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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 13:53

Tu es un oiseau…
- Mais je n’ai pas d’ailes !
- Tes ailes, ce sont des mots.
Parle ! Envole-toi ! Traverse l’espace et le temps ! Brise les chaînes d’une histoire qui ne t’appartient pas, qui n’a pas le droit de t’alourdir et de te retenir.
Fais éclater l’horizon! Retrouve l’instant précieux du déchirement créateur, où, soudain, dans un paysage inconnu, les choses revêtent un autre aspect.
Souviens-toi que les hommes, même s’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir mais pour changer, innover, s’ouvrir à la naissance et à la renaissance.
Et le Rabbi Nahman de Braslav ajoutait :
Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît…Tu ne pourrais pas t’égarer

 

Le vocabulaire est une porte qu’il faut franchir pour accéder à la compréhension de la franc-maçonnerie où tout s’annonce comme symbole. Ni jargon, ni pédanterie, le langage utilisé se révèle, dans sa sémantique, comme un véritable outil de progression pour les  francs-maçons.

Le passage d’une culture vernaculaire à une approche, a priori, hermétique, oblige les frères et sœurs à surmonter une naturelle difficulté, celle des mots constitutifs d’une manière de vivre en franc-maçonnerie, celle de la compréhension des paroles entendues dans les échanges entre francs-maçons, celle de l’interprétation de ce qui est entendu au cours des rituels.

La spécificité lexicale n’est pas dans la terminologie mais dans l’usage qui en est fait et cela constitue véritablement un langage. Le raccordement nourricier est essentiellement la langue française, mais des termes latins, hébreux, anglais… trouvent leur place parce qu’ils indiquent les traces historiques ou les sources intellectuelles et spirituelles de la franc-maçonnerie.

L’unité linguistique est fondée, d’abord, sur le regard et l’écoute auxquels ont accès les jeunes francs-maçons : il s’agit, ainsi, de décrire l’environnement à l’intérieur du Temple, les cérémonies qui y ont lieu, le fonctionnement des tenues, les rituels, l’organisation des obédiences, les décors visibles à chaque degré, les termes de reconnaissance dans le monde profane...

L’évolution au sein des loges bleues suppose trois niveaux successifs de sens. Il faut tout d’abord entendre, c’est-à-dire se mettre en situation d’écoute pour enregistrer une parole, retenir un acte, imprimer un écrit ; c’est un état d’être qui nécessite un exercice, un entraînement, une discipline. Il faut ensuite comprendre afin d’intégrer en soi ce qui a été reçu de l’extérieur ; ce qui suppose, cette fois-ci, une herméneutique, c’est-à-dire une méthode d’interprétation qui permet de traduire le dépôt reçu en acte d’être. Il faut enfin transmettre, c’est-à-dire rendre compréhensible, non plus seulement à soi mais aussi aux autres, la chose reçue car il n’existe pas de témoin esseulé, de témoin solitaire.

La difficulté de la formation des apprentis est de trouver un bagage sémantique suffisamment léger, pour être assimilé par le novice,  mais qui n’écarte pas la profondeur des expressions symboliques ; c’est le 2nd  surv\ qui est tout particulièrement le guide de ce commencement de voyage vers l’être en devenir.

Certains mots, certains thèmes sont davantage à développer, soulignant leur importance dans la démarche initiatique. Ils exposent des réflexions analytiques puisées aux sources de la Tradition des frères et sœurs qui se sont essayés à dévoiler le sens ésotérique dissimulé derrière l’apparence du vocabulaire, tentant de faire remplir aux mots les fonctions qu'on attend d’eux. Les réflexions ne sont pas figées. Ici tout est symbole. Ne pas être idolâtre, c’est rester dans la recherche du sens du symbole et ne pas tomber dans le piège de la pétrification d’un « ceci signifie cela, et cela seulement ».

Le symbole est une mise en mouvement ; à partir de son silence, un chemin s’ouvre vers notre parole. Le symbole est plein d’énigmes. Il est ouvert, aussi permet-il de sortir de notre raideur, c’est-à-dire de la certitude de notre monde, de l’opiniâtreté de notre inertie. Le symbole, dans son secret, sa profondeur, son infini vivier de sens, est une source de rencontres où se croisent et se focalisent nos questionnements, nos sensibilités. User de symboles, c'est donner à chacun la possibilité, mais aussi la nécessité, de rechercher, par l'effort et la tension du questionnement, l'ouverture aux sens, la quête de nos possibilités par l'interprétation et le respect des possibilités de l'autre. C'est rendre les mots communs propres à chacun. Chacun apporte aux mots son histoire individuelle, son développement mental et intellectuel, son bagage d'expérience et de réflexion. Mais en même temps, l’apprenti doit trouver une libération de son être, càd qu’il témoigne d’une capacité de se dégager du déterminisme de ses conditionnements historiques, éducatifs et sociaux

Le symbole est un médiateur, une représentation, une évocation qui dissimule, dans un signifié, un signifiant sédimenté par le questionnement ontologique de ceux qui se penchent sur le mystère de l’Être. Le symbole ne recouvre pas d'obscurantisme, il dévoile, il révèle une connaissance du monde toujours plus vaste qu'une parole enfermerait et réduirait dès lors qu'elle se donnerait à entendre sous forme de discours. Parce que le symbole condense en lui un nombre illimité de significations, il est par excellence le support de toute pensée effectivement synthétique et l'instrument de ceux qui travaillent sur eux-mêmes à effacer la coupure qui sépare la réalité du Réel.

Les symboles délivrent des messages. Ils sont des ponts entre la réalité vécue et celle de l’univers, des ponts de compréhension, des ponts de sensibilité. Ils permettent de prendre contact avec ce que l’intelligence, dans sa finitude, ne peut pas comprendre.

Le signifiant, c'est la moitié visible du symbole. Le signifié, ce à quoi renvoie le signifiant, c'est la moitié invisible, ineffable, ce qui positivement ne peut être vu, nommé, mais seulement évoqué, suggéré. Ainsi tout symbole a deux caractères : il est à la fois fragmentaire et complémentaire. Le symbole est  un fragment de vérité qui renvoie à la Vérité, un fragment d'être qui renvoie à l'Être. Et si dans notre vie quotidienne nous vivons dans le fini, la pensée symbolique permet d'accéder à l'Infini. Les symboles sont des catégories de pensée, ils sont indicateurs de comportement.

Les symboles, souvent associés aux mythes, disent la voracité, la maternité, la haine, l’amour, la peur, la solitude et même le meurtre, ils disent aussi l’équilibre, la fraternité, l’harmonie, le mystère. Ils montrent l’homme dans son rapport avec lui-même, avec les autres, et avec le cosmos.

Les symboles ne sont que les vêtements qui habillent les énergies qu'ils représentent. Leur polyvalence les rend toujours délicats à utiliser et l'usage de la seule raison est souvent insuffisant.

Il est habituel dans le cadre de l'initiation d'apporter au nouvel initié un référentiel symbolique traditionnel. Si un sens lui est proposé, cela ne devrait pas être de manière définitive, mais plutôt comme une invitation à parcourir un nouveau chemin, dont la pertinence ne lui apparaîtra que plus tard par son travail personnel, avec une perspective infinie car toute catégorie d'existants est, de proche en proche, en relation de correspondance avec toutes les autres. Chaque décor, chaque mot, chaque geste à l’intérieur du temple recèlent encore d’innombrables richesses qui attendent d’être recueillies. La construction d'un langage qui rend possible cette pensée est difficile, son acquisition progressive est ardue et sa préservation infiniment précieuse.

L’apprenti mesurera son chemin parcouru grâce à sa nouvelle familiarité avec le vocabulaire de son degré, à sa compréhension du rituel, à son appropriation intellectuelle et spirituelle du lieu si particulier qu’est le temple ; il constatera les changements survenus dans sa manière de penser et de se conduire.

Cependant, s’il a reçu un minimum de connaissances et d'initiations, ce qui demeure nécessaire mais encore insuffisant, il ne s'étonnera pas de devoir passer d’autres épreuves, donc de subir des bouleversements mentaux, lesquels produisent des modifications cognitives et, surtout, des évolutions d'état d'être qui n'existeraient pas sans elles.

 

Vers 1737, le rituel de Compagnon s'est enrichi de « L'Étoile flamboyante » formant un pentagone avec, en son cœur, la lettre « G ». Les deux degrés d'Apprenti et de Compagnon formaient, en réalité, un tout dont le premier degré est une représentation, tandis que second en est la réalisation. Les cinq voyages d'initiation du Compagnon maçon n'ont plus alors le caractère d'épreuves des voyages de l'apprenti mais figurent des étapes de la Connaissance.

Ainsi, au compagnon vont être offertes de nouvelles voies de la Connaissance, les nombres, leur nature  et leur adéquation aux lois de l’univers, l'étoile flamboyante avec la lettre « G », la pierre cubique à pointe, le nom de la colonne du grade, les significations des rituels, les outils de métier, le sens de la marche, l’hermétisme et la parole. On ne peut manquer de remarquer, dans la symbolique du 2ème degré, des voies de connaissance analytiques et logiques, mais aussi des systèmes symboliques, voies de connaissance holistiques et analogiques avec des traces du métier, du pythagorisme, de l’ésotérisme johannique, de la gnose, de l’hermétisme, de l’alchimie, de la kabbale. Là où la pensée analytique scanne en quelque sorte le réel, étudiant chaque plan à part avec des outils conceptuels différents et cloisonnés, la pensée analogique est au contraire verticale et transversale. En abritant les vestiges des antiques traditions, la franc-maçonnerie manifeste l’intérêt qu’elle leur accorde. Ces voies de la Connaissance nous donnent le vertige d’assister à l’énigme même de l’univers. Il y a dans leur compréhension des espaces qui sont comme un désir métaphysique de transcendance. Les œuvres d’art qui en témoignent, plus que tout autre langage, projettent sur nous des lumières insoupçonnées, des lumières arrachées à tous les interstices de la pensée pour donner naissance à de multiples voûtes étoilées.

Chaque degré maçonnique possède une spécificité et une plénitude qui lui sont propres. Le grade de compagnon est sans doute le plus opératif des degrés de la franc-maçonnerie ; le travail intellectuel, quand il est vraiment réussi, atteint presque la valeur du travail manuel, écrivait le franc-maçon Oscar Wilde. Le terme opératif  ne doit pas être considéré exactement comme un équivalent de « pratique » en tant que ce dernier terme se rapporte toujours à l’action ; en réalité, il s’agit de cet accomplissement de l’être qu’est la réalisation initiatique, avec tout l’ensemble des moyens des diverses voies de la Connaissance qui peuvent être employés à cette fin. Entre « or riant et oxydant », le mot « œuvre », vocable de la construction, n’est-il pas tout autant usité dans la terminologie alchimique ?

Mais surtout, le chantier devient le lieu de la fraternité sans laquelle le compagnon ne peut se prévaloir de progrès initiatiques. En remontant aux Anciens Devoirs de la Maçonnerie, on découvre, insérée de façon plus ou moins voilée dans les règles normatives qui y sont énumérées, une indication précieuse pour les recherches du compagnon : il y est affirmé que l’amour fraternel constitue la pierre de fondation et la clef de voûte, le ciment et la gloire de cette antique Fraternité, méthode qui vise au dépassement des barrières limitatives qui entourent le moi vis-à-vis des autres. Recherche pour ton Frère soixante-dix excuses, et si tu ne les trouves pas, reviens vers ton âme avec suspicion et dis-lui: ce que tu vois en ton Frère, c’est ce qui est caché en toi !

A la construction en pierre se substitue l'idéal d'une mise en chantier allégorique. Il s'agit ainsi de promouvoir les valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel au sein d’un atelier d’ouvrage dans lequel le nouveau compagnon, ayant déjà inséré sa pierre, doit la faire vibrer, tant par la parole, par ses actes que par ses savoirs, pour se montrer digne de devenir un maître.  

Le Compagnon doit devenir un Maître avant qu'il ait fini son temps de compagnonnage. C'est parce qu'il sera devenu un maître qu'on l'élèvera à la Maîtrise.

 

Ce n'est qu'avec la deuxième édition des Constitutions d’Anderson, publiée en 1738, que la maîtrise sera formellement intégrée comme troisième degré hiérarchique de la franc-maçonnerie.

James George Frazer a soutenu, à partir d’exemples australiens, que l’essence des cérémonies initiatiques consiste à enlever au jeune homme son âme pour la faire passer dans son totem par un rituel de mort, puis à lui infuser une vie nouvelle, celle de son totem, par un autre rituel de résurrection ; il s'agirait en quelque sorte d'un échange d'âme.

Leo Frobenius, frappé surtout par le rôle des déguisements et des masques, y voit une technique spéciale pour transformer les individus en esprits des ancêtres et de la brousse et leur faire ainsi acquérir des pouvoirs surnaturels.

Emile Durkheim, dans une perspective analogue, mais pour les seules sociétés tribales totémiques, pense que des déformations corporelles ont pour objet de donner au récipiendaire, sous une forme plus ou moins symbolique, l'aspect de son totem. Ces conceptions valent sans doute, en partie, pour les initiations religieuses, magiques, tribales, étrangement elles pourraient s'appliquer aux initiations au grade de maître.

Avec la mise en place du grade de maître, les rituels adoptés développent un psychodrame. Le drame, au grade de maître, réside dans la transmission de la Tradition interrompue par un meurtre.  Il reste le mot substitué et les symboles, outils de l’inconscient, qui vont permettre, malgré cette interruption malheureuse, de construire un être nouveau, un initié, capable d’agir sur lui-même, d’être l’auteur de sa propre transformation. La mort n’est plus vécue comme un évènement mais comme un avènement.

La cérémonie de passage au grade de maître met en scène des personnages masqués qui s’interfèrent comme cadavre, meurtrier, assassiné et psychopompe. Un même personnage peut recouvrir des significations antithétiques. Par exemple, le « rôle » joué par le très respectable maître se situe à deux niveaux : la présidence de l’atelier (Salomon dans sa chaire) et un des trois assassins d’Hiram, en fait celui qui achève l’architecte.

L’impétrant est désintégré dans sa putréfaction, puis, son corps rassemblé, relevé lui donne une nouvelle naissance au cours de laquelle il devient (ou remplace) Maître Hiram. Il est fait Homme debout entre Ciel et Terre, entre équerre et compas. C’est une époptie, funèbre par son étalage mortuaire, qui s’achève par un cri de joie éclatant à l’accomplissement de la renaissance du maître qui ramène la lumière. A la résurrection s’ajoute l’effulgence.

Au risque de contrarier les libres penseurs, la franc-maçonnerie a longtemps labouré le même terrain que la mystique juive et celle de l’alchimie ; il en reste des herméneutiques empruntant aux symboles judéo-chrétiens.

Au-delà de l’image messianique, Hiram est à la fois l’Homme et le paradigme du corps enseveli dans le tombeau qui doit s’en libérer et ressusciter.  Pour revenir à la légende d’Hiram telle qu’elle est contée, s’agit-il de l’exécution d’un maître dont on veut s’emparer des secrets ou bien de la mise à mort d’un compagnon qui dépasserait le maître, comme celle de Talos (dont le génie inventa le compas) par Dédale son maître et son oncle ? Dans un cas nous parlons des moyens de faire un martyr, dans l’autre d’interrompre une quête. Dans les deux cas, cependant, il s’agit d’un personnage majeur abattu en raison de ses relations avec les secrets du monde et dont le voyage dans l’au-delà sera le moyen de transmettre la Connaissance.

Le degré de maître est considéré comme un achèvement de la formation du franc-maçon. Cependant, il est à remarquer que les rituels, modestement, n’utilisent pas le terme d’initié en tant que substantif et ce, bien que la franc-maçonnerie se proclame initiatique et progressive. C’est une façon de reconnaître que l’initiation maçonnique propose avant tout une méthode, des moyens de progression et de transformation, mais qu’elle ne fabrique pas, clés en mains, un initié.

Réservé au grade de maître, le Rituel particulier de la Marque (RDLM), en parallèle du RÉAA, constitue une addition heureuse à la franc-maçonnerie traditionnelle. Par une cérémonie d’avancement, ce rite achève l’initiation du compagnon bâtisseur et constructeur, sans psychodrame mortifère, où seul l’excellence du travail promeut le compagnon vers le grade de maître.

 

Aux mots résumant les degrés initiatiques, pour le premier,  introspection et humilité, pour le deuxième, exploration et fraternité, s’ajoutent mort et transfiguration au 3ème et dernier degré des loges bleues. Les travaux en franc-maçonnerie ont, ainsi, pour but de montrer, par l’étude de la vie et de la mort, que c’est l’intelligence seule qui constitue l’homme, et que, pour conserver toute notre intégrité, il faut résister, toujours et quand même de toutes nos forces, aux attaques mortelles de l’ignorance, de l’hypocrisie et de l’ambition.

Le neurologue Paul Macleen a pu observer et mettre en évidence que, dans les lobes frontaux, l’introspection était connectée à l’empathie, intimement liée aux valeurs altruistes, à l’action sociale. Au fur et à mesure que je descends en moi-même, je deviens plus tolérant, plus ouvert, j’accepte davantage l’altérité. Dans le temple et au cours de la tenue je cherche, je découvre et je porte à l’extérieur ce qui a été vivifié en moi. La quête initiatique est une façon d'habiter le monde. C'est admettre et vouloir s'orienter, c'est vouloir sortir du chaos; c'est faire un pari existentiel sur le sens contre l'absurde et c'est au cœur d'une telle démarche que se construit aussi la fraternité.

 

La franc-maçonnerie n'est ni une religion, ni son substitut, même si la démarche maçonnique intègre, dans sa réflexion, les traditions populaires, mythologiques, hermétiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut  révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine.

Bruno Etienne nous disait : il y a société initiatique lorsque les 10 variables suivantes sont réunies, après acceptation des mots, rites, symboles et mythes : 1- Une légende de base justifiant le rite. 2- Un dépouillement physique vestimentaire accompagné d’une réclusion. 3- La présence d’époptie dévoilée pour la contemplation des symboles et des mytho-drames, c'est-à-dire le rite fondateur. 4- La présence des 4 éléments. 5- Un ou plusieurs voyages unidirectionnels. 6- Un rapport chute-élévation. 7- Une guidance, c'est-à-dire une utopie voire une eschatologie. 8- Une uchronie.  9- Une eurythmie en rapport avec les types de temps et d’espace séparés donc sacrés. 10- Des épreuves physiques réelles ou symboliques liées au passage, à la mort et à la résurrection. A ces titres, la franc-maçonnerie est bien une société initiatique, aux francs-maçons à œuvrer pour devenir dignes d’elle. Oser, ce n’est pas d’emblée adopter, c’est s’autoriser une pensée autre, un espace de recherche. Se spiritualiser n'est pas acquérir un esprit religieux ni croire au(x) Dieu(x) des religions. C'est simplement tourner son âme vers l'esprit, admettre que notre corps n'est pas notre unique composant et que nous sommes reliés à une réalité qui nous échappe, vers laquelle nous voulons nous élever. Dans cette vision, matière et esprit ne sont pas opposés mais font tout deux partie du Tout qui est en même temps le Un.

 

Je terminerai par cette parole de Michel Zéraffa : Le cosmos est un cryptogramme qui contient un décrypteur, l’homme,  en rajoutant que la franc-maçonnerie stimule et encourage  les frères et les sœurs  à être cet homme-là.

 

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 14:44

 

Sortie le 16 mars du dernier opus du "Vocabulaire de la franc-maçonnerie" des loges bleues

 

 

C-maître

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 18:21

Apprenti

 

compagnon.JPG

 

 

La nouvelle collection est arrivée !


Ce moi-ci sortie, dans toutes les bonnes librairies, des deux premiers tomes de la trilogie  du " Vocabulaire du franc-maçon". Le maître est prévu au printemps prochain.

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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 08:21

Dans ma jeunesse, alors que je lisais La 25ème heure de Giurgiu, mon père s’approcha de moi et, remarquant l’ouvrage, me le prit des mains, le jeta me disant : je ne veux pas de cette littérature chez moi. Victime de l’exaction du nazisme pendant la dernière guerre, on peut comprendre sa réaction, Giurgiu étant considéré comme un écrivain pro-nazi.

Mais ce geste pose le problème de la considération de l’œuvre d’un auteur dont la réputation sulfureuse entache son génie.

Ne faut-il honorer que des auteurs qui sont irréprochables ? La littérature peut-elle accepter d’odieux voisinages mêlant traîtres, bourreaux et leurs victimes ? Les faits accablants de la vie des artistes condamnent-ils en même temps leurs œuvres ? Juger les livres et seulement eux, là est un problème de censure qui fait polémique. En éditant cette année Drieu de La rochelle, dans sa collection de la Pléiade, Gallimard se défend d’être le Panthéon où Jaurès et Moulin auraient eu à le côtoyer mais contre les lanceurs d’anathèmes brandissant les pièces à charge du procès de cet auteur, l’éditeur s’explique : Comme toutes les œuvres importantes, celle de Drieu appartient à la fois à son temps et au notre… elle ne relève pas pour nous du témoignage historique mais de la littérature vivante. A condition de ne pas ployer sous le poids du mythe romantique et vénéneux, il ne s’agit pas, comme l’invite l’éditeur, de dissocier l’esthétique de l’idéologie, ni de laisser l’une éclipser l’autre. A la fin de la guerre, Drieu la Rochelle se suicide. Il restera, cependant, présent dans l’esprit de son ami d’adolescence Aragon et Malraux, devenu ministre de la culture sous De Gaulle, continuera à faire publier ses écrits comme un pardon posthume.

De même, chez Gallimard, ce furent les cas de Louis Ferdinand Céline et de Paul Morand ; la postérité a sa part de subjectivité et d’arbitraire surtout lorsqu’il s’agit d’histoire littéraire. Le prestige de la collection étant ce qu’il est, les lecteurs la considèrent comme faisant naturellement partie du patrimoine national ; à ce titre, ils s’expriment sur ses choix au même titre qu’un bien collectif. Ils exercent deux opinions qui peuvent être contradictoires, l’une politique, l’autre littéraire. On s’en doute, l’enjeu est plus directement politique lorsqu’il est question des engagements de Pierre Drieu de la Rochelle : fasciste, antisémite, antirépublicain, xénophobe, favorable à une fédération européenne sous hégémonie allemande nazie.

Mais, comme l’écrit Pierre Assouline, écrivain et chroniqueur au Monde des livres : ayant découvert Drieu à 20 ans,  je n'ai jamais renié l'empreinte de "ce charme quand même" qui est avant tout, au-delà d'une biographie prétendument sulfureuse et de la dimension tragique de sa personnalité, une écriture, un ton, une manière de faire sonner la langue.

La littérature engagée, c’est l’écriture avec une encre qui est du sang quand l’artiste est aussi un militant, la parole littéraire devenant une arme capable de transgresser toutes les censures. En entendant l’engagement comme une prise de parti active, par des actes ou des paroles, à la vie sociale, politique, intellectuelle ou religieuse de son temps, la littérature engagée se définit donc comme une littérature de circonstance face aux mœurs d’un temps et d’une géopolitique donnés. La littérature engagée suscite ainsi un questionnement autant d'ordre politique que d'ordre poétique. " Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu'ils n'ont pas écrit une ligne pour l'empêcher " disait Sartre.

Face à ce qui apparaît souvent comme une nuit noire de l'intelligence et de la morale, la légendaire "clarté française" s'était réfugiée dans la première moitié du XXe siècle dans les écrits de la droite littéraire, ouvrant ce paradoxe chez de nombreux amateurs de littérature : une admiration inentamée pour leur style, ce mordant fait d'un alliage de légèreté et de vivacité, mais qui est toujours allée de pair avec une juste aversion pour leur imprégnation fasciste que les générations futures oublieront pour ne retenir que leur plume.

Paul Morand, Louis-Ferdinand Céline, Drieu la Rochelle, Jacques Chardonne sont les écrivains qui ont collaboré pendant l’occupation de la France par l’Allemagne nazie, tous publiés sur papier bible dans la collection La Pléiade.

Paul Morand, mysogine et homophobe, collaborateur mais plus Maréchaliste que nazi sera pourtant élu en 1968 à l’Académie française.

Jacques Chardonne fut plus engagé dans la collaboration avec l’Allemagne nazie. Il a écrit notamment « les SS usent convenablement de leur pouvoir absolu et la population ne s’en plaint pas »! C’était l’un des écrivains favoris de François Mitterand.

 

Un sort semblable a été fait à François Marie Arouet alias Voltaire ; une amnésie générale le glorifie aujourd’hui, particulièrement chez les francs-maçons, oubliant ou ignorant sa part obscure.

 

Parce que les idées des encyclopédistes étaient des idées de liberté et d'égalité universelle, on a pu encenser Voltaire qui y participa. Et pourtant quel paradoxal personnage ! Je me permets cette épithète en le justifiant par les positions personnelles de Voltaire que l’on découvre dans ses écrits et les éléments historiques de sa vie qui ne sont pas moins irréprochables que ceux que je viens d’évoquer.

Au rebours d’idées reçues, le mépris et la haine pouvaient être les ressorts de cette personnalité, très humaine au demeurant selon l’historiographie universitaire quasi-unanime : sa vie est émaillée d’utilisation récurrente de lettres de cachet visant de simples jeunes auteurs qui n’ont le défaut que de ne pas partager son autosatisfaction, d’intrigues pour faire condamner Rousseau à mort par la République de Genève, d’exhortation à Catherine II pour faire massacrer en grand nombre les Turcs, lui soumettant même avec insistance une arme de son imagination, d’utilisation satisfaite d’une main-d’œuvre serve pour son approvisionnement en sucre de canne (au moment où sort son Candide contenant la charge que l’on sait contre l’esclavage), de mépris des noirs, des Huguenots, des catholiques, des juifs.

Voltaire apparaît comme adepte de la pensée unique ; son intolérance est remarquée par le philosophe Gusdorf : « les invectives de Voltaire sont l’expression d’un fanatisme et d’une intolérance pires que ceux qu’il reproche à ses adversaires ». Les propos blessants de Frédéric II roi de Prusse, qui fut pourtant son mécène, soulignent la personnalité de Voltaire : « Vous me demander ce que c’est que le procès de Voltaire avec un juif  [Abraham Hischell] ?  C’est l’affaire d’un fripon qui veut tromper un filou. Il n’en n’aura pas moins d’esprit mais son caractère en sera plus méprisé que jamais ». Ce roi l’accusera  et je cite : « de méchancetés et friponneries, de satires et de calomnies ». L’âpreté de Voltaire au gain, l’acharnement qu’il mettait à la poursuite un juif pour éviter, lui si riche, la perte de quelques écus, fournissait à ses ennemis comme au roi de Prusse, les accusations déjà vieilles de lésine et d’habitudes serrées. Des libelles de 1738 le prétendent, « déshonoré dans la société civile par ses lâches impostures, par ses fourberies, par ses honteuses bassesses, par ses vols publics et particuliers ». La rancœur des dévots de l’époque que Voltaire combattait suffit-elle pour ne pas croire à ce portrait ?

Chateaubriand dans Génie du Christianisme conclut que : Voltaire ayant soutenu éternellement le pour et le contre, et varié sans cesse dans ses sentiments, son opinion en morale, en philosophie et en religion, doit être comptée pour peu de chose.

 

Alors ?

Que Voltaire n'aimât pas les religions monothéistes et qu’il en en dénonçât leurs intolérances, soit, cela convient aux libres penseurs. Mais on ne peut ignorer que Voltaire se montra antisémite, raciste et esclavagiste ; pour preuve les quelques extraits de textes que je retiens donneront une idée de la violence et de la conviction de ses propos.

 

Voltaire antisémite écrit dans l'article « Tolérance » du Dictionnaire philosophique : « C'est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. D’ailleurs sa haine de la nature humaine est nourrie de celle du christianisme dont les juifs sont les coupables précurseurs : Voltaire suggère comme « juste [...] que la terre soit purgée de cette race » et fait dire à Memmius dans ses Lettres de Memmius à Cicéron que les juifs ont vocation à être « assassins et assassinés à leur tour ».

Des considérations du même calibre émaillent l'ouvrage par centaines. Celles qui sont livrées ici sont extraites de l'édition de 1805 (Imprimerie Didot).

Voilà ce qu'il a écrit dans son livre Essai sur les Mœurs à propos des juifs :

 (Tome 1, page 158-159): " "Si nous lisions l'histoire des Juifs écrite par un auteur d'une autre nation, nous aurions peine à croire qu'il y ait eu en effet un peuple fugitif d'Egypte qui soit venu par ordre exprès de Dieu immoler sept ou huit petites nations qu'il ne connaissait pas ; égorger sans miséricorde les femmes, les vieillards et les enfants à la mamelle, et ne réserver que les petites filles ; que ce peuple saint ait été puni de son Dieu quand il avait été assez criminel pour épargner un seul homme dévoué à l'anathème. Nous ne croirions pas qu'un peuple si abominable (les Juifs) eut pu exister sur la terre. Mais comme cette nation elle-même nous rapporte tous ses faits dans ses livres saints, il faut la croire."

(Tome 1, page 186) : "Toujours superstitieuse, toujours avide du bien d'autrui, toujours barbare, rampante dans le malheur, et insolente dans la prospérité, voilà ce que furent les Juifs aux yeux des Grecs et des Romains qui purent lire leurs livres.   

 (Tome 1, page 226) : " N'est-il pas clair (humainement parlant, en ne considérant que les causes secondes) que si les Juifs, qui espéraient la conquête du monde, ont été presque toujours asservis, ce fut leur faute ? …" Lorsque, vers la fin du quinzième siècle, on voulut rechercher la source de la misère espagnole, on trouva que les Juifs avaient attiré à eux tout l'argent du pays par le commerce et par l'usure. On comptait en Espagne plus de cent cinquante mille hommes de cette nation étrangère si odieuse et si nécessaire. (...)

(Tome 2, page 83) : On ne voit au contraire, dans toutes les annales du peuple hébreu, aucune action généreuse. Ils ne connaissent ni l'hospitalité, ni la libéralité, ni la clémence. Leur souverain bonheur est d'exercer l'usure avec les étrangers ; et cet esprit d'usure, principe de toute lâcheté, est tellement enracinée dans leurs cœurs, que c'est l'objet continuel des figures qu'ils emploient dans l'espèce d'éloquence qui leur est propre… Ils sont ennemis du genre humain. Nulle politesse, nulle science, nul art perfectionné dans aucun temps, chez cette nation atroce."                                                                                                                              

L'obsession antisémite de Voltaire ne s'endort jamais.  Dans son Dictionnaire philosophique (1769), il revient régulièrement sur la question des Juifs, même quand il n'existe aucun lien avec la philosophie ou avec le titre de l'article.

Article "Anthropophage" :
"Pourquoi les Juifs n’auraient-ils pas été anthropophages ? C’eût été la seule chose qui eût manqué au peuple de Dieu pour être le plus abominable peuple de la terre."
Article «Job» :
"Leur profession fut le brigandage et le courtage ; ils ne furent écrivains que par hasard."
Article «Tolérance» :
"Le peuple juif était, je l’avoue, un peuple bien barbare. Il égorgeait sans pitié tous les habitants d’un malheureux petit pays sur lequel il n’avait pas plus de droit qu’il n’en a sur Paris et sur Londres."  

Et de rajouter heureusement : « Il ne faut pourtant pas les brûler » !   

                                        

-                     Voltaire est ouvertement raciste. On peut lire dans son ouvrage « Des différentes races d'hommes » : (Tome 1, pages 6 à 8) : Ce qui est plus intéressant pour nous, c'est la différence sensible des espèces d'hommes qui peuplent les quatre parties connues de notre monde. Il n'est permis qu'à un aveugle de douter que les blancs, les nègres, les Albinos, les Hottentots, les Lappons, les Chinois, les Américains soient des races entièrement différentes.

Parlant des noirs : leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d'hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu'ils ne doivent point cette différence à leur climat, c'est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu'une race bâtarde d'un noir et d'une blanche, ou d'un blanc et d'une noire.

Pour Voltaire, les Albinos sont, à la vérité, une nation très petite et très rare ; ils habitent au milieu de l'Afrique : leur faiblesse ne leur permet guère de s'écarter des cavernes où ils demeurent ; Cependant les Nègres en attrapent quelquefois, et nous les achetons d'eux par curiosité. Prétendre que ce sont des Nègres nains, dont une espèce de lèpre a blanchi la peau, c'est comme si l'on disait que les noirs eux-mêmes sont des blancs que la lèpre a noircis. Un Albinos ne ressemble pas plus à un Nègre de Guinée qu'à un Anglais ou à un Espagnol. Leur blancheur n'est pas la nôtre : rien d'incarnat, nul mélange de blanc et de brun ; c'est une couleur de linge ou plutôt de cire blanchie ; leurs cheveux, leurs sourcils, sont de la plus belle et de la plus douce soie ; leurs yeux ne ressemblent en rien à ceux des autres hommes, mais ils approchent beaucoup des yeux de perdrix. Ils ressemblent aux Lapons par la taille, à aucune nation par la tête, puisqu'ils ont une autre chevelure, d'autres yeux, d'autres oreilles; et ils n'ont d'homme que la stature du corps, avec la faculté de la parole et de la pensée dans un degré très éloigné du nôtre. Tels sont ceux que j'ai vus et examinés. "

A propos des tziganes, il écrit : (Tome 5, page 83-84) : " Il y avait alors une petite nation, aussi vagabonde, aussi méprisée que les Juifs, adonnée à une autre espèce de rapine ; c'était un ramas de gens inconnus, qu'on nommait Bohèmes en France, et ailleurs Egyptiens, Giptes ou Gipsis, ou Syriens (...). Cette race a commencé à disparaître de la face de la terre depuis que, dans nos derniers temps, les hommes ont été désinfatués des sortilèges, des talismans, des prédictions et des possessions."

 

-                     Voltaire esclavagiste : Trop de naïfs sont persuadés que Voltaire était anti-esclavagiste parce qu’on fait lire aux lycéens sa compassion pour l'esclave du Surinam. Notre philosophe est un bel hypocrite : il a en effet spéculé, en association avec les armateurs nantais et avec la compagnie des Indes, dans les opérations de traite des esclaves (par exemple dans l'armement du bateau négrier Le Congo). Dans la citation ci-après, plus sincère, il défend ses intérêts.
(tome 8, page 187) : " Nous n'achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l'acheteur.  Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir."

 

Pour résumer le portrait de Voltaire en voici un jugement du journaliste Sabatier de Castres, son contemporain :

de grands talents et l’abus de ces talents portés aux derniers excès ; des traits dignes d’admiration, une licence monstrueuse ; des lumières capables d’honorer son siècle, des travers qui en sont la honte ; des sentiments qui ennoblissent l’humanité, des faiblesses qui la dégradent ; tous les charmes de l’esprit, et toutes les petitesses des passions ; l’imagination la plus brillante, le langage le plus cynique et le plus révoltant ; de la philosophie et de l’absurdité ; la variété de l’érudition et les bévues de l’ignorance ; une poésie riche et des plagiats manifestes ; de beaux ouvrages et des productions odieuses ; de la hardiesse et une basse adulation ; des hommages à la religion et des blasphèmes ; des leçons de vertu et l’apologie du vice ; des anathèmes contre l’envie et l’envie avec ses accès ; des protestations de zèle pour la vérité et tous les artifices de la mauvaise foi ; l’enthousiasme de la tolérance et les emportements de la persécution : telles sont les étonnantes contrariétés qui, dans un siècle poins inconséquent que le notre , décideront du rang que cet homme unique doit occuper dans l’ordre des talents et dans celui de la société.

 

La franc-maçonnerie a souvent honoré Voltaire, c'est pour le moins une occultation qui porte ambigüité !


 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 12:07

généalogie

 

 

En Méditerranée, en ces temps-là, le destin était le résultat d’un passé que seuls les dieux maîtrisaient. Le tragique s’accomplissait chaque fois aux yeux d’un dieu spectateur et lointain, qui assiste à l’égarement du mortel qui s’est fourvoyé dans le piège que le dieu lui-même a machiné. Avant de naître, l’humain est déjà victime et jouet des dieux de l’Olympe. Ainsi, les hommes ne sont pas maîtres de leur vie : leur chemin serait tout tracé, et dépendrait en tout cas du bon vouloir de dieux qui s’amusent de leur impuissance.

 Et pourtant ces dieux ressemblaient fort à des hommes ordinaires : ils étaient orgueilleux, avides, paresseux, gourmands, menteurs, mesquins, rancuniers, jaloux, frivoles, capricieux, violents.

 

En voici une histoire, toute petite illustration de ces temps-là.

 

Cela commence dans l’Olympe. Aphrodite mariée avec l’affreux Héphaïstos le trompe avec Arès le dieu de la guerre. Trahison classique de la fidélité. Hélios, celui qui voit et entend toutes choses comme l’appelle Homère, le fait savoir au mari bafoué. Trahison par délation. Héphaistos prévenu s'empresse de tisser un filet invisible et indéchirable qu'il jette sur le lit des amants afin que tout l'Olympe puisse admirer le comique de la situation. Aphrodite jure de se venger de l’indiscret Hélios, dirigeant son courroux sur sa descendance, à savoir sur Pasiphaé la fille qu’il a avec une princesse de Crète et sur ses petites-filles Ariane et Phèdre. Le drame va pouvoir commencer.

De son côté Poséidon batifole avec Libye dont il a un fils, Agénor, qui devient le roi de Tyr. De son union avec Téléphassa naît une splendide fille, au large visage et grands yeux, traduction grecque de son nom : Europe. Emerveillé par sa beauté  et pour échapper à sa femme Héra, Zeus prend la forme d’un taureau blanc, Ille pater rectorque deum
Induitur faciem tauri ora.
Ce sont Les Métamorphoses d'Ovide, dans son Livre II (vers 847à 867) qui racontent : Lui, le père et le maître des dieux, prend l'apparence d'un taureau ; mêlé au jeune troupeau, il mugit et de sa belle allure, il foule l'herbe tendre. C'est qu'en effet, sa couleur est celle de la neige (...) De son cou, les muscles sont saillants, (...) jusqu'à ses épaules pend son fanon ; ses cornes sont petites (...) Sur son front, aucune menace et rien à redouter dans ses yeux ; la paix resplendit sur sa face. La fille d'Agénor s'étonne de voir un animal si beau et si peu enclin aux combats ; mais en dépit de sa douceur, elle craint d'abord de le toucher. Bientôt elle s'approche de l'animal et offre des fleurs à sa bouche d'une blancheur éclatante. Séduite Europe se laisse enlever d’Attique, traverse la mer et est cachée sur l’île de Crète. Après avoir repris forme humaine, Zeus s’unit à elle. Trahison par le leurre. On connaît la suite, naîtront trois fils, Sarpédon, Rhadamante et Minos que Zeus confie à Astérios le roi de la Crète pour qu’il les élève comme fils adoptifs tout en mariant son amante Europe avec le roi de Crète.

Minos 1er devenu roi à son tour aura un fils Lycaste qui donne naissance à celui qui devient le roi Minos 2nd. A noter que les deux rois Minos sont souvent confondus en un seul personnage. Le destin va se nouer, le pseudo-Appollodore nous le raconte : le trône de Crète était disputé entre les trois frères, Rhadamanthe, Sarpédon et Minos. Ce dernier en appela à Poséidon, lui demandant de lui envoyer un signe qui le ferait reconnaître comme l’héritier de la couronne. Un taureau magnifique sortit de la mer, que Minos promit de sacrifier aux prochaines fêtes. Mais le roi n’accomplit pas sa promesse. Admirant la rare beauté de l’animal, il met le taureau blanc dans son cheptel et en sacrifie un autre. Trahison de la promesse. Minos obtint assez rapidement le contrôle des mers autour de son île mais Poséidon, irrité de ce qu'il n'avait pas honoré sa parole, avec l’aide d’Aphrodite qui voulait se venger d’Hélios, fit naître en Pasiphaé (sa fille), femme de Minos, une passion pour l’animal.

Devenue folle amoureuse du taureau, tourmentée dans sa chair, désirant assouvir cette passion contre nature, elle demanda conseil à Dédale, l’architecte du roi, qui avait été exilé d'Athènes pour meurtre. Sculpteur et architecte de génie célébré dans toute la Grèce, Dédale brillait d'un talent inégalé en Grèce jusqu'au jour où il prend parmi ses élèves le fils de Perdix, sa sœur, le jeune Talos. L'atelier croulant sous les commandes, l'apprenti, habile de ses mains, avide de progresser dans son art, n'est pas de trop. Un jour, en observant une mâchoire de serpent, Talos a la lumineuse idée d'inventer le compas et la scie. Devant une telle démonstration de génie, Dédale a l'insupportable pressentiment que son élève le dépassera bientôt. Sous prétexte d'une promenade nocturne, il s'en débarrasse en le précipitant du haut de l'Acropole. Trahison par la jalousie. La déesse Athéna, sensible au talent du jeune homme, intervient avant qu'il ne s'écrase et le transforme en oiseau. Effrayé par l'horreur de son crime, Dédale quitte Athènes pour la Crète où il est accueilli par Minos.

Ainsi, sollicité par Pasiphaé, il met au point un système qui permettra à la reine de s’accoupler sans danger avec le taureau : il élabore une génisse en bois, recouverte de la peau d’un animal fraîchement abattu. A l’intérieur, il aménage un endroit où la reine pourra s’installer confortablement dans l’attente de l’événement qui allait la satisfaire. Par la suite, Dédale fait monter le leurre sur un chariot et transporte l’appât auprès de l’animal. La reproduction était si bien faite que le taureau s’y laissa prendre, et l’accouplement eu lieu. Trahison par le leurre comme Zeus avec Europe.

Pasiphaé donna ainsi naissance à Astérios  (ou Astérion), qu'on appelle le Minotaure : il avait la tête d'un taureau et le reste du corps d'un homme.

Suivant les conseils de ses oracles, Minos enferma ce monstre dans une prison construite tout exprès par Dédale, le labyrinthe . Avec son grouillement de méandres, il était impossible pour le Minotaure de trouver la sortie. Furieux, Minos emprisonna aussi Dédale et son fils Icare dans le Labyrinthe.

Revenons un peu en Attique où Egée, roi d'Athènes qui n'était pas marié, n'avait aucun successeur. Il prit la route de Delphes et consulta l'oracle. Mais la Pythie lui fit une réponse évasive qu'il ne comprit pas et la confia au retour à son ami Pitthée, roi de Trézène. "Tu ne délieras pas le col de ton outre à vin avant d'être revenu à Athènes" lui avait-elle enjoint.

Si Egée ne comprenait pas la formule, Pitthée de son côté l'avait bien comprise, et il s'empressa de lui présenter sa fille Ethra et de les installer pour la nuit dans une petite île tout en ayant préalablement enivré son hôte. Trahison de l’hospitalité. Mais Poséidon était amoureux de la jeune princesse de Trézène et il s'empressa de la rejoindre dès la nuit tombée pour courtiser la belle avant que son futur époux désigné ne se soit réveillé. Ou encore, les jeunes amoureux firent-ils ce qu'attendait Pitthée ? Toujours est-il qu'au petit matin, Egée ne savait pas trop bien ce qu'il avait fait, mais lorsqu'il apprit qu'Ethra était enceinte, il accepta la responsabilité paternelle de ses actes. Il conduisit alors Ethra au pied d'un immense rocher, le souleva, y plaça ses sandales et son épée et enjoignit son épouse de ne rien dire et d'attendre que l'enfant soit assez fort pour soulever le rocher pour lui révéler sa paternité. En effet, Egée était fort contesté à Athènes par Pallas son demi-frère et ses 50 fils, les Pallantides, et il ne souhaitait pas ouvrir une querelle dynastique à ce moment. Bien sûr, il promit à Ethra qu'il reconnaîtrait l'enfant aux armes qu'il porterait et qu'il en ferait son successeur.  Thésée vint au monde, tandis que Pitthée répandait à tout à chacun, le bruit que sa fille avait reçu la visite de Poséidon, lui-même.

Jeune homme, Thésée muni des armes de reconnaissance, arrive à Athènes, décide de ne pas révéler son identité. Cependant, Egée accueillit chaleureusement le voyageur, ayant entendu parler des exploits que ce dernier avait accomplis. En effet, la route qui menait de Trézène à Athènes était, à l’époque, infestée de brigands, des êtres démoniaques à la cruauté implacable qui dépouillaient et tuaient tous les voyageurs qui passaient par là. Ces assassins étaient alors au nombre de cinq. Thésée les anéantit, les tuant chacun de la même manière que ces meurtriers opéraient.

La terrible Médée, mariée à Egée, ne vit pas l’arrivée de Thésée d’un bon œil, car elle savait qui il était, contrairement à Egée qui l’ignorait. Comme elle voulait que son fils Médos monte sur le trône d’Athènes, elle proposa au jeune homme d’aller combattre le taureau d’Athènes, capturé par Héraclès au cours de son septième travail puis relâché peu après, qui sévissait dans les environs de Marathon, espérant que Thésée se ferait tuer.

Ayant réussi l’épreuve, Thésée rentre à Athènes, après avoir capturé le taureau. Il le sacrifiera à Apollon par la suite. Alors, Médée tente de tuer le jeune homme. Elle le fit passer pour un partisan des pallantides aux yeux d’Egée, et lui offrit une coupe de vin empoisonné au cours d’un banquet. Mais Egée reconnaît à temps les objets que Thésée porte sur lui : les sandales et l’épée qu’il avait placé lui-même sous le rocher, en présence d’Ethra. Il arrache la coupe des mains de son fils, Médée sera exilée.

Et maintenant que le décor est planté, l’entrecroisement des circonstances destinales va tisser la tragédie des personnages d’Athènes et de la Crète.

 

Minos  envoie son fils Androgée participer à des jeux sportifs, les Panathénées, qu’il remporte en héros ; d’autres versions parlent de combattre aux côtés des Athéniens, le fameux taureau près de Marathon. Or Androgée mourut. D'accident ? Ou de la main des Athéniens guidée par Egée qui voyait d’un mauvais œil l’amitié de ses neveux, fils de Pallas, pour ce jeune homme si puissant et Crète de surcroît, craignant une alliance pour le renverser. Trahison probable pour raison d’Etat.

Minos, pensa que c'était plutôt Egée qui n'avait pas respecté son hôte et qui l'avait fait tuer. Il prépara ses flottes, et fondit sur l'Attique. Nisa, ville voisine d'Athènes, qui tenait son nom de Nisus, frère d'Egée, fut la première à sentir la puissance des armes de Minos ; cependant elle aurait pu résister longtemps sans la trahison de Scyllà, fille de Nisus. Elle aperçut Minos du haut des tours de la ville et conçut pour lui une folle passion. Instruite des secrets de son père et de toutes ses résolutions, elle les fit connaître à Minos ; elle trouva même le moyen de lui faire remettre les clefs de la ville, qu'elle avait dérobées pendant la nuit. Le roi de Crète profita de cette trahison ; il s'empara de la ville. Il fit le siège d'Athènes, ravagea l'Attique et obtint leur soumission. En guise de tribut, il exigea que tous les ans (tous les trois, sept ou neuf ans selon les textes) sept jeunes garçons et sept jeunes filles soient livrés pour être donnés en nourriture au monstre Minotaure, fils des amours de Pasiphaé, et du taureau de Crète. Chaque année, le roi d'Athènes Egée faisait procéder par tirage au sort, à la désignation des malheureuses jeunes victimes.

Thésée, le fils qu'il venait de reconnaître, se désigna alors volontaire, pour être l'un des jeunes gens. Mais on dit aussi que Minos, venant chercher lui-même ses victimes, aurait exigé Thésée fils d'Egée, en compensation d'Androgée, son fils. On dit aussi que les Athéniens, épris d'égalité, n'auraient pas compris que le fils du roi soit exempté de cette malédiction. Thésée sacrifia à Apollon avant d'entreprendre le voyage et dit-on, le dieu lui conseilla de s'en remettre à la protection d'Aphrodite.

 

A l'arrivée de la délégation athénienne livrée en offrande au Minotaure et menée par Thésée, Ariane, demi-sœur du minotaure et sœur d’Androgée, sous l’influence d’Aphrodite, tombe amoureuse de Thésée et entreprend de le sauver en lui confiant un moyen de se retrouver dans le labyrinthe et d'en ressortir, s'il était vivant. Trahison de la famille, trahison du sang, trahison symétrique de celle de Scylla. Ariane lui fournit une épée et une pelote de fil à dérouler et ré-enrouler procurée par le bâtisseur du labyrinthe Dédale qui a choisi de trahir les crétois pour sauver ses concitoyens, les athéniens. Thésée ressort vivant du labyrinthe après avoir tué le Minotaure.

 

Pauvre Minotaure, victime destinale, incarnant à la fois la bestialité primitive et l’amour, le bourreau et la victime, dont la nature monstrueuse et l’enfermement, séquelles de l’amusement des dieux de l’olympe, l’ont condamné à mourir pour la gloire du héros athénien..

 

Thésée trahira également Ariane et le serment qu’il lui avait fait, en l’abandonnant à Naxos alors qu’il lui avait promis de la ramener à Athènes avec lui. Dédale et son fils s’évaderont par les airs mais ceci est une autre légende.

 

Que comprendre ? Que retenir ?

 

L’explication politique :

 

On comprend que les Crétois s'opposèrent par la suite à cette version jugée "athénienne". En fait Minos conservait vivant les otages princiers grecs comme garant de sa suprématie et les affectait à son service.  Or il existait un certain Tauros, sans doute fort comme un taureau, amant de la reine Pasiphaé (avec laquelle il aurait eu le Minotaure) et dangereux pour Minos. Chaque année, Minos organisait des jeux que Tauros remportait inévitablement, recevant en récompense des captifs grecs qu'il traitait durement. Cette année-là, Minos autorisa Thésée à combattre et même promis la libération des prisonniers en cas de victoire. Thésée triompha. La princesse Ariane remarqua cet athlète et amoureuse, partit avec lui. Le Minotaure fut tué sur le port en défendant les bateaux crétois. Cette version crétoise a été contée par Plutarque au IIe siècle av JC. Cette légende est un souvenir de la civilisation minoenne, avec son culte du taureau et ses palais immenses, tels ceux que les fouilles d'Evans (1851-1941) ont remis au jour. Le Labyrinthe est en effet, étymologiquement, le « palais de la double hache », symbole que l'on retrouve partout sur les monuments crétois. Une pièce de monnaie crétoise présente sur une face le labyrinthe, sur l'autre le minotaure entouré d'un demi-cercle avec de petites billes figurant probablement des étoiles, sans doute en relation avec l'autre nom du minotaure, Asterion, qui signifie « étoile ».

Une explication historique du mythe se réfère au temps où la Crète était la principale puissance politique et culturelle dans la mer Égée. Comme la naissance d'Athènes, et probablement d'autres villes grecques du continent, était un hommage à la Crète, on peut supposer que de tels hommages incluaient de jeunes hommes et femmes pour un sacrifice. Cette cérémonie pourrait avoir été réalisée par un prêtre déguisé avec une tête de taureau ou un masque, ce qui explique l'imagerie du Minotaure. Il se peut également que ce prêtre ait été le fils de Minos.

Une autre explication est que la Crète dominait dans l'Antiquité la Méditerranée, que la Grèce de cette époque qui n'était composée que d'Athènes était en position de soumission et qu'elle versait chaque année (ou tous les 9 ans, selon les versions) un tribut à la Crète sous la forme de 7 jeunes gens et 7 jeunes filles. Une fois que la Grèce continentale fut libre de la domination de la Crète , le mythe du Minotaure a pu être retravaillé sans la conscience religieuse des cités hellènes de croyances minoenne.

L’explication culturelle

Selon Jorge Luis Borgès  (Le livre des êtres imaginaires), la figure du minotaure est née du culte du taureauet de la double hache (labrys, qui a donné le mot labyrinthe) qui était fréquent dans la religion préhellénique qui célébrait aussi des tauromachies sacrées. Des peintures murales représentant des hommes à tête de taureau ont été retrouvées, et cette créature aurait pu faire partie de la démonologie crétoise. L'histoire du minotaure serait alors une version « tardive et maladroite » de mythes beaucoup plus anciens et de « songes effrayants ».

La thérianthropie ou zooanthropie désigne la transformation d'un être humain en animal, de façon complète ou partielle, aussi bien que la transformation inverse dans le cadre mythologique et sprituel concerné. Ce thème très ancien puise ses racines dans le chamanisme et apparait sur d'anciens dessins dans des grottes préhistoriques, il s'exprime aussi à travers de nombreuses légendes, comme celles du nanhualisme (tête de chacal ou de chien) ou de la lycanthropie (loup) qui inclut le loup-garou européen. En ce qui concerne l'étude culturelle, mythologique et anthropologique, la thérianthropie décrit un personnage qui partage des traits humains avec des capacités ou des traits empruntés à d'autres animaux. La quasi-totalité des dieux égyptiens, possédant des têtes animales ou possédant la capacité de se changer en de tels animaux, sont aussi des thérianthropes.

Toujours selon l'interprétation de Borgès, l'image du minotaure est presque indissociable de celle du labyrinthe parce que l'idée d'une maison bâtie pour que les gens s'y perdent est aussi étrange que celle d'un homme à tête de taureau, et qu'il est convenable qu'au centre d'une maison monstrueuse soit un habitant monstrueux ; « l’architecture hors-norme du labyrinthe répond à la nature hybride du Minotaure, leurs monstruosités se correspondent». Les ruines du palais minoen de Cnossos, avec leur nombre très élevé de chambres, d'escaliers et de couloirs, a amené certains archéologues à croire que le palais lui-même était à l'origine du mythe du labyrinthe. 

Certains mythologues modernes voient le Minotaure comme une personnification solaire et une adaptation Minoenne du Baal-Moloch desPhéniciens, ce dieu exigeant des sacrifices humains. Le meurtre du Minotaure par Thésée, dans ce cas, indiquerait la rupture des relations athéniennes avec la Crète minoenne.

Minos et le Minotaure ne seraient que deux formes différentes du même personnage représentant le dieu-soleil des crétois, soleil dessiné comme un taureau. Georges Frazer explique l'union de Pasiphaé avec le taureau comme une cérémonie sacrée lors de laquelle la reine de Cnossos était mariée à un dieu de forme taurine, tout comme l'épouse du tyran d'Athènes était mariée à Dionysos. Pottier, qui ne conteste pas la personnalité historique de Minos, estime qu'il est probable qu'en Crète (où un culte du taureau pourrait avoir existé à côté de celui de la labrys) les victimes étaient tourmentées en étant enfermées dans le ventre d'un taureau d'airain. L'histoire de Talos, l'homme crétois de bronze, qui se chauffait à vif et serrait les étrangers dans ses bras dès qu'ils débarquaient sur l'île, est probablement de la même origine.

 

 

L’explication psychanalytique

 

Le Minotaure, tout d’abord, vu comme l’union d’une femme mariée avec un jeune garçon où le taureau blanc illustre la masculinité dans son innocence et sa pureté.

Le taureau blanc étant fils du Dieu des profondeurs de la Mer fait référence à la jeunesse, à son lien psychique actif avec sa mère : il est encore dépendant de l’image maternelle des femmes, cette union a donc lieu sur des bases de perversion puisqu’il ne s’agit pas d’une rencontre entre un jeune homme et une femme mais entre un enfant et une femme qui pourrait être sa mère. 

Cette union produit une aberration : le minotaure, porteur de l’impulsivité masculine et de l’orgueil de l’homme. Dominateur, parce qu’il est élevé comme un fils de roi et cruel avec les enfants de son âge, parce qu’il se sent différent.  

Le fait de l’enfermer fait référence au désir d’étouffer le scandale afin d’éviter ses conséquences sociales.

Le tribut que réclame le minotaure : recevoir 7 garçons et 7 filles avant leur puberté fait clairement référence à la pédophilie; qu’elle soit pour dégrader l’âme ou meurtrir le corps il s’agit de détruire l’Innocence de l'enfance.

Thésée symbolise la Conscience capable de mettre fin à ce martyr.

Il a besoin de l’aide du génie technique illustré par Dédale et de l’Intuition représentée par Ariane.

Thésée représente la Volonté d’être libre de tribut, libéré des souffrances passées.

 

Quant au labyrinthe, si on s'en tient aux textes relatant le mythe, il pourrait n'être qu'un puits de sables mouvants dont le fond incliné en forme d'entonnoir dirigerait les visiteurs vers le centre en les empêchant de ressortir. Quelque part au centre se trouve l'endroit d'où le prisonnier ne peut s'échapper, sinon avec l'aide d'un fil fixé à l'extérieur, comme Thésée, ou par la verticale, comme Dédale. Le labyrinthe n'était donc pas couvert ; il n'était ni simple édifice architectural ni caverne.

Les premiers labyrinthes architecturaux, ceux de l'antiquité grecque, étaient ainsi nommés non pas à cause d'une forme architecturale particulière, mais métaphoriquement et après coup, en référence à celui du mythe, à cause de leur grande complexité, qui semblait les rendre inextricables.

Cette perception, dans la dimension d’une étendue sans cesse barrée, nous fera mesurer la violence et l’arbitraire contenus dans l’architecture de dédales, dans l’ingénieuse construction de l’empêchement des passages qui donne à voir le plus psychanalytiquement possible la question de l’impasse : S’agit-il alors de trouver comment parcourir les couloirs dans le sens ordonné par le labyrinthe, et donc, si l’on peut dire, de marcher droit (droit sur le Minotaure pour lui régler son compte, puis droit vers la sortie), muni du fil d’Ariane, ou de pouvoir déconstruire le labyrinthe, dissoudre les lignes qui en dressent le plan, au risque évidemment de laisser le Minotaure gambader en tous sens ? Le choix du psychanalyste est de combattre plutôt le labyrinthe qu’un hypothétique Minotaure, avec, pour arme étrange, ou instrument, non pas un fil  mais l’écheveau de la métaphoricité. En guise de viatique pour accompagner la divagation, non sans buts cependant, ce mot de Michel Foucault : « C’est le labyrinthe qui fait le Minotaure, non l’inverse ». 

 

L’explication symbolique

 

Outre sa valeur paradigmatique évidente, l'animal se voit aussi revêtu d'une valeur substitutive ; il rachète la victime humaine du sacrifice, épisode commun à des traditions religieuses différentes ; il offre aux dieux comme aux héros l'abri de métamorphoses efficaces ; forme rejointe par le dieu pour se nourrir secrètement du fruit défendu, il est aussi l'ombre qui suit le héros, enveloppe protectrice et dérobante devant le péril que les seules forces humaines ne sauraient affronter. Substitution sur le plan du discours et de la fable, déguisement qui dupe les censures politiques, cultuelles et sociales, car « le poète n'est pour ainsi dire pas responsable du langage des bêtes ». Ainsi se développe l'allégorie du moralisme qui va imprégner les civilisations.

La tauroctonie, la mise à mort du taureau n’est pas sans rappeler le culte de Mithra, caractérisé par le sacrifice rituel du taureau sacré, symbole des forces chthoniennes,  conférant à l’immolation une grandeur cosmique ; c’est la victoire de la vie sur les forces du mal. Bienveillant, proche de l'homme, Mithra, ce dieu de la lumière (qui porte un bonnet phrygien) veille sur les justes et la justice, sur le respect des alliances et des serments qui les consacrent. Il n’est pas étonnant qu’il soit associé à la mise à mort d’un taureau. Ainsi, le sacrifice d'un taureau marquait la célébration d'un nouveau niveau d'initiation de l’adepte lors des 7 degrés du culte de Mithra.

Le taureau est alors utilisé comme moyen de concurrencer les cultes de la vie honorant la déesse-mère. Au lieu des femmes, c'est le soleil et le sang qui vont être salués comme symboles de la vie. Le taureau répond aux besoins du patriarcat: il représente la force, la puissance, la fécondité. Son sang répandu dans les sacrifices sera le nouveau symbole de la vie.
Dans le culte de Cybèle à Rome, la cérémonie pour devenir prêtre exigeait à un moment l'automutilation en se donnant des coups et surtout l'émasculation avec un silex. Par la suite, elle fut remplacée par un taurobole: un taureau est sacrifié au-dessus du prêtre qui est alors inondé de sang, et ce sont les testicules du taureau qui sont offerts à la déesse. On passe alors du taurobole - le sacrifice du taureau - à la tauroctonie, c'est-à-dire un mythe fondé sur la mort du taureau. Le culte à Mithra sera d'ailleurs répandu chez les hommes: sa base populaire est l'armée romaine. Rome adoptera dans la foulée un nouveau culte: celui du « Soleil invaincu » (Sol invictus). 

La version patriarcale a triomphé qui retiendra une vision fondamentalement misogyne : lorsque la femme s'écarte de l'ordre naturel, de la conservation de l'ordre, de l'éducation des enfants, de la perpétuation du système des valeurs, alors elle est non seulement contre-nature parce qu'elle s'oppose à ce que doit être la fonction de la nature féminine, mais elle est une perturbation fondamentale dans le monde. C’est l’ultime trahison.

 

Pauvre Minotaure, monstre parce qu’enfant d’une femme perverse ; mort où est ta victoire ?

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 11:05

 

 

 

 

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Le vocabulaire du compagnon paraîtra fin Mai chez le même éditeur

 

http://www.editionsdelahutte.com/FM.html

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 19:14

Aux Editions de La Hutte , comme se présente Jean SOLIS, l'éditeur, "nous avons la volonté du grimpeur et le coeur de l'artisan. Au service de textes peu racoleurs pour la mode, nous publions des documents et des analyses d'exception répartis dans nos différentes collections : Alchimie, Essais, Franc-maçonnerie et Prospective. Alchimie. Avec entre autres des inécouverture.JPGdits signés Lulle, Philalèthe ou Limojon, confiés à des préfaciers et éditeurs talentueux comme La Faverie, Husson ou Solis, nous proposons au lecteur averti des raretés à la hauteur de l'estime que nous lui portons, dans une présentation haut de gamme. "Essais"."

Et maintenant il y a, aussi, dans leur catalogue, mon ouvrage : Pour éclairer le chemin, une approche philosophique de la Franc-Maçonnerie.


http://www.editionsdelahutte.com/FM.html#poureclairer

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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 10:44

 Pygmalion chez les francs-maçons

 

I - Les sociologues ont été les premiers à s’intéresser au phénomène qu’en croyant que quelque chose est vrai on peut la rendre réelle. Baptisé «selffulfilling prophecy» (prophétie auto-réalisatrice) ou effet Pygmalion, le phénomène de la prédiction créatrice (ou autoréalisatrice) opère une sorte d’inversion de la causalité : le réel n’est plus donné d’emblée mais devient une conséquence des postulats à propos d’un sujet et de son action. Faisons une expérience pour le mettre en évidence.


1°) Prenons deux échantillons de rats totalement au hasard, on en trouve facilement de pas très gros à l’opéra. Informons un groupe d’étudiants qu’un ensemble n° 1 de 6 rats,  sélectionné d'une manière extrêmement sévère, a donné des résultats d’intelligence exceptionnels de la part de ces animaux.

Signalons, ensuite, à d’autres étudiants, que dans l’ensemble n° 2, 6 autres rats n'ont rien d'exceptionnel et que, pour des causes génétiques, il est fort probable que ces rats auront du mal à trouver leur chemin dans un labyrinthe.

Mettons en relation les rats et les étudiants

Que va-t-il se passer ? Certains rats du groupe n° 2 ne quitteront même pas la ligne de départ.

Après analyse, il s'avère que les étudiants qui croyaient que leurs rats étaient particulièrement intelligents, leur ont manifesté de la sympathie, de la chaleur, de l'amitié ; inversement, les étudiants qui croyaient que leurs rats étaient stupides ne les ont pas entourés d'autant d'affection.

Cette expérience, Rosenthal l’a faite voulant, ainsi, vérifier l’application de cet effet-pygmalion.

Les résultats confirment très largement les prédictions effectuées par Rosenthal :

Dorénavant, Rosenthal sait qu’il peut jouer avec le discours, avec le semblant pour interférer sur le comportement d’autrui. Et là est le nœud de notre problématique.

Cela se vérifie aussi au cours d’une autre expérience, faite dans un quartier pauvre, délaissé de la politique et où habitent un nombre important de familles immigrées vivant dans des conditions très difficiles (milieu socio-économique défavorisé). Rosenthal se présente dans une école de ce quartier avec une fausse carte de visite et explique qu’il dirige une vaste étude à Harvard. Cette étude porte sur l’éclosion tardive des élèves testés par QI. Par la suite, il pourra recommencer son test sur les mêmes élèves et voir s’ils auront le même résultat ou non.

Rosenthal fait passer le test à l’ensemble des élèves et, ensuite, en ensuite triche, s’arrangeant pour que les enseignants prennent connaissance des résultats, croyant qu’il s’agit d’une erreur de transmission de courrier. Les résultats ne sont pas les résultats réels du test de QI, mais comportent des notes distribuées aléatoirement. 20% des élèves se sont vu attribuer un résultat surévalué. A la fin de l'année, Rosenthal fait repasser le test de QI aux élèves.

Résultat : une année après le premier test, les 20% se sont comportés comme les « super-rats » ; ils ont augmenté de façon significative leurs résultats, non seulement au test d’intelligence, mais, également, leurs résultats scolaires. Les enseignants ont porté un autre regard sur ces élèves. Le hasard a créé un nouveau type d’élèves grâce au regard qu’ont eu les enseignants sur eux, suite aux résultats du test. Les résultats s'améliorent du simple fait que le professeur attend davantage d'eux.

De l’école à l’usine, l’effet Hawthorne est à rapprocher de l'effet Pygmalion.


2°) L’expérience Hawthorne décrit la situation dans laquelle les résultats d'une expérience ne sont pas seulement dus aux facteurs expérimentaux mais au fait que les sujets ont conscience de participer à une expérience dans laquelle ils sont testés, ce qui se traduit généralement par une plus grande motivation. Cet effet tire son nom des études de sociologie du travail menées par Elton Mayodans l’usine Hawthorne Works, près de Chicago.

Elton Mayo, professeur à la Harvard Business School, mena une série d'études entre 1927 et 1932 sur la productivité au travail des employés de cette société, occupant dans plusieurs ateliers une main d’œuvre ouvrière principalement féminine. Ces ouvrières assemblaient des circuits électriques destinés à des appareils de radio. Afin de déterminer les facteurs modulant la productivité, Mayo et son équipe de psychologues sélectionna un groupe d'employées qu'il fit travailler dans différentes conditions de travail, en jouant notamment sur l'intensité de la lumière de l'éclairage. Mayo vérifia que l'amélioration des conditions matérielles de travail (l'éclairage, en particulier) faisait croître la productivité. Mais il s'aperçut aussi, paradoxalement, que la suppression de ces améliorations (allongement des horaires, interdiction de parler pendant le travail, etc.) ne faisait pas baisser la productivité. D'autre part, Mayo et son équipe constatèrent que la productivité des ouvrières dans l'atelier témoin avait, tendance à s'accroître sans qu'aucune amélioration des conditions n'ait pu l'expliquer quand les employées étaient remises dans leurs conditions habituelles de travail.

La conclusion des études de Mayo est double :

Sur le plan de la méthode expérimentale, le simple fait d'être participant à une expérience peut être un facteur qui a une conséquence importante en termes de motivation. Le fait d'être l'objet d'une attention particulière de la part de l'expérimentateur et le fait d'avoir été choisi comme sujet de l'expérience peut contribuer à donner une meilleure estime de soi.

Sur le plan de la psychologie du travail, le fait d'avoir été associés aux objectifs de l'expérience, d'avoir pu exercer un minimum d'initiative et de s'être sentis solidaires d'un groupe où règne l'émulation interne a eu un effet bénéfique sur la productivité des employés, bien supérieur aux seuls effets des conditions matérielles du travail.

Tous ces phénomènes ne sont-ils pas amplifiés dans nos ateliers maçonniques ?

Alors posons comme postulat qu’il existe une force du regard de l’autre sur nos comportements et nos potentiels.  Cependant, on ne peut ignorer que cette force peut-être aussi destructrice voir perverse ; n’en doutons pas. Il n’est que de se souvenir du rôle néfaste, dans l’apprentissage, du mauvais professeur qui gâche définitivement la scolarité de certains enfants, les dégoûtant à jamais de certaines matières. Que dire du matraquage médiatique destiné à la jeunesse sous forme de pubblicité ou d’émissions qui leur sont réservées conduisant à un endoctrinement au plaisir et à la dépendance de la société de consommation, aux conditions à la violence, à la culture de l’onirisme les préparant à la drogue et aux anxiolitiques. Mais nous ne retiendrons que les aspects positifs et idéalisant de ces effets-pygmalion pour la suite de nos propos. 

On parle de « l’effet-Pygmalion » ou de l’effet-Frankenstein, ou encore de l’effet-Gepetto (tous créateurs de créatures). Rêve de pédagogue, rêve humain, plus généralement : nous n’aurions pas inventé tant de mythes si le fantasme divin de fabriquer un être avec un peu de boue, l’Adam, le glébeux, ne nous était pas archétypiel.

Alors on se fait pédagogue. Et on rêve de transformer définitivement, et durablement des êtres que l’on façonnerait. Je te crée, constitue, et reçois F\M\par cette phrase des commencements la F\M\ ne se voudrait-elle pas Pygmalion?


II - Pygmalion en franc-maçonnerie


Pour mémoire, Pygmalion était sculpteur à Chypre. Révolté contre le mariage à cause de la conduite répréhensible des Propétides (femmes de Chypre) dont il était chaque jour témoin, il se voue au célibat. Mais il tombe amoureux d'une statue d'ivoire, ouvrage de son ciseau : il la nomme Galatée, l'habille et la pare richement. Lors des fêtes dédiées sur l'île à Aphrodite, il prie la déesse de lui donner une épouse semblable à sa statue. Son vœu est exaucé par la déesse, qui donne vie à Galatée. Pygmalion l'épouse alors et aura d'elle deux filles, Paphos et Matharmé.

Pygmalion représente le désir du créateur solitaire qui aspire à s'unir à sa création et à lui donner vie. Lorsque Galathée s'anime, elle se touche et dit: «Moi»; ensuite, caressant l’ivoire: «Ce n'est plus moi». Quand enfin elle touche Pygmalion: «Ah! Encore moi», témoignant ainsi de l'identité du créateur et de la création dans laquelle il se projette.

Cette création n’est-elle au fond qu’un miroir ayant force de prédiction créatrice?


1°) La fraternité est un idéal relationnel. A la question : « Etes-vous franc-maçon ? », La réponse est «mes frères me reconnaissent comme tel ». Cela suppose que la fraternité soit chargée de contrôler l’appartenance à la franc-maçonnerie et d’en définir l’approbation, par un regard autre qui nous fonde, nous crée en quelque sorte, à laquelle il faut accéder. Le 1er miroir rencontré en maçonnerie est le bandeau .En effet, le bandeau tel un miroir, renvoie à l’image intérieure. Mais dans l'obscurité demeure le regard de l'autre, de ceux qui sont sur les colonnes, qu’il ne faut pas décevoir, miroir difracté de l'impétrant qui est jaugé par boules blanches ou noires.

Finalement, le miroir prend sens aussi en tant qu’il est vivant n’y a-t-il pas alors, dans l’œil d’un F\ou d’une S\, le reflet d’une attente d’une certaine façon d’être F.M .? Un œil qui comprend ? Un œil qui connaît ? Un œil qui écoute avec son cœur ? Cet œil, ce miroir idéal et humaniste, ce troisième œil qui rayonne à l’Or\ n’est-il pas un pygmalion qui nous regarde avec confiance ?

L’homme a ceci d’étrange que sa personne se constitue sous l’incidence du regard de l’autre, de sa mère, pour commencer, et la cérémonie d’initiation donne à l’app\ une loge-mère. C’est un être « en miroir » dont il procède existentiellement.
Dans cette aliénation constitutive de l’être on ne peut que dire : lorsque je suis un autre, je deviens moi-même.

Il faut également retenir le sens de visée (venant du mot mire). Le miroir doit être l’instrument qui permet la visée... l’alignement.

C’est pourquoi le miroir n’est pas, en fait, un objet d’auto contemplation, mais aussi l’instrument de la ligne de mire qui doit révéler l’angle secret de ce qui n’apparaît pas encore, mais qui est en gestation, le futur Maître.

La personnalisation de notre perception est en fait fonction de l’angle que nous donne le miroir tenu par les F. et S\., en particulier les Maîtres

Nous devons apprendre à contempler (con-templer), “être avec le temple”, à trouver l’angle harmonique qui révèle et diffuse la lumière initiante.

Disposant de moyens spécifiques qu'autorisent la durée et la continuité, la répétition de l'exercice avec le rituel, la progressivité de l'acquisition, l'action pédagogique, par des effets-pygmalion,  se différencie des actions d'influence ponctuelles ou sporadiques en ce qu'elle réussit à inculquer aux F\et S\un ensemble organisé de schèmes de perception, de pensée et d'action qui, même lorsque les connaissances transmises se sont effacées, continue à faire sentir ses effets dans les comportements sous la forme d'une disposition générale, durable et transposable à l’extérieur du temple.

 

L’influence du regard de l’autre dans la formation des apprentis, et donc des F.M., pose dès lors le problème de la légitimité du pouvoir charismatique du Maître.

Apparemment, il n'y a aucune différence entre le silence d'un maître du zen et le silence d'un idiot de village puisque, dans les deux cas, le contenu informatif du message est réduit à rien. Toute la différence, à quoi tient l'effet pédagogique de l'enseignement par le silence, réside dans les statuts respectifs du maître et du disciple, c'est-à-dire dans une relation sociale faite de respect préétabli. Qu'il s'agisse de la relation entre parents ou adultes et enfants, entre professeurs et élèves ou entre un maître de sagesse et ses disciples, la relation pédagogique suppose toujours une relation sociale dissymétrique, c'est-à-dire un rapport de forces plus ou moins implicite. La dissymétrie tenant, chez nous, dans une sorte de hiérarchie des fonctions des officiers. Les surveillants ne sont pas seulement désignés, dans les règlements généraux et les rituels, comme dirigeants les app\ et les comp\ mais aussi en tant que supérieurs hiérarchiques.  Pourquoi êtes-vous placé ainsi ? Pour commander à la colonne du Nord (ou du Sud) et surveiller ceux qui entrent dans le temple. 

Par l’alchimie de l’initiation, le disciple, à son tour, renvoie au Maître une réflexion-réflection.

Le Maître doit aussi être à l'écoute de l'apprenti, on ne peut dire qui enseigne l'autre. Et celui qui obéit à un maître devient une partie de ce maître. A bon chat, bon rat ! On voit dès lors la limite bénéfique de l’effet-pygmalion.

La F.M. nous fait jouer une fiction, nous donne des rôles imposés auxquels nous consentons mais jusqu’à quel point le personnage attribué reste-t-il neutre psychologiquement ? Est-ce un transfert de personnalité, devient-on un avatar, vit-on en Franc-maçonnerie une second life ?


2°) Et pourtant « être libre et de bonne mœurs » n’est-il une injonction à  refuser toute domination, et en particulier le regard de l’autre, pour échapper à sa force de prédiction créatrice ? Imiter ou fuir un modèle, répéter, singer, copier, être homothétique ou reflet inversé, répondre à une attente extérieure n’est pas, à mon sens, une démarche d’homme libre. Nous ne sommes pas des clones psychiques; chaque histoire est unique.

L’homme libéré n’a pas de modèle préexistant, parce qu’il n’existe que par une actualisation sans cesse renouvelée de son devenir sans laquelle il n’y a pas de  quête possible.

Ni modèle ni guide « Ne demande pas ton chemin, tu risquerais de ne pouvoir te perdre » dit le cabaliste. Celui qui, cherche sait qu’il doit parfois s’écarter de la voie mais pour n’explorer que ce qui est à sa mesure. C’est son identité qui fonde son parcours. Si, « A force d'être le rêve du vieil homme, on ne sait plus très bien si on existe», le maître initié a-t-il encore besoin de l’assentiment de l’autre ? Si tu n’éprouves aucune peine à ignorer ce que l’on pense et ce que l’on dit de toi, courage ! Tu as déjà progressé sur la voie de l’absolu selon Grillot de Givry.

Le regard attentif du pygmalion F.M. devrait, non pas déclencher une imitation servile, mais pousser chaque F.ou S. vers la création de lui-même, à partir de soi, pour une re-naissance autonome en se dépouillant du vieil homme.  Parmi les habits du vieil homme, les idéaux moraux qui servent l'utilité sociale, intériorisés par des générations qui les ont transmis,  oppriment-ils  l'individu ?  La morale comme puissance extérieure s'imposant tyranniquement à la vie comme prédiction créatrice, Nietzche  la repousse : Toutes les questions de la politique, de l'ordre social, de l'éducation ont été foncièrement faussées par le fait qu'on a pris les hommes les plus nuisibles pour de grands hommes, qu'on a enseigné à mépriser les choses « insignifiantes », entendez les conditions fondamentales de la vie même... 

« Peu de nos mesures de valeurs sont propres, plus nombreuses celles empruntées ou subies inconsciemment. Pourquoi donc les acceptons-nous ? Par crainte, par timidité, par faiblesse à l'égard de ceux qui nous ont formés où plutôt déformés? Contre nos convictions trop despotiques, Nietzche dit : « nous devons être traîtres avec délices et pratiquer l'infidélité d'un coeur léger. Soyons à cet effet des boules de neige pensantes sans cesse accrues et fondues tour à tour dans leur mouvement sur le terrain des idées ». Et quand Nietzsche croit avoir enfin secoué le joug de l'idée, on sait le lyrisme enflammé de son chant de délivrance.
Platon lui-même, à travers les personnages de ses dialogues (dont Calliclès, le Nietzche de l’Antiquité), qu’ils nomment les sophistes, soulève le problème du discours influent qui pervertit la vérité : La tromperie est bel et bien possible puisque l'étranger a donné un statut à l'image fausse (puisque l'on peut mêler l'autre et le logos, donc tenir des discours faux donc introduire l'erreur, donc la tromperie, donc l'image, donc le simulacre).

Contrairement à la théologie chrétienne qui incite au renoncement devant amener le dépouillement complet du vieil homme pour s'écrier avec l'apôtre Paul : « Ce n'est plus moi qui vis, mais Jésus qui vit en moi ! », la liberté maçonnique nous conduit à pouvoir nous écrier : « Ce n'est plus le vieil homme qui vit en moi, mais c’est moi ! ».

Cette liberté demandée à l’impétrant, par la magie de la quête de soi, devient chez l’initié, grâce à l’éthique, à la relation fraternelle de l’un à l’autre libératoire et tolérante, le bon lieu, l’eutopie, où le sens de l’être, la merveille des merveilles comme le dit Lévinas, la merveille du moi débarrassé du Soi, répond favorablement à la question : ai-je droit à être, rendant Pygmalion aveugle? 

 

 

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16 décembre 2010 4 16 /12 /décembre /2010 00:54

« Bon appétit, Messieurs! O ministres intègres ! Conseillers vertueux! Voilà votre façon de servir, serviteurs qui pillez la maison ».

Non, je ne vais pas vous parler de Ruy Blas, quoique…mais je vous invite à une lecture, ni pieuse ni religieuse, des versets qui se trouvent au 2ème chapître de la genèse versets 16 et 17.

Il y est question de l’interdit de manger de l’arbre de la connaissance. Ce texte est traité, en général, de manière réductrice, à la limite de la magie. Si on demande à tout venant ce qui se passe autour de ces versets il dira : Dieu avait donné un ordre de ne pas manger d’un certain arbre, comme si les autres étaient commestibles, et, Adam et Eve ont transgressé et ont changé l’histoire de l’humanité. Comme si, n’ayant pas su résisté à la seule tentation, ils auraient modifié l’ordonnancement de l’humanité et nous auraient mis dans un sal pétrin.

Et pourtant des enseignements , par leurs commentaires de ces versets, répondent pour nous aider à mieux comprendre et notre vie et nos comportements au regard de ce texte.

Alors essayons de reprendre les choses. Après avoir créé l’homme, mais avant de créer la femme, D. donne Un ordre à Adam au 2ème chapître verset 16 et 17, ce fut sa première parole à l’humain : L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme : Tu mangeras de tous les arbres du jardin, et tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.

Adam, seul auditeur doit transmettre cette loi à ceux qui viendront après lui, en l’occurrence Eve.

Dans le 3ème chapître, suite à l’échange avec le serpent, Eve répond : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin,  Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. La femme invite l’homme à manger de l’arbre de la connaissance mais il y a erreur sur ce qu’est pour elle l’ordre originel: Donc l’homme a mal transmis à la femme et elle communique dans l’erreur avec le tentateur et si faute il y a c’est parce qu’il y a faute sur la transmission.

Cependant, Adam et Eve en mangent mais ne meurent pas de suite. Ici la mort n’est donc pas qu’un phénomène physique. Mais leur conduite dans l’histoire entraînera l’existence de la mort et en perspective le meurtre d’Abel et l’errance de Caïn.

Que signifie alors manger de la connaissance ?

Sans occulter le mot « arbre » qui évoque tout ce qui monte de la nature, nous rappellerons seulement que du point de vue symbolique, nous le savons bien ici, l’arbre peut évoquer aussi l’humain dressé entre ciel et terre. Le sachant, ne pas manger de la connaissance, c’est ne pas manger tout ce que symbolise l’arbre. Ce n’est pas l’objet de la nature (les fruits etc…) qui est évoqué ici, mais alors que « manger » veut dire ? Que « connaître » veut dire ?

Manger, c’est satisfaire un besoin corporel, consommer de la nourriture, de la culture, du sexe, c’est ramener à soi le monde pour satisfaire son quant-à-soi, son égo. C’est faire sien, c’est avoir la maîtrise, la domination des choses. Consommer, c’est détruire, la bouche, en tenue de table ne s’appelle-t-elle pas le centre de démolition ?

L’objet de la consommation trouve vite sa satisfaction, on a vite fait le tour,  et on a besoin de renouveler le champ du désir. On a besoin alors d’aller connaître ailleurs, au-delà de ce que l’on connaît déjà, dans un ailleurs toujours ailleurs.

Pour pouvoir être dans la continuité de la relation à l’autre, cela nécessite de ne pas le réduire à l’objet de notre satisfaction première mais de l’accompagner loin de soi et de lui conserver son étrangeté à nous-mêmes.

Connaître est à l’opposé de manger. Plus on connaît, plus les richesses sont découvertes et laissent apparaître la complexité sans se l’approprier.

Derrière le mur de Planck, la connaissance ne se laisse même pas approcher.

Nous entendons donc que l’acte de connaître ne peut pas se laisser consommer.

Et pourtant on ne peut dissocier l’acte de manger de l’acte de connaître.

Prenons un exemple simple : manger du pain. C’est se rassasier, mais ce morceau de pain peut-être aussi nécessaire à celui qui a faim. Il s’agit d’accommoder  mon besoin et de connaître, par rapport à cette nourriture que je consomme, le besoin de celui qui est autre que moi-même. A chaque fois que l’on mange, il s’agit de prendre en compte les besoins qui composent la société qui nous entoure. C’est à cela que sert de dire une bénédiction avant chaque repas. Pas seulement pour remercier une hypothétique providence, mais pour considérer, dans le respect de l’égalité en dignité de tous les hommes, que les besoins des autres ne sont pas moins légitimes que les miens, pour qu’il n’y ait pas d’injustice des destins et qu’il y ait un minimum d’équité pour que les autres aient leur part de survie. C'est ce qu'enseigne le père à son fils le soir de la Paâques juive, au "quel est le sens des lois de témoignage, des décrets et des lois sociales mentionnés dans la Thora ?", le père répond à l'enfant "On ne mange plus de l'afikomane" (morceau de matsa consommé après le repas et qui marque la fin de toute consommation jusqu'au lendemain La réponse paraît étrange face à la question. Et le père de rajouter : "si tu veux saisir le sens des commandements, il suffit de comprendre le sens de l'afikomane : mettre une limite à son appétit de vivre, à sa jouissance totalitaire". La limite peut se situer, certes, par rapport à D. qui a donné l'ordre, mais surtout par rapport au prochain qui lui aussi a son propre appétit de vivre.

Nous partageons le pain pour commencer un banquet d’ordre dans cet esprit, n’est-ce pas ?

Chaque fois que je consomme, je prive le monde de ce que je viens de détruire.

Manger de la connaissance c’est ignorer cela et ce serait la mort de la société.

Dès que l’on a conscience d’être au  monde, se joue, pour moi, le problème suivant : ne suis-je pas en train de consommer le monde en ignorant ce que je dois connaître pour que le monde survive et/ou suis-je en état de connaître en oubliant de manger ?

Dans le premier ordre d’homonimisation donné à Adam, dans cette loi tout fut dit. A cause de son son échec de la comprendre elle fut redonnée à Noé,  sous la forme des 7 lois noachides. C’est une liste de sept impératifs moraux, considérée comme le code civil le plus ancien de l’humanité.

Commandements :

  • d'établir des tribunaux,
  • de l'interdiction de blasphémer,
  • de l'interdiction de l'idolâtrie,
  • de l'interdiction des unions illicites,
  • de l'interdiction de l'assassinat;
  • de l'interdiction du vol,
  • de l'interdiction de manger la chair arrachée à un animal vivant.

Faute de respect, la loi fut encore diffractée dans les 613 commandements de la loi mosaïque. Selon la tradition juive, les 613 commandements ont été donnés à Moïse dont 248 commandements positifs correspondant à chacun des membres du corps humain et 365 commandements négatifs correspondant au nombre de jours d'une année solaire. Le respect de ces commandements, par les juifs pieux, seraient la réparation de la supposée faute de la dégustation de l’arbre de la connaissance et de l’ignorance des lois noachides.

En pratique, aucune liste définitive expliquant les 613 lois n'a pu être établie et leur pratique est presque impossible. Alors, David vint et les réduisit à 11, ainsi qu'il est dit :

Celui qui marche dans l'intégrité, qui pratique la justice et qui dit la vérité selon son cœur. Il ne calomnie point avec sa langue, il ne fait point de mal à son semblable, et il ne jette point l'opprobre sur son prochain. Il regarde avec dédain celui qui est méprisable, il ne se rétracte point, s'il fait un serment à son préjudice. Il n'exige point d'intérêt de son argent, et il n'accepte point de don contre l'innocent. (Psaumes 15:1-5)

Isaïe vint et les réduisit à six : marcher dans la justice, parler selon la droiture, mépriser un gain acquis par extorsion, secouer les mains pour ne pas accepter un présent, fermer l'oreille pour ne pas entendre des propos infamants, et se bander les yeux pour ne pas voir le mal... (Isaïe 33:15)

Michée vint et les réduisit à trois : pratiquer la justice, aimer la miséricorde, et marcher humblement. (Michée 6:8)

Isaïe vint encore une fois, et les réduisit à deux : observer ce qui est droit, et pratiquer ce qui est juste. (Isaïe 56:1).

 

Dans les Actes des Apôtres, Luc raconte que, lors du concile de Jérusalem, sous la présidence de Jacques et en présence de Pierre, on convint d'imposer aux païens qui se convertissent à la religion de Jésus (qui ne s'appelait pas encore le christianisme), des obligations dont il donne à trois reprises la liste et qui ressemble fort aux commandements noachides

  • s'abstenir des viandes immolées aux idoles (comparer la troisième loi noachide: interdiction de l'idolatrie),
  • s'abstenir de l'impudicité (comparer la quatrième loi noachide: interdiction des unions illicites, c'est-à-dire l'inceste),
  • s'abstenir des animaux étouffés, c'est-à-dire des viandes non-saignées (comparer la dernière loi noachide, dont la formulation rabbinique, toutefois, ne correspond pas exactement: interdiction d’arracher un membre d'un animal vivant),
  • s'abstenir du sang (comparer la cinquième loi noachide; interdiction de l'assassinat).

 

Vus comme des devoirs, formalisant une morale sociétale, les commandements élaborés par le judéo-christianisme s’imposèrent par l’exhortation, l’excommunication, la torture, le feu, la lapidation et autres exactions.

 

Depuis les versets 16 et 17, l’homme a cherché à se donner, d’abord, des devoirs de sociabilisation puis des droits immanents et supérieurs, des droits « inhérents à sa personne, inaliénables et sacrés », droits naturels, et donc opposables en toutes circonstances à la société et au pouvoir, à travers une législation qui, aujourd’hui, pose heureusement, en principe, la séparation des pouvoirs religieux et judiciaire. A partir d’un socle développé au XVIIIème siècle et qui évolue encore de nos jours.

  • La première génération fut celle des droits de l'homme civils et politiques ;
  • Deuxième génération : droits économiques et sociaux ;
  • Troisième génération : droits de solidarité ;
  • Quatrième génération : droits globaux.

Aujourd’hui, les principes des devoirs de l’homme sont devenus, en Europe, les droits de l’Homme inscrits dans la  Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, usuellement appelée Convention européenne des droits de l'homme. 

Les principes sont articulés en 18 articles que l’on peut regroupés en grands thèmes et j’en retiendrai quelques uns : la personne physique (Art. 2 : droit à la vie, Article 3 : interdiction de la torture, Art. 4 : interdiction de l'esclavage, Art. 5 : droit à la liberté et à la sûreté) , la personne et l’esprit (Art. 9 : liberté de pensée, de conscience et de religion,  Art. 10 : droit à la liberté d'expression,  Art 11 : droit à la liberté de réunion et d'association), la vie privée et familiale de la personne (Art. 8 : droit au respect de la vie privée et familiale, Art. 12 : droit au mariage), le droit au procès équitable et les garanties procédurables (Article n° 6 : droit à un procès équitable, Article n° 7 : légalité des peines, Article n° 13 : droit à un recours effectif ), la non-discrimination ( art. 14).[1]

La Convention a évolué au fil du temps et comprend plusieurs protocoles. Par exemple, le protocole N° 6 interdit la peine de mort, excepté en cas de guerre.

C’est la Cour européenne des Droits de l’Homme qui permet d’en sanctionner leurs transgressions, elle concerne les habitants des 47 pays signataires. Toute personne s'estimant victime d'une violation de la Convention peut la saisir afin de recevoir une indemnisation, contrairement à la charte universelle des droits de l’homme de l’ONU qui ne prévoit aucune sanction..

Si d’un point de vue personnelle ce sont des droits, par leur observance, ils n’en sont pas moins des devoirs à l’égard de l’autre, et des obligations dès lors que leur transgression est sanctionnée. Comme l’écrit Nietzsche  "Nos devoirs, ce sont les droits que les autres ont sur nous" (Aurore, 1881).

Les 138000 articles (environ) de loi qui régissent notre droit français ne seraient-ils pas l’image fractale du premier commandement du texte de la genèse pour nous obliger à devenir encore plus humain?

Tu ne mangeras pas du fruit de la connaissance, c’est la re-connaissance de la valeur absolue d'autrui. La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui : elle a pour principe, la nature ; pour règle, la justice ; pour sauvegarde, la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : Ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait. Alors mangeons pour nous nourrir de la conscience de l’autre en réalisant la congruence ponctuelle du manger et du connaître et Abel sera épargné.

Bon appétit mes frères et mes sœurs, mes compagnons.

 

La réflexion éthique est une interrogation sur les actes et les abstentions.

La morale gouverne les actes et les abstentions mais aussi les intentions même si elles restent à l’état caché.

La déontologie guide les actes et les abstentions

Le droit s’intéresse aux actes.

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Published by elle est parce qu'ailée - dans planches maçonniques
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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 09:38

Métastases juridiques

Nos législateurs (parlementaires pour les lois et ministres pour les décrets) ont le devoir de s’assurer de la compréhensibilité, de la clarté, de l’accessibilité des textes soumis à leurs votes, en un mot de garantir les droits des citoyens ? Pourquoi ? Mais parce que nul n’est censé ignorer la loi, ne pouvant se retrancher derrière son ignorance pour échapper à son application.

Alors, qu’en est-il réellement ?  Prenons quelques exemples de textes de loi  ou de décrets :

 

I Et, pour commencer, voici une perle, un extrait du projet  de loi de finances pour 2006 sur le calcul du plafonnement de certains avantages fiscaux liés à un certain taux :

Le 4 de l'article 200-0 A définit le taux moyen mentionné au 3 comme étant « égal au rapport existant entre :

 - a) Au numérateur, le montant de l'impôt dû, majoré des réductions et crédits d'impôt imputés avant application des dispositions du 1 et du prélèvement prévu à l'article 125 A ;

 - b) Au dénominateur, la somme algébrique des revenus catégoriels nets de frais professionnels soumis à l'impôt sur le revenu selon le barème défini à l'article 197, diminuée du montant des déficits reportables sur le revenu global dans les conditions prévues au premier alinéa du I de l'article 156, de la fraction de contribution sociale généralisée mentionnée au II de l'article 154 quinquies, des sommes visées aux 2° et 2° ter du II de l'article 156 et de celles admises en déduction en application du I de l'article 163 quatervicies ; majorée des revenus taxés à un taux proportionnel et de ceux passibles du prélèvement mentionné à l'article 125 A » ; qu'il précise, en outre que : « Lorsque le taux déterminé selon les règles prévues aux alinéas précédents est négatif, l'avantage mentionné au 3 est égal à zéro.

 

Comme moi, vous avez parfaitement compris le mécanisme des calculs proposés par ce texte !!! Et pourtant l’article 14 de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 édicte : Les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée. Contrevenant de façon si probante à cette exigence, ce texte fut, heureusement,  écarté pour vice de clarté par le Conseil Constitutionnel. Qui aurait dû assurer la garantie des droits de compréhension de cet article ?

Nos législateurs!

 

Sans être parfait, le droit a toujours tenté de joindre à une construction maîtrisée des solutions réfléchies, à la fois de forme et de fond. Mais il faut bien avouer, parce que cet aveu relève du constat pur et simple, que, depuis quelques années, une certaine déperdition se fait jour. Un mouvement de destruction envahit le droit, lequel s’installe dans un désordre que nombre de juristes ressentent et dénoncent… Le symbole de l’ordre verse dans le désordre, d’un désordre qui l’affecte doublement, et en perte de méthode et en abandon de pertinence.

La France est en train de devenir illisible. C’est la notion de lisibilité, appelée compréhensibilité par les juristes, ou intelligibilité par les philosophes qui est ici empêchée par des textes amphigouriques, et pourtant cette notion est érigée en principe constitutionnel. Le droit souffre d’abord d’un excès de textes, ensuite de regrettables improvisations. L’avertissement lancé par le Conseil d'Etat dans son rapport de 1991, à propos « De la sécurité juridique », semble toujours d’actualité. Y étaient dénoncés les effets de la «prolifération des textes», «l’instabilité des règles» et «la dégradation de la norme». Les causes de ces maux étaient analysées et quelques formules sévères, restées célèbres, ont mis en lumière ces dérives : «logorrhée législative et réglementaire», «raffinements byzantins», «droit mou», «droit flou», «droit à l’état gazeux»... A nouveau, dans son rapport public 2006, « Sécurité juridique et complexité du droit », le Conseil d'Etat rappelle que «la complexité croissante des normes menace l’Etat de droit».

Mais que font nos législateurs?

 

A d’autres moments, pourtant,  tout est illisible tant les frontières sont floues tant les critères de légitimité sont incongrus, tant les institutions se superposent.

I Prenons un exemple encore :

Si une entreprise veut s’implanter dans une commune : elle s’adresse à la commune en matière d’urbanisme…mais elle est peut-être sur le territoire d’une zone d’attractivité intercommunale appartenant à une communauté d’agglomérations qui sera elle compétente en matière de ventes et de loyers de terrains ou de bâtiments. L'entreprise est par ailleurs éligible aux aides économiques attribuées par le département mais, au surplus aussi, à celles accordées par la région, l’Etat et même l’Europe…à condition qu’elles soient compatibles entre elles, ce que seul un expert peut dire. Et à condition, bien sûr, qu’elle reçoive toutes les autorisations administratives. La superposition des différents échelons, communal, intercommunal, départemental, régional, national, européen, devient un défi au bon sens et à l’efficacité.

La législation définissant les compétences respectives des collectivités territoriales est bancale et déresponsabilisante : je noterai quelques expressions qui la caractérisent. On parlera de compétences accrues ici, de compétences partagées là, de « subventions implicites »  ici, «d’exonérations compensées »  là.

Pourquoi un tel fatras ? Parce que la compétence générale des collectivités, instaurée par une loi de1884, n’a jamais été repensée, ni modernisée en dépit des décentralisations successives.

Mais que font nos législateurs ?

 

Je ne sais pas si certains d'entre vous ont déjà tenté de lire un texte de loi français, mais il me semble que nos parlementaires, certainement au tempérament joueur, mettent un malin plaisir à nous envoyer dans des  jeux de pistes.
En France on ne connaît pas la formule "Annule et remplace". Ou plutôt, on la connaît trop et elle est abondamment utilisée dans les textes officiels sous la forme d'entre-filets du genre :

I Concernant le code de la propriété intellectuelle
L'article L 122-3.12 alinéa 4 est remplacé par le texte suivant : Il en sera ainsi de ceux qui auront sciemment et avec préméditation contrevenu à l'article L 114-5 alinéa 22.
Bien sûr, les braves petits scouts que nous sommes dans l'âme se précipitent sur l'article L114-5 alinéa 22 afin de savoir de quoi on parle. Et là ils trouvent :
L'article L 114-5 alinéa 22 est modifié de la façon suivante : Seront également pris en compte les catégories sus-visées à l'article L110-8 alinéa 1 et non mentionnées dans l'article L 25-3 alinéa 14.

 

I Amusons-nous avec un autre exemple pris dans le code de procédure pénale concernant « la convocation des officiers de police judiciaire ayant procédé à une déclaration d'adresse »

Les articles R. 15-33-61 à R. 15-33-69 du même code, dans leur rédaction résultant de l'article 1er du décret n° 2007-1538 du 26 octobre 2007 susvisé, deviennent les articles R. 15-33-67 à R. 15-33-75 et les références aux articles R. 15-33-61, R. 15-33-62, R. 15-33-65 et R. 15-33-66 figurant dans ces dispositions sont respectivement remplacées par des références aux articles R. 15-33-67, R. 15-33-68, R. 15-33-71 et R. 15-33-72.
Je vous passe la suite du même acabit.

 

ILe législateur est l’exécuteur des volontés du poète osait Victor Hugo. D’où, sans doute, l’article 11 qui offre aux amateurs de poésie législative un article L. 111-12 du code de la construction et de l’habitation ainsi rédigée : Les articles 1792, 1792-1, 1792-2, 1792-3, 1792-4, 1792-4-1, 1792-4-2, 1792-4-3, 1792-5, 1792-6 et 1792-7 du code civil sont respectivement reproduits ci-après sous les articles L. 111-13, L. 111-14, L. 111-15, L. 111-16, L. 111-17, L. 111-18, L. 111-19, L. 111-20, L. 111-20-1, L. 111-20-2 et L. 111-20-3. On est absolument submergé par l’émotion devant une telle fulgurance de beauté, non ?

 

Les parlementaires inventent des articles "fantômes" qui remplacent mot pour mot ceux qui y étaient déjà.

IPar exemple, sur le rapport du ministre d’Etat, ministre de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire (Borloo), et du ministre de l’agriculture et de la pêche (Barnier),

Art. 1er. − Le chapitre III du titre III du livre Ier du code de l’environnement (partie réglementaire) est modifié comme suit : entre autres, au a du 1 de l’article D. 133-39, les mots : « directeur de l’eau » sont remplacés par les mots : « directeur chargé de l’eau » et les mots : « directeur de la nature et des paysages » sont remplacés par les mots : « directeur chargé de la protection de la nature ». Ailleurs « aussitôt » est remplacé « par de suite », « œuvre » par « ouvrage » … Je vous passe de semblables exemples par centaines.

 

 Le problème, non sans gravité,  est que la commission des lois du parlement met plusieurs années à pondre ce genre de textes de plusieurs dizaines voir centaines de pages, chacun, et que les députés doivent les voter en très peu de jours, 3 ou 4 au mieux. Quand on connaît la charge de travail de nos députés, on se demande, raisonnablement, lequel a bien pu avoir le temps de lire de tels textes de loi avant de les voter.

Mais que font nos législateurs ?

 

I Je dirai qu'ils s’occupent : Ainsi, le Parlement européen, le Conseil Européen, la Commission Européenne, la Commission de la sécurité des consommateurs, le Conseil d’Etat, le Premier Ministre et le Ministre des Finances ont signé, donc lu, examiné et approuvé, une loi portant sur  la sécurité des briquets fantaisie !!!! Fantaisie en effet !!!!

Il s’agit de protéger les enfants de moins de 51 mois (et la sécurité des 52 mois me direz-vous ?) qui, comme tout un chacun le sait, sont des usagers habituels de ce genre d’objet et le danger qui les menace justifie que tant d’institutions se soient préoccupées de ce si grave problème!!!

Grâce soit donc rendue au décret du 8 septembre 2006 relatif à la dite sécurité des briquets.

Sont visés, par ce décret, les briquets sonores ou animés, ceux qui ont une durée de vie inférieure à cinq ans, ceux qui n’ont pas une garantie d’au moins deux ans, ceux qui au-delà de cette garantie ne peuvent être réparés !! La traçabilité de la fabrication des briquets ainsi que celle des éléments de leur composition, les essais de résistance à l’enfant seront vérifiés par des organismes d’essais agréés.

Et le mieux réside dans la définition même du briquet qui a du demander une longue méditation pour aboutir à un texte diarréhique que je cite littéralement, en le laissant à votre appréciation : dispositif actionné manuellement, dispositif destiné à produire une flamme, dispositif  utilisant un combustible, dispositif  dont on se sert « normalement » pour allumer « volontairement » cigarettes, cigares, pipes, dispositif dont il est prévisible « qu’il puisse servir pour allumer d’autres matériaux », dispositif « disposant d’une provision de combustible incorporé »…

Ne connaissent-ils pas, ces rédacteurs, dans leur inventaire, l’usage du feu comme lumière ?

Ne connaissent-ils pas l’intelligence des définitions des dictionnaires ?

Malheureusement il fallait attendre le 11 mars 2007, date d’application du décret, pour être protégé. Jusque là, les parents se devaient d’être très vigilants, le décret prenant, ensuite, leur relève. Et bien ce décret, indispensable à l’application du texte, n’est pas paru à ce jour.

Je sens que je vais bouder et utiliser dorénavant des allumettes.

 

I Nos législateurs, aussi,  définissent des objets et leurs utilisations. Voici un extrait très drôle du décret no 96-333 du 10 avril 1996 relatif à la sécurité des consommateurs en ce qui concerne les échelles portables, escabeaux et marchepieds :

Les informations obligatoire à apposer sur les dits-outils concernent 9 points : 1. La nécessité d'installer le produit sur un sol plan et stable, et avec une surface d'appui adéquate ; 2. L'angle d'inclinaison de l'échelle si son mode de construction ne l'impose pas ; 3. L'interdiction d'utiliser le produit à plusieurs, à moins que son fabricant ne soit en mesure de prouver qu'il a été conçu et construit pour supporter la charge correspondant à un nombre de personnes pouvant utiliser simultanément l'échelle, ce nombre étant alors indiqué ; 4. Les risques de contact avec les lignes électriques aériennes (échelles de plus de cinq mètres déployées) ; 5. L'interdiction d'utiliser le produit comme passerelle ; 6. Le sens de mise en place ; 7. Le ou les plans utilisables ; 8. La vérification : - de l'angle d'ouverture entre plans ; - de la mise en place ou de l'enclenchement des systèmes de sécurité ; 9. La limite d'utilisation (par exemple :  ne pas gravir les x derniers barreaux ). Les assaillants des châteaux forts n'avaient sans doute pas lu la notice!

 

I Non moins savoureux le décret n° 2009-247 du 2 mars 2009 relatif aux conditions d'utilisation des mentions valorisantes « fermier », « produit de la ferme » ou « produit à la ferme » pour les œufs de poules pondeuses de l'espèce Gallus gallus :

Des conditions de production et d’exploitation suivantes doivent être remplies et je n’en prélève qu’un minuscule extrait:
« 1° Le producteur est propriétaire des poules pondeuses assurant la production des œufs et est responsable de la conduite d'élevage ;
« 2° La production d'œufs ne constitue pas la seule source de revenu du producteur ;
« 3° Le nombre de poules pondeuses présentes sur l'exploitation n'excède pas 6 000 ;
« 4° Les œufs sont ramassés et triés manuellement et quotidiennement soit directement dans les pondoirs, soit après leur évacuation directe des pondoirs jusqu'à une table de tri.

Et pour les petits producteurs de nos marchés selon l’« Art. D. 641-57-3. - Lorsque les œufs de poules pondeuses de l'espèce Gallus gallus bénéficiant du qualificatif "fermier” ou des mentions "produit à la ferme” ou "produit de la ferme” ne sont pas remis directement au consommateur final par l'exploitant, le nom de l'exploitant et l'adresse, composée au minimum de la commune de l'exploitant et de son code postal, sont mentionnés sur les emballages ou, dans le cas de la vente en vrac, sur un panneau situé à proximité des œufs.

 

Mais surtout


« Art. D. 641-57-4. - Toute personne physique ou morale, quelle que soit sa forme juridique, qui participe à la production d'œufs de poules pondeuses de l'espèce Gallus gallus doit, préalablement à l'utilisation du qualificatif "fermier” ou des mentions "produit à la ferme” ou "produit de la ferme”, en faire la déclaration au préfet du département. Les modalités et le contenu de cette déclaration sont définis par arrêté conjoint du ministre chargé de l'agriculture et du ministre chargé de la consommation.
Ces dispositions ne s'appliquent pas :
aux productions destinées à la vente directe au consommateur final sur le lieu de production, à condition que le nombre d'œufs vendus dans une semaine n'excède pas 300 ou que le nombre de poules pondeuses dans l'exploitation soit inférieur à 50.

 

Il faut bien comprendre que de tels textes sollicitent une armada de législateurs tant européens que français, mêlant par exemple le Premier ministre, qui vise (et donc est censé le lire), le ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche et des affaires rurales et du ministre d'Etat, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, qui rédigent le rapport, comme dans le cas suivant du Décret du 16 juillet 2004 relatif à l'appellation d'origine contrôlée "Epoisses"
I Je passe sur la fabrication mis en moule après un découpage grossier du coagulum, sans désagrégation, à égouttage spontané, salé au sel sec, à croûte lavée, contenant au minimum cinquante grammes de matière grasse pour cent grammes de fromage après complète dessiccation et dont la teneur en matière sèche ne doit être inférieure à quarante grammes pour cent grammes de fromage.

Je ne vous dis rien de l’aspect de la croûte lisse ou légèrement ridée et brillante, de couleur ivoire orangé à rouge brique selon la maturité.

Ni de l’affinage exclusivement centripète.

Je m’attarde un instant sur leur forme : Les fromages sont de forme cylindrique, à faces planes et parallèles, à talon droit ou légèrement bombé. Ils se présentent sous les deux formes suivantes :

poids de 250 à 350 grammes, diamètre de 95 à 115 millimètres et hauteur de 30 à 45 millimètres ;

poids de 700 à 1100 grammes, diamètre de 165 à 190 millimètres et hauteur de 30 à 45 millimètres.

Tandis que penchés sur le picodon, nos législateurs jouent aux géomètres:

Le caillé est moulé dans un moule présentant un fond à bords arrondis, percé de trous latéralement et dans le fond. Les dimensions intérieures du moule sont les suivantes

 - diamètre inférieur : 76 millimètres;

 -  diamètre supérieur : 85 millimètres ;

Et plus loin dans le texte

Le fromage obtenu se caractérise ainsi:

- diamètre: 4,5 cm à 6 cm;

- hauteur: 1,3 cm à 2,5 cm;

poids minimal: 45 grammes.

Nos législateurs font aussi du marketing avec l’étiquetage :

Indépendamment des mentions réglementaires applicables à tous les fromages et de celles prévues aux articles 1° et 6, l'étiquetage des fromages bénéficiant de l'appellation d'origine contrôlée "Picodon" doit comporter le nom de l'appellation d'origine inscrit en caractères de dimensions égales aux deux tiers de celles des caractères les plus grands figurant sur l'étiquetage et la mention “appellation d’origine contrôlée”.

Ah que deviennent ces babacools libertaires partis en 1968 dans les Cévennes pour élever des chèvres ?

 

Mais que font nos législateurs ?

 

I Et bien ils se réunissent et je ne résiste pas à vous évoquer ce décret du 9 mars 2009 relatif à la dénomination de l'institution regroupant ASSEDIC et ANPE :
Le Premier ministre,
Sur le rapport de la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi,
Vu le code du travail, notamment ses articles L. 5312-1 et L. 5312-14 ;
Le Conseil d'Etat (section sociale) entendu,
Décrète : …L'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 est dénommée " Pôle emploi " ».

Tout ça pour ça !!! La montagne a accouché d’une souris.

 

Voilà pour les sourires, mais que recouvre ces indéniables abus de codifier presque tous nos actes du quotidien. En vérité une grave atteinte à nos libertés!

 

Au niveau réglementaire, 23 883 décrets en vigueur sont recensés au 1er juillet 2008, représentant un total de 137 219 articles. 

Sur la base du décompte opéré par Légifrance, les 64 codes en vigueur représentent  un total de 33 742  articles de nature législative, 57 080 articles de nature réglementaires et 11 415 articles indifférenciés (codes sans distinction entre partie législative et partie réglementaire tel le code civil).

Au 1er juillet 2008, l'ensemble des codes en vigueur atteint un volume de 71,5 millions de signes, sans cesse en progression (63,4 millions de signes au 1er octobre 2006), ce qui traduit l'activité pléthorique de ceux qui se mêlent du Droit.

Le Journal officiel, paraissant tous les jours, comprend 23376 pages pour la seule année 2009 ; certains jours le journal édité donnait à lire en tant que quotidien  plus de 750 pages 31 décembre 2009) !

 

Le commissaire aux droits de L'Homme du Conseil de l'Europe constate une tendance à la «constante croissance» dans les textes de lois, « d'une dimension telle que les professionnels du droit ainsi que les citoyens n'arrivent plus à suivre » Les magistrats sont obligés de consacrer plus de temps à l'examen des questions de forme qu'au traitement de fond. Il en résulte un risque d'insécurité législative. »

 

Et pourtant, cette logorrhée de règlements en tout genre, n’est pas nouvelle.

Déjà, les athéniens étaient conscients du phénomène. A la seule échelle des lois de la cité, si, de l’inventaire qui était réalisé annuellement, une loi nécessitait d’être modifiée, plusieurs centaines de nomothètes étaient chargés de juger laquelle de l’ancienne ou de la nouvelle réglementation devait être préférée.

Puis Montaigne, Montesquieu et plus tard, Portalis, tous, ont dénoncé cette pathologie des hommes dotés du pouvoir d’édicter la norme. Aujourd’hui, leurs plumes ciselées s’effacent au profit de termes abscons et de références abstruses. On est loin, aujourd’hui, d’une parole de la loi qui se peut peser comme des diamants, selon l’expression de Lord Bantham.

On fait dans le pathos et « quand la loi est bavarde les citoyens deviennent sourds ».

Le moins que l’on puisse constater, s’agissant de l’inflation législative, c’est qu’ici encore, les précieux conseils des anciens n’ont jamais vraiment été écoutés.

 

De manière générale, notre législation est devenue un immense recueil de cas. Par méfiance du juge, de son pouvoir d'interprétation, le rédacteur s'efforce de réglementer tous les cas, sans y parvenir ; malheureusement, la nature se venge : c'est précisément celui qui n'a pas été prévu qui se présente. C'est sans importance, un règlement complémentaire y suppléera. Tout est désormais voué au détail de mesures contraignantes, tout a vocation à être réglementé, tout est ouvert à la frénésie de la mesure écrite, rien ne devant échapper aux prévisions de la loi.

Et les médias  surenchérissent, exercent une pression de plus en plus forte sur les trois pouvoirs constitutionnellement séparés : législatif, judiciaire et exécutif. Tout est prétexte à les solliciter, à dénoncer les carences dont ils seraient coupables, à revendiquer des réponses immédiates, à la hauteur des évènements soigneusement sélectionnés au nom de la liberté de communication et de l’objectivité de l’information… Une personne est mordue par un chien, et c’est l’émoi national, la mobilisation générale, pour dénoncer le vide juridique… Des appels solennels sont lancés afin de placer les pouvoirs publics face à leurs responsabilités. Et ceux-ci ne peuvent mieux faire que de calmer le jeu en apportant une réponse ponctuelle à ces revendications artificiellement entretenues… Cet exemple n’est pas d’école : il est emprunté à une loi du 20 juin 2008, qui vise spécialement, au titre de l’homicide involontaire et des blessures par imprudence, l’agression mortelle ou dommageable commise par un chien.

Or, point n’était besoin de cette réforme, tout simplement parce qu’existent, et ont toujours existé, des textes de portée générale incriminant de tels faits… A quand les prochaines lois sur les griffures de chats, les ruades de chevaux, ou les piqûres d’abeilles ?

Mais à force d'additions, de suppressions, de compléments, de dérogations, leur juxtaposition, faute d'une idée générale, rend l'ensemble incompréhensible... On décide alors une codification, mais, à peine promulguée, celle-ci est remise en cause. Voyez par exemple le code de l'urbanisme, le code général des impôts... "La loi doit correspondre à un besoin; à l'inverse tout besoin ne doit pas correspondre à une loi. Or, c'est justement ce que le législateur semble trop souvent oublier, ce qui constitue une grave erreur." (Maurice Garçon, Lettre ouverte à la justice).


 Ainsi, la prolifération législative s’entretient elle-même comme des métastases, phénomème amplifié par la possibilité qu’a le Parlement de déléguer au gouvernement le pouvoir de légiférer. Bien que ses marges de liberté, pour décider des sujets qu’il convient de traiter, se révèlent de plus en plus restreintes (80% des textes sont imposés par l’Europe), le Parlement ne manque pas d’abuser de cette délégation de son pouvoir à l’exécutif. Le législatif se dépossède de son pouvoir normatif de faire la loi au profit des ordonnances administratives de l’exécutif élaborées par les embusqués des ministères (en 2008 plus d’ordonnances que de lois)… Une des conséquences des plus absurdes est que le pouvoir règlementaire du gouvernement, trop débordé,  peine à suivre pour prescrire les mesures d’applications des lois prises par le Parlement, sans lesquelles la loi n’est pas applicable. Le taux de publication des décrets d’application en 2009 est de 24,6%, ce qui veut dire que 75% en viron des lois votées par le Parlement sont bloquées, gelées, paralysées et donc sans conséquences. (245 lois votées depuis 1981 sont à l’heure actuelle toujours en attente du suivi règlementaire qui permettrait leur application).

 

La période contemporaine n’est pas plus avare en critiques face à ce phénomène aux allures aujourd’hui gargantuesques. La prolifération de lois, décrets, ordonnaces et règlements dont la rédaction déplorable, la faiblesse d'analyse juridique sont à l'origine d'une insécurité dans l'interprétation, cause d'inquiétude, de contentieux, et va donner au juriste une place prééminente dans la vie sociale.

 

Pire, cette prolifération de textes en matière économique, faisant fi de la forme et de la rigueur du raisonnement, est créatrice d'insécurité. Elle est fâcheuse pour la croissance de notre économie, qui a besoin d'ordre et de sécurité. Elle se traduit par une explosion contentieuse sans précédent, aussi bien auprès des tribunaux judiciaires que des tribunaux administratifs.

 

Les discours de rentrée de nos cours et tribunaux, avec leurs complaintes à notre Garde des Sceaux, en sont les témoins. Dans leur rapport annuel, les hauts magistrats de la Cour suprême s'en inquiètent. Certes, répétons-le, le développement de la législation est lié à celui de nos sociétés, et il entraîne celui du contentieux. Mais son explosion est anormale et résulte de l'imperfection des lois bouffies et des règlements rédigés par les embusqués des ministères, à plume débridée, qui ne mesurent pas les conséquences de la mauvaise rédaction d'un texte. Lorsqu'une loi est bien faite, elle donne lieu à un contentieux réduit.

 

L’Assemblée nationale reconnaît, noir sur blanc, les maux des lois actuelles, faisant ainsi son autocritique, en toute innocence : « inflation des textes, dégradation de leur qualité, dispositions devenues inutiles, redondantes, obsolètes ou insuffisamment normatives, peu intelligibles, contradictoires, mal coordonnées… » De quoi inquiéter le citoyen ordinaire ! Alors quelle est la responsabilité de l’Assemblée ? Rapellons que ¾ des lois sont préparées par le gouvernement qui les soumet à un parlement godillot.

La procédure législative fait, ainsi, que ce sont les « énarques » du gouvernement, qui ne sont pas des juristes, faut-il s’en souvenir, qui posent un défi à la démocratie et à la compétence des élus.

 

L’état de la confection de la loi est devenu tellement préoccupant que ce sont nos représentants eux-mêmes qui s’avouent impuissants.

 

Alors simplifions la loi !

La commission des lois a pris l'initiative d'ouvrir un vaste chantier de simplification du droit. L'inflation des textes et la dégradation de leur qualité sont non seulement synonymes de dévalorisation et d'instabilité mais sont préjudiciables à l'attractivité et à la compétitivité de notre pays. S'inspirant du constat de Montesquieu selon lequel «les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires», la commission des lois s'est fixée pour mission de rendre la loi plus accessible, plus lisible et plus compréhensible à la fois pour le citoyen et pour ceux qui sont chargés de l'interpréter ou de l'appliquer.

Afin de mettre en œuvre les principes et objectifs de valeur constitutionnelle de clarté, d'accessibilité et d'intelligibilité de la loi, il lui paraît utile, dans ses domaines de compétence (droit civil, droit pénal, droit commercial, droit des collectivités territoriales, droit administratif...):

d'abroger des dispositions devenues inutiles, redondantes, obsolètes ou insuffisamment normatives ;

de proposer la mise en cohérence de dispositions mal coordonnées, voire contradictoires ;

de suggérer la réécriture de dispositions peu intelligibles.

Pour mener à bien ce travail de grande ampleur, qui s'étalera sur la durée de la législature, elle a besoin du concours de tous.

Aussi a-t-elle pris l'initiative d'ouvrir un site Internet public. Les citoyens y sont invités à y citer précisément les dispositions législatives leur paraissant répondre aux critères précédents et exposer les difficultés auxquelles ils ont été confrontés au regard de ces mêmes dispositions.

En associant ainsi les citoyens au processus législatif, cette démarche s'inscrit dans le cadre du renforcement de la fonction de contrôle du Parlement, de rénovation de nos institutions et du développement du débat public.

En vérité, je vous le dis, ce qui est demandé aux citoyens, c’est bien de recenser les bévues, les archaïsmes, les incohérences, les galimatias et autres tares de notre législation.

Quelle déliquescence du pouvoir législatif d’avoir à  le demander aux citoyens !

 

Mais que pourraient faire nos législateurs ?

Tous les parlementaires qui votent une loi devraient être obligés d’aller la lire à ceux qui les onts élus. Peut-être hésiteraient-ils à voter des lois sans esprit dont ils ignorent tout, auxquelles ils ne peuvent rien comprendre, qui règlementent les détails de nos quotidiens et qui expriment moins la volonté générale que celle des services des ministères.

 

Mais que pourraient faire nos législateurs ?

 

Et si tout simplement ils apprenaient la légistique, ce qui est leur seule mission, à moins de supprimer le Parlement, tout simplement.

  

 


Loi n° 2008-582 du 20 juin 2008 renforçant les mesures de prévention et de protection des personnes contre les chiens dangereux (JO 21 juin, p. 9984).

 

C. pén., art. 221-6-2, 222-19-2 et 222-20-2.

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