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18 mai 2014 7 18 /05 /mai /2014 09:54
Mélancolie(s)

Mélancolie(s)

La mélancolie comme une nature infinie qui vous submerge jusqu’à la félicité.

Lorsque le soir tombe, je suis souvent prise de mélancolie, un bonheur d’être triste comme dirait Victor Hugo, devant la beauté du monde ; moi qui voudrais mourir en regardant la mer. Est-ce une passion triste? Est-ce l’attente d’une compréhension du sens de la vie qui me procurerait la sérénité de notre finitude ? J’ai trouvé dans une gravure d’Albrecht Dürer l’expression vertigineuse de ces mêmes questionnements, une illustration qui réenchante mes souvenirs imagés de contes de fée.

I Mélancolie

Cette disposition d'âme a occupé l'Occident en touchant au cœur des problèmes auxquels l'homme est aujourd'hui sensible en passant de l'histoire à la philosophie, de la médecine à la psychiatrie, de la religion à la théologie, de la littérature à l'art. L'iconographie de la mélancolie est d'une infinie richesse et il n'est donc pas étonnant que ce soit l'histoire de l'art qui ait su la première fournir les bases de cette nouvelle approche de l'histoire culturelle du malaise saturnien.

La mélancolie a fait, tout d’abord, l'objet, sous son appellation de " dépression ", d'une approche médico-scientifique. Les médecins de l’antiquité n’y voyaient en général qu’une maladie. Ils considéraient la mélancolie comme l’une des quatre humeurs (sanguine, cholérique, mélancolique, lymphatique), tempéraments qui affectent tout les êtres humains. Mais si une d’entre elles domine trop, elle peut conduire au vice et même à la folie.

Du grec pathos, puis du latin patior, souffrir, pâtir, les passions tristes sont des états affectifs qui sont excités dans l’âme sans le secours de la volonté (Descartes). Les passions se distribuent en sentiments positifs (affection, amour...) et négatifs (haine, envie ressentiment…).

Passions tristes, cette expression est employée par Spinoza dans L’Éthique. Les passions tristes, par opposition aux passions joyeuses, diminuent le pouvoir d’agir. Ce sont toutes les passions associées à l’idée de quelque chose qui va à l’encontre du conatus, c’est-à-dire de l’effort physique, intellectuel ou moral, telle la haine, la crainte, l’envie, la colère, la honte, la pitié. Par nature mauvaises, elles diminuent la puissance d’agir et tendent à rendre les hommes ombrageux et inconséquents. Nous éprouvons de la tristesse lorsque nous rencontrons un corps qui ne convient pas avec le nôtre, tout se passe comme si la puissance de ce corps s'opposait au nôtre. Notre puissance d'agir c'est-à-dire notre conatus en est empêché. Nous éprouvons alors de la tristesse.

Cette « torpeur de l’esprit qui ne peut entreprendre le bien » n’était pas une simple paresse au sens de fainéantise, elle était considérée par les chrétiens comme un grave péché. Les passions tristes sont reprises par le christianisme sous la forme des 7 pêchés capitaux identifiés par Thomas d'Aquin comme : l’acédie (l’ennui) ou paresse spirituelle, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l’envie). De l’ennui existentiel, Baudelaire poétisant le spleen, écrit : Dans la ménagerie infâme de nos vices, Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde ! Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris, Il ferait volontiers de la terre un débris Et dans un bâillement avalerait le monde ; C'est l'Ennui !

Nietzsche trouve un remède à la mélancolie en assignant à la musique, non pas la gaieté à tout prix, mais la perfection, l’achèvement des états du corps et du désir, surtout des affects, sentiments et passions, y compris par le jeu cathartique et reposant (ou apaisant) de la mélancolie. Les passions doivent ainsi se « spiritualiser » ou se « sublimer » par les rythmes, les mélodies et les harmonies de la musique. C’est ainsi que le corps et l’âme deviennent légers, « de belle humeur », autrement dit, la musique est non point un narcotique, un opium du peuple, mais le moyen du dépassement de soi, de l’accomplissement physique et moral sans négation de soi et sans négation de la vie ni du corps. Cette paix de l’accomplissement, Nietzsche l’appelle parfois aussi le bonheur. De même, Rousseau fait-il dire à l’un de ses personnages, à propos d’un autre : La musique remplira les vides du silence, le laissera rêver, et changera par degrés sa douleur en mélancolie.

Cependant, la mélancolie, par tradition cause de souffrance et de folie, est aussi considérée depuis l'Antiquité comme le tempérament des hommes marqués par la grandeur ; sa désignation comme " maladie sacrée " induit cette dualité. Marsile Ficin, humaniste de la Renaissance, décrivit la mélancolie comme faisant alterner, voire coexister, des états de détresse et d'ardeur enthousiaste qui métamorphosent l'individu en être supérieur inspiré, divin et sinistre à ses heures, à la fois angélique et démoniaque.

La mélancolie, pour moi, n’est pas une pathologie, mais un sentiment à la fois intense et ambigu. Elle est une plénitude équivoque : il semble que coexistent, en elle, la tristesse et la joie. Un tel ressenti conduit à une tentative de saisir ce qui a lieu dans cette intensité et à expliquer pourquoi c’est à la fois saisissant et insaisissable comme une expérience initiatique. Ma mélancolie serait plutôt celle du romantisme, elle est douce mélancolie, vague mélancolie, ineffable mélancolie ; elle ne peut être dite qu’en disant : elle est un je-ne-sais-quoi.

Durer a transcrit ce « je-ne-sais-quoi» dans sa célèbre gravure sur cuivre.

II Melencolia

La scène se situe sur un lieu en hauteur, offrant une vue… sur la mer et une côte urbanisée.

Un personnage ailé occupe une moitié diagonale de l’espace, captant le regard par l’importance spatiale de sa représentation ; la robe, dont il est vêtu, et son visage évoquent une femme, sa silhouette massive le rende étrangement masculin, ni homme, ni femme, forcément, parce que c’est un ange. Assis devant un bâtiment sans fenêtre, le coude gauche appuyé sur son genou, l’ange tient sa tête dans une pose triste ou pensive. Dans sa main droite il tient un compas, l’avant-bras prenant appui sur une tablette, l’esprit ailleurs, le regard perdu dans le lointain. Le regard sérieux, la créature a dû écrire quelque chose sur cette tablette avec la pointe du compas, maintenant le regard est pensif, peut-être même triste.

A l’arrière plan, le rivage au soleil couchant est couronné d’un arc-en-ciel blanc et sur un phylactère, présenté dans le ciel par une créature ailée, genre chauve-souris ou dragon volant, on peut lire : Melencolia § I

Aux pieds de l’ange un chien, un lévrier, est allongé, semblant s’ennuyer. A côté, traversant la gravure en diagonale, comme pour séparer le premier plan du second, une échelle repose contre le mur de la bâtisse.

Et voici un second personnage, un angelot, un putto, assis sur une roue de meunier recouverte d’un tapis qui s’appuie à cette échelle et, par opposition à la rêverie de l’ange, lui, il est concentré car il est en train d’écrire. Fait-il des devoirs donnés par l’ange ? Écrit-il parce que plus inspiré, plus savant que l’ange qui s’est arrêté dans la perplexité, faute de savoir poursuivre ? L’ange lui a-t-il confié quelque chose qu’il serait en train d’enregistrer ? Parce qu’enfantin, le putto est-il disciple de l’ange adulte ?

Et surtout, des objets posés au sol ou accrochés au bâtiment proposent un décor énigmatique. Aux pieds des personnages, oh les beaux outils ! : un soufflet, des clous, une scie, un rabot, un marteau, une règle, une sphère, des pots en étain, une tenaille dépassant à peine de dessous des plis de la robe de l’ange, tous objets de bois et métal.

Derrière l’ange, un énorme bloc, peut-être de marbre, d’une pierre taillée à 8 faces irrégulières, dont 4 visibles, empêche l’accès à l’échelle en étant levé contre elle. Si on tente de construire physiquement ce polyèdre, on a l’impression qu’il s’agit d’un volume « impossible », qui n’existe qu’à la limite d’un rhomboèdre partiellement tronqué avec un art consommé de stéréotomie. L’importance de ce volume vient de ce qu’on ne peut dire, de prime abord, si la direction du regard interrogatif et pensif du personnage central est orientée vers le phylactère ou vers cette énorme pierre.

L’ange n’est pas dans un état de somnolence mais bien plutôt en état de super-éveil. Son visage sombre et son regard fixe expriment une interrogation intense. Il a suspendu son travail, non par indolence, mais parce qu’il est devenu en attente de sens. Comme le formule Panofsky : « Ce n’est pas le sommeil qui paralyse son énergie, c’est la pensée ».

Dans sa Septième lettre, Marsile Ficin reprend la métaphore de Platon où il conte que « notre âme, après avoir contemplé les idées (justice, beauté, sagesse, harmonie) à l’état pur dans les cieux, se retrouve dégradée par les désirs des choses terrestres. Pour y échapper, l’âme peut s’envoler grâce à deux ailes, deux vertus : la justice qu’on obtient grâce à un comportement moral actif représentée sur le mur de la gravure par une balance à fléau, et la sagesse, comportement contemplatif. Le fait que Dürer représente sa Mélancolie avec des ailes pourrait en être un écho.

Sur le mur de la bâtisse, un sablier, une cloche, un cadran solaire et un carré magique de 4x4. Le carré magique est situé dans le coin supérieur droit de la gravure. Les numéros 15 et 14 apparaissent dans le milieu de la rangée du bas, indiquant la date de la gravure, 1514. Le 5, placé la tête en bas, peuts’expliquer par le fait que les chiffres arabes, d’abords utilisés dans l’abaque, n’étaient pas encore stabilisés, cela ne peut s’appliquer au 9, gravé à l’envers comme vu dans un miroir. D’autant qu’il existe un second état de la même gravure plus largement diffusé, où la position du 9 a été rectifiée.

Le carré chiffré n’est pas accroché au mur comme le sont la cloche, le sablier ou la balance, il en fait partie, construit comme une fenêtre selon les plans de l’architecte. Selon la remarque d’un proche de Dürer, qui traduisit en latin sa théorie de la proportion humaine. : il faut observer à la presque fenêtre la toile des araignées, ainsi les nombres, comme des araignées dont le rôle est de tisser un diagramme à l’aide d’un fil, vont de 1 à 16 structurant un gnomon carré magique ; les sommes dans chacune des lignes, colonnes et diagonales, ainsi que la somme des quatre nombres du milieu, sont toutes de 34. En outre, toute paire de nombres placés de façon symétrique par rapport au centre du carré conduit à la somme 17, une propriété qui rend le carré encore plus magique. Et je vous passe toutes les combinaisons possibles donnant une somme magique. Les astrologues de la Renaissance pensaient que le carré magique pouvait servir de traitement contre la mélancolie perçue comme état dépressif.

Cet être ailé est donc entouré d’une collection d’objets et d’instruments ayant un rapport à la géométrie (un compas, une règle, une sphère, un polyèdre), au travail artisanal ou alchimique (un rabot, un gabarit pour moulures, un marteau, des clous, des tenailles, une scie, un creuset, une échelle, une balance, un sablier avec un cadran solaire), aux nombres (un carré magique), à la littérature (un encrier, un livre fermé, une tablette) et à la musique (une cloche), collection d’objets qui donnent à penser aux arts libéraux. Symboliquement, Dürer a réuni tout cela dans une image, symboliquement je suis submergée de questions. Mais que signifie cela ?

Selon ses propres notes accompagnant un dessin préparatoire du putto, Durer nous apprend que, dans Melencolia I, les accessoires sont tous chargés d’un sens emblématique : «Schlüssel beteut Gewalt, Beutel beteut Reichtum ». Cette courte inscription, que l’on peut traduire par « la clef désigne le pouvoir, la bourse la fortune » est le seul commentaire qu’il fit. Cela est à déchiffrer dans la gravure avec le ruban, qui pend de la ceinture de l’ange, avec, à son bout, un trousseau de clefs et dans les replis de la robe, comme tombée, une bourse. Mais, aussi laconique qu’elle puisse paraître, cette note confère à chaque objet une signification symbolique et nous livre la formule qui commande à leur répartition. Dürer considère la richesse comme revenant de droit à l’artiste. Dans ses instructions à l’usage des peintres il affirme : « Si tu es pauvre tu peux atteindre à beaucoup de pouvoir par cet art », et : « Dieu donne un grand pouvoir aux hommes de talent ».

Dürer dessine un ange qui est familier de l’esprit des mathématiques et de la géométrie ainsi que des possibilités techniques qui en découlent mais qui se fige dans la contemplation face à l’infini. Nous savons, aujourd’hui, que Dürer exprimait aussi sa propre résignation devant l’impossibilité de pouvoir trouver le secret de la beauté avec les seuls moyens de la rationalité, des mathématiques et des mesures. Dürer s’interroge sur les limites des actions et du savoir humains avec le doute d’un artiste, perpétuellement inquiet ; il écrivait : « il n’appartient qu’à Dieu de soumettre, à la mesure, la beauté absolue». Lucidité, scepticisme ou pessimisme de Dürer dans un temps qui affirme au contraire un humanisme triomphant.

Dans le dédale des ces interprétations, comme le dit si bien Hartmut Böhme, aucun commentateur n'a encore réussi à donner une explication qui fasse l'unanimité. Pourtant cette réponse existe. Elle correspond au génie plus géométrique que mathématique de Dürer dont le dessin suit toujours un plan précis. Ceci est vrai non seulement pour Melencolia §I mais aussi pour trois autres de ses gravures : Adam et Eve ; Le Chevalier, la Mort et le Diable et Saint Jérôme dans sa cellule. Ensembles, elles constituent une tétralogie fondée sur l’ancienne théorie des quatre humeurs comme l’atteste le titre inscrit par son auteur sur les ailes déployées du petit dragon volant : Melencolia §I, attribuée à Saturne parce que cet astre était alors considéré comme la première et la plus haute des planètes. L’anagramme de Melencolia, limen caelo, ou « porte vers le ciel », est l’image que l’on retrouve sur le blason familial de Dürer.

Alors j’ai tiré des traits, une échelle s’est dressée sur le corps du personnage principal, parallèle à celle contre le mur ; l’ange, qui est bien en train de lire le phylactère, a son regard pointant sur le O ; j’ai trouvé des contours de cercles de rayon identique à celui de la sphère, délimitant ainsi des régions d’importance, le visage de l’ange, sa main qui tient le compas, le visage du putto, le cœur de la pierre, le soleil ; j’ai articulé le carré pour qu’il devienne carrés longs. L’ensemble des symboles, ceux de la pierre, des outils, les références aux nombres, la présence d’un astre, les mystères font, pour moi, de cette gravure une hypostase d’un tableau de loge. Cela a enchanté ma rêverie, ma recherche m’a donné un peu plus d’intimité avec l’ange avec qui je me suis mise à dialoguer, il me dit : tu vois le dragon là-bas, il ricane dans la lumière, il croit que ma mélancolie est de n’avoir pu réaliser plus de beauté, de n’être que ce dont je suis capable, de n’être pas un ravissant et studieux putto, de n’être qu’un rêveur qui ne sait même pas guérir.

Mais non, lui dis-je, le dragon n’est qu’une chauve-souris, il nomme seulement ce que tu ressens, il ne sait pas ce qu’il en est. C’est vrai, poursuivit l’ange, dans le fond, pourquoi écouter le ciel, ici tout peut être sagesse, force et beauté. J’étais avec l’ange qui avait fait une pause dans son travail.

Le regard au loin qui regardait sans voir, il n'était pas dans la vacuité, il vivait charnellement le temps présent qu’il avait saisi. Peu à peu, je devenais lui, mon âme-frère, j’étais au pays des enchantements, le temps s’est arrêté et j’ai vu la mer.

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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 10:39

Depuis une trentaine d’années s’est développée la démocratie de l’opinion, court-termiste, qui, à force de sondages, veut constituer une alternative voire une riposte à la démocratie représentative. La juxtaposition du rythme législatif sur le quinquennat a produit un nombre très élevé de lois calquées sur les circonstances et les opportunités du moment et en aucun cas articulées sur le temps long de la démocratie. Ce nouveau rapport au temps ne favorise-t-il pas ceux qui pensent que la démocratie de l’émotion, voire de la manipulation, risque d’aboutir à un populisme dangereux ?

La problématique est assez paradoxale : d’un côté elle dénonce le triomphe de l’exécutif avec la coïncidence du temps des élections législative et présidentielle, de l’autre elle persiffle l’opinion publique la réduisant un peu rapidement au populisme.

Déjà Platon reprochait la versatilité de l’opinion comme menace de la démocratie.

C’est vrai et, aujourd’hui, les médias surenchérissent en exerçant une pression de plus en plus forte sur les trois pouvoirs constitutionnellement séparés : législatif, judiciaire et exécutif. Tout est prétexte à les solliciter, à dénoncer les carences dont ils seraient coupables, à revendiquer des réponses immédiates à la hauteur des évènements soigneusement sélectionnés au nom de la liberté de communication et de l’objectivité de l’information.

Une personne est mordue par un chien, et c’est l’émoi national, la mobilisation générale, pour dénoncer le vide juridique. Des appels solennels sont lancés afin de placer les pouvoirs publics face à leurs responsabilités. Et ceux-ci ne peuvent mieux faire que de calmer le jeu en apportant une réponse ponctuelle à ces revendications artificiellement entretenues. Cet exemple n’est pas d’école : il est emprunté à une loi du 20 juin 2008[1], qui vise spécialement, au titre de l’homicide involontaire et des blessures par imprudence, l’agression mortelle ou dommageable commise par un chien[2]. A quand les prochaines lois sur les griffures de chats, les ruades de chevaux, ou les piqûres d’abeilles ?

Plus sérieusement, en France, le décalage est moins dû au temps de la démocratie qu’à son système. Je vous rappellerai l’art. 2 du titre1 de la Constitution de la France intitulé « De la souveraineté » : Son principe est un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple et je vais reprendre ces deux aspects, par le peuple, pour le peuple.

Mais de quoi parlons-nous ? de Démocratie, c’est-à-dire d’un gouvernement par le peuple ou bien d’un gouvernement par les représentants du peuple et donc d’oligarchie ?

Cessons de trépigner comme des illettrés hystériques sur un mot avec lequel nous gargarisons nos voix enrouées d’un idéal impossible.

  • Par le peuple

Notre système bipartite produit une oligarchie féodale qui aboutit à l’ignorance des minorités représentées et ne parlons pas de celles qui ne sont pas représentées ; ceux qui sont des élus d’opposition l’auront suffisamment vécu pour ne pas me contredire. Et de là vient l’inadéquation des opinions du peuple et de celles du Parlement.

La démocratie est-elle circonscrite aux hémicycles, son temps est-il celui des urnes, la démocratie cesse-t-elle en dehors de l’élection ? Existe-t-elle en dehors des 120 jours de session ordinaire du Parlement (art 28) ?

A qui est faite la délégation de pouvoir du peuple et pour combien de temps ?

On pourrait croire qu’en élisant ses députés, le peuple leur confie le pouvoir de légiférer et d’organiser la vie de la société sur la base d’une mandature. Mais avec le fonctionnement du pouvoir législatif on atteint l’absurde. Le Parlement a la possibilité de déléguer au gouvernement le pouvoir de légiférer (art 38 de la constitution).

Bien que ses marges de liberté, pour décider des sujets qu’il convient de traiter, se révèlent de plus en plus restreintes (80% des textes sont imposés par l’Europe), le Parlement ne manque pas d’abuser de cette délégation de son pouvoir à l’exécutif. Elu pour faire la loi, le législatif se dépossède de son pouvoir normatif au profit de l’exécutif qui statue par voie d’ordonnances élaborées par les embusqués des ministères (en 2008 plus d’ordonnances que de lois). Et quand le gouvernement légifère, ce n’est plus de la démocratie… Une des conséquences des plus absurdes est que le pouvoir règlementaire du gouvernement paralyse la démocratie ; trop débordé, il a peine à suivre pour prescrire les mesures d’applications des lois prises par le Parlement, sans lesquelles la loi n’est pas applicable. Le taux de publication des décrets d’application en 2009 est de 24,6%, ce qui veut dire que 75% environ des lois votées par le Parlement sont bloquées, gelées, paralysées et donc sans conséquences. C’est toujours le triomphe de l’Exécutif ! (Sur la base du décompte opéré par Légifrance en 2008, 245 lois votées depuis 1981 sont à l’heure actuelle toujours en attente du suivi règlementaire qui permettrait leur application).

Le renforcement du pouvoir de l’exécutif c’est l’affaiblissement voire la négation de la séparation des pouvoirs.

Rappelons que ¾ des lois sont préparées par le gouvernement qui les soumet à un parlement trop bien disposé à son égard. La procédure législative fait, ainsi, que ce sont les « énarques » du gouvernement, qui ne sont ni élus ni juristes, faut-il s’en souvenir, qui posent un défi à la démocratie et à la compétence des élus.

Pire encore, non seulement c’est l’exécutif qui propose les questions du Parlement (soulignons la réforme de Sarkosy qui partage le temps de l’initiative des lois en rendant un peu d’autonomie aux représentants du peuple) mais les ministres s’autorisent, sans scrupules, à légiférer de leur côté à l’occasion de circulaires qui devraient n’être qu’interprétatives et qui souvent sont règlementaires. Quelque soient les complaisances, on ne peut le nier ! C’est énorme !

Quant à l’aspect démocratique du fonctionnement des Commissions européennes, il suffit de lire les traités européens qui aboutissent à celui de Lisbonne, qui règlementent ce sujet pour comprendre que nous vivons, aujourd’hui en Europe, un régime autocratique, où le Parlement, qui après avoir été un mirage n’accède au pouvoir normatif que comme un amputé de sa moitié, assujetti qu’il est de ne pouvoir statuer que conjointement avec le Conseil des Ministres et, surtout, à la condition que la Commission ait bien voulu le saisir de la question, puisque elle seule a l’initiative des textes. Et n’oublions pas que ces commissaires appartiennent à la classe des technocrates cooptés par les puissants du jour, produisant donc un nombre très élevé de lois calquées sur les circonstances et les opportunités du moment.

  • Pour le peuple

Lorsque l’injustice gangrène l’exercice du pouvoir n’est-il pas juste que l’opinion exprime une riposte à la démocratie représentative ?

Ce qui me semble le pire symptôme de cet état de faits, plus particulièrement en période de grande difficulté économique, le plus injuste, le plus ignoble, c’est le détournement des fonds publics au seul profit des représentants du peuple parce que cela détruit le principe même d’égalité contenue dans la démocratie. Et cela va des indemnités outrancières que les élus se votent assortis d’avantages et de privilèges, les réceptions somptuaires dans les palais de la République, l’usage personnel des finances publiques pour des vies de roitelets, des dépenses incongrues pour entretenir familles et basses-cours des thuriféraires des potentats locaux en passant par les gaspillages outranciers des deniers publics que je considère équivalent à des détournements (comme les constructions décoratives de milliers de ronds-points, de bâtiments municipaux inutiles alors que les mal-logés et autres SDF ne trouvent pas d’abris salubres). Depuis une trentaine d’années, initié particulièrement sous Mitterrand, à tous les échelons du pouvoir remis aux mains de ses représentants par le peuple, et de quelque bord qu’ils soient, on trouve de la prévarication faite avec nos impôts et un autre rythme des élections ne changerait rien à cela.

Etre élu pour représenter le peuple et ne représenter que soi-même, c’est énorme !

Devant ces carences, déficits et perversions de la démocratie il est normal que le peuple gronde, ce n’est pas du populisme, c’est un contre-pouvoir à l’injustice, à l’iniquité, c’est la voix sage, forte et belle du peuple berné. Est-ce l’ombre des guillotines sur le cou des nouveaux féodaux qui ne la voient pas encore ? La démocratie ne peut tolérer la féodalité de ceux qui se permettent de rentrer à cheval dans les églises.

Alors le temps va, tout s’en va, le temps de la démocratie, pour moi, ce n’est qu’une question conceptuelle pour courtisans du pouvoir, un concours d’orateurs élégants éludant et dissimulant les vrais méfaits de la démocratie à la française, celle qui apparaît dans les faits.

Si le tableau est un peu sombre, ne pourrions-nous y apporter un peu de lumière ?

Je terminerai en vous rappelant, une fois encore, l’art. 2 du titre1 de la Constitution de la France intitulé « De la souveraineté » : Son principe est un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ; c’est énorme !

[1] Loi n° 2008-582 du 20 juin 2008 renforçant les mesures de prévention et de protection des personnes contre les chiens dangereux (JO 21 juin, p. 9984).

[2] C. pén., art. 221-6-2, 222-19-2 et 222-20-2.

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 07:42

 

- Voici un fou ! - Mais, comment le reconnaissez-vous ? – On le reconnaît pour tel parce qu’il se déplace en diagonale sur l’échiquier !

 

On appelle diagonale le segment de droite qui joint les sommets non consécutifs d’un polygone. 

A partir de cette définition, la diagonale s’offre à notre réflexion sous deux aspects paradoxaux : premièrement, cette droite partage, sépare et divise, comme son nom l’indique  avec son préfixe « dia » que l’on retrouve dans diabolique, deuxièmement, elle joint ce qui est opposé. La diagonale, cet espace intermédiaire, permet de passer d'un point à un autre, d'une situation à une autre, enfin d'un état à un autre, c'est la passerelle qui relie les choses entre elles

Dans une vision dualiste de l’antagonisme des contraires, la diagonale,  serait comme un pavé mosaïque. La Franc-maçonnerie semble avoir admis l’influence gnostique qui affirme, au plan exotérique, que le bien s’oppose au mal, reprenant la séparation tirée à l’excès par Zoroastre, le mazdéisme et le manichéisme pour lesquels tout ce qui n’est pas le bien est négatif. Le Diable, du latin  diabolus, du grec Διάβολος, signifie « diviser» ou « séparer », il est l'esprit du mal. La même idée est exprimée différemment dès l’aube de la franc-maçonnerie française. Dès 1749 en effet, « Le Nouveau Catéchisme » de Travenol dit, à la question que venez-vous faire en franc-maçonnerie : On y creuse des cachots pour le vice et on y élève des temples à la vertu. Aujourd’hui encore on entend ce genre de réponses dualistes dans les rituels.

Le dualisme sépare par un cloisonnement moral qui, trop souvent, est enseigné dans le catéchisme de formation des jeunes, leur laissant croire que le franc-maçon serait, évidemment, du côté exclusif du positif, du bien, de la pureté, de la lumière, saint parmi les saints. Cette démarche  est à l’opposé de la quête initiatique et fraternelle qui rassemble ce qui est épars.

Dans une vision duale de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité, la diagonale serait le troisième terme, médian et transcendant, elle serait comme un delta lumineux. C’est l’enseignement majeur de la symbolique de tout le décor de la loge, fondement de la formation de l’apprenti. Elle est manifestée dans le ternaire qui est constitué par un principe premier dont dérivent 2 termes complémentaires, non duels mais duals. Car là même où l'opposition est dans les apparences et a sa raison d'être à un certain niveau ou dans un certain domaine, le complémentaire répond toujours à un point de vue plus profond, donc plus conforme à la nature réelle de ce dont il s'agit. C’est ce que dit le Zohar, le livre de la Splendeur de la Kabbale : Trois sortent d’Un. Un est dans Trois. Un est au milieu de Deux et Deux embrasse celui du milieu et celui du milieu embrasse le monde. Une illustration en est donné par la diagonale qui traverse le cercle, le divisant en deux, évoquant le ternaire alchimique du Sel, du Soufre et du Mercure qui expriment ensemble le véritable équilibre. C’est à cet équilibre que le profane doit tendre afin de se régénérer, équilibre indispensable au processus alchimique de formation de la pierre philosophale trouvée dans le cabinet de réflexion. Le sel, l’agent équilibrant le Soufre, l’énergie expansive, principe actif masculin et le Mercure, l’énergie attractive, principe passif féminin, a pour symbole, justement, le cercle divisé en deux par une diagonale, image parfaite de l’équilibre. 

 

Parce qu’elle divise et joint en même temps, la diagonale recouvre la même portée allégorique que le mot « schibboleth ». Évoquer l’un, c’est évoquer l’autre, nous le verrons dans une première partie. Parce qu’elle a des propriétés géométriques particulières, la diagonale fut glorifiée et tenue longtemps pour un secret initiatique, tant par les opératifs que par les premiers spéculatifs ; ce secret est dissimulé dans la pierre cubique à pointe, nous le verrons dans une seconde partie ; ce secret est aussi celui des mesures conduisant au nombre d’or, nous le verrons dans une troisième partie.

- 1- La diagonale et le Schibboleth

Un schibboleth (prononcé en chuintant) est une phrase ou un mot qui ne peut être utilisé ou formulé correctement que par les membres d'un groupe. Le mot "schibboleth" a été adopté pour parler d'un trait linguistique qui permet de différencier des locuteurs. Autrement dit, un schibboleth représente un signe de reconnaissance verbal, un mot de passe, de passage. Comme la diagonale, ce mot partage, sépare, et divise ; d’un côté ceux qui possèdent la bonne orthoépie, la bonne prononciation, de l’autre ceux qui ne l’ont pas.

Le schibboleth apparaît dans le Livre des Juges 12:4-6. Lorsque Jephté, chef des hommes de Galaad, eut défait les Éphraïmites et pris les gués du Jourdain, de nombreux fugitifs voulurent traverser le fleuve. « Quand un fuyard d'Éphraïm disait : « Laissez-moi passer », les gens de Galaad demandaient : « Es-tu éphraïmite ? » S'il répondait « Non », alors ils lui disaient : « Eh bien, dis schibboleth !» Mais comme il prononçait sibboleth, ne pouvant exprimer correctement le chuintement de la première lettre de ce mot, les hébreux le tuaient sur-le-champ. Pris au sens symbolique, le meurtre de l’Ephraïmite au passage du fleuve est également celui de l’étranger qui est en soi-même pour, à l’occasion du changement de rive, acquérir la plénitude de son être intérieur. Cette lutte contre la mauvaise partie de soi dont il faut se débarrasser trouve aussi un écho dans l’islam ésotérique soufi, où c’est le véritable sens de Djihad (guerre sainte).

Dans le récit biblique, la traversée est interdite à ceux qui ne savent pas prononcer avec justesse le mot de passe. La forme de la lettre initiale à prononcer, le shin ש, dessine l’accueil par l’ouverture de ce qui vient d’en haut pour féconder spirituellement l’être, cette même lettre commençant aussi le nom divin Shaddaï. Utiliser la prononciation sifflante, c’est se servir de la lettre Samekh ס dont la forme montre la fermeture et l’incapacité de recevoir la spiritualité.

 

Cependant,  Jephté signifie : « il ouvrira », « il libérera » ou « Dieu libère ». Dans une vision ésotérique, Jephté est celui qui libère l’homme du joug du matérialisme exclusif en le faisant accéder à l’autre rive, au monde spirituel, à condition qu’il prononce le juste mot.

Ainsi, comme la diagonale, Schibboleth joint également.

Dans une perspective initiatique, hermétique ou alchimique, les deux rives d’un fleuve représentent les mondes matériel et spirituel. Ils sont séparés mais forment un tout. Passer la rivière, faire l’effort d’aller de l’autre côté, signifie dans le domaine initiatique accéder au monde spirituel au péril de sa vie. C’est l’épreuve purificatrice de l’eau dont la réussite ouvre le passage vers un autre état d’être. L’épreuve de l’eau imaginalise le déluge contemporain des images et des paroles, qui ne permettent plus vraiment de se retrouver en soi et qui submergent l'homme de rumeurs et d'informations à l'infini, noyant l'accès au livre, à la lecture, à l'interprétation, rendant difficile l'imagination créatrice qui ouvre à ce que la philosophie nomme "transcendance".

 

Dans la Bible, le mot schibboleth signifie « épi », « branche » ou encore « flot », « torrent ». Michel de Saint-Gall dans son  Dictionnaire des Hébraïsmes dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté précise que Schibboleth a une double signification : épi de blé et courant d’une rivière. De la même manière, le Dictionnaire de la Bible d’André-Marie Gérard donne la traduction suivante : fleuve ou épi. Certains rituels et catéchismes maçonniques proposent une interprétation de la traduction de schibboleth, le mot de passe du compagnon, en déclinant les termes de la pluralité, nombreux comme les épis de blé, marquant ainsi une véritable intégration dans le cercle des initiés, comparant le franc-maçon au grain sur l’épi.

Cette évocation du blé est aussi une indication du processus initiatique qui recouvre la loi universelle de la granulation : il faut qu'un grain de blé soit mis en terre, qu'il y pourrisse, qu'il cesse d'être un grain de blé pour qu'un nouvel épi jaillisse du germe infime né de la pourriture même de ce grain. L’iconographie maçonnique représente souvent un épi de blé au bord d’un cours d’eau pour évoquer cette symbolique.

- 2- La diagonale et la pierre cubique à pointe

 La diagonale est le fondement d’une méthode simple pour tirer l’élévation d’un plan, secret technique des Maîtres Architectes : la dimension du côté d’un carré est la diagonale d’un carré dont la surface est la moitié du carré d’origine ; ainsi se dresse le pinacle, chaque palier étant égal à la moitié du précédent.

diaDepuis, ce secret, a bien sûr été découvert et révélé. C’est ce qu’a fait l’architecte Villard de Honnecourt, puisqu’on trouve deux dessins à ce sujet sur la planche 38 de son fameux carnet : l’un de ces dessins a pour commentaire :

. Par ce moyen on fait un cloître égal à son préau c’est-à-dire que la surface du carré central est égale à la surface du couloir qui l’entoure.

. Par ce moyen on fait une pierre pour que les deux moitiés soient pareilles, c’est-à-dire, car il n’est pas question de couper une pierre en deux, par ce moyen, comment diviser un carré pour en obtenir un autre qui soit égal à sa moitié.

 

Ce secret est dissimulé dans la forme de la   bavette  du tablier de l’apprenti et dans celle de la pierre cubique à pointe, moyens mnémotechniques d’un tel tracé.dia2

La pierre cubique à pointe ne se rencontre qu’au Rite Écossais Ancien et Accepté et au Rite Français. La plupart des autres Rites, les Rites anglo-saxons entre autres, l’ignorent totalement.

Les tableaux de Loge du XVIIIe siècle représentent clairement que tout itinéraire initiatique correspond à la transformation de la pierre brute en pierre cubique à pointe. Cette image de l’ascension vers la Transcendance correspond aussi à la recherche de la pierre philosophale.

Justifiant que cette pierre soit un des bijoux immobiles, Jules Boucher nous en explique sa valeur propédeutique: La Pierre placée sous la hache pour indiquer son caractère sacré, reste « cubique » bien que surmontée d’une pyramide qui la protège de l’Eau, comme la hache la protège du Feu (de la foudre). Cette Pierre représente l’idéal maçonnique qu’il faut sans cesse défendre contre l’Eau et le Feu ; la première représentant les forces dissolvantes, le second les forces par trop « sublimisantes ». Le Maçon doit se tenir dans un « juste milieu » avec sûreté et rectitude.

Sur le tapis de loge du grade de compagnon, une hache est plantée sur la pierre cubique à pointe. La Pierre est placée sub ascia, sous la hache, pour indiquer son caractère sacré dit Jules Boucher. En alchimie,de nombreux ouvrages livrent le sens du symbole de la hache qui est le même que celui de l’épée, du poignard ou du marteau. Ces armes blanches désignent les larmes blanches du sel blanc (petites gouttes) qui hache la matière. La pierre cubique à pointe devient, par cette interprétation, l’indication pour le compagnon d’entrer dans la voie de l’alchimie.

dia4Le sommet de la pierre cubique à pointe est assimilable à un omphalos, une représentation visible et concrète du centre du monde, point de rencontre du manifestédia5 et du non-manifesté.

La pointe inversée, à l’intérieur, du pyramidion, indique le centre de la pierre. Un des secret des constructeurs serait de rectifier la Pierre pour essayer d’en faire un «diamant», jusqu’à en trouver le Centre. Ce Centre qui, sous une autre formulation et par simple antimétabole du langage codé des alchimistes, est peut-être ce que la symbolique appelle « la Pierre Cachée », indiquant qu’en réalité la quête consiste à rechercher « ce qui est caché dans la pierre ».  

 

-3-  La diagonale et le nombre d’or

Dans le rectangle de dimension 1 sur 2, appelé double carré, ou encore carré de l’apprenti ou carré d’argent, la valeur de la diagonale, √5, est la base des tracés harmonisés par le nombre d’or. Ce nombre d’or, qui vaut [(1 + √5) / 2], est la proportion qui n’existe que dans la mise en relation de la dimension de deux éléments ayant un rapport d’harmonie entre eux. Son calcul se fait par la diagonalisation des extrêmes et des moyens (a/b = (a+b)/a).

A partir de ce double carré, de nature  solaire, et de sa diagonale se construit le carré long, appelé rectangle d’or, de nature lunaire. Le carré lunaire est un carré de gestation de passage qui permet de tracer, entre autres, la spirale ; c’est un carré matrice.

Si le rectangle d’argent de dimension 1 sur 2, image du lieu de culte, formalise la communion des hommes avec le Divin, le rectangle d’or, carré long de proportion dorée, illustre une autre notion, celle de la fraternité des hommes entre eux.

Si on prend un rectangle d'or et qu'on lui retire un carré construit sur son petit côté, on obtient un autre dia6rectangle d'or plus petit mais de même proportion, duquel on pourra, encore, détacher un carré pour obtenir un autre rectangle d'or et ainsi de suite à l’infini. De même, si on ajoute à un rectangle d'or un carré construit sur le plus grand côté, on obtient un nouveau rectangle, plus grand et respectant à son tour les mêmes proportions. 

Par analogie, les frères et sœurs,  passés à l'Orient Eternel, sont les carrés qui se détachent ; les nouveaux compagnons, avec la taille de leur pierre cubique (carré), s’incorporent à un rectangle doré pour former un nouveau rectangle doré plus grand.

 

Dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse,  on pourrait dire le carré de la diagonale, est égal à la somme des carrés des deux autres côtés. Ce théorème de Pythagore est inscrit, sous formedia7 géométrique, entre les deux personnages principaux du frontispice de la première édition des Constitutions d’Anderson de 1722. On en retrouve la symbolique dans l’équerre du bijou porté par le Vénérable maître, témoignant, pour la diagonale, de son importance centrale dans la pensée maçonnique.

 

 

 

 

 

-  Au fait, votre fou n’est pas le seul à se déplacer en diagonale ! Il aurait pu être un pion ou la reine ; mais s’il est un fou, il est vrai qu’il ne pourra se déplacer qu’en diagonale.

 

 

Sources : Vocabulaire du compagnon franc-maçon, Solange Sudarskis, Editions de La Hutte, 2012

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 13:53

Tu es un oiseau…
- Mais je n’ai pas d’ailes !
- Tes ailes, ce sont des mots.
Parle ! Envole-toi ! Traverse l’espace et le temps ! Brise les chaînes d’une histoire qui ne t’appartient pas, qui n’a pas le droit de t’alourdir et de te retenir.
Fais éclater l’horizon! Retrouve l’instant précieux du déchirement créateur, où, soudain, dans un paysage inconnu, les choses revêtent un autre aspect.
Souviens-toi que les hommes, même s’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir mais pour changer, innover, s’ouvrir à la naissance et à la renaissance.
Et le Rabbi Nahman de Braslav ajoutait :
Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît…Tu ne pourrais pas t’égarer

 

Le vocabulaire est une porte qu’il faut franchir pour accéder à la compréhension de la franc-maçonnerie où tout s’annonce comme symbole. Ni jargon, ni pédanterie, le langage utilisé se révèle, dans sa sémantique, comme un véritable outil de progression pour les  francs-maçons.

Le passage d’une culture vernaculaire à une approche, a priori, hermétique, oblige les frères et sœurs à surmonter une naturelle difficulté, celle des mots constitutifs d’une manière de vivre en franc-maçonnerie, celle de la compréhension des paroles entendues dans les échanges entre francs-maçons, celle de l’interprétation de ce qui est entendu au cours des rituels.

La spécificité lexicale n’est pas dans la terminologie mais dans l’usage qui en est fait et cela constitue véritablement un langage. Le raccordement nourricier est essentiellement la langue française, mais des termes latins, hébreux, anglais… trouvent leur place parce qu’ils indiquent les traces historiques ou les sources intellectuelles et spirituelles de la franc-maçonnerie.

L’unité linguistique est fondée, d’abord, sur le regard et l’écoute auxquels ont accès les jeunes francs-maçons : il s’agit, ainsi, de décrire l’environnement à l’intérieur du Temple, les cérémonies qui y ont lieu, le fonctionnement des tenues, les rituels, l’organisation des obédiences, les décors visibles à chaque degré, les termes de reconnaissance dans le monde profane...

L’évolution au sein des loges bleues suppose trois niveaux successifs de sens. Il faut tout d’abord entendre, c’est-à-dire se mettre en situation d’écoute pour enregistrer une parole, retenir un acte, imprimer un écrit ; c’est un état d’être qui nécessite un exercice, un entraînement, une discipline. Il faut ensuite comprendre afin d’intégrer en soi ce qui a été reçu de l’extérieur ; ce qui suppose, cette fois-ci, une herméneutique, c’est-à-dire une méthode d’interprétation qui permet de traduire le dépôt reçu en acte d’être. Il faut enfin transmettre, c’est-à-dire rendre compréhensible, non plus seulement à soi mais aussi aux autres, la chose reçue car il n’existe pas de témoin esseulé, de témoin solitaire.

La difficulté de la formation des apprentis est de trouver un bagage sémantique suffisamment léger, pour être assimilé par le novice,  mais qui n’écarte pas la profondeur des expressions symboliques ; c’est le 2nd  surv\ qui est tout particulièrement le guide de ce commencement de voyage vers l’être en devenir.

Certains mots, certains thèmes sont davantage à développer, soulignant leur importance dans la démarche initiatique. Ils exposent des réflexions analytiques puisées aux sources de la Tradition des frères et sœurs qui se sont essayés à dévoiler le sens ésotérique dissimulé derrière l’apparence du vocabulaire, tentant de faire remplir aux mots les fonctions qu'on attend d’eux. Les réflexions ne sont pas figées. Ici tout est symbole. Ne pas être idolâtre, c’est rester dans la recherche du sens du symbole et ne pas tomber dans le piège de la pétrification d’un « ceci signifie cela, et cela seulement ».

Le symbole est une mise en mouvement ; à partir de son silence, un chemin s’ouvre vers notre parole. Le symbole est plein d’énigmes. Il est ouvert, aussi permet-il de sortir de notre raideur, c’est-à-dire de la certitude de notre monde, de l’opiniâtreté de notre inertie. Le symbole, dans son secret, sa profondeur, son infini vivier de sens, est une source de rencontres où se croisent et se focalisent nos questionnements, nos sensibilités. User de symboles, c'est donner à chacun la possibilité, mais aussi la nécessité, de rechercher, par l'effort et la tension du questionnement, l'ouverture aux sens, la quête de nos possibilités par l'interprétation et le respect des possibilités de l'autre. C'est rendre les mots communs propres à chacun. Chacun apporte aux mots son histoire individuelle, son développement mental et intellectuel, son bagage d'expérience et de réflexion. Mais en même temps, l’apprenti doit trouver une libération de son être, càd qu’il témoigne d’une capacité de se dégager du déterminisme de ses conditionnements historiques, éducatifs et sociaux

Le symbole est un médiateur, une représentation, une évocation qui dissimule, dans un signifié, un signifiant sédimenté par le questionnement ontologique de ceux qui se penchent sur le mystère de l’Être. Le symbole ne recouvre pas d'obscurantisme, il dévoile, il révèle une connaissance du monde toujours plus vaste qu'une parole enfermerait et réduirait dès lors qu'elle se donnerait à entendre sous forme de discours. Parce que le symbole condense en lui un nombre illimité de significations, il est par excellence le support de toute pensée effectivement synthétique et l'instrument de ceux qui travaillent sur eux-mêmes à effacer la coupure qui sépare la réalité du Réel.

Les symboles délivrent des messages. Ils sont des ponts entre la réalité vécue et celle de l’univers, des ponts de compréhension, des ponts de sensibilité. Ils permettent de prendre contact avec ce que l’intelligence, dans sa finitude, ne peut pas comprendre.

Le signifiant, c'est la moitié visible du symbole. Le signifié, ce à quoi renvoie le signifiant, c'est la moitié invisible, ineffable, ce qui positivement ne peut être vu, nommé, mais seulement évoqué, suggéré. Ainsi tout symbole a deux caractères : il est à la fois fragmentaire et complémentaire. Le symbole est  un fragment de vérité qui renvoie à la Vérité, un fragment d'être qui renvoie à l'Être. Et si dans notre vie quotidienne nous vivons dans le fini, la pensée symbolique permet d'accéder à l'Infini. Les symboles sont des catégories de pensée, ils sont indicateurs de comportement.

Les symboles, souvent associés aux mythes, disent la voracité, la maternité, la haine, l’amour, la peur, la solitude et même le meurtre, ils disent aussi l’équilibre, la fraternité, l’harmonie, le mystère. Ils montrent l’homme dans son rapport avec lui-même, avec les autres, et avec le cosmos.

Les symboles ne sont que les vêtements qui habillent les énergies qu'ils représentent. Leur polyvalence les rend toujours délicats à utiliser et l'usage de la seule raison est souvent insuffisant.

Il est habituel dans le cadre de l'initiation d'apporter au nouvel initié un référentiel symbolique traditionnel. Si un sens lui est proposé, cela ne devrait pas être de manière définitive, mais plutôt comme une invitation à parcourir un nouveau chemin, dont la pertinence ne lui apparaîtra que plus tard par son travail personnel, avec une perspective infinie car toute catégorie d'existants est, de proche en proche, en relation de correspondance avec toutes les autres. Chaque décor, chaque mot, chaque geste à l’intérieur du temple recèlent encore d’innombrables richesses qui attendent d’être recueillies. La construction d'un langage qui rend possible cette pensée est difficile, son acquisition progressive est ardue et sa préservation infiniment précieuse.

L’apprenti mesurera son chemin parcouru grâce à sa nouvelle familiarité avec le vocabulaire de son degré, à sa compréhension du rituel, à son appropriation intellectuelle et spirituelle du lieu si particulier qu’est le temple ; il constatera les changements survenus dans sa manière de penser et de se conduire.

Cependant, s’il a reçu un minimum de connaissances et d'initiations, ce qui demeure nécessaire mais encore insuffisant, il ne s'étonnera pas de devoir passer d’autres épreuves, donc de subir des bouleversements mentaux, lesquels produisent des modifications cognitives et, surtout, des évolutions d'état d'être qui n'existeraient pas sans elles.

 

Vers 1737, le rituel de Compagnon s'est enrichi de « L'Étoile flamboyante » formant un pentagone avec, en son cœur, la lettre « G ». Les deux degrés d'Apprenti et de Compagnon formaient, en réalité, un tout dont le premier degré est une représentation, tandis que second en est la réalisation. Les cinq voyages d'initiation du Compagnon maçon n'ont plus alors le caractère d'épreuves des voyages de l'apprenti mais figurent des étapes de la Connaissance.

Ainsi, au compagnon vont être offertes de nouvelles voies de la Connaissance, les nombres, leur nature  et leur adéquation aux lois de l’univers, l'étoile flamboyante avec la lettre « G », la pierre cubique à pointe, le nom de la colonne du grade, les significations des rituels, les outils de métier, le sens de la marche, l’hermétisme et la parole. On ne peut manquer de remarquer, dans la symbolique du 2ème degré, des voies de connaissance analytiques et logiques, mais aussi des systèmes symboliques, voies de connaissance holistiques et analogiques avec des traces du métier, du pythagorisme, de l’ésotérisme johannique, de la gnose, de l’hermétisme, de l’alchimie, de la kabbale. Là où la pensée analytique scanne en quelque sorte le réel, étudiant chaque plan à part avec des outils conceptuels différents et cloisonnés, la pensée analogique est au contraire verticale et transversale. En abritant les vestiges des antiques traditions, la franc-maçonnerie manifeste l’intérêt qu’elle leur accorde. Ces voies de la Connaissance nous donnent le vertige d’assister à l’énigme même de l’univers. Il y a dans leur compréhension des espaces qui sont comme un désir métaphysique de transcendance. Les œuvres d’art qui en témoignent, plus que tout autre langage, projettent sur nous des lumières insoupçonnées, des lumières arrachées à tous les interstices de la pensée pour donner naissance à de multiples voûtes étoilées.

Chaque degré maçonnique possède une spécificité et une plénitude qui lui sont propres. Le grade de compagnon est sans doute le plus opératif des degrés de la franc-maçonnerie ; le travail intellectuel, quand il est vraiment réussi, atteint presque la valeur du travail manuel, écrivait le franc-maçon Oscar Wilde. Le terme opératif  ne doit pas être considéré exactement comme un équivalent de « pratique » en tant que ce dernier terme se rapporte toujours à l’action ; en réalité, il s’agit de cet accomplissement de l’être qu’est la réalisation initiatique, avec tout l’ensemble des moyens des diverses voies de la Connaissance qui peuvent être employés à cette fin. Entre « or riant et oxydant », le mot « œuvre », vocable de la construction, n’est-il pas tout autant usité dans la terminologie alchimique ?

Mais surtout, le chantier devient le lieu de la fraternité sans laquelle le compagnon ne peut se prévaloir de progrès initiatiques. En remontant aux Anciens Devoirs de la Maçonnerie, on découvre, insérée de façon plus ou moins voilée dans les règles normatives qui y sont énumérées, une indication précieuse pour les recherches du compagnon : il y est affirmé que l’amour fraternel constitue la pierre de fondation et la clef de voûte, le ciment et la gloire de cette antique Fraternité, méthode qui vise au dépassement des barrières limitatives qui entourent le moi vis-à-vis des autres. Recherche pour ton Frère soixante-dix excuses, et si tu ne les trouves pas, reviens vers ton âme avec suspicion et dis-lui: ce que tu vois en ton Frère, c’est ce qui est caché en toi !

A la construction en pierre se substitue l'idéal d'une mise en chantier allégorique. Il s'agit ainsi de promouvoir les valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel au sein d’un atelier d’ouvrage dans lequel le nouveau compagnon, ayant déjà inséré sa pierre, doit la faire vibrer, tant par la parole, par ses actes que par ses savoirs, pour se montrer digne de devenir un maître.  

Le Compagnon doit devenir un Maître avant qu'il ait fini son temps de compagnonnage. C'est parce qu'il sera devenu un maître qu'on l'élèvera à la Maîtrise.

 

Ce n'est qu'avec la deuxième édition des Constitutions d’Anderson, publiée en 1738, que la maîtrise sera formellement intégrée comme troisième degré hiérarchique de la franc-maçonnerie.

James George Frazer a soutenu, à partir d’exemples australiens, que l’essence des cérémonies initiatiques consiste à enlever au jeune homme son âme pour la faire passer dans son totem par un rituel de mort, puis à lui infuser une vie nouvelle, celle de son totem, par un autre rituel de résurrection ; il s'agirait en quelque sorte d'un échange d'âme.

Leo Frobenius, frappé surtout par le rôle des déguisements et des masques, y voit une technique spéciale pour transformer les individus en esprits des ancêtres et de la brousse et leur faire ainsi acquérir des pouvoirs surnaturels.

Emile Durkheim, dans une perspective analogue, mais pour les seules sociétés tribales totémiques, pense que des déformations corporelles ont pour objet de donner au récipiendaire, sous une forme plus ou moins symbolique, l'aspect de son totem. Ces conceptions valent sans doute, en partie, pour les initiations religieuses, magiques, tribales, étrangement elles pourraient s'appliquer aux initiations au grade de maître.

Avec la mise en place du grade de maître, les rituels adoptés développent un psychodrame. Le drame, au grade de maître, réside dans la transmission de la Tradition interrompue par un meurtre.  Il reste le mot substitué et les symboles, outils de l’inconscient, qui vont permettre, malgré cette interruption malheureuse, de construire un être nouveau, un initié, capable d’agir sur lui-même, d’être l’auteur de sa propre transformation. La mort n’est plus vécue comme un évènement mais comme un avènement.

La cérémonie de passage au grade de maître met en scène des personnages masqués qui s’interfèrent comme cadavre, meurtrier, assassiné et psychopompe. Un même personnage peut recouvrir des significations antithétiques. Par exemple, le « rôle » joué par le très respectable maître se situe à deux niveaux : la présidence de l’atelier (Salomon dans sa chaire) et un des trois assassins d’Hiram, en fait celui qui achève l’architecte.

L’impétrant est désintégré dans sa putréfaction, puis, son corps rassemblé, relevé lui donne une nouvelle naissance au cours de laquelle il devient (ou remplace) Maître Hiram. Il est fait Homme debout entre Ciel et Terre, entre équerre et compas. C’est une époptie, funèbre par son étalage mortuaire, qui s’achève par un cri de joie éclatant à l’accomplissement de la renaissance du maître qui ramène la lumière. A la résurrection s’ajoute l’effulgence.

Au risque de contrarier les libres penseurs, la franc-maçonnerie a longtemps labouré le même terrain que la mystique juive et celle de l’alchimie ; il en reste des herméneutiques empruntant aux symboles judéo-chrétiens.

Au-delà de l’image messianique, Hiram est à la fois l’Homme et le paradigme du corps enseveli dans le tombeau qui doit s’en libérer et ressusciter.  Pour revenir à la légende d’Hiram telle qu’elle est contée, s’agit-il de l’exécution d’un maître dont on veut s’emparer des secrets ou bien de la mise à mort d’un compagnon qui dépasserait le maître, comme celle de Talos (dont le génie inventa le compas) par Dédale son maître et son oncle ? Dans un cas nous parlons des moyens de faire un martyr, dans l’autre d’interrompre une quête. Dans les deux cas, cependant, il s’agit d’un personnage majeur abattu en raison de ses relations avec les secrets du monde et dont le voyage dans l’au-delà sera le moyen de transmettre la Connaissance.

Le degré de maître est considéré comme un achèvement de la formation du franc-maçon. Cependant, il est à remarquer que les rituels, modestement, n’utilisent pas le terme d’initié en tant que substantif et ce, bien que la franc-maçonnerie se proclame initiatique et progressive. C’est une façon de reconnaître que l’initiation maçonnique propose avant tout une méthode, des moyens de progression et de transformation, mais qu’elle ne fabrique pas, clés en mains, un initié.

Réservé au grade de maître, le Rituel particulier de la Marque (RDLM), en parallèle du RÉAA, constitue une addition heureuse à la franc-maçonnerie traditionnelle. Par une cérémonie d’avancement, ce rite achève l’initiation du compagnon bâtisseur et constructeur, sans psychodrame mortifère, où seul l’excellence du travail promeut le compagnon vers le grade de maître.

 

Aux mots résumant les degrés initiatiques, pour le premier,  introspection et humilité, pour le deuxième, exploration et fraternité, s’ajoutent mort et transfiguration au 3ème et dernier degré des loges bleues. Les travaux en franc-maçonnerie ont, ainsi, pour but de montrer, par l’étude de la vie et de la mort, que c’est l’intelligence seule qui constitue l’homme, et que, pour conserver toute notre intégrité, il faut résister, toujours et quand même de toutes nos forces, aux attaques mortelles de l’ignorance, de l’hypocrisie et de l’ambition.

Le neurologue Paul Macleen a pu observer et mettre en évidence que, dans les lobes frontaux, l’introspection était connectée à l’empathie, intimement liée aux valeurs altruistes, à l’action sociale. Au fur et à mesure que je descends en moi-même, je deviens plus tolérant, plus ouvert, j’accepte davantage l’altérité. Dans le temple et au cours de la tenue je cherche, je découvre et je porte à l’extérieur ce qui a été vivifié en moi. La quête initiatique est une façon d'habiter le monde. C'est admettre et vouloir s'orienter, c'est vouloir sortir du chaos; c'est faire un pari existentiel sur le sens contre l'absurde et c'est au cœur d'une telle démarche que se construit aussi la fraternité.

 

La franc-maçonnerie n'est ni une religion, ni son substitut, même si la démarche maçonnique intègre, dans sa réflexion, les traditions populaires, mythologiques, hermétiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut  révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine.

Bruno Etienne nous disait : il y a société initiatique lorsque les 10 variables suivantes sont réunies, après acceptation des mots, rites, symboles et mythes : 1- Une légende de base justifiant le rite. 2- Un dépouillement physique vestimentaire accompagné d’une réclusion. 3- La présence d’époptie dévoilée pour la contemplation des symboles et des mytho-drames, c'est-à-dire le rite fondateur. 4- La présence des 4 éléments. 5- Un ou plusieurs voyages unidirectionnels. 6- Un rapport chute-élévation. 7- Une guidance, c'est-à-dire une utopie voire une eschatologie. 8- Une uchronie.  9- Une eurythmie en rapport avec les types de temps et d’espace séparés donc sacrés. 10- Des épreuves physiques réelles ou symboliques liées au passage, à la mort et à la résurrection. A ces titres, la franc-maçonnerie est bien une société initiatique, aux francs-maçons à œuvrer pour devenir dignes d’elle. Oser, ce n’est pas d’emblée adopter, c’est s’autoriser une pensée autre, un espace de recherche. Se spiritualiser n'est pas acquérir un esprit religieux ni croire au(x) Dieu(x) des religions. C'est simplement tourner son âme vers l'esprit, admettre que notre corps n'est pas notre unique composant et que nous sommes reliés à une réalité qui nous échappe, vers laquelle nous voulons nous élever. Dans cette vision, matière et esprit ne sont pas opposés mais font tout deux partie du Tout qui est en même temps le Un.

 

Je terminerai par cette parole de Michel Zéraffa : Le cosmos est un cryptogramme qui contient un décrypteur, l’homme,  en rajoutant que la franc-maçonnerie stimule et encourage  les frères et les sœurs  à être cet homme-là.

 

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 14:44

 

Sortie le 16 mars du dernier opus du "Vocabulaire de la franc-maçonnerie" des loges bleues

 

 

C-maître

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 18:21

Apprenti

 

compagnon.JPG

 

 

La nouvelle collection est arrivée !


Ce moi-ci sortie, dans toutes les bonnes librairies, des deux premiers tomes de la trilogie  du " Vocabulaire du franc-maçon". Le maître est prévu au printemps prochain.

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 08:21

Dans ma jeunesse, alors que je lisais La 25ème heure de Giurgiu, mon père s’approcha de moi et, remarquant l’ouvrage, me le prit des mains, le jeta me disant : je ne veux pas de cette littérature chez moi. Victime de l’exaction du nazisme pendant la dernière guerre, on peut comprendre sa réaction, Giurgiu étant considéré comme un écrivain pro-nazi.

Mais ce geste pose le problème de la considération de l’œuvre d’un auteur dont la réputation sulfureuse entache son génie.

Ne faut-il honorer que des auteurs qui sont irréprochables ? La littérature peut-elle accepter d’odieux voisinages mêlant traîtres, bourreaux et leurs victimes ? Les faits accablants de la vie des artistes condamnent-ils en même temps leurs œuvres ? Juger les livres et seulement eux, là est un problème de censure qui fait polémique. En éditant cette année Drieu de La rochelle, dans sa collection de la Pléiade, Gallimard se défend d’être le Panthéon où Jaurès et Moulin auraient eu à le côtoyer mais contre les lanceurs d’anathèmes brandissant les pièces à charge du procès de cet auteur, l’éditeur s’explique : Comme toutes les œuvres importantes, celle de Drieu appartient à la fois à son temps et au notre… elle ne relève pas pour nous du témoignage historique mais de la littérature vivante. A condition de ne pas ployer sous le poids du mythe romantique et vénéneux, il ne s’agit pas, comme l’invite l’éditeur, de dissocier l’esthétique de l’idéologie, ni de laisser l’une éclipser l’autre. A la fin de la guerre, Drieu la Rochelle se suicide. Il restera, cependant, présent dans l’esprit de son ami d’adolescence Aragon et Malraux, devenu ministre de la culture sous De Gaulle, continuera à faire publier ses écrits comme un pardon posthume.

De même, chez Gallimard, ce furent les cas de Louis Ferdinand Céline et de Paul Morand ; la postérité a sa part de subjectivité et d’arbitraire surtout lorsqu’il s’agit d’histoire littéraire. Le prestige de la collection étant ce qu’il est, les lecteurs la considèrent comme faisant naturellement partie du patrimoine national ; à ce titre, ils s’expriment sur ses choix au même titre qu’un bien collectif. Ils exercent deux opinions qui peuvent être contradictoires, l’une politique, l’autre littéraire. On s’en doute, l’enjeu est plus directement politique lorsqu’il est question des engagements de Pierre Drieu de la Rochelle : fasciste, antisémite, antirépublicain, xénophobe, favorable à une fédération européenne sous hégémonie allemande nazie.

Mais, comme l’écrit Pierre Assouline, écrivain et chroniqueur au Monde des livres : ayant découvert Drieu à 20 ans,  je n'ai jamais renié l'empreinte de "ce charme quand même" qui est avant tout, au-delà d'une biographie prétendument sulfureuse et de la dimension tragique de sa personnalité, une écriture, un ton, une manière de faire sonner la langue.

La littérature engagée, c’est l’écriture avec une encre qui est du sang quand l’artiste est aussi un militant, la parole littéraire devenant une arme capable de transgresser toutes les censures. En entendant l’engagement comme une prise de parti active, par des actes ou des paroles, à la vie sociale, politique, intellectuelle ou religieuse de son temps, la littérature engagée se définit donc comme une littérature de circonstance face aux mœurs d’un temps et d’une géopolitique donnés. La littérature engagée suscite ainsi un questionnement autant d'ordre politique que d'ordre poétique. " Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu'ils n'ont pas écrit une ligne pour l'empêcher " disait Sartre.

Face à ce qui apparaît souvent comme une nuit noire de l'intelligence et de la morale, la légendaire "clarté française" s'était réfugiée dans la première moitié du XXe siècle dans les écrits de la droite littéraire, ouvrant ce paradoxe chez de nombreux amateurs de littérature : une admiration inentamée pour leur style, ce mordant fait d'un alliage de légèreté et de vivacité, mais qui est toujours allée de pair avec une juste aversion pour leur imprégnation fasciste que les générations futures oublieront pour ne retenir que leur plume.

Paul Morand, Louis-Ferdinand Céline, Drieu la Rochelle, Jacques Chardonne sont les écrivains qui ont collaboré pendant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, tous publiés sur papier bible dans la collection La Pléiade.

Paul Morand, mysogine et homophobe, collaborateur mais plus Maréchaliste que nazi sera pourtant élu en 1968 à l’Académie française.

Jacques Chardonne fut plus engagé dans la collaboration avec l’Allemagne nazie. Il a écrit notamment « les SS usent convenablement de leur pouvoir absolu et la population ne s’en plaint pas »! C’était l’un des écrivains favoris de François Mitterand.

 

Un sort semblable a été fait à François Marie Arouet alias Voltaire ; une amnésie générale le glorifie aujourd’hui, particulièrement chez les francs-maçons, oubliant ou ignorant sa part obscure.

 

Parce que les idées des encyclopédistes étaient des idées de liberté et d'égalité universelle, on a pu encenser Voltaire qui y participa. Et pourtant quel paradoxal personnage ! Je me permets cette épithète en le justifiant par les positions personnelles de Voltaire que l’on découvre dans ses écrits et les éléments historiques de sa vie qui ne sont pas moins irréprochables que ceux que je viens d’évoquer.

Au rebours d’idées reçues, le mépris et la haine pouvaient être les ressorts de cette personnalité, très humaine au demeurant selon l’historiographie universitaire quasi-unanime : sa vie est émaillée d’utilisation récurrente de lettres de cachet visant de simples jeunes auteurs qui n’ont le défaut que de ne pas partager son autosatisfaction, d’intrigues pour faire condamner Rousseau à mort par la République de Genève, d’exhortation à Catherine II pour faire massacrer en grand nombre les Turcs, lui soumettant même avec insistance une arme de son imagination, d’utilisation satisfaite d’une main-d’œuvre serve pour son approvisionnement en sucre de canne (au moment où sort son Candide contenant la charge que l’on sait contre l’esclavage), de mépris des noirs, des Huguenots, des catholiques, des juifs.

Voltaire apparaît comme adepte de la pensée unique ; son intolérance est remarquée par le philosophe Gusdorf : « les invectives de Voltaire sont l’expression d’un fanatisme et d’une intolérance pires que ceux qu’il reproche à ses adversaires ». Les propos blessants de Frédéric II roi de Prusse, qui fut pourtant son mécène, soulignent la personnalité de Voltaire : « Vous me demander ce que c’est que le procès de Voltaire avec un juif  [Abraham Hischell] ?  C’est l’affaire d’un fripon qui veut tromper un filou. Il n’en n’aura pas moins d’esprit mais son caractère en sera plus méprisé que jamais ». Ce roi l’accusera  et je cite : « de méchancetés et friponneries, de satires et de calomnies ». L’âpreté de Voltaire au gain, l’acharnement qu’il mettait à la poursuite un juif pour éviter, lui si riche, la perte de quelques écus, fournissait à ses ennemis comme au roi de Prusse, les accusations déjà vieilles de lésine et d’habitudes serrées. Des libelles de 1738 le prétendent, « déshonoré dans la société civile par ses lâches impostures, par ses fourberies, par ses honteuses bassesses, par ses vols publics et particuliers ». La rancœur des dévots de l’époque que Voltaire combattait suffit-elle pour ne pas croire à ce portrait ?

Chateaubriand dans Génie du Christianisme conclut que : Voltaire ayant soutenu éternellement le pour et le contre, et varié sans cesse dans ses sentiments, son opinion en morale, en philosophie et en religion, doit être comptée pour peu de chose.

 

Alors ?

Que Voltaire n'aimât pas les religions monothéistes et qu’il en en dénonçât leurs intolérances, soit, cela convient aux libres penseurs. Mais on ne peut ignorer que Voltaire se montra antisémite, raciste et esclavagiste ; pour preuve les quelques extraits de textes que je retiens donneront une idée de la violence et de la conviction de ses propos.

 

Voltaire antisémite écrit dans l'article « Tolérance » du Dictionnaire philosophique : « C'est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. D’ailleurs sa haine de la nature humaine est nourrie de celle du christianisme dont les juifs sont les coupables précurseurs : Voltaire suggère comme « juste [...] que la terre soit purgée de cette race » et fait dire à Memmius dans ses Lettres de Memmius à Cicéron que les juifs ont vocation à être « assassins et assassinés à leur tour ».

Des considérations du même calibre émaillent l'ouvrage par centaines. Celles qui sont livrées ici sont extraites de l'édition de 1805 (Imprimerie Didot).

Voilà ce qu'il a écrit dans son livre Essai sur les Mœurs à propos des juifs :

 (Tome 1, page 158-159): " "Si nous lisions l'histoire des Juifs écrite par un auteur d'une autre nation, nous aurions peine à croire qu'il y ait eu en effet un peuple fugitif d'Egypte qui soit venu par ordre exprès de Dieu immoler sept ou huit petites nations qu'il ne connaissait pas ; égorger sans miséricorde les femmes, les vieillards et les enfants à la mamelle, et ne réserver que les petites filles ; que ce peuple saint ait été puni de son Dieu quand il avait été assez criminel pour épargner un seul homme dévoué à l'anathème. Nous ne croirions pas qu'un peuple si abominable (les Juifs) eut pu exister sur la terre. Mais comme cette nation elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire."

(Tome 1, page 186) : "Toujours superstitieuse, toujours avide du bien d'autrui, toujours barbare, rampante dans le malheur, et insolente dans la prospérité, voilà ce que furent les Juifs aux yeux des Grecs et des Romains qui purent lire leurs livres.   

 (Tome 1, page 226) : " N'est-il pas clair (humainement parlant, en ne considérant que les causes secondes) que si les Juifs, qui espéraient la conquête du monde, ont été presque toujours asservis, ce fut leur faute ? …" Lorsque, vers la fin du quinzième siècle, on voulut rechercher la source de la misère espagnole, on trouva que les Juifs avaient attiré à eux tout l'argent du pays par le commerce et par l'usure. On comptait en Espagne plus de cent cinquante mille hommes de cette nation étrangère si odieuse et si nécessaire. (...)

(Tome 2, page 83) : On ne voit au contraire, dans toutes les annales du peuple hébreu, aucune action généreuse. Ils ne connaissent ni l'hospitalité, ni la libéralité, ni la clémence. Leur souverain bonheur est d'exercer l'usure avec les étrangers ; et cet esprit d'usure, principe de toute lâcheté, est tellement enracinée dans leurs cœurs, que c'est l'objet continuel des figures qu'ils emploient dans l'espèce d'éloquence qui leur est propre… Ils sont ennemis du genre humain. Nulle politesse, nulle science, nul art perfectionné dans aucun temps, chez cette nation atroce."                                                                                                                              

L'obsession antisémite de Voltaire ne s'endort jamais.  Dans son Dictionnaire philosophique (1769), il revient régulièrement sur la question des Juifs, même quand il n'existe aucun lien avec la philosophie ou avec le titre de l'article.

Article "Anthropophage" :
"Pourquoi les Juifs n’auraient-ils pas été anthropophages ? C’eût été la seule chose qui eût manqué au peuple de Dieu pour être le plus abominable peuple de la terre."
Article «Job» :
"Leur profession fut le brigandage et le courtage ; ils ne furent écrivains que par hasard."
Article «Tolérance» :
"Le peuple juif était, je l’avoue, un peuple bien barbare. Il égorgeait sans pitié tous les habitants d’un malheureux petit pays sur lequel il n’avait pas plus de droit qu’il n’en a sur Paris et sur Londres."  

Et de rajouter heureusement : « Il ne faut pourtant pas les brûler » !   

                                        

-                     Voltaire est ouvertement raciste. On peut lire dans son ouvrage « Des différentes races d'hommes » : (Tome 1, pages 6 à 8) : Ce qui est plus intéressant pour nous, c'est la différence sensible des espèces d'hommes qui peuplent les quatre parties connues de notre monde. Il n'est permis qu'à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les Albinos, les Hottentots, les Lappons, les Chinois, les Américains soient des races entièrement différentes.

Parlant des noirs : leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu'ils ne doivent point cette différence à leur climat, c'est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu'une race bâtarde d'un noir et d'une blanche, ou d'un blanc et d'une noire.

Pour Voltaire, les Albinos sont, à la vérité, une nation très petite et très rare ; ils habitent au milieu de l'Afrique : leur faiblesse ne leur permet guère de s'écarter des cavernes où ils demeurent ; Cependant les Nègres en attrapent quelquefois, et nous les achetons d'eux par curiosité. Prétendre que ce sont des Nègres nains, dont une espèce de lèpre a blanchi la peau, c'est comme si l'on disait que les noirs eux-mêmes sont des blancs que la lèpre a noircis. Un Albinos ne ressemble pas plus à un Nègre de Guinée qu'à un Anglais ou à un Espagnol. Leur blancheur n'est pas la nôtre : rien d'incarnat, nul mélange de blanc et de brun ; c'est une couleur de linge ou plutôt de cire blanchie ; leurs cheveux, leurs sourcils, sont de la plus belle et de la plus douce soie ; leurs yeux ne ressemblent en rien à ceux des autres hommes, mais ils approchent beaucoup des yeux de perdrix. Ils ressemblent aux Lapons par la taille, à aucune nation par la tête, puisqu'ils ont une autre chevelure, d'autres yeux, d'autres oreilles; et ils n'ont d'homme que la stature du corps, avec la faculté de la parole et de la pensée dans un degré très éloigné du nôtre. Tels sont ceux que j'ai vus et examinés. "

A propos des tziganes, il écrit : (Tome 5, page 83-84) : " Il y avait alors une petite nation, aussi vagabonde, aussi méprisée que les Juifs, adonnée à une autre espèce de rapine ; c'était un ramas de gens inconnus, qu'on nommait Bohèmes en France, et ailleurs Egyptiens, Giptes ou Gipsis, ou Syriens (...). Cette race a commencé à disparaître de la face de la terre depuis que, dans nos derniers temps, les hommes ont été désinfatués des sortilèges, des talismans, des prédictions et des possessions."

 

-                     Voltaire esclavagiste : Trop de naïfs sont persuadés que Voltaire était anti-esclavagiste parce qu’on fait lire aux lycéens sa compassion pour l'esclave du Surinam. Notre philosophe est un bel hypocrite : il a en effet spéculé, en association avec les armateurs nantais et avec la compagnie des Indes, dans les opérations de traite des esclaves (par exemple dans l'armement du bateau négrier Le Congo). Dans la citation ci-après, plus sincère, il défend ses intérêts.
(tome 8, page 187) : " Nous n'achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l'acheteur.  Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir."

 

Pour résumer le portrait de Voltaire en voici un jugement du journaliste Sabatier de Castres, son contemporain :

de grands talents et l’abus de ces talents portés aux derniers excès ; des traits dignes d’admiration, une licence monstrueuse ; des lumières capables d’honorer son siècle, des travers qui en sont la honte ; des sentiments qui ennoblissent l’humanité, des faiblesses qui la dégradent ; tous les charmes de l’esprit, et toutes les petitesses des passions ; l’imagination la plus brillante, le langage le plus cynique et le plus révoltant ; de la philosophie et de l’absurdité ; la variété de l’érudition et les bévues de l’ignorance ; une poésie riche et des plagiats manifestes ; de beaux ouvrages et des productions odieuses ; de la hardiesse et une basse adulation ; des hommages à la religion et des blasphèmes ; des leçons de vertu et l’apologie du vice ; des anathèmes contre l’envie et l’envie avec ses accès ; des protestations de zèle pour la vérité et tous les artifices de la mauvaise foi ; l’enthousiasme de la tolérance et les emportements de la persécution : telles sont les étonnantes contrariétés qui, dans un siècle poins inconséquent que le notre , décideront du rang que cet homme unique doit occuper dans l’ordre des talents et dans celui de la société.

 

La franc-maçonnerie a souvent honoré Voltaire, c'est pour le moins une occultation qui porte ambigüité !


 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 12:07

généalogie

 

 

En Méditerranée, en ces temps-là, le destin était le résultat d’un passé que seuls les dieux maîtrisaient. Le tragique s’accomplissait chaque fois aux yeux d’un dieu spectateur et lointain, qui assiste à l’égarement du mortel qui s’est fourvoyé dans le piège que le dieu lui-même a machiné. Avant de naître, l’humain est déjà victime et jouet des dieux de l’Olympe. Ainsi, les hommes ne sont pas maîtres de leur vie : leur chemin serait tout tracé, et dépendrait en tout cas du bon vouloir de dieux qui s’amusent de leur impuissance.

 Et pourtant ces dieux ressemblaient fort à des hommes ordinaires : ils étaient orgueilleux, avides, paresseux, gourmands, menteurs, mesquins, rancuniers, jaloux, frivoles, capricieux, violents.

 

En voici une histoire, toute petite illustration de ces temps-là.

 

Cela commence dans l’Olympe. Aphrodite mariée avec l’affreux Héphaïstos le trompe avec Arès le dieu de la guerre. Trahison classique de la fidélité. Hélios, celui qui voit et entend toutes choses comme l’appelle Homère, le fait savoir au mari bafoué. Trahison par délation. Héphaistos prévenu s'empresse de tisser un filet invisible et indéchirable qu'il jette sur le lit des amants afin que tout l'Olympe puisse admirer le comique de la situation. Aphrodite jure de se venger de l’indiscret Hélios, dirigeant son courroux sur sa descendance, à savoir sur Pasiphaé la fille qu’il a avec une princesse de Crète et sur ses petites-filles Ariane et Phèdre. Le drame va pouvoir commencer.

De son côté Poséidon batifole avec Libye dont il a un fils, Agénor, qui devient le roi de Tyr. De son union avec Téléphassa naît une splendide fille, au large visage et grands yeux, traduction grecque de son nom : Europe. Emerveillé par sa beauté  et pour échapper à sa femme Héra, Zeus prend la forme d’un taureau blanc, Ille pater rectorque deum
Induitur faciem tauri ora.
Ce sont Les Métamorphoses d'Ovide, dans son Livre II (vers 847à 867) qui racontent : Lui, le père et le maître des dieux, prend l'apparence d'un taureau ; mêlé au jeune troupeau, il mugit et de sa belle allure, il foule l'herbe tendre. C'est qu'en effet, sa couleur est celle de la neige (...) De son cou, les muscles sont saillants, (...) jusqu'à ses épaules pend son fanon ; ses cornes sont petites (...) Sur son front, aucune menace et rien à redouter dans ses yeux ; la paix resplendit sur sa face. La fille d'Agénor s'étonne de voir un animal si beau et si peu enclin aux combats ; mais en dépit de sa douceur, elle craint d'abord de le toucher. Bientôt elle s'approche de l'animal et offre des fleurs à sa bouche d'une blancheur éclatante. Séduite Europe se laisse enlever d’Attique, traverse la mer et est cachée sur l’île de Crète. Après avoir repris forme humaine, Zeus s’unit à elle. Trahison par le leurre. On connaît la suite, naîtront trois fils, Sarpédon, Rhadamante et Minos que Zeus confie à Astérios le roi de la Crète pour qu’il les élève comme fils adoptifs tout en mariant son amante Europe avec le roi de Crète.

Minos 1er devenu roi à son tour aura un fils Lycaste qui donne naissance à celui qui devient le roi Minos 2nd. A noter que les deux rois Minos sont souvent confondus en un seul personnage. Le destin va se nouer, le pseudo-Appollodore nous le raconte : le trône de Crète était disputé entre les trois frères, Rhadamanthe, Sarpédon et Minos. Ce dernier en appela à Poséidon, lui demandant de lui envoyer un signe qui le ferait reconnaître comme l’héritier de la couronne. Un taureau magnifique sortit de la mer, que Minos promit de sacrifier aux prochaines fêtes. Mais le roi n’accomplit pas sa promesse. Admirant la rare beauté de l’animal, il met le taureau blanc dans son cheptel et en sacrifie un autre. Trahison de la promesse. Minos obtint assez rapidement le contrôle des mers autour de son île mais Poséidon, irrité de ce qu'il n'avait pas honoré sa parole, avec l’aide d’Aphrodite qui voulait se venger d’Hélios, fit naître en Pasiphaé (sa fille), femme de Minos, une passion pour l’animal.

Devenue folle amoureuse du taureau, tourmentée dans sa chair, désirant assouvir cette passion contre nature, elle demanda conseil à Dédale, l’architecte du roi, qui avait été exilé d'Athènes pour meurtre. Sculpteur et architecte de génie célébré dans toute la Grèce, Dédale brillait d'un talent inégalé en Grèce jusqu'au jour où il prend parmi ses élèves le fils de Perdix, sa sœur, le jeune Talos. L'atelier croulant sous les commandes, l'apprenti, habile de ses mains, avide de progresser dans son art, n'est pas de trop. Un jour, en observant une mâchoire de serpent, Talos a la lumineuse idée d'inventer le compas et la scie. Devant une telle démonstration de génie, Dédale a l'insupportable pressentiment que son élève le dépassera bientôt. Sous prétexte d'une promenade nocturne, il s'en débarrasse en le précipitant du haut de l'Acropole. Trahison par la jalousie. La déesse Athéna, sensible au talent du jeune homme, intervient avant qu'il ne s'écrase et le transforme en oiseau. Effrayé par l'horreur de son crime, Dédale quitte Athènes pour la Crète où il est accueilli par Minos.

Ainsi, sollicité par Pasiphaé, il met au point un système qui permettra à la reine de s’accoupler sans danger avec le taureau : il élabore une génisse en bois, recouverte de la peau d’un animal fraîchement abattu. A l’intérieur, il aménage un endroit où la reine pourra s’installer confortablement dans l’attente de l’événement qui allait la satisfaire. Par la suite, Dédale fait monter le leurre sur un chariot et transporte l’appât auprès de l’animal. La reproduction était si bien faite que le taureau s’y laissa prendre, et l’accouplement eu lieu. Trahison par le leurre comme Zeus avec Europe.

Pasiphaé donna ainsi naissance à Astérios  (ou Astérion), qu'on appelle le Minotaure : il avait la tête d'un taureau et le reste du corps d'un homme.

Suivant les conseils de ses oracles, Minos enferma ce monstre dans une prison construite tout exprès par Dédale, le labyrinthe . Avec son grouillement de méandres, il était impossible pour le Minotaure de trouver la sortie. Furieux, Minos emprisonna aussi Dédale et son fils Icare dans le Labyrinthe.

Revenons un peu en Attique où Egée, roi d'Athènes qui n'était pas marié, n'avait aucun successeur. Il prit la route de Delphes et consulta l'oracle. Mais la Pythie lui fit une réponse évasive qu'il ne comprit pas et la confia au retour à son ami Pitthée, roi de Trézène. "Tu ne délieras pas le col de ton outre à vin avant d'être revenu à Athènes" lui avait-elle enjoint.

Si Egée ne comprenait pas la formule, Pitthée de son côté l'avait bien comprise, et il s'empressa de lui présenter sa fille Ethra et de les installer pour la nuit dans une petite île tout en ayant préalablement enivré son hôte. Trahison de l’hospitalité. Mais Poséidon était amoureux de la jeune princesse de Trézène et il s'empressa de la rejoindre dès la nuit tombée pour courtiser la belle avant que son futur époux désigné ne se soit réveillé. Ou encore, les jeunes amoureux firent-ils ce qu'attendait Pitthée ? Toujours est-il qu'au petit matin, Egée ne savait pas trop bien ce qu'il avait fait, mais lorsqu'il apprit qu'Ethra était enceinte, il accepta la responsabilité paternelle de ses actes. Il conduisit alors Ethra au pied d'un immense rocher, le souleva, y plaça ses sandales et son épée et enjoignit son épouse de ne rien dire et d'attendre que l'enfant soit assez fort pour soulever le rocher pour lui révéler sa paternité. En effet, Egée était fort contesté à Athènes par Pallas son demi-frère et ses 50 fils, les Pallantides, et il ne souhaitait pas ouvrir une querelle dynastique à ce moment. Bien sûr, il promit à Ethra qu'il reconnaîtrait l'enfant aux armes qu'il porterait et qu'il en ferait son successeur.  Thésée vint au monde, tandis que Pitthée répandait à tout à chacun, le bruit que sa fille avait reçu la visite de Poséidon, lui-même.

Jeune homme, Thésée muni des armes de reconnaissance, arrive à Athènes, décide de ne pas révéler son identité. Cependant, Egée accueillit chaleureusement le voyageur, ayant entendu parler des exploits que ce dernier avait accomplis. En effet, la route qui menait de Trézène à Athènes était, à l’époque, infestée de brigands, des êtres démoniaques à la cruauté implacable qui dépouillaient et tuaient tous les voyageurs qui passaient par là. Ces assassins étaient alors au nombre de cinq. Thésée les anéantit, les tuant chacun de la même manière que ces meurtriers opéraient.

La terrible Médée, mariée à Egée, ne vit pas l’arrivée de Thésée d’un bon œil, car elle savait qui il était, contrairement à Egée qui l’ignorait. Comme elle voulait que son fils Médos monte sur le trône d’Athènes, elle proposa au jeune homme d’aller combattre le taureau d’Athènes, capturé par Héraclès au cours de son septième travail puis relâché peu après, qui sévissait dans les environs de Marathon, espérant que Thésée se ferait tuer.

Ayant réussi l’épreuve, Thésée rentre à Athènes, après avoir capturé le taureau. Il le sacrifiera à Apollon par la suite. Alors, Médée tente de tuer le jeune homme. Elle le fit passer pour un partisan des pallantides aux yeux d’Egée, et lui offrit une coupe de vin empoisonné au cours d’un banquet. Mais Egée reconnaît à temps les objets que Thésée porte sur lui : les sandales et l’épée qu’il avait placé lui-même sous le rocher, en présence d’Ethra. Il arrache la coupe des mains de son fils, Médée sera exilée.

Et maintenant que le décor est planté, l’entrecroisement des circonstances destinales va tisser la tragédie des personnages d’Athènes et de la Crète.

 

Minos  envoie son fils Androgée participer à des jeux sportifs, les Panathénées, qu’il remporte en héros ; d’autres versions parlent de combattre aux côtés des Athéniens, le fameux taureau près de Marathon. Or Androgée mourut. D'accident ? Ou de la main des Athéniens guidée par Egée qui voyait d’un mauvais œil l’amitié de ses neveux, fils de Pallas, pour ce jeune homme si puissant et Crète de surcroît, craignant une alliance pour le renverser. Trahison probable pour raison d’Etat.

Minos, pensa que c'était plutôt Egée qui n'avait pas respecté son hôte et qui l'avait fait tuer. Il prépara ses flottes, et fondit sur l'Attique. Nisa, ville voisine d'Athènes, qui tenait son nom de Nisus, frère d'Egée, fut la première à sentir la puissance des armes de Minos ; cependant elle aurait pu résister longtemps sans la trahison de Scyllà, fille de Nisus. Elle aperçut Minos du haut des tours de la ville et conçut pour lui une folle passion. Instruite des secrets de son père et de toutes ses résolutions, elle les fit connaître à Minos ; elle trouva même le moyen de lui faire remettre les clefs de la ville, qu'elle avait dérobées pendant la nuit. Le roi de Crète profita de cette trahison ; il s'empara de la ville. Il fit le siège d'Athènes, ravagea l'Attique et obtint leur soumission. En guise de tribut, il exigea que tous les ans (tous les trois, sept ou neuf ans selon les textes) sept jeunes garçons et sept jeunes filles soient livrés pour être donnés en nourriture au monstre Minotaure, fils des amours de Pasiphaé, et du taureau de Crète. Chaque année, le roi d'Athènes Egée faisait procéder par tirage au sort, à la désignation des malheureuses jeunes victimes.

Thésée, le fils qu'il venait de reconnaître, se désigna alors volontaire, pour être l'un des jeunes gens. Mais on dit aussi que Minos, venant chercher lui-même ses victimes, aurait exigé Thésée fils d'Egée, en compensation d'Androgée, son fils. On dit aussi que les Athéniens, épris d'égalité, n'auraient pas compris que le fils du roi soit exempté de cette malédiction. Thésée sacrifia à Apollon avant d'entreprendre le voyage et dit-on, le dieu lui conseilla de s'en remettre à la protection d'Aphrodite.

 

A l'arrivée de la délégation athénienne livrée en offrande au Minotaure et menée par Thésée, Ariane, demi-sœur du minotaure et sœur d’Androgée, sous l’influence d’Aphrodite, tombe amoureuse de Thésée et entreprend de le sauver en lui confiant un moyen de se retrouver dans le labyrinthe et d'en ressortir, s'il était vivant. Trahison de la famille, trahison du sang, trahison symétrique de celle de Scylla. Ariane lui fournit une épée et une pelote de fil à dérouler et ré-enrouler procurée par le bâtisseur du labyrinthe Dédale qui a choisi de trahir les crétois pour sauver ses concitoyens, les athéniens. Thésée ressort vivant du labyrinthe après avoir tué le Minotaure.

 

Pauvre Minotaure, victime destinale, incarnant à la fois la bestialité primitive et l’amour, le bourreau et la victime, dont la nature monstrueuse et l’enfermement, séquelles de l’amusement des dieux de l’olympe, l’ont condamné à mourir pour la gloire du héros athénien..

 

Thésée trahira également Ariane et le serment qu’il lui avait fait, en l’abandonnant à Naxos alors qu’il lui avait promis de la ramener à Athènes avec lui. Dédale et son fils s’évaderont par les airs mais ceci est une autre légende.

 

Que comprendre ? Que retenir ?

 

L’explication politique :

 

On comprend que les Crétois s'opposèrent par la suite à cette version jugée "athénienne". En fait Minos conservait vivant les otages princiers grecs comme garant de sa suprématie et les affectait à son service.  Or il existait un certain Tauros, sans doute fort comme un taureau, amant de la reine Pasiphaé (avec laquelle il aurait eu le Minotaure) et dangereux pour Minos. Chaque année, Minos organisait des jeux que Tauros remportait inévitablement, recevant en récompense des captifs grecs qu'il traitait durement. Cette année-là, Minos autorisa Thésée à combattre et même promis la libération des prisonniers en cas de victoire. Thésée triompha. La princesse Ariane remarqua cet athlète et amoureuse, partit avec lui. Le Minotaure fut tué sur le port en défendant les bateaux crétois. Cette version crétoise a été contée par Plutarque au IIe siècle av JC. Cette légende est un souvenir de la civilisation minoenne, avec son culte du taureau et ses palais immenses, tels ceux que les fouilles d'Evans (1851-1941) ont remis au jour. Le Labyrinthe est en effet, étymologiquement, le « palais de la double hache », symbole que l'on retrouve partout sur les monuments crétois. Une pièce de monnaie crétoise présente sur une face le labyrinthe, sur l'autre le minotaure entouré d'un demi-cercle avec de petites billes figurant probablement des étoiles, sans doute en relation avec l'autre nom du minotaure, Asterion, qui signifie « étoile ».

Une explication historique du mythe se réfère au temps où la Crète était la principale puissance politique et culturelle dans la mer Égée. Comme la naissance d'Athènes, et probablement d'autres villes grecques du continent, était un hommage à la Crète, on peut supposer que de tels hommages incluaient de jeunes hommes et femmes pour un sacrifice. Cette cérémonie pourrait avoir été réalisée par un prêtre déguisé avec une tête de taureau ou un masque, ce qui explique l'imagerie du Minotaure. Il se peut également que ce prêtre ait été le fils de Minos.

Une autre explication est que la Crète dominait dans l'Antiquité la Méditerranée, que la Grèce de cette époque qui n'était composée que d'Athènes était en position de soumission et qu'elle versait chaque année (ou tous les 9 ans, selon les versions) un tribut à la Crète sous la forme de 7 jeunes gens et 7 jeunes filles. Une fois que la Grèce continentale fut libre de la domination de la Crète , le mythe du Minotaure a pu être retravaillé sans la conscience religieuse des cités hellènes de croyances minoenne.

L’explication culturelle

Selon Jorge Luis Borgès  (Le livre des êtres imaginaires), la figure du minotaure est née du culte du taureauet de la double hache (labrys, qui a donné le mot labyrinthe) qui était fréquent dans la religion préhellénique qui célébrait aussi des tauromachies sacrées. Des peintures murales représentant des hommes à tête de taureau ont été retrouvées, et cette créature aurait pu faire partie de la démonologie crétoise. L'histoire du minotaure serait alors une version « tardive et maladroite » de mythes beaucoup plus anciens et de « songes effrayants ».

La thérianthropie ou zooanthropie désigne la transformation d'un être humain en animal, de façon complète ou partielle, aussi bien que la transformation inverse dans le cadre mythologique et sprituel concerné. Ce thème très ancien puise ses racines dans le chamanisme et apparait sur d'anciens dessins dans des grottes préhistoriques, il s'exprime aussi à travers de nombreuses légendes, comme celles du nanhualisme (tête de chacal ou de chien) ou de la lycanthropie (loup) qui inclut le loup-garou européen. En ce qui concerne l'étude culturelle, mythologique et anthropologique, la thérianthropie décrit un personnage qui partage des traits humains avec des capacités ou des traits empruntés à d'autres animaux. La quasi-totalité des dieux égyptiens, possédant des têtes animales ou possédant la capacité de se changer en de tels animaux, sont aussi des thérianthropes.

Toujours selon l'interprétation de Borgès, l'image du minotaure est presque indissociable de celle du labyrinthe parce que l'idée d'une maison bâtie pour que les gens s'y perdent est aussi étrange que celle d'un homme à tête de taureau, et qu'il est convenable qu'au centre d'une maison monstrueuse soit un habitant monstrueux ; « l’architecture hors-norme du labyrinthe répond à la nature hybride du Minotaure, leurs monstruosités se correspondent». Les ruines du palais minoen de Cnossos, avec leur nombre très élevé de chambres, d'escaliers et de couloirs, a amené certains archéologues à croire que le palais lui-même était à l'origine du mythe du labyrinthe. 

Certains mythologues modernes voient le Minotaure comme une personnification solaire et une adaptation Minoenne du Baal-Moloch desPhéniciens, ce dieu exigeant des sacrifices humains. Le meurtre du Minotaure par Thésée, dans ce cas, indiquerait la rupture des relations athéniennes avec la Crète minoenne.

Minos et le Minotaure ne seraient que deux formes différentes du même personnage représentant le dieu-soleil des crétois, soleil dessiné comme un taureau. Georges Frazer explique l'union de Pasiphaé avec le taureau comme une cérémonie sacrée lors de laquelle la reine de Cnossos était mariée à un dieu de forme taurine, tout comme l'épouse du tyran d'Athènes était mariée à Dionysos. Pottier, qui ne conteste pas la personnalité historique de Minos, estime qu'il est probable qu'en Crète (où un culte du taureau pourrait avoir existé à côté de celui de la labrys) les victimes étaient tourmentées en étant enfermées dans le ventre d'un taureau d'airain. L'histoire de Talos, l'homme crétois de bronze, qui se chauffait à vif et serrait les étrangers dans ses bras dès qu'ils débarquaient sur l'île, est probablement de la même origine.

 

 

L’explication psychanalytique

 

Le Minotaure, tout d’abord, vu comme l’union d’une femme mariée avec un jeune garçon où le taureau blanc illustre la masculinité dans son innocence et sa pureté.

Le taureau blanc étant fils du Dieu des profondeurs de la Mer fait référence à la jeunesse, à son lien psychique actif avec sa mère : il est encore dépendant de l’image maternelle des femmes, cette union a donc lieu sur des bases de perversion puisqu’il ne s’agit pas d’une rencontre entre un jeune homme et une femme mais entre un enfant et une femme qui pourrait être sa mère. 

Cette union produit une aberration : le minotaure, porteur de l’impulsivité masculine et de l’orgueil de l’homme. Dominateur, parce qu’il est élevé comme un fils de roi et cruel avec les enfants de son âge, parce qu’il se sent différent.  

Le fait de l’enfermer fait référence au désir d’étouffer le scandale afin d’éviter ses conséquences sociales.

Le tribut que réclame le minotaure : recevoir 7 garçons et 7 filles avant leur puberté fait clairement référence à la pédophilie; qu’elle soit pour dégrader l’âme ou meurtrir le corps il s’agit de détruire l’Innocence de l'enfance.

Thésée symbolise la Conscience capable de mettre fin à ce martyr.

Il a besoin de l’aide du génie technique illustré par Dédale et de l’Intuition représentée par Ariane.

Thésée représente la Volonté d’être libre de tribut, libéré des souffrances passées.

 

Quant au labyrinthe, si on s'en tient aux textes relatant le mythe, il pourrait n'être qu'un puits de sables mouvants dont le fond incliné en forme d'entonnoir dirigerait les visiteurs vers le centre en les empêchant de ressortir. Quelque part au centre se trouve l'endroit d'où le prisonnier ne peut s'échapper, sinon avec l'aide d'un fil fixé à l'extérieur, comme Thésée, ou par la verticale, comme Dédale. Le labyrinthe n'était donc pas couvert ; il n'était ni simple édifice architectural ni caverne.

Les premiers labyrinthes architecturaux, ceux de l'antiquité grecque, étaient ainsi nommés non pas à cause d'une forme architecturale particulière, mais métaphoriquement et après coup, en référence à celui du mythe, à cause de leur grande complexité, qui semblait les rendre inextricables.

Cette perception, dans la dimension d’une étendue sans cesse barrée, nous fera mesurer la violence et l’arbitraire contenus dans l’architecture de dédales, dans l’ingénieuse construction de l’empêchement des passages qui donne à voir le plus psychanalytiquement possible la question de l’impasse : S’agit-il alors de trouver comment parcourir les couloirs dans le sens ordonné par le labyrinthe, et donc, si l’on peut dire, de marcher droit (droit sur le Minotaure pour lui régler son compte, puis droit vers la sortie), muni du fil d’Ariane, ou de pouvoir déconstruire le labyrinthe, dissoudre les lignes qui en dressent le plan, au risque évidemment de laisser le Minotaure gambader en tous sens ? Le choix du psychanalyste est de combattre plutôt le labyrinthe qu’un hypothétique Minotaure, avec, pour arme étrange, ou instrument, non pas un fil  mais l’écheveau de la métaphoricité. En guise de viatique pour accompagner la divagation, non sans buts cependant, ce mot de Michel Foucault : « C’est le labyrinthe qui fait le Minotaure, non l’inverse ». 

 

L’explication symbolique

 

Outre sa valeur paradigmatique évidente, l'animal se voit aussi revêtu d'une valeur substitutive ; il rachète la victime humaine du sacrifice, épisode commun à des traditions religieuses différentes ; il offre aux dieux comme aux héros l'abri de métamorphoses efficaces ; forme rejointe par le dieu pour se nourrir secrètement du fruit défendu, il est aussi l'ombre qui suit le héros, enveloppe protectrice et dérobante devant le péril que les seules forces humaines ne sauraient affronter. Substitution sur le plan du discours et de la fable, déguisement qui dupe les censures politiques, cultuelles et sociales, car « le poète n'est pour ainsi dire pas responsable du langage des bêtes ». Ainsi se développe l'allégorie du moralisme qui va imprégner les civilisations.

La tauroctonie, la mise à mort du taureau n’est pas sans rappeler le culte de Mithra, caractérisé par le sacrifice rituel du taureau sacré, symbole des forces chthoniennes,  conférant à l’immolation une grandeur cosmique ; c’est la victoire de la vie sur les forces du mal. Bienveillant, proche de l'homme, Mithra, ce dieu de la lumière (qui porte un bonnet phrygien) veille sur les justes et la justice, sur le respect des alliances et des serments qui les consacrent. Il n’est pas étonnant qu’il soit associé à la mise à mort d’un taureau. Ainsi, le sacrifice d'un taureau marquait la célébration d'un nouveau niveau d'initiation de l’adepte lors des 7 degrés du culte de Mithra.

Le taureau est alors utilisé comme moyen de concurrencer les cultes de la vie honorant la déesse-mère. Au lieu des femmes, c'est le soleil et le sang qui vont être salués comme symboles de la vie. Le taureau répond aux besoins du patriarcat: il représente la force, la puissance, la fécondité. Son sang répandu dans les sacrifices sera le nouveau symbole de la vie.
Dans le culte de Cybèle à Rome, la cérémonie pour devenir prêtre exigeait à un moment l'automutilation en se donnant des coups et surtout l'émasculation avec un silex. Par la suite, elle fut remplacée par un taurobole: un taureau est sacrifié au-dessus du prêtre qui est alors inondé de sang, et ce sont les testicules du taureau qui sont offerts à la déesse. On passe alors du taurobole - le sacrifice du taureau - à la tauroctonie, c'est-à-dire un mythe fondé sur la mort du taureau. Le culte à Mithra sera d'ailleurs répandu chez les hommes: sa base populaire est l'armée romaine. Rome adoptera dans la foulée un nouveau culte: celui du « Soleil invaincu » (Sol invictus). 

La version patriarcale a triomphé qui retiendra une vision fondamentalement misogyne : lorsque la femme s'écarte de l'ordre naturel, de la conservation de l'ordre, de l'éducation des enfants, de la perpétuation du système des valeurs, alors elle est non seulement contre-nature parce qu'elle s'oppose à ce que doit être la fonction de la nature féminine, mais elle est une perturbation fondamentale dans le monde. C’est l’ultime trahison.

 

Pauvre Minotaure, monstre parce qu’enfant d’une femme perverse ; mort où est ta victoire ?

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 11:05

 

 

 

 

Capture

 

Le vocabulaire du compagnon paraîtra fin Mai chez le même éditeur

 

http://www.editionsdelahutte.com/FM.html

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 19:14

Aux Editions de La Hutte , comme se présente Jean SOLIS, l'éditeur, "nous avons la volonté du grimpeur et le coeur de l'artisan. Au service de textes peu racoleurs pour la mode, nous publions des documents et des analyses d'exception répartis dans nos différentes collections : Alchimie, Essais, Franc-maçonnerie et Prospective. Alchimie. Avec entre autres des inécouverture.JPGdits signés Lulle, Philalèthe ou Limojon, confiés à des préfaciers et éditeurs talentueux comme La Faverie, Husson ou Solis, nous proposons au lecteur averti des raretés à la hauteur de l'estime que nous lui portons, dans une présentation haut de gamme. "Essais"."

Et maintenant il y a, aussi, dans leur catalogue, mon ouvrage : Pour éclairer le chemin, une approche philosophique de la Franc-Maçonnerie.


http://www.editionsdelahutte.com/FM.html#poureclairer

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