Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 août 2005 1 01 /08 /août /2005 00:00

3 - L’Androgynie

 

 

 

 

L

 

’ANDROGYNIE, on en trouve son expression dans la mémoire collective qui évoque les temps primordiaux et qui sous forme de récits rapporte par différentes légendes ou mythes l'idée que les puissances originelles, celles qui sont avant toute chose et par lesquelles adviennent toute chose, doivent avoir un caractère androgynique

 

Les récits mettent en jeu des représentations à l'intérieur desquelles la conscience et surtout l'inconscient du primitif des premières civilisations projettent ses désirs élémentaires ou ses questionnements. Il apparaît que l'androgynie est un  archétype, une image primordiale universellement répandue, lié aux commencements mythiques.

 

Ainsi de façon générale tant pour l'animisme que pour les polythéismes, des êtres surnaturels, ceux qui œuvrent tumultueusement à la genèse et à l'ordre du monde, ceux-là semblent affectés de détermination sexuelle ambivalente. Tout se passe comme si l'androgynie était associée à des puissances exceptionnelles, comme si elle régissait le fonctionnement des titanesques processus démiurgiques.

 

A l'instar des Dieux, l'androgyne ne tend-il pas nécessairement vers l'immortalité ?

 

Il n'est pas douteux que le désir de l'abolition du temps, que le dépassement de l'usure des corps ne soit au cœur du désir de l'humanité. Une des clefs du salut telle qu'elle est proposée par l'alchimie est de retrouver en soi et dans sa relation au monde cette androgynie primordiale, par quoi se définit l'harmonie et aussi la victoire sur le temps.

 

 

Pour l'alchimiste, le monde est androgyne dans son principe non pas hermaphrodite mais androgyne d'une réunion en soi et d'une synthèse de tous les contraires.

 

Il s'agit de restaurer un isomorphisme entre le macrocosme et le microcosme, entre le soi et le moi. Ce symbole est à entendre comme un état de plénitude : l'androgyne perdure lui-même et en lui-même. A la limite il se substitue au devenir, échappe et touche à la mort terrestre aux confins des origines.

 

 

Mais si l'origine est fondamentalement cachée et si le commencement est cette émergence à la lumière de l'Univers, comment dans ce passage de l'origine au commencement, comment peut-on évoquer l'androgynie et quelle est  sa consistance ?   

 

Les gnoses nous proposent de scruter le mystère avec des yeux de feu, elles nous offrent des approches de la dramaturgie originelle. Par gnose, entendons, certaines connaissances de l'univers.

 

Elles ont en commun d'interpréter la création à partir d'un au-delà sur lequel nous sommes incapables d'en connaître le principe suprême et ce qu'il y a avant, CELA est nommé tantôt Abîme dans la gnose valentinienne, Aïn-sof (rien) dans la gnose hébraïque ou encore Mystère des Mystères dans la gnose ismaélienne.

 

Mais c'est bien à partir de cette inaccessibilité pour notre mental que prend naissance éternellement une hiérarchie ésotérique de la création sous forme d'un plérome. Le plérome c'est en quelque sorte une représentation imaginale des métamorphoses de tous les aspects de l'origine, de la Déité lorsque celle-ci est mise en relation avec le monde qui se crée à partir d'elle-même.

 

C'est une descente ontologique, c'est-à-dire c'est une descente de Divin dans l'être, dans la chair de l'homme terrestre avec un nombre de degrés différents selon les gnoses.

 

Et ce qui descend, on dit aussi s'émane, se diversifie, c'est ce que nous appelons l'androgynie originelle.

 

 

Prenons un exemple : comment apparaît la création c'est-à-dire le commencement et en quoi est-il androgyne ?

 

 

Comme exemple, je vous propose le plérome hébraïque de l'arbre de vie, et en simplifiant à l'extrême on peut dire : le plérome est un symbole où sont figurés 10 séphiroth disposées dans un certain ordre et reliées entre elles par des sentiers. Ces représentations du rapport de la Divinité avec le cosmos sont disposées sur 3 colonnes verticales celle de la droite est dite masculine, celle de gauche féminine et celle du centre est celle de l'équilibre.

 

Une première séphira, sphère de manifestation, est placée plus haute que les autres sur le pilier du milieu.

 

Elle s'unit avec la deuxième séphira du pilier de droite qui elle-même s'unit sur le même plan à la troisième séphira sur le pilier de gauche formant ainsi un triangle dit triangle suprême. Cette triangulation issue du néant, de l'origine, est tout à fait particulière. C'est le commencement. C'est comme une phrase où l'idée serait en germe mais ne trouverait de réalisation que dans une phase ultérieure : une idéation de l'univers.

 

Kether, traduit par couronne, première séphira est placée donc au sommet, au commencement de la manifestation primordiale. Elle représente en quelque sorte la cristallisation primitive de ce qui jusqu'alors n'était pas manifesté et reste inconnaissable pour nous.

 

Il n'existe en Kéther aucune forme mais exclusivement de l'intention pure, quelle qu'elle puisse être : c'est une existence latente séparée par un degré de l'origine, du non-être ; de l'Aïn-sof.

 

 Cette séphira contient tout ce qui était, est, et sera. Elle est CELUI-QUI-EST.

 

C'est avec l'existence manifestée dans des paires d'opposés que cette unité prendra un sens accessible, mais dans Kéther il n'y a encore aucune différenciation. Elle perdure elle-même et en elle-même.

 

Ces différenciations qui nous la rendent intelligible apparaîtront seulement lorsque Chokmah et Binah, noms des deuxième et troisième séphiroth, auront été émanés. Kéther, c'est la monade existant sans attributs perceptibles mais les contenant tous cependant. Par là elle contient les potentialités de toutes choses. Nous ne pouvons définir Kéther, nous ne pouvons qu'y faire allusion. L'expérience spirituelle assignée à Kéther est dite l'Union avec DIEU: but et fin de toute expérience mystique ou alchimique.

 

On ne s'étonnera pas d'y localiser comme vertu celle de l'accomplissement, de l'achèvement du grand Oeuvre alchimique, le retour final.

 

Le point parce qu'il n'a pas de dimension lui est tout naturellement associé comme symbole référant. Mais on lui trouvera d'autres titres comme Existence des existences, le point primordial, le point dans le cercle, le macroposope initial, la lumière interne, LUI, la tête blanche et son archange est Métatron.

 

L'énergie de Kéther se déploie et ce dynamisme premier, ce point en mouvement trace une ligne qui va vers la deuxième séphira  Chokhmah : la sagesse.

 

 Cette expansion de force non organisée et non compensée serait plutôt une énergie incontrôlable : le grand stimulant de l'Univers. Mais il est impossible de la comprendre sans lui associer Binah troisième séphira de l'arbre et première séphira organisatrice et stabilisante, Binah : la compréhension.

 

Si les titres donnés à Chokmah sont Ab, le père suprême, tétragrammaton, IHWH, Yod du tétragramme (représenté souvent en français par la lettre J) et si les symboles qui lui sont rattachés sont le phallus, le lingam, la pierre qui tient debout, la tour, le bâton du pouvoir qui se dresse, on ne sera pas étonné de voir et d'entendre en Binah (l'entendement), IMA, la mère sombre ELOHIM, la brillante mère féconde, la grande mer, MARA, racine de MARIE et de la reconnaître dans la coupe, le calice, le Yoni, la robe extérieure de dissimulation (terme hindou et gnostique qui désignent les organes sexuels de la femme).

 

Ainsi Kéther est l'être pur, tout puissant mais non actif. Lorsqu'une activité en émane, que nous appelons Chokmah c'est un flot descendant d'activité pure qui est la force dynamique de l'Univers et qui se stabilise en Binah. Il prend alors forme en Binah. L'Unité de Kéther est une monade se donnant à voir dans deux séphiroth. Elles forment ainsi la triade suprême. L'unité du commencement sous ses deux aspects différenciés peut être représentée par un triangle : Kéther, Chokmah, Binah ; le Delta de notre temple est-il un triangle de cette sorte ?

 

Oui, je dirai même que nous avons cloué ici la triade suprême mais c'est aussi la monade pythagoricienne. Notre Delta c'est la consubstantialité de l'Esprit manifesté (l'énergie), de la matière (la forme) et de l'univers leur fils.

 

Il est placé du côté des mondes supérieurs c'est-à-dire pour nous à l'orient.

 

A l'autre extrémité, dans le monde de la formation, considéré comme inférieur parce que plus éloigné de l'origine,  il y a la même symbolisation. Sous un autre forme J\et B\représentent, dans la phase du monde de la dualité, les deux aspects différenciés mais séparés de l'unité idéale du Delta qui les contient en idéation où ils sont encore réunis dans la perfection androgyne.

 

On pourrait dire que depuis le sommet du Delta en passant par ses pointes basses, reliées aux colonnes du Temple, sont tracés les piliers de l'arbre de vie où les FF\et SS\sont à la fois les sphères de lumière et les sentiers par lesquels s'actualise la transcendance.

 

C'est une géographie sacrée que l'initié aura à remonter partant du seuil jusqu'à la couronne comme un Chevalier pour s'unir à sa Reine. A noter que sur l'arbre de vie, la première séphire en partant du bas, la dernière dans la manifestation est nommée Royaume.

 

Juste une parenthèse. Je lis "J'étais avant qu'il formât aucune créature. J'étais de toute éternité avant que la terre ne fut créée" et plus loin "J'étais avec lui et je réglais toutes choses". Dans ce texte il s'agit bien de l'essence des choses. Et bien ce texte est une épître qui est lue à la messe de l'Immaculée Conception.

 

Ce que l'on peut dire avec Fulcanelli, c'est que les litanies nous apprennent que la Vierge est le vase qui contient l'esprit des choses : "Vas Spirituale".

 

Marie, Vierge et Mère, représente donc la forme, elle est Binah. Elle est indiscutablement la matrice primitive, elle est la materia prima, elle est au commencement du Grand Oeuvre.

 

Et l'on sait que c'est en retournant dans le sein maternel qui les avait jadis formés que les métaux vulgaires se changent en métaux philosophiques, on dit qu'ils sont réincrudés, c'est-à-dire remis dans un état voisin de leur état de perfection originel; ils sont devenus vivants ou philosophiques.

 

N'est  ce pas là aussi un sens de notre passage par le cabinet de réflexion où, à l'issue d'un plongeon cosmogénétique, l'impétrant renaîtra fils de la Vierge , vivant et transmué. On pourrait dire adoubé.

 

Cependant, on peut remarquer que la présence de la forme est le début de la fin parce que la forme limite la vie, la gêne, tout en lui permettant de s'organiser ; on peut dire que la forme est la discipline de la force, elle l'est avec une rigueur sans merci.

 

Nous voyons ici un aspect terrible de la Grande Mère quant elle astreint l'énergie aux nécessités de la forme. Pour l'activité sans limites de l'énergie elle représente la mort. La force du 1 agonise sitôt qu'elle émane en 2. La matière est ainsi regardée comme l'antinomie de l'esprit.

 

 

Pour résumer : l'énergie et la matière sont des formes androgyniques, de l'unité qui dans le plérome hébraïque sont aussi considérées comme principe mâle et femelle.

 

Ces principes ne peuvent avoir qu'une coexistence dramaturgique où le principe féminin est source de vie mais aussi de mort pour le principe mâle ; de là à opposer la femme à l'homme n'est-ce pas un danger ?

 

Certes, mais l'androgyne originel n'est pas la dualité de l'hermaphrodite, ni celle des hybrides évoquée dans l'introduction.

 

C'est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création.

 

C'est une consubstantialité de l'unité regardée dans ses aspects différenciés mais c'est de l'unité dont il est toujours question. Ainsi dans la doctrine secrète de Blavatsky "dans un état absolu, l'unique principe sous ses 2 aspects d'idéation pré-cosmique (énergie) et de substance pré-cosmique (matière) est unisexuel, inconditionné et éternel. Son émanation est androgyne.

 

Quand ce rayonnement rayonne à son tour, tous ses rayonnements sont androgynes, mais deviennent des principes mâles et femelles dans leurs aspects inférieurs (création, formation)."

 

C'est ce que dit aussi Einstein "Je préfère regarder la matière et l'énergie non comme des facteurs produisant les mêmes degrés de courbure de l'univers mais comme des éléments de perception de cet univers". N'est ce pas ce que raconte aussi le triangle de Pythagore ?

 

Depuis l'origine, les mystères de la nature furent inscrits par les disciples au moyen de figures géométriques et symboles. Quelques uns de ces symboles furent apportés de l'Orient, par Pythagore, en particulier, qui n'était pourtant pas l'inventeur de son fameux triangle.

 

Cette figure de même que le cercle et le carré constituent des descriptions de l'ordre suivant lequel évolue l'Univers tant au point de vue spirituel que physique ; descriptions qui sont de véritables cosmogénèses révélées.

 

Ce que signifie le triangle pythagoricien, ce n'est pas l'unité de la divine essence, attendu que ceci était représenté par le plan du cercle sans limites.

 

Le triangle signifie la triple nature de la première substance différenciée ou la consubstantialité de l'Esprit manifesté, de la matière, et de l'Univers leur fils. Cette consubstantialité émane du point, le véritable Logos ésotérique qui dans le plan de la manifestation (du côté du commencement) est appelé monade (n'est-ce pas Kéther de l'arbre de vie ?).

 

Le point unique du haut du triangle est l'unité d'où tout procède et tout est de la même essence que lui. Le sommet Pythagoricien est dit le père, le côté gauche est la duade. La mère, en est le côté droit et représente le fils que l'on retrouve comme époux de la mère dans beaucoup de cosmogonies, le fils étant de même nature que le père. La base est l'univers, naturé en père-mère-fils, dans le monde phénoménal, et en même temps, unifiés dans le monde hypersensuel de l'unité.

 

Cette monade trinitaire que l'on pourrait nommer « ordo ab chao » est un triangle équilatéral.

 

Le sommet est le UN ; non pas le nombre mais l'unité qui est en contact avec le vide, l'Aïn-sof, le Mystère des Mystères (en ces temps le zéro n’était pas encore inventé). L'unité contient le 2 qui est le premier nombre parce qu'il faut qu'il y ait le 2 pour qu'il y ait soit augmentation, soit division, pour qu'il y ait autre chose et c'est ce quelque chose d'autre qui permet de dire que le 2 fonde le 1 qui alors se différencie de l'unité indénombrable.

 

Avec le 2, le 1 se sépare de l'unité. C'est dans la manifestation du commencement que le un devient un nombre.

 

 

Et tout naturellement on a envie de savoir si les nombres que l'on sait être tantôt masculins, tantôt féminins connaissent des états androgynes.

 

Les gnoses décrivent comment les mondes en création sont venus jusqu'à l'être inaugural et comment l'humanité est descendue dans le domaine de la NATURE. Par ailleurs il existe des enseignements tissés à travers des mythes et légendes, qui décrivent sous forme symbolique la méthode et les conditions par lesquelles l'initié peut retrouver son chemin de retour vers une terre promise édénique dont nous sommes issus.

 

Il est une oeuvre d'humanité qui est la pression exercée depuis des millénaires par d'innombrables hommes et femmes : ils forgent des civilisations pour la race humaine afin de la ramener vers la félicité des commencements.

 

 

On dit que le fond du Graal est un miroir où DIEU regarde DIEU; alors cette quête du Graal propose-t-elle des conditions permettant de retrouver cet état originel, androgyne et édénique où l'Homme regarderait l'Humain ?

 

 

Parce que il y a du  et dans l'androgynie inaugurale, la genèse nous propose, à partir de ce et, une catégorie de pensée.

 

Ce qui est proposé, ce n'est pas que Dieu existe ou pas; c'est qu'il faut qu'il y est du et pour qu'il y ait rapport de nature, sinon c'est le chaos, le magma.

 

Ce et nous dit de rendre le masculin et le féminin, le Moi et le Soi, l'individu et le collectif harmonisés dans une unité.

 

Il faut rigueur et miséricorde. Pour qu'il y ait du fils ou de la fille il faut qu'il y ait réellement père et mère,  ab et ima, sinon c'est le magma psychique, social, sans le et c'est  le délitement de la société.

 

C'est le barbarisme du polythéisme qui offre ses monstres qui ont nom viol, crime, inceste, élimination de l'autre. Quand il n'y a plus la conjonction, même quand il y a indifférence, il n'y a pas de réalité, il n 'y a que des humanités sans rapport de nature Humaine :

 

              il y a serbes ou bosniaques,

 

              il y a tutsis ou huttus,

 

              il y a nazis ou juifs ou tziganes.    

 

                                   

 

Il n’y a plus la présence de la transcendance humaine , qui est l'humanité dans la justice ou la bénévolence.

 

 

Cette conjonction, ce et de l'androgynie inaugurale, c'est la demande, faite à chacun de nous, de civiliser notre rapport au monde; de le fonder par notre relation à l'autre dans laquelle je puis dire "je est un autre" et pour conquérir cette civilisation c'est vouloir aimer son prochain comme soi-même . 

 

 

Alors le et de l'androgyne initié devient est ; c'est l'Etre sorti du Néant.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Solange SUDARSKIS - dans planches maçonniques
commenter cet article

commentaires