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1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

16- Le sens des obélisques

 

 

J

 

’ai choisi de vous parler ce soir de broches à rôtir. Non je ne me suis pas trompée de conférence. Broche à rôtir c’est ce que signifie en grec le mot obéliskos qui a donné obélisque. L’origine du nom nous dit la forme : un pieu pour traverser l’animal à rôtir, en l’occurrence la Terre. Et ce qu’il traverse en même temps c’est le ciel, l’espace, il est une flèche pointée en direction du centre immuable de la lumière : le soleil ; il devient lui-même un rayon de soleil opaque qui inscrit, par la marque obscure de son ombre, la trace des rapports de la terre et du soleil..

 

 

ð L’obélisque est l’intime du soleil. Avec le soleil il donne le temps, celui qui partage le jour, celui qui répète les saisons. Le soleil regarde la terre et la mesure avec l’obélisque dans sa lisière d’ombre qu’il lui fait.

 

Interrogeons les :

 

 

1 – Soleil et obélisque, quelle heure est-il ? L’obélisque est un gnomon, une aiguille de cadran solaire géant dont l’ombre portée indique l’heure; et plus il est haut, plus les calculs sont précis. Merveille de profondeur, le temps se définit ici comme le bord commun à l’ombre et à la lumière.

 

·        Au temps d’Edfou, entre Karnak et Assouan, construit sur l’ordre de Ptolémée III et de son fils, il y a un pylône célèbre, le 6ème qui a joué le rôle de gnomon.

 

·        L’empereur Auguste en fit construire un à Rome, sur le Champ de Mars, en l’an 10 avant notre ère. Le cadran était constitué d’un obélisque de 22 mètres de hauteur environ, rapporté d’Héliopolis. L’obélisque se trouve toujours à Rome, mais sur la place Montecitorio. Il portait son ombre sur un demi-cercle tracé sur un pavage de marbre au sol. Il ne comportait pas de graduation et l’heure était uniquement indiquée par la position de l’extrémité de l’ombre, repérée grâce à des lignes horaires. Ce type de cadran solaire a un inconvénient : l’extrémité de l’ombre devient floue dans la pénombre. Pour y remédier, les Romains ont placé une sphère en haut de l’obélisque, qui portait ainsi une ombre plus nette.

 

Déjà, pour, Anaximandre (présocratique) la pointe du cadran solaire ou gnomon est l’image  de la terre flottant dans l’univers. La lumière venue d’en haut écrit sur la terre les formes et les places réelles de l’Univers par l’intermédiaire de la pointe du stylet. Montrant un modèle du monde, donnant la longueur de l’ombre, à midi, aux jours le plus court et le plus long, le gnomon se fait plus observatoire qu’horloge.

 

 

2 – Soleil et obélisque, quelle date sommes-nous ? L’obélisque est bien sûr une méridienne

 

L'image du Soleil se projette chaque jour sur la ligne méridienne au moment du vrai midi solaire. Chaque jour, cette image change de place sur la ligne méridienne et marque ainsi la saison. Les positions extrêmes sont atteintes aux solstices. Une méridienne est ainsi un calendrier naturel.

 

À Paris, deux méridiennes historiques existent :

 

·        L'une, tracée selon les calculs de Gio Domenico Cassini par son fils Jacques, se trouve à l'observatoire.

 

·        L'autre, commencée par l’horloger Henri Sully et achevée en 1743 par l’astronome Charles Le Monnier se trouve dans l'église Saint Sulpice. C’est une bande de cuivre de 40 mètres de longueur encastrée dans le sol: elle part du transept Sud et se poursuit jusqu’à un obélisque en marbre blanc, placé contre le transept Nord, qui reçoit des tâches de lumière. La ligne de cuivre établie en 1727, représente la course du rayon de soleil qui pénètre dans l'église par un trou situé dans la fenêtre sud de la croisée. Le rayon termine sa course à son extrémité nord sur un obélisque de 10,72m de haut, où sont tracés des repères verticaux. En fonction de la hauteur atteinte par le rayon du soleil sur l'obélisque, on arrive ainsi à déterminer l'équinoxe de printemps, le dimanche de Pâques et l'heure de midi.

 

 

Intelligent, l’obélisque intercepte le flux descendant du soleil, et tous deux, tous seuls, dessinent sur la terre, d’où sort cette statue dressée, l’information objective de l’ombre qui parle en partie de la forme du monde.

 

 

3 – Soleil et obélisque, donnez nous la mesure de la terre : En grec, ce mot de gnomon, désigne ce qui comprend, décide, juge, interprète et distingue, règle qui permet de comprendre. La construction du cadran solaire met en scène l’ombre et la lumière naturelles interceptées par cette règle, appareil de connaissance

 

C’est à l’aide d’un obélisque, en l’occurrence le phare d’Alexandrie construit vers 300 av.J.C. qui en remplit le rôle, qu’ Eratosthène, vers 230 avant notre ère, calcule la première estimation de la circonférence terrestre. En se servant de la différence d’inclinaison des ombres du Soleil, le jour du solstice d'été. Eratosthène sait qu'à Syène, aujourd'hui Assouan en Egypte, le jour du solstice d'été, à midi, les rayons solaires tombent verticalement par rapport au sol parce qu’ils  éclairent un puits jusqu'à son fond. Au même moment à Alexandrie, ville située à peu près sur le même méridien mais plus au nord, le Soleil n'est pas au zénith.

 

L'obélisque de cette ville y projette en effet vers le Nord une ombre bien mesurable. Avec la verticale du lieu, (la hauteur du phare) la longueur de l'ombre de l’obélisque permet de connaître l'angle que fait la direction du Soleil et par là même de déterminer celui que fait les deux villes à partir du centre de la Terre. Pour en déduire la valeur de toute la circonférence terrestre, il "suffit" à Eratosthène d'estimer la distance séparant les deux villes. On comptait alors 5000 stades et le calcul  de proportionnalité avec un angle de 7 degrés et un stade de 157 mètres donne au calcul 40349 km à comparer avec les 40074 actuellement mesurés !

 

 

Ainsi le gnomon, donnant ce passage du lumineux au sombre, dit qu’il connaît.

 

Je ne peux m’empêcher d’évoquer ces paroles de Michel Serres : Oui, la géométrie porte justement le nom de sa mère la terre sur laquelle ce qui tombe du ciel se mesure. Jalonnée à l'aide du gnomon, elle demeure à l'ombre comme un fondement, comme une fondation creusée sous la science; la géométrie sommeillait sous la terre ou rêvait dans l’éclat du soleil. Le gnomon des anciens grecs ou des babyloniens l’a, peu à peu, réveillée le long des formes singulières communes à l’ombre et à la lumière.

 

C’est ce que fit Thalès en élaborant au VI e siècle avant J.C. les fondements de  la géométrie, il le fit notamment dans l’ombre de la pyramide de Kheops. Ayant établi un rapport entre la taille de sa propre hauteur  et de son ombre portée sous le soleil égyptien,  et ayant mesuré la longueur de l’ombre de la pyramide, il transposa  ce même rapport pour calculer la mesure de la hauteur de la pyramide. Ce rapport qui permet de passer du petit au grand, dans la similitude des proportions,  est dit rapport d’homothétie.

 

Peut-être fut-ce un bâton planté dans le sable qui servit de mesure? Peut-être était-ce Khephren ou Mykérinos, peu importe, nous sommes, comme Thalès, à l’ombre de toutes les pyramides, qui, dans un rapport d’homothétie, à partir de l’ombre d’un bâton ou de nous-mêmes, debout, dans toutes les lumières, nous permettent de calculer l’immensité, de la ramener à notre dimension ou inversement de nous donner la mesure du plus grand que nous.

 

Nous sommes des géomètres parce que nous sommes entrés ici.

 

 

ð L’obélique est aussi la représentation symbolique du ciel et de son immensité.

 

Par sa verticalité, l’obélisque s’apparente à la vaste famille des pierres levées, il devient le lien entre ciel et terre, le médiateur entre ici-bas et l’infini, entre la finitude de la vie et l’éternité de la mort. C’est pourquoi l’obélisque est dressé, comme un lien avec les forces cosmiques, à l’entrée des temples,  des tombeaux.

 

Pour les égyptiens, le sommet de l’obélisque, appelé pyramidion, est souvent recouvert d’or parce qu’il est la montagne cosmique, la colline primordiale, la première terre émergée des eaux sur laquelle se posa le premier rayon de soleil. Une idée analogue est prêtée à Hermès Trismégiste pour qui le sommet pyramidal symboliserait le verbe démiurgique, puissance première inengendrée mais émergée du père et gouvernant toute chose créée. C’est pourquoi les obélisques pouvaient être faits de matériaux précieux : Thoutmosis III (v. 1504, 1450 av. J.-C.) fit édifier deux obélisques en électrum massif (métal contenant 75% d'or), mesurant 6,50 m de haut et pesant 32 tonnes chacun.

 

 

La forme du pyramidion nous oblige à dire tout de même quelques mots sur la symbolique du triangle quand il est en quelque sorte une représentation imaginale des métamorphoses de tous les aspects de l'origine.

 

Pour Pythagore Le triangle signifie la triple nature de la première substance différenciée ou la consubstantialité de l'Esprit manifesté, de la matière, et de l'Univers leur fils. Cette consubstantialité émane du point, le véritable Logos ésotérique, c’est ce que dit aussi Hermès Trismégiste.

 

Le point unique du haut du triangle est l'unité d'où tout procède et tout est de la même essence que lui. Le sommet Pythagoricien est dit le père, le côté gauche est la duade, la mère, le côté droit représente le fils que l'on retrouve comme époux de la mère dans beaucoup de cosmogonies. La base est l'univers, naturé en père-mère-fils, dans le monde phénoménal, et en même temps, unifiés dans le monde hypersensuel de l'unité.

 

Cette monade trinitaire est un triangle équilatéral.

 

Le sommet est le Un ; non pas le nombre mais l'unité qui est en contact avec le vide, l'Aïn-sof de la gnose hébraïque, le Mystère des Mystères (en ces temps le zéro n’était pas encore inventé). L'unité contient le 2 qui est le premier nombre parce qu'il faut qu'il y ait le 2 pour qu'il y ait soit augmentation, soit division, pour qu'il y ait autre chose et c'est ce quelque chose d'autre qui permet de dire que le 2 fonde le 1 qui alors se différencie de l'unité indénombrable.

 

 

Avec le 2, le 1 se sépare de l'unité. C'est dans la manifestation du commencement que le Un devient un nombre.

 

 

Auguste va exploiter ce symbole de l’obélisque pyramidal, en le détournant de sa spiritualité pour sa propagande personnelle. En effet, comme le rappelle Valbelle : « Dès le règne d'Auguste, le transport et l'érection à Rome d'un obélisque héliopolitain dédié au dieu soleil associent ce monuments caractéristique de la religion solaire égyptienne à une théologie solaire intégrée à l'idéologie impériale. »

 

Ses successeurs ne manquèrent pas d'en faire de même. Caracalla fit d'Isis une divinité de l'Etat romain. Néron, admirateur du despotisme à l'oriental, montra un vif intérêt pour les symboles égyptiens et particulièrement pour les obélisques. Aurélien adopta même le dieu solaire comme dieu suprême de l'Empire. Enfin, Constantin fit lui aussi déplacer des obélisques d'Egypte à Rome. Ornant les places, les temples, les cirques, les bâtiments funéraires, l'obélisque est devenu un élément ornemental incontournable de la Rome antique.

 

 

ð Le monumental de l’obélisque se fait reportage sculpté et prendra place naturellement pour célébrer des évènements marquants d’un règne. Au XVIIIe siècle, les pyramides commémoratives se substituent aux croix religieuses des carrefours.

 

Le signe s’efface devant le signal, la bénédiction devant la dédicace.

Depuis la nuit des temps, les représentations figurées du Roi dans la capitale, les palais et les châteaux fonctionnent en tant que mise en scène de la monarchie.

 

Signes de puissance qui signalent où réside l'autorité, ces signes participent de la représentation politique et de ses avatars.

 

Comme forme architecturale, la pyramide c’est déjà un vestige. Avant de répondre à quelque fonction que ce soit, avant de témoigner de ce qui a eu lieu où elle s’élève, elle s’offre comme le monument d’elle-même : mémoire de la mémoire ou monument dédié à la mémoire. La pyramide inscrit le lieu dans le lieu, rappelle le lieu à sa mémoire de lieu. D’où la faveur qu’elle connaît chez les architectes placés devant la commande d’un signal urbain.

 

Cathala en 1790 projette ainsi une place de la Bastille avec une colonne qui « représenterait les événements les plus intéressants du règne de Louis XVI et de la Révolution. Les bas-reliefs parleraient de la prise de la Bastille , de l'arrivée du roi et de la reine à Paris, du serment de Sa Majesté sur la Constitution et de l'adhésion des provinces aux décrets de l'Assemblée ».

 

Le 13 juillet de la même année, Barère demande que soit décrété un obélisque construit avec les pierres de la Bastille , où l'on graverait les droits de l'Homme, la prise de la Bastille et la Fédération. Une députation d'artistes vient à la tribune en septembre 1791 proposer que soit édifiée une colonne sur le Champ de la Fédération , où seront gravées les conquêtes de la Liberté , tandis que Mangin et Corbet suggèrent de commencer sans plus tarder un monument consacré aux événements de la Révolution , "figurés sous des traits symboliques."

 

 

Il y a 40 ans, le président Gamal Abdel Nasser inaugurait l'obélisque de Port-Said érigé à la mémoire des martyrs de la ville. Cet obélisque qui se dresse toujours au milieu d'une grande place est planté sur un immense socle de 6 mètres de hauteur orné de bas-reliefs représentant les différentes phases de la lutte populaire contre l'impérialisme : révolution du 23 juillet 1952, nationalisation de l'ancienne Compagnie du Canal de Suez. Un verset du Coran est gravé sur le socle.

 

 

 

Sous le Directoire (gouvernement de la France de 1795 à 1799), les relations se détériorèrent entre les Etats-Unis et la France. De 1798 à 1800, il y eut une guerre maritime entre les deux grandes Républiques avec, de part et d’autre, des saisies de bateaux marchands.

 

Aussitôt que le pouvoir lui fut confié (décembre 1799), Napoléon, qui était un admirateur des Etats-Unis, travailla à restaurer la paix et l’amitié entre les deux nations. Il avait un buste de George Washington dans son bureau.

 

Il invita le Président John Adams à entamer des négociations de paix. En conséquence, Olivier Ellsworth, William Davie et William Vans-Murray arrivèrent à Paris le 2 avril 1800. Bonaparte put apporter aux négociations tout son bon sens, son esprit de justice et sa volonté de paix et arriver ainsi à un accord qui reçut le titre de «Convention de Mortefontaine » signée le 30 septembre 1800.

 

Deux jours plus tard, le 2 octobre 1800, le Premier Consul donnait une grande fête à Mortefontaine pour le commémorer. Un obélisque flamboyant, dont le piédestal était orné d’allégories célébrant l’union des Républiques américaine et française, illuminait ses abords.

 

 

ð Comme art investi d'une finalité expressive, l’obélisque en France veut marquer le pouvoir absolu de ses monarques, il veut en scander l’étendue. Pourtant, le culte du roi Louis XIV, malgré la propagande royale organisée par Colbert, n'est pas parvenu à soumettre tous les Français dans une commune adoration de son souverain. C'est que ce culte est tourné en priorité 1 - vers la postérité (d'où l'importance de l'obélisque qui symbolise la renommée éternelle), 2 - vers les classes supérieures (il est bien rare de trouver une statue du roi dans un village de cette nation de paysans), 3 - vers les cours étrangères. Faim, froid, épidémies, la guerre par surcroît : voilà l'origine des grandes révoltes paysannes de ceux qu’on appelait les Croquants, les Nus-Pieds, les Lustucrus, voilà l’origine du mécontentement qui gronde non seulement chez les protestants, mais aussi chez les proches du roi. Ils se retrouveront en 1793 devant l’obélisque de Vaise (proche de Lyon), pour le détruire parce que cet obélisque affirmait, forcément, tout ce qui vient d’être dit à propos des obélisques.

 

 

Et là permettez-moi de conclure avec Victor Hugo par ces vers lus dans son recueil  les Feuilles d’Automne:

 

 

Hélas ! Plus de grandeur contient  plus de néant.

 

La bombe atteint plutôt l’obélisque géant

 

Que la tourelle des colombes.

 

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Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
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