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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

32 - « Debout et à l’ordre »      

 un pas pour la liberté du GADLU

 

 

 

 

 

 

D

 

 

ans chaque mot il y a un oiseau aux ailes repliées qui attend le souffle du lecteur pour s’envoler. Aussi avons nous voulu explorer une pensée inspirée de textes qui ont proposé une interprétation gnostique des commencements, et à partir d’eux, entreprendre une démarche analogique qui nous a amenées jusqu’au temple maçonnique. Il n’y a de notre part aucune intention catéchisante, ce n’est pas un enseignement, c’est seulement une manière de permettre à un oiseau de s’envoler et de nous accrocher à lui dans son envol.

 

 

L’espace est vécu différemment selon la manière dont il est investi. Chaque culture, chaque société découpe dans le monde certaines portions de l’espace pour en faire des aires occupées de manière différentes en les instituant de significations.

 

Le lieu est un espace dans lequel on rajoute un récit, un lieu est un lieu d’identité narrative. De même, notre histoire, nos vies avec leurs péripéties, le récit de notre vie nous fondent dans  notre identité.

 

 

Le grec et l’hébreu n’ont pas la même façon de définir l’identité ; les récits fondateurs sont différents. Nous dirions leurs mythes, leur mutos (ce qui unit comme dans un mystère) indiquent des catégories existentielles opposées.

 

Nous nous servirons de deux exemples pour montrer, comment, un peuple trouve son identité.

 

Héphaïstos (Vulcain) forgea entre autre les chaînes qui liaient Prométhée au sommet du mont Caucase; il fabriqua de même la foudre de Zeus et les flèches d'Artémis et d'Apollon.

 

 

Il était né d'Héra et de Zeus, et ce fut à Héphaïstos que revint la tâche de fendre le crâne de Zeus avec une hache pour permettre à la déesse Athéna de s'échapper. Il était laid, si laid que sa mère le jeta sur terre, il en devint définitivement boiteux.

 

 

Plus tard, il tomba amoureux d'Athéna. Sa chair en frémissait en l’approchant, il bandait si fort l’arc de son sexe que lorsque Athéna  le repoussa violemment,  la flèche semencielle tomba  et pénétra la terre. Les spartes (sperme) en naquirent. Ce récit fonde donc le lieu de l’identité grecque comme un surgissement de la terre, un rattachement géographique.

 

 

Abraham naquit à Ur en Mésopotamie. Le lieu de sa naissance n’est pas le lieu de son destin. Lekh lekha dit D. à Avram, ce qui signifie : va vers toi. Et il quitta Ur. Ce récit fonde l’identité comme un arrachement à la Terre. Savoir mourir comme Moïse devant la terre promise, en sachant que l’important n’est pas tant d’y entrer que d’avoir marché vers elle avec un peuple à qui elle est destinée.

 

 

Voyager : « aller - vers », c’est s’orienter dans un mouvement, c’est faire prévaloir le sens (celui de la direction ou celui des significations).

 

 

La promesse faite pour cette Terre, c’est le sens d’un monde-à-l’autre dédié ; c’est une destination éthique pour que l’homme puisse s’y accomplir.

 

 

Le mot ivrit, lhébreu est construit sur la racine IVR comme avor (le passage), avera (la rupture), avera (la transgression), ouvar (la transmission) et  donc il est dans sa signification étymologique l’être de l’arrachement, de la rupture, du passage.

 

 

L’enracinement grec et l’arrachement hébraïque !

 

 

 

 

Pour poursuivre, je voudrais vous faire un bref rappel de ce que qu’est la guématrie. Pour la kabbale, les lettres sont équivalentes à des nombres selon des règles précises. Ainsi aux 9 premières lettres de l’alphabet hébreu sont attribués les 9 premiers chiffres, aux 9 suivantes les dizaines et les quatre dernières les centaines. Cela permet par un jeu des chiffres et des lettres de trouver des congruences sémantiques entre des mots écrits avec des lettres dont la somme mathématique est la même. Ainsi le mot « mère » qui s’écrit em (aleph, mem) vaut 41 et le mot « père » qui se prononce av et s’écrit aleph, beth, vaut 3. Ce qui est intéressant, c’est que le mot « enfant » , yeled, s’écrivant, yod, lamed, daleth, équivaut par la somme de ses lettres 10+30+4 =44. La mère ET le père, ensemble,  sont comme l’enfant !!!!

 

 

 

 

Avec Abellio je dirai qu’il ne s'agit pas que de simples relations arithmétiques formelles. Il y a un sens métaphysique qui les justifie. Les nombres sont des nœuds qualitatifs, des pôles de structuration du réel.

 

 

 

 

Un autre aspect de la différence retiendra notre attention.

 

 

Les commencements de la pensée grecque, recueillis par Hésiode dans la Théogonie et les Travaux et les jours, relatent un genre de processus de vie dont on ne saurait oublier la violence native, d’abord entre les divinités primordiales, Ouranos, Géa, Kronos, Zeus, puis entre dieux et demi-dieux : Zeus et Prométhée, puis entre les dieux et les hommes, l’oracle divin et Œdipe, Sophocle et Eschyle prolongent Hésiode. La théologie de la Grèce antique apparaît dans un cercle de violence s’augurant par un refus (celui d’Ouranos qui n’accepte pas les naissances des générations issues de son accouplement avec Géa) et qui se poursuit par un acte de rétorsion (la castration d’Ouranos par Kronos à l’instigation de Géa), vengeance et rétorsion reproduites à leur tour par la malédiction qu’appelle le « père » sur le parricide, malédiction à l’accomplissement de laquelle le fils de ce dernier est voué. Itération des cercles et de cycles de la puissance stérile qui freine l’émergence de la conscience en confinant l’écoulement du temps dans des histoires de méfiance, de défiance, des engrenages de pouvoir et de la peur.

 

 

 

 

Les commencements bibliques énumèrent les générations primitives, où s’alternent de père en fils des personnages qui incarnent successivement le Bien et le Mal. L’hérédité n’est pas, ici, une reproduction itérative.

 

 

Le dieu de Thora aurait pu, lui aussi, s’estimer outragé, défié, profané dans le cas de Sodome et Gomorrhe et détruire, sans un mot, les auteurs de l’outrage ou les condamner à d’interminables souffrances. Or la tradition hébraïque nous livre un Dieu de justice, non par l’exercice d’une vengeance mais par l’engagement d’un procès. Dès lors, l’histoire n’est pas comme chez les Grecs, déterminée dans l’airain d’un décret. Elle se construit dans une interlocution dialogale d’où  procède, du même mouvement, une mutation des structures de la psyché, puisque ce Dieu cherche un protagoniste, un interlocuteur.

 

La violence grecque et la justice hébraïque.

 

Par quoi l’homme a-t-il la possibilité de se dépasser ?

 

Ce sera l’arrachement et la justice.

 

En hébreu le mot cham qui veut dire là-bas, ainsi que le mot chem qui veut dire le nom, ce par quoi on identifie un être, ont la même valeur guématrique de 340 (chin = 300 et mem 40).. L’identité serait ainsi « un là-bas », lieu de l’invention de soi. Il se trouve que le mot sepher (le livre) a également une valeur guématrique de 340 (samer 60, phé 80, resh 200). Et ce que bruissent les ailes des oiseaux, c’est que le livre est aussi le lieu de l’identité hébraïque.

 

Pour les juifs, la Thora , le Livre, est le lieu où Dieu est manifesté. Pourquoi ?

 

Les cinq livres de la Thora sont le nom du Saint, béni soit-il, selon l’expression de Ezra ben Salomon rapporté par Guershem Scholem.

 

On retrouve un tel symbolisme chez Dante. En Paradis XXXIII, il sommo poeta utilise le symbole du livre pour évoquer la Forme de toutes choses, laquelle est, dans l’Intellect divin, la similitude globale de la création : « En son fond (de la lumière divine) je vis que s’intériorisait, lié par l’amour, en un volume, ce qui par l’univers s’effeuille »

 

Mais de quel Dieu parlons-nous ?

 

Ecoutons ce texte du Zohar.

 

Sache qu'avant que ne soient émanés les émanés et que les créatures ne soient créées, une lumière supérieure simple remplissait toute la réalité. Il n'y avait aucune place libre, sous l'aspect d'un air vide et d'un creux, mais tout était rempli de cette lumière infinie simple; elle n'avait ni début ni fin; tout était lumière, une, simple, homogène d'une homogénéité une, et c'est ce que l'on appelle la Lumière de l'Infini (Or En Sof). Lorsque monta à sa volonté simple de créer les mondes et d’émaner les émanés pour manifester la perfection de ses actions, de ses noms et de ses attributs, ce qui était la cause de la création des mondes, alors, il se contracta lui-même, l'Infini, en son point central, vraiment au milieu; et il contracta cette lumière, qui s'éloigna sur les côtés, autour du point central. Il resta alors : une place vide, de l'air, un creux vide, de ce point central vraiment...  Cette contraction, c’est le tsimtsoum du En Sof, avancé par le rabbi Isaac Louria au XVIe siècle ; ce serait pour lui le processus primordial qui est à l'origine des mondes.

 

Une parenthèse : Mais pour que la création puisse s’expanser, que l’infini ne la submerge pas dans un mouvement inverse, une délimitation en même temps fut installée. Depuis, une force maintient séparée la dualité en l’unité. Cette énergie ne serait-elle pas cette énergie noire, proposée actuellement par le commissariat à l’énergie atomique dans leurs dernières recherches astrophysiques, et qui, comme l’écrit Michel Cassé, fait naître «un état de grâce, d'élévation, où l'envol l'emporte sur la chute, une antigravitation» !

 

La doctrine hermétiste propose en son premier principe d'enseignement ce qu’est l'unité.

 

On en trouve la preuve et l'énoncé dans la Table d'Émeraude. « Toutes les choses sont et proviennent d'Un, par la médiation d'Un. Toutes les choses sont nées de cette chose unique... Son symbole est le cercle un qui s'achève en soi-même ». Le serpent qui se mord la queue (ourobouros), exprime l'univers à «  Un le Tout ».

 

Cela pourrait être représenté par le point d’un cercle. R en serait  le rayon qui en hébreu se dit kav et vaut en guématrie 102 (qoph 100 et beth 2).  Pi est alors "une force", un nombre, le rapport de forces maintenant séparées les deux parties de l’unité. Il n’est pas lui même la séparation, mais la force par laquelle il y a séparation. C’est la dualité. Dualité issue de la séparation de l’unité en elle-même. Séparation entre vide et plein, fini et infini,... Dualité séparée, mais toujours en une même unité que l’on peut exprimer par le périmètre d’un cercle de rayon 1 et qui se lit 1 Pi 2. Paccioli, avec la divine proportion exprimera au début du 15ème siècle la même idée de mathématisation de la création, du père générant de son énergie au sein de son Unité, avec le formule 1=P+P2

 

 

Lors de la Création du monde, Dieu a en quelque sorte restreint sa lumière, c'est le Tsimtsoum, et, dans le vide formé par ce retrait, il laissa un Rechimou, une "empreinte", une rémanence, ce Rechimou est la trace de Lumière restante.

 

 

Dans un second temps, Dieu envoie dans ce réceptacle (Rechimou) un fil de lumière, un kav, qui, dans son développement, va constituer dix cercles.

 

 

Les 10 Séphiroth sont à la fois ces 10 réceptacles-cercles et la lumière émanée par le tsimtsoum, elles sont la limite de la lumière divine mais en même temps la révèlent. Chaque monde a sa capacité propre de réception et de dévoilement de cette lumière. Et cela est un plérome, une représentation imaginale de la manifestation et on l’appelle l’arbre de vie. Le plérome, cette recombinaison fractale de l’Unité, est un inter-monde entre le Un et le monde matériel. C’est un réseau qui se propage comme un delta de fleuve ayant accumulé l’eau des rivières et des courants, portant des noms différents qui l’ont rejoint. Après son tsimtsoum, on ne l’appela plus Dieu mais le créateur, le grand architecte de l’univers, le  gadlu.

 

 

Il est dit : La Thora est un arbre de vie. Le Livre est ainsi la limite de la lumière originelle mais en même temps sa révélation. Il est la finitude de l’Infini.

 

 

Et cela est indiqué par la première lettre des commencements, béréchit, le Beth ב. Sa forme, qui se montre de gauche à droite, nous dit que  pour la création, ce qui est avant, au-dessus et en dessous restera inaccessible et séparé, et que nous ne devons que regarder ce qui est devant (l’hébreu se lit de gauche à droite) : Posons comme hypothèse que la Thora écrite est la finitude du GADLU. Le mystère Dieu est inaccessible, le Gadlu n’en est qu’une de ses formes imaginales.

 

 

Imaginons alors le Gadlu vivant la solitude du lapin compressé au fond du chapeau d’un prestidigitateur. Comment lui rendre sa liberté, sa dimension infinie ?

 

 

Par l’interprétation ! Par l’étude!

 

 

En refusant la prise du Texte au sens littéral, il y a aussi du même coup, le refus de mettre la main sur le divin. Il faut s’éloigner, il faut de la distance pour que le rapport ne soit pas idolâtre. Il faut déterrer la Bible pour en faire un arbre de liberté. Le premier souci de l’enseignement biblique n’est pas celui de l’existence de Dieu, d’un théisme par rapport à un athéisme, mais plutôt la lutte contre l’idolâtrie. Je revendique " l’athéisme métaphysique " dont parle le philosophe Lévinas, dans “Totalité et infini” : une forme de relation à Dieu qui n’est ni la voie mystique dans laquelle l’homme " monte " tellement vers Dieu qu’il s’annule dans le "Grand tout", ni l’idolâtrie qui fait tellement " descendre " Dieu dans le monde des hommes que celui-ci devient une idole. Je propose une relation qui maintient une distance entre Dieu et l’Homme. Le Texte et l’interprétation des Textes, sont justement le tiers grâce auquel on évite collusion et confusion. Tous les maîtres de la pensée juive,  depuis les prophètes jusqu’aux maîtres contemporains, ont compris cela. Pour éviter ce piège de prendre la Thora écrite comme apparence de la Présence , l’illusion de la possession du sens, la tradition hébraïque a introduit la notion de niveaux de signification que l’on distingue par quatre noms : Pchat (sens littéral), Rémèz (sens allusif), Drach (sens sollicité), Sod (sens caché). Les initiales de ces 4 mots donnent  le mot Pardès qui signifie « verger » ou « paradis » !

 

 

Comme l’écrit Néher : le temps grec, en tant que dimension métaphysique, ne peut rien enfanter ; il ne peut que se refléter en des images parfaitement semblables, alors que le temps hébreu  se recrée par des enfantements en des avenirs imprévisibles. Le temps hébreu ne se recommence pas comme le temps grec, il engendre. Le Pseudo-Denys les compare à des voiles sacrés à travers lesquels luit le rayon divin. Plus on y puise, moins on les épuise. Grégoire de Nysse insiste lui aussi: "Il ne faut absolument pas s'arrêter à la lettre, mais passer à la contemplation immatérielle suivant ce qui est écrit : la lettre tue mais l'esprit vivifie". Comme l’écrit Carlos Castaneda dans  Le Feu du dedans : "Le mystère de la conscience est ténébreux. Les êtres humains exhalent l'odeur de ce mystère, de choses qui sont inexplicables. Nous considérer nous-mêmes autrement est une folie. Par conséquent, un guerrier ne rabaisse pas le mystère de l'homme en tentant de le rationaliser. »

 

 

L'esprit n'est plus séparé de la lettre; il est caché en elle. Si dans l'Ancien Israël, le pontife portait deux tuniques, c'était pour signifier aux générations futures cette double acception de la Thora , selon la lettre et selon l'esprit. L'intelligence spirituelle vient ôter le voile de la lettre, ou le voile qu'est la lettre, afin d'en dégager l'esprit. Elle découvre l'esprit comme le soleil sous la nuée, comme la moelle sous l'écorce, comme le grain sous la paille.

 

 

L’interprétation n’est pas seulement perception, elle est constitutive de sens ; et nous le savons  bien ici, puisque nous disons que tout est symbole.

 

 

Les anciens Pères assimilent les Ecritures à la robe, aux mille couleurs, tissée d'or, portée par la fiancée royale.

 

 

D’emblée, le concept de liberté s’impose. " Si je suis à l’image de ce Dieu de libération, commente Ouaknin, je dois moi aussi produire de la liberté. Comment ? Par l’interprétation des textes, qui, loin d’être seulement une opération intellectuelle, permet justement d’inventer son histoire, de sortir de l’enfermement d’un destin, de ce qui est écrit. " Ce commandement est donc une invitation à être novateur dans l’action, à inventer de nouvelles formes de vie, de nouvelles formes de pensée, notamment en abolissant les préjugés. " Il faut avoir la liberté d’inventer pour inventer la liberté ", écrit Paul Ricœur.

 

 

Le Livre ne sera donc pas un recueil, un manuel. Il n’est  pas un lieu de rassemblement de signes. Il n’est pas un système. Le livre sera le lieu de l’impossible simultanéité du sens. Le livre sera toujours le « livre à venir ». Il nous introduit dans un temps qui ajoute du nouveau à l’être, de l’absolument nouveau comme l’écrit Lévinas dans « Totalité et infini ». Ce changement par lequel on devient autre, cette manière de se renouveler, de triompher du temps malgré la succession du temps, pour ne pas être entraîné vers la disparition, c’est peut-être l’aptitude à comprendre ce qui nous donne la vie, l’actualisation permanente d’une Immanence transcendante. C’est pourquoi, c’est la lecture qui fait autorité, plus que l’écriture.

 

 

Le voile enlevé au Texte qui contient le Gadlu, par une incessante altérité, en lui rendant sa transcendance, ouvrira l’intelligibilité à tous les autres textes.

 

 

 

 

En français, dérivé du latin, « altération » est très proche de « altérité » ; alors le changement, le mouvement de l’être vers quoi doit-il tendre ? Vers l’autre bruissent les mots.

 

 

Quel autre ?

 

 

 

 

Il est écrit : mitsvot che ben adam la makom qui veut dire les bons actes de l'homme envers Dieu ; et pourtant  le sens de makom se traduit par « lieu », le Temple.

 

 

Il est écrit aussi : mitsvot che ben adam la havero ce qui veut dire les bons actes de l'homme envers son prochain. Dans ces deux phrases, trop semblables pour ne pas être rapprochées, sont écrites les deux dimensions de l’être, la verticalité et l’horizontalité de ses relations au monde.

 

 

Qu’est ce que le lieu où se pratiquent les bons actes ? Nous pouvons répondre à partir de ces deux phrases : un temple et le prochain.

 

 

Comment vivre cette spiritualité au quotidien ?

 

 

Par l’humilité, la générosité et le refus de l’égoïsme. Dans le judaïsme, est pur tout ce qui a trait à la générosité pour l’autre, est impur tout ce qui est en rapport avec l’enfermement sur soi et la mort. Le mot " clef ", selon moi, c’est la bonté. Pas le « bien », qui n’est qu’un mot, mais la bonté, au sens de " petit geste ". Car c’est là qu’est le véritable amour : dans les petits gestes. Les actes de Bonté s'adressent pour les vivants et pour les morts.

 

 

Tsedek : la justice. Tsedaka : la charité.

 

 

La tsedaka équivaut à tous les commandements de la Thora ; à elle seule, elle les contient tous.

 

 

Elle consiste à être touché de n'importe quelle douleur éprouvée par quelqu'un ; à lui offrir quelque chose de son avoir, et quelque chose de soi.

 

 

Ne jamais faire comme si l'on n'était pas concerné par cette souffrance, que l'on fait spontanément sienne.

 

 

Aux côtés de celui qui a besoin d'un appui ; d'une manière inconditionnelle.

 

 

Non en vertu d'une loi, de principes, ou d'un avantage que l'on peut retirer de cette bonté.

 

 

Ne pas se servir de sa force ; ne pas accabler celui qui macère dans son échec.

 

 

Ni par sa beauté, ni par son envergure, ni par sa sainteté.

 

 

Ni par son génie.

 

 

Ne pas montrer à quel point on a raison ; s'abstenir de méchamment triompher.

 

 

Si tu es vraiment juste, tu ne fais pas de mal ; tu ne te sers pas de ton mérite, de ton savoir, pour montrer l'insignifiance de l'autre, qui ne mérite que dédain et mépris.

 

 

Même si Dieu t'a choisi, ne sois pas méchant envers celui qui ne l'a pas été.

 

 

Même si tes actes sont ceux de la générosité, ne stigmatise pas sévèrement et cruellement celui qui n'agit que suivant son intérêt.

 

 

Mais si tu choisis le chemin de la tsedaka, tous les commandements de ta Thora en découlent.

 

 

Elle ne consiste pas seulement à donner une pièce au mendiant ; mais une partie de toi, toi qui sais ce qu'est un être vivant, avec tous ses besoins.

 

 

 

 

La kabbale est une véritable révolution, elle n'est pas seulement une philosophie, "amour de la sagesse", mais elle ouvre la voie à la "sagesse de l'amour"! 

 

 

Nos Sages nous enseignent que sauver un homme équivaut à sauver l'humanité entière.

 

 

 

 

Voilà pour le prochain. Quant au temple, voyons en quoi il permet à l’être d’advenir.

 

 

Lorsque les hébreux reçurent les tables de la Loi , ils construisirent sur les indications de la révélation, dans le désert, un temple mobile pour accueillir les 10 commandements qu’ils placèrent dans l’Arche d’Alliance sur laquelle nous reviendrons. Ils utilisèrent des poteaux en cèdre du Liban pour soutenir une toile qui démarquait l’espace sacré. Le temple ainsi érigé fut le dévoilement de la sainteté dans la dimension d’un lieu. En effet, le Midrash raconte que Yaakov avait, par inspiration prophétique, vu qu’un jour sa descendance sortirait d’Egypte et qu’elle serait amenée à construire un Sanctuaire dans le désert.

 

 

C’est pourquoi, lorsqu’il fut contraint à descendre en Egypte à cause de la famine, il apporta avec lui de la terre d’Israël des plants de Chittim qu’il fit planter à Goshen.

 

 

Ainsi, tout au long de l’exil, les enfants d’Israël ont entretenu ces arbres qui étaient devenus le symbole de leur espérance.

 

 

Le poteau, le pilier qui marque le lieu, se dit en hébreu amoud et ce qui est parlant c’est que ce mot a la même racine aleph, mem, daleth (45) que les mots « debout »(omed), « adam »,  ce que l’on appelle le « coeur de la prière quotidienne » (amida), et le « pourquoi » (madoua). Homo erectus ! Il a bien fallu qu’il se redresse pour échapper à l’étant zoologique. Etre debout, devenir un homme, c’est aussi s’interroger, et questionner c’est comme être au cœur de la prière. A l’entrée du temple de Jérusalem, les piliers Jakin et Boaz furent fondus par Hiram et placés à cet endroit pour que tout homme, qui y entrait, réintègre en lui cette orientation : la verticalité (amoud) mais surtout le questionnement (madoua). Le temple est le lieu où l’homme doit être debout, c'est-à-dire parlant et questionnant. Le debout et à l'ordre, ouverture sur la parole, est alors le surgissement du temple qui s'érige comme lieu où l'on peut être debout, prêt à avancer vers soi-même.

 

 

 

 

Le dialogue demeure le moment crucial afin de surmonter les désaccords et d'instaurer la compréhension à la fois comme participation et partage. Chacun doit s'adresser à l'autre et recevoir ses propos par et à travers "une écoute poétique" de ce qu'il dit :    " Tout vrai dialogue implique donc qu'on s'incline devant l'autre, qu'on accorde à son point de vue une réelle importance et qu'on pénètre dans son esprit pour comprendre non l'individu, mais ce qu'il dit. Ce qu'il nous faut saisir, c'est la validité essentielle de son opinion pour qu'il puisse y avoir entre lui et nous entente sur ce dont il est question ". Le succès du dialogue entre les individus à propos de l'objet de préoccupation est conditionné par le principe de la finitude, selon lequel les individus doivent accepter les limites de ce qu'ils savent et que le savoir est une connaissance partagée. Comprendre, c'est parvenir à un consensus (compréhension entente), c'est faire intégrer la vérité de l'objet dans notre monde et éclairer le sens qu'il a pour nous. Il s'agit en somme d'étendre le champ de la compréhension comme apprentissage et d’inscrire la vie et ses préoccupations dans une perspective et un "horizon" plus large. L'herméneutique de Dilthey (philosophe des sciences sociales du 19ème siècle) est une philosophie de la vie articulée sur la logique des expériences vécues. La compréhension de soi et d'autrui s'inscrit dans le foisonnement inépuisable hic et nunc de l'expérience. Dilthey renverse la conception hégélienne de l’Esprit pour désigner non pas ces expériences spéculatives qui s'acheminent vers un savoir absolu, mais des expériences vécues qui s'enracinent dans le monde de la vie: l'art, la philosophie, la religion, la logique et les sciences ne sont pas des formes de savoir fondues dans un savoir absolu et clos, mais des expériences vitales et des manifestations de la pensée historique.

 

 

Les chéroubims, mâle et femelle, placés sur l’Arche d’Alliance, se font face, et dans leur posture semblent s’interroger l’un l’autre.

 

 

 

 

Et  ce que Freud a génialement introduit en psychanalyse c’est le couché-écoute-debout. La mise sur le divan, pour le temps de la parole écoutée par l’analysant, suivie du relèvement de l’analysé, c’est l’être restauré dans sa verticalité après l’horizontalité où l’écoute a redonné une dimension, une consistance vécue dans l’altérité, une réparation du manque de l’autre.

 

 

 

 

En clair et pour résumer :

 

 

 

 

L’identité hébraïque c’est l’arrachement qui indique un « là-bas », lequel équivaut au Livre. Le Livre est vivant par l’interprétation, il incarne alors la loi universelle de justice et de bonté.

 

 

 

 

En pratiquant l’éthique, l’homme est debout, prêt au mouvement vers l’autre, à la fois horizontalement vers le prochain et verticalement vers le gadlu.

 

 

 

 

 

 

Ainsi le rite de la posture du « debout et à l’ordre » peut être considéré comme la concrétisation de la mémoire qui invite à l’accomplissement de la transcendance. Et cet accomplissement opèrera, de proche en proche, la libération du gadlu.

 

 

 

 

Il faut choisir, certes. Peut-être faire un pari ridicule. Dieu a choisi, mais il attend éternellement que nous lui redonnions sa liberté avec la nôtre. Si l’on ne veut pas du choix, qu’on ait au moins le courage ou l’impudence, ou tout simplement la sincérité, de ne plus parler d’être, mais du néant, un néant qui n’aurait alors avec le Dieu vivant que le privilège de l’éternité.

 

 

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Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

31 - Séduction : l’anti crâne

 

 

 

 

 

 

T

 

 

out homme éclairé doit sonder chaque observance en une recherche approfondie afin de faire passer de la puissance à l’acte, ainsi il séparera la vie cachée de la mort apparente

 

 

Résister au destin, la vie acceptera tous les gestes de vivre.

 

 

La tête de mort, le crâne, le point de l’interrogation, la perplexité au plus intime de nous-mêmes ! Le grand oui, c’est le oui à la mort, on peut le proférer de plusieurs manières. La vie, est-elle comme pour Bichat l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort, ou bien selon Cioran l’ensemble des fonctions qui nous y entraînent. Je dirai comme Bichat, parce que cela permet l’espérance, dans cette résistance à toutes les morts, de se constituer un excédent d’être,  auquel la Mac \ peut contribuer.

 

 

Vanités des vanités dit Qohéleth

 

Vanités des vanités, tout n’est que vanités

 

Mais, le dernier paragraphe du texte précédent l’Ecclésiaste, à savoir la fin du cantique des cantiques, dit aussi : L’amour est aussi fort que la mort.

 

Les vanités sont des tableaux du XVIIIe siècle, sur lesquels se retrouvent quelques symboles communs : le crâne, le sablier, une nature morte. La beauté immobile, dans un contact presque sensuel de la mort ressentie en artiste, comme une plénitude de tact et de goût, annonce l’agonie triomphante. C’est alors fixer notre pensée sur le macabre stérilisé et enjolivé, et nous détourner de l’usure de nos glandes, de la puanteur et des immondices de notre dissolution.

 

 

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,

 

Ce beau matin d’été si doux :

 

Au détour d’un sentier une charogne infâme

 

Sur un lit semé de cailloux,

 

 

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,

 

Brûlant et suant les poisons,

 

Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique

 

Son ventre plein d’exhalaisons.

 

 

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

 

Comme afin de le cuire à point,

 

Et de rendre au centuple à la grande Nature

 

Tout ce qu’ensemble elle avait  joint ;

 

 

Et le ciel regardait la carcasse superbe

 

Comme une fleur s’épanouir.

 

La puanteur était si forte, que sur l’herbe

 

Vous crûtes vous évanouir.

 

 

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride

 

D’où sortaient de noirs bataillons

 

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

 

Le long de ces vivants haillons.

 

 

Tout cela descendait,  montait comme une vague,

 

Ou s’élançait en pétillant ;

 

On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,

 

Vivait en se multipliant.

 

 

Et ce monde rendait une étrange musique,

 

Comme l’eau courante et le vent,

 

Ou le grain, qu’un  vanneur d’un mouvement rythmique

 

Agite et tourne dans son van.

 

 

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve

 

Une ébauche lente à venir,

Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève

 

Seulement par le souvenir.

 

 

Derrière les rochers,  une chienne inquiète

 

Nous regardait d’un œil fâché,

 

Epiant le moment de reprendre au squelette

 

Le morceau qu’elle avait lâché.

 

 

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,

 

A cette horrible infection, étoile de mes yeux, soleil de ma nature,

 

 Vous mon ange et ma passion !

 

 

 

 

Mais, ne nous laissons pas piéger par l’esthétisme de la mort, car tout ce que la chair m’enseigne m’abolit sans recours.

 

 

La chair ne peut à elle seule dicter une philosophie, ne répugne-t-elle pas à l’illusion. ? Ne vient-elle pas en interprète de nos cendres, contredire à tout moment nos espoirs ?

 

 

Alors la mort c’est aussi ce que nous propose Pascal : Vous avez deux choses à perdre, le vrai et le beau et deux choses à engager, votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère.

 

 

Votre raison n’est pas plus blessée en choisissant l’un ou l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant choix que Dieu est. Estimons les deux cas ; si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc que Dieu est sans hésiter. Ainsi en est-il de ce pari dit ridicule par Prévert.

 

 

Un Pascal, un Baudelaire, circonscrivent la mort ; l’un la réduit à nos terreurs physiologiques, l’autre à notre quête du salut.

 

 

Si la mort écrase l’homme, elle n’en demeure pas moins à l’intérieur de l’humain.

 

 

Tout à l’opposé, les élisabéthains ou les romantiques allemands en firent un devenir cosmique, un devenir orgiaque, un néant qui vivifie, une force où il s’agit de se retremper et avec laquelle il importe d’entretenir des rapports directs.

 

 

Pour le français, ce qui compte ce n’est pas la mort elle-même, mais notre comportement en face de nos semblables, la stratégie des adieux, la contenance  que nous imposent les calculs de notre vanité, l’attitude en un mot. Tout l’art du français est de savoir mourir en public. Saint-Simon ne décrit pas l’agonie de Louis XIV, de Monsieur ou du Régent, mais les scènes de leur agonie. Les habitudes de la cour, le sens de la cérémonie et du faste, tout un peuple en a hérité ; épris qu’il est d’appareil et soucieux d’associer un certain éclat au dernier soupir.

 

 

 

 

Mittérand, grand prêtre  solitaire de la République , a inauguré son premier septennat dans les fastes d’une visite au tombeau.

 

 

L’approche symbolique, les psychodrames de renaissance et de résurrection successives nous interrogent et nous répondent sur la mort. La F \M\ nous apprend à mourir.

 

 

Cependant de toutes les réponses à vivre pour apprivoiser la mort, il en est une qui n’est jamais de l’ordre du naturel mais celui de l’artifice, jamais de l’ordre du réel mais de celui du signe et du rituel : la séduction.

 

 

La séduction représente la maîtrise de l’univers symbolique, alors que le pouvoir ne représente que la maîtrise de l’univers réel. La séduction en tant que stratégie des apparences s’oppose radicalement à l’anatomie comme destin, à la mort en tant que crâne.

 

 

C’est un processus circulaire réversible de défis, de surenchère de mort symbolique et de renaissance. Il s’agit de produire un simulacre en pleine conscience du jeu et de l’artifice, en mimant et en outrepassant l’effet du réel et en s‘en dessaisissant à travers l’excès même des apparences de ce réel, comme une ironie du trop de réalité.

 

 

La séduction par le chant, par l’absence, par le regard ou par le fard, par la beauté ou par la monstruosité, par l’éclat, mais aussi par l’échec, par le masque et par la folie, par le sublime, c’est mourir comme réalité et c’est se produire comme symbole, donc comme langage.

 

 

 La séduction est ésotérique et initiatique. La séduction est dans le règne des signes, éprouvant la relation, pour en faire surgir des volumes éthiques, des épaisseurs métaphysiques

 

 

La prodigalité de l’être est une des vertus de la séduction.

 

 

La mort donne le prix ; elle fixe le sens de ce capital qui est la vie.  Mais ce feu qui consume ne vise pas la cendre, il vise l’énergie dégagée, la royauté de la lumière qui embrase : L’éclat comme mode d’apparition ! L’éclat, en tant que séparé, mais aussi en tant que brillant de son reflet de lumière.

 

 

Ce que veut la séduction, c’est la métamorphose de l’existence en territoire permettant l’expérimentation pour des myriades d’actualisations, pour du temps au présent animé. La séduction vise l’œuvre ouverte, jamais déterminée, toujours en mouvement. Elle est une philosophie de l’esthétisme, pour l’invention de nouvelles possibilités de vie, pour magnifier l’instant et construire des situations où le débordement de l’être soit manifesté et magnifique. L’existence devenant la trace du signe !

 

 

Dans la vielle logique du même et de l’autre, on s’en doute, la séduction est du côté de l’autre ; de la différence ; et par une sorte d’effet de retour, elle modifie l’être qui le met en " je ".

 

 

La séduction comme la politesse est aux interstices, aux articulations, dans l’ombre d’un souffle, dans la transparence de l’ineffable ou de l’indicible.

 

 

 Elle scrute le moindre geste, le moindre signe ; elle veut l’extrême clairvoyance dans les domaines les plus exigeants, en finesse. L’ensemble du corps est en jeu, la totalité des sens est convoquée. Il s’agit de voir l’invisible, d’entendre l’inaudible, de percevoir l’infime et de distinguer la multiplicité des variations dont sont capables une lumière, une couleur, un son, une voix. C’est l’art des enquêtes microscopiques par lesquelles il est possible d’aboutir au savoir des intentions de l’autre, du moins à l’idée que l’on se fait, pour une pré-science du plaisir d’autrui. C’est d’évidence une relation hédoniste mais aussi eudomoniste.

 

Manquer à l’autre, oublier son plaisir, le négliger, c’est produire à terme sa propre éviction. A ne pas savoir écouter, on s’expose à ne pas être entendu ! L’hédonisme est prévenances manifestes, non dans l’hypothèse et l’illusion, mais dans la pratique et la réalité, même et surtout si la relation s’exprime sur des passerelles de symbolisme.

 

 

Séduire, se déduire, non pour se réduire, mais bien pour révéler de nouveaux visages, le sien et celui de l’autre. L’interprétation de l’autre n’est pas seulement la perception de l’autre, mais c’est aussi une constitution de sens en lui donnant un visage, en dévoilant de l’être.

 

 

Et ce débordement est une bénédiction, un dit qui est bien à dire, qui dit du bien, qui déploie des modes possibles d’être ; une ouverture sur des avènements, un recommencement.

 

 

Dans la séduction se mesure la résistance à son propre totalitarisme. C’est un temps où la relation n’est ni une affirmation de soi, ni une saisie de l’autre. C’est le temps de l’expérience de l’altérité comme étrangeté de l’autre, non comme mêmeté, mais comme ipséité et, comme le nomme Lévinas, cela s’appelle caresse et s’oppose à la griffe. Entendre, s’interpeller, se surprendre et s’interroger, invite à une réponse qui doit se situer dans la même dimension que le questionnement : être une question elle-même.

 

 

Ce n’est pas le dialogue qui fait la relation, mais la relation qui fait le dialogue et la séduction, cette relation-symbole advient comme langage dans cet inter-dit, je dirai plus, comme une éloquence.

 

 

La séduction c’est comme une lecture de l’autre, lettre à lettre, et non comme un mot complet ; c’est un « je ne sais ni lire ni écrire », je ne sais qu’épeler structurant lettre à lettre l’espace de la signification. Chaque lettre est un monde, chaque mot un univers.

 

 

                            
Lire lettre après lettre, c’est comprendre la constitution des choses selon leur essence, c’est saisir le balbutiement du langage qui se crée, qui éclôt à la lumière du monde. Lire les mots, c’est s’enfermer dans la totalité, sans avoir parcouru le chemin difficile de l’assemblage d’une lettre à l’autre, sans comprendre le cheminement secret du passage de l’une à l’autre, de la création du sens qui s’ajoute à chaque lettre dans sa relation aux autres.

 

 

Dans cet entre-deux, le rapport introduit le non-repos, l’inquiétude, la remise en question. Il s’agit d’être ébranlé, mis en échec, débordé, de vibrer à ses limites. C’est le refus de me rendre  maître de la liberté de l’autre pour que, par son libre arbitre, il puisse me reconnaître à son tour.

 

 

C’est un ternaire qui échappe à la synthèse : un ternaire non pas clos par le définitif comme dans la pensée maïeutique, celle qui présuppose une vérité à découvrir et où thèse et antithèse se confondent dans l’accomplissement du Un de la certitude détenue par Platon. Non,  c’est un ternaire ouvert sur la relation elle-même, non pas immanente mais transcendante et qui laisse à chacun, dans la relation, sa capacité réciproque d’être un devenir.

 

 

Les relations sont alors des incarnations de l’autre inné dans l’autre rencontré, et ce face à face qui ne fait rien pour nous conserver en vie, nous donne cependant le pressentiment de l’éternité; car toute rencontre n’est ni l’initialisation ni le terme du chemin ; elle en est éternellement le milieu.

 

 

La séduction c’est comme la parole de Rabbi Nahman de Braslaw : Il est interdit d’être vieux ; il est interdit d’être un crâne, achevé et immuable.

 

 

 

 

Alors, la Franc-Maçonnerie peut-être considérée comme un voyage de vie dans de semblables directions.

 

 

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Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

30 - MARIH et l’aludel

 

 

 

E

 

lle était là, maintenant, sous le drap noir. Dans cette obscurité qui l’habillait complètement, sa pensée demeurait comme une lueur. Ici nulle propension pour la suavité d’un étrange nihilisme romantique, mais l’attente, le recueillement devant ce dés-arrangement d’avec les forces de la vie. Non pas simple délétion, mais comme l’obligation d’aller à la rencontre de ce qui tient toute la vie en l’état. Murmures intérieurs vers l’évènement le plus silencieux. C’est la rencontre pour l’être humain de ces instants intimes, comme une fluidité qui fait retour sans égard pour la durée, l’implosion dans un temps vrai, la mort comme grande affirmatrice de la vie.

 

 

Tu es le dernier M\exalté, ma S\, alors tu feras le mort. Le très resp\ M\ l’avait désignée ainsi pour être cet acteur du psychodrame prévu à cette tenue d’élévation de son bien-aimé F\Christophe, son comp\ d’enfance qui l’avait rejointe en F\M\quelques mois après sa propre naissance initiatique.

 

                                                                

 

Elle avait été installée, couchée à terre, la tête vers l’occident, elle avait machinalement replié sa jambe droite comme il convenait. Elle savait qu’au-delà de la ligne noire qui l’enveloppait il y avait une mise en scène. Un bijou à ses pieds, un linge souillé de sang par-dessus le suaire crépusculaire.

 

C’est plus grand qu’un bandeau, ironisa-t-elle en elle-même.

 

Le voile, sur elle, ne l’empêchait pas de voir cette fois-ci, car elle savait. Elle n’était pas séparée des autres, mais bien avec eux, participant, depuis sa place, du même rituel, de la même dramaturgie, seulement dans un rôle différent. Ni sur les col\, ni à l’Or\, ni entre les col\, ni sur le parvis.

 

L’évidence de son expression corporelle la mettait hors du mouvement de la vie, elle était là, sans personnalité à montrer, sans qu’on tienne compte de son absence. Elle était au centre, mais elle avait disparu et tout continuait sans elle, sans attente d’elle sinon qu’elle soit morte. Marih était avec la mort, pas seulement celle de son ego, elle était l’assassiné.

 

 

«Jésus dit : Qu’on me montre cette pierre que ceux qui construisent ont rejetée ! C’est la pierre d’angle ! ».  Logion70

 

 

Tiens je ressemble à un pendu tiré d’une carte de tarot. Je suis pendue par un pied, sans être vraiment attachée, suppliciée comme un chrétien primitif. Un frisson d’empathie lui déchira les entrailles à la pensée de toutes les tortures infligées depuis le commencement de l’histoire humaine.

 

Je suis le-pendu, murmura-t-elle, comme en s’adressant à l’obscurité et en écho elle entendit pendu-le et elle sourit à son attitude, son inversion spatiale lui permettait de mieux faire circuler les énergies, un monde à l’envers, où ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et alors elle se vit, non plus dansant au bout d’une corde, mais dansant sur un pied, entre deux arbres bourgeonnant. Le gibet était devenu J\B\, ses chères col\, celles qui ouvrent  le passage, les pas-sages qui mènent à la lumière du Delta.

 

L’idée de son renversement par rapport à la loge  lui rappela l’exergue, gravé sur bois, en image circulaire, qui accompagne le traité de Basile Valentin où elle avait retrouvé l’origine du mot vitriol du cabinet de réflexion. Il écrivait ainsi Basile Valentin :

 

« Fais que ce qui est dessus soit dessous, que le visible soit invisible, le corporel incorporel, et fait derechef que ce qui est dessous soit dessus, l'invisible rendu visible, et l'incorporel corporel, et de cela dépend entièrement toute la perfection de l'art, où néanmoins habitent la mort et la vie, la génération et la corruption ».

 

En haut de la figure paradigmatique à laquelle elle pensait, il y a le signe alchimique de l’accomplissement du Grand Œuvre, renversement de l’idéogramme du soufre, comme un pendu, placé sous le Graal qui reçoit, ensemble, les fluides du soleil et de la lune.

 

Le soleil et la lune ont pris comme couche hiérogamique le calice du graal ce qui lui fit penser comme Carl Gustav Jung: Le Rouge et le Blanc sont, alors, Roi et Reine et peuvent célébrer leurs noces chimiques.

 

Sa pensée vagabonde l’avait retirée de la cérémonie qui se poursuivait sans elle.

 

J\ rouge, B\ blanc, moi noire ! « Moi, noire, harmonieuse, fille de Ieroushalaïm comme une tente de Qédar, comme une tenture de Shelomon. Ne me voyez pas, moi la noirâtre : oui, le soleil en moi s'est miré ». Ainsi  s’exprime la sulamite du Cantique des Cantiques.

 

Je suis donc cette terre noire, terre fertile dont je dois extraire la fécondité cachée et l’esprit qui s’y trouve inclus. Je suis l’Al-Kemiya, la terre d’Egypte. Le cabinet chtonien des réflexions, l’épreuve du bandeau, la cérémonie d’initiation, accouchement  issu des ténèbres lui avaient déjà dit tout cela. L’œuvre au noir avait ainsi commencé.

 

Je suis la vierge noire des commencements. La Vierge Noire est  «  la Lumière d'avant la séparation de la lumière et des ténèbres », le monde de « la substance universelle ténébreuse». Cette Ténèbre, « c'est celle que nos mystiques désignent comme Nuit de lumière, Noir lumineux, Lumière noire ». Elle est «  la Lumière du non-manifesté ». "J'étais avant qu'il formât aucune créature. J'étais de toute éternité avant que la terre ne fut créée" et encore "J'étais avec lui et je réglais toutes choses". Dans ce texte il s'agit bien de l'essence des choses. Eh bien ce texte est une épître qui est lue à la messe de l'Immaculée Conception.

 

 

 

Ce que l'on peut dire avec Fulcanelli, c'est que les litanies nous apprennent que la Vierge est le vase qui contient l'esprit des choses : "Vas Spirituale".

 

Marie, Vierge et Mère, représente donc la forme, elle est Binah de l’arbre des séphirot. Elle est indiscutablement la matrice primitive, elle est la materia prima, elle est au commencement du Grand Oeuvre.

 

Et l'on sait que c'est en retournant dans le sein maternel qui les avait jadis formés que les métaux vulgaires se changent en métaux philosophiques, on dit qu'ils sont réincrudés, c'est-à-dire remis dans un état voisin de leur état de perfection originel; ils sont devenus vivants ou philosophiques.

 

N'est  ce pas là aussi un sens de notre passage par le cabinet de réflexion où, à l'issue d'un plongeon cosmogénétique, l'impétrant renaîtra fils de la Vierge , vivant et transmué. On pourrait dire adoubé.

 

Pour les Celtes, la terre est la mère nourricière, féminine donc et enfantant les humains. Ils rendent dans leur culte hommage à la femme, en la déesse Bélisama, qui dans le panthéon celte, était la sœur de Belen, le grand dieu des Gaules et la personnification du Soleil., ce que la religion du crucifié récupéra avec la vierge marie.

 

A Chartres, bien longtemps avant la naissance du Christ, les Celtes honoraient « une vierge qui doit enfanter », qui deviendra une vierge noire avec les chrétiens.

 

Le cube de Matière Noire est alors destiné à représenter symboliquement notre Mater noire, Mère Vierge en parthénogenèse, puisque pleine de potentiel de Vie, phalliquement dressée, et organisant l'incubation humaine afin qu'il se fasse dieu. Autrefois, les Vierges noires étaient souvent représentées accompagnées de symboles phalliques. Les premières auraient d'ailleurs dérivé des … menhirs, qui eux aussi sont de la pierre, c'est-à-dire de la terre, qui insémine la Terre.

 

 

La condition primordiale essentielle de tout travail de génération est l’absence de lumière solaire. Fécondation et génération ne s’opèrent que dans une obscurité complète. La vie commence dans les profondeurs du noir pour tous les règnes vivants, même pour les gemmes qui deviendront éclat de lumière. C’est à partir du noir que se font les commencements. La première marche sur laquelle le comp\ monte lors de son augmentation de salaire au rite de Salomon est, évidemment, noire. Pour atteindre la lumière sur la cinquième marche blanche il faut passer depuis la terre noire  par l’air bleu, l’eau verte et le feu rouge et sur chaque marche à gravir, un vase contenant les 5 aspects de la transmutation du grain de blé en germe, en tige, en épi et à nouveau en grain, attestent du cycle de l’initiation : mort et résurrection. Que les corps soient mis en putréfaction et deviennent terre noire, et quand vous verrez cette matière devenue noire, réjouissez-vous car c’est le commencement des opérations. Et la putréfaction est nécessaire.

 

 

Le temple à couvert, bien fermé, c’est l’aludel luté, où peut commencer l’œuvre au noir, dispersion et dissolution de l’être dans la renaissance initiatique. Comme une invite à l’alchimie, le rouge et le blanc des 2 col\forment un système duel et attestent qu’une tenue c’est l’opération au cours de laquelle, du creuset-loge doit naître l’or pur réalisé par l’union du soufre et du mercure. Et le F\M\parvient à l’œuvre au blanc quand scintille la surface de la materia prima en fusion, quand l’étoile flamboie dans la pâte originelle, quand il passe de la pierre brute à la lumière, de la vierge à l’étoile.

 

 

Quelle idée me donnerez-vous de la nature ? demande-t-on dans les instructions pour le grade d'Adepte ou apprenti Philosophe sublime et inconnu.

 

Il est fait réponse : Elle n'est point visible, quoiqu'elle agisse visiblement, car ce n'est qu'un esprit volatil, qui fait son office dans les corps, et qui est animé par l'esprit universel, que nous connaissons en maçonnerie vulgaire, sous le respectable emblème de l'Étoile flamboyante.

 

 

Comme le Dragon naît dans la noirceur et est nourri de son Mercure et se tue lui-même et est enseveli, de même, l’eau devient blanche. Voici l’eau entièrement nettoyée de sa noirceur et ayant la couleur du lait, et plusieurs couleurs apparaissent durant la noirceur.

 

Le noir, le blanc et le rouge sont les trois couleurs cardinales de l'oeuvre. Il y en a d'autres, et notamment la couleur jaune-orangée qui annonce symboliquement l'aurore. Les trois couleurs n'existent probablement pas « physiquement », et selon Tollius et Fulcanelli, c'est par l'esprit qu'il faut et les percevoir et les comprendre.

 

 

Sous le voile-tertre, Marih se souvint de ce frémissement qu’elle avait eu en lisant Fulcanelli et ce ne fut pas une hémérèse, l’action d’un jour.

 

Bien que l’enseignement de la loge soit éromatique (c'est-à-dire une méthode qui procède  par questions), elle avait eu besoin des livres, de l’étude solitaire de textes qui l’avaient traversée. Elle avait fait corps avec les paroles trouvées sur son chemin, imprimées comme des cailloux blancs, dans les textes que le hasard, ou la nécessité, avait bien voulu offrir à son esprit, comme des semences.

 

Avec eux elle avait eu ainsi d’autres M\ que ceux de son atelier et qui lui avaient, en plus, ouvert d’autres voies de son être.

 

 

« Voici que devant ta face, j’envoie un ange qui préparera ta voie devant toi ».

 

 

Ce furent des danses pour l’esprit, des plaisirs de se comprendre au monde, à l’Existence, de trouver un passage à travers les mots de ses M\qui lui firent reculer l’inconnu et jetèrent une lumière sur elle. La clef des nombres, tout particulièrement, celle qu’elle trouva dans la « quête de la parole perdue » de José Bonifacio lui avait révélé sa propre compréhension de l’Unité dans sa manifestation et elle avait pu l’approcher avec le langage mystique des mathématiques et de la géométrie. Elle était entrée dans l’univers de Pythagore en comprenant les rapports du temps et de l’espace, des noms de Dieu et de leur manifestation dans les nombres Π et Φ, les lettres et les formes contenues dans l’unité du cercle qui se déduisent du 1 et du 2, l’équivalence des énergies vibratoires des sons et des couleurs. Elle y avait trouvé un sens au mot transcendance, mais c’est dans le silence qu’elle s’était rapprochée du mot suprême. Il suffit parfois d’une explication pour que s’éclaire tout ce qui avait été enfoui au préalable en attente de cette parole lumineuse révélatrice. La pensée est un fluide qui se répand, forme et transforme.

 

Que disaient-ils déjà ces adeptes qui savaient ? Tu pourras te rendre invisible, évoquer les morts et franchir instantanément toutes les distances ! La promesse d’une anagogie, de l’élévation de l’âme jusqu’aux choses célestes !

 

Mais son corps se rappela à elle. Elle avait soif, car l’air était devenu chaud sous le drap. Mais elle avait surtout une soif spirituelle. Si la quête est une démarche, c’est aussi mendier. Ne lui avait-on pas dit demande et l’on te donnera !

 

 

« Jésus dit : celui qui boira à ma bouche sera comme moi, quant à moi je deviendrai ce qu’il est et ce qui est caché sera révélé ». Logion 112.

 

 

C’est en leur faisant boire un philtre d’amour que, comme les deux grands luminaires, les astres hermétiques qui sont F\ et S\ s’uniront de manière charnelle. Et que de légendes ont raconté cela sous l’allégorie des amours destinales des amants ayant partagé la coupe qui contenait le breuvage fatal. Ce filtre c’est le très précieux sel, tenu en solution dans les eaux supérieures.

 

Ce médiateur, il est possible de l’extraire de la rosée que les philosophes désignent comme étant l’eau salée de leur mer et qui fut tant chantée :

 

On l’appelle la Rosée du ciel

 

De laquelle la fleur des champs est arrosée

 

Connue des sages par l’Amour

 

Et délicieuse de possession.

 

Ou encore :

 

Le ciel est immense et revêt les campagnes de lumière     pourprée où l’on a reconnu ses astres et son soleil.

 

Voilà bien ici, soulignée toute l’importance des célestes vertus de la Rose de Mai pensa Marih. La collecte de l’inestimable rosée a lieu traditionnellement en lune croissante de printemps, au moment où le soleil traverse les signes zodiacaux du bélier, du taureau et des gémeaux, tel que l’indique clairement le Mutus Liber (le livre sans parole, dans lequel est toutefois présenté en figures hiéroglyphiques la totalité de la philosophie hermétique). Le Bélier est l’Hermès Criophore (qui porte un bélier), qui est le même que Jupiter ou Ammon. Le Taureau, dont les cornes dessinent le croissant, attribut de Diane et d’Isis, s’identifiant avec la vache, l’amante de Jupiter, est la Lune des philosophes. Ces deux animaux personnifient les deux natures de la Pierre. Sous les symboles du Bélier et du Taureau sont donc voilées les deux matières premières de l'œuvre.

 

La lumière que la lune nous envoie n’est qu’un emprunt de celle du soleil à laquelle vient se mêler la lumière des autres astres. La lune est ainsi le réceptacle et la source de l’eau vive des philosophes.

 

Et comme Virgile dans les Bucoliques, Marih pensa  à « La lune verseuse de rosée » ou encore à « l’exsudation des astres », selon le mot de Paracelse ; principalement de la lune et pour qui la rosée devint tout naturellement l’eau de la lune. Les sages savent que le sang minéral dont ils ont besoin pour animer le corps fixe et inerte de l’or, la rosée, cette menstrue ignée, n’est qu’une condensation de l’esprit universel, âme de toute chose et que cette condensation humide ne s’accomplit que la nuit à la faveur des ténèbres, du ciel pur et de l’air calme.

 

Un ciel noir était au-dessus d’elle. La paix était en elle. Et la voici soudain dans un autre aspect de son propre monde. La lumière vient progressivement, lentement puis, à force de progresser, elle monte de l’être qui reçoit la paix pour les épreuves infligées par sa vie limitée comme un inestimable salaire.

 

La terra alchimique, chaotique, inerte et stérile ne contient-elle pas, néanmoins, le ciel philosophique ? La pierre cubique ne contient-elle pas la pierre cubique à pointe ? La pierre d’agate taillée en forme quadrangulaire ne contient-elle pas les mots secrets de l’Art Royal? C’est dans le 7 que se proclamera leurs noces alchimiques, étoile illuminante que l’on retrouve en permanence, dans les allégories alchimiques, tracée dans l’heptagone qui éclaire d’harmonie le macrocosme.

 

Et c’est à l’aide du feu secret que se séparent, dans le petit monde, les parties cristallines, lumineuses, ténébreuses et grossières.

 

 

Jésus dit : J’ai jeté un feu sur l’univers et voici : je veille sur lui jusqu’à ce qu’il embrase. Logion 10

 

 

La cérémonie était avancée. Elle le comprit quand le Gr\Exp\ enjamba son corps pour montrer la voie au futur M\ son ami d’enfance, alors elle revint en pensée vers Christophe, qui, à son tour, en suivant, devra traverser le 3, le 5 et le 7, les dimensions du sarcophage. Marih sentait sa présence juste au-dessus de sa tête.

 

 

Jésus dit : Celui qui est près de moi est près du feu, et celui qui est loin de moi est loin du royaume. Logion 86

 

 

Christophe, faisait face, symboliquement, maintenant, à la coupe transversale d’un cercueil, figure de pentagramme où loge l’étoile.

 

 

C’était le moment où la troisième dimension allait lui être donnée, l’élévation pour lui permettre la chute et le relèvement.

 

Comme elle l’aimait ce F\, de cette tendresse nourrie depuis la jeunesse, de ce qu’ils avaient partagé, leur vie. Il lui avait offert de merveilleuses épreuves en lui permettant de souvent sacrifier son ego à leur amitié. Les assassins sont parfois si beaux qu’ils font pâlir le jour. Elle savait que l’initié sacrifie pour rendre sacré. Que le sacrifice n’engendre pas forcément la souffrance, mais modifie un comportement, un sentiment ou une idée pour passer à un état de conscience conforme au sens de la vie. Maintenant elle se sentait agrandie de ce à quoi elle avait renoncé, comme une terre agrandie par la lune en s’étant séparée d’elle.

 

Devenue M\ elle s’était sentie accompagnée d’une présence, un quelque chose qui l’obligeait à accepter les épreuves avec une énergie de paix et d’espérance. Ses ténèbres, ses orages, ses tourments, que la vie ne lui avait pas épargnés, étaient devenus des sources incessantes de deuils fertilisés sur les tombeaux de ses expériences.

 

 

L’unité et l’infini sont les deux noms d’une seule et unique chose et la  voie de l’absolu n’est pas une progression véritable mais une ascèse.

 

12ème méditation de Grillot de Givry.

 

 

Christophe était un autre lui-même, un autre « je », le F\ d’une nature différente de la sienne avec son humanité plus ou moins grande qui avait cheminé sur la même route qu’elle.

 

Je le sens égal bien que différent, je sais que lui aussi ressent la même chose quand il m’embrasse par trois fois et me sourit. Lui Christophe mais aussi tous les F\et S\, comme je les aime. Comme j’ai aimé toutes ces musiques de la vie qui nous ont enveloppés de temps inexprimables se dit-elle. Comme j’aime ces chaînes d’union, où les mains qui reçoivent reversent par la main qui donne le fluide qui nous parcourt, où chacun devient lune et garde sur sa peau l’accumulation des traces d’amour laissées, tenue après tenue, comme une couche de sel vivifiant.

 

 

Dans l’attente qu’on la délivre, une pensée préoccupa Marih.

 

Il faudra que je dise à Christophe une parole fondatrice quand je le féliciterai tout à l’heure, mais que la dire soit un verbe et non un bruit. Comment mettre un cerne sémantique en quelques mots pour dire la reconnaissance qui ne soit ni un bravo ni un merci. Il faut bien se résoudre ; bon je lui dirai : je t’aime pour ce que tu es, pas pour ce que je voudrai que tu sois. Je t’aime, non pour le manque que tu combles en moi, mais pour la lumière que tu me donnes en toi.

 

 

Jésus dit : si une lumière existe à l’intérieur d’une créature lumineuse, alors elle illumine l’univers tout entier ! Et si elle n’illumine point, elle est une ténèbre. Logion 28

 

 

Voilà c’est cela je lui dirai simplement au-devant de tous : Tu nous illumines !!

 

 

Jésus dit souvent : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende !

 

 

Au moment où Christophe traversa le cadavre, elle se laissa glisser doucement et il lui sembla entrer dans une fontaine, senti sur elle une eau qui ne mouille pas et retrouva sur ses lèvres le goût du lait maternel. Elle eut une vision, celle de cette peinture d’une petite église du Tyrol où elle avait lu une inscription latine et dont elle se souvenait de la traduction. Tandis que le sang s’écoule de la blessure bénie du Christ et que la vierge sainte presse son sein virginal, le lait et le sang jaillissent, se mélangent et deviennent la fontaine de Vie et la source du Bien.

 

 

            Hypotypose du Rouge et du Blanc !

 

 

 

Marih se rappela les paroles d’Alain Pozarnik : Il faut disparaître entièrement au moment où la vérité nous illumine et être recréé à l’heure même de cette illumination. Dans l’acceptation qu’elle avait de vivre l’inéluctable réalité, son âme rencontra l’amour et la sagesse, à moins que la sagesse ne soit que le résultat de l’amour. Il lui avait fallu beaucoup d’humilité pour renoncer à la force de son insubordination.

 

Sous le drap-athanor, elle sentit quelque chose de plus intime, une lumière bienveillante en elle qui complétait sa nature zoologique. Depuis qu’elle avait vu l’étoile, elle connaissait l’axe androgynique de sa matérialité et de sa spiritualité.

 

 

Jésus dit : Voici, moi, je l’attirerai pour que je la rende mâle afin qu’elle aussi devienne un esprit vivant pareil à vous les mâles ! Car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le Royaume des  cieux. Logion 118

 

 

Les saveurs des premières tenues qui avaient enflammé son âme étaient-elles seulement les marques de la découverte d’horizons mentaux nouveaux, l’excitation intellectuelle de limites repoussées ? Elle savait aujourd’hui que ce ne fut pas que cela. Il y eut des ouvertures, des clartés incommunicables, des méditations germinantes. Les curiosités intellectuelles devinrent un penchant naturel, une nécessité impérieuse de sentir l’axe de son être intérieur et sur cet axe, tout son être aspirait à être juste, c'est-à-dire à servir la conscience qu’elle avait du Bien.

 

Une main souleva alors le drap noir, elle entendit une note lumineuse qui lui sembla contenir toutes les vibrations de l’univers, un « concerto pour 4 consonnes sans voyelles ». Pendant que Christophe s’approchait du maillet létal, le M\des Cér\ souleva le voile sombre pour qu’elle  laissât sa place à celui qui allait devenir Hiram.

 

 

 

Stupéfaction ! A l’endroit où Marih avait été le gisant, il n’y avait plus qu’une petite flaque, une ombre humide, verdâtre mais scintillante, quelques lambeaux d’une étoffe qui avait été blanche, un pétale de mandragore, une plume de Simorgh et, là où avait été son cou, restait un collier d’adrézarach, chapelet de graines comme celui que l’on trouva sur les ossements d’Esméralda dans les caves de Montfaucon.

 

 

Au  moment où le M\Christophe reçut le coup fatal, la douleur lui fit couler une larme de rosée qui glissa sur sa joue comme une perle de lumière.

Si la femme blanche est donnée en mariage à l'époux rouge tous deux bientôt s'embrassent et s'accouplent. Ils se dissolvent eux-mêmes et s'accomplissent aussi eux-mêmes afin qu'après avoir été deux, ils deviennent en quelque sorte un seul corps

 

 


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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

29 – Le JEU de la mort , la mort du JE

 

 

C

 

ontrairement à ce que l’on pourrait croire, l’idée d’une mort définitive, qui met un point final irrémédiable aux espoirs et aux calculs, est une conquête relativement tardive du rationalisme pessimiste. Pour la conscience primitive, la mort n’est jamais sans lendemain, la survivance va de soi. Selon la plupart des historiens, la sépulture du défunt en position accroupie, très fréquente dès l’époque préhistorique, habituelle dans le rituel égyptien, était destinée à préparer une nouvelle naissance.

 

 Le cadavre étant placé en terre dans la même attitude que l’embryon dans le ventre maternel, l’enterrement marquait le commencement de la vie nouvelle.

 

De fait, chez beaucoup de peuples primitifs, l’enfant nouveau-né passe pour un mort qui revient: on lui donne le nom de son aïeul ou d’un autre individu récemment décédé, on place près de lui divers objets usuels ayant appartenu à un défunt.

 

A côté de vous fut placée la branche d’acacia et vous avez accueilli en vous ce héros mythique qu’est  le M\Hiram. La mort des dieux et des héros n’est-elle que provisoire ? L’existence du héros ou du dieu mythique se déroule selon un schéma déterminé: après être mort sous les coups de son ennemi, il est vengé et ressuscite; l’Osiris égyptien périt dans une embûche tendue par Seth ou par Typhon, mais son épouse Isis et son fils Horus recherchent ses restes dispersés, les réunissent et leur redonnent vie; en Grèce, son homologue est Dionysos-Zagreus : né d’une union illégitime de Zeus, l’enfant Dionysos encourt la haine d’Héra, qui le fait assassiner et mettre en pièces par les Titans; mais une autre divinité, Apollon ou Athéna, rassemble les membres suppliciés, et le jeune dieu reprend vie; la biographie d’Attis, également, comporte castration, mort et renaissance.

 

On n’en finirait pas d’énumérer les dieux dont l’histoire est conforme à cet itinéraire, dans lequel s’inscrit aussi celui d’Hiram.

 

Mais la consécution de la mort et de la résurrection ne figure pas seulement dans la légende; elle reparaît dans les cérémonies du culte et, parallèlement, dans la vie religieuse des adeptes.

 

Chaque fois, comme la première fois, le deuil s’efface sans transition devant l’allégresse; ce renversement de l’affectivité s’exprime dans toutes les civilisations. N’avons nous pas salué la renaissance d’Hiram ?

 

Ainsi chez les anciens Hébreux: « Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent avec des cris de joie: il marche tout en pleurant, celui qui porte la semence des semailles, puis il revient avec des cris de joie, quand il porte ses gerbes» (Ps. CXXVI, 5-6). Tous les cultes comportent des rites de passage, et ce sont eux notamment qui intègrent une mort et une résurrection symboliques. Dans ces rites de passage privilégiés qu’étaient en Grèce les initiations aux mystères, l’initié meurt et renaît à l’imitation du dieu. Dans Les Métamorphoses (XI, 21) écrit par le philosophe platonicien et romancier latin Apulée (IIe s. de notre ère), il est raconté une initiation aux mystères d’Isis, écoutons-la : «L’acte même de l’initiation figure une mort volontaire et un salut obtenu par grâce. Les mortels qui, parvenus au terme de l’existence, foulent le seuil où finit la lumière, et à la condition que l’on puisse leur confier sans crainte les augustes secrets de la religion, la puissance de la déesse les attire à elle, les fait renaître en quelque sorte par l’effet de sa providence, et leur ouvre, en leur rendant la vie, une carrière nouvelle». C’est par des psychodrames, des jeux de rôles fixés par les rituels que vous avez été confrontés à la violence, à la mort depuis votre entrée en F\M\

 

A l'égal du conte de fées, le jeu de rôles prend l'adolescent là où il se trouve sur le plan psychique, pour  l'emmener vers son devenir d’adulte.

 

Cette remarque permet de répondre à la question ; à quel type de rencontre prépare le jeu de rôles maç\? Le jeu de rôles permet de  créer un nouveau « père » accessible émotionnellement  auquel il est   possible de s'identifier. Celui-ci permettra à l'adolescent de quitter son statut d'adolescent pour accéder au statut de l'homme adulte.  La cérémonie d ‘élévation à la Maîtrise fait de vous des adultes F\M\auxquels sont rattachés la totalité des droits et des devoirs du F\M\

 

Le jeu de rôles prépare, certes, à la confrontation au père, dans toutes ses formes emblématiques, qu’elles soient celle du pouvoir ou celles de la loi. Mais en tant que mécanisme de défense, il fait aussi l'économie de la confrontation à la réalité. Cela repousse donc l'échéance de l'accès à la maturité. Nous le voyons clairement, le jeu oscille entre le mécanisme de défense et le mécanisme de l'apprentissage. Le jeu de rôle peut devenir pathologique si le joueur joue sans cesse sans se confronter à la réalité pour y " faire ses preuves ", pour traverser les épreuves du réel. Et si les premiers pas vers le futur développement seraient la  reconnaissance et l'acceptation positive de l'agressivité que le F\M\ exprime dans les jeux de rôles des différentes épreuves des rituels de passage ?

 

La reconnaissance de  son agressivité va le faire accéder à un potentiel énergétique   immense (la partie obscure de son être)  Celle-ci va lui permettre de  trancher des questions, de tolérer des tensions et de pouvoir s'engager.

 

Il reconnaît alors son plaisir à manipuler son  agressivité pour la dominer. Le psychodrame de la cérémonie et du rituel offre le cadre et tous les processus nécessaires au développement psychique et à son harmonisation entre ténèbres et lumières.

 

Dans « Ma vie », C.G. Jung écrit :" la pratique rôlistique est, et a toujours été, un art. L'art véritable est créateur, et ce qui crée est au-delà de toute théorie. C'est pourquoi je dis à tout débutant : apprenez les règles aussi bien que vous le pourrez, mais laissez-les de côté dès que vous toucherez les merveilles de l'âme vivante.

 

Ce ne sont pas les théories, mais votre personnalité créatrice qui sera décisive ".

 

 

Alors que faire de notre violence ?

 

 

Il n’est pas question de prendre les armes, ni d’enfermer les individus violents. Car le problème de base à éclaircir est que nous sommes tous plus ou moins violents. Oui, plus ou moins, selon les circonstances.

 

Bien évidemment, nous sommes tous des êtres civilisés et bien pensants et bienveillants. Le seul et unique point faible de toutes les argumentations est que personne n’est prêt à admettre sa propre violence. Notre culture nous persuade que cette fameuse énergie destructrice est le résultat d’une frustration extérieure. La psychanalyse nous donne une formule simple ; la frustration induit l’agression. Ce message très sain est perverti par les individus qui refusent de reconnaître que la violence est inhérente à la vie.

 

D’ailleurs une autre équation simple nous dit : « Sans agression pas de vie possible. Il faut tuer pour survivre, pour manger, etc… ! » Cela nous le savions depuis longtemps, et il faut se rendre compte que le simple fait de naître est un acte violent pour la mère et surtout pour l’enfant. Son cri primordial est-il, dans son passage de l’eau à l’air, l’effroi de sa mort annoncée ?

 

Lorsqu’une étoile géante rouge meurt, elle détruit tout son système solaire avec toutes les planètes qu’il comportait. Mais cet acte destructeur libère dans l’espace les poussières de la vie. Ces particules chimiques libérées en vastes quantités vont essaimer la vie ailleurs, un peu plus loin. La mort d’Hiram est nécessaire pour qu’il s’incarne en nous.

 

Mon F\V., mon F\R., tu es sorti de la putréfaction alchimique, et en toi revit Hiram.

 

 

 

 

Ce retrait de toi-même pour lui laisser sa dimension t’enlève ta plénitude individuelle, mais cela t’ouvre les portes du plus grand des mystères, la mise en perspective de la vie et de la mort.

 

 

 

Ce détachement de toi-même, puisses-tu en faire un  travail qui consiste à tuer la mort pour la transmuter en éternité.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

28 - La légende d'Hiram et la mixité

 

ou

 

 le passeport pour le Royaume

 

 

I

 

 

l me faut vous expliquer mon sous-titre.

 

La mixité peut se définir comme la réintégration dans l'unité de la dualité. Cependant, même si je me suis essentiellement attachée à un aspect particulier de la dualité, le féminin et le masculin, d'autres dualitudes apparaîtront comme implicites. Comme dans tous les archétypes de la totalité, la dualité s'impose avec sa bipolarisation chtonienne dionysiaque et nocturne d'un côté et de l'autre diurne, agraire et apollinienne. Ces deux pôles sont symboliques et peuvent toujours faire référence au masculin et au féminin.

 

 

Par analogie avec la manifestation du Un, évoqué dans l'arbre de vie comme se faisant par strates imbriquées, descendantes et se complexifiant jusqu'à l'incarnation au moment de la conception de l'humain, le fœtus, aussi, commence par l'androgynie, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de caractère de sexualisation en lui, la différenciation n'intervenant qu'à partir de quelques semaines. Dieu fit l'homme à son image, il le fit homme et femme à la fois.

 

 

C'est seulement lorsque le monde fut fini qu'il distingua Eve de Adam.

 

 

Le retour au commencement édénique, à la source primordiale de la Lumière , me semble devoir emprunter des voies, des phases ascendantes qui referaient le chemin inverse de l'incarnation. La sublimation, en tant que recherche de la transcendance, passe par la mixité, au sens donné dans la définition ci-dessus.

 

 

C'est, entre autre, ce que nous raconte la légende d'Hiram.

 

 

Interpréter, c'est s'interpréter. C'est se raconter, s'inventer. Le monde est comme un bloc de pierre proposé au sculpteur: Il n'y a pas qu'une statue dans la pierre.

 

 

 

 

L'étude déploie un espace de liberté, de devenir. Celui qui questionne prend un chemin dont l'itinéraire est inconnu et dont le tracé est celui des pas qui avancent, qui se croisent, reculent parfois, enjambent et poursuivent.

 

 

 

 

Comprendre un texte, c'est se comprendre devant un texte et recevoir de lui les conditions d'un soi autre que le moi qui vient à la lecture. Ricoeur écrit : non point imposer au texte sa capacité finie de comprendre, mais s'exposer au texte et recevoir de lui un soi plus vaste.

 

 

Il est un livre existentiel : la Bible qui se donne à interprétation, donc à la compréhension de soi.

 

 

Alors se pose le problème de la traduction, passage obligé pour moi, vers ce texte écrit originellement dans une langue que je ne connais pas. Cette traduction a-t-elle conservé les vertus de l'Histoire authentique ? N'y a-t-il pas effacement, profanation, réécriture, passage par le moi du traducteur ? En un mot hérésie ? Alors j'écarterai les différences, les détails et je ne retiendrai que les faits.

 

 

En ce temps, un fondeur de bronze et d'airain, de grande renommée pour son art, vivait à Tyr et fut mandé par un roi étranger, ami de son roi, pour accomplir toute l'œuvre en métal destinée à marquer la maison d'un Dieu, les objets de l'entrée ainsi que d'autres objets, dont les cuves qui recevaient l'eau des purifications. C'est par la parole de ce Dieu à David son père, que Salomon, roi des hébreux, reçut vocation à construire le Temple de Jérusalem.

 

 

Tout ce qui fut construit fut témoignage. C'est une parole de la manifestation, de la révélation. L'ouvrage est forcement le même texte que les écritures.

 

 

Il rend compte comme la Bible même.

 

 

Hiram façonna les 2 colonnes.

 

 

Sous Nabuchodonosor, les chaldéens les brisèrent ainsi que le reste de l'œuvre d'Hiram (2R 25.13). Le métal des morceaux brisés fut transporté à Babylone (JR 27.19). L'insistance de plusieurs textes sur ces colonnes atteste l'importance qu'elles ont par rapport au temple. Elles sont le commencement, l'entrée, les relais, la porte à franchir par lesquelles et à travers lesquelles l'intelligence peut avoir une vision, bien que partielle, du Dieu des hébreux. Elles marquent l'inaccessible pour le non-initié. Elles sont les clés de la porte du Royaume. C'est pour cela qu'elles furent brisées, par les vainqueurs des hébreux, pour les empêcher de re-entrer dans le lieu sacré de leur identification. C'était faire un autodafé d'un texte révélé. C'était annoncer d'autres autodafés.

 

 

Hiram était fondeur. Tubalcaïn ou Prométhée ? Son signe est le feu. Il est placé d'emblée dans une symbolique solaire. Il est le masculin et nous verrons l'importance de cet aspect.

 

 

Il est, pour le moment, la pulsion du savoir, il est le maître de ses connaissances.

 

 

Les alliages, qu'il fabrique, synthétisent l'œuvre du feu sur les métaux, c'est l'alchimie qui conjugue le monde des planètes du ciel avec celui de la transmutation de l'humain. Hiram incarna son savoir. Il façonna les 2 colonnes. Qu'a-t-il voulu dire par son œuvre ?

 

 

Il les a faites J\ et B\

 

 

J comme Joram ou Huram ou Hiram, roi de Tyr, qui le remarqua parmi tous les autres et l'envoya à Salomon, lui, son art et les bois et les métaux nécessaires à la construction du temple. A toi mon roi, à toi qui sait ce que je sais et qui m'a permis d'accomplir mon œuvre, à toi la col\ J\

 

 

Ou bien à toi, Jérusalem, vouée à devenir céleste, où se fonde le grand temple, à toi la col\J\ Ou plus simplement à toi "iod, hé, vav, hé", le mot du M\, nom du principe premier fécondateur, à toi la col\ J\

 

 

A toi Bethsabée, femme de David qui a engendré Salomon, mère de cet enfant qu'elle fit roi et par lequel je suis devenu messager d'une parole à révéler. A toi, la mère, la matrice fécondée, à toi la col\ B\

 

 

Ou à toi Balkis, reine de Saba, qui a tant admiré mon œuvre et pour qui fut coulée la mer d'airain, comme le rapporte Gérard de Nerval. Bethsabée, Bethléem ou Béréchit, tu es le commencement manifesté, à toi la col\ B\

 

 

Beth, c'est le premièrement du verbe tout entier, la lettre par laquelle commence le commencement de la création, la lettre pourtant 2ème de son alphabet, et qui dit ainsi de rechercher l'aleph pour trouver le vrai début. Beth, c'est la vierge annoncée par Isaïe et devant enfanter, toutes les virgines pariturae, dont la fécondation se fera par le principe mâle de J\

 

 

Il est à noter qu'à Chartres, régnait dans un temps bien antérieur aux chrétiens et même aux celtes, une vierge-mère qui était sans doute une vierge noire et qui avait peut-être eu nom Isis, Démeter ou Bélisama.

 

 

Mais Hiram ou Salomon, selon les textes, savait lire et écrire. On ne s'arrêta pas à épeler la 1ère lettre. Les col\ furent nommées Jakin et Boaz :

 

 

Jakin établit, fonde

 

 

Boaz, en lui la force, reçoit, est  fécondé et accomplit Jakin.

 

 

Les 2 colonnes, pas d'autres, pas des, -les- 2 col\ dressent dans leurs significations tout l'arbre séphirotique. En J\ la voie active de la manifestation, en B\, la voie passive. Ces col\appartiennent au monde d'Yetsirah.

 

 

Les piliers extérieurs, ce sont les reflets clairement différenciés en mâle et femelle de l'homme androgyne, créé dans le monde de Bériah et séparé en Adam et Eve en Yethsirah.

 

 

Les textes ne disent pas qu'elles sont symétriques ni semblables. L'une d'elle est décrite par sa hauteur, l'autre par son diamètre. Ce serait une erreur d'interprétation que de les rendre pareilles. Il s'établit ainsi une correspondance, une altérité sans identification, de celle qui est haute, de celle qui est large. C'est affirmer la différence, maintenir et laisser libre la dimension de l'étrangeté et de l'ailleurs. C'est dire que l'autre ne revient pas toujours au même. L'autre n'est alors comme opposé que de son autre.

 

 

Les col\sont séparées, à côté l'une de l'autre. Pas ensemble, pas homme et femme à la fois.

 

 

Blanche ou rouge, à gauche ou à droite, mâle ou femelle, avec des grenades ou des lys, bronze ou airain. Peu importe.

 

 

Parce que séparées les col\tracent un seuil entre deux polarités. Le traverser, pour pénétrer dans le sanctuaire, c'est se laisser irradier par la magie du passage au milieu qui fait la synthèse du principe mâle et du principe femelle et qui ouvre sur le monde supérieur à la rencontre de l'adam bériatique….et peut-être plus encore sur l'adam kadmon..

 

 

La mixité en l'être s'impose comme interprétation de l'œuvre d'Hiram.

 

 

L'ouverture rend possible le passage d'un mode d'être à un autre, d'une situation existentielle à une autre. Pour s'achever, l'homme doit traverser le seuil marqué par les col\ et se retrouver naissant une deuxième fois spirituellement.

 

 

La col\décrite par sa hauteur, c'est la col\en élévation, en érection dont l'énergie est ascendante. C'est J\la verticalité. Celle définie par son enceinte, c'est B\, l'horizontalité.

 

 

En passant entre J\et B\, l'initié réintègre en lui ces 2 orientations et reçoit la croix. J\B\ annoncent que l'initiation s'accomplira par la croix.

 

 

On peut remarquer que Boaz, personnage de la Bible est considéré comme la source du Messie en tant qu'ancêtre de David et c'est à partir de lui que s'accomplira la promesse faite à Abraham. En se mariant avec Ruth, descendante incestueuse d'une fille de Loth, étrangère convertie au judaïsme, il engendre au travers de son descendant le messie de l'universel. Le messie, annoncé dans l'ancien testament, issu de Boaz et de Ruth, c'est la mémoire incarnée de la totalité des expériences humaines, affectives et ethniques.

 

 

C'est la reconnaissance et l'acceptation de toute altérité. C'est la mixité sublimée.

 

 

 

 

Si l'homme est capable de se mettre en accord avec les lois de l'univers, tant extérieur qu'intérieur, il retrouvera l'harmonie universelle. Le monde apparaît avec son inhérente dualité. La monocellule primitive est éternelle parce qu'elle se régénère par sa division. L'apparition de la sexualisation dans l'évolution des espèces a introduit la mort parce qu'en engendrant un 3ème terme, les deux géniteurs disparaissent pour lui laisser, à un moment donné, leur place.

 

 

Le retour à l'unité, c'est ne pas s'identifier à une seule col\, mais d'être le lieu de la réintégration de leurs significations: la mixité.

 

 

 

 

Boaz attend Jakin

 

 

 

 

Etre ou pas, être est la question, je dirai même, naître est la question.

 

 

J\ et B\, 10 et 2, germe et matrice, choisis et nommés, forcément avec une intention herméneutique, annoncent le 3 en tant que retour à l'unité.

 

 

L'initiation, à travers la légende d'Hiram est une fécondation, une re-naissance, une transmutation qui s'opère par une mort et une résurrection rituelles.

 

 

La mort et la résurrection d'Hiram sont une légende exemplaire, comme tous les mythes ou contes, de divinités assassinées. Ils servent de modèle au comportement humain. Ils fondent l'être dans le sacré.

 

 

C'est grâce au symbole que l'être sort de sa situation et s'ouvre sur l'universel. Le symbole éveille l'expérience individuelle et la transmue en acte spirituel, en saisie métaphysique du monde.

 

 

En comprenant le symbole, l'être réussit à vivre l'universel donc à vivre la transcendance.

 

 

Hiram, symbole mâle, enterré sous le tertre, est le semen virile pour la terra mater ou la tellus mater bien connu des religions méditerranéennes, qui donne naissance à tous les êtres.

 

 

 

 

Sa mort est l'occasion du passage dans les tréfonds telluriques, c'est la descente, mais aussi le fertilisation de ce qui est en bas par ce qui est en haut, du principe féminin par le principe masculin, de la terre par le ciel.

 

 

Après être passé entre les col\ du Temple, dont la matière, l'airain, affirme l'alliance indissoluble du ciel et de la terre, le grand prêtre (le Cohen Gadol) arrivait au Saint des Saints. Une fois par an, revêtu de tous les symboles qui attestaient de sa représentation du monde, il venait prononcer le nom imprononçable de Dieu, pour rendre le service de celui qui existe à l'un. Au bas de sa robe, des clochettes pour féconder, par les sons et la forme, ce qui est en bas par ce qui est en haut, au cours de cet espace-temps hiérophanique.

 

 

En pénétrant dans la terre, Hiram accomplit un rituel conjugal cosmique. Ce serait une hiérogamie si Hiram eût été un Dieu. Il ne l'était pas, c'est pourquoi nous parlons de légende à son propos et non de mythe.

 

 

A noter que l'union sexuelle, chez les hébreux, est considérée comme une union devant Dieu. Cela renvoie au sacré. C'est dire que si l'homme se conçoit comme un microcosme, dans l'accouplement, il retrouve le sacré qu'il reconnaît dans le cosmos. Pour l'être religieux, et comment considérer Salomon et Hiram autrement, le cosmos vit et parle. Il n'est pas sans but ni sans signification. La mort d'Hiram demande que soient sanctifiés les rapports de l'homme te de la femme en tant que recommencements des commencements, en tant qu'acte primordial.

 

 

En tant que géographie sacrée, la tombe d'Hiram est une chambre nuptiale cosmique.

 

 

Sa résurrection, c'est l'accouchement de l'être renouvelé, le passage de l'horizontalité à la verticalité. Au sens gnostique, ce terme  est synonyme d'éveil, de réalisation dès ici-bas.

 

 

Reprenons le logion tiré de l'évangile selon Thomas, trouvé dans la bibliothèque de Nag-Hammadi ; parole rapportée de Jésus le nazaréen, de la secte essénienne des nazaréens.

 

 

 

 

1.        Jésus a dit

2.        Je suis la lumière qui est sur eux tous

3.        Je suis le tout

4.        Le tout est sorti de moi

5.        Et le tout est parvenu à moi

6.        Fendez le bois, je suis là

7.        Levez la pierre

8.        Vous me trouverez

Il dit encore

 

 

Ma mère m'a enfanté, mais ma mère véritable m'a donné la vie. Oui, la Mère divine est là pour nous permettre de retrouver le chemin de la lumière, de l'Un.

 

 

Ecoutons-la dans ce petit traité de Nag-Hammadi appelé « Le Bronté » :

 

 

Je suis l'union et la dissolution

 

 

Je suis le repos et le départ

 

 

Je suis la descente et c'est vers moi que l'on remontera

 

 

Et elle nous apostrophe encore

 

 

Multiples sont les formes séduisantes qui émanent de nombreux pêchés et du manque de retenue et des passions déshonorantes, des plaisirs fugitifs qui hantent jusqu'à ce qu'on soit sobre et qu'on monte au lieu du repos, et là on me trouvera et on vivra et on ne connaîtra plus la mort.

 

 

Faire vivre au compagnon le psychodrame de la mort et de la résurrection d'Hiram, c'est lui faire parcourir le chemin cosmique de l'initiation au cours duquel, à la fin, la chair putrescible aura quitté les os incorruptibles. M\ B\!

 

 

Le message est le même que celui de Sophia, ma Mère-divine. Renonce à ce qui te divise, à ta corporéité, en descendant et remonte en rassemblant ce qui est épars, ce qui est esprit. Te relever, c'est t'élever.

 

 

 

 

 

 

L'être qui cherche son autonomie, peut plonger dans cette pâte originelle qui l'épure de ses passions, de ses pulsions, de ses débordements, pour en faire un Maître.

 

 

 

 

L'enfouissement d'Hiram, après son assassinat, c'est le scénario d'un rituel initiatique qui, au cours de la cérémonie d'élévation, transforme l'homme naturel en homme culturel et spirituel, en être alchimisé. C'est le comp\, le F\ qui accomplit sur le M\ à re-venir le meurtre régénérateur.

 

 

L'œuvre maîtresse  d'Hiram est de donner à l'initié à vivre le rite de sa propre mort violente, suivie d'une dynamique ascensionnelle.

 

 

Hiram est pour moi une légende gnostique. Elle rappelle, bien évidemment, les mystères d'Osiris. C'est l'aventure prodigieuse, sans cesse revécue, de la recherche de l'un originel par celui qui sera élevé M\. C'est par l'acte rituel que s'accomplissent le plus parfaitement la commémoration et la transmission du "faire être" qu'exige toute tradition véritable de l'expérience du sacré.

 

 

Que celui qui cherche ne cesse de chercher, jusqu'à ce qu'il trouve bouleversements, émerveillements et unification. Que le règne de Maat arrive!

 

 

Jésus, Hiram rétablissent magistralement le rôle et la fonction de la Mère-divine de l'androgynie. C'est rappeler, à travers la descente au tombeau et la résurrection que le comp\ s'accouche M\ et que le M\, s'il veut découvrir le royaume, doit cultiver et élever ses composantes par l'unification du masculin et du féminin; que cette unification ne se fait pas seulement par la fusion des partenaires dans le couple mais s'établit, à l'intérieur même d'un individu, par l'harmonisation de tous ses contraires.

 

 

 

 

On sait que chez certains gnostiques, l'esprit était féminin. Avec le Père, il formait une divinité androgyne, mais le plus souvent, il était appelé Sophia.

 

 

 

 

Quand vous ferez le Deux Un, Vous serez fils de l'homme,  logion 106

 

 

Quand J\et B\ s'accomplissent dans le M\ qui les unit, Jean le Baptiste surgit.

 

 

La condition humaine est une suite ininterrompue d'épreuves, de morts, de résurrections qui prennent un autre sens chaque fois que se répètent la gestation et la naissance d'Hiram.

 

 

Le retour à l'origine, à l'unité primordiale, le rite de passage dans le nœud où se ligaturent ciel et terre commence sur le seuil du temple, entre les 2 col\

 

 

J'y suis.

 

 

Hiram, légende masculine, fondement de la signification du 3ème grade, de la résurrection du M\ en moi. Voilà pour le un.

 

 

Moi femme, initiée et élevée F au 3ème degré, voilà pour le deux.

 

 

Droit Humain, mixte international, le DH affirme l'égalité essentielle des 2 humains, l'homme et la femme. Art 2: l'ordre s'impose une méthode rituelle et symbolique, grâce à quoi ses membres édifient leur temple à la perfection et à la gloire de l'humanité. Voilà le trois.

 

 

Par le D\H\ se fait le retour à l'unité qui m'identifie dans la mixité de l'esprit.

 

 

 

 

Je m'appelle Hiram  Abif, fils de la veuve. D'un côté le chaos, de l'autre la lumière, le kodech kodéchim (le Saint des Saints). Oh ma mort je t'appelle. Putréfie en moi ce qui m'empêche d'être M\, féconde moi de sagesse, de force et d'harmonie. Avec toi, qu'il me soit donné de faire dans ma vie ce pas qui m'affranchira vers le royaume intérieur
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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

27 - La dernière tentation d’Hiram

 

 

 

Pauvres fous! Serez-vous ingénus au point de croire que nous vous enseignons ouvertement le plus grand et le plus important des secrets. Je vous assure que celui qui voudra expliquer selon le sens ordinaire et littéral des mots ce qu'écrivent les philosophes hermétiques, il se trouvera pris dans les méandres d'un labyrinthe d'où il ne pourra s'enfuir.

 

Artéphuis( début du XVIIe siècle)

 

 

A

 

 cet instant, alors que la lumière du jour venait de prendre cette couleur blanche du plein midi, l'homme se tenait dans le silence du chantier déserté. Les ouvriers, épuisés par la chaleur et tant d'années de labeur, avaient regagné des lieux ombragés. Le temple était achevé                         .
Il était flamboyant et l'homme, dans la solitude, se regardait comme dans un miroir, en un face à face avec l'œuvre accomplie, érigée dans la sueur et la connaissance de ses bâtisseurs.                    

 


Voilà dix ans, déjà, que l'homme avait quitté son pays, le royaume de Tyr, pour venir, ici, sur cette colline, à la demande du roi Salomon, élever un sanctuaire dédié au dieu des hébreux.

 

Le silence inhabituel disait l'achèvement des travaux. L'espace sacré était enfin délimité. L'homme avança doucement et pénétra une dernière fois jusqu'au Nartex.

 

Entre les 2 colonnes, qu'il avait fondues dans l'airain pour attester de la hiérogamie du ciel et de la terre, il s'arrêta, se retourna, laissant le parvis du saint des saints derrière lui, dominant la cité qu'un pur rayon de soleil éclairait.

 

Jérusalem semblait appartenir au ciel.

 

Sa souffrance d'être exilé avait disparu depuis longtemps. Une paix indicible l'habitait aujourd'hui. En participant à la création du temple, il; était entré en communion spirituelle avec le peuple d'Israël. L'œuvre, en sacralisant une pensée et ses gestes, lui avait permis de se fusionner avec l'univers et dans cette réunification cosmique de trouver la communion avec la lumière. C'est un des messages qu'il avait inscrit dans ses colonnes.                         .
L'homme décida, soudain, dans sa méditation de rentrer préparer son retour à Tyr. Un désir de fermer un cercle, de revenir au point initial pour se ressourcer afin de poursuivre.

 

Serait-ce encore possible ? Le début est  il toujours à la même place ? Cercle ou spirale, le temps et mon cheminement me laisseront-ils retrouver ce que j’ai quitté?

 

Une hâte juvénile le poussa à accélérer ses pas. Il descendit vers une des sorties de l'enceinte.

 

Mais oui je pars. Je rentre. ce que j’ai achevé ici, je le rebâtirai ailleurs. A Saba peut-être où de nouveaux chantiers s’ouvrent et le message reçu de l’Egypte, inscrit ici, sera révélé là-bas aussi !Par les bâtisseurs, le parole doit se répandre. Allons !

 

Avec une énergie revivifiée par ses projets, l'homme se dirigea vers la sortie la plus proche, à la porte du midi. Son visage luisait de cette sagesse qui pour certains, à l'âge mûr, témoigne d'un passé actif au cours duquel les expériences sont intériorisées. La sensualité de ses traits montraient sa générosité, son pas ferme et vif sa détermination. Grande et svelte, sa silhouette attestait une vie saine dont les seuls excès ne sont que ceux de la pensée. Malgré ses années, une grande force, qu'on devinait inaltérable,lui donnait cette beauté souveraine, faite d'une harmonie délicate où se mêlent l'intelligence, la mansuétude, la spiritualité, la droiture. Le regard de l'homme imposait le respect: C'était celui d'un maître, du M\ d'œuvre du Temple et il s'appelait Hiram Abi, ce qui veut dire Hiram le père.

 

Soudain jaillit une ombre sur le sol

 

C’est certainement un ouvrier, puisqu’ils ont seuls accès à ce lieu ! Mais que peut-il faire à cette heure trop ardente ? Pourquoi ne se repose-t-il pas comme les autres ?

 

Dissimulé du feu solaire dans les replis de son long vêtement de laine, un comp\ du chantier se plaça entre l'issue sud et Hiram, comme pour lui interdire l'accès. Dans sa main la règle graduée. Hiram reconnut Séterkin, le maç\ aussi appelé Phanor, à la face de lion.

 

Que la paix soit avec toi. Puis-je t’aider en quoi que ce soit ? Cherches-tu quelque chose ?

 

Maître, répondit l'homme, cela fait 5 ans que je travaille ici. Nous étions un groupe uni de comp\ mais tu as choisi un petit nombre d'entre nous pour les distinguer. Pourtant, nous oeuvrions tous ensemble sur le même ouvrage. Aujourd'hui, ils ont la tête ceinte d'un couvre-chef particulier qui les désigne comme nos maîtres. Je sais que tu leur as transmis un mot de passe grâce auquel ils ont accès au pouvoir de diriger. Je ne veux attendre plus longtemps pour bénéficier moi aussi de la marque de leur supériorité. Donne moi ce mot de passe pour que j'use, moi aussi, de privilèges.

 

Enfant ! Quelle impudence, pensa Hiram amusé mais déçu par cette vindicte, Dommage ! Un bâtisseur ! Il veut faire comme tant d'autres, là-bas, dehors. Il veut dominer. Il a cédé à la tentation de l’identité dans l’orgueil et de la suffisance. Son impatience est un échec de l’enseignement qui lui fut donné. L’ardeur est parfois juste mais il faut d’infinies préparations, d’infinies précautions pour mener à bien une vie d’homme, création même de la création. Nul ne peut accéder à une connaissance qu’il ne soupçonne même pas. Autrement c’est avilir la voie de ceux qui font l’effort d’y avancer. Sa vanité veut précipiter le temps de l’éveil et sa quête est déviée. N’a-t-il pas compris le secret de la règle qu’il tient ? C’est une graduation des  12  heures du jour. Une conscience du temps. Mais sans le compas il n’a plus d'ajustement sur la mesure, sur le  raisonnablement connaissable.

 

La règle sans le compas, c’est l’imagination exaltée qui poursuit jusqu’à l’infini ses propres envies, en dehors de toute réalité. Son aspiration au pouvoir est une ambition castrante pour la manifestation des modalités généreuses de l’être. Vouloir primer sur les autres, c’est renier l’esprit de fraternité qui est instituée dans cette communauté de bâtisseurs. Il croît encore à une hiérarchie de pouvoirs. Elle n’est que degré de connaissance. Ce sont les devoirs qui sont les véritables sources des droits. C’est dans la différence des devoirs qu’est la distinction des groupes. Par ailleurs…

 

 

Avec bonté, Hiram tenta d'expliquer au comp\ son impossibilité, par ailleurs, de lui communiquer le mot du M\

 

A moi seul je ne puis t'accorder cette faveur.

 

Le comp\ insiste, paralysé dans sa compréhension par son ambition.

 

Insensé, ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu, ni qu’il doit se demander. Travaille, persévère et tu seras récompensé.

 

Séterkin, le maç\ s'emporte, menace. Le maître demeure calme mais inflexible. Alors la main se lève et frappe, visant à la gorge. Mais, déviée, la règle atteint Hiram à l'épaule droite sur la clavicule, qui sous le choc de la surprise et l'onde de cette violence, chancelle et met le genou droit à terre.

 

Je ne veux pas l’affronter avec la force. La force ne peut changer un état d’esprit. Laissons là.

 

Hiram se relève et s'éloigne pour éviter un combat. Préoccupé par cet incident, endolori, il se dirige vers une autre sortie à la porte de l'occident.

 

Mais le comp\ n'était pas seul. Un complice attendait devant la 2ème issue. Comprenant l'échec de son acolyte, il se montre d'emblée menaçant, figé comme un bouc prêt à foncer: A moi tu dois donner le mot de passe. Je suis Otefut appelé aussi Amron, le charpentier. Tu es un mauvais chef. Tu as créé des hiérarchies entre tes ouvriers. Le salaire des M\ est plus élevé que le mien, je les envie. Je suis aussi instruit qu'eux, je veux obtenir la même rémunération. Parle et prononce le mot des M\ pour que je touche mon salaire en chambre du milieu.

 

Hiram comprend qu'il y a conjuration. Une inquiétude nouvelle ne le décourage pourtant pas. Il explique avec fermeté en voyant le levier dans la main de l'homme.

 

Puisque ton nom Amron veut dire parler, révéler, sache que la parole sans l’action n’est rien. La discipline que tu as consentie à la communauté des charpentiers ne s’accommode ni de la sottise satisfaite ni de la vanité.

 

Il est aberrant que ceux qui entendent travailler avec une équerre se soucient de prestige et de faveurs personnelles.

 

C’est renoncer à l’essence même de la solidarité des bâtisseurs. C’est désobéir à la norme. Ton équerre t’indique que tu ne peux bâtir que sur ce qui est juste, animé par l’esprit d’équité. Le levier que tu tiens, c’est ta volonté qui s’imposera si elle prend un point d’appui sur un dévouement absolu à une cause élevée, noble et généreuse. Tourner les règlements, être le plus malin, plus exigeant, vouloir sans mériter meilleur salaire, c’est condamner la vertu de l’ordre instauré entre les différents groupes de travailleurs. Le secret que tu demandes, il est dans la paix intérieure, dans une réponse que tu te feras à toi-même et qui met toute chose à sa place et tout homme où il peut soutenir l’édifice. Passion, ambition, vanité, déraison t’éloignent de cette voie sur laquelle tu t’étais engagé. Nul ne peut la parcourir à ta place et le mot du M\ se trouve plus loin sur ton chemin. Persévère, travaille, cherche et tu trouveras.

 

Mais Otéfut n'entend rien, d'un geste fanatique il frappe avec le levier qui atteint la nuque du M\

 

Un outil lui aussi !

 

Le coup est fulgurant, douloureux.

 

Construire, détruire avec le même objet ! Sublimation et perversion se présentent de la même façon. J’avais raison. Mes colonnes ne le démentent pas. Pervertir l’usage du levier retire tous les fruits de l’enseignement. Cet homme est redevenu profane.

 

Hiram cherche maintenant à échapper à ce qui se referme sur lui. Ces comp\ impatients et exigeants sont devenus les gardiens d'une ouverture close à jamais.

 

A la porte de l'orient, ultime issue qui permet d'éviter d'entraîner ses agresseurs vers le kodech kodechim(le Saint des Saints) le M\ se heurte à Habirama le mineur, appelé aussi Méthoushaël, de son autre nom Hoben. La voie du comp\ est stridente comme celle d'un serpent. Hiram mesure d'instinct toute la haine de l'homme. En voyant le maillet qu'il tient dans sa main, il esquisse un sourire malgré la recrudescence de sa souffrance aux deux points d'impact des outils.

 

Le symbole du Maître! Ah s’il avait voulu diriger sa pensée vers l’intelligence, la persévérance, la conscience morale, mais son nom, celui qui tue le père, me dit très clairement ce qui va advenir.

 

Hiram ne doute pas que l'homme cherchera à l'atteindre avec l'outil transformé en arme. Il n'a pas peur. Mais il sait que la mort de l'esprit qu'il lit dans les yeux de son agresseur, c'est sa mort: Donne moi le mot des M\! Tu ne peux plus t'échapper, et sans attendre, Habirama frappe, avec la masse, le M\ au front d'une atteinte mortelle.

 

Ainsi le génie des ténèbres, qui est en chaque être, avait soulevé les passions pour tenter de ruiner l'œuvre, en jetant le trouble parmi les comp\ qui déjà initiés aux premiers secrets de l'art se regardaient comme victimes de l'injustice et de la partialité parce qu'ils n'avaient pas été reconnus comme M\

 

Ne pas tomber, ne pas perdre l'équilibre, lutter encore pour être, refuser la menace, ne plus sentir cette paralysie qui m’asphyxie, qui endort ma conscience. Je veux vivre debout. J’ai créé, protégé, aimé. Tous mes gestes de vivre m’abandonnent. Que j’ai mal ! Je suis si seul. Il suffirait de dire et on m’aiderait, me soutiendrait, me soignerait peut-être. Ah ces tourments de la trahison où tout s’inverse et de la douleur que je ne maîtrise plus. Compagnons,  qu’avez-vous fait de votre enseignement ? Vous ne savez pas ce que vous faites Vous êtes devenus chimère à tête de lion et de bouc et à la queue de serpent.

 

Mes forces me quittent, il suffirait d'un mot, ma vie pour un mot- - - - -

 

Iod - Hé - Vav - Hé, Iod - Hé - Vav - Hé, 10 , 5 , 6 , 5- - -

 

Les lettres se succèdent et tournent devant ses yeux.

 

Mot de passe, mot de Maïtre, mot-clef pour ouvrir mais aussi pour fermer, pour le passage de ma vie à la mort. C'est toute la connaissance de la doctrine ésotérique qui est contenue dans ces 4 lettres. Nommer, c'est créer, mais prononcer seul le mot, c'est ne rien dire. Et pourtant, il faut que je vive. Je suis dépositaire d'une partie de la parole qui disparaîtra si chacun des dépositaires ne transmet pas son morceau de clef. Elle n'est complète que si réunis avec le roi Salomon et le roi de Tyr, nous prononçons ensemble ce qui est imprononçable seul.

 

En ce temps, un roi était un initié au plan supérieur qui était coiffé d'une couronne ou d'une tiare et qui était capable d'enseigner suivant la voie initiatique, la voie royale.

 

Le roi de Tyr possédait tous les matériaux de bois et de métal.

 

En  lui la force. Le roi d'Israël conçut, transforma pour l'élaboration du temple. En lui la fondation. Hiram, envoyé de Tyr auprès du roi Salomon, en réalisant l'œuvre ferme le triangle en une synthèse indissociable avoir-agir-être.

 

Personne ne connaît mon secret. En tant que M\ je dois encore enseigner un autre M\ pour qu'il me remplace et pour que la chaîne ne se brise pas. Il faut que je vive ! Mais comment vivre sans dire à celui qui ne peut comprendre

 

Je n'en connais que les lettres dans leur forme, pas le phonème. Le tétragrammaton ne se prononce pas. Pas de défi à relever, pas de détermination héroïque. De toute façon, ils ne peuvent comprendre.

 

Alors pourquoi ne pas céder ? Prononcer au moins une fois pour moi-même. Faire cesser le tourment. Réunir mes forces et dire pour survivre.

 

Il essaya de respirer : AUMMM………

 

Dis, vas-y, parle, donne moi le mot insista le félon. Hiram ferme les yeux.

 

Dire et leur laisser croire que le mot suffit. NON !  C'est le mal dans ma chair qui chavire mes pensées. Il faut que le mal se taise. J'ai témoigné en faveur de la connaissance par ma vie, mon œuvre et ma sagesse. Ma mort doit témoigner aussi. Le secret doit-il être préservé au prix de la vie ? Le secret vaut-il par lui-même ? Ou plutôt par la façon dont on le vit ?  Ma mort sera garante du secret, même si elle l'efface. J'ai cherché la réponse qui terminerait mon questionnement. Cette réponse ne peut être entendue que de moi. Ce n'est pas celle de l'autre, c'est celle que je fais mienne. C'est ma foi. Je ne la trahirai pas en laissant croire à ce compagnon  autre chose.

 

Je suis même si lui a renoncé à être.

 

Sans ce défi avec l'insupportable, je n'aurai jamais su l'espérance qu'il faut avoir. Ma vie fut comme une journée bien remplie et maintenant, je puis être las. La loi de l'homme n'est pas la possession, c'est l'attente.

 

Dire serait non seulement me trahir mais trahir aussi l’enseignement donné à mes meurtriers. Je me meurs. Mais essayer, au moins une fois, de prononcer seul l’ineffable. Tenter une ultime sonorité intégrant dans l’unité, peut-être enfin trouvée, la totalité des parties.

 

 

Un nuage voilà le soleil.

 

En s'affaissant, Hiram murmura une parole qu' Habirama n'entendit pas. Elle se perdit dans la mort. L'avait-il prononcé ce mot du M\ ou bien son dernier souffle fut-il pour dire "vanité des vanités" ou bien "buttom of rose" ou tout autre mot d'un rêve désormais impossible.

 

En mourant Hiram entra dans la lumière et la parole fut perdue.

 

 

En apprenant la mort d'Hiram, Salomon fut obligé de remplacer la parole perdue par un vocable de substitution : les premiers prononcés par les M\ qui découvrirent le corps du mort scellèrent à nouveau le secret de la maîtrise; c'est ce que nous disent les rituels mac\

 

 

Voilà!

 

 

Inventer, frénétiquement inventer, sans se soucier des liaisons, jusqu'à ne plus parvenir à faire un résumé. Un simple jeu de relais, entre emblèmes, l'un qui dise l'autre, sans trêve. Décomposer le monde en une sarabande d'anagrammes en chaîne,et puis croire à l'inexprimable. N'est-ce pas la vraie lecture de la Thora  ?

 

Extrait du Pendule de Foucault: Umberto Ecco

 

 

Mais nous nous posons des questions.

 

 

Comment se fait-il que, sachant que la parole ne pouvait être que par la réunion du 3 (le roi Salomon, le roi de Tyr et Hiram), comment se fait-il qu'aucun d'entre eux n'ait pensé à transmettre sa propre connaissance à un disciple pour que la chaîne ne se brise pas en cas de disparition? Etait-ce se croire immortel ?

 

Il semble que le nouveau mot du M\ soit partagé par plus de 3 M\

 

 

Dans le rituel du Rite Ecossais Ancien Accepté, tous ceux qui assistent à l'élévation du corps sont témoins du mot secret (le gr\Exp\, les 3 M\ qui gardent le cadavre, le 2ème surv\, le 1er surv\, 7 M\ qui rendent la loge juste et parfaite et délimitent la chambre du milieu.

 

C'est dire que tous les M\ ont accès cette parole! Il y avait donc auparavant une hiérarchie implicite du fait du secret. Celui qui dirige les travaux est-il plus qu'un M\ ? Pour nous, il n'y a rien au-dessus du M\ Alors que peut  signifier que 3 seulement avaient accès à une connaissance secrète ?

 

Considérant que chez les hébreux, le grand prêtre, le Cohen Gadol, était seul détenteur de la prononciation orthoépique et totale du mot sacré qu'il vocalisait une fois par an dans le saint des saints, cela pourrait vouloir dire que la parole ne fut pas perdue et que si Salomon la substitua, c'est qu'il pensait que son M\ d'œuvre avait cédé à la pression de ses agresseurs !

 

Ainsi en passant d'un plan d'analyse (le réel) à un autre (le symbolique) et en les confondant dans le raisonnement, on finit par dire presque tout ce que l'on veut et même son contraire.

 

En tout cas, c'est ce genre d'interrogation qui s'impose à la lecture de la légende d'Hiram que nous avons revisitée.

 

Il y a plusieurs tentations d’Hiram évoquées par notre travail :

 

- Celle de retourner dans son pays pour pour-suivre une œuvre. Elle est désir.

 

- Celle que nous n’avons fait qu’effleurer, mais pas retenue, elle est celle de parler pour céder à la menace des comp\

 

- Enfin deux ultimes tentations semblent intéressantes : celle de parler pour survivre et sauver le secret qui est dans une triangulation symbolique des deux rois d’Israël et de Tyr et de Hiram qui en est la synthèse des dualismes.

 

- Celle de prononcer, à lui tout seul, la parole inter-dite. C'est là à la fois un pêché d'orgueil, peut-être, mais surtout une curiosité métaphysique de résonner au plan cosmique avec le nom de l'Ineffable.

 

 

Hiram, personnage mythique, incarne pour la F \M\un syncrétisme de ces êtres qui doivent mourir pour ressusciter, pour fonder un courant de Tradition.

 

Cet Hiram là n'a pas pu avoir l'ultime tentation de prononcer, seul, l'imprononçable. Cela n'a été qu'un artifice psychologique pour nous interroger, car Hiram en tant qu'initié, sait l'abomination que serait la compréhension littérale de la fiction mythique.

 

 

Tous les termes désignant le mystère, l'esprit, l'être, la substance, le Un, l'essence, l'alpha et l'oméga, sont des vocables chosifiant ou personnifiant.

 

Seul existe le mystère immanent à l'existence, l'organisation harmonieuse de l'univers et l'émotion humaine devant cet aspect mystérieux auquel participe tout ce qui existe réellement (êtres et choses).

 

Le nom DIEU, s'il n'est pas abusivement employé, ne signifie absolument rien d'autre que l'émotion devant l'inexplicable.

 

Le créateur et le juge du monothéisme (iod, hé, vav, hé) sont unis en un seul symbole dont la signification est le mystère de l'existence, dans lequel est inclus le mystère de la vie humaine.

 

 En conséquence le nom DIEU implique la responsabilité du choix entre le bien et le mal, ce qu'attestent les tables de la loi mosaïque. Nommer c'est faire exister. Exister signifie en latin (ex istere) être ex, expulser. L'existence est donc imaginée comme expulsée de l'harmonie infinie. L'expulsion, autant dire l'émanation à laquelle la racine du terme "exister" fait allusion n'est pas forcément une réalité, mais une image rejoignant l'image personnifiante des mythes, du symbole du créateur.                 .
Pour nous, elle n'est pas explicative. Salomon dit: l'image s'efforce d'exprimer l'incommensurable. Jérusalem, (la culture hébraïque) sera détruite, comme toute culture, lorsque l'abomination s'installera dans le Temple, lorsque le nom de Dieu sera pris pour le nom vivant.

 

 

L'abomination serait d'employer le nom sans référence aux mystères.

 

Quelle vanité pourrait être plus grande que la prétention d'une spéculation métaphysique qui non seulement voudrait prononcer le nom Dieu, mais qui, ignorant la signification symbolique, affirmerait en le prononçant la confusion entre le symbole et le mystère nommé Dieu ?

 

Les centres d'enseignement d'initiation appelés Mystères existant en Egypte, en Grèce, et chez tous les peuples de haute culture, avaient pour but de réveiller l'émotion devant le mystère de l'harmonie universelle, à laquelle l'homme, pour son bien essentiel, doit s'incorporer par voie d'auto-harmonisation ; d'où  s'ensuit le sentiment vivant de l'éthique immanente, véritable religiosité.

 

Hiram, initié, sait que cela ne se prononce pas, non parce qu'il y a interdiction, mais parce qu'il y a impossibilité.

 

Aujourd'hui, la tentation de certains F\M\ est de croire savoir prononcer les noms Liberté, Egalité, Fraternité, Tolérance et de se contenter de ces murmures incantatoires en pensant que cela suffit pour les faire exister.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

25 - Accueillage

 

 

 

 

V

 

ous voilà à l’intérieur d’un temps qui se situe entre midi et minuit. Au nom de notre atelier, voici des mots, voici une parole, voici notre espoir et notre joie de vous accueillir dans notre chaîne de bâtisseurs du temple idéal.

 

Ainsi vous venez d’être reçus F\M\

 

Vous êtes une pierre taillée par votre histoire. Aujourd’hui parmi vos expériences, il y a cette rencontre, une rencontre qui fonde autre chose, tout en étant la suite de vous-même. C’est une prise de conscience de vous, de nous, du monde qui vous est offerte et qui s’établit dans la lumière du Delta. Oui cela vous est offert, mais il vous appartient de vous y diriger, d’y trouver votre place.

 

Il faudra vous dépouiller comme on l’a fait de vos métaux, devenir une pierre brute resplendissante en accomplissant votre vérité, le cœur battant et l’esprit libre.

 

Ton énergie bien orientée, guidée, mon F\, ma S\, peut faire de toi une ogive montante jusqu’aux étoiles.

 

Il te faudra apprendre en modestie, mais apprendre, en retenant de ce que tu sais déjà tout ce qui peut te rendre lumière, en renonçant à ce qui te retient aux ténèbres, pour entrer dans n’importe quelle vérité, pourvu que tu en sois respectueux.

 

A chaque pas que tu feras vers toi-même, notre resp\ loge, ce grand vaisseau illuminé et maternel, toujours prêt à appareiller, t’emmènera dans ton devenir de maçon.

 

Ici tout est symbole. 

 

Ici se vit une succession harmonique entretenue avec le monde. Ici s’ouvre notre être aux relations infinies et secrètes entre nous et ce qui nous prolonge, nous dépasse et nous enveloppe.                     .
Ici, nous recherchons le sens de la vie. Ce n’est pas tant le point d’arrivée que les acquisitions faites en chemin qui comptent.

 

 

Bien sûr, de pierre brute il faut tenter de devenir pierre cubique à pointe.

 

N’as-tu pas commencé ton œuvre tout à l’heure avec ces premiers coups de ciseaux. Mais en vérité, ce sont les détours du chemin qui découvrent les aspects les plus intéressants du visage de la vérité.

 

Nous sommes là pour vous transmettre un patrimoine. C’est à travers nos rites et nos symboles la figuration d’une expérience réfléchie qui a permis aux hommes de comprendre leurs rapports avec la nature, avec le cosmos, avec eux-mêmes.

 

 

Les symboles et les rites  des sociétés initiatiques s’articulent autour de quelques thèmes esquissés déjà dans votre cérémonie d’initiation.

 

o       la mort et la renaissance avec la descente au cœur de la terre, dans la caverne ; la nuit obscure des gestations, la terre fécondée, l’eau purificatrice et fertilisatrice, la matrice aveugle et la grotte protectrice, la source, les profondeurs d’où surgit l’être revivifié par le bandeau enlevé.

 

o       et puis l’ascension, le dépassement, l’élargissement , la montée vers l’au-delà avec tout ce qui exprime l’élan invincible et toujours recommencé vers l’inaccessible, avec l’amour ardent qui promeut la vie.

 

o       Et encore, les mouvements d’ordre transversal, les voyages, les migrations, les passages, la poursuite méthodique de l’exploitation du réel et de l’imaginaire, la marche du connu vers l’inconnu, la quête, condition de la découverte, l’errance fécondante.

 

o       Et surtout, ce qui a trait au dépouillement, à l’abandon progressif, au renoncement de ce qu’il faut quitter pour laisser plus de place à ce qui compensera la perte de tout le reste.

 

  La F \Maç\ vous apportera, dans l’habitude qui vous perpétue, la pensée qui renouvelle ; à la forme qui vous définit, l’exaltation des modalités généreuses de l’être.

 

La F \Maç\ vous accueille pour permettre à l’esprit de sortir de la confusion. Il faudra nous aider.

 

Seule l'expérience est le véritable apprentissage. Ici nous vous proposons de lui donner une consistance particulière.

 

 

On n’apprend pas l’humanité hors de la vie, et il n’y a pas une humanité dont une autre serait spectatrice ; c’est accepter l’exigence et le combat contre ce qui est nous, contre ce qui est en nous, et ce qui est hors de nous. Ce combat nous élève au-dessus de nous-mêmes dès lors qu’il est victorieux. En nous aveuglement et violence, trouble et faiblesse.

 

Hors de nous menaces et réalité contre la chair et contre l’esprit. La dignité c’est précisément ce combat contre tout ce qui nous diminue, ce qui nous limite, ce qui rompt les chances d’un équilibre progressif, d’un envol possible, d’un élan, ce qui menace et endort la conscience .

 

Ce combat est la volonté de vivre debout. C’est bien sûr une libération intime, une ouverture vers la vérité, la justice et l’amour de la vie. Créer, protéger, aimer, voilà trois modalités de ce destin que vous êtes venus chercher ici.

 

Tous les gestes de vivre qui vous ont conduits vers nous, vers vous-mêmes sont un engagement pour une existence qui doit s’accomplir dans le rayonnement de cette nécessité là.

 

Mon F\, ma S\, adviens ta propre espérance. Entends, déjà la nuit s’efface.

 

 

L’aube de cette lumière que tu as reçue peut être pour toi une promesse.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

24 - Accueillonnage

 

 

L

 

 

e silence est un langage, et comme tout langage, il rayonne de notre présence au monde. Il est l’entrée en contact avec l’autre, l’inconnu, et cela se fait en langues différentes : en langue maternelle, historique, vernaculaire, littéraire ou chimique ou alchimique, scientifique ou religieuse, en symboles aussi, bien sûr.

 

 

Il s’agit de trouver le médium structuré qui permet la relation entre le dit et le sens, sans altération de la totalité du réel. Il s’agit d’entendre quelques fragments du frémissement de l’univers, livre infini qui se réécrit sans cesse en langues plurielles et invite au passage d’une langue à l’autre pour se laisser déchiffrer.

 

 

Dans la bible, il est une affirmation sous-jacente : un des aspects de la création est que le monde est créé par le langage : D . dit que la lumière soit, et la lumière fut.

 

 

C’est affirmer que le langage contient une énergie créatrice et qu’il est au commencement.

 

 

Il resterait dans les mots une valeur sémantique germinale.

 

 

Le mot prononcé est la matrice qui nous fait accéder au monde de la chair et de l’existence.

 

 

Votre cérémonie d’augmentation de salaire est, pour vous, le temps du passage du silence à celle de votre parole, et c’est donc un temps où le M\ s’arrête parfois de parler afin que la parole du comp\ puisse exister face à la loge. Souvenez-vous que la parole fait sortir les choses de leur potentiel vers leur existence.  Aussi que votre parole ne soit pas mé-disante, disant le mal. Mon F\, ma S\, que votre parole ne prenne pas place à la place de la parole de l’autre. N’envahis pas avec ta parole l’histoire d’un autre, n’impose pas de réponse, ce serait lui confisquer à l’autre sa part d’être, sa part à la vérité de ce qui lui arrive, ce serait lui enlever sa liberté de construire sa propre histoire.

 

 

Le silence se veut Amour, la parole serait cet amour devenu pensée. Quand l’acte de parole est le plus doué de sens, le plus riche de signification réalisée, il s’efforce d’abréger autant que possible, même d’annuler, la distance entre signifiant et signifié. Il s’efforce de rendre substantif chaque aspect de la forme.

 

 

Cette fusion est totale dans les codes symboliques des mathématiques et de la musique. C’est pourquoi vous utiliserez la géométrie comme rayonnement de l’esprit humain.

 

 

La parole poétique est une parole aimante. Elle invente, dans le temps de la dire et dans celui de l’entendre, une communauté invisible, une fraternité silencieuse. Cela vous le saviez déjà et vous nous l’avez exprimé dans vos travaux d’app\, vous nous avez, dans vos silences murmurer quelques paroles de F\M\ qui avaient la consistance de cette sédimentation de vos vécus fraternels.

 

 

Ma S\B., devant le pavé mosaïque, tu as retenu comme premiers enseignements l’humilité, l’approche fraternelle et surtout l’espoir. Ce sont ces formes là que tu veux donner à ta pierre taillée. Ici sur le chantier tu l’as préparée. Tu as commencé de l’assembler avec celles déjà déposées dans le temple de l’humanité.

 

 

Toi, mon F\G.N., cette humanité lu l’as rêvée, fondée sur la tolérance, tu nous as dit: « La tolérance a créé les sociétés les plus humaines qui aient jamais existé, fondées sur les valeurs de la paix, de l’harmonie, de la liberté et de la solidarité ; mais, avec lucidité tu as rajouté, en maintenant le principe de tolérance à l’égard des pays gouvernés par la terreur, on aboutit à détruire toutes ces valeurs »

 

 

Ma S\B., tu les as entrouvertes ces portes de l’horreur, mais tu retiens celles du devenir ; rappelle toi : «  j’ai accédé par quelques marches de pierres usées à de nombreuses portes. Coupée du bruit, du monde, une des dernières portes s’est ouverte sur le renouveau, le dépassement. Au fond de mon âme, j’ai trouvé une grande force soutenue par la fraternité et la beauté du temps symbolique. »

 

 

Ces paroles, j’aurais pu les mélanger à celles de chacun de vous trois. Vos âmes se penchent sur les mêmes attentes d’idéal et de perfectionnement de vous-mêmes.

 

 

Et pourtant, votre nouveau grade vous exposera à une violence potentielle. Violenter la foi des uns et des autres est une entreprise marquée par la mort. La tolérance, c’est une non-violence spirituelle totale. Elle est le seul climat sous lequel travaillent les F\et les S\qui aspirent à devenir M\ maç\ Il faut beaucoup de peine pour être F\M\, un non-violent dans sa famille, dans son entourage et dans le monde, pour préserver la justice en subissant l’injustice, pour pratiquer la compréhension en étant payé d’ingratitude, pour œuvrer sans désemparer au bien de ceux qui montrent de la haine. N’est-ce pas F\ Kipling ?

 

 

Les outils qui vous sont proposés sont nos actes. Ils sont à considérer du point de vue de leur usage au cœur de nos épreuves du réel.

 

 

En passant de la perpendiculaire au niveau, vous quittez le 2 de la dualité, celui des oppositions, pour découvrir le 2 de la multiplication. Ce n’est plus 2 points qui s’opposent, c’est le Un qui se développe. Ce n’est plus une ligne en tant que succession de points qui vous fait avancer, c’est un plan que vous avez tracé par le pas du compagnon, esquisse de la construction à élever. Votre écart est un élargissement de l’espace.

 

 

En culture algébraïque le nom se dit chem s’écrit chin, mèm, avec shin =300 et mèm = 40. Pour atteindre le nom (des choses ou de vous-mêmes, le nom qui fait exister) il faut parcourir 260 en guématrie différentielle. 260 s’écrit samekh, rech (200 + 60) et peut se lire sar qui signifie écart, révolte, détournement.

 

 

Le cœur du nom qui fait exister la chose c’est l’aptitude à la rencontre, la capacité d’ouverture à l’événement. Pour se détourner, il faut être, en entendant toute la valeur de verbe exister, ex-istere, sortir de… C’est dire que le grade de comp\ vous propose, aussi, le détour comme catégorie de pensée, de comportements.

 

 

Le plan qui vous oriente vers cette construction de vous-mêmes, vous permettra de sortir du déterminisme des chemins tracés pour rejoindre Vénus, placée dans la pointe basse droite de l’étoile du pentagramme.

 

 

Et, c’est avec des bagages que vous vous êtes dirigés vers elle. Protégez-vous avec eux et en particulier avec la règle. Le compagnonnage, en tant que fraternité de groupe, en tant qu’acceptation de l’ordre et donc d’une règle, nous protège de l’effacement de l’harmonie des hommes entre eux, au seul profit des libertés individuelles potentiellement diaboliques parce que divisant.

 

 

L’éveil à la clarté de votre étoile ne vous fera pas pénétrer plus près du noyau des choses, plus près de la vérité, puisque inaccessible. Mais, en découvrant les lois de la relation, qu’elles soient géométriques ou fraternelles, vous pénétrerez, non dans le cœur de l’univers, mais dans le cœur de votre propre être. En rencontrant l’horizontale, vous accomplirez votre verticale.

 

 

Après le détour dans la verticalité, le détour vers l’autre dans l’horizontalité fera que Jakin révélera  Boaz.

 

 

L’étoile est belle quand elle laisse deviner l’infini dont elle s’entoure. Le mystère du ciel est dans la lumière imperceptible qui nous vient d’une étoile.

 

 

L’étoile flamboyante recompose pour nous la lumière de ce mystère, lumière éclatée dans le prisme du monde profane.

 

 

Le travail du comp\ en est son énergie qui la fait resplendir.

 

 


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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

23 - Accueillement

 

 

 

 

M

 

a S\ A., tu viens de recevoir la lumière Maç\ et c’est pour cela que je t’appelle ma sœur, notre S\au nom de notre atelier.

 

Tel l’enfant qui vient de naître  dont la première initiation est la lumière et le passage de l’eau à l’air, tu nais aujourd’hui au monde maçonnique. Comme pour la chrysalide qui s’accouche papillon, chacune de nos expériences, tous nos acquis sont initiations et transformations de nous-mêmes. Nous évoluons depuis notre naissance, jamais plus tout à fait semblables à ce que nous fûmes dans notre histoire passée, pas encore identiques à notre projection. Parce que nous ne coïncidons jamais avec nous-mêmes, nous vivons une initiation permanente.

 

L’initiation Maç\, quant à elle, t’indiquera une direction de cette évolution.

 

Il s’agit de trouver l’homme dans son être véridique, en mouvement vers le meilleur de lui-même, de le former pour atteindre un ordre éthique qui instaurera dans l’existence des hommes, dans leur vie privée et dans leur vie publique et collective, la rectitude leur permettant de s’assembler le plus harmonieusement possible.

 

Il s’agit de le rendre capable de comprendre qu’il ne peut être et vivre comme un homme que parce qu’il se rend capable de comprendre ce qu’il doit être : une conscience élargie à l’universel.

 

Pour cela, il doit se faire libre, en se mettant de sa propre volonté sous l’autorité de la sagesse, de la force et de la beauté.

 

La F \M\ propose, à ce lieu de transformation constante qu’est l’être, une orientation vers la perfectibilité, c'est à dire une transmutation qualitative continue.

 

 

La F \Maç\ est un médiateur, un guide montrant le passage, le cadre qui permet d’instituer une communauté d’hommes libres parce que raisonnables donc vertueux (de bonnes moeurs, dirions nous).

 

Il s’agit de passer de vérité en vérité, sans se fixer sur l’une d’entre elles, sans être sclérosé dans un dogmatisme et sans pour autant être sceptique. Pour cela, il s’agit d’apprendre.

 

C’est par l’apprentissage que l’on mesure le chemin à parcourir. Apprendre, ce sont les signes du monde qui se donnent, disponibles, à prendre ou à laisser, à se surprendre avec.

 

C’est un fragment d’altérité, d’étrangeté, qui soudain devient familier, s’inscrit en nous, dans notre corps réel ou abstrait, devient extension de notre être, et le plaisir n’est pas de s’agrandir, de s’enfler, mais de sentir vibrer ses limites. Cette vibration qui fait travailler nos limites est une musique de l’être et de la pensée sur fréquences symboliques.

 

La F \Maç\ nous donne des clefs, des partitions, des rythmes, des notes pour cela. Il y a une éthique du geste d’apprendre pour permettre une mise en résonance de l’être.

 

Tu ne sais encore ni lire ni écrire, tu ne sais qu’épeler. Il y a un mot qui résume l’homme dans l’univers, il se prononce de manière différente mais s’épelle : A.M .O.U.R.

 

Ma S\, les M\ de cet atelier ont pour mission d’être tes guides sur cette voie du langage qui bâtira ta vie comme un temple.

 

 

Je te souhaite de conjuguer au présent chacun de tes pas sur cette nouvelle voie où tu viens de pénétrer.

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

22 - Etonnants voyageurs

 

 

 

 

Etonnants voyageurs! Quelles nobles histoires

 

Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers!

 

Montrez nous les écrins de vos riches mémoires,

 

Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers!

 

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile!

 

Faites nous pour égayer l'ennui de nos prisons,

 

Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,

 

vos souvenirs avec leur cadre d'horizon.

 

Dites qu'avez-vous vu?

 

 

V

 

ous avez vu l'étoile flamboyante. Vous avez touché l'étoile flamboyante. Face à elle, après les 3 pas de l'app\, vous voilà à un pas de l'étoile, à l'extérieur. En avançant, un pas à droite, vous montez jusqu'à la pointe droite, basse de cette étoile irradiant la couleur indéfinissable de l'électrum des anciens. Chaque pointe a une planète pour guide. Celle, où votre écart vous a mené, est Vénus dont les sumériens disaient qu'elle montre le chemin des étoiles. Vénus de couleur verte, de ce vert, éveil de la vie, médian entre le bleu céleste et le rouge infernal.

 

Un écart disais-je, un écart par rapport à quoi? C'est une incursion dans la confrontation de votre pensée avec celle des autres. Il vous est donnée avec la parole, la possibilité, maintenant, de discuter pour mieux étayer votre manière personnelle de comprendre. La dualité du dialogue vous est permise tout en étant sensibilisés par votre position sur la planète Vénus, c'est à dire là où votre compréhension passe par vos sens.

 

Vous vous écartez, gardant appui sur votre pied gauche, l'écart est de votre taille. Il ne  va pas au-delà de ce que votre dimension vous permet et c'est du pied droit que vous touchez Vénus, dans une rencontre pied droit contre pied gauche avec l'homme primordial, votre image en miroir, qui vous fait face, inscrit dans l'étoile flamboyante.

 

Ô mon frère, ma soeur comp\, ne la perds pas de vue, cette flamboyante étoile, grosse de la genèse de toutes choses. Toi qui es déjà au midi, reviens en pensée vers le nord. Si tu t'enivrais de tes nouvelles explorations, se replier sur soi-même est une nécessité d'autant plus impérieuse qu'on est allé plus loin dans l'écart.

 

L'étoile te ramène par le 5ème pas dans l'axe de son sommet, face à Jupiter, siège de l'esprit, face au Delta lumineux, but ultime de l'initiation.

 

Il faut, en passant de la Perpendiculaire au Niveau, toujours pouvoir retrouver l'équerre. Sache que du nord au midi, le voyage conduit à l'orient. Cette étoile que vous ne faites qu'effleurer, en la parcourant à ses confins, c'est la coupe d'Hermès, le vase cosmogonique de Platon, l'urne des anciens mystères, l'emblème de la matrice universelle; elle contient le feu illuminateur et générateur, symbole de la gnose qui n'est pas la connaissance dans le sens commun de ce terme mais une compréhension de la cause et du processus de la vie du monde.

 

Avec le maillet et le ciseau, tu fis ton premier travail d'app\, t'en souviens-t-il ? Aujourd'hui, tu pars avec ces mêmes outils à la rencontre des 5 sens.

 

 Taille et cisaille, équarris ta pierre pour que ta vue soit vision et intuition, pour que ton toucher devienne délicatesse et tact, pour que l'ouïe te permette l'entendement de la voix intérieure d'une conscience éclairée. Ton goût deviendra alors l'appréciation des valeurs spirituelles et ton odorat unira l'intelligence au savoir, te donnant le discernement pour mieux re-sentir.

 

Avec la règle graduée et le compas, vous devîntes architectes. C'est un temple qu'il vous est donné de construire tout au long des 24 heures gravées sur votre règle.

 

Vous participez à l'élévation des col\ de notre resp\loge.

 

Elles sont celles de la sagesse d'ordre dorique, celles de la force d'ordre ionien, celles de la beauté d'ordre corinthien.

 

Et le compas te permettra de placer sur la col\ de ton salaire, la col\J\, une forme géométrique parfaite, qui montre avec le globe-grenade de la col\B\ le symbole de 2 univers : le cosmique et le terrestre que l'Art, expression de la transcendance, permet à l'homme d'explorer depuis toujours.

 

Sur le chemin de la connaissance, porteur de la règle et du levier, une rencontre: Les Sciences! Avec un point d'appui et le levier, comme Archimède, tu pourrais soulever le monde!

 

 

Ainsi se clôt le cycle du ternaire de l'app\ que vous fûtes, en ayant suivi le rythme perfectionnement-méthode-connaissance des 3 premiers voyages.

 

Et puis, avec la règle et l'équerre vous êtes devenus, comp\ au cours du 4ème voyage. Vous êtes le co-pain, celui qui rompt et partage son pain, sa nourriture avec un autre. Le mot de frère resplendit d'un sens nouveau. Les grands initiés, les bienfaiteurs de l'humanité, vous en êtes les héritiers et les témoins. L'étoile flamboyante vous a donné rendez-vous, pour les retrouver et partager avec eux une certaine conscience de l'humanité. Vous voilà les mains vides à l'œuvre.

 

Votre travail est un dessein de perfectionnement. Notre travail n'est ni un labeur, ni une peine, ni une tâche; mais une liberté en action. C'est un devoir. Vous le fîtes au cours de ce dernier voyage.

 

Vous êtes l'outil même de la réalisation de votre chef d'œuvre: la pierre cubique à pointe qui resplendira à la lumière de l'étoile flamboyante; et c'est pourquoi vous avez voyagé les mains vides.

 

Voilà, tout vous fut donné, hormis le sens. En accomplissant les rites de passage de l'équerre au compas, de la mesure de la terre à celle du ciel, vous êtes entrés dans un univers complet, investis de la mission de devenir bientôt un Maître c'est-à-dire un guide vers la quintessence.

 

 

Il s'agit pour vous, maintenant, de trouver la voie pour pénétrer et parcourir l'intérieur de l'étoile flamboyante.

 

 

Les vrais voyageurs sont ceux qui partent pour partir

 

Cœurs légers, semblables aux ballons

 

De leur fatalité jamais ils ne s'écartent

 

Et sans savoir pourquoi, disent toujours : allons!

 

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