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21 janvier 2007 7 21 /01 /janvier /2007 10:40

 

 

 

…et in Arcadia ego

 

 

NAISSANCEs

 

 

I

 

 

L'île au soleil

 

attend les oiseaux noirs

 

le vent

 

fermera tes yeux

 

Nue dans la douleur

 

tu regardes l'eau des étangs

 

Il neige sur tes rêves

 

 

II

 

 

Oiseaux d'océan

 

tes mains caressent

 

dans mes yeux

 

les épées des iris

 

 

III

 

 

Tu marches

 

 sur un cœur en sentier

 

qui attendait tes pas

 

Ton sourire éteindras les seringas

 

et les murailles de l'été

 

s'écrouleront

 

Tu seras tige au vent des souvenirs

 

Est-ce que l'amour pleurera ?

 

 

IV

 

 

Fleur en tes yeux d'or

 

le soleil ensanglanté

 

ne veut pas mourir

 

V

 

 

Dans l'eau de l'étang

 

ton image anneau

 

tremble

 

au doigt du temps

 

 

VI

 

 

Au creux de toi

 

à l'ancre d'un ailleurs orange et calme

 

une trirème

 

bat les rythmes du rêve

 

 

VII

 

 

Le vent marche sur la nuit

 

sur ton sourire

 

Tu m'as laissé les quelques grains

 

de ta lumière

 

 

VIII

 

 

On brisera la soie que tu tissais

 

tes yeux brillent - colchiques

 

au crépuscule

 

les couteaux des cailloux

 

ont lynché ton sourire

 

 

IX

 

 

Les souvenirs ont froid

 

 

L'écorce bleu du rire au vent s'en va

 

Très loin là bas la mer…

 

 

La fontaine irisée de tes yeux - fleurs

 

givre à l'hiver de ton silence

 

 

X

 

 

Par les heures qui se taisent

 

A cette croix de chemins

 

Se divise le long vertige

 

Des amours sans visage

 

 

EXILS

 

I

 

 

Chemins des rêves

 

où revivre tous nos passages

 

le sang de l'aube éclabousse en moi

 

ton visage

 

 

II

 

 

Somptueux instant

 

l'étang

 

la lumière rejaillie

 

le temps qui jette sa poudre aux yeux

 

miroir d'un amour

 

 

III

 

 

L'âme lavée de clairs matins

 

aux sous bois scintillants

 

tu m'as donné de vivre

 

l'automne

 

de ce pays naissant

 

 

IV

 

 

Quel navire

 

m'a laissée sur quel rivage

 

l'horizon

 

les fleurs ont l'air de pleurer

 

chavire dans le soleil de l'avenue

 

 

V

 

 

Croquis d'un bonheur - le temps

 

l'ombre des choses non vécues

 

l'intime silence

 

-   non voulues

 

et l'inconnu sourire

 

 

Dans quelle nuit chuchote

 

Cet amour là ?

 

 

VI

 

 

Au printemps

 

tout revivra sous la terre

 

humus des jasmins parfumés

 

absent présent

 

tu me respireras

 

 

VII

 

 

Haut dans le ciel

 

alouette

 

ta vie défie tous les soleils

 

Au couchant

 

blottir ta fièvre dans mes mains

 

VIII

 

 

Lèvres du vent

 

messager

 

un instant sur ma lèvre

 

arrêté

 

…qui a pleuré ce goût de sel ?

 

 

IX

 

 

Des oiseaux tournent en silence

 

. flocons d'absence

 

Il neige

 

sur l'île où tu ne viendras pas

 

la mer, la mer

 

n'a pas voulu de nous

 

 

X

 

 

Les sarcelles ont égorgé l'aube

 

tu n'en reviendras pas

 

on clouera mon corps à ta croix

 

des cris

 

giffleront le silence

 

Qui sait déjà qu'un amour meurt ?

 

 

XI

 

 

Fusain d'un souffle dans l'aurore

 

tu as redessiné ma vie

 

ma mémoire sent la forêt

 

des jours sont nés

 

- sans toi

 

 

XII

 

 

Le vent

 

décidera de nos jours

 

sur les lignes de nos deux mains

 

sang et eau

 

mêlées

 

joie et peur

 

le vent

 

 

XIII

 

 

Pour un jour d'étoiles

 

il faudra longtemps pousser

 

la roue

 

des soleils levants

 

apprendre à sourire au possible

 

 

 

LES SENTIERS ROUGES

 

I

 

 

Les chemins

 

sont empierrés de mots

 

 

Il ne faut pas marcher pieds - nus

 

 

Garder conscience

 

que le silence - écoute

 

est bien vivant

 

 

II

 

 

Ceux qui desserviront le table

 

tremblants de jalousie

 

Ceux qui fermeront les volets

 

s'étonneront :

 

tu auras quitté la fête

 

avant que les fous se purifient

 

en jetant leurs lampes - tempête

 

dans les granges de nos moissons

 

 

III

 

 

Ils n'ont pas attendu

 

ton sourire

 

 

Ils ont lancé leurs pierres avant

 

Stupeur :

 

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Published by Solange SUDARSKIS - dans poèmes
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18 janvier 2007 4 18 /01 /janvier /2007 15:15

L’enfant paraît.

 

Cette rupture brutale est confirmée par la suite.

 

Le pigeon prit Pinocchio sur son dos et l’emporta sur une plage bordant une mer immense. Sur le rivage, il y avait beaucoup de gens qui gesticulaient en regardant vers la mer.

 

Qu’est-il arrivé ? demanda Pinocchio à une vielle dame.

 

C’est un pauvre papa, qui ayant perdu son petit garçon a voulu monter sur une petite barque pour l’aller chercher au-delà des mers.

 

Soudain une vague terrible survint et la coquille de noix disparut. 

 

« Pauvre homme ! » s’écrièrent les pêcheurs.

 

En se retournant, ils aperçurent le pauvre petit garçon qui du haut du récif se jetait dans la mer en criant :

 

« Je veux sauver mon papa! »

 

« Pauvre enfant ! » s’écrièrent les pêcheurs.

 

La mer, dont le symbolisme rejoint celui de l’eau, est le creuset des naissances des transformations et des renaissances. Elle est la transition entre le formel et l’informel.

 

Pinocchio qui était de bois flottait facilement et nageait comme un poisson. Une vague puissante et impétueuse le jeta d’un seul coup sur le rivage.

 

C’était une île. L’île à laquelle on parvient à l’issue d’une lutte avec des éléments est le symbole de centre spirituel, du temple, du sanctuaire.

 

Passa à proximité un dauphin. La symbolique du dauphin est liée à celle de la transfiguration. Il est le symbole également de la sagesse, de la prudence et de l’aide salvatrice.

 

Ses conseils menèrent Pinocchio dans un pays dit des "abeilles laborieuses".

 

L’Abeille est encore un symbole solaire. Elle représente la sagesse, l’immortalité et la richesse. Elle est le lien social, le dévouement, le courage jusqu’à la mort, le labeur personnifié.

 

Les humains qui oeuvrent dans ce petit pays apprennent à Pinocchio la valeur de l’argent et de l’effort. La bonne fée reparaît, elle n’est plus une jeune fille, elle a vieilli, elle a pris de l’âge. Elle pourrait être sa mère.

 

Pinocchio lui promet d’étudier et va à l’école.

 

Oh certes !

 

Il lui fallut se faire une place parmi ses petits camarades, amis à force de coups de pieds, de coups de coude, de gentillesse, d’affection ; il sut acquérir leur estime et leur sympathie. Le maître lui-même se louait de Pinocchio, car il le voyait attentif, sérieux, intelligent.

 

Le pantin arrivait toujours le premier et s’en allait le dernier.

 

Son seul défaut était d’avoir trop de camarades.

 

Le maître l’avertissait :

 

Fais attention Pinocchio, tes camarades d’école finiront tôt ou tard par te faire perdre l’amour du travail et tu t’attireras de gros ennuis. Tu ne t’élèveras jamais dans le monde par les relations que tu entretiendras, mais par les efforts que tu fourniras. Tu te glorifieras par ton travail. Gloire au travail !

 

Ce qui devait arriver, arriva. Entraîné par ses camarades, il fit l’école buissonnière. Un crabe essaya de l’en dissuader, en pure perte.

 

Le Crabe est un symbole lunaire, mais également la représentation du solstice d’été. Notre pantin né à la St Jean d’hiver a déjà accompli la moitié de l’année.

 

Débauché par ses camarades, il est l’objet d’une supercherie de la part de 7 petits drôles, qui le prennent à parti et veulent le rosser avec leurs livres d’arithmétique, de géométrie, d’algèbre, leurs outils de travail.

 

L’un d’eux meurt, frappé au front.

 

Il s’agit d’Eugène, c’est à dire étymologiquement Eu-Genos, le gène du bien, le fondement de l’élite.

 

Pinocchio se lamentait : pour avoir écouté ces mauvais compagnons, me voilà damné ! Le maître me le disait bien !

 

Notre héros est tenu pour responsable et s’enfuit vers la mer. Au large, il est pris dans les filets d’un pêcheur. Au lieu de cheveux, il avait sur la tête comme un gazon touffu d’herbes verts. La peau de son corps était verte, ses yeux étaient verts, sa barbe était verte et très longue.

 

Le pêcheur d’hommes est celui qui sauve de la perdition, c’est le convertisseur.

 

Simon…Pierre.

 

L’homme vert, c’est la providence divine car il a su construire son univers au point extrême du monde, là où se touchent l’océan terrestre et l’océan céleste.

 

L’homme vert veut manger Pinocchio en friture et le roule dans de la farine. Notre pantin se défend et supplie. Le pêcheur ne comprend pas, il parle un autre langage : la langue verte, celle des initiés.

 

Notre pantin parvient à s’évader grâce à un chien, messager des dieux.

 

Ce chien s’appelle Alidoro, Ailes d’Or.

 

En plus d’être le guide des âmes, l’intercesseur entre ce monde et l’autre, il évoque la spiritualité la plus pure, la parfaite lumière céleste, celle qui élève l’individu.

 

Pinocchio retourne au village, couvert de farine…. Blanchi en somme ! Au sens propre et au sens figuré car le gamin blessé à la tête s’est relevé.

 

Comme il est nu, un vieillard le vêt pour la seconde fois.

 

Les premiers habits qu’il portait étaient de papier à fleur. Symboles de la fragilité, de l’enfance, de l’instabilité, de la passivité. Ceux-ci sont de tissus ayant contenu des lupins, de Lupus-loup, symbole du destin, de la lumière.

 

Arrivé à la maison de la fée, il frappe cinq fois avant qu’une lumaca lui ouvre la porte. Ce mot italien peut se traduire de deux façons, soit par limace, soit par escargot.

 

L’Escargot, symbole lunaire par excellence, peut être interprété comme le mouvement dans la permanence ou encore la permanence de l’être à travers les fluctuations du changement. Comme il sort de terre, c’est le symbole féminin de la fécondation donnée par les morts.

 

Si nous devons accepter l’autre traduction, il s’agit davantage d’un ver luisant, car cette limace porte une petite lanterne allumée sur la tête. Le Ver est le symbole de la vie renaissante à partir de la pourriture et de la mort. Il apparaît dans  toutes les légendes comme le symbole de la transition de la mort à la vie, de l’état larvaire à l’envol spirituel, de la terre à la lumière. Lumière dont notre lumaca est parée.

 

 

Quelle que soit la traduction adoptée, les acceptations restent donc très voisines l’une de l’autre de point de vue symbolique.

 

Nous avons vu que l’entrée a été livrée au cinquième coup.

 

Celui-ci est porté avec le pied qui est resté fiché dans le bois de la porte ; c’est à dire que le pied départ et arrivée de tout mouvement, de tout cheminement, s’est heurté, faute de détenir encore la connaissance surhumaine, à la limite de la demeure sacrée, le lieu de passage entre deux états.

 

Une fois encore, Pinocchio promet d’être sage, une fois encore, il repart à l’aventure, entraîné par Lucignolo, le lumignon, c’est à dire la lumière qui guide mais éclaire mal.

 

D’ailleurs, cet enfant est une petite personne sèche, étriquée, maigre et, comme toute petite flamme, il est instable.

 

Tous deux partent vers une ville merveilleuse, au pays des jouets mais plus précisément au pays de Cocagne – où tout est donné sans avoir à fournir le moindre effort.

 

Bien vite Pinocchio, oisif, devient un âne gris, paré de magnifiques oreilles.

 

L’Ane représente souvent l’ignorance mais il est avant tout l’élément instinctif de l’homme ; la représentation d’une vie qui se déroule toute au plan terrestre et sensuel.

 

L’esprit chevauche la matière qui doit lui être soumise mais qui échappe parfois à sa direction. Les oreilles de l’âne symbolisent la recherche des séductions sensibles plutôt que l’harmonie de l’esprit et la prédominance de l’âme.

 

Le gris est le mauvais compromis du noir et du blanc, du chaud et du froid, l’amalgame incohérent de toutes les couleurs, le symbole de l’hésitation (comme l’âne de Buridan) entre les quatre points cardinaux, le jaune, le bleu, le vert, le rouge.

 

L’âne-Pinocchio est employé, un temps, par un directeur de cirque. Une marmotte, qui comme le soleil après une longue somnolence se réveille, le prévient du danger qu’il encourt ; en pure perte. Il se blesse en voulant passer au travers d’un cerceau.

 

 

C’est-à-dire, qu’en voulant franchir le cercle, maîtriser le temps, passer à la limite magique infranchissable, comme Jacob, il paye son offense et devient boiteux.

 

Inutilisable, il est destiné à l’équarrissage .sa peau doit recouvrir un tambour. Expression de la condition humaine et du rythme vital de son âme. Médiation entre le ciel et la terre.

 

Le boucher, impressionné par le fait qu’il parle, ne veut pas le tuer de ses propres mains et décide de le noyer.

 

L’âne-Pinocchio est dévoré par les poissons. Symboles des eaux associées à la naissance ou à la restauration cyclique, à la fois sauveurs et instruments de la révélation et de la régénération.

 

Les poissons l’eurent volontiers tout grignoter, mais ils s’aperçurent que sitôt la peau de l’âne dévorée, le bois dont était fait notre pantin n’étaient pas précisément bon pour leurs dents.

 

Pinocchio est dépouillé de son écorce apparente et des atours de la séduction sensible et des instincts. Il est une fois de plus régénéré.

 

o       Il a accompli cinq voyages  qui l’ont mené au théâtre de marionnettes, à l’auberge du Gambéro Rosso, au pays d’Attrape nigauds, au pays des abeilles laborieuses et au pays des jouets.

 

o       Il a subi diverses épreuves dont les maîtres d’œuvre étaient :

 

Mangio Foco– les Brigands – le paysan – le Pêcheur –l’Equarisseur.

 

o       A chaque fois, il serait mort si un messager divin n’était intervenu.

 

Au commencement, il n’était qu’un point, une bûche de bois, un gemme. Ce point s’est déplacé sur les chemins, sur la première dimension : le chemin dévoilé.

 

Dévié de son chemin et remis sur la voie, il a pris conscience de la deuxième dimension.

 

La troisième, c’est le cube, l’espace.

 

La quatrième, le cercle, le temps.

 

La cinquième, l’harmonie, la beauté mais n’anticipons pas.

 

 

Pinocchio vient d’être délivré de sa peau d’âne.

 

Un peu désemparé, il se sauve vers le large et soudain, il est guidé par une chèvre bleue, juchée au sommet d’un récif de marbre blanc, le centre spirituel de la pureté.

 

La chèvre est généralement associée à la manifestation des dieux ; elle est leur instrument au bénéfice de la terre. Elle sait se tenir à la limite des eaux célestes et terrestres.

 

La couverture couvrant le tabernacle était composé de poils de chèvre après que Yavhé se soit manifesté à Moïse au mont Sinaï, permettant ainsi la lente montée des forces profondes.

 

Alors qu’il va atteindre le récif, Pinocchio est avalé par la baleine et, dans le ventre de l’animal, il perçoit une petite lumière grâce à laquelle il parvient à se guider, une lumière du passé,  son père – Geppetto.

 

L’entrée dans la baleine, c’est l’entrée dans la période d’obscurité intermédiaire entre deux états. Pinocchio, dans le ventre de la baleine, c’est le germe d’immortalité dans l’œuf, dans la matrice cosmique. Régurgité par la baleine, Pinocchio est ressuscité, c’est la nouvelle naissance mais à un état supérieur. Tout comme Jonas, son prédécesseur.

 

Une dernière rencontre, la troisième, avec le Renard et le Chat, définitivement condamnés à errer sans but, sans foyer, sans joie. Ils ne sont plus les guides de Pinocchio, il les a  dépassés ; avec le grillon-parlant qui symbolise encore une fois la résurrection ; une dernière rencontre avec la bonne fée qui a encore vieilli, qui a encore pris de l’âge ; et notre ami cesse enfin d’être un pantin cossard.

 

A la veillée, il apprendra à lire et à écrire. Il se servait d’un fétu de paille taillé comme plume et comme il ne possédait ni encre, ni encrier, il emplissait une petite fiole de jus de mûres et de jus de cerises.

 

La Mûre est le fruit de l’arbre du Levant.

 

La Cerise est le symbole de la recherche de l’invisible par la voie intérieure.  Le vitriol de notre initiation.

 

 

Le fétu de paille est un rayon de soleil

 

La lumière point donc dans l’âme de notre pantin.

 

Pour gagner quelques sous, il tire de l’eau d’un puits et le salaire qu’il obtient lui permet d’acheter du lait pour son papa dont la santé est bien déficiente.

 

Le Puits est la source de lumière, le lieu des naissances magiques.

 

Le Lait et le symbole de la nourriture spirituelle la plus pure. L’ésotérisme islamique le considère comme l’initiation. Comme le puits, c’et un signe femelle, de la lune, de la naissance.

 

Pinocchio fabrique également des corbeilles d’osier.

 

La Corbeille est le symbole du corps maternel. Moïse, Œdipe ont été trouvés dans des corbeilles voguant au fil des eaux.

 

L’Osier possède un caractère sacré de protection, il accompagne les naissances miraculeuses.

 

Et quelle naissance ! Un soir de Noël, que le pantin avait veillé jusqu’à minuit, pour confectionner plus de corbeilles qu’il n’en avait faites, il se coucha, s’endormit, rêva, se réveilla au matin.

 

Il était devenu un petit garçon, habillé de neuf, paré d’or et d’ivoire, du métal parfait et de la pureté.

 

Son porte-monnaie ne contenait plus 40 sous de cuivre, mais 40 écus d’or tout neufs.

 

Quarante est le nombre de l’attente, de la préparation, de l’épreuve, du châtiment. Il marque l’accomplissement d’un cycle qui doit aboutir, non pas une répétition mais un changement radical.

 

Le Cuivre, lumière terne et symbole de l’eau, est la provision avant d’entreprendre le grand voyage vers le pays des morts. C’est la foudre qui s’enfonce dans le sol et féconde la terre.

 

L’Or est la transmutation, l’immortalité, la perfection.

 

La lumière qui s ‘était enfoncée dans le sol resurgit, brillante de mille feux.

 

Un gros pantin, la tête tombante d’un côté, les bras ballants et les jambes croisées repliées à moitié, était adossé à une chaise.

 

Un gros pantin qui avait recélé la sagesse, un morceau de bois sans gemme.

 

Voilà la fin de l’histoire de Pinocchio.

 

Peut-être n’est-ce qu’un commencement, un pas vers la sixième dimension. Vous pourrez m’objecter que Carlo Lorenzini dit Collodi, le vrai père de Pinocchio, n’était que l’auteur d’un feuilleton destiné à éponger ses dettes de jeu et réellement intitulé La Storia di un Buratino, l’histoire d’une marionnette.

 

Il appelait cela une bambinata, une gaminerie ; mais vous constaterez que cette œuvre est  construite toute entière comme la Bible sur la théorie de la désobéissance, du salut et de la rédemption. On retrouve à chaque fois la tentation (Renard et Chat), des épreuves (des voyages), le messager divin (chien, chèvre, etc…), la renaissance (le grillon parlant), la consécration de l’état atteint (la bonne fée).

 

Collodi fait mourir son héros et à plusieurs reprises l’a ressuscité pour, comme il le disait à Biagi, son éditeur, se faire payer, payer bien, pour lui donner l’envie de continuer.

 

Alors qu’est-ce qui a été raconté, décodé ?

 

La sédimentation des significations enfouies par Collodi qui était FM?

 

Notre capacité au symbolisme ?

 

Une autre interprétation aurait-elle changé les évocations conviées à notre esprit ?

 

Y avait-il autre chose à comprendre ?

 

 

 

Alors je recommence :

 

« Il était une fois…un morceau de bois », me diriez-vous !

 

 

Non, vous vous trompez. Il était une fois un roi…

 

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Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
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31 juillet 2006 1 31 /07 /juillet /2006 11:06

Le vif saisit le mort

 

 

 

 

Il y a deux sortes d’initiations : les initiations de ce monde, préparatoires ; et celles de l’autre, qui achèvent les premières ».

 

 

Olympiodore *

 

 

On n’en disconviendra pas, nous avons des secrets ! Ce sont des signes figuratifs empruntés d’abord à l’outillage des bâtisseurs, puis à la symbolique du parvis du Temple de Salomon, ce sont des paroles sacrées (des hébraïsmes empruntés à la Bible ), et ce sont des attitudes instaurées par les rituels. Ces secrets composent un langage, tantôt muet et tantôt très éloquent, pour communiquer, pour nous reconnaître. Ces signes, ces paroles et ces postures rappellent le souvenir de quelque vertu morale ou de quelques mystères  de notre foi de maçons. Ce n’est qu’aux adeptes que l’on en dévoile le sens.

 

 

Aujourd’hui, il reste de la forme archaïque des premiers rituels fondateurs de la maçonnerie un symbolisme correspondant à  un ensemble de rites de reconnaissance mutuelle, et il reste  aussi des rites porteurs d’exégèse, celle d’un catéchisme allégorique conduisant aux mystères du Christ, tels qu’ils furent divulgués au commencement ; commencements marqués par le calvinisme. En effet, le calvinisme apparaît historiquement comme fondateur des débuts de la maçonnerie spéculative. Les références au temple de Salomon n’étaient pas seulement des références à des réalités du passé en tant que temple de Jérusalem ou du corps du Christ, c’était aussi une référence à une réalité future espérée : l’Eglise presbytérienne dont il fallait poursuivre et parachever l’édification.

 

 

Dans la cérémonie d’élévation, quel est l’objet de la substitution par le rituel, objet qui est aussi en l’espèce un sujet ? Quel est le sens de ce qui hante énigmatiquement les signes qui se donnent comme symboles ?

 

 

De l’identité primitive, que vivons-nous aujourd’hui avec la cérémonie d’élévation ?

 

 

On est élevé, je dirai relevé, révélé, Maître par les cinq points du compagnonnage, en entendant le mot secret du Maître et en recevant connaissance du signe de reconnaissance.

 

 

Avant de tenter de donner une explication à ce cérémoniel, voyons d’abord comment les cinq points du compagnonnage furent préconisés à travers les traces des textes fondateurs les évoquant.

 

A Dans le manuscrit d’Edimbourg de1696, qui date donc de la période de transition de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative,( il est à l'heure actuelle, en Ecosse et dans le monde, le plus ancien document connu de caractère rituel. C'est ce qui fait son intérêt exceptionnel)  on trouve le passage suivant :

Q. 2 : Combien y a-t-il de points du compagnonnage ?

R. : Cinq, à savoir : pied à pied, genou à genou, cœur à cœur, main à main et oreille à oreille.Faites alors le signe du compagnonnage, et serrez la main [de votre interrogateur], et vous serez reconnu pour un véritable maçon. Les mots sont dans le premier livre des Rois, ch. 7, v. 2l (Il dressa les colonnes dans le portique du temple; il dressa la colonne de droite, et la nomma Jakin; puis il dressa la colonne de gauche, et la nomma Boaz.) et dans le deuxième livre des Chroniques, ch. 3, dernier verset (Il dressa les colonnes sur le devant du temple, l'une à droite et l'autre à gauche; il nomma celle de droite Jakin, et celle de gauche Boaz).

 

A  Dans « le Sloane »,un Manuscrit datant de +/- 1700 (British Museum), il est écrit :

Ils ont un autre mot qu'ils appellent le mot de maître, et c'est Mahabyn, qu'ils divisent toujours en deux mots. Ils se tiennent debout l'un contre l'autre, poitrine contre poitrine, les chevilles droites se touchant par l'intérieur, en se serrant mutuellement la main droite par la poignée de main de maître, l'extrémité des doigts de la main gauche pressant fortement les vertèbres cervicales de l'autre ; ils restent dans cette position le temps de se murmurer à l'oreille l'un Maha et l'autre, en réponse, Byn.

A Dans le manuscrit Graham de 1726, qui est catéchisme maçonnique, se présentent des parallèles certains avec d’autres écrits du même genre, comme " The whole institutions of free-masons opened" de 1725. Il s’y rappelle trois légendes dont celle de l’histoire de la découverte du cadavre de Noé par ses fils. Sem, Cham et Japhet, les trois fils de Noé, se rendent à la tombe de leur père pour tenter d’y découvrir quelque chose à son sujet, qui les guiderait jusqu’au puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. Ces trois hommes étaient déjà convenus que s’ils ne trouvaient pas le véritable secret, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret. Arrivés à la tombe, ils ne trouvent rien d’autre que le corps de leur père, corrompu, et dont la main et l’avant-bras se détachent en morceau ; ils le relèvent alors « en se plaçant avec lui pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos  », selon la méthode que l’on apprend plus loin être celle des « cinq points des compagnons francs-maçons » « Aide-nous, 0 Père ».Comme s’ils avaient dit : « 0 Père du ciel aide-nous maintenant, car notre père terrestre ne le peut pas. » Ils reposèrent ensuite le cadavre, ne sachant qu’en faire. L’un d’eux dit alors : «Marrow in this bone (II y a de la moelle dans cet os) », le second dit : « Mais c’est un os sec » et le troisième dit : « il pue ». Ils s’accordèrent alors pour donner à cela un nom qui est encore connu de la Franc-Maçonnerie de nos jours et qui est le mot du M.

 Pour mémoire, la troisième légende concerne Hiram, il y achève le Temple mais ne meurt pas de mort violente.  

 

A Dans le catéchisme irlandais « les 3 coups distincts » du rite d’York de 1760, représentant l’usage des anciens,  on peut lire: Ils enfoncèrent les cinq doigts de leur main droite dans le poignet de sa main droite (ce qui constitue l’attouchement du M ) et en tirant de toute leur force, leur pied droit contre son pied droit, leur genou droit contre son genou droit, leur sein droit contre son sein droit, leur main gauche soutenant son dos et susurrant dans son oreille le mot Mahhabone qui signifie à peu près, pourri jusqu’à l’os et constitue le mot du M

 

  A Dans la version, complétée par Jean-Baptiste WILLERMOZ, du rituel du Régime Ecossais Rectifié,  rédigé au Convent Général de l'Ordre en l'an 1782, il est dit : Enfin, le Vénérable Maître lui prend le poignet droit avec sa main  droite, lui passe sa main gauche sous l'épaule gauche, tenant le pied droit contre le pied droit du candidat, genou contre genou, et  poitrine contre poitrine. Dans cette attitude, et aidé par les deux Surveillants, il le relève entièrement, disant d'une voix élevée :  Il recevra la vie dans le sein de la mort.

 

A Dans le rituel du Rite Français du 18ème siècle, on trouve :

 

2° S. : Très Respectable, j'ai cru pouvoir le relever par l’attouchement d’Apprenti, mais la chaire quitte les os.

1° S. : Très Respectable, j’ai cru pouvoir le relever par l’attouchement de Compagnon, mais la chaire quitte les os.

TR. : Ne savez-vous pas que vous ne pouvez rien sans moi et que nous pouvons tout à nous trois.

Il s’approche du Récipiendaire, pose le pied droit contre le sien, genoux contre genoux ; de la main droite il lui enserre le poing, de façon que les paumes des deux mains soient l’une contre tous l’autre, et lui passe le bras gauche sous l’omoplate droite, ayant par ce moyen, estomc contre estomac ; puis à l’aide des deux Surveillants, il le relève et lui dit à l’oreille, en lui donnant l’accolade par trois, les trois syllables du mot. Machaben. 

 

Que ce soit dans le Cooke, 1400-1410, le Sloane environ 1700, le Dumfries 1711, le Wilkinson 1724-1730, le Graham 1726, tous les rituels fondateurs font référence à des corps à corps, âme dans âme, pour la cérémonie d’acceptation du maçon à sa maîtrise. Juste une remarque : Ce n'est qu'avec la deuxième édition des "Constitutions d’Anderson", publiées en 1738, que la maîtrise sera formellement intégrée comme troisième degré hiérarchique.

 

Voici pour les textes fondateurs.

Quant à  l’interprétation, les courants maçonniques divergent. Retenons en cinq, sans prétention à l’exhaustivité.

1 - La fraternité comme code moral

C’est l’explication qu’en donne le « catéchisme des trois coups distincts » de 1760 : Premièrement, main contre main, signifie que je tendrai toujours la main à un Fpour l’aider, tant que cela sera en mon pouvoir. Deuxièmement, pied contre-pied, signifie que je n’aurai jamais peur de m’écarter de mon chemin pour rendre service à un frère. Troisièmement, genou contre genou, signifie que lorsque je m’agenouille pour faire ma prière, je ne dois jamais oublier de prier aussi bien pour mon frère que pour moi-même. Quatrièmement, poitrine contre poitrine sert à montrer que je garderai les secrets de mon frère comme les miens propres. Cinquièmement la main gauche qui soutient le dos signifie que je serai toujours prêt à soutenir un frère tant que cela sera en mon pouvoir.

 

 

 
2 - Le rappel ecclésiologique et spirituel du calvinisme

 La doctrine calviniste exprimant les fondements de la foi presbytérienne fut présentée et définie en cinq points, je dirai même en cinq contre-points de la réfutation de l’arminianisme au synode de Dordretch en 1618. Ces cinq points résumés par l’acronyme anglais TULIP (Total depravity, Unconditonal election, Limited atonement, Irresistible grace, Perseverance of the saints) portaient essentiellement sur le primat et les modalités de la grâce et constituaient par là les clefs de la rédemption en vue du salut éternel. Ils représentaient des instruments de la résurrection des corps. Le pouvoir résurrecteur des cinq points du calvinisme suggéra aux rédacteurs du Graham  en 1726 l’idée de relever un cadavre, probablement celui de Noé.

Par ailleurs le « Contrat de la loge écossaise » de Perth, qui décrit en 1658 le rite calviniste des cinq points du compagnonnage, développait l’attouchement originel de la griffe. Cette griffe était à considérer d’une part – ut singuli - comme un double instrument d’union fraternelle et d’onction spirituelle, et d’autre part – ut universi –comme référence au double symbolisme ecclésiologique et spirituel du temple de Salomon. La communion fraternelle engendrant l’onction spirituelle, l’onction spirituelle engendrant la communauté fraternelle.

Le relèvement est donc à interpréter, ici, comme l’affirmation en la foi presbytérienne.

 Ce n’est qu’en 1730, sur fond d’opposition religieuse, que la Grande Loge d’Angleterre, en majorité anglicane, remplace Noé par le cadavre d’un meurtre, Hiram : par réaction, la légende d’Hiram, occulta l’interprétation calviniste, allant même jusqu’à identifier les calvinistes aux assassins du bâtisseur.

 

3 – La connaissance du métier des compagnons.

 

Le manuscrit Graham 1726 se termine en insistant sur le nombre cinq.

Outre les cinq points physiques qui sont pied contre pied, etc…, le manuscrit faisait référence aux cinq ordres d’architecture* et aux cinq ordres de la maçonnerie*, affirmant qu’ils tirent leur force de cinq figures primitives : une divine et quatre temporelles qui sont comme suit : premièrement le Christ, le chef et la pierre d’angle, deuxièmement Pierre appelé Képhas, (nom signifiant rocher), troisièmement Moïse qui grava les commandements (sur deux tables de pierre), quatrièmement Betsal’el* le meilleur des maçons (qui construisit le sanctuaire à l’époque de l’exode), cinquièmement Hiram qui était rempli de sagesse et d’intelligence. Ici l’interprétation « lithocentrique » du métier des bâtisseurs s’impose confirmée par la question-réponse 24 du Graham : Qu'est-ce qu'un maçon ?  Un ouvrier de la pierre.

 

4 - Je voudrais juste effleurer l’interprétation Alchimique car dans quelques manuscrits anciens, on trouve de cet art plusieurs définitions desquelles il importe que nous parlions ici. Hermès dit : " L'Alchimie est la science immuable qui travaille sur les corps à l'aide de la théorie et de l'expérience, et qui, par une conjonction naturelle, les transforme en une espèce supérieure plus précieuse ». C’est essentiellement le Rite de l'Etoile Flamboyante dont on retrouve trace dans le " Système philosophique des Anciens Mages égyptiens revoilé par les prêtres hébreux sous l'emblème maçonnique " vers 1750 qui développa en franc-maçonnerie cette interprétation. Ce Rite est réellement alchimique. Son catéchisme est une description du Grand Oeuvre avec en parallèle l'explication alchimique des principaux symboles maçonniques.

 

5 - L’interprétation christique

On ne peut ignorer l’influence réelle d’une culture religieuse catholique dans la maçonnerie française du 18ème siècle

La posture de relèvement et d’accueil du nouveau Mest une invitation à déchiffrer le sens de la légende d’Hiram dont la première version parut en 1730 dans l’ouvrage de Samuel Prichard intitulé «  La Maçonnerie disséquée ». C’était une divulgation du rituel de la Grande loge de Londres de 1730. Analysant les deux sources immédiates de cette légende (le Graham de 1726 et le Wilkinson de 1727), il est permis de montrer que la figure d’Hiram était une figure allégorique renvoyant à une réalité bien précise : Jésus. Et c’est en ce même sens allégorique sans équivoque que le rituel de la Grande loge de Londres reprit la figure d’Hiram, la superposant à celle de Noé, pour élaborer sa légende, afin d’entamer une herméneutique biblique à l’abri des clergés. La légende maçonnique d’Hiram n’avait rien d’irréel ou d’irrationnel, elle n’avait rien d’arbitraire ou d’artificiel car elle exprimait une interprétation spirituelle, et non charnelle, de la résurrection des morts tout en invitant les maçons à s’interroger sur la notion mystérieuse d’attouchement corporel.

Selon la théologie chrétienne : « C’est Dieu le Fils lui-même, le Verbe de Dieu, qui se ressuscite Lui-même à partir de son corps mort. Son âme resurgit donc et la forme glorieuse de ce corps réanime victorieusement son cadavre. Il est le Médiateur en Son corps de Sa résurrection !

Le sens réel de résurrection, en tant que promesse placée devant nous dans les écritures, a été très généralement perdu de vue, en partie parce que ce terme est employé de diverses manières.

-                     Dans l’usage courant, il n’est pas rare d’utiliser ce terme au sens figuré. En disant ressusciter pour réveiller, revigorer, faire sortir de sa torpeur, ranimer, rendre force tant à des objets, des idées que des personnes.

-                     Dans l’usage biblique, il y a une autre confusion terminologique entre un simple réveil et une résurrection pleine et entière hors la mort.

Les chrétiens parlent de la résurrection de Lazare « sors d’ici », de la résurrection du fils de la veuve de Naïn « jeune homme lève toi », de la résurrection de la fille de Jaïrus « Jeune agnelle, debout ». Ils donnent à ce vocable le même sens qu'aux promesses eschatologiques. A remarquer le terme d’agnelle  préfigurant le sacrifice de l’agneau Jésus. Or il n'est pas vrai que Lazare et les autres furent ressuscités ; ils furent simplement réveillés, ranimés. Réveiller signifie simplement faire fonctionner à nouveau l'organisme de la vie. Ranimation, « Ressuscitation » ou « ressuscitement » c'est ce qui fut fait pour Lazare ou pour le fils de la veuve de Naïn ou pour la fille de Jaïrus. Ils étaient encore soumis à la sentence de mort, et n'obtinrent qu'une brève prolongation des conditions de la vie mourante. Ils ne furent pas relevés, sortis de la mort pour entrer dans des conditions de vie parfaite.

On trouvait déjà chez les prophètes de l’Ancien Testament ce thème de résurrection et pour mémoire :Elie s'étendit trois fois sur l'enfant, invoqua l'Éternel, et dit : Éternel, mon Dieu, je t'en prie, que l'âme de cet enfant revienne au dedans de lui ! (1 Rois 17:17-24)

Elisée monta, et se coucha sur l'enfant ; il mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains, et il s'étendit sur lui. Et la chair de l'enfant se réchauffa. (2 Rois 4.34).

Et comme on enterrait un homme, voici, on aperçut une de ces troupes, et l'on jeta l'homme dans le sépulcre d'Élisée. L'homme alla toucher les os d'Élisée, et il reprit vie et se leva sur ses pieds. (2 Rois 13.21)

Le terme « résurrection », tel qu'on le trouve dans le Nouveau Testament, vient du mot grec anastasis. Anastasis ou anistèmi (de histèmi se tenir debout après s’être couché et du préfixe ana de bas en haut). Il se trouve quarante-trois fois dans le Nouveau Testament et signifie se tenir debout à nouveau, ou se relever. On ne l'emploie, cependant, jamais pour désigner le relèvement debout d'un cadavre dans un tombeau, pas plus pour désigner la simple reviviscence ou une remise en fonction de l'organisme de la vie. Il signifie quelque chose de beaucoup plus important. Il est employé comme l'antithèse, ou l'opposé, de la mort — le rétablissement hors de la mort. Pour avoir une idée exacte de la signification du terme anastasis, il faut d'abord que nous ayons une idée exacte de ce qui constitue la vie du point de vue divin. Il nous faut ensuite comprendre ce qui constitue l'état mourant et la mort. Ayant ces deux pensées bien à l'esprit, il nous est possible de saisir la pensée de résurrection, ou de relèvement hors de la mort pour entrer dans la pleine perfection de vie dont nous sommes tous déchus en Adam, selon la doctrine chrétienne.

Il n'y a que deux hommes qui aient jamais possédé cette vie parfaite: le premier, Adam, avant sa transgression, avant qu'il n’ait attiré sur lui la malédiction ou la sentence de mort; et le second, l'homme Christ Jésus. A l'instant où la sentence de mort fut prononcée contre Adam, sa vie fut perdue, le processus de mort commença son œuvre. Adam était dans la mort, il n'était donc plus en vie.

La postérité d'Adam n'a jamais eu la vie, l'étincelle qui vacille pendant quelques années n'étant pas considérée par Dieu comme étant la vie, étant donné que la sentence de mort demeure sur tous, et que ceux qui naissent dans le monde ne reçoivent pas la vie dans le plein sens de ce terme, mais simplement une vie mourante. Dieu ne reconnaît comme ayant la vie parfaite que ceux-là seuls qui s’uniront au Fils de Dieu, Rédempteur des hommes,  Donateur de vie.

Le sens du terme anastasis est à comprendre comme voulant dire un rétablissement, un relèvement à la condition d'avant la chute, à la condition de perfection dans laquelle Adam fut créé. C'est à cette condition de perfection que Dieu se propose d'amener tous ceux des humains qui le voudront par l'intermédiaire du Christ, étant admis que, lorsqu'ils seront amenés à la connaissance de la Vérité , ils devront accepter la faveur divine, et prouver leur loyauté par l'obéissance à l'esprit de la Loi divine.

Une fois acceptée que anastasis signifie relèvement complet hors de la mort, il reste à s’interroger sur son caractère soit instantané, soit graduel. En ce qui concerne la résurrection de Jésus vue par les théologiens chrétiens, il est certain qu'elle fut instantanée, de la mort à la vie parfaite, tandis que, pour les hommes, elle sera une résurrection graduelle, ou un relèvement à la vie, qui prendra plusieurs années destinées à cette oeuvre de résurrection, ou de rétablissement. Anastasis ne change pas non plus la nature de l'être qui sera relevé, car l'être relevé sera de la même nature que quand il mourut.

Dans des études des textes 18ème siècle, on peut retrouver ce même esprit d’actualisation de la foi chrétienne à travers le mimodrame du relèvement d’Hiram, en particulier dans le signe de Maître au Rite du Mot de Maçon

Pour interpréter correctement le signe de maître au rite du Mot de maçon, il faut d’abord commencer par le pratiquer correctement, c’est à dire conformément à la manière dont il était pratiqué à l’origine, et non pas, comme l’affirme Patrick Négrie, de la manière fantaisiste et contre-traditionnelle qu’on voit aujourd’hui pratiquée par exemple au rite dit écossais ancien et accepté.

De fait nous lisons dans le texte de 1745 de l’abbé Gabriel-Louis PERAU «  L’Ordre des francs-maçons trahi »: Le signe de maître... est de porter la main droite au-dessus de la tête, le revers tourné du côté du front, les quatre doigts étendus et serrés, le pouce écarté, et de la porter ainsi dans le creux de l’estomac ». L’abbé poursuit quelques pages plus loin : « Le signe de maître est de faire l’équerre avec la main, de la façon qui a été déjà expliquée plusieurs fois ; de l’élever horizontalement à hauteur de la tête, et d’appuyer le bout du pouce sur le front ; et de la descendre ensuite dans la même position au-dessous de la poitrine, en mettant le bout du pouce dans le creux de l’estomac.              

Dans le contexte de l’interprétation implicite de la légende hiramique en tant que  Passion/résurrection de Jésus de Nazareth, ce signe de maître faisait référence par sa forme d’équerre à la croix de Jésus, et le coup donné par la main en équerre dans le creux de l’estomac faisant penser,  non pas aux femmes et aux autres témoins de la crucifixion qui se frappèrent la poitrine (Lc 23,27.48) mais aux coups physiques donnés à Jésus lors de son procès (Mt. 26,67-68 ; Mc 14,65 ; Lc 22,63-64 ; Jn 18,22-23 ; 19,3) et plus particulièrement au coup de lance infligé par l’un des soldats au côté de Jésus décédé sur la croix (Jn 19,34).

C’est bien-là l’interprétation d’un abbé !

Nous pourrions poursuivre avec l’analyse des origines du mot secret ou encore avec celle de l’art diagrammatique du tableau de loge, au grade de maître. Je laisserai pour le moment ces études pour être gravées sur d’autres planches. A travers les textes fondateurs, il y apparaîtra clairement que le rituel maçonnique représentait une liturgie judéo-chrétienne dont les éléments devaient servir de support à l’instruction spirituelle et d’encouragement à la pratique spirituelle d’une manière analogue aux liturgies religieuses des églises chrétiennes.

 

Alors de l’essence biblique qu’est-ce qui s’impose à nous dans la praxis de la cérémonie ?

 

Trois plans s’interfèrent  où l’opposition mort-vie est renouée dans la résurrection : la putréfaction ranimée, le vifs saisit le mort et le salut éternel.

  • la putréfaction ranimée par la résurrection du compagnon qui fera dire : Notre maître Hiram est ressuscité nous interroge. Le nouveau M est-il devenu Hiram ? Est-il la ré-incarnation du Maître ? Il sera nommé vénérable par ses frères et soeurs, qu’est-ce que cela signifie ?  
  • Le vif saisit le mort par la grippe ; c’est une résurrection semblable à celles relatées dans la Bible.  Redonne-t-elle une nouvelle vie au nouveau M ? Et laquelle ? Cela n’est pas sans rappeler que, par l’épée flamboyante, le vén M a donné re-naissance à l’impétrant en le faisant app FM  
  • Le salut éternel par la résurrection de Jésus engendrée par lui-même et la promesse de la résurrection en Jésus car ne dit-il pas à Marthe la sœur de Lazare : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort » n’est-il pas au cœur de l’instant de l’élévation. N’est-elle pas, alors, l’affirmation du dogme chrétien de la foi en l’éternité de Jésus ? Le cordon représenterait-il alors la descente de l’esprit saint ?

 

Chacun répondra avec ses croyances et sa façon de  dominer les paradoxes de nos rituels;

Au-delà du rôle sacramentel du respectable Maître qui, à cet instant de don innocent de la dette, offre un dépassement de l’expérience de la perte, il s’agit alors, non de recevoir, mais d’accueillir « Mac Benah » ou « Moha Ben » comme la substitution de l’esprit au corps. Et c’est sur nos tabliers que seront tatoués les stigmates de la passion qui a fait de nous des M FM .

Alors advient le récit où la voix, cassée de consonnes, se lie de voyelles. Alors advient l’histoire, ce tissu  d’évènements choisis. Le sublime est bien cet effort indéfini vers le sens de ce qui échappe à la représentation, et qui cependant s'y révèle.

 

 

Il nous est rendu, alors, ce qui ne peut plus pourrir, la lumière.

 

 

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31 juillet 2006 1 31 /07 /juillet /2006 10:54

TRADITION ?

 

        

Parce que souchée sur une histoire de plusieurs siècles, parce qu’utilisant des référents plus ou moins constants, on peut se demander en quoi la franc-maçonnerie participe des diverses définitions du mot « tradition ».

La tradition est à entendre comme transmission. Le verbe latin tradere, qui a donné à la fois les mots tradition et trahison, signifie avant tout : transmettre. Et ce qui est transmis c’est à la fois un contenu et des modes opératoires. Les cerner, c’est comprendre ce qui est offert, ce qui est retenu. Nous nous poserons 2 questions : La franc-maçonnerie est-elle une tradition ? et si oui est-ce une tradition particulière.

 

A) La franc-maçonnerie est-elle une tradition ? Nous allons tenter d’y répondre en confrontant l’esprit de la maçonnerie avec les définitions du dictionnaire

 

 

Selon une 1ère Déf : La tradition désigne une doctrine, pratique religieuse ou morale, transmise de siècle en siècle, originellement par la parole et par l’exemple.

 

 

·                     La franc-maçonnerie ne  répond qu’en partie à cette définition. Si notre culture est orale, nos rituels, eux, sont des catéchismes écrits ; si nous connaissons les vertus de l’exemplarité, on ne peut toutefois considérer  qu’elle transmet une doctrine. Il appert que sa principale caractéristique tient à l’assertion bien connue : « la franc-maçonnerie n’invoque aucun dogme ». En corollaire : la franc-maçonnerie n’est pas dogmatique. Contrairement à ce que l’on entend quelquefois dans l’un ou l’autre morceau d’architecture, la franc-maçonnerie n’est pas une doctrine car une doctrine présuppose une transmission des dogmes. La franc-maçonnerie transmet des questions et elle laisse à chacun le soin d’apporter ses réponses et son argumentation. Les plus grands philosophes sont ceux qui n’ont cessé de douter d’eux-mêmes et de se renouveler tout au long de leur carrière. La loge est le réceptacle à l’intérieur duquel peuvent mûrir des pensées grâce au ferment irremplaçable de la liberté et des échanges.

·                      Cet héritage, ce sont aussi les valeurs auxquelles nous restons attachés, tout en les relativisant: la vérité, le sens, la dialectique historique porteuse d’espérance, le progrès, la liberté de conscience, le sens critique, la raison, la science, le respect d’autrui, la fraternité. Ces ferments de l’éthique maçonnique, ce sont eux, qui nous ont attirés vers elle. Peut-on les considérer comme un corps de doctrine ?

 

Selon une 2ème Déf : la tradition c’est une information, plus ou moins légendaire relative au passé, transmise, d’abord oralement de génération, en génération.

Les champs synonymiques de « légende » et de « mythe », placent d’emblée la franc-maçonnerie au cœur de cette définition. Les références au temple de Salomon, à ses colonnes, à son architecte Hiram, indiquent clairement des sources légendaires. A noter que ce n’est qu’en 1730, sur fond d’opposition religieuse, que la Grande Loge d’Angleterre, en majorité anglicane, remplace la légende du relèvement du corps de Noé par ses fils évoquée par les presbytériens dans le manuscrit Graham de 1726, par celle d’un meurtre, celle d’Hiram.

 

 

Selon une 3ème Déf de l’ Encyclop. univ. t. 16 1973, p. 230 : La tradition est l'héritage par lequel le passé se survit dans le présent.

 

Les psychodrames des rituels d’initiation mettent en scène des temps mythiques, ceux des commencements. Dans la démarche cyclique, les faits se réalisent à nouveau réellement. Ce n'est pas une simple commémoration, mais une réitération. Les personnages du mythe ou de la légende sont rendus présents, on devient leur contemporain.

Selon une 4ème Déf : la tradition c’est une manière de penser, de faire ou d’agir qui est un héritage du passé.

Elle est alors liée à la coutume, à l’habitude voire à l’usage.

Le formalisme de nos rituels pourrait être de cette tradition-là car il permet d’actualiser par le présent ce qui vient d’avant. Toutefois, tout en étant semblable ce n’est plus tout à fait la même chose, comme le fruit n’est plus la fleur qui l’a porté. La tradition, ce n'est pas un passé irréductible à la raison et à la réflexion de ceux qui nous ont précédés, qui nous contraintrait de tout son poids ; pour nous c'est le processus par lequel se constitue une expérience vivante et adaptable. L’homme libéré n’a pas de modèle préexistant, parce qu’il n’existe que par une actualisation sans cesse renouvelée de son devenir.

 

Ce serait abuser étrangement que croire en la possibilité de ramener, à un concept unique et transcendant, les variétés d’initiations, bien que cette idée d’une unité ne soit pas absente de certains textes fondateurs de la maçonnerie.

 

Les rites ne sont que des voies particulières de la démarche, ils peuvent différer, le processus initiatique se développera sur des multiples plans, moraux, intellectuels, psychologiques, spirituels, intérieurs et extérieurs.

 

Mais il est indéniable qu’il y a des fondements communs constitutifs de la franc-maçonnerie qui nous sont transmis : l’initiation, la tolérance et la fraternité. Rappelons les en quelques mots.

 

L’initiation qui veut nous faire passer de l’homme de la nature à l’homme de la culture, du vieil homme à l’homme nouveau. Elle veut susciter une nouvelle naissance et la rendre possible. Et pour atteindre ce but, elle doit utiliser certains moyens, se soumettre à certaines conditions : la première condition, extrinsèque, de toute initiation aux «mystères de la Franc-Maçonnerie », est d’être un homme « né libre et de bonnes mœurs ». La deuxième condition, intrinsèque celle-là, est la mort symbolique du sujet à initier, comme le rappelle Eliade : «La majorité des épreuves initiatiques impliquent une mort rituelle, suivie d’une nouvelle naissance »

 

La tolérance et la fraternité, ces deux notions vont pouvoir révéler ce qu’elles sont, à celui qui, comme Rabelais le préconise, ose rompre l’os pour en déguster la "substantifique moelle".

 

Il en ressort, à notre sens, que la tolérance consiste à accepter que ceux, qui sont comme nous en quête de leur Graal, poursuivent une voie aussi valable que la notre, quelle que soit la direction qu’ils empruntent, car la même quête de la Lumière nous unit… pour autant que nous cherchions tous la lumière… Ce qui permet, aux compagnons de la quête de se séparer sans dommage,  est le fait que tous sont unis, vivifiés par la même Tradition.

 

La fraternité c’est quand "l’autre", l’ennemi potentiel, est considéré comme une modalité de ce qui est, une part du Tout dont nous sommes aussi une partie. Alors, une fraternité profonde, ce que les bouddhistes appellent "compassion", marquera de plus en plus toute notre vie de son sceau. Ce ne sera plus un code comportemental exotérique qui guidera nos actions, mais ces dernières deviendront l’expression d’une conscience, d’une intériorité. Nous serons en marche, véritablement, dans une voie ésotérique.

 

B) La spécificité de la Franc-maçonnerie s’appuie-t-elle sur une tradition particulière ?

 

Son universalisme en récuse l’idée.

 

Si, à n’en pas douter, les sources des textes fondateurs de la maçonnerie écossaise et anglaise sont chrétiennes, l’ouverture de la Franc-maçonnerie à l’universalisme a développé un intérêt pour l’étude des religions, qui peut n’en être qu’historique. Et comprendre diverses approches spirituelles permet souvent de mieux comprendre sa propre spiritualité.

 

 Il existe un temps propre à la Tradition maçonnique, mais ce temps-là, indéfinissable, c’est un temps de vie dans l’immédiat, un temps apodictique énoncé par le rituel, aux trois premiers grades, entre midi et minuit. La Tradition maçonnique serait alors un éternel présent qui nous obligerait ainsi à sortir de l’historicité. Cette Tradition implique nécessairement la résistance aux modes, facteurs de datation et de fragilité.

 

Sortir du temps classique et de l’historicité, est-ce à dire que la Tradition se soit refermée sur elle-même, sourde et aveugle aux mouvements de la société profane, ou qu’elle serait inaccessible à tous changements ? Certes, elle ne peut pas être passéiste, ce serait réintroduire le temps profane mais on pourrait être tenté de lui reprocher son fixisme, son conservatisme ou son immobilisme.  Comme ce serait mal la connaître !

 

La Tradition c’est le noyau peu altérable qui fonde la franc-maçonnerie. Elle en assume la solidité et la continuité, la pérennité, la transtemporalité. Mais entendons-nous bien : Tradition n’est pas traditionalisme. Ce serait la réduire, à un attachement aux valeurs, aux croyances du passé transmises par une seule tradition, comme en donne la définition du Robert. Les croyances sur lesquelles furent fondées les différentes obédiences, à travers l’histoire de la maçonnerie spéculative, ont non seulement évoluées mais se sont inspirées de philosophies et de spiritualités souvent opposées les unes aux autres. Quelle source oserait se prévaloir sur les autres ?

Pire encore si on considère le traditionalisme en tant que, et je cite le dictionnaire : Doctrine d'après laquelle on doit conserver les formes politiques et religieuses traditionnelles, lors même qu'on ne saurait les justifier intellectuellement. La Tradition maçonnique n’est pas dans de tels contenus car elle n’est surtout pas dogmatique ni étroitement prescriptive.

 

La tradition maçonnique est mouvement, démarche, méthode au sein de loge au moyen des rituels.

 

La Loge maçonnique veut donner à l’homme d’aujourd’hui, comme elle a donné à celui d’hier, les outils symboliques qui lui permettront de se retrouver dans sa vérité et de se conquérir dans sa liberté. L’initiation maçonnique nous permettra d’entrer dans la voie.  Mais c’est à nous seul qu’il appartient de « suivre la voie », à nous seul qu’il appartient par notre effort et notre patience, notre intelligence et notre volonté, de passer de l’initiation « virtuelle » à l’initiation «réelle», de transformer une promesse en une réalité, une espérance en une certitude, un chemin de connaissance en un chemin de vie ; c’est une invitation au travail qui incombe au maçon.

 

Le rituel, quant à lui, induit des postures cognitives telles que les secteurs de la réalité et du savoir, qui sont concernés par l’attitude, constituent avant tout des “mystères” construits par lui ; ces “mystères” donnent un sens à l’individu, au monde qui l’entoure et qu’il transformera, selon son appropriation, à travers ses activités maçonniques et profanes.

 

Et c’est dans la chaîne d’union que se reçoivent et se déversent, dans la posture physique de l’entrelacs des mains, ce flux d’augmentation de l’être obtenu au cours des tenues.

 

 

Tel est l’esprit de la tradition de la Franc-maçonnerie .

 

 L'intelligence spirituelle viendra ôter le voile de la lettre, ou le voile qu'est la lettre, afin d'en dégager l'esprit. Alors qu’importe la lettre ?

 

 

Sans présumer d’une spécificité unique de la Tradition maçonnique, nous pouvons dire que celle de notre respectable loge se situe sur le terrain de l’éthique et de l’humanisme.

 

Les épreuves spéculatives, auxquelles nous nous soumettons et que nous traversons le plus souvent avec succès, sont des indications de l’exigence de la vie elle-même et de la nécessaire confrontation de notre capacité à les surmonter, si nous voulons témoigner au dehors d’une façon d’être conforme à ce que nous éprouvons dans les temples, d’en être responsables.

Arrêtons-nous un instant, avec Annick de Souzenelle, sur ce dernier terme, « responsable », pivot de l'éthique, dont l'échelle des valeurs est le moyen. Laissons-le se révéler.

 

Il contient deux sens cachés : res-ponsa que l'on peut rendre par "quelque chose qui a du poids, du prix, de l'importance", et res-ponsa qui est "ce que l'on épouse, ce à quoi l'on est uni par amour".  Au cœur de la responsabilité, il y a donc le prix et l'amour, la valeur et la joie.  C'est à un rapport à la Création riche de ces qualités que conduit une échelle des valeurs harmonieuse et cohérente avec le réel.

 

 

 

Pour conclure, au regard des définitions, la franc-maçonnerie serait, dirions nous, une tradition non traditionaliste. C’est dans la déclaration des principes des obédiences que se retrouve ce fond sur lequel se fait le consensus d’une manière d’être franc-maçon et que nous pourrions appeler la tradition maçonnique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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12 octobre 2005 3 12 /10 /octobre /2005 00:00

 

 

 

 La Mâchecroute ou le monstre des inondations à Lyon


Au moyen-âge, sous le pont de la Guillotière, un animal féroce hante les remous du Rhône : la Mâchecroute. C’est un dragon. Son effigie est monstrueuse, ridicule et terrible aux petits enfants ; ayant les yeux plus grand que le ventre et la tête plus grosse que tout le reste du corps, avec d’amples, larges et effrayantes mâchoires bien édentellées, tant au-dessus comme au-dessous ; lesquelles, au moyen d’une petite corde cachée dans le bâton doré faisait l’une contre l’autre terriblement cliqueter. C’est Rabelais qui la décrit ainsi en 1548 dans un chapitre du Quart Livre. Dans le bestiaire imaginale de la pensée analogique, le spectre du dragon hanta les rives de nos cours d’eau durant au moins 12 siècles, jusqu’à l’aube de la révolution industrielle. Imaginé par les sociétés pour se doter d’une interprétation commune et cohérente de la nature, le dragon incarne les eaux-vives, les crues, les inondations dans le violent coup de queue et le tribut qu’ils prélèvent sur les hommes et le bétail, mangé par le dragon, c’est à dire noyés par les eaux.

Le long du Rhône, le monstre a pour nom : Mâchecroute à Lyon, Tarasque à Tarascon,

 Drac en Arles, Coulobre à Cavaillon. On l’appelle Graouilly à Metz et de tant d’autres noms à faire peur sur les rives de toutes les rivières du pays.

   

                     L’Histoire retient des inondations mémorables, je vous en rapporte quelques éléments du tableau chronologique des phénomènes météorologiques de Darnajoux :

Celle de  l’an 280,  de 579, qui ravageront Lyon, celle de 821 où les plus grands fleuves, le Rhin, le Rhône et la Seine sont gelés. Les chariots les traversent comme sur des ponts pendant plus d'un mois. Ensuite une terrible débâcle se produira.

Les effets d’un l'hiver de 7 mois en l’an 874 sont désastreux. Les animaux domestiques, l'espèce chevaline surtout, succombent en grand nombre. Le froid,  la famine et l'épidémie qui succéderont à ces frimas enlèveront presque le tiers de la population.

Notons les crues de 1501 et celle de 1510 : La Guillotière est entièrement détruite par ces inondation.

1801, 1756, 1812 Les habitants éprouvent des dégâts considérables.

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Cette litanie de dates n’est pas étonnante car à y regarder de près, le Rhône a tant de bras sur la rive gauche qu’il ne peut qu’inonder cette zone dès que son niveau augmente.

 

Marie des Terreaux, très connue à Lyon à cette époque et qui vécut de 1811 à 1832 est une humble fille douée de l'esprit prophétique ; elle vit d'avance les événements de la chute de l'Empire et de la Restauration, ainsi que ceux de la révolution de juillet 1830 et de février 1848. Quant à Lyon, elle avait, dans une de ses visions, entendu dire, jusqu'à trois fois, que le quartier des Brotteaux périrait à cause des crimes qui s'y commettent, ce lieu étant une autre Sodome et le repaire de la révolution.

Alors, parlons en des bas-fonds et de la boue car ces mots sont à prendre aussi au sens figuré.

Au milieu du  19ème siècle, une population s’est agglutinée autour des nouvelles usines crées vers 1830 dans la ville suburbaine de la Guillotière, une population venue essentiellement du Dauphiné. Les lyonnais estiment, alors, que ce quartier est la lie de leur ville, une sorte de dépotoir. Un observateur social de l’époque, qui fait une enquête sur la population ouvrière en France écrit sur le quartier de  la Guillotière : "Là campe la partie la plus nomade de la population de Lyon ; là se sont donné rendez-vous les gens tarés et sans aveu, en un mot les éléments viciés qu’une grande agglomération d’hommes renferme presque toujours en son sein. Les maisons soumises à la surveillance spéciale de la police s’y pressent dans les rues basses qui longent le fleuve."

Le grand dictionnaire Larousse du 19ème siècle en rajoute à l’article Lyon paru en 1873 : A Lyon, comme dans toutes les agglomérations, ils existent des éléments mauvais et corrompus. Mais ce n’est point parmi la laborieuse population de la Croix-Rousse qu’il faut les chercher. Là, ce qu’on trouve, à peu près partout, c’est l’ordre, le travail, l’esprit de famille. Les repris de justice, les gens sans aveu, les paresseux qui ne veulent pas demander au travail les moyens d’existence, les hommes impurs, que le plus souvent la police soudoie dans le but d’amener des émeutes destinées à justifier des mesures compressives, cherchent généralement un refuge dans les repaires immondes de la Guillotière."

Le quartier de la Guillotière  est très peuplé, sa croissance est incroyable. Elle passe de 7000 habitants en 1815 à 18000 en 1829 puis à 20000 en 1830, en 1846 30000 et déjà 100000 en 1860. Ozanam en parle en disant "chez les barbares" ; "chez les sauvages" disent d’autres, ou encore, comme l’écrit un prêtre de Lyon : "des hordes sauvages et des troupeaux de tigres animés d’une fureur de désorganisation et d’instinct de frénésie sanguinaire".

Les kangourous et les apaches sont les voyous de la fin du 19èm siècle. Gérard Chauvy rapporte les enquêtes d’un confrère de cette époque qui trace un portrait type du kangourou du Bois-Noir : il en existe de deux sortes : jeunes  désœuvrés, déclassés, inaptes au moindre travail, rebelles à la moindre discipline, enclins à tous les vices. Le premier échelon en quelque sorte où se recrutaient les plus doués, ceux jugés dignes d’appartenir à la vraie confrérie des kangourous chevronnés. Ceux-là travaillent par groupe de dix, vingt, parfois cinquante. Ils observent leur victimes qu’ils encerclent, isolent, pillent ou violent.

On trouve chez Proudhon une analyse de ce vocabulaire employé tant à Paris qu’à Lyon :"Les mots communément employés et qui reviennent avec une telle insistance en ces écrits, expriment le caractère véritablement racial des antagonismes sociaux à Paris, à Lyon. C’est en termes de races que les groupes sociaux se considèrent, se jugent et s’affrontent."

En vérité, la vie à la Guillotière est terrible de misère. Les pauvres, et les pauvres sont très nombreux, n’ont, faute de travail, que quelques moyens de gagner de quoi survivre. On peut évoquer leurs pratiques à travers le règlement de 1870 de l’école cléricale du Prado fondé par l’abbé franciscain, le père Antoine Chevrier qui veut que les jeunes qui se vouent au sacerdoce s’exercent au travail des pauvres. Ils doivent :

-          Aller chercher des grésillons pour se chauffer

-          Aller chercher des chiffons pour acheter du pain.

-          Aller chercher du fumier de cheval

-          Ramasser les morceaux de charbon qui tombent des voitures

-          Balayer les rues, la boue ;

-          Aller chercher pour un sou de pain, un sou d’huile, de vinaigre

-          Aller demander de l’ouvrage dans les ateliers, les magasins

-          Aller demander l’aumône : os, papiers, grolles

-          Aller faire la quête pour avoir des livres, du papier

Comme aujourd’hui en Argentine ou ailleurs, la misère pousse les enfants et parfois les adultes qu’elle touche vers les décharges pour recycler les déchets des plus riches.

 

30 octobre 1840, 2 heures du matin : la Mâchecroute menaçante ressurgit de ses remous. Le Rhône déborde, ses rives ne le contiennent plus : 2 heures du matin, une trouée d’environ 100 mètres se creuse dans la digue de la Tête d’Or et les flots du Rhône, longtemps contenus par cet obstacle récemment bâti, se ruent impétueusement par cette ouverture et s’étendent au loin dans la plaine. Les Charpennes, la cité du Rhône, la Buire, la Mouche, la Guillotière, sont vite recouverts par les masses d’eaux qui, en se précipitant, renversent toutes les constructions qui se trouvent sur leur passage. C’est un horrible spectacle que celui de ces maisons minées par la force du courant, disparaissant dans les eaux et écrasant dans leur chute toute la maigre fortune de leurs malheureux habitants…L’autorité municipale de la Guillotière s’occupe activement, organise les secours. Plusieurs généreux citoyens s’empressent de la seconder. Les forts sont cernés de toutes parts et les troupes qui y sont enfermés, sans vivre, sont exposées aux horreurs de la faim. L’autorité militaire s’empresse heureusement d’organiser un service de bateaux pour les approvisionner et c’est ainsi que Fort La Mothe aurait pu voir accoster des bateaux  sur ses contreforts.

Dans la nuit de samedi à dimanche, 4 artilleurs, surpris près de la digue de la tête d’Or, trouvent refuge sur le toit d’une maison non loin de là et y passent la nuit. Le commandant du poste, inquiet sur le sort de ses factionnaires fait venir un marinier, nommé Huchard, il l’engage pour retrouver les artilleurs, lui promettant pour récompense la somme qu’il fixera « la mission est périlleuse, mon commandant ! Aussi j’irai pour rien, mais pour l’argent, non !

Au milieu de ce cataclysme effrayant les plus beaux traits de dévouement et de courage ont lieu.

Un accident grave vient s’ajouter à l’horreur de ces scènes de désolation, dès le soir de cette fatale journée de 1840. L’eau, ayant pénétré dans les tuyaux conducteurs de gaz, la Guillotière et les Brotteaux se trouvent dans une complète obscurité. On n’entend plus alors, pendant les longues heures de la nuit, que le bruit sourd des flots, les cris de détresse des malheureux qui appellent en vain et le murmure monotone de la pluie qui tombe par torrents.

Le fleuve se précipite avec fureur à travers les avenues de Noailles, de Créqui, de Gramont et de Vauban. Les maisons sont renversées. On voit, au point du jour, le Rhône entraînant pêle-mêle, des bois de toute nature; bientôt s’y mêlent des meubles, des effets mobiliers : tout annonce de terribles dégâts. Le Rhône, arrivant derrière la Guillotière, est forcé à un brusque retour; des courant rapides s’établissent dans les rues perpendiculaires.

9 heures du soir, un de ces courants débouche sur le cours Bourbon par la rue de l’Epée, fait crouler avec fracas une maison située à l’angle. Deux barques, chargées de femmes et d’enfants, sont un instant dérobées à la vue par la poussière qui s’élève, les barques réapparaissent heureusement quelques instants plus tard. Vingt maisons tombent au alentour du gazomètre; une maison de 5 étages ne conserve qu’un pan de mur.

10 heures du matin, les eaux s’élèvent toujours et se présentent en même temps, sur la place du pont de la Guillotière, par le cours Bourbon, la rue St Clair, la rue Moncey et la rue de Chartres.

Une fois que le haut du pavé de cette place est atteint par les eaux que vomissent à la fois ces quatre bouches béantes, elles se confondent toutes et se précipitent dans la grande rue de la Guillotière qui, dès lors, devient un lit pour le courant rapide du fleuve.

Le Rhône franchit le mur du fond du bas-port vers la Vitriolerie et à 4 heures de l’après-midi le Rhône se jette avec impétuosité dans le quartier de Béchevelin. Un fort courant prend alors la direction de cette brèche. Les pièces de bois que le fleuve entraîne s’y précipitent. En un instant l’entrepôt de charbon est emporté.

31 octobre 1840, 2 heures de l’après-midi

Le Rhône s’arrête. Il est arrivé à 5,57 mètres au-dessus de l’étiage, au pont Morand. Il a renversé près de 450 maisons( 1800 disent certains). La plupart des constructions, élevées sur les terrains envahis n’avaient qu’un mètre de fondation en pierre, surmontés de murs en pisé que l’eau détrempe et fait fondre en les atteignant.

 

Ecoutons quelques Scènes de désolation rapportées par Kauffmann :

"Quelques uns des malheureux qui habitent des maisons à moitié détruites opposent de la résistance à ceux qui viennent les chercher et refusent de les suivre. Deux des bateliers improvisés trouvent un homme sur le seuil d’une maison déjà en ruine; ils le pressent de venir avec eux. Où voulez-vous que j’aille ? dit le malheureux.

Ma femme vient d’être emportée par le courant, mes deux enfants sont noyés ! ce n’est pas la peine de vivre comme ça, je reste ici » Les bateliers en s’éloignant voient la maison s’écrouler sur lui.

Un citoyen dévoué parcourt le cours Bourbon avec deux bateliers dont les efforts viennent difficilement à bout d’empêcher la barque de se briser entre les arbres; ils vont recueillir les habitants dans les maisons envahies par les eaux. Vous avez donc peur ? leur crie un homme confiant dans la solidité de sa baraque, ou plein d’une fatale insouciance ou cachant le désespoir sous l’apparence de la sécurité. Il faut s’éloigner sans lui. Le lundi matin, le même citoyen et le même batelier parcourent le même cours, examinant les désastres. Voyez-vous la maison où nous sommes venus avant hier ? - Oui, elle est tombée - et l’homme ? - Il est là. – Comment là ?- dans ce trou, quand les eaux décroîtront, nous trouverons son cadavre.

Sur le chemin de la Tête d’Or, un vieux tailleur allemand, nommé Hermann, habitait avec son chien une petite cabane de bois, haute comme une guérite, qu’il avait planté là, derrière la haie. Dans la nuit, son chien se met à aboyer et saute sur le lit. Hermann, réveillé en sursaut, entend un bruit étrange, s’élance de sa couche et se trouve sur le plancher, les jambes dans l’eau. Epouvanté, il monte sur la table qui chavire, il grimpe sur sa commode, le toit est si bas que le pauvre vieux de 70 ans, tout courbé, touche le plafond avec son dos. La commode est mise en mouvement par l’eau qui croît toujours. Hermann tombe, se jette à la nage, s’accroche dehors à la haie. Le courant l’emporte, il nage tant qu’il peut et atteint un arbre, l’étreint avec force et demeure là, en chemise dans l’eau, jusqu’au matin à huit heures que le nommé Dumont vienne le sauver avec son bateau. La cabane, sans être démolie était passé dans le chemin devant chez Dumont et l’avait ainsi averti.

L’issue des histoires n’est pas toujours aussi heureuse. Beaucoup périront.

Le nombre de maisons écroulées par l’inondation de 1840 s’élève à plus de 250 dans la seule commune de la Guillotière, sans compter celles qui ont été fortement endommagées par l’eau et que l’on sera forcé de démolir.

La France est sollicitée pour offrir du secours aux malheureux inondés, cela vaudra à la ville de Lyon le surnom de ville des aumônes

Le désespoir n’a que peu de consolation mais il inspire.

 

Ecoutons quelques vers de la poétesse Marceline Desbordes-Valmore (1786 – 1859), extraits de ceux écrits en décembre 1840 sur l’Inondation de Lyon de cette-là.

 C'est un coin du déluge, un fléau dans son cours;
C'est un peuple qui meurt, et qui crie : Au secours!
Un reste de soleil animait la nature,
Et de Lyon la triste égayait la toiture.
Les vieillards prédisaient pourtant de sombres jours;

Car les Alpes fondaient, et l'eau montait toujours.

 De pauvres artisans retardés dans la rue
Ont vu causer le Rhône avec la Saône accrue,
Et voilà qu'au milieu d'une nuit immobile,
Deux fleuves mugissants ont traversé la ville.

Voilà que l'eau s'étend où l'homme avait marché,
Et qu'un peuple s'éveille en ce linceul couché.
Le torrent qui détruit le pied de sa demeure
Lui répond : C'est la mort! Quand il demande l'heure;
Plus loin, on entendit sous un pont qui croula :

Arrière, peuple, arrière! On ne marche plus là!

Mais l'homme, dans sa force, est partout refoulé;
Chaque rue est un lac où l'abîme a roulé.

Quelques vers plus loin Marceline Desbordes-Valmore achève le poème ainsi :

 

 La prière a monté : Lyon ne mourra pas!  Dernier vers à rapprocher des prédictions de Marie des Terreaux qui, dans ses prophéties annonçaient : Notre-Dame de Fourvière doit obtenir miséricorde pour le reste de la ville.

 

La dernière grande crue à Lyon fut celle de 1856 qui causa des dégâts énormes dans le territoire de la rive gauche, en pleine période de construction, et qui entraîna la mort de dix-huit personnes dans la commune de la Guillotière provoquant ainsi la visite sur place de l'empereur Napoléon III.

Pour comprendre l’importance de ce nombre de morts, relativisons par rapport à la population de New York, proportionnellement cela correspondrait à 1260 personnes pour ce quartier. La Saône se maintint presque complètement à l'intérieur des quais pour la plupart nouvellement construits, sauf entre le pont la Feuillée et la passerelle Saint-Georges et vers la rue Port-du-Temple (jusqu'à la place des Célestins) mais ne traversa pas la Presqu'île. La prière, la madone peut-être, comme certains ont voulu le croire….

Cette inondation demeure une référence et fut à ce titre abondamment commentée.

 

Je vous épargnerai les modalités de la submersion au cours des inondations, laissons-là ces aspects techniques. Je vous épargnerai aussi ce qui fut réalisé afin de circonvenir les débordements du Rhône à Lyon.

 

Cependant, Lorsque notre ciel à torrent se déverse en pluies ses larmes,  j’interroge les visionnaires en plagiant Voltaire :

 

Direz-vous, en voyant cet amas de victimes:

"Dieu s'est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes"?

Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants

Sur le sein maternel écrasés et sanglants?

La Guillotière, qui n'est plus, eut-elle plus de vices

Qu’Ainay, que la Croix Rousse, plongés dans les délices?

La Guillotière est abîmée, et l'on prie à l’église.

 

Tsunami, déluges, inondations nous délivrent un message. Si Dieu sait tout, voit tout, peut tout et donne à chacun selon son mérite, pourquoi prier ? L’alliance d’un Dieu avec les forces du mal pour vérifier la loyauté d’un être en lui faisant tort est immorale. Croire en un Dieu assurances-tous-risques, un Dieu qui règne sur tout et que l’on peut séduire par des sacrifices et de bonnes actions est un leurre infantile. Quelle religion peut espérer bâtir une foi sur des cadavres, sur des catastrophes. Si je voulais croire en un Dieu-juste-qui-agit-dans-l’Histoire, je devrais conclure que les bourreaux sont les bras agissants de ce Dieu qui éprouve la foi, Hitler un de ses serviteurs. Dieu meurt à chaque fois qu’il ne sauve pas ses fidèles en péril et cette mort est une bonne nouvelle parce que ce Dieu est une imposture des clercs qui choisissent d’imposer dans leur loi ce qui leur paraît être le bien et le mal. Les religions, lorsqu’elles ne forment qu’un ensemble de contraintes et d’obligations dont le but est de plaire à Dieu, ne conduisent qu’à l’illusion d’un bonheur de soumis qui tire son plaisir du plaisir supposé de Dieu, un Dieu menteur qui avait promis à Noé, « les eaux ne seront plus pour le déluge, pour détruire toute chair (genèse, 9,15). La passivité de ce Dieu, au cours des catastrophes naturelles nous révèle que Dieu n’est ni providentiel, ni acteur du monde. La mâchecroute est un signe qui clame : tout ce que vous croiriez d’un Dieu qui punit ou qui protège est faux.

Alors existe-t-il un Dieu autre, autrement ? Mais cela est une autre interrogation.

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Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

33 - Un enfant de l’Arbre de Liberté

 

 

 

L

 

e symbolisme, comme médiation entre nos subjectivités, ouvre un espace de libertés mentales qui met en scène l'échange de nos connaissances. L'analogie a ceci d'intéressant, c'est qu'elle projette l'esprit dans toutes les directions jusqu'à l'infini avec pourtant un sens, une correspondance logique, une orientation du mouvement dont le début peut être un mot  ou une lettre pour ceux qui ne savent qu’épeler. Mots ou lettre qui se donnent comme des codes énigmatiques.

 

La fonction symbolique est cet ensemble de phénomènes de significations que nous allons lui attribuer et qui nous permettent de construire un système  plus ou moins conscient de représentations collectives dans lequel nous allons nous reconnaître. Le code partagé organise un minimum d'ordre autour de ce que j'appellerai une culture.

 

Nous allons donc décoder ensemble les mots qui racontent, qui racontent quoi justement ?......

 

²Il était une fois ….²

 

Un roi ! … me diriez-vous ?

 

Non, vous vous trompez, il était une fois un morceau de bois. 

 

Ce n’était même pas du bois de luxe mais une simple bûche, comme celle que l’on mettait à la veillée dans la cheminée.

 

Une bûche de Noël ; la bûche nouvelle qu’on laissait entourée des tisons provenant de celle de l’année précédente et conservés à cet effet.

 

Je ne sais pas comment le fait arriva, mais toujours est-il que ce morceau de bois se trouva un beau jour dans l’échoppe d’un vieux menuisier.

 

Le bois est la matière première par excellence ; la base des premiers artisanats.

 

Le symbolisme général veut qu’il recèle à l’état latent la sagesse et la science surhumaine.

 

Il était l’un des cinq éléments de la croyance chinoise avec la terre, l’air, l’eau et le feu.

 

Ce morceau de bois était destiné à devenir un pied de table sous les outils de Maître Antoine, le menuisier surnommé « Père  la Cerise  » à cause de la pointe de son nez qui était luisante et rouge comme une cerise mûre.

 

Mais au moment où il allait donner son premier coup de hache, il resta le bras en l’air ; ne venait-il pas d’entendre une toute petite voix qui suppliait :

 

« Oh ! Ne frappe pas si fort ».

 

Représentez-vous l’ébahissement de ce brave Père la Cerise , qui en tomba comme foudroyé et perdit les sens. Il paraissait transfiguré et la peur avait changé jusqu’à la pointe de son nez.

 

Elle était devenue turquoise.

 

La Cerise est le symbole de la dévotion à la vie, à la recherche de la vérité par la voie intérieure, le vitriol des initiations occidentales.

 

Ce nez symbole de la clairvoyance passe du rouge, l’athanor des alchimistes, symbole de la vie matérielle ; au bleu de l’immatériel, du divin, de l’incréé, de l’âme ; au bleu de la turquoise, le soleil au Zénith.

 

 

Maître Antoine au simple contact de ce morceau de bois passe de la volonté créative au sublimé, comme frappé par la connaissance.

 

Il est l’origine, Antoine, Antonio, Ante Gnosis, avant la connaissance.

 

A ce moment là on frappa à la porte.

 

Alors entra dans la boutique un petit vieux très alerte qui se nommait Geppetto, mais que les enfants du voisinage surnommaient Polenta à cause de sa perruque jaune qui ressemblait énormément à de la bouillie de maïs.

 

Le Maïs est le symbole de la semence originelle mais également du Soleil, du Monde et de l’Homme.

 

Dans le Popol-Vuh, le livre de l’origine de toutes les croyances, le premier homme détruit par une inondation était fait d’argile, le second dispersé par une grande pluie, était de bois, seul le troisième est notre père, il est fait de maïs.

 

Celui-ci avait imaginé de fabriquer de ses propres mains, un beau pantin en bois, mais une merveille de pantin qui sache danser, tirer l’épée et faire le saut périlleux.

 

 

Geppetto désirait un peu de bois. Le Père la Cerise , tout joyeux, s’en fut aussitôt prendre sur l’établi le fameux morceau qui lui avait causé tant de frayeur et le remit à Geppetto .

 

A peine rentré chez lui, celui-ci prit à la hâte ses outils et se mit à tailler dans le bois pour fabriquer son pantin.

 

Je l’appellerai Pinocchio. Ce nom lui portera bonheur.

 

Au fur et à mesure que le bon vieux donnait forme humaine à son morceau de bois, le pantin s’ébrouait, prenait vie.

 

Geppetto est le diminutif familier de Geppette également diminutif de Giuseppe. Giuseppe « Dio Agguinghe » comme Joseph sa traduction française signifie Dieu juge , Dieu ajoute, Dieu donne vie .

 

N’y a-t-il pas volonté divine de faire de ce morceau de bois un être doté de vie ?

 

Pinocchio se traduit par gemme de pin, on peut lui attribuer deux significations : soit la résine proprement dite qui servait à préparer les drogues d’immortalité ou l’encens, émanation de l’esprit divin, soit la graine qui exprime la permanence de la vie végétative.

 

Les immortels taoïstes se nourrissaient des graines, des aiguilles et de la résine de pin. Cette nourriture rendait le corps léger et capable de voler. La résine de pin s’était écoulée le long du tronc, pénétrait dans la terre et donnait un champignon magique, qui, quand on le mangeait, dotait d’immortalité.

 

Quelle belle rencontre que celle d’un Giuseppe qui donne la vie avec un Pinocchio, embryon de vie, petit génie malicieux enfermé dans une bûche de Noël chargée d’espérance, de l’espérance d’une nativité, d’une nouvelle vie solaire, d’un renouveau de la nature.

 

Pinocchio en bois, recelant la sagesse, la vie, l’immortalité et capable de voler de son corps léger.

 

Petit Golem, chemin symbolique vers la rédemption, mais affront à Dieu. Esclave de celui qui le crée mais capable de dépasser celui qui le crée. Création de l’homme, création de dieu, mais être sans liberté, enclin au mal et esclave de ses passions.

 

Image du désir d’un homme, image d’un homme, image de la passion d’un homme qui grandit et risque de l’écraser.

 

Geppetto ne se trompe pas. Sitôt Pinocchio achevé, il reçoit un violent coup de pied sur le nez.  Je le mérite bien se dit-il à lui même. Je devais le prévoir, maintenant il est trop tard. 

 

Les personnages étant campés, l’aventure commence.

 

 

La première rencontre que fait Pinocchio est avec un grillon-parlant, habitant la maison de Geppetto.

 

Le Grillon est le triple symbole de la vie, de la mort et de la résurrection. Sa présence au foyer était considérée comme une promesse de bonheur.

 

Une fois de plus, nous retrouvons les mêmes notions.

 

La vie végétative, la mort et la révélation. La mort initiatique, l’épreuve de la terre, la re-naissance. Ce grillon est, de plus, centenaire et sage. S’instituant sa conscience, il dit à Pinocchio :

 

malheur aux mauvais enfants, ils n’auront jamais de bonheur en ce monde et, tôt ou tard, ils se repentiront amèrement.

 

La pantin, furieux qu’une telle vérité put lui être dite et blessé dans son orgueil, saisit un maillet de bois, symbole de la force aveugle et brutale, le lança, atteignit le grillon qui resta là, aplati contre le mur.

 

Le nez de Pinocchio s’allongea d’au moins quatre doigts.

 

Au japon, les orgueilleux et les vantards passent pour avoir de longs nez. Ils sont appelés Tengu. Ce sont les esprits diaboliques, hantant les montagnes et représentés sous forme de lutins affublés d’un long nez.

 

 

A peine sorti de sa gangue, notre gemme va effectuer ses premiers voyages.

 

 Il faisait justement une nuit horrible. Il tonnait très fort, les éclairs fendaient le ciel et un affreux vent froid et intolérable, qui soufflait avec rage en soulevant de gros nuages de poussière, faisait bruire et craquer tous les arbres de la campagne. Pinocchio avait une peur terrible du tonnerre mais il franchit la porte et prit sa course.

 

Tout était obscur et désert. Un pays de morts !

 

Arrivé près des maisons, il s’avisa de tirer la sonnette de l’une d’entre elles.

 

Qui va là ?

 

Et croyant avoir affaire à un de ces petits vauriens qui s’amusent la nuit à tirer les sonnettes, le vieillard qui s’était montré à la fenêtre déversa le contenu d’une cuvette sur l’échine de Pinocchio.

 

Trempé, harassé de fatigue, notre pantin s’enfonça dans la nuit et réintégra la maison de Geppetto. Comme il n’avait plus de force de se tenir debout, il s’assit en appuyant ses pieds ruisselants sur le réchaud plein de braises allumées. Alors là, il s’endormit et ses pieds, qui étaient de bois prirent feu.

 

La terre, l’air, l’eau et le feu.

 

Là s’arrête la première aventure de Pinocchio.

 

Le pantin, initié aux balbutiements de la vie, sous la houlette de Geppetto,  fait quelques apprentissages : la faim, l’abnégation, la misère, l’humilité.

 

Bon disciple, Pinocchio promet d’aller à l’école régulièrement. Mais il lui manque l’alphabet, c’est à dire le livre des lettres de l’identité.

 

En italien, l’abbécedario, l’abécédaire illustré permet de donner leur nom aux animaux comme l’a fait Adam à la création du monde.

 

Geppetto cède jusqu’à son manteau, ses économies, va jusqu’au dénuement le plus complet pour acquérir ce précieux volume ; et aussitôt Pinocchio le troque contre une place de parterre dans un théâtre de marionnettes "La compagnie Dramatico-Végétale ", illustration du monde vivant, essentiellement figé.

 

Désorganisant bien vite, par sa présence, la représentation à laquelle il assiste, il est remarqué par Mangia Foco, le directeur des marionnettes qui veut s’en servir de bûche pour faire rôtir un agneau.

 

Ce monsieur est certainement un dragon, d’ailleurs il est laid, gros, noir, sa bouche est semblable à un four, ses yeux à des lanternes de verre rouge. Il tient de plus à la main, un énorme fouet, fait de peaux de serpents et de queues de loups entortillés ensemble.

 

Rien que des symboles phalliques, du mal et des tendances démoniaques.

 

Le patron Mangefeu, avait un aspect épouvantable ! Mais au fond, ce n’était pas un méchant homme. Voyant le pauvre Pinocchio se débattre en tous sens et crier : « je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir », il  résista un bon moment et éternua violemment.

 

L’éternuement symbolise une manifestation du sacré pour approuver ou châtier. Eternuer à l’improviste est un signe de bon augure dans certaines croyances.

 

Arlequin, du théâtre de marionnettes, ne manque pas d’en faire la réflexion à Pinocchio.

 

C’est bon signe, mon frère ! Le patron a éternué. Te voilà sauvé.

 

Par sa gentillesse et son bon sens honnête, notre pantin parvient à émouvoir Mangia Foco qui le relâcha et lui offrit 5 pièces d’or pour son pauvre papa.

 

Pinocchio se mit en route pour rentrer à la maison. Il n’avait pas fait cinq cents mètres, qu’il rencontra un renard boiteux et un chat aveugle.

 

Le Renard est généralement pris comme symbole de la ruse mais d’une ruse toujours malfaisante. L’infirmité de notre compère est le signe qu’il a perçu quelque secret divin et qu’il a payé ainsi son outrecuidance.

 

Le Chat, souvent associé au serpent, indique le pêché mais son symbolisme oscille entre le maléfique et le bénéfique. Le notre est aveugle et s’est certainement vu infliger sa cécité par un dieu offensé

 

Tous deux flairèrent en Pinocchio un pigeon à plumer et le divertirent de son chemin.

 

Ni les recommandations d’un merle blanc et de l’ombre du grillon-parlant ne parvinrent à ramener notre pantin au raisonnable.

 

Le Merle, l’oiseau noir par excellence, est blanc dans notre conte.

 

Il est donc à lui seul la synthèse du monde, l’absence et la somme de tout, la mort et la vie, celui qui reçoit la lumière et ne la restitue pas et celui qui reflète la lumière.

 

Il est paré de la robe blanche des derviches tourneurs, qui, dès qu’ils sont initiés, abandonnent le manteau noir.

 

Avec le grillon-parlant il est donc le symbole complet de l’initiation : la vie, la mort, la résurrection à l’état supérieur.

 

Renard et Chat entraînèrent Pinocchio sur les routes ; mais une halte, afin de se restaurer fut nécessaire et ils s’arrêtèrent à l’auberge du Gambero Roso.

 

La traduction française par "écrevisse rouge" est imparfaite parce que Gambero est aussi le cancer (le signe zodiacal). Il est représenté soit par l’Ecrevisse, soit par le Crabe.

 

Il est le symbole de l’eau originelle, mais également de ce qui protège et réchauffe. 

 

«  Les ébauches et les préfigurations de la vie renaissante, germes , œufs, fœtus et bourgeons, la pulsion vitale non encore prise en compte par la raison, tout ce qui est petit est sous sa carapace  protectrice. La couleur rouge qui s’y associe n’est pas le rouge diurne, mâle centrifuge, mais le rouge femelle, la carapace, nocturne centripète, là où s’opère la digestion, le mûrissement, la régénération de l’être ou de l’œuvre.

 

 

C’est le rouge matriciel ».

 

Et c’est encore une initiation à la vie que subit notre pantin car, pour n’avoir pas suivi les bons conseils, il est escroqué par le Chat et le Renard, puis, attaqué par des brigands qui après l’avoir poursuivi et rejoint, le pendent à la branche d’un grand chêne pour lui faire ouvrir la bouche, et récupérer les écus d’or qu’il y a cachés.

 

Le souffle lui manqua, il ferma les yeux, ouvrit la bouche, eut une violente secousse et resta engourdi.

 

Le Pendu symbolise tout homme qui absorbé par une passion, soumis corps et âme à la tyrannie d’une idée ou d’un sentiment, n’a pas conscience de son esclavage. Pinocchio n’est qu’un pantin encore asservi à ses ficelles.

 

Une belle jeune fille aux longs cheveux bleus fut émue de pitié à la vue du malheureux.

 

Elle frappa trois fois les mains l’une contre l’autre et appela trois fois. A ce signal, un énorme faucon vint se poser à proximité, détacha Pinochio et l’étendit sous le chêne.

 

Dans la pensée symbolique, les cheveux sont liés à l’herbe et à la végétation, l’idée de leur croissance est liée à celle d’ascension spirituelle.

 

Le fait que la chevelure soit dénouée ou nouée indique le don, la disponibilité ou la réserve de la femme.

 

Le fait que les cheveux soient bleus renforce encore l’immatérialité de l’apparition, sa pureté, sa froideur.

 

 

La bonne fée, jolie naturellement, est donc toute acquise à Pinocchio. Elle est drapée dans le bleu de ses cheveux, chemin de l’infini où le réel se transforme en imaginaire.

 

 

Affirmant sa volonté temporelle en frappant trois coups, et déterminant ainsi les limites de l’univers qu’elle régit, du Nadir au Zénith, de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi, la pure jeune fille aux cheveux bleus appelle le prince des oiseaux.

 

Le faucon, principe céleste, qui a également été représenté comme le vainqueur de la concupiscence. Concupiscence qui aiguillonne chat et renard.

 

 

Rien de plus normal que notre pantin à bout de vie soit étendu sous le chêne investi de la divinité suprême du ciel.

 

En latin, chêne se dit Robur qui signifie également force.

 

Force dont notre ami éprouve le plus grand besoin.

 

 

La bonne fée frappa encore dans ses mains et l’on vit apparaître un magnifique barbet.

 

Le chien est le guide de l’homme, de sa vie mais, également, le guide des âmes au delà de la mort.

 

Ils servaient d’intercesseurs entre ce monde et l’autre. C’est donc naturellement à un chien que la bonne fée confie la mission de transporter Pinocchio auprès d’elle, dans sa maison.

 

Pour ce faire, il est installé dans un carrosse tapissé de plumes de canard, symbole de la Royauté , de la puissance vitale, le guide le plus précieux.

 

L’attelage est constitué par cent couples de souris qui figurent la phase individuelle souterraine des communications avec le Sacré.

 

Pinocchio est installé dans une chambre de nacre, creuset de la pureté, comme la coquille de l’huître qui donne naissance à la perle de Lumière, celle qui sublime les instincts, transfigure les éléments.

 

La fée fit venir les médecins les plus renommés du voisinage. Le Corbeau, la Chouette , le Grillon-Parlant. Le Corbeau diagnostiqua la mort, la Chouette la vie.

 

Le Corbeau est le messager de la mort mais il est également le symbole de la perspicacité. Dans la genèse, c’est lui qui va vérifier si la terre commence après le déluge à reparaître au dessus des eaux.

 

La Chouette , oiseau nocturne en relation avec la lune perçoit la lumière par son reflet.

 

Elle symbolise donc la clairvoyance mais par les signes qu’elle interprète : PERSPICACITE – CLAIRVOYANCE.

 

C’est le Grillon-Parlant qui tranchera par sa sagesse. Lui le triple symbole de la vie, de la mort et de la résurrection.

 

Pinochio ressuscitera.

 

En effet, à ce moment, la porte de  la chambre s’ouvrit toute grande et livra passage à quatre petits lapins noirs comme de l’encre, qui portaient sur leurs épaules, un petit cercueil.

 

Les quatre lapins souvent disposés en svastika expriment le carré parfait des tailleurs de pierre, c’est à dire le cube. C’est la troisième dimension, celle de la perfection morale, de la stabilité.

 

Le fait que les petits lapins soient noirs est capital. En effet, la résurrection à un état supérieur n’est pas loin.

 

L’œuvre au noir hermétique est une mort, un retour au chaos, mais l’aboutissement à l’œuvre au blanc et à l’œuvre au rouge de la liberté spirituelle.

 

Le noir, c’est la lettre Yod qui ne renferme aucun espace blanc, la lettre dont toutes les autres lettres sont issues. Point noir, qui dans le tétragramme, s’évase sous le rythme du souffle divin jusqu’à devenir le deuxième Hé, Malkût, le royaume ; la transition d’un monde à un autre, la preuve dans la suite, la matrice, la lune.

 

Le cercueil est le Creuset des opérations alchimiques.

 

 

Rien d’étonnant à ce que Pinocchio meure, puisqu’il doit se relever à un état supérieur.

 

Mais avant, il doit faire un serment, celui d’être un bon enfant.

 

Après avoir connu le goût du sucre et bu un breuvage amer, Pinocchio ressuscite.

 

La fée s’enquit du lieu où il avait caché les écus d’or.

 

Je les ai perdus,  répondit-il.

 

A peine ce mensonge fut-il sorti de ses lèvres, que son nez, qui était déjà long, s’allongea, s’allongea encore.

 

La fée le considérait en riant.

 

Pourquoi riez-vous donc ? Interrogea Pinocchio

 

Je ris des mensonges que tu fais

 

Comment savez-vous que je mens ?

 

Les mensonges, mon enfant, sont vite découverts. Il y en a de deux espèces : les uns qui ont les jambes courtes et les autres qui ont le nez long. Les tiens sont justement de ceux qui ont le nez long.

 

Ces deux expressions sont assez intéressantes à analyser, car la jambe et le nez sont les symboles des liens sociaux comme le sexe et la langue. La jambe permet des rapprochements, favorise les contacts, elle revêt donc une importance d’ordre social.

 

Cet ordre social peut être perturbé par le mensonge découvert.

 

Le menteur peut se voir écarté de la société. De la distance est mise envers lui. Ses jambes ont plus de pas à faire comme si elles avaient raccourci.

 

Le nez qui décèle les sympathies et oriente les désirs procède du même raisonnement, les distances s’allongeant, le nez doit suivre. Mais il est facile d’interpréter autrement la mésaventure de Pinocchio en la comparant au mensonge ; celui-ci naît et grandit à un point tel qu’il se voit comme le nez au milieu de la figure.

 

Après un court sermon et sur intervention d’un pivert, le nez reprend ses proportions.

 

Chacun sait que le pic-vert est capable de s’attaquer au bois, mais il est de plus le symbole de ré-enfantement ;  du cœur du bois il fait naître. C’est le protecteur des enfants, celui qui apportait de la nourriture à Rémus et Romulus, alors qu’ils n’étaient que dans la grotte. Il est la sécurité, l’oiseau prophète qui guidait les voyageurs sur les routes.

 

Pinocchio promet d’être un bon enfant et reprend sa route pour retourner chez son papa.

 

C’est ne pas compter sur une nouvelle rencontre avec Renard et Chat. Ceux-ci décrivent un pays merveilleux où se trouve un champ des miracles. Il suffit d’y semer une pièce d’or pour en récolter des milliers.

 

Le trio se met en route vers "al Paese dei Barbagiani", le village d’"Attrape-Nigauds". C’est-à-dire au pays des imbéciles, mais également au pays des Hiboux, symbole de la tristesse, de l’obscurité, de la retraite solitaire et mélancolique.

 

Tout un bestiaire les attend :

 

Des agneaux tondus, des poulets sans crête, des papillons sans ailes, des paons sans queue, des faisans sans plumage, un perroquet sans plume.

 

En plus, du fait que chez ces animaux c’est la parure qui leur a été dérobée, il est intéressant d’étudier la symbolique qui se rattache à chacun d’eux.

 

L’agneau est la victime sacrificielle par excellence. La victime douce, simple, innocente.

 

L’annonce du messie, dans le livre d’Isaïe est faite dans les termes suivants : « Comme une brebis, il a été conduit à la boucherie, comme un agneau muet devant celui qui le tond, il n’ouvre pas la bouche ».

 

Le poulet est une autre victime sacrificielle mais également le symbole de l’évolution de l’œuvre (pattes noirs, plumes blanches, crête rouge ).

 

L’œuvre ne sera jamais terminée par ce poulet sans crête.

 

La crête est, de plus, le symbole de ce qui prédomine dans l’être et pourrait figurer l’aura.

 

Le papillon est le symbole de la légèreté mais aussi de l’âme. Ses ailes servent à l’élévation vers le sublime.

 

Le paon est le symbole solaire par excellence dont chaque plume est un rayon de feu.

 

Paon sans queue, soleil sans rayon !

 

Le perroquet est également un symbole solaire mais par l’énergie rouge qui s’en dégage.

 

Voilà ce qu’est le village d’"Attrape-Nigauds".

 

Tous ses habitants sont des victimes, tout effort et travail ne peuvent aboutir, l’âme ne peut s’élever et ne fait que ramper sous un soleil sans rayon, sans lumière, sans chaleur.

 

Pies, chats, oiseaux de proie représentant le vol, la sournoiserie, le pillage y mènent bon train de vie. Seul le juge de la ville, un singe, symbole de la sagesse, du détachement, patron des savants et des lettrés, fait tâche dans ce chaos.

 

Pinocchio se fait voler ses écus d’or et est, par dessus le marché, condamné à quatre mois de prison pour avoir été dupe : pour amasser honnêtement quelques sous, il faut savoir les gagner, soit par le travail de ses propres mains, soit par le travail de son cerveau.

 

Il paese dei Barbagiani, retraite solitaire et mélancolique, par sa prison peut évoquer le cabinet de réflexion où le repli sur soi-même présage d’un essor, comme un phénomène endothermique précède une réaction exothermique ; comme la contraction précède l’expansion.

 

A peine sorti, il s’avisa de retourner chez la bonne fée. Mais sur sa route, il rencontra un Serpent horrible, à la peau verte, aux yeux de feu et à la queue pointue qui projetait de la fumée comme un tuyau de cheminée.

 

Nous sommes cette fois-ci en face du serpent-dragon, qui depuis le Moyen-Age est l’obstacle qu’il faut franchir pour atteindre au niveau du sacré. Il est la bête que chacun doit s’efforcer de tuer en lui. Le Serpent est vert. Vert comme le sang du dragon.

 

Pinocchio surmonte l’épreuve et repart à la recherche de son papa.

 

Chemin faisant, ne pouvant plus résister aux tenaillements de la faim, il sauta dans un champ pour y cueillir quelques grappes de raisin muscat.

 

La Vigne est le symbole, entre autres, de la propriété, de l’assurance, de la vie et de ce qui en fait le prix. C’est un des biens les plus précieux de l’homme.

 

Avant même que Pinocchio ne touche à une grappe, un piège se referma sur ses chevilles. Il n’est pas encore question qu’il accède à la nourriture de l’initié !

 

Une luciole, (symbole de l’âme, des morts, souvent associée aux étoiles) qui, comme chacun le sait, cherche perpétuellement la lumière quitte à y périr, une luciole donc, qui passa par là s’enquit auprès de Pinocchio des raisons de sa mésaventure et le tança.

 

La faim, mon enfant, n’est pas une raison de s‘approprier le bien d’autrui.

 

Délivré par le propriétaire de la vigne, celui-ci se dédommage en faisant travailler Pinocchio comme chien de garde puis l’acquitte de ses obligations pour services rendus et parce qu’il a su vaincre la concupiscence, choisir la meilleure voie, celle de la raison.

 

A ce moment là passa au-dessus de lui un gros pigeon. Celui-ci se posa près de Pinocchio et lui apprit que Geppetto était parti courir les mers à la recherche de son pantin de fils ; et que la douce fée était morte en ce monde.

 

Le pigeon, symbole de douceur, d’amour, de paix et d’harmonie est comme la colombe associée au nombre 8. Il symbolise la prédominance de l’esprit sur les instincts.

 

A partir de ce moment du roman d’ailleurs, Pinocchio n’est plus une sorte d’humanoïde confronté à des animaux mais un enfant dans le monde des adultes.

 

Dans ce monde, l’esprit sublimé prédomine et l’emporte sur les instincts.

 

Le chien, que le pantin était censé remplacer, s’appelait Mélampo, c’est-à-dire Méla-lampo, la pomme-éclair.

 

La pomme est le moyen de connaissance, de la distinction entre le bien et le mal ; l’éclair, la manifestation divine, la fécondation mâle.

 

Le pentagramme sacré de la vie, contenu dans la pomme est activé par le sperme divin.

 

L’enfant paraît.

 

Cette rupture brutale

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Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

32 - « Debout et à l’ordre »      

 un pas pour la liberté du GADLU

 

 

 

 

 

 

D

 

 

ans chaque mot il y a un oiseau aux ailes repliées qui attend le souffle du lecteur pour s’envoler. Aussi avons nous voulu explorer une pensée inspirée de textes qui ont proposé une interprétation gnostique des commencements, et à partir d’eux, entreprendre une démarche analogique qui nous a amenées jusqu’au temple maçonnique. Il n’y a de notre part aucune intention catéchisante, ce n’est pas un enseignement, c’est seulement une manière de permettre à un oiseau de s’envoler et de nous accrocher à lui dans son envol.

 

 

L’espace est vécu différemment selon la manière dont il est investi. Chaque culture, chaque société découpe dans le monde certaines portions de l’espace pour en faire des aires occupées de manière différentes en les instituant de significations.

 

Le lieu est un espace dans lequel on rajoute un récit, un lieu est un lieu d’identité narrative. De même, notre histoire, nos vies avec leurs péripéties, le récit de notre vie nous fondent dans  notre identité.

 

 

Le grec et l’hébreu n’ont pas la même façon de définir l’identité ; les récits fondateurs sont différents. Nous dirions leurs mythes, leur mutos (ce qui unit comme dans un mystère) indiquent des catégories existentielles opposées.

 

Nous nous servirons de deux exemples pour montrer, comment, un peuple trouve son identité.

 

Héphaïstos (Vulcain) forgea entre autre les chaînes qui liaient Prométhée au sommet du mont Caucase; il fabriqua de même la foudre de Zeus et les flèches d'Artémis et d'Apollon.

 

 

Il était né d'Héra et de Zeus, et ce fut à Héphaïstos que revint la tâche de fendre le crâne de Zeus avec une hache pour permettre à la déesse Athéna de s'échapper. Il était laid, si laid que sa mère le jeta sur terre, il en devint définitivement boiteux.

 

 

Plus tard, il tomba amoureux d'Athéna. Sa chair en frémissait en l’approchant, il bandait si fort l’arc de son sexe que lorsque Athéna  le repoussa violemment,  la flèche semencielle tomba  et pénétra la terre. Les spartes (sperme) en naquirent. Ce récit fonde donc le lieu de l’identité grecque comme un surgissement de la terre, un rattachement géographique.

 

 

Abraham naquit à Ur en Mésopotamie. Le lieu de sa naissance n’est pas le lieu de son destin. Lekh lekha dit D. à Avram, ce qui signifie : va vers toi. Et il quitta Ur. Ce récit fonde l’identité comme un arrachement à la Terre. Savoir mourir comme Moïse devant la terre promise, en sachant que l’important n’est pas tant d’y entrer que d’avoir marché vers elle avec un peuple à qui elle est destinée.

 

 

Voyager : « aller - vers », c’est s’orienter dans un mouvement, c’est faire prévaloir le sens (celui de la direction ou celui des significations).

 

 

La promesse faite pour cette Terre, c’est le sens d’un monde-à-l’autre dédié ; c’est une destination éthique pour que l’homme puisse s’y accomplir.

 

 

Le mot ivrit, lhébreu est construit sur la racine IVR comme avor (le passage), avera (la rupture), avera (la transgression), ouvar (la transmission) et  donc il est dans sa signification étymologique l’être de l’arrachement, de la rupture, du passage.

 

 

L’enracinement grec et l’arrachement hébraïque !

 

 

 

 

Pour poursuivre, je voudrais vous faire un bref rappel de ce que qu’est la guématrie. Pour la kabbale, les lettres sont équivalentes à des nombres selon des règles précises. Ainsi aux 9 premières lettres de l’alphabet hébreu sont attribués les 9 premiers chiffres, aux 9 suivantes les dizaines et les quatre dernières les centaines. Cela permet par un jeu des chiffres et des lettres de trouver des congruences sémantiques entre des mots écrits avec des lettres dont la somme mathématique est la même. Ainsi le mot « mère » qui s’écrit em (aleph, mem) vaut 41 et le mot « père » qui se prononce av et s’écrit aleph, beth, vaut 3. Ce qui est intéressant, c’est que le mot « enfant » , yeled, s’écrivant, yod, lamed, daleth, équivaut par la somme de ses lettres 10+30+4 =44. La mère ET le père, ensemble,  sont comme l’enfant !!!!

 

 

 

 

Avec Abellio je dirai qu’il ne s'agit pas que de simples relations arithmétiques formelles. Il y a un sens métaphysique qui les justifie. Les nombres sont des nœuds qualitatifs, des pôles de structuration du réel.

 

 

 

 

Un autre aspect de la différence retiendra notre attention.

 

 

Les commencements de la pensée grecque, recueillis par Hésiode dans la Théogonie et les Travaux et les jours, relatent un genre de processus de vie dont on ne saurait oublier la violence native, d’abord entre les divinités primordiales, Ouranos, Géa, Kronos, Zeus, puis entre dieux et demi-dieux : Zeus et Prométhée, puis entre les dieux et les hommes, l’oracle divin et Œdipe, Sophocle et Eschyle prolongent Hésiode. La théologie de la Grèce antique apparaît dans un cercle de violence s’augurant par un refus (celui d’Ouranos qui n’accepte pas les naissances des générations issues de son accouplement avec Géa) et qui se poursuit par un acte de rétorsion (la castration d’Ouranos par Kronos à l’instigation de Géa), vengeance et rétorsion reproduites à leur tour par la malédiction qu’appelle le « père » sur le parricide, malédiction à l’accomplissement de laquelle le fils de ce dernier est voué. Itération des cercles et de cycles de la puissance stérile qui freine l’émergence de la conscience en confinant l’écoulement du temps dans des histoires de méfiance, de défiance, des engrenages de pouvoir et de la peur.

 

 

 

 

Les commencements bibliques énumèrent les générations primitives, où s’alternent de père en fils des personnages qui incarnent successivement le Bien et le Mal. L’hérédité n’est pas, ici, une reproduction itérative.

 

 

Le dieu de Thora aurait pu, lui aussi, s’estimer outragé, défié, profané dans le cas de Sodome et Gomorrhe et détruire, sans un mot, les auteurs de l’outrage ou les condamner à d’interminables souffrances. Or la tradition hébraïque nous livre un Dieu de justice, non par l’exercice d’une vengeance mais par l’engagement d’un procès. Dès lors, l’histoire n’est pas comme chez les Grecs, déterminée dans l’airain d’un décret. Elle se construit dans une interlocution dialogale d’où  procède, du même mouvement, une mutation des structures de la psyché, puisque ce Dieu cherche un protagoniste, un interlocuteur.

 

La violence grecque et la justice hébraïque.

 

Par quoi l’homme a-t-il la possibilité de se dépasser ?

 

Ce sera l’arrachement et la justice.

 

En hébreu le mot cham qui veut dire là-bas, ainsi que le mot chem qui veut dire le nom, ce par quoi on identifie un être, ont la même valeur guématrique de 340 (chin = 300 et mem 40).. L’identité serait ainsi « un là-bas », lieu de l’invention de soi. Il se trouve que le mot sepher (le livre) a également une valeur guématrique de 340 (samer 60, phé 80, resh 200). Et ce que bruissent les ailes des oiseaux, c’est que le livre est aussi le lieu de l’identité hébraïque.

 

Pour les juifs, la Thora , le Livre, est le lieu où Dieu est manifesté. Pourquoi ?

 

Les cinq livres de la Thora sont le nom du Saint, béni soit-il, selon l’expression de Ezra ben Salomon rapporté par Guershem Scholem.

 

On retrouve un tel symbolisme chez Dante. En Paradis XXXIII, il sommo poeta utilise le symbole du livre pour évoquer la Forme de toutes choses, laquelle est, dans l’Intellect divin, la similitude globale de la création : « En son fond (de la lumière divine) je vis que s’intériorisait, lié par l’amour, en un volume, ce qui par l’univers s’effeuille »

 

Mais de quel Dieu parlons-nous ?

 

Ecoutons ce texte du Zohar.

 

Sache qu'avant que ne soient émanés les émanés et que les créatures ne soient créées, une lumière supérieure simple remplissait toute la réalité. Il n'y avait aucune place libre, sous l'aspect d'un air vide et d'un creux, mais tout était rempli de cette lumière infinie simple; elle n'avait ni début ni fin; tout était lumière, une, simple, homogène d'une homogénéité une, et c'est ce que l'on appelle la Lumière de l'Infini (Or En Sof). Lorsque monta à sa volonté simple de créer les mondes et d’émaner les émanés pour manifester la perfection de ses actions, de ses noms et de ses attributs, ce qui était la cause de la création des mondes, alors, il se contracta lui-même, l'Infini, en son point central, vraiment au milieu; et il contracta cette lumière, qui s'éloigna sur les côtés, autour du point central. Il resta alors : une place vide, de l'air, un creux vide, de ce point central vraiment...  Cette contraction, c’est le tsimtsoum du En Sof, avancé par le rabbi Isaac Louria au XVIe siècle ; ce serait pour lui le processus primordial qui est à l'origine des mondes.

 

Une parenthèse : Mais pour que la création puisse s’expanser, que l’infini ne la submerge pas dans un mouvement inverse, une délimitation en même temps fut installée. Depuis, une force maintient séparée la dualité en l’unité. Cette énergie ne serait-elle pas cette énergie noire, proposée actuellement par le commissariat à l’énergie atomique dans leurs dernières recherches astrophysiques, et qui, comme l’écrit Michel Cassé, fait naître «un état de grâce, d'élévation, où l'envol l'emporte sur la chute, une antigravitation» !

 

La doctrine hermétiste propose en son premier principe d'enseignement ce qu’est l'unité.

 

On en trouve la preuve et l'énoncé dans la Table d'Émeraude. « Toutes les choses sont et proviennent d'Un, par la médiation d'Un. Toutes les choses sont nées de cette chose unique... Son symbole est le cercle un qui s'achève en soi-même ». Le serpent qui se mord la queue (ourobouros), exprime l'univers à «  Un le Tout ».

 

Cela pourrait être représenté par le point d’un cercle. R en serait  le rayon qui en hébreu se dit kav et vaut en guématrie 102 (qoph 100 et beth 2).  Pi est alors "une force", un nombre, le rapport de forces maintenant séparées les deux parties de l’unité. Il n’est pas lui même la séparation, mais la force par laquelle il y a séparation. C’est la dualité. Dualité issue de la séparation de l’unité en elle-même. Séparation entre vide et plein, fini et infini,... Dualité séparée, mais toujours en une même unité que l’on peut exprimer par le périmètre d’un cercle de rayon 1 et qui se lit 1 Pi 2. Paccioli, avec la divine proportion exprimera au début du 15ème siècle la même idée de mathématisation de la création, du père générant de son énergie au sein de son Unité, avec le formule 1=P+P2

 

 

Lors de la Création du monde, Dieu a en quelque sorte restreint sa lumière, c'est le Tsimtsoum, et, dans le vide formé par ce retrait, il laissa un Rechimou, une "empreinte", une rémanence, ce Rechimou est la trace de Lumière restante.

 

 

Dans un second temps, Dieu envoie dans ce réceptacle (Rechimou) un fil de lumière, un kav, qui, dans son développement, va constituer dix cercles.

 

 

Les 10 Séphiroth sont à la fois ces 10 réceptacles-cercles et la lumière émanée par le tsimtsoum, elles sont la limite de la lumière divine mais en même temps la révèlent. Chaque monde a sa capacité propre de réception et de dévoilement de cette lumière. Et cela est un plérome, une représentation imaginale de la manifestation et on l’appelle l’arbre de vie. Le plérome, cette recombinaison fractale de l’Unité, est un inter-monde entre le Un et le monde matériel. C’est un réseau qui se propage comme un delta de fleuve ayant accumulé l’eau des rivières et des courants, portant des noms différents qui l’ont rejoint. Après son tsimtsoum, on ne l’appela plus Dieu mais le créateur, le grand architecte de l’univers, le  gadlu.

 

 

Il est dit : La Thora est un arbre de vie. Le Livre est ainsi la limite de la lumière originelle mais en même temps sa révélation. Il est la finitude de l’Infini.

 

 

Et cela est indiqué par la première lettre des commencements, béréchit, le Beth ב. Sa forme, qui se montre de gauche à droite, nous dit que  pour la création, ce qui est avant, au-dessus et en dessous restera inaccessible et séparé, et que nous ne devons que regarder ce qui est devant (l’hébreu se lit de gauche à droite) : Posons comme hypothèse que la Thora écrite est la finitude du GADLU. Le mystère Dieu est inaccessible, le Gadlu n’en est qu’une de ses formes imaginales.

 

 

Imaginons alors le Gadlu vivant la solitude du lapin compressé au fond du chapeau d’un prestidigitateur. Comment lui rendre sa liberté, sa dimension infinie ?

 

 

Par l’interprétation ! Par l’étude!

 

 

En refusant la prise du Texte au sens littéral, il y a aussi du même coup, le refus de mettre la main sur le divin. Il faut s’éloigner, il faut de la distance pour que le rapport ne soit pas idolâtre. Il faut déterrer la Bible pour en faire un arbre de liberté. Le premier souci de l’enseignement biblique n’est pas celui de l’existence de Dieu, d’un théisme par rapport à un athéisme, mais plutôt la lutte contre l’idolâtrie. Je revendique " l’athéisme métaphysique " dont parle le philosophe Lévinas, dans “Totalité et infini” : une forme de relation à Dieu qui n’est ni la voie mystique dans laquelle l’homme " monte " tellement vers Dieu qu’il s’annule dans le "Grand tout", ni l’idolâtrie qui fait tellement " descendre " Dieu dans le monde des hommes que celui-ci devient une idole. Je propose une relation qui maintient une distance entre Dieu et l’Homme. Le Texte et l’interprétation des Textes, sont justement le tiers grâce auquel on évite collusion et confusion. Tous les maîtres de la pensée juive,  depuis les prophètes jusqu’aux maîtres contemporains, ont compris cela. Pour éviter ce piège de prendre la Thora écrite comme apparence de la Présence , l’illusion de la possession du sens, la tradition hébraïque a introduit la notion de niveaux de signification que l’on distingue par quatre noms : Pchat (sens littéral), Rémèz (sens allusif), Drach (sens sollicité), Sod (sens caché). Les initiales de ces 4 mots donnent  le mot Pardès qui signifie « verger » ou « paradis » !

 

 

Comme l’écrit Néher : le temps grec, en tant que dimension métaphysique, ne peut rien enfanter ; il ne peut que se refléter en des images parfaitement semblables, alors que le temps hébreu  se recrée par des enfantements en des avenirs imprévisibles. Le temps hébreu ne se recommence pas comme le temps grec, il engendre. Le Pseudo-Denys les compare à des voiles sacrés à travers lesquels luit le rayon divin. Plus on y puise, moins on les épuise. Grégoire de Nysse insiste lui aussi: "Il ne faut absolument pas s'arrêter à la lettre, mais passer à la contemplation immatérielle suivant ce qui est écrit : la lettre tue mais l'esprit vivifie". Comme l’écrit Carlos Castaneda dans  Le Feu du dedans : "Le mystère de la conscience est ténébreux. Les êtres humains exhalent l'odeur de ce mystère, de choses qui sont inexplicables. Nous considérer nous-mêmes autrement est une folie. Par conséquent, un guerrier ne rabaisse pas le mystère de l'homme en tentant de le rationaliser. »

 

 

L'esprit n'est plus séparé de la lettre; il est caché en elle. Si dans l'Ancien Israël, le pontife portait deux tuniques, c'était pour signifier aux générations futures cette double acception de la Thora , selon la lettre et selon l'esprit. L'intelligence spirituelle vient ôter le voile de la lettre, ou le voile qu'est la lettre, afin d'en dégager l'esprit. Elle découvre l'esprit comme le soleil sous la nuée, comme la moelle sous l'écorce, comme le grain sous la paille.

 

 

L’interprétation n’est pas seulement perception, elle est constitutive de sens ; et nous le savons  bien ici, puisque nous disons que tout est symbole.

 

 

Les anciens Pères assimilent les Ecritures à la robe, aux mille couleurs, tissée d'or, portée par la fiancée royale.

 

 

D’emblée, le concept de liberté s’impose. " Si je suis à l’image de ce Dieu de libération, commente Ouaknin, je dois moi aussi produire de la liberté. Comment ? Par l’interprétation des textes, qui, loin d’être seulement une opération intellectuelle, permet justement d’inventer son histoire, de sortir de l’enfermement d’un destin, de ce qui est écrit. " Ce commandement est donc une invitation à être novateur dans l’action, à inventer de nouvelles formes de vie, de nouvelles formes de pensée, notamment en abolissant les préjugés. " Il faut avoir la liberté d’inventer pour inventer la liberté ", écrit Paul Ricœur.

 

 

Le Livre ne sera donc pas un recueil, un manuel. Il n’est  pas un lieu de rassemblement de signes. Il n’est pas un système. Le livre sera le lieu de l’impossible simultanéité du sens. Le livre sera toujours le « livre à venir ». Il nous introduit dans un temps qui ajoute du nouveau à l’être, de l’absolument nouveau comme l’écrit Lévinas dans « Totalité et infini ». Ce changement par lequel on devient autre, cette manière de se renouveler, de triompher du temps malgré la succession du temps, pour ne pas être entraîné vers la disparition, c’est peut-être l’aptitude à comprendre ce qui nous donne la vie, l’actualisation permanente d’une Immanence transcendante. C’est pourquoi, c’est la lecture qui fait autorité, plus que l’écriture.

 

 

Le voile enlevé au Texte qui contient le Gadlu, par une incessante altérité, en lui rendant sa transcendance, ouvrira l’intelligibilité à tous les autres textes.

 

 

 

 

En français, dérivé du latin, « altération » est très proche de « altérité » ; alors le changement, le mouvement de l’être vers quoi doit-il tendre ? Vers l’autre bruissent les mots.

 

 

Quel autre ?

 

 

 

 

Il est écrit : mitsvot che ben adam la makom qui veut dire les bons actes de l'homme envers Dieu ; et pourtant  le sens de makom se traduit par « lieu », le Temple.

 

 

Il est écrit aussi : mitsvot che ben adam la havero ce qui veut dire les bons actes de l'homme envers son prochain. Dans ces deux phrases, trop semblables pour ne pas être rapprochées, sont écrites les deux dimensions de l’être, la verticalité et l’horizontalité de ses relations au monde.

 

 

Qu’est ce que le lieu où se pratiquent les bons actes ? Nous pouvons répondre à partir de ces deux phrases : un temple et le prochain.

 

 

Comment vivre cette spiritualité au quotidien ?

 

 

Par l’humilité, la générosité et le refus de l’égoïsme. Dans le judaïsme, est pur tout ce qui a trait à la générosité pour l’autre, est impur tout ce qui est en rapport avec l’enfermement sur soi et la mort. Le mot " clef ", selon moi, c’est la bonté. Pas le « bien », qui n’est qu’un mot, mais la bonté, au sens de " petit geste ". Car c’est là qu’est le véritable amour : dans les petits gestes. Les actes de Bonté s'adressent pour les vivants et pour les morts.

 

 

Tsedek : la justice. Tsedaka : la charité.

 

 

La tsedaka équivaut à tous les commandements de la Thora ; à elle seule, elle les contient tous.

 

 

Elle consiste à être touché de n'importe quelle douleur éprouvée par quelqu'un ; à lui offrir quelque chose de son avoir, et quelque chose de soi.

 

 

Ne jamais faire comme si l'on n'était pas concerné par cette souffrance, que l'on fait spontanément sienne.

 

 

Aux côtés de celui qui a besoin d'un appui ; d'une manière inconditionnelle.

 

 

Non en vertu d'une loi, de principes, ou d'un avantage que l'on peut retirer de cette bonté.

 

 

Ne pas se servir de sa force ; ne pas accabler celui qui macère dans son échec.

 

 

Ni par sa beauté, ni par son envergure, ni par sa sainteté.

 

 

Ni par son génie.

 

 

Ne pas montrer à quel point on a raison ; s'abstenir de méchamment triompher.

 

 

Si tu es vraiment juste, tu ne fais pas de mal ; tu ne te sers pas de ton mérite, de ton savoir, pour montrer l'insignifiance de l'autre, qui ne mérite que dédain et mépris.

 

 

Même si Dieu t'a choisi, ne sois pas méchant envers celui qui ne l'a pas été.

 

 

Même si tes actes sont ceux de la générosité, ne stigmatise pas sévèrement et cruellement celui qui n'agit que suivant son intérêt.

 

 

Mais si tu choisis le chemin de la tsedaka, tous les commandements de ta Thora en découlent.

 

 

Elle ne consiste pas seulement à donner une pièce au mendiant ; mais une partie de toi, toi qui sais ce qu'est un être vivant, avec tous ses besoins.

 

 

 

 

La kabbale est une véritable révolution, elle n'est pas seulement une philosophie, "amour de la sagesse", mais elle ouvre la voie à la "sagesse de l'amour"! 

 

 

Nos Sages nous enseignent que sauver un homme équivaut à sauver l'humanité entière.

 

 

 

 

Voilà pour le prochain. Quant au temple, voyons en quoi il permet à l’être d’advenir.

 

 

Lorsque les hébreux reçurent les tables de la Loi , ils construisirent sur les indications de la révélation, dans le désert, un temple mobile pour accueillir les 10 commandements qu’ils placèrent dans l’Arche d’Alliance sur laquelle nous reviendrons. Ils utilisèrent des poteaux en cèdre du Liban pour soutenir une toile qui démarquait l’espace sacré. Le temple ainsi érigé fut le dévoilement de la sainteté dans la dimension d’un lieu. En effet, le Midrash raconte que Yaakov avait, par inspiration prophétique, vu qu’un jour sa descendance sortirait d’Egypte et qu’elle serait amenée à construire un Sanctuaire dans le désert.

 

 

C’est pourquoi, lorsqu’il fut contraint à descendre en Egypte à cause de la famine, il apporta avec lui de la terre d’Israël des plants de Chittim qu’il fit planter à Goshen.

 

 

Ainsi, tout au long de l’exil, les enfants d’Israël ont entretenu ces arbres qui étaient devenus le symbole de leur espérance.

 

 

Le poteau, le pilier qui marque le lieu, se dit en hébreu amoud et ce qui est parlant c’est que ce mot a la même racine aleph, mem, daleth (45) que les mots « debout »(omed), « adam »,  ce que l’on appelle le « coeur de la prière quotidienne » (amida), et le « pourquoi » (madoua). Homo erectus ! Il a bien fallu qu’il se redresse pour échapper à l’étant zoologique. Etre debout, devenir un homme, c’est aussi s’interroger, et questionner c’est comme être au cœur de la prière. A l’entrée du temple de Jérusalem, les piliers Jakin et Boaz furent fondus par Hiram et placés à cet endroit pour que tout homme, qui y entrait, réintègre en lui cette orientation : la verticalité (amoud) mais surtout le questionnement (madoua). Le temple est le lieu où l’homme doit être debout, c'est-à-dire parlant et questionnant. Le debout et à l'ordre, ouverture sur la parole, est alors le surgissement du temple qui s'érige comme lieu où l'on peut être debout, prêt à avancer vers soi-même.

 

 

 

 

Le dialogue demeure le moment crucial afin de surmonter les désaccords et d'instaurer la compréhension à la fois comme participation et partage. Chacun doit s'adresser à l'autre et recevoir ses propos par et à travers "une écoute poétique" de ce qu'il dit :    " Tout vrai dialogue implique donc qu'on s'incline devant l'autre, qu'on accorde à son point de vue une réelle importance et qu'on pénètre dans son esprit pour comprendre non l'individu, mais ce qu'il dit. Ce qu'il nous faut saisir, c'est la validité essentielle de son opinion pour qu'il puisse y avoir entre lui et nous entente sur ce dont il est question ". Le succès du dialogue entre les individus à propos de l'objet de préoccupation est conditionné par le principe de la finitude, selon lequel les individus doivent accepter les limites de ce qu'ils savent et que le savoir est une connaissance partagée. Comprendre, c'est parvenir à un consensus (compréhension entente), c'est faire intégrer la vérité de l'objet dans notre monde et éclairer le sens qu'il a pour nous. Il s'agit en somme d'étendre le champ de la compréhension comme apprentissage et d’inscrire la vie et ses préoccupations dans une perspective et un "horizon" plus large. L'herméneutique de Dilthey (philosophe des sciences sociales du 19ème siècle) est une philosophie de la vie articulée sur la logique des expériences vécues. La compréhension de soi et d'autrui s'inscrit dans le foisonnement inépuisable hic et nunc de l'expérience. Dilthey renverse la conception hégélienne de l’Esprit pour désigner non pas ces expériences spéculatives qui s'acheminent vers un savoir absolu, mais des expériences vécues qui s'enracinent dans le monde de la vie: l'art, la philosophie, la religion, la logique et les sciences ne sont pas des formes de savoir fondues dans un savoir absolu et clos, mais des expériences vitales et des manifestations de la pensée historique.

 

 

Les chéroubims, mâle et femelle, placés sur l’Arche d’Alliance, se font face, et dans leur posture semblent s’interroger l’un l’autre.

 

 

 

 

Et  ce que Freud a génialement introduit en psychanalyse c’est le couché-écoute-debout. La mise sur le divan, pour le temps de la parole écoutée par l’analysant, suivie du relèvement de l’analysé, c’est l’être restauré dans sa verticalité après l’horizontalité où l’écoute a redonné une dimension, une consistance vécue dans l’altérité, une réparation du manque de l’autre.

 

 

 

 

En clair et pour résumer :

 

 

 

 

L’identité hébraïque c’est l’arrachement qui indique un « là-bas », lequel équivaut au Livre. Le Livre est vivant par l’interprétation, il incarne alors la loi universelle de justice et de bonté.

 

 

 

 

En pratiquant l’éthique, l’homme est debout, prêt au mouvement vers l’autre, à la fois horizontalement vers le prochain et verticalement vers le gadlu.

 

 

 

 

 

 

Ainsi le rite de la posture du « debout et à l’ordre » peut être considéré comme la concrétisation de la mémoire qui invite à l’accomplissement de la transcendance. Et cet accomplissement opèrera, de proche en proche, la libération du gadlu.

 

 

 

 

Il faut choisir, certes. Peut-être faire un pari ridicule. Dieu a choisi, mais il attend éternellement que nous lui redonnions sa liberté avec la nôtre. Si l’on ne veut pas du choix, qu’on ait au moins le courage ou l’impudence, ou tout simplement la sincérité, de ne plus parler d’être, mais du néant, un néant qui n’aurait alors avec le Dieu vivant que le privilège de l’éternité.

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

31 - Séduction : l’anti crâne

 

 

 

 

 

 

T

 

 

out homme éclairé doit sonder chaque observance en une recherche approfondie afin de faire passer de la puissance à l’acte, ainsi il séparera la vie cachée de la mort apparente

 

 

Résister au destin, la vie acceptera tous les gestes de vivre.

 

 

La tête de mort, le crâne, le point de l’interrogation, la perplexité au plus intime de nous-mêmes ! Le grand oui, c’est le oui à la mort, on peut le proférer de plusieurs manières. La vie, est-elle comme pour Bichat l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort, ou bien selon Cioran l’ensemble des fonctions qui nous y entraînent. Je dirai comme Bichat, parce que cela permet l’espérance, dans cette résistance à toutes les morts, de se constituer un excédent d’être,  auquel la Mac \ peut contribuer.

 

 

Vanités des vanités dit Qohéleth

 

Vanités des vanités, tout n’est que vanités

 

Mais, le dernier paragraphe du texte précédent l’Ecclésiaste, à savoir la fin du cantique des cantiques, dit aussi : L’amour est aussi fort que la mort.

 

Les vanités sont des tableaux du XVIIIe siècle, sur lesquels se retrouvent quelques symboles communs : le crâne, le sablier, une nature morte. La beauté immobile, dans un contact presque sensuel de la mort ressentie en artiste, comme une plénitude de tact et de goût, annonce l’agonie triomphante. C’est alors fixer notre pensée sur le macabre stérilisé et enjolivé, et nous détourner de l’usure de nos glandes, de la puanteur et des immondices de notre dissolution.

 

 

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,

 

Ce beau matin d’été si doux :

 

Au détour d’un sentier une charogne infâme

 

Sur un lit semé de cailloux,

 

 

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,

 

Brûlant et suant les poisons,

 

Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique

 

Son ventre plein d’exhalaisons.

 

 

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

 

Comme afin de le cuire à point,

 

Et de rendre au centuple à la grande Nature

 

Tout ce qu’ensemble elle avait  joint ;

 

 

Et le ciel regardait la carcasse superbe

 

Comme une fleur s’épanouir.

 

La puanteur était si forte, que sur l’herbe

 

Vous crûtes vous évanouir.

 

 

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride

 

D’où sortaient de noirs bataillons

 

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

 

Le long de ces vivants haillons.

 

 

Tout cela descendait,  montait comme une vague,

 

Ou s’élançait en pétillant ;

 

On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,

 

Vivait en se multipliant.

 

 

Et ce monde rendait une étrange musique,

 

Comme l’eau courante et le vent,

 

Ou le grain, qu’un  vanneur d’un mouvement rythmique

 

Agite et tourne dans son van.

 

 

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve

 

Une ébauche lente à venir,

Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève

 

Seulement par le souvenir.

 

 

Derrière les rochers,  une chienne inquiète

 

Nous regardait d’un œil fâché,

 

Epiant le moment de reprendre au squelette

 

Le morceau qu’elle avait lâché.

 

 

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,

 

A cette horrible infection, étoile de mes yeux, soleil de ma nature,

 

 Vous mon ange et ma passion !

 

 

 

 

Mais, ne nous laissons pas piéger par l’esthétisme de la mort, car tout ce que la chair m’enseigne m’abolit sans recours.

 

 

La chair ne peut à elle seule dicter une philosophie, ne répugne-t-elle pas à l’illusion. ? Ne vient-elle pas en interprète de nos cendres, contredire à tout moment nos espoirs ?

 

 

Alors la mort c’est aussi ce que nous propose Pascal : Vous avez deux choses à perdre, le vrai et le beau et deux choses à engager, votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère.

 

 

Votre raison n’est pas plus blessée en choisissant l’un ou l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant choix que Dieu est. Estimons les deux cas ; si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc que Dieu est sans hésiter. Ainsi en est-il de ce pari dit ridicule par Prévert.

 

 

Un Pascal, un Baudelaire, circonscrivent la mort ; l’un la réduit à nos terreurs physiologiques, l’autre à notre quête du salut.

 

 

Si la mort écrase l’homme, elle n’en demeure pas moins à l’intérieur de l’humain.

 

 

Tout à l’opposé, les élisabéthains ou les romantiques allemands en firent un devenir cosmique, un devenir orgiaque, un néant qui vivifie, une force où il s’agit de se retremper et avec laquelle il importe d’entretenir des rapports directs.

 

 

Pour le français, ce qui compte ce n’est pas la mort elle-même, mais notre comportement en face de nos semblables, la stratégie des adieux, la contenance  que nous imposent les calculs de notre vanité, l’attitude en un mot. Tout l’art du français est de savoir mourir en public. Saint-Simon ne décrit pas l’agonie de Louis XIV, de Monsieur ou du Régent, mais les scènes de leur agonie. Les habitudes de la cour, le sens de la cérémonie et du faste, tout un peuple en a hérité ; épris qu’il est d’appareil et soucieux d’associer un certain éclat au dernier soupir.

 

 

 

 

Mittérand, grand prêtre  solitaire de la République , a inauguré son premier septennat dans les fastes d’une visite au tombeau.

 

 

L’approche symbolique, les psychodrames de renaissance et de résurrection successives nous interrogent et nous répondent sur la mort. La F \M\ nous apprend à mourir.

 

 

Cependant de toutes les réponses à vivre pour apprivoiser la mort, il en est une qui n’est jamais de l’ordre du naturel mais celui de l’artifice, jamais de l’ordre du réel mais de celui du signe et du rituel : la séduction.

 

 

La séduction représente la maîtrise de l’univers symbolique, alors que le pouvoir ne représente que la maîtrise de l’univers réel. La séduction en tant que stratégie des apparences s’oppose radicalement à l’anatomie comme destin, à la mort en tant que crâne.

 

 

C’est un processus circulaire réversible de défis, de surenchère de mort symbolique et de renaissance. Il s’agit de produire un simulacre en pleine conscience du jeu et de l’artifice, en mimant et en outrepassant l’effet du réel et en s‘en dessaisissant à travers l’excès même des apparences de ce réel, comme une ironie du trop de réalité.

 

 

La séduction par le chant, par l’absence, par le regard ou par le fard, par la beauté ou par la monstruosité, par l’éclat, mais aussi par l’échec, par le masque et par la folie, par le sublime, c’est mourir comme réalité et c’est se produire comme symbole, donc comme langage.

 

 

 La séduction est ésotérique et initiatique. La séduction est dans le règne des signes, éprouvant la relation, pour en faire surgir des volumes éthiques, des épaisseurs métaphysiques

 

 

La prodigalité de l’être est une des vertus de la séduction.

 

 

La mort donne le prix ; elle fixe le sens de ce capital qui est la vie.  Mais ce feu qui consume ne vise pas la cendre, il vise l’énergie dégagée, la royauté de la lumière qui embrase : L’éclat comme mode d’apparition ! L’éclat, en tant que séparé, mais aussi en tant que brillant de son reflet de lumière.

 

 

Ce que veut la séduction, c’est la métamorphose de l’existence en territoire permettant l’expérimentation pour des myriades d’actualisations, pour du temps au présent animé. La séduction vise l’œuvre ouverte, jamais déterminée, toujours en mouvement. Elle est une philosophie de l’esthétisme, pour l’invention de nouvelles possibilités de vie, pour magnifier l’instant et construire des situations où le débordement de l’être soit manifesté et magnifique. L’existence devenant la trace du signe !

 

 

Dans la vielle logique du même et de l’autre, on s’en doute, la séduction est du côté de l’autre ; de la différence ; et par une sorte d’effet de retour, elle modifie l’être qui le met en " je ".

 

 

La séduction comme la politesse est aux interstices, aux articulations, dans l’ombre d’un souffle, dans la transparence de l’ineffable ou de l’indicible.

 

 

 Elle scrute le moindre geste, le moindre signe ; elle veut l’extrême clairvoyance dans les domaines les plus exigeants, en finesse. L’ensemble du corps est en jeu, la totalité des sens est convoquée. Il s’agit de voir l’invisible, d’entendre l’inaudible, de percevoir l’infime et de distinguer la multiplicité des variations dont sont capables une lumière, une couleur, un son, une voix. C’est l’art des enquêtes microscopiques par lesquelles il est possible d’aboutir au savoir des intentions de l’autre, du moins à l’idée que l’on se fait, pour une pré-science du plaisir d’autrui. C’est d’évidence une relation hédoniste mais aussi eudomoniste.

 

Manquer à l’autre, oublier son plaisir, le négliger, c’est produire à terme sa propre éviction. A ne pas savoir écouter, on s’expose à ne pas être entendu ! L’hédonisme est prévenances manifestes, non dans l’hypothèse et l’illusion, mais dans la pratique et la réalité, même et surtout si la relation s’exprime sur des passerelles de symbolisme.

 

 

Séduire, se déduire, non pour se réduire, mais bien pour révéler de nouveaux visages, le sien et celui de l’autre. L’interprétation de l’autre n’est pas seulement la perception de l’autre, mais c’est aussi une constitution de sens en lui donnant un visage, en dévoilant de l’être.

 

 

Et ce débordement est une bénédiction, un dit qui est bien à dire, qui dit du bien, qui déploie des modes possibles d’être ; une ouverture sur des avènements, un recommencement.

 

 

Dans la séduction se mesure la résistance à son propre totalitarisme. C’est un temps où la relation n’est ni une affirmation de soi, ni une saisie de l’autre. C’est le temps de l’expérience de l’altérité comme étrangeté de l’autre, non comme mêmeté, mais comme ipséité et, comme le nomme Lévinas, cela s’appelle caresse et s’oppose à la griffe. Entendre, s’interpeller, se surprendre et s’interroger, invite à une réponse qui doit se situer dans la même dimension que le questionnement : être une question elle-même.

 

 

Ce n’est pas le dialogue qui fait la relation, mais la relation qui fait le dialogue et la séduction, cette relation-symbole advient comme langage dans cet inter-dit, je dirai plus, comme une éloquence.

 

 

La séduction c’est comme une lecture de l’autre, lettre à lettre, et non comme un mot complet ; c’est un « je ne sais ni lire ni écrire », je ne sais qu’épeler structurant lettre à lettre l’espace de la signification. Chaque lettre est un monde, chaque mot un univers.

 

 

                            
Lire lettre après lettre, c’est comprendre la constitution des choses selon leur essence, c’est saisir le balbutiement du langage qui se crée, qui éclôt à la lumière du monde. Lire les mots, c’est s’enfermer dans la totalité, sans avoir parcouru le chemin difficile de l’assemblage d’une lettre à l’autre, sans comprendre le cheminement secret du passage de l’une à l’autre, de la création du sens qui s’ajoute à chaque lettre dans sa relation aux autres.

 

 

Dans cet entre-deux, le rapport introduit le non-repos, l’inquiétude, la remise en question. Il s’agit d’être ébranlé, mis en échec, débordé, de vibrer à ses limites. C’est le refus de me rendre  maître de la liberté de l’autre pour que, par son libre arbitre, il puisse me reconnaître à son tour.

 

 

C’est un ternaire qui échappe à la synthèse : un ternaire non pas clos par le définitif comme dans la pensée maïeutique, celle qui présuppose une vérité à découvrir et où thèse et antithèse se confondent dans l’accomplissement du Un de la certitude détenue par Platon. Non,  c’est un ternaire ouvert sur la relation elle-même, non pas immanente mais transcendante et qui laisse à chacun, dans la relation, sa capacité réciproque d’être un devenir.

 

 

Les relations sont alors des incarnations de l’autre inné dans l’autre rencontré, et ce face à face qui ne fait rien pour nous conserver en vie, nous donne cependant le pressentiment de l’éternité; car toute rencontre n’est ni l’initialisation ni le terme du chemin ; elle en est éternellement le milieu.

 

 

La séduction c’est comme la parole de Rabbi Nahman de Braslaw : Il est interdit d’être vieux ; il est interdit d’être un crâne, achevé et immuable.

 

 

 

 

Alors, la Franc-Maçonnerie peut-être considérée comme un voyage de vie dans de semblables directions.

 

 

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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

30 - MARIH et l’aludel

 

 

 

E

 

lle était là, maintenant, sous le drap noir. Dans cette obscurité qui l’habillait complètement, sa pensée demeurait comme une lueur. Ici nulle propension pour la suavité d’un étrange nihilisme romantique, mais l’attente, le recueillement devant ce dés-arrangement d’avec les forces de la vie. Non pas simple délétion, mais comme l’obligation d’aller à la rencontre de ce qui tient toute la vie en l’état. Murmures intérieurs vers l’évènement le plus silencieux. C’est la rencontre pour l’être humain de ces instants intimes, comme une fluidité qui fait retour sans égard pour la durée, l’implosion dans un temps vrai, la mort comme grande affirmatrice de la vie.

 

 

Tu es le dernier M\exalté, ma S\, alors tu feras le mort. Le très resp\ M\ l’avait désignée ainsi pour être cet acteur du psychodrame prévu à cette tenue d’élévation de son bien-aimé F\Christophe, son comp\ d’enfance qui l’avait rejointe en F\M\quelques mois après sa propre naissance initiatique.

 

                                                                

 

Elle avait été installée, couchée à terre, la tête vers l’occident, elle avait machinalement replié sa jambe droite comme il convenait. Elle savait qu’au-delà de la ligne noire qui l’enveloppait il y avait une mise en scène. Un bijou à ses pieds, un linge souillé de sang par-dessus le suaire crépusculaire.

 

C’est plus grand qu’un bandeau, ironisa-t-elle en elle-même.

 

Le voile, sur elle, ne l’empêchait pas de voir cette fois-ci, car elle savait. Elle n’était pas séparée des autres, mais bien avec eux, participant, depuis sa place, du même rituel, de la même dramaturgie, seulement dans un rôle différent. Ni sur les col\, ni à l’Or\, ni entre les col\, ni sur le parvis.

 

L’évidence de son expression corporelle la mettait hors du mouvement de la vie, elle était là, sans personnalité à montrer, sans qu’on tienne compte de son absence. Elle était au centre, mais elle avait disparu et tout continuait sans elle, sans attente d’elle sinon qu’elle soit morte. Marih était avec la mort, pas seulement celle de son ego, elle était l’assassiné.

 

 

«Jésus dit : Qu’on me montre cette pierre que ceux qui construisent ont rejetée ! C’est la pierre d’angle ! ».  Logion70

 

 

Tiens je ressemble à un pendu tiré d’une carte de tarot. Je suis pendue par un pied, sans être vraiment attachée, suppliciée comme un chrétien primitif. Un frisson d’empathie lui déchira les entrailles à la pensée de toutes les tortures infligées depuis le commencement de l’histoire humaine.

 

Je suis le-pendu, murmura-t-elle, comme en s’adressant à l’obscurité et en écho elle entendit pendu-le et elle sourit à son attitude, son inversion spatiale lui permettait de mieux faire circuler les énergies, un monde à l’envers, où ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et alors elle se vit, non plus dansant au bout d’une corde, mais dansant sur un pied, entre deux arbres bourgeonnant. Le gibet était devenu J\B\, ses chères col\, celles qui ouvrent  le passage, les pas-sages qui mènent à la lumière du Delta.

 

L’idée de son renversement par rapport à la loge  lui rappela l’exergue, gravé sur bois, en image circulaire, qui accompagne le traité de Basile Valentin où elle avait retrouvé l’origine du mot vitriol du cabinet de réflexion. Il écrivait ainsi Basile Valentin :

 

« Fais que ce qui est dessus soit dessous, que le visible soit invisible, le corporel incorporel, et fait derechef que ce qui est dessous soit dessus, l'invisible rendu visible, et l'incorporel corporel, et de cela dépend entièrement toute la perfection de l'art, où néanmoins habitent la mort et la vie, la génération et la corruption ».

 

En haut de la figure paradigmatique à laquelle elle pensait, il y a le signe alchimique de l’accomplissement du Grand Œuvre, renversement de l’idéogramme du soufre, comme un pendu, placé sous le Graal qui reçoit, ensemble, les fluides du soleil et de la lune.

 

Le soleil et la lune ont pris comme couche hiérogamique le calice du graal ce qui lui fit penser comme Carl Gustav Jung: Le Rouge et le Blanc sont, alors, Roi et Reine et peuvent célébrer leurs noces chimiques.

 

Sa pensée vagabonde l’avait retirée de la cérémonie qui se poursuivait sans elle.

 

J\ rouge, B\ blanc, moi noire ! « Moi, noire, harmonieuse, fille de Ieroushalaïm comme une tente de Qédar, comme une tenture de Shelomon. Ne me voyez pas, moi la noirâtre : oui, le soleil en moi s'est miré ». Ainsi  s’exprime la sulamite du Cantique des Cantiques.

 

Je suis donc cette terre noire, terre fertile dont je dois extraire la fécondité cachée et l’esprit qui s’y trouve inclus. Je suis l’Al-Kemiya, la terre d’Egypte. Le cabinet chtonien des réflexions, l’épreuve du bandeau, la cérémonie d’initiation, accouchement  issu des ténèbres lui avaient déjà dit tout cela. L’œuvre au noir avait ainsi commencé.

 

Je suis la vierge noire des commencements. La Vierge Noire est  «  la Lumière d'avant la séparation de la lumière et des ténèbres », le monde de « la substance universelle ténébreuse». Cette Ténèbre, « c'est celle que nos mystiques désignent comme Nuit de lumière, Noir lumineux, Lumière noire ». Elle est «  la Lumière du non-manifesté ». "J'étais avant qu'il formât aucune créature. J'étais de toute éternité avant que la terre ne fut créée" et encore "J'étais avec lui et je réglais toutes choses". Dans ce texte il s'agit bien de l'essence des choses. Eh bien ce texte est une épître qui est lue à la messe de l'Immaculée Conception.

 

 

 

Ce que l'on peut dire avec Fulcanelli, c'est que les litanies nous apprennent que la Vierge est le vase qui contient l'esprit des choses : "Vas Spirituale".

 

Marie, Vierge et Mère, représente donc la forme, elle est Binah de l’arbre des séphirot. Elle est indiscutablement la matrice primitive, elle est la materia prima, elle est au commencement du Grand Oeuvre.

 

Et l'on sait que c'est en retournant dans le sein maternel qui les avait jadis formés que les métaux vulgaires se changent en métaux philosophiques, on dit qu'ils sont réincrudés, c'est-à-dire remis dans un état voisin de leur état de perfection originel; ils sont devenus vivants ou philosophiques.

 

N'est  ce pas là aussi un sens de notre passage par le cabinet de réflexion où, à l'issue d'un plongeon cosmogénétique, l'impétrant renaîtra fils de la Vierge , vivant et transmué. On pourrait dire adoubé.

 

Pour les Celtes, la terre est la mère nourricière, féminine donc et enfantant les humains. Ils rendent dans leur culte hommage à la femme, en la déesse Bélisama, qui dans le panthéon celte, était la sœur de Belen, le grand dieu des Gaules et la personnification du Soleil., ce que la religion du crucifié récupéra avec la vierge marie.

 

A Chartres, bien longtemps avant la naissance du Christ, les Celtes honoraient « une vierge qui doit enfanter », qui deviendra une vierge noire avec les chrétiens.

 

Le cube de Matière Noire est alors destiné à représenter symboliquement notre Mater noire, Mère Vierge en parthénogenèse, puisque pleine de potentiel de Vie, phalliquement dressée, et organisant l'incubation humaine afin qu'il se fasse dieu. Autrefois, les Vierges noires étaient souvent représentées accompagnées de symboles phalliques. Les premières auraient d'ailleurs dérivé des … menhirs, qui eux aussi sont de la pierre, c'est-à-dire de la terre, qui insémine la Terre.

 

 

La condition primordiale essentielle de tout travail de génération est l’absence de lumière solaire. Fécondation et génération ne s’opèrent que dans une obscurité complète. La vie commence dans les profondeurs du noir pour tous les règnes vivants, même pour les gemmes qui deviendront éclat de lumière. C’est à partir du noir que se font les commencements. La première marche sur laquelle le comp\ monte lors de son augmentation de salaire au rite de Salomon est, évidemment, noire. Pour atteindre la lumière sur la cinquième marche blanche il faut passer depuis la terre noire  par l’air bleu, l’eau verte et le feu rouge et sur chaque marche à gravir, un vase contenant les 5 aspects de la transmutation du grain de blé en germe, en tige, en épi et à nouveau en grain, attestent du cycle de l’initiation : mort et résurrection. Que les corps soient mis en putréfaction et deviennent terre noire, et quand vous verrez cette matière devenue noire, réjouissez-vous car c’est le commencement des opérations. Et la putréfaction est nécessaire.

 

 

Le temple à couvert, bien fermé, c’est l’aludel luté, où peut commencer l’œuvre au noir, dispersion et dissolution de l’être dans la renaissance initiatique. Comme une invite à l’alchimie, le rouge et le blanc des 2 col\forment un système duel et attestent qu’une tenue c’est l’opération au cours de laquelle, du creuset-loge doit naître l’or pur réalisé par l’union du soufre et du mercure. Et le F\M\parvient à l’œuvre au blanc quand scintille la surface de la materia prima en fusion, quand l’étoile flamboie dans la pâte originelle, quand il passe de la pierre brute à la lumière, de la vierge à l’étoile.

 

 

Quelle idée me donnerez-vous de la nature ? demande-t-on dans les instructions pour le grade d'Adepte ou apprenti Philosophe sublime et inconnu.

 

Il est fait réponse : Elle n'est point visible, quoiqu'elle agisse visiblement, car ce n'est qu'un esprit volatil, qui fait son office dans les corps, et qui est animé par l'esprit universel, que nous connaissons en maçonnerie vulgaire, sous le respectable emblème de l'Étoile flamboyante.

 

 

Comme le Dragon naît dans la noirceur et est nourri de son Mercure et se tue lui-même et est enseveli, de même, l’eau devient blanche. Voici l’eau entièrement nettoyée de sa noirceur et ayant la couleur du lait, et plusieurs couleurs apparaissent durant la noirceur.

 

Le noir, le blanc et le rouge sont les trois couleurs cardinales de l'oeuvre. Il y en a d'autres, et notamment la couleur jaune-orangée qui annonce symboliquement l'aurore. Les trois couleurs n'existent probablement pas « physiquement », et selon Tollius et Fulcanelli, c'est par l'esprit qu'il faut et les percevoir et les comprendre.

 

 

Sous le voile-tertre, Marih se souvint de ce frémissement qu’elle avait eu en lisant Fulcanelli et ce ne fut pas une hémérèse, l’action d’un jour.

 

Bien que l’enseignement de la loge soit éromatique (c'est-à-dire une méthode qui procède  par questions), elle avait eu besoin des livres, de l’étude solitaire de textes qui l’avaient traversée. Elle avait fait corps avec les paroles trouvées sur son chemin, imprimées comme des cailloux blancs, dans les textes que le hasard, ou la nécessité, avait bien voulu offrir à son esprit, comme des semences.

 

Avec eux elle avait eu ainsi d’autres M\ que ceux de son atelier et qui lui avaient, en plus, ouvert d’autres voies de son être.

 

 

« Voici que devant ta face, j’envoie un ange qui préparera ta voie devant toi ».

 

 

Ce furent des danses pour l’esprit, des plaisirs de se comprendre au monde, à l’Existence, de trouver un passage à travers les mots de ses M\qui lui firent reculer l’inconnu et jetèrent une lumière sur elle. La clef des nombres, tout particulièrement, celle qu’elle trouva dans la « quête de la parole perdue » de José Bonifacio lui avait révélé sa propre compréhension de l’Unité dans sa manifestation et elle avait pu l’approcher avec le langage mystique des mathématiques et de la géométrie. Elle était entrée dans l’univers de Pythagore en comprenant les rapports du temps et de l’espace, des noms de Dieu et de leur manifestation dans les nombres Π et Φ, les lettres et les formes contenues dans l’unité du cercle qui se déduisent du 1 et du 2, l’équivalence des énergies vibratoires des sons et des couleurs. Elle y avait trouvé un sens au mot transcendance, mais c’est dans le silence qu’elle s’était rapprochée du mot suprême. Il suffit parfois d’une explication pour que s’éclaire tout ce qui avait été enfoui au préalable en attente de cette parole lumineuse révélatrice. La pensée est un fluide qui se répand, forme et transforme.

 

Que disaient-ils déjà ces adeptes qui savaient ? Tu pourras te rendre invisible, évoquer les morts et franchir instantanément toutes les distances ! La promesse d’une anagogie, de l’élévation de l’âme jusqu’aux choses célestes !

 

Mais son corps se rappela à elle. Elle avait soif, car l’air était devenu chaud sous le drap. Mais elle avait surtout une soif spirituelle. Si la quête est une démarche, c’est aussi mendier. Ne lui avait-on pas dit demande et l’on te donnera !

 

 

« Jésus dit : celui qui boira à ma bouche sera comme moi, quant à moi je deviendrai ce qu’il est et ce qui est caché sera révélé ». Logion 112.

 

 

C’est en leur faisant boire un philtre d’amour que, comme les deux grands luminaires, les astres hermétiques qui sont F\ et S\ s’uniront de manière charnelle. Et que de légendes ont raconté cela sous l’allégorie des amours destinales des amants ayant partagé la coupe qui contenait le breuvage fatal. Ce filtre c’est le très précieux sel, tenu en solution dans les eaux supérieures.

 

Ce médiateur, il est possible de l’extraire de la rosée que les philosophes désignent comme étant l’eau salée de leur mer et qui fut tant chantée :

 

On l’appelle la Rosée du ciel

 

De laquelle la fleur des champs est arrosée

 

Connue des sages par l’Amour

 

Et délicieuse de possession.

 

Ou encore :

 

Le ciel est immense et revêt les campagnes de lumière     pourprée où l’on a reconnu ses astres et son soleil.

 

Voilà bien ici, soulignée toute l’importance des célestes vertus de la Rose de Mai pensa Marih. La collecte de l’inestimable rosée a lieu traditionnellement en lune croissante de printemps, au moment où le soleil traverse les signes zodiacaux du bélier, du taureau et des gémeaux, tel que l’indique clairement le Mutus Liber (le livre sans parole, dans lequel est toutefois présenté en figures hiéroglyphiques la totalité de la philosophie hermétique). Le Bélier est l’Hermès Criophore (qui porte un bélier), qui est le même que Jupiter ou Ammon. Le Taureau, dont les cornes dessinent le croissant, attribut de Diane et d’Isis, s’identifiant avec la vache, l’amante de Jupiter, est la Lune des philosophes. Ces deux animaux personnifient les deux natures de la Pierre. Sous les symboles du Bélier et du Taureau sont donc voilées les deux matières premières de l'œuvre.

 

La lumière que la lune nous envoie n’est qu’un emprunt de celle du soleil à laquelle vient se mêler la lumière des autres astres. La lune est ainsi le réceptacle et la source de l’eau vive des philosophes.

 

Et comme Virgile dans les Bucoliques, Marih pensa  à « La lune verseuse de rosée » ou encore à « l’exsudation des astres », selon le mot de Paracelse ; principalement de la lune et pour qui la rosée devint tout naturellement l’eau de la lune. Les sages savent que le sang minéral dont ils ont besoin pour animer le corps fixe et inerte de l’or, la rosée, cette menstrue ignée, n’est qu’une condensation de l’esprit universel, âme de toute chose et que cette condensation humide ne s’accomplit que la nuit à la faveur des ténèbres, du ciel pur et de l’air calme.

 

Un ciel noir était au-dessus d’elle. La paix était en elle. Et la voici soudain dans un autre aspect de son propre monde. La lumière vient progressivement, lentement puis, à force de progresser, elle monte de l’être qui reçoit la paix pour les épreuves infligées par sa vie limitée comme un inestimable salaire.

 

La terra alchimique, chaotique, inerte et stérile ne contient-elle pas, néanmoins, le ciel philosophique ? La pierre cubique ne contient-elle pas la pierre cubique à pointe ? La pierre d’agate taillée en forme quadrangulaire ne contient-elle pas les mots secrets de l’Art Royal? C’est dans le 7 que se proclamera leurs noces alchimiques, étoile illuminante que l’on retrouve en permanence, dans les allégories alchimiques, tracée dans l’heptagone qui éclaire d’harmonie le macrocosme.

 

Et c’est à l’aide du feu secret que se séparent, dans le petit monde, les parties cristallines, lumineuses, ténébreuses et grossières.

 

 

Jésus dit : J’ai jeté un feu sur l’univers et voici : je veille sur lui jusqu’à ce qu’il embrase. Logion 10

 

 

La cérémonie était avancée. Elle le comprit quand le Gr\Exp\ enjamba son corps pour montrer la voie au futur M\ son ami d’enfance, alors elle revint en pensée vers Christophe, qui, à son tour, en suivant, devra traverser le 3, le 5 et le 7, les dimensions du sarcophage. Marih sentait sa présence juste au-dessus de sa tête.

 

 

Jésus dit : Celui qui est près de moi est près du feu, et celui qui est loin de moi est loin du royaume. Logion 86

 

 

Christophe, faisait face, symboliquement, maintenant, à la coupe transversale d’un cercueil, figure de pentagramme où loge l’étoile.

 

 

C’était le moment où la troisième dimension allait lui être donnée, l’élévation pour lui permettre la chute et le relèvement.

 

Comme elle l’aimait ce F\, de cette tendresse nourrie depuis la jeunesse, de ce qu’ils avaient partagé, leur vie. Il lui avait offert de merveilleuses épreuves en lui permettant de souvent sacrifier son ego à leur amitié. Les assassins sont parfois si beaux qu’ils font pâlir le jour. Elle savait que l’initié sacrifie pour rendre sacré. Que le sacrifice n’engendre pas forcément la souffrance, mais modifie un comportement, un sentiment ou une idée pour passer à un état de conscience conforme au sens de la vie. Maintenant elle se sentait agrandie de ce à quoi elle avait renoncé, comme une terre agrandie par la lune en s’étant séparée d’elle.

 

Devenue M\ elle s’était sentie accompagnée d’une présence, un quelque chose qui l’obligeait à accepter les épreuves avec une énergie de paix et d’espérance. Ses ténèbres, ses orages, ses tourments, que la vie ne lui avait pas épargnés, étaient devenus des sources incessantes de deuils fertilisés sur les tombeaux de ses expériences.

 

 

L’unité et l’infini sont les deux noms d’une seule et unique chose et la  voie de l’absolu n’est pas une progression véritable mais une ascèse.

 

12ème méditation de Grillot de Givry.

 

 

Christophe était un autre lui-même, un autre « je », le F\ d’une nature différente de la sienne avec son humanité plus ou moins grande qui avait cheminé sur la même route qu’elle.

 

Je le sens égal bien que différent, je sais que lui aussi ressent la même chose quand il m’embrasse par trois fois et me sourit. Lui Christophe mais aussi tous les F\et S\, comme je les aime. Comme j’ai aimé toutes ces musiques de la vie qui nous ont enveloppés de temps inexprimables se dit-elle. Comme j’aime ces chaînes d’union, où les mains qui reçoivent reversent par la main qui donne le fluide qui nous parcourt, où chacun devient lune et garde sur sa peau l’accumulation des traces d’amour laissées, tenue après tenue, comme une couche de sel vivifiant.

 

 

Dans l’attente qu’on la délivre, une pensée préoccupa Marih.

 

Il faudra que je dise à Christophe une parole fondatrice quand je le féliciterai tout à l’heure, mais que la dire soit un verbe et non un bruit. Comment mettre un cerne sémantique en quelques mots pour dire la reconnaissance qui ne soit ni un bravo ni un merci. Il faut bien se résoudre ; bon je lui dirai : je t’aime pour ce que tu es, pas pour ce que je voudrai que tu sois. Je t’aime, non pour le manque que tu combles en moi, mais pour la lumière que tu me donnes en toi.

 

 

Jésus dit : si une lumière existe à l’intérieur d’une créature lumineuse, alors elle illumine l’univers tout entier ! Et si elle n’illumine point, elle est une ténèbre. Logion 28

 

 

Voilà c’est cela je lui dirai simplement au-devant de tous : Tu nous illumines !!

 

 

Jésus dit souvent : Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende !

 

 

Au moment où Christophe traversa le cadavre, elle se laissa glisser doucement et il lui sembla entrer dans une fontaine, senti sur elle une eau qui ne mouille pas et retrouva sur ses lèvres le goût du lait maternel. Elle eut une vision, celle de cette peinture d’une petite église du Tyrol où elle avait lu une inscription latine et dont elle se souvenait de la traduction. Tandis que le sang s’écoule de la blessure bénie du Christ et que la vierge sainte presse son sein virginal, le lait et le sang jaillissent, se mélangent et deviennent la fontaine de Vie et la source du Bien.

 

 

            Hypotypose du Rouge et du Blanc !

 

 

 

Marih se rappela les paroles d’Alain Pozarnik : Il faut disparaître entièrement au moment où la vérité nous illumine et être recréé à l’heure même de cette illumination. Dans l’acceptation qu’elle avait de vivre l’inéluctable réalité, son âme rencontra l’amour et la sagesse, à moins que la sagesse ne soit que le résultat de l’amour. Il lui avait fallu beaucoup d’humilité pour renoncer à la force de son insubordination.

 

Sous le drap-athanor, elle sentit quelque chose de plus intime, une lumière bienveillante en elle qui complétait sa nature zoologique. Depuis qu’elle avait vu l’étoile, elle connaissait l’axe androgynique de sa matérialité et de sa spiritualité.

 

 

Jésus dit : Voici, moi, je l’attirerai pour que je la rende mâle afin qu’elle aussi devienne un esprit vivant pareil à vous les mâles ! Car toute femme qui sera faite mâle entrera dans le Royaume des  cieux. Logion 118

 

 

Les saveurs des premières tenues qui avaient enflammé son âme étaient-elles seulement les marques de la découverte d’horizons mentaux nouveaux, l’excitation intellectuelle de limites repoussées ? Elle savait aujourd’hui que ce ne fut pas que cela. Il y eut des ouvertures, des clartés incommunicables, des méditations germinantes. Les curiosités intellectuelles devinrent un penchant naturel, une nécessité impérieuse de sentir l’axe de son être intérieur et sur cet axe, tout son être aspirait à être juste, c'est-à-dire à servir la conscience qu’elle avait du Bien.

 

Une main souleva alors le drap noir, elle entendit une note lumineuse qui lui sembla contenir toutes les vibrations de l’univers, un « concerto pour 4 consonnes sans voyelles ». Pendant que Christophe s’approchait du maillet létal, le M\des Cér\ souleva le voile sombre pour qu’elle  laissât sa place à celui qui allait devenir Hiram.

 

 

 

Stupéfaction ! A l’endroit où Marih avait été le gisant, il n’y avait plus qu’une petite flaque, une ombre humide, verdâtre mais scintillante, quelques lambeaux d’une étoffe qui avait été blanche, un pétale de mandragore, une plume de Simorgh et, là où avait été son cou, restait un collier d’adrézarach, chapelet de graines comme celui que l’on trouva sur les ossements d’Esméralda dans les caves de Montfaucon.

 

 

Au  moment où le M\Christophe reçut le coup fatal, la douleur lui fit couler une larme de rosée qui glissa sur sa joue comme une perle de lumière.

Si la femme blanche est donnée en mariage à l'époux rouge tous deux bientôt s'embrassent et s'accouplent. Ils se dissolvent eux-mêmes et s'accomplissent aussi eux-mêmes afin qu'après avoir été deux, ils deviennent en quelque sorte un seul corps

 

 


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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

29 – Le JEU de la mort , la mort du JE

 

 

C

 

ontrairement à ce que l’on pourrait croire, l’idée d’une mort définitive, qui met un point final irrémédiable aux espoirs et aux calculs, est une conquête relativement tardive du rationalisme pessimiste. Pour la conscience primitive, la mort n’est jamais sans lendemain, la survivance va de soi. Selon la plupart des historiens, la sépulture du défunt en position accroupie, très fréquente dès l’époque préhistorique, habituelle dans le rituel égyptien, était destinée à préparer une nouvelle naissance.

 

 Le cadavre étant placé en terre dans la même attitude que l’embryon dans le ventre maternel, l’enterrement marquait le commencement de la vie nouvelle.

 

De fait, chez beaucoup de peuples primitifs, l’enfant nouveau-né passe pour un mort qui revient: on lui donne le nom de son aïeul ou d’un autre individu récemment décédé, on place près de lui divers objets usuels ayant appartenu à un défunt.

 

A côté de vous fut placée la branche d’acacia et vous avez accueilli en vous ce héros mythique qu’est  le M\Hiram. La mort des dieux et des héros n’est-elle que provisoire ? L’existence du héros ou du dieu mythique se déroule selon un schéma déterminé: après être mort sous les coups de son ennemi, il est vengé et ressuscite; l’Osiris égyptien périt dans une embûche tendue par Seth ou par Typhon, mais son épouse Isis et son fils Horus recherchent ses restes dispersés, les réunissent et leur redonnent vie; en Grèce, son homologue est Dionysos-Zagreus : né d’une union illégitime de Zeus, l’enfant Dionysos encourt la haine d’Héra, qui le fait assassiner et mettre en pièces par les Titans; mais une autre divinité, Apollon ou Athéna, rassemble les membres suppliciés, et le jeune dieu reprend vie; la biographie d’Attis, également, comporte castration, mort et renaissance.

 

On n’en finirait pas d’énumérer les dieux dont l’histoire est conforme à cet itinéraire, dans lequel s’inscrit aussi celui d’Hiram.

 

Mais la consécution de la mort et de la résurrection ne figure pas seulement dans la légende; elle reparaît dans les cérémonies du culte et, parallèlement, dans la vie religieuse des adeptes.

 

Chaque fois, comme la première fois, le deuil s’efface sans transition devant l’allégresse; ce renversement de l’affectivité s’exprime dans toutes les civilisations. N’avons nous pas salué la renaissance d’Hiram ?

 

Ainsi chez les anciens Hébreux: « Ceux qui sèment dans les larmes moissonnent avec des cris de joie: il marche tout en pleurant, celui qui porte la semence des semailles, puis il revient avec des cris de joie, quand il porte ses gerbes» (Ps. CXXVI, 5-6). Tous les cultes comportent des rites de passage, et ce sont eux notamment qui intègrent une mort et une résurrection symboliques. Dans ces rites de passage privilégiés qu’étaient en Grèce les initiations aux mystères, l’initié meurt et renaît à l’imitation du dieu. Dans Les Métamorphoses (XI, 21) écrit par le philosophe platonicien et romancier latin Apulée (IIe s. de notre ère), il est raconté une initiation aux mystères d’Isis, écoutons-la : «L’acte même de l’initiation figure une mort volontaire et un salut obtenu par grâce. Les mortels qui, parvenus au terme de l’existence, foulent le seuil où finit la lumière, et à la condition que l’on puisse leur confier sans crainte les augustes secrets de la religion, la puissance de la déesse les attire à elle, les fait renaître en quelque sorte par l’effet de sa providence, et leur ouvre, en leur rendant la vie, une carrière nouvelle». C’est par des psychodrames, des jeux de rôles fixés par les rituels que vous avez été confrontés à la violence, à la mort depuis votre entrée en F\M\

 

A l'égal du conte de fées, le jeu de rôles prend l'adolescent là où il se trouve sur le plan psychique, pour  l'emmener vers son devenir d’adulte.

 

Cette remarque permet de répondre à la question ; à quel type de rencontre prépare le jeu de rôles maç\? Le jeu de rôles permet de  créer un nouveau « père » accessible émotionnellement  auquel il est   possible de s'identifier. Celui-ci permettra à l'adolescent de quitter son statut d'adolescent pour accéder au statut de l'homme adulte.  La cérémonie d ‘élévation à la Maîtrise fait de vous des adultes F\M\auxquels sont rattachés la totalité des droits et des devoirs du F\M\

 

Le jeu de rôles prépare, certes, à la confrontation au père, dans toutes ses formes emblématiques, qu’elles soient celle du pouvoir ou celles de la loi. Mais en tant que mécanisme de défense, il fait aussi l'économie de la confrontation à la réalité. Cela repousse donc l'échéance de l'accès à la maturité. Nous le voyons clairement, le jeu oscille entre le mécanisme de défense et le mécanisme de l'apprentissage. Le jeu de rôle peut devenir pathologique si le joueur joue sans cesse sans se confronter à la réalité pour y " faire ses preuves ", pour traverser les épreuves du réel. Et si les premiers pas vers le futur développement seraient la  reconnaissance et l'acceptation positive de l'agressivité que le F\M\ exprime dans les jeux de rôles des différentes épreuves des rituels de passage ?

 

La reconnaissance de  son agressivité va le faire accéder à un potentiel énergétique   immense (la partie obscure de son être)  Celle-ci va lui permettre de  trancher des questions, de tolérer des tensions et de pouvoir s'engager.

 

Il reconnaît alors son plaisir à manipuler son  agressivité pour la dominer. Le psychodrame de la cérémonie et du rituel offre le cadre et tous les processus nécessaires au développement psychique et à son harmonisation entre ténèbres et lumières.

 

Dans « Ma vie », C.G. Jung écrit :" la pratique rôlistique est, et a toujours été, un art. L'art véritable est créateur, et ce qui crée est au-delà de toute théorie. C'est pourquoi je dis à tout débutant : apprenez les règles aussi bien que vous le pourrez, mais laissez-les de côté dès que vous toucherez les merveilles de l'âme vivante.

 

Ce ne sont pas les théories, mais votre personnalité créatrice qui sera décisive ".

 

 

Alors que faire de notre violence ?

 

 

Il n’est pas question de prendre les armes, ni d’enfermer les individus violents. Car le problème de base à éclaircir est que nous sommes tous plus ou moins violents. Oui, plus ou moins, selon les circonstances.

 

Bien évidemment, nous sommes tous des êtres civilisés et bien pensants et bienveillants. Le seul et unique point faible de toutes les argumentations est que personne n’est prêt à admettre sa propre violence. Notre culture nous persuade que cette fameuse énergie destructrice est le résultat d’une frustration extérieure. La psychanalyse nous donne une formule simple ; la frustration induit l’agression. Ce message très sain est perverti par les individus qui refusent de reconnaître que la violence est inhérente à la vie.

 

D’ailleurs une autre équation simple nous dit : « Sans agression pas de vie possible. Il faut tuer pour survivre, pour manger, etc… ! » Cela nous le savions depuis longtemps, et il faut se rendre compte que le simple fait de naître est un acte violent pour la mère et surtout pour l’enfant. Son cri primordial est-il, dans son passage de l’eau à l’air, l’effroi de sa mort annoncée ?

 

Lorsqu’une étoile géante rouge meurt, elle détruit tout son système solaire avec toutes les planètes qu’il comportait. Mais cet acte destructeur libère dans l’espace les poussières de la vie. Ces particules chimiques libérées en vastes quantités vont essaimer la vie ailleurs, un peu plus loin. La mort d’Hiram est nécessaire pour qu’il s’incarne en nous.

 

Mon F\V., mon F\R., tu es sorti de la putréfaction alchimique, et en toi revit Hiram.

 

 

 

 

Ce retrait de toi-même pour lui laisser sa dimension t’enlève ta plénitude individuelle, mais cela t’ouvre les portes du plus grand des mystères, la mise en perspective de la vie et de la mort.

 

 

 

Ce détachement de toi-même, puisses-tu en faire un  travail qui consiste à tuer la mort pour la transmuter en éternité.

 

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