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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

33 - Un enfant de l’Arbre de Liberté

 

 

 

L

 

e symbolisme, comme médiation entre nos subjectivités, ouvre un espace de libertés mentales qui met en scène l'échange de nos connaissances. L'analogie a ceci d'intéressant, c'est qu'elle projette l'esprit dans toutes les directions jusqu'à l'infini avec pourtant un sens, une correspondance logique, une orientation du mouvement dont le début peut être un mot  ou une lettre pour ceux qui ne savent qu’épeler. Mots ou lettre qui se donnent comme des codes énigmatiques.

 

La fonction symbolique est cet ensemble de phénomènes de significations que nous allons lui attribuer et qui nous permettent de construire un système  plus ou moins conscient de représentations collectives dans lequel nous allons nous reconnaître. Le code partagé organise un minimum d'ordre autour de ce que j'appellerai une culture.

 

Nous allons donc décoder ensemble les mots qui racontent, qui racontent quoi justement ?......

 

²Il était une fois ….²

 

Un roi ! … me diriez-vous ?

 

Non, vous vous trompez, il était une fois un morceau de bois. 

 

Ce n’était même pas du bois de luxe mais une simple bûche, comme celle que l’on mettait à la veillée dans la cheminée.

 

Une bûche de Noël ; la bûche nouvelle qu’on laissait entourée des tisons provenant de celle de l’année précédente et conservés à cet effet.

 

Je ne sais pas comment le fait arriva, mais toujours est-il que ce morceau de bois se trouva un beau jour dans l’échoppe d’un vieux menuisier.

 

Le bois est la matière première par excellence ; la base des premiers artisanats.

 

Le symbolisme général veut qu’il recèle à l’état latent la sagesse et la science surhumaine.

 

Il était l’un des cinq éléments de la croyance chinoise avec la terre, l’air, l’eau et le feu.

 

Ce morceau de bois était destiné à devenir un pied de table sous les outils de Maître Antoine, le menuisier surnommé « Père  la Cerise  » à cause de la pointe de son nez qui était luisante et rouge comme une cerise mûre.

 

Mais au moment où il allait donner son premier coup de hache, il resta le bras en l’air ; ne venait-il pas d’entendre une toute petite voix qui suppliait :

 

« Oh ! Ne frappe pas si fort ».

 

Représentez-vous l’ébahissement de ce brave Père la Cerise , qui en tomba comme foudroyé et perdit les sens. Il paraissait transfiguré et la peur avait changé jusqu’à la pointe de son nez.

 

Elle était devenue turquoise.

 

La Cerise est le symbole de la dévotion à la vie, à la recherche de la vérité par la voie intérieure, le vitriol des initiations occidentales.

 

Ce nez symbole de la clairvoyance passe du rouge, l’athanor des alchimistes, symbole de la vie matérielle ; au bleu de l’immatériel, du divin, de l’incréé, de l’âme ; au bleu de la turquoise, le soleil au Zénith.

 

 

Maître Antoine au simple contact de ce morceau de bois passe de la volonté créative au sublimé, comme frappé par la connaissance.

 

Il est l’origine, Antoine, Antonio, Ante Gnosis, avant la connaissance.

 

A ce moment là on frappa à la porte.

 

Alors entra dans la boutique un petit vieux très alerte qui se nommait Geppetto, mais que les enfants du voisinage surnommaient Polenta à cause de sa perruque jaune qui ressemblait énormément à de la bouillie de maïs.

 

Le Maïs est le symbole de la semence originelle mais également du Soleil, du Monde et de l’Homme.

 

Dans le Popol-Vuh, le livre de l’origine de toutes les croyances, le premier homme détruit par une inondation était fait d’argile, le second dispersé par une grande pluie, était de bois, seul le troisième est notre père, il est fait de maïs.

 

Celui-ci avait imaginé de fabriquer de ses propres mains, un beau pantin en bois, mais une merveille de pantin qui sache danser, tirer l’épée et faire le saut périlleux.

 

 

Geppetto désirait un peu de bois. Le Père la Cerise , tout joyeux, s’en fut aussitôt prendre sur l’établi le fameux morceau qui lui avait causé tant de frayeur et le remit à Geppetto .

 

A peine rentré chez lui, celui-ci prit à la hâte ses outils et se mit à tailler dans le bois pour fabriquer son pantin.

 

Je l’appellerai Pinocchio. Ce nom lui portera bonheur.

 

Au fur et à mesure que le bon vieux donnait forme humaine à son morceau de bois, le pantin s’ébrouait, prenait vie.

 

Geppetto est le diminutif familier de Geppette également diminutif de Giuseppe. Giuseppe « Dio Agguinghe » comme Joseph sa traduction française signifie Dieu juge , Dieu ajoute, Dieu donne vie .

 

N’y a-t-il pas volonté divine de faire de ce morceau de bois un être doté de vie ?

 

Pinocchio se traduit par gemme de pin, on peut lui attribuer deux significations : soit la résine proprement dite qui servait à préparer les drogues d’immortalité ou l’encens, émanation de l’esprit divin, soit la graine qui exprime la permanence de la vie végétative.

 

Les immortels taoïstes se nourrissaient des graines, des aiguilles et de la résine de pin. Cette nourriture rendait le corps léger et capable de voler. La résine de pin s’était écoulée le long du tronc, pénétrait dans la terre et donnait un champignon magique, qui, quand on le mangeait, dotait d’immortalité.

 

Quelle belle rencontre que celle d’un Giuseppe qui donne la vie avec un Pinocchio, embryon de vie, petit génie malicieux enfermé dans une bûche de Noël chargée d’espérance, de l’espérance d’une nativité, d’une nouvelle vie solaire, d’un renouveau de la nature.

 

Pinocchio en bois, recelant la sagesse, la vie, l’immortalité et capable de voler de son corps léger.

 

Petit Golem, chemin symbolique vers la rédemption, mais affront à Dieu. Esclave de celui qui le crée mais capable de dépasser celui qui le crée. Création de l’homme, création de dieu, mais être sans liberté, enclin au mal et esclave de ses passions.

 

Image du désir d’un homme, image d’un homme, image de la passion d’un homme qui grandit et risque de l’écraser.

 

Geppetto ne se trompe pas. Sitôt Pinocchio achevé, il reçoit un violent coup de pied sur le nez.  Je le mérite bien se dit-il à lui même. Je devais le prévoir, maintenant il est trop tard. 

 

Les personnages étant campés, l’aventure commence.

 

 

La première rencontre que fait Pinocchio est avec un grillon-parlant, habitant la maison de Geppetto.

 

Le Grillon est le triple symbole de la vie, de la mort et de la résurrection. Sa présence au foyer était considérée comme une promesse de bonheur.

 

Une fois de plus, nous retrouvons les mêmes notions.

 

La vie végétative, la mort et la révélation. La mort initiatique, l’épreuve de la terre, la re-naissance. Ce grillon est, de plus, centenaire et sage. S’instituant sa conscience, il dit à Pinocchio :

 

malheur aux mauvais enfants, ils n’auront jamais de bonheur en ce monde et, tôt ou tard, ils se repentiront amèrement.

 

La pantin, furieux qu’une telle vérité put lui être dite et blessé dans son orgueil, saisit un maillet de bois, symbole de la force aveugle et brutale, le lança, atteignit le grillon qui resta là, aplati contre le mur.

 

Le nez de Pinocchio s’allongea d’au moins quatre doigts.

 

Au japon, les orgueilleux et les vantards passent pour avoir de longs nez. Ils sont appelés Tengu. Ce sont les esprits diaboliques, hantant les montagnes et représentés sous forme de lutins affublés d’un long nez.

 

 

A peine sorti de sa gangue, notre gemme va effectuer ses premiers voyages.

 

 Il faisait justement une nuit horrible. Il tonnait très fort, les éclairs fendaient le ciel et un affreux vent froid et intolérable, qui soufflait avec rage en soulevant de gros nuages de poussière, faisait bruire et craquer tous les arbres de la campagne. Pinocchio avait une peur terrible du tonnerre mais il franchit la porte et prit sa course.

 

Tout était obscur et désert. Un pays de morts !

 

Arrivé près des maisons, il s’avisa de tirer la sonnette de l’une d’entre elles.

 

Qui va là ?

 

Et croyant avoir affaire à un de ces petits vauriens qui s’amusent la nuit à tirer les sonnettes, le vieillard qui s’était montré à la fenêtre déversa le contenu d’une cuvette sur l’échine de Pinocchio.

 

Trempé, harassé de fatigue, notre pantin s’enfonça dans la nuit et réintégra la maison de Geppetto. Comme il n’avait plus de force de se tenir debout, il s’assit en appuyant ses pieds ruisselants sur le réchaud plein de braises allumées. Alors là, il s’endormit et ses pieds, qui étaient de bois prirent feu.

 

La terre, l’air, l’eau et le feu.

 

Là s’arrête la première aventure de Pinocchio.

 

Le pantin, initié aux balbutiements de la vie, sous la houlette de Geppetto,  fait quelques apprentissages : la faim, l’abnégation, la misère, l’humilité.

 

Bon disciple, Pinocchio promet d’aller à l’école régulièrement. Mais il lui manque l’alphabet, c’est à dire le livre des lettres de l’identité.

 

En italien, l’abbécedario, l’abécédaire illustré permet de donner leur nom aux animaux comme l’a fait Adam à la création du monde.

 

Geppetto cède jusqu’à son manteau, ses économies, va jusqu’au dénuement le plus complet pour acquérir ce précieux volume ; et aussitôt Pinocchio le troque contre une place de parterre dans un théâtre de marionnettes "La compagnie Dramatico-Végétale ", illustration du monde vivant, essentiellement figé.

 

Désorganisant bien vite, par sa présence, la représentation à laquelle il assiste, il est remarqué par Mangia Foco, le directeur des marionnettes qui veut s’en servir de bûche pour faire rôtir un agneau.

 

Ce monsieur est certainement un dragon, d’ailleurs il est laid, gros, noir, sa bouche est semblable à un four, ses yeux à des lanternes de verre rouge. Il tient de plus à la main, un énorme fouet, fait de peaux de serpents et de queues de loups entortillés ensemble.

 

Rien que des symboles phalliques, du mal et des tendances démoniaques.

 

Le patron Mangefeu, avait un aspect épouvantable ! Mais au fond, ce n’était pas un méchant homme. Voyant le pauvre Pinocchio se débattre en tous sens et crier : « je ne veux pas mourir, je ne veux pas mourir », il  résista un bon moment et éternua violemment.

 

L’éternuement symbolise une manifestation du sacré pour approuver ou châtier. Eternuer à l’improviste est un signe de bon augure dans certaines croyances.

 

Arlequin, du théâtre de marionnettes, ne manque pas d’en faire la réflexion à Pinocchio.

 

C’est bon signe, mon frère ! Le patron a éternué. Te voilà sauvé.

 

Par sa gentillesse et son bon sens honnête, notre pantin parvient à émouvoir Mangia Foco qui le relâcha et lui offrit 5 pièces d’or pour son pauvre papa.

 

Pinocchio se mit en route pour rentrer à la maison. Il n’avait pas fait cinq cents mètres, qu’il rencontra un renard boiteux et un chat aveugle.

 

Le Renard est généralement pris comme symbole de la ruse mais d’une ruse toujours malfaisante. L’infirmité de notre compère est le signe qu’il a perçu quelque secret divin et qu’il a payé ainsi son outrecuidance.

 

Le Chat, souvent associé au serpent, indique le pêché mais son symbolisme oscille entre le maléfique et le bénéfique. Le notre est aveugle et s’est certainement vu infliger sa cécité par un dieu offensé

 

Tous deux flairèrent en Pinocchio un pigeon à plumer et le divertirent de son chemin.

 

Ni les recommandations d’un merle blanc et de l’ombre du grillon-parlant ne parvinrent à ramener notre pantin au raisonnable.

 

Le Merle, l’oiseau noir par excellence, est blanc dans notre conte.

 

Il est donc à lui seul la synthèse du monde, l’absence et la somme de tout, la mort et la vie, celui qui reçoit la lumière et ne la restitue pas et celui qui reflète la lumière.

 

Il est paré de la robe blanche des derviches tourneurs, qui, dès qu’ils sont initiés, abandonnent le manteau noir.

 

Avec le grillon-parlant il est donc le symbole complet de l’initiation : la vie, la mort, la résurrection à l’état supérieur.

 

Renard et Chat entraînèrent Pinocchio sur les routes ; mais une halte, afin de se restaurer fut nécessaire et ils s’arrêtèrent à l’auberge du Gambero Roso.

 

La traduction française par "écrevisse rouge" est imparfaite parce que Gambero est aussi le cancer (le signe zodiacal). Il est représenté soit par l’Ecrevisse, soit par le Crabe.

 

Il est le symbole de l’eau originelle, mais également de ce qui protège et réchauffe. 

 

«  Les ébauches et les préfigurations de la vie renaissante, germes , œufs, fœtus et bourgeons, la pulsion vitale non encore prise en compte par la raison, tout ce qui est petit est sous sa carapace  protectrice. La couleur rouge qui s’y associe n’est pas le rouge diurne, mâle centrifuge, mais le rouge femelle, la carapace, nocturne centripète, là où s’opère la digestion, le mûrissement, la régénération de l’être ou de l’œuvre.

 

 

C’est le rouge matriciel ».

 

Et c’est encore une initiation à la vie que subit notre pantin car, pour n’avoir pas suivi les bons conseils, il est escroqué par le Chat et le Renard, puis, attaqué par des brigands qui après l’avoir poursuivi et rejoint, le pendent à la branche d’un grand chêne pour lui faire ouvrir la bouche, et récupérer les écus d’or qu’il y a cachés.

 

Le souffle lui manqua, il ferma les yeux, ouvrit la bouche, eut une violente secousse et resta engourdi.

 

Le Pendu symbolise tout homme qui absorbé par une passion, soumis corps et âme à la tyrannie d’une idée ou d’un sentiment, n’a pas conscience de son esclavage. Pinocchio n’est qu’un pantin encore asservi à ses ficelles.

 

Une belle jeune fille aux longs cheveux bleus fut émue de pitié à la vue du malheureux.

 

Elle frappa trois fois les mains l’une contre l’autre et appela trois fois. A ce signal, un énorme faucon vint se poser à proximité, détacha Pinochio et l’étendit sous le chêne.

 

Dans la pensée symbolique, les cheveux sont liés à l’herbe et à la végétation, l’idée de leur croissance est liée à celle d’ascension spirituelle.

 

Le fait que la chevelure soit dénouée ou nouée indique le don, la disponibilité ou la réserve de la femme.

 

Le fait que les cheveux soient bleus renforce encore l’immatérialité de l’apparition, sa pureté, sa froideur.

 

 

La bonne fée, jolie naturellement, est donc toute acquise à Pinocchio. Elle est drapée dans le bleu de ses cheveux, chemin de l’infini où le réel se transforme en imaginaire.

 

 

Affirmant sa volonté temporelle en frappant trois coups, et déterminant ainsi les limites de l’univers qu’elle régit, du Nadir au Zénith, de l’Orient à l’Occident, du Septentrion au Midi, la pure jeune fille aux cheveux bleus appelle le prince des oiseaux.

 

Le faucon, principe céleste, qui a également été représenté comme le vainqueur de la concupiscence. Concupiscence qui aiguillonne chat et renard.

 

 

Rien de plus normal que notre pantin à bout de vie soit étendu sous le chêne investi de la divinité suprême du ciel.

 

En latin, chêne se dit Robur qui signifie également force.

 

Force dont notre ami éprouve le plus grand besoin.

 

 

La bonne fée frappa encore dans ses mains et l’on vit apparaître un magnifique barbet.

 

Le chien est le guide de l’homme, de sa vie mais, également, le guide des âmes au delà de la mort.

 

Ils servaient d’intercesseurs entre ce monde et l’autre. C’est donc naturellement à un chien que la bonne fée confie la mission de transporter Pinocchio auprès d’elle, dans sa maison.

 

Pour ce faire, il est installé dans un carrosse tapissé de plumes de canard, symbole de la Royauté , de la puissance vitale, le guide le plus précieux.

 

L’attelage est constitué par cent couples de souris qui figurent la phase individuelle souterraine des communications avec le Sacré.

 

Pinocchio est installé dans une chambre de nacre, creuset de la pureté, comme la coquille de l’huître qui donne naissance à la perle de Lumière, celle qui sublime les instincts, transfigure les éléments.

 

La fée fit venir les médecins les plus renommés du voisinage. Le Corbeau, la Chouette , le Grillon-Parlant. Le Corbeau diagnostiqua la mort, la Chouette la vie.

 

Le Corbeau est le messager de la mort mais il est également le symbole de la perspicacité. Dans la genèse, c’est lui qui va vérifier si la terre commence après le déluge à reparaître au dessus des eaux.

 

La Chouette , oiseau nocturne en relation avec la lune perçoit la lumière par son reflet.

 

Elle symbolise donc la clairvoyance mais par les signes qu’elle interprète : PERSPICACITE – CLAIRVOYANCE.

 

C’est le Grillon-Parlant qui tranchera par sa sagesse. Lui le triple symbole de la vie, de la mort et de la résurrection.

 

Pinochio ressuscitera.

 

En effet, à ce moment, la porte de  la chambre s’ouvrit toute grande et livra passage à quatre petits lapins noirs comme de l’encre, qui portaient sur leurs épaules, un petit cercueil.

 

Les quatre lapins souvent disposés en svastika expriment le carré parfait des tailleurs de pierre, c’est à dire le cube. C’est la troisième dimension, celle de la perfection morale, de la stabilité.

 

Le fait que les petits lapins soient noirs est capital. En effet, la résurrection à un état supérieur n’est pas loin.

 

L’œuvre au noir hermétique est une mort, un retour au chaos, mais l’aboutissement à l’œuvre au blanc et à l’œuvre au rouge de la liberté spirituelle.

 

Le noir, c’est la lettre Yod qui ne renferme aucun espace blanc, la lettre dont toutes les autres lettres sont issues. Point noir, qui dans le tétragramme, s’évase sous le rythme du souffle divin jusqu’à devenir le deuxième Hé, Malkût, le royaume ; la transition d’un monde à un autre, la preuve dans la suite, la matrice, la lune.

 

Le cercueil est le Creuset des opérations alchimiques.

 

 

Rien d’étonnant à ce que Pinocchio meure, puisqu’il doit se relever à un état supérieur.

 

Mais avant, il doit faire un serment, celui d’être un bon enfant.

 

Après avoir connu le goût du sucre et bu un breuvage amer, Pinocchio ressuscite.

 

La fée s’enquit du lieu où il avait caché les écus d’or.

 

Je les ai perdus,  répondit-il.

 

A peine ce mensonge fut-il sorti de ses lèvres, que son nez, qui était déjà long, s’allongea, s’allongea encore.

 

La fée le considérait en riant.

 

Pourquoi riez-vous donc ? Interrogea Pinocchio

 

Je ris des mensonges que tu fais

 

Comment savez-vous que je mens ?

 

Les mensonges, mon enfant, sont vite découverts. Il y en a de deux espèces : les uns qui ont les jambes courtes et les autres qui ont le nez long. Les tiens sont justement de ceux qui ont le nez long.

 

Ces deux expressions sont assez intéressantes à analyser, car la jambe et le nez sont les symboles des liens sociaux comme le sexe et la langue. La jambe permet des rapprochements, favorise les contacts, elle revêt donc une importance d’ordre social.

 

Cet ordre social peut être perturbé par le mensonge découvert.

 

Le menteur peut se voir écarté de la société. De la distance est mise envers lui. Ses jambes ont plus de pas à faire comme si elles avaient raccourci.

 

Le nez qui décèle les sympathies et oriente les désirs procède du même raisonnement, les distances s’allongeant, le nez doit suivre. Mais il est facile d’interpréter autrement la mésaventure de Pinocchio en la comparant au mensonge ; celui-ci naît et grandit à un point tel qu’il se voit comme le nez au milieu de la figure.

 

Après un court sermon et sur intervention d’un pivert, le nez reprend ses proportions.

 

Chacun sait que le pic-vert est capable de s’attaquer au bois, mais il est de plus le symbole de ré-enfantement ;  du cœur du bois il fait naître. C’est le protecteur des enfants, celui qui apportait de la nourriture à Rémus et Romulus, alors qu’ils n’étaient que dans la grotte. Il est la sécurité, l’oiseau prophète qui guidait les voyageurs sur les routes.

 

Pinocchio promet d’être un bon enfant et reprend sa route pour retourner chez son papa.

 

C’est ne pas compter sur une nouvelle rencontre avec Renard et Chat. Ceux-ci décrivent un pays merveilleux où se trouve un champ des miracles. Il suffit d’y semer une pièce d’or pour en récolter des milliers.

 

Le trio se met en route vers "al Paese dei Barbagiani", le village d’"Attrape-Nigauds". C’est-à-dire au pays des imbéciles, mais également au pays des Hiboux, symbole de la tristesse, de l’obscurité, de la retraite solitaire et mélancolique.

 

Tout un bestiaire les attend :

 

Des agneaux tondus, des poulets sans crête, des papillons sans ailes, des paons sans queue, des faisans sans plumage, un perroquet sans plume.

 

En plus, du fait que chez ces animaux c’est la parure qui leur a été dérobée, il est intéressant d’étudier la symbolique qui se rattache à chacun d’eux.

 

L’agneau est la victime sacrificielle par excellence. La victime douce, simple, innocente.

 

L’annonce du messie, dans le livre d’Isaïe est faite dans les termes suivants : « Comme une brebis, il a été conduit à la boucherie, comme un agneau muet devant celui qui le tond, il n’ouvre pas la bouche ».

 

Le poulet est une autre victime sacrificielle mais également le symbole de l’évolution de l’œuvre (pattes noirs, plumes blanches, crête rouge ).

 

L’œuvre ne sera jamais terminée par ce poulet sans crête.

 

La crête est, de plus, le symbole de ce qui prédomine dans l’être et pourrait figurer l’aura.

 

Le papillon est le symbole de la légèreté mais aussi de l’âme. Ses ailes servent à l’élévation vers le sublime.

 

Le paon est le symbole solaire par excellence dont chaque plume est un rayon de feu.

 

Paon sans queue, soleil sans rayon !

 

Le perroquet est également un symbole solaire mais par l’énergie rouge qui s’en dégage.

 

Voilà ce qu’est le village d’"Attrape-Nigauds".

 

Tous ses habitants sont des victimes, tout effort et travail ne peuvent aboutir, l’âme ne peut s’élever et ne fait que ramper sous un soleil sans rayon, sans lumière, sans chaleur.

 

Pies, chats, oiseaux de proie représentant le vol, la sournoiserie, le pillage y mènent bon train de vie. Seul le juge de la ville, un singe, symbole de la sagesse, du détachement, patron des savants et des lettrés, fait tâche dans ce chaos.

 

Pinocchio se fait voler ses écus d’or et est, par dessus le marché, condamné à quatre mois de prison pour avoir été dupe : pour amasser honnêtement quelques sous, il faut savoir les gagner, soit par le travail de ses propres mains, soit par le travail de son cerveau.

 

Il paese dei Barbagiani, retraite solitaire et mélancolique, par sa prison peut évoquer le cabinet de réflexion où le repli sur soi-même présage d’un essor, comme un phénomène endothermique précède une réaction exothermique ; comme la contraction précède l’expansion.

 

A peine sorti, il s’avisa de retourner chez la bonne fée. Mais sur sa route, il rencontra un Serpent horrible, à la peau verte, aux yeux de feu et à la queue pointue qui projetait de la fumée comme un tuyau de cheminée.

 

Nous sommes cette fois-ci en face du serpent-dragon, qui depuis le Moyen-Age est l’obstacle qu’il faut franchir pour atteindre au niveau du sacré. Il est la bête que chacun doit s’efforcer de tuer en lui. Le Serpent est vert. Vert comme le sang du dragon.

 

Pinocchio surmonte l’épreuve et repart à la recherche de son papa.

 

Chemin faisant, ne pouvant plus résister aux tenaillements de la faim, il sauta dans un champ pour y cueillir quelques grappes de raisin muscat.

 

La Vigne est le symbole, entre autres, de la propriété, de l’assurance, de la vie et de ce qui en fait le prix. C’est un des biens les plus précieux de l’homme.

 

Avant même que Pinocchio ne touche à une grappe, un piège se referma sur ses chevilles. Il n’est pas encore question qu’il accède à la nourriture de l’initié !

 

Une luciole, (symbole de l’âme, des morts, souvent associée aux étoiles) qui, comme chacun le sait, cherche perpétuellement la lumière quitte à y périr, une luciole donc, qui passa par là s’enquit auprès de Pinocchio des raisons de sa mésaventure et le tança.

 

La faim, mon enfant, n’est pas une raison de s‘approprier le bien d’autrui.

 

Délivré par le propriétaire de la vigne, celui-ci se dédommage en faisant travailler Pinocchio comme chien de garde puis l’acquitte de ses obligations pour services rendus et parce qu’il a su vaincre la concupiscence, choisir la meilleure voie, celle de la raison.

 

A ce moment là passa au-dessus de lui un gros pigeon. Celui-ci se posa près de Pinocchio et lui apprit que Geppetto était parti courir les mers à la recherche de son pantin de fils ; et que la douce fée était morte en ce monde.

 

Le pigeon, symbole de douceur, d’amour, de paix et d’harmonie est comme la colombe associée au nombre 8. Il symbolise la prédominance de l’esprit sur les instincts.

 

A partir de ce moment du roman d’ailleurs, Pinocchio n’est plus une sorte d’humanoïde confronté à des animaux mais un enfant dans le monde des adultes.

 

Dans ce monde, l’esprit sublimé prédomine et l’emporte sur les instincts.

 

Le chien, que le pantin était censé remplacer, s’appelait Mélampo, c’est-à-dire Méla-lampo, la pomme-éclair.

 

La pomme est le moyen de connaissance, de la distinction entre le bien et le mal ; l’éclair, la manifestation divine, la fécondation mâle.

 

Le pentagramme sacré de la vie, contenu dans la pomme est activé par le sperme divin.

 

L’enfant paraît.

 

Cette rupture brutale

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Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
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commentaires

HenrY LeMaçoN 18/01/2007 10:21

Bonjour,
Mort médiatique chez france 2 comme je l'avais prévu.
A vous de prendre la parole après les ondes des cloches du Vatican...
Fraternité bien ordonnée commence par soi- même; avant de vouloir rassembler les autres fous d' égarés, il faut commencer par rassembler ce qui est épars de nous!!!

betty 09/11/2005 19:22

et bien bon debut et bonne continuation

Citoyen 21/08/2005 00:38

Peux-tu me dire si tu connais l'Acacia?

Merci pour les photos et si au passage, pas si étroit, de me rendre visite, laisser message sur le chemin.