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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

31 - Séduction : l’anti crâne

 

 

 

 

 

 

T

 

 

out homme éclairé doit sonder chaque observance en une recherche approfondie afin de faire passer de la puissance à l’acte, ainsi il séparera la vie cachée de la mort apparente

 

 

Résister au destin, la vie acceptera tous les gestes de vivre.

 

 

La tête de mort, le crâne, le point de l’interrogation, la perplexité au plus intime de nous-mêmes ! Le grand oui, c’est le oui à la mort, on peut le proférer de plusieurs manières. La vie, est-elle comme pour Bichat l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort, ou bien selon Cioran l’ensemble des fonctions qui nous y entraînent. Je dirai comme Bichat, parce que cela permet l’espérance, dans cette résistance à toutes les morts, de se constituer un excédent d’être,  auquel la Mac \ peut contribuer.

 

 

Vanités des vanités dit Qohéleth

 

Vanités des vanités, tout n’est que vanités

 

Mais, le dernier paragraphe du texte précédent l’Ecclésiaste, à savoir la fin du cantique des cantiques, dit aussi : L’amour est aussi fort que la mort.

 

Les vanités sont des tableaux du XVIIIe siècle, sur lesquels se retrouvent quelques symboles communs : le crâne, le sablier, une nature morte. La beauté immobile, dans un contact presque sensuel de la mort ressentie en artiste, comme une plénitude de tact et de goût, annonce l’agonie triomphante. C’est alors fixer notre pensée sur le macabre stérilisé et enjolivé, et nous détourner de l’usure de nos glandes, de la puanteur et des immondices de notre dissolution.

 

 

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme,

 

Ce beau matin d’été si doux :

 

Au détour d’un sentier une charogne infâme

 

Sur un lit semé de cailloux,

 

 

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,

 

Brûlant et suant les poisons,

 

Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique

 

Son ventre plein d’exhalaisons.

 

 

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,

 

Comme afin de le cuire à point,

 

Et de rendre au centuple à la grande Nature

 

Tout ce qu’ensemble elle avait  joint ;

 

 

Et le ciel regardait la carcasse superbe

 

Comme une fleur s’épanouir.

 

La puanteur était si forte, que sur l’herbe

 

Vous crûtes vous évanouir.

 

 

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride

 

D’où sortaient de noirs bataillons

 

De larves, qui coulaient comme un épais liquide

 

Le long de ces vivants haillons.

 

 

Tout cela descendait,  montait comme une vague,

 

Ou s’élançait en pétillant ;

 

On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,

 

Vivait en se multipliant.

 

 

Et ce monde rendait une étrange musique,

 

Comme l’eau courante et le vent,

 

Ou le grain, qu’un  vanneur d’un mouvement rythmique

 

Agite et tourne dans son van.

 

 

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve

 

Une ébauche lente à venir,

Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève

 

Seulement par le souvenir.

 

 

Derrière les rochers,  une chienne inquiète

 

Nous regardait d’un œil fâché,

 

Epiant le moment de reprendre au squelette

 

Le morceau qu’elle avait lâché.

 

 

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,

 

A cette horrible infection, étoile de mes yeux, soleil de ma nature,

 

 Vous mon ange et ma passion !

 

 

 

 

Mais, ne nous laissons pas piéger par l’esthétisme de la mort, car tout ce que la chair m’enseigne m’abolit sans recours.

 

 

La chair ne peut à elle seule dicter une philosophie, ne répugne-t-elle pas à l’illusion. ? Ne vient-elle pas en interprète de nos cendres, contredire à tout moment nos espoirs ?

 

 

Alors la mort c’est aussi ce que nous propose Pascal : Vous avez deux choses à perdre, le vrai et le beau et deux choses à engager, votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude ; et votre nature a deux choses à fuir : l’erreur et la misère.

 

 

Votre raison n’est pas plus blessée en choisissant l’un ou l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte en prenant choix que Dieu est. Estimons les deux cas ; si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc que Dieu est sans hésiter. Ainsi en est-il de ce pari dit ridicule par Prévert.

 

 

Un Pascal, un Baudelaire, circonscrivent la mort ; l’un la réduit à nos terreurs physiologiques, l’autre à notre quête du salut.

 

 

Si la mort écrase l’homme, elle n’en demeure pas moins à l’intérieur de l’humain.

 

 

Tout à l’opposé, les élisabéthains ou les romantiques allemands en firent un devenir cosmique, un devenir orgiaque, un néant qui vivifie, une force où il s’agit de se retremper et avec laquelle il importe d’entretenir des rapports directs.

 

 

Pour le français, ce qui compte ce n’est pas la mort elle-même, mais notre comportement en face de nos semblables, la stratégie des adieux, la contenance  que nous imposent les calculs de notre vanité, l’attitude en un mot. Tout l’art du français est de savoir mourir en public. Saint-Simon ne décrit pas l’agonie de Louis XIV, de Monsieur ou du Régent, mais les scènes de leur agonie. Les habitudes de la cour, le sens de la cérémonie et du faste, tout un peuple en a hérité ; épris qu’il est d’appareil et soucieux d’associer un certain éclat au dernier soupir.

 

 

 

 

Mittérand, grand prêtre  solitaire de la République , a inauguré son premier septennat dans les fastes d’une visite au tombeau.

 

 

L’approche symbolique, les psychodrames de renaissance et de résurrection successives nous interrogent et nous répondent sur la mort. La F \M\ nous apprend à mourir.

 

 

Cependant de toutes les réponses à vivre pour apprivoiser la mort, il en est une qui n’est jamais de l’ordre du naturel mais celui de l’artifice, jamais de l’ordre du réel mais de celui du signe et du rituel : la séduction.

 

 

La séduction représente la maîtrise de l’univers symbolique, alors que le pouvoir ne représente que la maîtrise de l’univers réel. La séduction en tant que stratégie des apparences s’oppose radicalement à l’anatomie comme destin, à la mort en tant que crâne.

 

 

C’est un processus circulaire réversible de défis, de surenchère de mort symbolique et de renaissance. Il s’agit de produire un simulacre en pleine conscience du jeu et de l’artifice, en mimant et en outrepassant l’effet du réel et en s‘en dessaisissant à travers l’excès même des apparences de ce réel, comme une ironie du trop de réalité.

 

 

La séduction par le chant, par l’absence, par le regard ou par le fard, par la beauté ou par la monstruosité, par l’éclat, mais aussi par l’échec, par le masque et par la folie, par le sublime, c’est mourir comme réalité et c’est se produire comme symbole, donc comme langage.

 

 

 La séduction est ésotérique et initiatique. La séduction est dans le règne des signes, éprouvant la relation, pour en faire surgir des volumes éthiques, des épaisseurs métaphysiques

 

 

La prodigalité de l’être est une des vertus de la séduction.

 

 

La mort donne le prix ; elle fixe le sens de ce capital qui est la vie.  Mais ce feu qui consume ne vise pas la cendre, il vise l’énergie dégagée, la royauté de la lumière qui embrase : L’éclat comme mode d’apparition ! L’éclat, en tant que séparé, mais aussi en tant que brillant de son reflet de lumière.

 

 

Ce que veut la séduction, c’est la métamorphose de l’existence en territoire permettant l’expérimentation pour des myriades d’actualisations, pour du temps au présent animé. La séduction vise l’œuvre ouverte, jamais déterminée, toujours en mouvement. Elle est une philosophie de l’esthétisme, pour l’invention de nouvelles possibilités de vie, pour magnifier l’instant et construire des situations où le débordement de l’être soit manifesté et magnifique. L’existence devenant la trace du signe !

 

 

Dans la vielle logique du même et de l’autre, on s’en doute, la séduction est du côté de l’autre ; de la différence ; et par une sorte d’effet de retour, elle modifie l’être qui le met en " je ".

 

 

La séduction comme la politesse est aux interstices, aux articulations, dans l’ombre d’un souffle, dans la transparence de l’ineffable ou de l’indicible.

 

 

 Elle scrute le moindre geste, le moindre signe ; elle veut l’extrême clairvoyance dans les domaines les plus exigeants, en finesse. L’ensemble du corps est en jeu, la totalité des sens est convoquée. Il s’agit de voir l’invisible, d’entendre l’inaudible, de percevoir l’infime et de distinguer la multiplicité des variations dont sont capables une lumière, une couleur, un son, une voix. C’est l’art des enquêtes microscopiques par lesquelles il est possible d’aboutir au savoir des intentions de l’autre, du moins à l’idée que l’on se fait, pour une pré-science du plaisir d’autrui. C’est d’évidence une relation hédoniste mais aussi eudomoniste.

 

Manquer à l’autre, oublier son plaisir, le négliger, c’est produire à terme sa propre éviction. A ne pas savoir écouter, on s’expose à ne pas être entendu ! L’hédonisme est prévenances manifestes, non dans l’hypothèse et l’illusion, mais dans la pratique et la réalité, même et surtout si la relation s’exprime sur des passerelles de symbolisme.

 

 

Séduire, se déduire, non pour se réduire, mais bien pour révéler de nouveaux visages, le sien et celui de l’autre. L’interprétation de l’autre n’est pas seulement la perception de l’autre, mais c’est aussi une constitution de sens en lui donnant un visage, en dévoilant de l’être.

 

 

Et ce débordement est une bénédiction, un dit qui est bien à dire, qui dit du bien, qui déploie des modes possibles d’être ; une ouverture sur des avènements, un recommencement.

 

 

Dans la séduction se mesure la résistance à son propre totalitarisme. C’est un temps où la relation n’est ni une affirmation de soi, ni une saisie de l’autre. C’est le temps de l’expérience de l’altérité comme étrangeté de l’autre, non comme mêmeté, mais comme ipséité et, comme le nomme Lévinas, cela s’appelle caresse et s’oppose à la griffe. Entendre, s’interpeller, se surprendre et s’interroger, invite à une réponse qui doit se situer dans la même dimension que le questionnement : être une question elle-même.

 

 

Ce n’est pas le dialogue qui fait la relation, mais la relation qui fait le dialogue et la séduction, cette relation-symbole advient comme langage dans cet inter-dit, je dirai plus, comme une éloquence.

 

 

La séduction c’est comme une lecture de l’autre, lettre à lettre, et non comme un mot complet ; c’est un « je ne sais ni lire ni écrire », je ne sais qu’épeler structurant lettre à lettre l’espace de la signification. Chaque lettre est un monde, chaque mot un univers.

 

 

                            
Lire lettre après lettre, c’est comprendre la constitution des choses selon leur essence, c’est saisir le balbutiement du langage qui se crée, qui éclôt à la lumière du monde. Lire les mots, c’est s’enfermer dans la totalité, sans avoir parcouru le chemin difficile de l’assemblage d’une lettre à l’autre, sans comprendre le cheminement secret du passage de l’une à l’autre, de la création du sens qui s’ajoute à chaque lettre dans sa relation aux autres.

 

 

Dans cet entre-deux, le rapport introduit le non-repos, l’inquiétude, la remise en question. Il s’agit d’être ébranlé, mis en échec, débordé, de vibrer à ses limites. C’est le refus de me rendre  maître de la liberté de l’autre pour que, par son libre arbitre, il puisse me reconnaître à son tour.

 

 

C’est un ternaire qui échappe à la synthèse : un ternaire non pas clos par le définitif comme dans la pensée maïeutique, celle qui présuppose une vérité à découvrir et où thèse et antithèse se confondent dans l’accomplissement du Un de la certitude détenue par Platon. Non,  c’est un ternaire ouvert sur la relation elle-même, non pas immanente mais transcendante et qui laisse à chacun, dans la relation, sa capacité réciproque d’être un devenir.

 

 

Les relations sont alors des incarnations de l’autre inné dans l’autre rencontré, et ce face à face qui ne fait rien pour nous conserver en vie, nous donne cependant le pressentiment de l’éternité; car toute rencontre n’est ni l’initialisation ni le terme du chemin ; elle en est éternellement le milieu.

 

 

La séduction c’est comme la parole de Rabbi Nahman de Braslaw : Il est interdit d’être vieux ; il est interdit d’être un crâne, achevé et immuable.

 

 

 

 

Alors, la Franc-Maçonnerie peut-être considérée comme un voyage de vie dans de semblables directions.

 

 

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Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
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commentaires

hugo charles l'ange déchu 11/12/2008 22:03

Lâche d'effacer les commentaires !

HenrY LeMaçoN 11/10/2006 11:19

Je suis arrivé au comble de mes maux. Une douleur infinie a brisé mon coeur en deux morceaux; un sanglot de désespoir a vu toutes les portes se fermer sur lui. Je suis épuisé, je ne peux plus faire un pas pour sauver ce monde; je suis tombé sur les marches du parvis en gémissant qu'on lui pardonne. Trop tard, ils m'ont tous renié, l'apocalypse se présente aujourd'hui au nord de l'Orient. Inutile d'en ajouter, la guerre totale et mondiale est devenue inévitable....
Paix sur vous Solange,nous vous protégeons; les petites pierres sont en route, utilisez les comme la fourmi, la déflation monétaire est le crack des pauvres de cette terre...
Votre dévoué,
J.J. deux S.E.