avec l’âme de la révéler chaude et tendre. C’est-à-dire de faire de la justice une équité, de sous-tendre la rigueur par la miséricorde. « Il n’y a ni droite, ni gauche parce que ce n’est pas la main qui agit mais le coeur et il est Un », dit l’ange à Gita dans ce livre du dialogue avec l’Ange de Gita Mallasz. Dans l’arbre de Vie Hesed, la miséricorde, est le vis-à-vis  de Géburah, la rigueur.

 

La méthode d’enseignement par l’exemple, comme celle de Salomon, est-elle conforme à une démarche d’homme libre ?

 

Imiter ou fuir un modèle, répéter, singer, copier, être homothétique ou reflet inversé n’est pas, à mon sens, une démarche d’homme libre. Nous ne sommes pas des clones psychiques; chaque histoire est unique.

 

L’homme libéré n’a pas de modèle préexistant, parce qu’il n’existe que par une actualisation sans cesse renouvelée de son devenir sans laquelle il n’y a pas de  rédemption  possible.

 

Ni modèle ni guide « Ne demande pas ton chemin, tu risquerais de ne pouvoir te perdre » dit le cabaliste.

 

 

Celui qui, cherche sait qu’il doit parfois s’écarter de la voie mais pour n’explorer que ce qui est à sa mesure. C’est son identité qui fonde son parcours. Les épreuves de la vie enseignent à tout âge.

 

 

Toutes les recherches de sagesse initiatiques indiquent une direction d’évolution, à partir du moi vers le Soi. 

 

Il s’agit de trouver l’homme dans son être véridique en mouvement vers le meilleur de lui-même, pour atteindre un ordre éthique, qui instaurera, dans l’existence des hommes, dans leur vie privée et collective, une harmonie leur permettant de s’assembler pour partager la réalité. Non seulement parler aux oiseaux, mais accepter de vivre auprès d’eux et eux auprès de nous. Chaque être ne ressemble qu’à lui-même, et pour cela surtout pour cela, la Jérusalem céleste doit pouvoir s’ériger sur des consciences éveillées aux autres. C’est dans ses épreuves du rapport à autrui que l’homme s’éprouve et se fait. Quelque chose me pousse à reconnaître l’autre comme mon frère.  Autrui est le seul Bien qui puisse limiter mon égoïsme et ma persévérance dans le Mal. L’autre est celui qui limite en chacun de nous le « chacun-pour-soi ». Le véritable Amour n’est ni dans la contrainte, fut-elle morale, ni dans la direction d’autrui, mais dans la liberté qu’on lui reconnaît et j’appellerai cela le principe d’humilité et pour cela il n’est pas besoin d’une définition a priori du Bien. Je ne suis pas bon parce que je possèderais la vérité mais parce que je rencontre l’autre dans sa singularité.

 

« Ne le fais pas avec la tête, ne le fais pas avec le cœur, fais le avec humilité » dit l'ange à Lili.

 

Dans la perspective judaïque, comme dans une philosophie de la tolérance, l’humilité apparaît comme la condition même de la conscience morale. L’humilité est l’expérience  de la gratuité, du don de soi.

 

Pratiquer l’humilité, c’est concevoir la capacité de se mettre en retrait devant autrui, de suspendre l’expansion naturelle et égocentrique de son propre être, de se taire et d’attendre, afin de donner à l’autre la possibilité de se faire, et de se dire. L’humilité est l’expérience du silence et du suspens... L’humble n’est pas un éclopé de la réussite car cela suppose d’aller jusqu’au bout de ses forces pour reconnaître l’autre, non comme négation victimaire de soi, mais comme condition héroïque où l’homme comme Dieu fait place à l’homme ? Ecce Homo ! Ma liberté ne s’arrête pas là où commence celle de l’autre, elle commence et s’accomplit là où commence et s’accomplit celle d’autrui.

 

Ainsi le Bien ne serait que dans la relation, dans la reconnaissance de l’altérité, dans son acceptation comme irréductible. Dans cette formulation excluant l’asservissement ou l’extase annihilante se montre la possibilité d’une obéissance qui n’aliène pas celui qui écoute... Et alors l’enseignement de Salomon peut devenir aussi une sagesse pour un être en marche. Elle n’est plus une maïeutique, mais une herméneutique. L’autre n’a pas pour rôle de me mettre en valeur comme dans le dialogue platonicien et socratique.

 

 Le dialogue socratique n’est pas un véritable dialogue, en ce sens qu’il s’inscrit tout entier dans le postulat de l’unité de la raison comme lieu de la vérité; même si ce lieu est à découvrir, il préexiste, il est. Le dialogue n’est qu’une ruse du logos, une forme ornementée d’une dialectique immanente. Tout se passe à l’intérieur d’une conscience ayant l’air de s’interroger et de se répondre, mais où, finalement tout se renoue.

 

La pensée est monochromatique d’une vérité immanente : c’est une maïeutique

 

Le fait même que l’autre soit une vérité et comme le formule Nietzsche « Il existe toutes sortes d’yeux, aussi il y a en conséquence toutes sortes de vérités et en conséquence il n’y a aucune vérité », ce fait ouvre la pensée sur l’interprétation, sur le questionnement, qui est aussi une remise en question.

 

L’herméneutique, c’est à dire l’art d’interpréter et non pas l’art de répéter, implique la suspension du jugement. L’ouverture réside dans le caractère non fixé de la réponse.

 

 

Dans l’Arbre des Séphiroth, la sagesse « Hochma » contient le ma, le « quoi ? »: le questionnement. Adam, en hébreu composé de aleph, daleth, mem, a une valeur énergétique de 45 ; qui s’écrit mem, hé, et peut se lire ma c’est-à-dire le questionnement.

 

 L’homme est un questionnement. La sagesse est un questionnement. La langue hébraïque, en l’absence de voyelle, peut prétendre être une herméneutique.

 

Mais de manière générale l’homme souhaite un monde où le Bien et le Mal soient nettement discernables, car il y a en lui le désir inné et indomptable de juger avant de comprendre. Sur ce désir sont fondées les religions et les idéologies. Elles exigent que quelqu’un ait raison.

 

A l’inverse, il existe un rapport au monde dans le respect; ce rapport nous l’appelons avec Emmanuel Lévinas la caresse et je la propose comme sagesse.

 

La caresse n’exige rien en matière de vérité; car elle est fondée sur la capacité de supporter la relativité essentielle des choses humaines. La caresse incarne la sagesse de l’incertitude. La caresse est un anti-concept qu’Emmanuel Lévinas introduit en philosophie dès 1947 dans le « Temps et l’Autre »

 

Ecoutant le : "La caresse est un mode d’être du sujet, écrit-il, où le sujet dans le contact d’un autre va au-delà de ce contact.

 

Le contact en tant que sensation fait partie du monde de la lumière... La caresse ne sait ce qu’elle cherche. Ce « ne-pas-savoir », ce désordonné fondamental en est l’essentiel. Elle est comme un jeu absolument sans plan, non pas avec ce qui peut devenir notre et nous, mais avec quelque chose d’autre, toujours autre, toujours inaccessible, toujours à venir. La caresse est l’attente de cet avenir. Elle est faite de cet accroissement de faim, de promesses toujours plus riches, ouvrant des perspectives nouvelles sur l’insaisissable. L’homme n’est pas, mais il devient, il existe dans son altération incessante

 

La  caresse n’est donc pas un savoir mais une expérience, une rencontre.

 

La caresse découvre une intention, une modalité d’être qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, posséder ou connaître.

 

La caresse s’oppose à l’emprise de la griffe, du main-tenant, elle est abolition du temps. La caresse n’est pas la prise de l’être mais son respect.

 

La vérité comme respect de l’être, voilà le sens de la vérité métaphysique écrit encore Lévinas.

 

Le «  NOUS » qui n’est pas formé de « JE » distincts est l’équivalent d’un déluge noyant l’être dans une parole indifférenciée.

 

L’arc-en-ciel qui apparaît à la fin du déluge comme signe d’alliance retrouvée, c'est-à-dire de la relation dans l’individuation, peut-être considéré de ce pont de vue comme un paradigme (un exemple représentatif et explicatif) de cette essentielle différentiation. Les 7 couleurs de l’arc-en-ciel avec toute l’infinité de leurs nuances font obstacle à la seule lumière blanche des idéologies totalitaires. Et cette alliance nous propose une philosophie de l’éthique comme primordiale par rapport à la métaphysique.

 

 

Ecoutons une fois encore Lévinas qui écrit dans « Totalité et Infini » : Il faut faire œuvre de justice. La droiture du face-à-face, pour que se produise la trouée qui mène à Dieu, et la vision coïncident ici avec cette  oeuvre de justice.

 

Dès lors, la métaphysique se joue là où se joue la relation sociale, dans nos rapports avec les hommes. Il ne peut y avoir, séparée de la relation avec les hommes, aucune connaissance de DIEU. Autrui est le lieu même de la vérité, métaphysique et il est  indispensable à mon rapport à DIEU.

 

Je pense donc tu es ; et cela peut s’écrire avec Achem, le Nom, le  Tétragramme, (הוהי).

 

 

 

Dans un mouvement de tolérance, je dirai d’humilité caressante, qui excède le malheur, entre le Droit qui existe comme Bien a priori, mais qui ne suffit pas et l’Amour qui suffirait, mais n’existe qu’à peine, le Tsadik tente de construire un monde universel dans lequel l’humanité parviendrait à vivre par-delà le Bien et le Mal.  L’aube de cette sagesse,  que nous pouvons tenter de vivre, est la promesse d’un temps où voici que la lumière a épousé la nuit.

 

 

 

 

Au fait, qu’a pu devenir l’enfant de l’histoire babylonienne du début?

 

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Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

16- Le sens des obélisques

 

 

J

 

’ai choisi de vous parler ce soir de broches à rôtir. Non je ne me suis pas trompée de conférence. Broche à rôtir c’est ce que signifie en grec le mot obéliskos qui a donné obélisque. L’origine du nom nous dit la forme : un pieu pour traverser l’animal à rôtir, en l’occurrence la Terre. Et ce qu’il traverse en même temps c’est le ciel, l’espace, il est une flèche pointée en direction du centre immuable de la lumière : le soleil ; il devient lui-même un rayon de soleil opaque qui inscrit, par la marque obscure de son ombre, la trace des rapports de la terre et du soleil..

 

 

ð L’obélisque est l’intime du soleil. Avec le soleil il donne le temps, celui qui partage le jour, celui qui répète les saisons. Le soleil regarde la terre et la mesure avec l’obélisque dans sa lisière d’ombre qu’il lui fait.

 

Interrogeons les :

 

 

1 – Soleil et obélisque, quelle heure est-il ? L’obélisque est un gnomon, une aiguille de cadran solaire géant dont l’ombre portée indique l’heure; et plus il est haut, plus les calculs sont précis. Merveille de profondeur, le temps se définit ici comme le bord commun à l’ombre et à la lumière.

 

·        Au temps d’Edfou, entre Karnak et Assouan, construit sur l’ordre de Ptolémée III et de son fils, il y a un pylône célèbre, le 6ème qui a joué le rôle de gnomon.

 

·        L’empereur Auguste en fit construire un à Rome, sur le Champ de Mars, en l’an 10 avant notre ère. Le cadran était constitué d’un obélisque de 22 mètres de hauteur environ, rapporté d’Héliopolis. L’obélisque se trouve toujours à Rome, mais sur la place Montecitorio. Il portait son ombre sur un demi-cercle tracé sur un pavage de marbre au sol. Il ne comportait pas de graduation et l’heure était uniquement indiquée par la position de l’extrémité de l’ombre, repérée grâce à des lignes horaires. Ce type de cadran solaire a un inconvénient : l’extrémité de l’ombre devient floue dans la pénombre. Pour y remédier, les Romains ont placé une sphère en haut de l’obélisque, qui portait ainsi une ombre plus nette.

 

Déjà, pour, Anaximandre (présocratique) la pointe du cadran solaire ou gnomon est l’image  de la terre flottant dans l’univers. La lumière venue d’en haut écrit sur la terre les formes et les places réelles de l’Univers par l’intermédiaire de la pointe du stylet. Montrant un modèle du monde, donnant la longueur de l’ombre, à midi, aux jours le plus court et le plus long, le gnomon se fait plus observatoire qu’horloge.

 

 

2 – Soleil et obélisque, quelle date sommes-nous ? L’obélisque est bien sûr une méridienne

 

L'image du Soleil se projette chaque jour sur la ligne méridienne au moment du vrai midi solaire. Chaque jour, cette image change de place sur la ligne méridienne et marque ainsi la saison. Les positions extrêmes sont atteintes aux solstices. Une méridienne est ainsi un calendrier naturel.

 

À Paris, deux méridiennes historiques existent :

 

·        L'une, tracée selon les calculs de Gio Domenico Cassini par son fils Jacques, se trouve à l'observatoire.

 

·        L'autre, commencée par l’horloger Henri Sully et achevée en 1743 par l’astronome Charles Le Monnier se trouve dans l'église Saint Sulpice. C’est une bande de cuivre de 40 mètres de longueur encastrée dans le sol: elle part du transept Sud et se poursuit jusqu’à un obélisque en marbre blanc, placé contre le transept Nord, qui reçoit des tâches de lumière. La ligne de cuivre établie en 1727, représente la course du rayon de soleil qui pénètre dans l'église par un trou situé dans la fenêtre sud de la croisée. Le rayon termine sa course à son extrémité nord sur un obélisque de 10,72m de haut, où sont tracés des repères verticaux. En fonction de la hauteur atteinte par le rayon du soleil sur l'obélisque, on arrive ainsi à déterminer l'équinoxe de printemps, le dimanche de Pâques et l'heure de midi.

 

 

Intelligent, l’obélisque intercepte le flux descendant du soleil, et tous deux, tous seuls, dessinent sur la terre, d’où sort cette statue dressée, l’information objective de l’ombre qui parle en partie de la forme du monde.

 

 

3 – Soleil et obélisque, donnez nous la mesure de la terre : En grec, ce mot de gnomon, désigne ce qui comprend, décide, juge, interprète et distingue, règle qui permet de comprendre. La construction du cadran solaire met en scène l’ombre et la lumière naturelles interceptées par cette règle, appareil de connaissance

 

C’est à l’aide d’un obélisque, en l’occurrence le phare d’Alexandrie construit vers 300 av.J.C. qui en remplit le rôle, qu’ Eratosthène, vers 230 avant notre ère, calcule la première estimation de la circonférence terrestre. En se servant de la différence d’inclinaison des ombres du Soleil, le jour du solstice d'été. Eratosthène sait qu'à Syène, aujourd'hui Assouan en Egypte, le jour du solstice d'été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils  éclairent un puits jusqu'à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n'est pas au zénith.

 

L'obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu, (la hauteur du phare) la longueur de l'ombre de l’obélisque permet de connaître l'angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que fait les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur de toute la circonférence terrestre, il "suffit" à Eratosthène d'estimer la distance séparant les deux villes. On comptait alors 5000 stades et le calcul  de proportionnalité avec un angle de 7 degrés et un stade de 157 mètres donne au calcul 40349 km à comparer avec les 40074 actuellement mesurés !

 

 

Ainsi le gnomon, donnant ce passage du lumineux au sombre, dit qu’il connaît.

 

Je ne peux m’empêcher d’évoquer ces paroles de Michel Serres : Oui, la géométrie porte justement le nom de sa mère la terre sur laquelle ce qui tombe du ciel se mesure. Jalonnée à l'aide du gnomon, elle demeure à l'ombre comme un fondement, comme une fondation creusée sous la science; la géométrie sommeillait sous la terre ou rêvait dans l’éclat du soleil. Le gnomon des anciens grecs ou des babyloniens l’a, peu à peu, réveillée le long des formes singulières communes à l’ombre et à la lumière.

 

C’est ce que fit Thalès en élaborant au VI e siècle avant J.C. les fondements de  la géométrie, il le fit notamment dans l’ombre de la pyramide de Kheops. Ayant établi un rapport entre la taille de sa propre hauteur  et de son ombre portée sous le soleil égyptien,  et ayant mesuré la longueur de l’ombre de la pyramide, il transposa  ce même rapport pour calculer la mesure de la hauteur de la pyramide. Ce rapport qui permet de passer du petit au grand, dans la similitude des proportions,  est dit rapport d’homothétie.

 

Peut-être fut-ce un bâton planté dans le sable qui servit de mesure? Peut-être était-ce Khephren ou Mykérinos, peu importe, nous sommes, comme Thalès, à l’ombre de toutes les pyramides, qui, dans un rapport d’homothétie, à partir de l’ombre d’un bâton ou de nous-mêmes, debout, dans toutes les lumières, nous permettent de calculer l’immensité, de la ramener à notre dimension ou inversement de nous donner la mesure du plus grand que nous.

 

Nous sommes des géomètres parce que nous sommes entrés ici.

 

 

ð L’obélique est aussi la représentation symbolique du ciel et de son immensité.

 

Par sa verticalité, l’obélisque s’apparente à la vaste famille des pierres levées, il devient le lien entre ciel et terre, le médiateur entre ici-bas et l’infini, entre la finitude de la vie et l’éternité de la mort. C’est pourquoi l’obélisque est dressé, comme un lien avec les forces cosmiques, à l’entrée des temples,  des tombeaux.

 

Pour les égyptiens, le sommet de l’obélisque, appelé pyramidion, est souvent recouvert d’or parce qu’il est la montagne cosmique, la colline primordiale, la première terre émergée des eaux sur laquelle se posa le premier rayon de soleil. Une idée analogue est prêtée à Hermès Trismégiste pour qui le sommet pyramidal symboliserait le verbe démiurgique, puissance première inengendrée mais émergée du père et gouvernant toute chose créée. C’est pourquoi les obélisques pouvaient être faits de matériaux précieux : Thoutmosis III (v. 1504, 1450 av. J.-C.) fit édifier deux obélisques en électrum massif (métal contenant 75% d'or), mesurant 6,50 m de haut et pesant 32 tonnes chacun.

 

 

La forme du pyramidion nous oblige à dire tout de même quelques mots sur la symbolique du triangle quand il est en quelque sorte une représentation imaginale des métamorphoses de tous les aspects de l'origine.

 

Pour Pythagore Le triangle signifie la triple nature de la première substance différenciée ou la consubstantialité de l'Esprit manifesté, de la matière, et de l'Univers leur fils. Cette consubstantialité émane du point, le véritable Logos ésotérique, c’est ce que dit aussi Hermès Trismégiste.

 

Le point unique du haut du triangle est l'unité d'où tout procède et tout est de la même essence que lui. Le sommet Pythagoricien est dit le père, le côté gauche est la duade, la mère, le côté droit représente le fils que l'on retrouve comme époux de la mère dans beaucoup de cosmogonies. La base est l'univers, naturé en père-mère-fils, dans le monde phénoménal, et en même temps, unifiés dans le monde hypersensuel de l'unité.

 

Cette monade trinitaire est un triangle équilatéral.

 

Le sommet est le Un ; non pas le nombre mais l'unité qui est en contact avec le vide, l'Aïn-sof de la gnose hébraïque, le Mystère des Mystères (en ces temps le zéro n’était pas encore inventé). L'unité contient le 2 qui est le premier nombre parce qu'il faut qu'il y ait le 2 pour qu'il y ait soit augmentation, soit division, pour qu'il y ait autre chose et c'est ce quelque chose d'autre qui permet de dire que le 2 fonde le 1 qui alors se différencie de l'unité indénombrable.

 

 

Avec le 2, le 1 se sépare de l'unité. C'est dans la manifestation du commencement que le Un devient un nombre.

 

 

Auguste va exploiter ce symbole de l’obélisque pyramidal, en le détournant de sa spiritualité pour sa propagande personnelle. En effet, comme le rappelle Valbelle : « Dès le règne d'Auguste, le transport et l'érection à Rome d'un obélisque héliopolitain dédié au dieu soleil associent ce monuments caractéristique de la religion solaire égyptienne à une théologie solaire intégrée à l'idéologie impériale. »

 

Ses successeurs ne manquèrent pas d'en faire de même. Caracalla fit d'Isis une divinité de l'Etat romain. Néron, admirateur du despotisme à l'oriental, montra un vif intérêt pour les symboles égyptiens et particulièrement pour les obélisques. Aurélien adopta même le dieu solaire comme dieu suprême de l'Empire. Enfin, Constantin fit lui aussi déplacer des obélisques d'Egypte à Rome. Ornant les places, les temples, les cirques, les bâtiments funéraires, l'obélisque est devenu un élément ornemental incontournable de la Rome antique.

 

 

ð Le monumental de l’obélisque se fait reportage sculpté et prendra place naturellement pour célébrer des évènements marquants d’un règne. Au XVIIIe siècle, les pyramides commémoratives se substituent aux croix religieuses des carrefours.

 

Le signe s’efface devant le signal, la bénédiction devant la dédicace.

Depuis la nuit des temps, les représentations figurées du Roi dans la capitale, les palais et les châteaux fonctionnent en tant que mise en scène de la monarchie.

 

Signes de puissance qui signalent où réside l'autorité, ces signes participent de la représentation politique et de ses avatars.

 

Comme forme architecturale, la pyramide c’est déjà un vestige. Avant de répondre à quelque fonction que ce soit, avant de témoigner de ce qui a eu lieu où elle s’élève, elle s’offre comme le monument d’elle-même : mémoire de la mémoire ou monument dédié à la mémoire. La pyramide inscrit le lieu dans le lieu, rappelle le lieu à sa mémoire de lieu. D’où la faveur qu’elle connaît chez les architectes placés devant la commande d’un signal urbain.

 

Cathala en 1790 projette ainsi une place de la Bastille avec une colonne qui « représenterait les événements les plus intéressants du règne de Louis XVI et de la Révolution. Les bas-reliefs parleraient de la prise de la Bastille , de l'arrivée du roi et de la reine à Paris, du serment de Sa Majesté sur la Constitution et de l'adhésion des provinces aux décrets de l'Assemblée ».

 

Le 13 juillet de la même année, Barère demande que soit décrété un obélisque construit avec les pierres de la Bastille , où l'on graverait les droits de l'Homme, la prise de la Bastille et la Fédération. Une députation d'artistes vient à la tribune en septembre 1791 proposer que soit édifiée une colonne sur le Champ de la Fédération , où seront gravées les conquêtes de la Liberté , tandis que Mangin et Corbet suggèrent de commencer sans plus tarder un monument consacré aux événements de la Révolution , "figurés sous des traits symboliques."

 

 

Il y a 40 ans, le président Gamal Abdel Nasser inaugurait l'obélisque de Port-Said érigé à la mémoire des martyrs de la ville. Cet obélisque qui se dresse toujours au milieu d'une grande place est planté sur un immense socle de 6 mètres de hauteur orné de bas-reliefs représentant les différentes phases de la lutte populaire contre l'impérialisme : révolution du 23 juillet 1952, nationalisation de l'ancienne Compagnie du Canal de Suez. Un verset du Coran est gravé sur le socle.

 

 

 

Sous le Directoire (gouvernement de la France de 1795 à 1799), les relations se détériorèrent entre les Etats-Unis et la France. De 1798 à 1800, il y eut une guerre maritime entre les deux grandes Républiques avec, de part et d’autre, des saisies de bateaux marchands.

 

Aussitôt que le pouvoir lui fut confié (décembre 1799), Napoléon, qui était un admirateur des Etats-Unis, travailla à restaurer la paix et l’amitié entre les deux nations. Il avait un buste de George Washington dans son bureau.

 

Il invita le Président John Adams à entamer des négociations de paix. En conséquence, Olivier Ellsworth, William Davie et William Vans-Murray arrivèrent à Paris le 2 avril 1800. Bonaparte put apporter aux négociations tout son bon sens, son esprit de justice et sa volonté de paix et arriver ainsi à un accord qui reçut le titre de «Convention de Mortefontaine » signée le 30 septembre 1800.

 

Deux jours plus tard, le 2 octobre 1800, le Premier Consul donnait une grande fête à Mortefontaine pour le commémorer. Un obélisque flamboyant, dont le piédestal était orné d’allégories célébrant l’union des Républiques américaine et française, illuminait ses abords.

 

 

ð Comme art investi d'une finalité expressive, l’obélisque en France veut marquer le pouvoir absolu de ses monarques, il veut en scander l’étendue. Pourtant, le culte du roi Louis XIV, malgré la propagande royale organisée par Colbert, n'est pas parvenu à soumettre tous les Français dans une commune adoration de son souverain. C'est que ce culte est tourné en priorité 1 - vers la postérité (d'où l'importance de l'obélisque qui symbolise la renommée éternelle), 2 - vers les classes supérieures (il est bien rare de trouver une statue du roi dans un village de cette nation de paysans), 3 - vers les cours étrangères. Faim, froid, épidémies, la guerre par surcroît : voilà l'origine des grandes révoltes paysannes de ceux qu’on appelait les Croquants, les Nus-Pieds, les Lustucrus, voilà l’origine du mécontentement qui gronde non seulement chez les protestants, mais aussi chez les proches du roi. Ils se retrouveront en 1793 devant l’obélisque de Vaise (proche de Lyon), pour le détruire parce que cet obélisque affirmait, forcément, tout ce qui vient d’être dit à propos des obélisques.

 

 

Et là permettez-moi de conclure avec Victor Hugo par ces vers lus dans son recueil  les Feuilles d’Automne:

 

 

Hélas ! Plus de grandeur contient  plus de néant.

 

La bombe atteint plutôt l’obélisque géant

 

Que la tourelle des colombes.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

15- La solitude du désert

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L

 

 

'intérieur de l'homme est un désert, un vide pour Cioran, un abîme pour Victor Hugo, Hermann Hesse, Gérard de Nerval, Pascal, Paul Valéry et tant d'autres. L'invitation à se connaître de toutes les initiations n'est rien d'autre qu'un appel à prendre conscience de son propre désert. C'est une vision à la fois de sa misère et de sa grandeur.

 

 

L'homme de l'initiation doit s'arracher du monde, obstacle à la réflexion qui empêche la spéculation de l'absolu en lui. Seuls les solitaires ont accès au Royaume, disait Guillaume de St Thierry au XIIe siècle.

 

 

Cet enseignement peut être retrouvé dans les textes et catégories de pensée qui évoquent le thème du désert et de la quête, thème qui apparaît dans la plupart des religions et traditions initiantes.

 

 

Ce que l'on peut retenir dans ces hiéro-histoires, c'est que le désert permet un temps sacro-saint, où s'accomplit l'expérience religieuse ou mystique, où s'abolit la différence du saint et du sacré.

 

 

C'est un mouvement par lequel l'homme en se recueillant au désert, s'élève à la transcendance (souvent appelée Dieu ou le divin). Dans sa quête, le désert est l'épreuve et le lieu du combat contre le principe du Mal. En ce sens c'est un lieu de passage: se quitter soi-même, abandonner son moi superficiel pour trouver son Soi.

 

 

Il est comme un centre de labyrinthe où se vivra aussi l'expérience fécondante de la solitude et des combats Mais cette solitude, cet esseulement n'est jamais le lieu où doit se fixer définitivement l'initié.

 

 

Le désert, lieu où la quête ne s'y achève pas, conduit à une deuxième naissance, celle de toutes les terres promises. En initiation, le désert n'est qu'un passage.

 

 

Dans le désert, le pèlerin des sables se meut au contact de l'infini. Il s'immerge dans l'alliance de la terre et du ciel, dont le cœur en est le foyer de convergence. La contemplation, la theôria, ne peut qu'être expérience, un moyen de connaître des faits que l'on ne voit pas, de trouver une condition humaine autre.

 

 

Dans Terre des hommes, St Exupéry écrit : En arpentant un sable infiniment vierge, j'étais le premier à faire ruisseler d'une main dans l'autre, comme un or précieux, cette poussière de coquillages. Sur cette sorte de banquise polaire, qui de toute éternité n'avait pas formé un seul brin d'herbe, j'étais comme une semence apportée par le vent, le premier témoignage de la vie. Puis sur cette surface où s'allient la vie et la mort, ramassant un caillou noir, pluie noire des étoiles dans le désert, en un saisissant raccourci de sa méditation, St Exupéry assiste à cette lente averse de feu.

 

 

Il abandonne ici ses yeux de chair et réhausse son expérience sensorielle au rang d'une expérience initiatique. Le passage minéral, le règne de la pierre brute et du sable d'or deviennent présentation hiératique de l'absolu où se retrouvent les mots de la métamorphose alchimique. La minéralogie mystique est un espace figuratif dans lequel se retrouve ce que Gaston Bachelard appelle à juste titre un psychisme « lithognomique » sur la voie d'une renaissance spirituelle.

 

 

Cette relation alchimique au minéral, féconde toute la métamorphose de l'ermite en pèlerin.

 

 

Toute retraite dans la solitude du désert commence comme un renoncement au monde, comme une solitude nécessaire au dépouillement de l'homme ancien. La marche au désert ne se laisse plus appréhender selon des coordonnées horizontales de distance parcourue, mais selon celles de la profondeur Le passage par le désert consiste d'abord en une désertification intérieure, au sens où la mort minérale des paysages géologiques devient l'image de la mort que l'on désire pour renaître à l'initiation. A travers ces figures de la mort, la retraite au désert de sable ou d'immensité marine correspond, dans la démarche initiatique, d'abord à une descente régressive vers les premiers moments du monde, vers l'originaire et les profondeurs spirituelles, puis en s'inversant, elles correspondent à la progression ascendante, en authentique pèlerinage, en quête. L'aurore de la vie et de la lumière sera transfigurée par la source d'eau ou le buisson ardent. Ainsi, du néant absolu « la grâce flue de la fontaine divine, elle est un ressemblance divine, elle a la saveur de Dieu et rend l'âme semblable à Dieu » écrit Maître Eckhart.

 

 

Descente et remontée, dans l'alliance de la terre et du ciel, et dans le silence de l'apprenti, n'est-ce pas là aussi le chemin que nous propose la Colonne B \, dont la matière d'airain atteste aussi  de l'alliance du ciel et de terre ?

 

 

Dans l’isolement du mutisme imposé, la colonne B\ et la colonne du nord sont comme un désert pour le myste.

 

 

 

 

Là s'éveille le désir d'un lieu dont on pressent l'existence, mais dont on ne connaît encore ni l'éloignement, ni la configuration. Le voyageur ne s'identifie plus au conquérant assuré de ses trajets, ni à l'errant désorienté qui fuit, mais au pèlerin, à la quête de cet ailleurs dont on lui a parlé. La colonne B\ imaginalise dans l'épiphanie du désert le 4ème pilier du temple.

 

 

Le pèlerinage du parcours initiatique conduit au pays « du-non-où» au 4ème pilier, qui, comme une promesse, attend le F\M\, au delà de son désert intérieur traversé.

 

 

 

 

L'horizon désertique, la solitude instaurent une distance entre le fini et l'infini mais se refuse à toute appropriation. Je ne suis pas propriétaire de l'horizon, mais j'essaie de l'atteindre. Et comme l'écrit Lévinas: « L'infini n'est pas totalisable, il n'est pas objet de connaissance - ce qui le réduirait à la mesure de celui qui le contemple - mais il est désirable (ce qui suscite du désir), il est approchable par une pensée qui, à chaque instant, pense plus qu'elle pense. C'est le désir qui mesure l’infinité de l’infini. »

 

 

Et avec Corbin qui écrit :

 

 

Le pèlerin, le salek, répond à l'appel de I 'espace:

 

 

Plus outre, toujours ailleurs.

 

 

Il est l'Errant, le Renonciateur.

 

 

Nous ajouterons, il est le désirant.

 

 

La voie contemplative qui dispose l'homme à se faire accueil et à écouter la transcendance, est aussi celle par laquelle il apprend à donner en apprenant à recevoir; celle où on sait que le centre de lui-même est à l'extérieur et qu'au commencement est non pas le Je, mais le Tu.

 

 

 

 

En quoi le désert coïncide-t-il avec le temple ?

 

Quelques références :

 

 

Cioran: Durant toute la matinée, je n'ai fait que me répéter « l'homme est un abîme, l'homme est un abîme » - il m'est hélas impossible de trouver mieux.

 

 

Valéry: Nous vivons visiblement, mais l'intérieur est un abîme, note-t-il en apprenant la mort de Mallarmé.

 

 

Victor Hugo: Tout homme a son pathos...II s'obstine à cet abîme attirant, à ce sondage de l'inexploré, à ce désintéressement de la terre et de la vie, à ce regard sur l'invisible; il y vient, il y retourne, il s'y accoude, il s'y penche, il y fait un pas puis deux, et c'est ainsi qu'on pénètre dans l'impénétrable, et c'est ainsi qu'on s'en va dans les élargissements sans bords de la méditation infinie.

 

 

Charles Baudelaire:

 

 Je sens s'élargir dans mon être

 

  Un abîme béant; cet abîme est mon cœur 

 

  Brûlant comme un volcan, profond comme le vide !

 

 

 Alexis Klimov  : « Par l'abîme comprendre l'homme cette démarche, un Stéfan Zweig, par exemple, l'a faite sienne. C'est ce qui lui a permis d'écrire ces pages inoubliables à travers lesquelles, tout en approfondissant l'exploration de son propre abîme, il découvre celui de ses compagnons éternels Holderlin, Kleist, Stendhal, Balzac, Dickens, Dostoiesvski, Tolstoï, Nietzsche… ».

 

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

14- La solitude du nombre UN

 

 

 

 

D

 

 

ans les Traditions, le pluriel intervient de façon prépondérante dans le nombre de présents indispensables pour effectuer certains rituels :

 

  7 maîtres  rendent une loge juste et parfaite.

 

  10 hommes( miniam), attestent de la suffisance  d’un groupe d’hommes de bonne moeurs, pour pratiquer certaines prières, représentant un niveau de pureté suffisante.

 

  36 justes est l’ouverture minima de l’humanité à l’accueil du messie..

 

Si un quota autorise des opérations, l’isolement par lequel passent les impétrants est tout aussi indispensable dans les  traditions initiantes : veillée d’armes des adoubements, cabinet de réflexion, bandeau des ténèbres, et surtout silence de l’apprenti. La quête se fait à la fois par des méditations solitaires et à travers le groupe initiant. Les étapes de l’initiation font alterner des périodes appartenant à l’horizontalité (dans la recherche de savoir et de rencontres) et des périodes de verticalité où s’effectuent les transformations qui aboutissent à la connaissance.

 

Nous avons conscience de venir d’ailleurs et d’être poursuivis par cet ailleurs qui complète l’ensemble de nos références. L’initiation qui est  un effort vers le haut, vers le Soi, vers un changement d’état, ne s’accomplit pas pour tous au même rythme, mais va faire interférer la modification avec les autres membres du groupe et cela montre que l’homme n’est jamais un individu, il est le noyau d’un ensemble,  celui du passé et celui du présent.

 

La chaîne d’union, par le tissage des bras et des mains, nous fait vivre l’achronie dans le torrent de la réciprocité de la présence, unis par un lien ineffable. A la rupture de la chaîne, ne reste-t-il que la solitude ?

 

Dans le voyage initiatique ou les 33 degrés de la sagesse, Christian Jacq nous répond : « Tu seras seul, mais pas isolé comme quelqu’un qui ne connaît rien d’autre que lui-même. Tu seras seul face au Principe. Seul, tout en étant habité par la communauté des hommes avec lesquels tu voyages sur le chemin de l’initiation. »

 

Le symbolisme est l’instrument par excellence de l’intégration, de la rupture d’avec l’isolement.

 

Il ne peut y avoir de solidarité qu’entre individus partageant un système symbolique qui rend possible un consensus sur le sens du monde. Le symbolisme est interprétation en reprenant au passé ce que d’autres avaient déjà sédimenté et en l’embellissant par la spécificité de l’intuition de celui qui le complète. Cette recherche de ce que nous sommes au plus profond de l’être, le moi dépouillé du vieil homme et re-né en Soi, requiert les autres mais aussi la solitude; solitude qui nous protège de tous les totalitarismes.

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

13- Exigence pour une unité

 

 

 

 

C

 

’est une évidence, l’absence d’un membre de l’atelier coupe l’espace du chantier en deux. Ici et ailleurs. Cependant, les membres de l’atelier absents à la tenue, peuvent  dire leur  présence en pensée malgré tout, par le témoignage du F\ou de la S \ qui rapporte  leurs excuses en loge. Ne pas s’excuser, c’est faire prévaloir, sur le chantier, la prégnance des fantasmes d’abandon, c’est introduire la séparation, la coupure non seulement entre le groupe et l’absent, mais par là même au cœur du groupe. Ne pas respecter le groupe en tant qu’unité, c’est ne pas se respecter soi-même comme appartenant à ce groupe. La responsabilité est un choix et donc une liberté.

 

Travailler en loge fonde le F\M\ dans sa liberté d’être F\M\

 

Ne pas transmettre ses excuses sous forme d’obole ou de parole, c’est abandonner le chantier dont la linéarité est celle de l’enchaînement des tenues d’obligation.

 

Mais l’absent sera en manque, car il y a une  formation que la tenue en loge peut donner au F\M\ et qu’il ne peut trouver ailleurs. Quels en sont les aspects ?

 

Il m’apparaît  que la spécificité du travail maçonnique est ce vécu si particulier de la mise en résonance de l’être avec les rituels pratiqués par la loge, quand elle est réunie en tenue.

 

Les rituels tendent à être l’agent grâce auquel la nature profonde de chacun peut être éveillée et stimulée à un degré tel que le maçon pourra accomplir son grade et gagner cette impulsion supplémentaire, cet élan qui le porteront à travers ses épreuves, en le rendant capable de progresser de point en point, de colonne en colonne, à l’intérieur d’un temple de lumière, suivant une progression précise et ordonnée et qui lui permettront de réaliser cette progression dans le monde profane vis à vis des épreuves que le maçon y rencontrerait.

 

Chaque degré parle un symbolisme dont la parole, les mots, les rituels sont des clés qui devraient inspirer le maçon. Ces rythmes du vocable ou des gestuels produisent des effets. Hors du rituel point d’effet.

 

·      Le rituel rend une loge capable de s’unifier et d’effectuer ainsi un travail d’ensemble en tant que corps unique fonctionnant d’une manière cohérente. Les coups de maillet répétés, non seulement délimitent dans notre mental l’espace sacralisé, mais surtout réunissent les battements de nos cœurs, en les réinitialisant, par le bruit, sur la même pulsation, nos sursauts en témoignent. L’absent ne peut partager cela.

 

·      Chaque mot, chaque acte, chaque mouvement et chaque représentation imagée de la vérité focalise toutes les pensées  des maçons rassemblés en une convergence qui fait unité.. Il faut donc une conscience aiguisée de la symbolique du rituel pour accomplir ces attitudes comme une méditation de groupe. Privilégions au niveau de l’entrée en F\M\ ceux et celles qui nous semblent capables de répondre, après un enseignement d’app\, à cette exigence.

 

 

Chaque degré propose un mystère de signes secrets supposé protéger le F\M\ à chacun de ses grades. De quoi les mots et attouchements protègent-ils ?

 

Au 1er degré, l’impétrant est dépouillé symboliquement de ses métaux. Par là, il est protégé des risques possibles résultant du contact avec les forces électriques qui peuvent être déchargées par l’application de l’épée de l’initiateur.

 

L’initiateur, dans son sens le plus vrai, est en rapport avec les forces et l’énergie, avec la manifestation, entre autres, des phénomènes électriques, lesquels phénomènes résultent de l’interaction de la dualité des forces de l’univers ; entre l’énergie statique et l’énergie dynamique, entre l’esprit et la matière, entre la vie et la forme, interaction au sein de l’unité qu’elle manifeste justement  par cette dualité.

 

·      La cosmologie nous le dit : en tant que singularité initiale, le Big Bang serait une limite absolue à la compréhension de l’univers, puisque les lois de la physique ne sont plus valables, ni même les concepts les plus élémentaires de l’espace-temps. Les mythes racontent cette brisure de la durée grâce à laquelle commence le temps. La réalité est une structure habitée par les nombres, les proportions et les analogies. Ainsi elle se présente à l’homme et à son esprit pour y être déchiffrée.

 

·      La nature nous le dit : en effet, aujourd’hui, au niveau le plus microscopique de la connaissance scientifique, selon le principe d’incertitude d’Heisenberg, dans la particule, le savant ne peut plus distinguer ce qui est matière de ce qui est énergie.

 

·      Le rituel d’initiation, comme tout le rituel, nous le dit aussi :

 

Le profane courbé à l’entrée du temple, prêt à traverser la matrice de la Loge-mère , est prêt à redevenir l’être spirituel primordial. Cet être courbé représente pour certaines traditions, la chute de l’esprit dans la matière, pour d’autres traditions, ce symbole représente le divorce de l’Esprit d’avec la Matière , son retour à sa source primordiale dans laquelle l’impétrant s’immerge. Dans les 2 cas il s’agit toujours du Un manifesté en matière et énergie. ici tout est Un parce que tout est symbole. Si le  signe distingue et donc sépare, le symbole, lui, permet la convergence en réunissant ce qui est épars. Comme l’écrit René Guénon dans « Symboles de la science sacrée » : le complémentarisme n’est que l’apparence extérieure en tant qu’opposition ; mais au-delà du domaine où s’affirment les oppositions, elles doivent, comme tous les contraires, se rejoindre et s’unir d’une certaine façon.

 

Pour en revenir aux effets des énergies, dans les initiations antiques, c’est des dangers de contacts non préparés avec le feu éveilleur, purificateur et illuminateur que les signes protégeaient l’initié, tandis que les mots de passe assuraient la sécurité des  intrus « non-préparés ».

 

 Le feu ou esprit ou énergie était alors déchargé par le moyen de mots exacts qui étaient des mots de pouvoir. La bonne prononciation du phonème ou orthoépie permet ou non de traverser le passage gardé. La cantillation est, dans toutes les traditions initiatiques, un des outils de création d’environnements favorables, ou de mise en relation avec la transcendance. La prise de parole, en tenue, devrait en tenir compte

 

Mais, aujourd’hui, l’humanité, mauvais compagnon, n’a plus qu’une parole substituée, dont le pouvoir est très visiblement dénaturé.

 

Cependant, en loge, la parole prononcée essaiera d’appeler la sagesse, la force et la beauté à se manifester dans le temple, produisant sur les pierres vivantes, qui l’édifient, des effets, des changements spécifiques et nécessaires.

 

Les maçons ont toujours reconnu la parole comme génétique, comme étant la vie parce que donnant la lumière. Je te crée, constitue et te reçois F\M\

 

C’est cette parole qui accomplit l’initiation du néophyte en commencement de sa vie de F\M\ Toutes les autres paroles entendues en tenue appartiennent aussi à un rituel créatif d’une manière d’être F\M\

 

Le rituel, la parole en loge, transmettent au candidat à l’initiation l’énergie qui lui permettra de passer des ténèbres à la lumière dans le premier degré, de gravir l’escalier à vis de la connaissance vers la chambre du milieu au 2ème degré, et d’entrer dans la mort au 3ème grade

 

Un des  buts de l’humanisme est d’atteindre un esprit coopératif ou esprit de groupe et le développement de la conscience de groupe. Ainsi doit apparaître le rôle que joue l’unité dans le tout, et l’interaction de ce rôle dans de plus grandes structures. Par le rituel la maçonnerie peut apprendre cela.

 

Dans le travail maç\ et les activités de la loge, les étudiants de l’humanité peuvent voir dépeinte la nécessité pour les hommes de travailler ensemble comme frères.

 

Ils y trouvent ce que Ricoeur appelle un vivre ensemble de façon pacifiée, dans des institutions suffisamment justes. 

 

Le rituel fonde notre unanimité dans une pratique. Sans le rituel, les plus grandes divergences en matière de philosophie, pour ne pas dire politiques, voire personnelles, auraient déjà entamé l’existence de la F \M.\

 

La pensée symbolique est une pensée qui n’invente pas le monde, mais le rencontre et qui essaye de le comprendre dans son extension.

 

C’est pourquoi, c’est une grande culpabilité que de laisser se déliter un rituel. Le laxisme vis à vis du rituel, c’est permettre la division d‘une loge, c’est laisser les factions pervertir l’esprit d’unité que propose la F \M\ Il ne peut y avoir, indéniablement qu’une unité de vue sur nos commandements librement acceptés. Ces règles, vécues dans le temps sacré de midi à minuit, participent aussi à l’émergence de l’égrégore.

 

Le rituel est le lieu de rencontre de nos pluralités. Cela veut dire que nous acceptons la pluralité, l’identité de chacun, les chemins de sens pris par chacun, mais aussi, que nous reconnaissons la nécessité d’une unité de notre rassemblement braquée sur la totalité du sens, vécue dans et par le rituel.

 

Le Droit Humain est un ordre initiatique, et celui qui vient y chercher l’initiation doit pouvoir la trouver.

 

 

Le Vén\, qui conduit le rituel, et le Gd\Exp\, qui en est dépositaire, sont tout particulièrement garants de son intégrité, ce qui n’exclut pas, en la matière, la responsabilité de tous les officiers de la loge et des FF\ et SS\ qui travaillent sur les colonnes.

 

 

 Dans le symbolisme, dans la signification des outils des ouvriers, dans le mobilier et les bijoux de la loge, dans les travaux, on peut suivre ces points de repère qui montrent le chemin vers l’orient, là où la lumière comme tendance de l’unité peut être trouvée.

 

C’est pourquoi, en plagiant Charles Baudelaire, je dirai " notre Temple est une nature où, comme de longs échos, qui de loin se confondent, dans une ténébreuse et profonde Unité, vaste comme la nuit et comme la clarté, de vivants symboles se répondent " .Ils se répondent, soit dans leur complémentarité, soit dans leur pluralité ; mais toujours ils nous conduisent vers le Un.

 

Et je voudrai prendre, à travers le symbolisme, un exemple de cheminement sur mon chantier de l’extension du sens vers le Un.

 

La  porte basse, à l’occident du Temple, fait de son vis-à-vis à l’orient son correspondant.

 

Là, dans son Delta l’œil regarde la porte. Et je m’interroge : en quoi l’œil est aussi une porte ?

 

Une réponse possible se trouve dans l’alphabet primitif de l’humanité, dans sa forme protosinaïque.

 

Créé vers leXIVe siècle av. notre ère, cet alphabet utilisait, alors, des images d’objet ou de personnages, dont le nom commençait par le vocable que l’on voulait représenter. Ce premier son   servait de repère pour une lettre.. Ainsi,  Apis, permit d’écrire le son « A », et donc la tête  de taureau (qui était Apis) fut le hiéroglyphe primitif de la lettre « A ».

 

C’est ce que l’on appelle l’acrophonie (et qui fait du TGV l’acronyme du train à grande vitesse).

 

De même, l’œil servit de hiéroglyphe pour désigner la lettre « O », car en ces temps et en ces lieux, le mot qui nommait l’oeil se prononçait oyin, ce qui a d’ailleurs donné par évolution dans les diverses civilisations le ayin hébreu et le « O » de notre alphabet.

 

De ce fait le « O » a pris les sens symboliques dérivés du champ lexical de l’œil ; et aussi de tous ses contraires : Visible et invisible, apparaître et disparaître.

 

L’œil énonce tout ce qui est de l’ordre de l’apparition et du secret. Je cite Marc Alain Ouaknin dans son remarquable livre sur le « Mystère de l’alphabet » à propos de l’œil : 

 

" Il est le passage entre l’intérieur et l’extérieur, entre les profondeurs cachées et ténébreuses de la Terre et la clarté du monde solaire " (n’est-ce pas là aussi l’évocation de la porte basse, que le temple nous propose comme correspondant à l’œil ? )

 

Et il est écrit encore sur l’œil : " C’est le point où l’être se dévoile mais en même temps se voile ; un être humain ne se montre pas entièrement, son apparition n’est à chaque fois qu’une partie de la totalité de l’apparition. "

 

N’est-ce pas dire que l’œil témoigne pour le UN dans ses aspects différenciés ? A cet instant d’apparition, ne peut-on pas évoquer une naissance initiatique ? J’abuse du symbolisme me diriez-vous ? Alors devinez, comment se prononçait en Mésopotamie à cette époque le mot qui désignait la vulve féminine représentée en cunéiforme ougarit, cette autre écriture,… par un triangle pointe en haut ! Oyin bien sûr, comme l’œil. Quand le symbolisme vient nous narrer notre histoire de l’humanité, ainsi, par petites  touches, c’est toujours pour moi un émerveillement de la complexité et de la cohérence du UN.

 

Allons plus loin sur cette idée d’unité à laquelle l’œil nous ouvre la porte.

 

Le mot Schéma qui veut dire «écoute »est construit sur cham-ayin ; « là-bas l’œil » c'est à dire « là-bas regarde ». Ecouter,  c’est regarder au-delà de la proximité des apparences.

 

Ecouter, c’est essayer de découvrir le visible et l’invisible.

 

Ainsi, la projection symbolique de la porte basse, à travers le Temple, est devenue dans le Delta, ouverture sur les « au-delà »de Soi. L’œil est une porte ouverte qui donne à voir un espace-temps,  hors de notre portée dans son unité, qui comme une vérité, demeure un « là-bas » ou un touchement d’un plus-loin-encore, une naissance de l’invisible, vers lequel, la quête conduit l’initiable.

 

Ecouter devient alors entendement.

 

Dans la conduite de la loge et les activités des officiers, celui qui cherche trouvera des éclaircissements du gouvernement du monde.

 

 Dans les objectifs éthiques et spirituels de la tradition M\, celui qui cherche trouvera cette inspiration qui le maintiendra résolument dans sa quête.

 

Le mystère de l’esprit, le mystère de la lumière, le mystère de notre recherche de la vérité et de l’expérience spirituelle ainsi que le mystère de l’immortalité et de la résurrection, doivent se révéler à leur vraie place ; et à cette place peut se trouver un maître maç\

 

Tous les maç\ ont été introduits dans le temple de la vie. Beaucoup ont pénétré dans le monde de l’étude et de l’accroissement de la connaissance. Quelques uns ont triomphé de la mort et s’emploient à superviser le travail. Celui-ci est fondé sur la liberté qui confère la pratique du contrôle de soi, sur une égalité qui reconnaît notre humanité partagée et sur une fraternité qui oriente notre attitude mentale vers la solidarité avec tous.

 

Et je dis avec le philosophe Laplantine : Le cœur est le lieu de la synthèse de nos philosophies.

 

Il n’y a pas de justice sans solidarité. Celui qui fait la justice est appelé le juge, celui qui participe à la solidarité est appelé en hébreu un tsadik, c’est-à-dire le juste, car il fait une justice d’équilibre. La solidarité n’est pas une bonté à l'égard d’un être démuni, c’est une justice compensatrice. 

 

La solidarité, c’est-à-dire être juste, est la vocation première de celui qui veut atteindre la transcendance  en recréant une unité de l’humanité, où tout autre est notre humanité partagée. Aller jusqu’aux racines de sa différence, permet d’y découvrir sa compatibilité avec l’autre ; la connaissance n’est que dans une humilité à cette perméabilité des êtres entre eux.

 

C’est l’éthique, fondée sur l’unité de l’humanité, qui permet à la métaphysique de surgir, dans l’indépendance c'est à dire dans le droit de choisir ses interdépendances.

 

 

On peut  relire la Règle 9 pour les candidats «  de  l’initiation humaine à l’initiation solaire », prescrite par Alice Bailey : Que le disciple se joigne au cercle des autres - moi- . Mais qu’une seule couleur les réunisse et que leur unité apparaisse. Ce n’est que lorsque le groupe est reconnu et discerné intuitivement que l’énergie peut-être sagement diffusée.

 

Cette unisson dans le service de l’humanité est fondée sur

 

1.    l’unité de but

 

2.    l’unité de vibration

 

3.    l’identité d’affiliation en groupe

 

4.    des liens karmiques de longue date

 

5.    la possibilité de travailler en relations harmonieuses

 

 

S’il est vrai qu’il existe des structures qui permettent probablement de constituer de tels groupes, ce qui est certain, c’est que le travail en loge maç\réunit, au grade de M\, ces conditions. Le travail en tenue solennelle consiste à assurer l’emprise de son ego sur sa personnalité de façon à ce que la relation ésotérique du groupe devienne possible sur le plan physique. L’égrégore survient par une discipline de la personnalité du F\M\, et c’est ce que le rituel lui propose, de rencontres ponctuelles en rencontres ponctuelles, et ce, jusqu'à trouver, à la lumière d’une aurore inhabituelle, le fil qui relie.

 

 

C’est un pacte de renoncement narcissique

 

en échange d’une espérance totale.

 

 

Voilà, entre autre, pourquoi je pense que nous devrions vivre, à chaque instant de nos tenues, non seulement dans l’observance des rituels mais aussi dans leur exigence, ce qui permettra à chacun de vivre sa différence.

 

 

 

 

Alors, comme l’écrivait Daniel Pons dans «  Le fou et le créateur », son œuvre  maîtresse, et s’adressant à son frère, le créateur humain, celui qui tente de se construire lui-même en harmonie avec la parcelle de l’Unité qui l’habite :

 

 

Créateur, mon frère, lorsque tu sentiras ton corps d’éphémère t’abandonner, souviens toi alors que la barque d’Isis est un char qui conduit,  vers l’éternité, tous les corps exténués à force de s’être surpassés…

 

 

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Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
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