Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Rassembler ce qui est épars

5 Octobre 2020 , Rédigé par elle est parce qu'ailée Publié dans #Franc-maçonnerie

Réunir ce qui est épars consiste à (re)former un tout à partir d'éléments composites, similaires ou distincts qui, pour une raison ou pour une autre, se trouvent divisés, éclatés, séparés les uns des autres.

On pourrait dire que la manifestation universelle est formée par des lettres séparées correspondant à la multiplicité de ses éléments, et que, en les réunissant, on la ramène par là même à son principe.

François-Timoléon Bègue Clavel relate au XIXe siècle dans Histoire pittoresque de la Franc-Maçonnerie et des sociétés secrètes anciennes et modernes : «Vers l'an 712 avant notre ère, Numa institua à Rome des collèges d'artisans (collegia arlificum), en tête desquels étaient les collèges d'architectes (collegia fabrorum). On désignait aussi ces agrégations sons les noms de sociétés, de fraternités (sodalilaies, fralernitales). De la même époque datait, à Rome, l'établissement des libérales, ou fêtes de Bacchus. Lorsque les corporations franches se constituèrent en une seule grande association ou confrérie, dans le but d'aller exercer leur industrie au-delà des Alpes, les papes secondèrent ce dessein : il leur convenait d'aider à la propagation de la foi par le majestueux spectacle des vastes basiliques et par tout le prestige des arts dont ils entouraient, le culte. Ils conférèrent donc à la nouvelle corporation, et à celles qui se formèrent par la suite avec le même objet, un monopole qui embrassait la chrétienté tout entière, et qu'ils appuyèrent de toutes les garanties et de toute l'inviolabilité que leur suprématie spirituelle leur permettait de lui imprimer. Les diplômes qu'ils délivrèrent à cet effet aux corporations leur accordaient protection et privilège exclusif de construire tous les édifices religieux ; ils leur concédaient le droit de relever directement et uniquement des papes. Les membres des corporations eurent le privilège de fixer eux-mêmes le taux de leurs salaires, de régler exclusivement, dans leurs chapitres généraux, tout ce qui appartenait à leur gouvernement intérieur.»

On consultera pour compléter cet aperçu le chapitre premier (Origine de la Franc-maçonnerie) du susdit ouvrage ainsi que le chapitre Histoire Critique de la Franc-Maçonnerie et sectes mystiques, à partir de la page 134 de l’ouvrage Histoire des religions et des moeurs de tous les peuples du monde. Tome 6, 1819 (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65456160/f15.image.r).

Si la signification ésotérique de cette expression, rassembler ce qui est épars, apparaît surtout au 3e degré, selon les Constitutions d'Anderson,  la Franc-Maçonnerie «a été fondée pour réunir les hautes valeurs morales qui, sans elle, auraient continué de s'ignorer, et pour être le centre de l'Union.» C'est la fraternité qui rend possible une telle démarche, le symbolisme en est son outil par excellence, elle est un but d’harmonisation du vivre ensemble. L’assemblage des pierres taillées pour l’édification du temple en est la métaphore des rites de constructeurs. Réunir ce qui est épars serait donc en premier lieu, de nouer une amitié fidèle entre les hommes de hautes valeurs morales et pour être le centre de l’union entre eux afin de les mettre en pratique. Cependant, on aura bien compris aussi, l’élitisme qui est recherché en réunissant ces personnes possédant de hautes valeurs morales.

La franc-maçonnerie, c’est donc un projet, une « intention » : réunir les êtres humains porteurs de hautes valeurs morales. Pour réussir ce challenge, trois conditions ont été proposées par les initiateurs :

  • Une bienveillance mutuelle fondée sur le respect, l’écoute et la recherche personnelle,
  • Un rituel permettant de structurer un temps de méditation,
  • Un lieu la loge : c’est l’atelier de la rencontre et du partage pour le temps d’apprentissage de cet amour fraternel, en dehors des contraintes de la vie profane.

 

L’Osiris égyptien périt dans une embûche tendue par Seth (ou Typhon), mais son épouse Isis et son fils Horus recherchent ses restes dispersés, les réunissent et leur redonnent vie. Dans le mythe d'Osiris, nous voyons le principe : devenir tout d'abord quatorze, puis treize et enfin fonctionner physiquement, être matérialisé, suivant le nombre douze que nous retrouvons dans d'autres mythes, héritiers et successeurs de la mystique égyptienne. D'autres religions porteront plus avant cette connaissance au travers, notamment, du cycle d'Héraclès, puis, par la répartition des tâches apostoliques après la disparition terrestre du Christ.

L'ordre de progression, permettant à l'homme de reconquérir l'unité originelle disparue, consiste donc à «fonctionner» dans le monde manifesté selon le mode duodécimal que symbolisent pour l'Égypte les douze morceaux du dieu disparu afin de remonter, de revivre, les phases successives du démembrement d'Osiris. Après avoir reconstitué cette première totalité et réalisé en soi la synthèse de l'ensemble de ces expérimentations, il deviendra alors possible de retrouver le cœur caché, le centre invisible d'énergie. Cette redécouverte implique la descente dans la caverne, puis la mort de tout ce qui a été notre comportement. Cette mutation ne peut intervenir que lorsque le temps est arrivé de mettre un terme à notre fonctionnement purement terrestre. À ce moment, celui-ci, bien qu'harmonisé avec l'universel, n'est plus adapté à notre nouvel ouvrage, c'est pourquoi une ultime transformation est nécessaire et permet de renaître enfin. Elle rend apte à réintégrer le principe fécondateur disparu puis d'être créatif à notre tour, d'ensemencer les ténèbres de la lumière ainsi reçue. C'est alors que celle-ci s'enrichit des fruits de l’expérimentation.

La Franc-Maçonnerie est une voie qui ne peut que proposer la lumière, lumière qui fera, ou pas, ensuite son chemin dans l'intériorité de chacun. Et c'est la somme des êtres ayant reçu la lumière qui fera évoluer l'humanité.

Dans la réalité, la multiculture idéale due aux migrations semble compromise avec les options des idéologies radicales d’un certain islam qui veut dominer, d’un catholicisme qui se veut universel, de l’intégration totale et rationaliste qui veut être une loi républicaine. Pour Régis Debray, les cultures fractionnent l’espèce humaine en forgeant des identités. La science et la technique ont un rôle de confluence, de rassemblement de ce qui est épars.

La Franc-maçonnerie, par les influences subies à caractère chevaleresque, hermétique, alchimique, compagnonnique a conservé et rassemblé différentes traditions et ésotérismes. «Voilà trois siècles que nous nous enrichissons de toutes les traditions spirituelles du monde, pourvu qu’elles ne soient pas contraires à nos principes de tolérance et de libre-pensée», résume Marc Henry, passé grand maître de la Grande Loge de France. La Franc-Maçonnerie est un centre d’union rassemblant ce qui est épars.

«Réunir ce qui est épars» signifie surtout se réconcilier avec son propre «en soi». «Rassembler ce qui est épars» semble plutôt relever de l'individuel, de l'intériorité, et implique, par analogie, le retour au Un. Ce «Un» (aleph) s'est fragmenté dans le deux (Beth), inhérent à la Création. La maçonnerie appliquerait alors ce retour vers l’unité. L’union retrouvée n’est donc pas un pur retour à un état précédent, mais quelque chose de plus complexe où le répétitif s’allie à la prise de conscience d’une modification.

Rassembler pour séparer

Mot de passe

La diagonale est un segment de droite qui joint les sommets non consécutifs d’un polygone.

À partir de cette définition, la diagonale s’offre à la réflexion sous deux aspects paradoxaux. Premièrement, cette droite partage, sépare et divise, comme son nom l’indique  avec son préfixe «dia» que l’on retrouve dans diabolique. Deuxièmement, elle joint ce qui est opposé. La diagonale, cet espace intermédiaire, permet de passer d'un point à un autre, d'une situation à une autre, enfin d'un état à un autre, c'est la passerelle qui relie les choses entre elles. Parce qu’elle divise et joint en même temps, la diagonale recouvre la même portée allégorique que le  mot de passe» ; évoquer l’un, c’est évoquer l’autre.

Un mot de passe laisse supposer un dedans  et un dehors, quelque chose qui permette l'ouverture, un accès. En égypte, l’initié au premier degré, restait trois ans sans communiquer avec le monde profane et, en cas de sortie, il ne pouvait plus rentrer. Au contraire, l'initié au second degré possédait un mot de passe, parce qu'il avait, dans certains jours de la semaine, la liberté de sortir.

Le mot de passe fonctionne comme une clé. S'il s'agissait d'un coffre, cela supposerait une sorte de droit de propriété pour pouvoir posséder la clé. Si, en revanche, il s'agit d'un droit de passage, alors, ce sont des règles d'usage, de connaissance et de comportement qu’il faut justifier ; détenir un mot de passe ne pourrait se faire sans l'octroi d'un statut, c’est le cas en Franc-maçonnerie.

Il semble que ce  terme de «mot de passe»  soit d'origine militaire comme partie du mot d'ordre qui se décompose en mot de sommation et en mot de passe ; la question constitue la sommation et la passe en constitue la réponse. Le mot de passe est un symbolon verbal qui permet l'évaluation, la reconnaissance et la validation de la confiance.

Au Rite forestier le mot d’ordre est «avantage» : D – Que signifie ce mot ? R – Utilité, honneur et prérogative. D – Qu’entendez-vous par utilité ? R – Qu’un fr. Ch[arbonnier] peut voyager tant sur terre que sur Mer et que partout il trouvera des frères B[ons] C[ousins] Charb. Prêts à le secourir au besoin. D – Qu’entendez-vous par honneur ? R – L’estime que les gens honnêtes ont pour l’homme de bien, le fr. Ch. en faisant sa plus grande gloire, ce qui lui donne un rang distingué du vulgaire guépierv[profane]. D –Qu’entendez-vous par prérogative ? R – Celle que le fr. Ch. doit avoir d’être juste en toute chose et avoir pour principe de faire constamment aux autres ce qu’il voudrait qu’on lui fit.

Le mot de passe est bien distinct du mot sacré qui synthétise chaque degré initiatique. Comme une clef, il permet d’entrer dans une des chambres du temple, sans en avoir le grade correspondant, afin d’y vivre l’élévation à ce grade.

Hiram fit d'abord trois classes de constructeurs dont une d'apprentis, une de compagnons et une de maîtres, leur recommandant de faire chacun, en particulier, leurs devoirs ; il les avertit qu'ils seraient tous payés chaque samedi au soir. Il les payait effectivement mais vers la fin du mois. S'étant aperçu qu'il était dupé dans le paiement puisqu'il se trouvait à court d'argent, il s'imagina que les apprentis ou les compagnons l’avait abusé en recevant la paye de maître. Pour remédier à cet abus, il fit construire, à l'entrée du Temple de Salomon, deux grandes colonnes d'airain. Moyennant un mot, un signe, un attouchement et une passe les ouvriers venaient y déposer leurs outils et recevoir le salaire de leurs travaux. La colonne de gauche servait aux apprentis, celle de droite servait aux compagnons. Les maîtres étaient payés dans la chambre du milieu. C’est du mot de passe des maîtres que les mauvais compagnons auraient voulu s’emparer.

Les mots de passe varient selon les rites. Au grade de maître on trouve : Gabaon au RÉR ; Tubalcaïn et parfois Cassia au Rite Émulation, RF ; Joppé au RDLM.

D’un rite à l’autre, d’un rituel à l’autre, les mêmes mots de passe sont utilisés à des degrés différents, par exemple : schibboleth au RÉAA  au 2ème grade, au RÉR on le trouve pour le maître ; Tulcaïn au 1er grade du RF et au 3ème grade du RÉAA ; Gibelin au RÉR pour le compagnon est aussi le mot de passe du maître au RF.

Certaines loges du rite français indiquent non pas un mot mais un nombre : 3593. Ce rituel souligne que ce mot de passe indiquait le nombre de maîtres employés à la construction du Temple mais, qu’après la mort d’Hiram, il signifia : 3 forment, 5 composent, 9 furent élus, 3 assassinèrent.

Seuls les mots de semestre peuvent se concevoir dans une obédience rassemblant de très nombreuses loges qui ne se connaissent pas ou peu, de façon à pouvoir voyager de l’une à l’autre.

Il est important de savoir que le choix des lettres constituant les mots de passe de la Franc-Maçonnerie était déjà considéré comme ayant une origine cabalistique en 1726, c’est-à-dire quatre ans avant la publication de Masonry Dissected. La première utilisation connue de lettres hébraïques dans les textes de rituels maçonniques se trouve dans le premier catéchisme maçonnique imprimé, A Mason’s Examination, publié en 1723 (Henrik Bogdan, L’influence cabalistique sur l’élaboration du grade de Maitre en Franc-Maçonnerie, https://www.academia.edu/1601260/).

Schibboleth

(שִׁבֹּלֶת) ou (ת ל ו ב י שׁ)

Un schibboleth (prononcé en chuintant) est une phrase ou un mot qui ne peut être utilisé ou formulé correctement que par les membres d'un groupe. Le mot "schibboleth" a été adopté pour parler d'un trait linguistique qui permet de différencier des locuteurs. Le mot ne vaut que par la façon dont il est dit, son accentuation, sa sonorité. Il ne révèle pas une signification, mais un trait privilégié à la marge de la langue qui peut signaler une appartenance. Autrement dit, un schibboleth représente un signe de reconnaissance verbal, un mot de passe, de passage, un zeugma (une figure littéraire où s’exprime un lien insolite, incongru, riche de sens, entre des mots, des locutions, des phrases…) dirait Marc-Alain Ouaknin.

Dans la Bible, le mot schibboleth signifie «épi, céréale», «branche» ou encore «flot», «torrent». Il Apparaît 19 fois dans la Bible : épis 14, eaux 1, flots 1, cours (du fleuve) 1, rameaux 1, Schibboleth 1; Ps 69,16 (Les eaux) Job 24,24 (Epis). Michel de Saint-Gall dans son Dictionnaire des Hébraïsmes dans le Rite écossais Ancien et Accepté  précise que Schibboleth a une double signification : épi de blé et courant d’une rivière. De la même manière, le Dictionnaire de la Bible d’André-Marie Gérard donne la traduction suivante : fleuve ou épi. L’iconographie maçonnique représente souvent un épi de blé au bord d’un cours d’eau.

Le schibboleth apparaît dans le Livre des Juges 12,4-6. Comme mot de passe. Lorsque Jephté (Jephté est un homme fidèle à ses serments au point de sacrifier sa fille unique, Juges 11, 31 et  35, Bible Mechon-Mamré. https://www.mechon-mamre.org/f/ft/ft0.htm), chef des hommes de Galaad (le nom de Galaad est aussi celui d’au moins trois personnages de la Bible : 1- Galaad est l'arrière-petit-fils de Joseph fils de Jacob ; 2- Galaad est l'un des membres de la lignée des fils de Gad fils de Jacob ; 3- Galaad est le père de Jephté l'un des juges d'Israël), eut défait les Éphraïmites et pris les gués du Jourdain (probablement vers la ville de Guilgal, située près d'un gué du Jourdain, entre Jéricho et le pont de Damyeh, centre cultuel des tribus transjordaniennes : Ruben, Gad et la demi-tribu de Manassé), de nombreux fugitifs voulurent traverser le fleuve. Ces Éphraïmites étaient considérés comme hautains, tenaces à la faute et toujours prêts à résister aux prétentions des autres tribus et plus particulièrement à celle de Juda, dont ils étaient particulièrement jaloux. «Quand un fuyard d'Éphraïm disait : «Laissez-moi passer»,  les gens de Galaad demandaient : «Es-tu éphraïmite ?» S'il répondait «Non», alors ils lui disaient : «Eh bien, dis schibboleth !» (שִׁבֹּלֶת qui se traduit par céréale). Mais comme il prononçait sibboleth, ne pouvant exprimer correctement (יָכִין) le chuintement de la première lettre de ce mot (סִבֹּלֶת qui se traduit par souffrir), les hébreux le tuaient sur-le-champ.   Il est étonnant de trouver dans la racine hébreu de ce mot les lettres (בשׁ) donnant l’idée de retour à un état pirmitif, à un lieu d’où l’on était parti et également l’idée de tout état d’éloignement de sa patrie, une déportation, une capture (page 380/392 La langue hébraïque restituée, 1ère partie, par Fabre d’Olivet sur

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k647859.pdf)

https://image.over-blog.com/-gHNjShfkilK1SU91rmC6SsIM-0=/filters:no_upscale()/image%2F0552548%2F20201005%2Fob_9ff826_hi.png

Schibboleth devient quelque chose  qui différencie ces frères si proches (Ephraïm et Menachem, les deux fils de Joseph) qui se refusent le passage et même la vie parce de croyance différente : ne pas pouvoir chuinter, c’est ne pas prononcer et adorer Shaddaï (shaddaï qui apparaît par ailleurs dans le texte de la prière, traduit des Constitutions irlandaises de Pennell (Dublin, 1730 (31) : « Très Saint et Glorieux Seigneur Dieu (il s’agit du Tout Puissant, en hébreu El Shaddaï), toi, Grand Architecte du Ciel et de la Terre,…). Pendant son séjour de plusieurs années en Égypte, Jéroboam (de la tribu d’Éphraïm) avait fait connaissance avec la religion du pays, et avait pu constater que l’adoration des animaux, particulièrement celle du taureau, était fort avantageuse aux rois. Ce culte grossier avait abêti le peuple, et pourrait lui être, à lui aussi, le parvenu, d’une haute utilité politique. Il se concerta donc avec ses conseillers pour l’introduire dans son royaume en détournant les éphraïm de Shaddaï.

Dans le récit biblique, la traversée est interdite à ceux qui ne savent pas prononcer avec justesse le mot de passe. Jephté signifie «il ouvrira», «il libérera» ou «Dieu libère». Jephté «délivre» les Galaadites de leurs ennemis ; dans une vision ésotérique, il est celui qui libère l’homme du joug du matérialisme exclusif en le faisant accéder à l’autre rive, au monde spirituel, à condition qu’il prononce le juste mot.

Pris au sens symbolique, le meurtre de l’éphraïmite au passage du fleuve est également celui de l’étranger qui est en soi-même pour, à l’occasion du changement de rive, acquérir la plénitude de son être intérieur. Cette lutte contre la mauvaise partie de soi dont il faut se débarrasser trouve aussi un écho dans l’islam ésotérique soufi, où c’est le véritable sens du Ijdihad (guerre contre soi-même).

La forme de la lettre initiale à prononcer, le shin ש, dessine l’accueil par l’ouverture de ce qui vient d’en haut pour féconder spirituellement l’être, cette même lettre commençant aussi le nom divin Shaddaï. Utiliser la prononciation sifflante, c’est se servir de la lettre Samekh ס dont la forme montre la fermeture et l’incapacité de recevoir la spiritualité, siboleth signifiant «fardeau», c’est donc refuser l’adombrement. Enn effet,  Jephté signifie : «il ouvrira», «il libérera» ou «Dieu libère». Dans une vision ésotérique, Jephté est celui qui libère l’homme du joug du matérialisme exclusif en le faisant accéder à l’autre rive, au monde spirituel, à condition qu’il prononce le juste mot.

Comme la diagonale, Schibboleth joint également. Le bon geste et la bonne prononciation sont des codes d’appartenance. N’oublions pas les origines irlandaise et écossaise de la F\M\ ; l’identité clanique «verbale  était le propre des Scots ou des Pictes (et de toute tribu), car le sens donné au mot leur était commun et inconnu des étrangers qui en ignoraient la prononciation et l’accent spécifique. Pour les Ancients (qui soutenaient Stuart), le tuilage en serait alors la réminiscence pour démontrer son appartenance, tuilage se faisant dans la prononciation spécifique au clan et par la main droite dans la bonne compréhension du psaume 137.

Dans une perspective initiatique, hermétique ou alchimique, les deux rives d’un fleuve représentent les mondes matériel et spirituel. Ils sont séparés mais forment un tout. Passer la rivière, faire l’effort d’aller de l’autre côté, signifie dans le domaine initiatique accéder au monde spirituel au péril de sa vie. C’est l’épreuve purificatrice de l’eau dont la réussite ouvre le passage vers un autre état d’être. L’épreuve de l’eau imaginalise le déluge contemporain des clichés et des paroles, qui ne permettent plus vraiment de se retrouver en soi et qui submergent l'homme de rumeurs et d'informations à l'infini, noyant l'accès au livre, à la lecture, à l'interprétation, rendant difficile l'imagination créatrice qui ouvre à ce que la philosophie nomme «transcendance».

C'est en France, dans les années 1740, que schibboleth est apparu comme mot de passe pour la première fois dans un contexte maçonnique et particulièrement dans la divulgation de G.-L. Pérau, L'Ordre des francs-maçons trahi et le secret des Mopses révélé, 1758, p. 136 sur https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3110864/f11

Ce vocable de droit au passage est transmis au devenant compagnon au cours de l’augmentation de salaire. On peut dire qu’il est rattaché à la colonne Yakin du compagnon (au RéAA). En effet, il est écrit au verset 12,6 des Juges le mot «Yakin» associé avec la bonne prononciation (כֵּן לְדַבֵּר יָכִין וְלֹא, סִבֹּלֶת  וַיֹּאמֶר) : «Il prononçait Sibboleth, ne pouvant le faire correctement».Yakin ici est relié avec le sens de pouvoir (ou pas) parler droit, juste, dans la rectitude. Schibboleth est le passage vers la bonne parole.

Compléter avec le texte  de Reno Boggio Schibboleth, La lettre shin ou le sens alchimique des hébraîsmes maçonniques http://www.freemasons-freemasonry.com/masonica_GRA_boggio.html

 

Le Centre

Le Centre est, avant tout, l’origine, le point de départ de toutes choses ; c’est le point principiel, sans forme et sans dimensions, donc indivisible, et, par suite, la seule image qui puisse être donnée de l’Unité primordiale. Le centre est donc le lieu de l’incréé, l’endroit mythique qui empêche toute dispersion. Il est de ce fait toujours vide, et sa représentation parfaite est le moyeu de la roue, que l’on retrouve au cœur des rosaces et par où passe un axe invisible, celui du monde. Il est ainsi le lieu où se trouve la Cause première, mère de toutes les causes de la manifestation. Là seulement se perçoit la Connaissance. C’est de ce point central, le Un originel, que partent tous les rayonnements, toutes les énergies, toutes les lois causales et les fonctions créatrices qui ont donné naissance aux mille et une formes de la création.

La couronne Kether, de l’arbre des séphiroth, est une autre expression du cercle, elle est Principe créateur d’où fusent toutes les potentialités de la création éternelle. C’est l’œuf cosmique, le centre d’union-émanation d’où l’éclair créateur a jailli pour illuminer les ténèbres, ce point est Unique (R. Guénon). Selon Euclide le point n’a pas de parties, c'est-à-dire qu’il n’entre en relation ni avec le temps, ni avec la matière. Sorti du temps et de l’espace, il échappe à l’usure, tout en symbolisant l’unité fondatrice du tout. Ce particularisme fait de lui le point fixe dans la mouvance, l’axis Mundi universel. Personne ne serait capable de le situer précisément. On sait seulement qu’on procède de lui et qu’on revient à lui. L’intuition nous amène à considérer sa présence en tout être et toutes choses. Son omniprésence et son invisibilité font de lui le plus habile magicien de la création.

Le nom même de la roue (rota) évoque immédiatement l’idée de rotation; et cette rotation est la figure du changement continuel auquel sont soumises toutes choses manifestées ; dans un tel mouvement, il n’y a qu’un point unique qui demeure fixe et immuable, et ce point est le Centre. Le centre n’a pas un sens comme simple point géométrique, il est symboliquement essence de toute chose et tout être. C’est donc sur ce point central que le sens s’efface au profit de l’essence, «le cercle merveilleux est jaillissement, son centre reste immobile» (Maître Eckhart).

S’il est d’abord un point de départ, il est aussi un point d’aboutissement ; tout est issu de lui, et tout doit finalement y revenir. Puisque toutes choses n’existent que par le Principe et ne sauraient subsister sans lui, il doit y avoir entre elles et lui un lien permanent, figuré par les rayons joignant au centre tous les points de la circonférence ; mais ces rayons peuvent être parcourus en deux sens opposés : d’abord du centre à la circonférence, et ensuite de la circonférence en retour vers le centre. Le point était la source profonde de toutes choses caché au cœur de la Création et le placer dans un cercle revenait à en indiquer la source sacrée. Dans ce contexte, le cercle sans le point n’a aucune signification et sans le cercle, le point n’en a pas plus. C’est la raison pour laquelle les cultes monothéistes, qui conservèrent ce signe, en conservèrent aussi le sens depuis Akhenaton qui en fit le symbole de son Dieu.

Il apparaît que dans toutes les traditions spirituelles, la notion de centre du monde est constante. Les centres spirituels sont Rome et Antioche pour les catholiques ; Lhassa (Tibet), Lumbini (Népal) pour les bouddhistes ; Memphis, Thèbes, Le Caire, pour les Égyptiens antiques ; Constantinople (Istanbul), Alexandrie, Aksoum en Éthiopie (lieu qui abriterait l’arche d’alliance) pour les Orthodoxes ; le mont Athos (en Grèce), Athènes et Olympie pour les Grecs antiques ; la Mecque, Médine et Jérusalem pour les musulmans ; Jérusalem, et Bethléem (ville d’origine du roi David) pour les Juifs, etc.

Pour la kabbale, l’humain a un centre mathématique. Adam, אָדָם, vaut 45, son centre est 23, nombre de lettres du verset Genèse 1,3 au moment de la création de la lumière ; nombre aussi d’apparitions dans les cinq premiers versets (qui constituent le premier jour), de la lettre silencieuse mais visible le aleph, riche de tous les sens à venir. 23 c’est ce que l’on appelle le féminin réparé (חַוָּה, ève, 19 qui devient חַוָּהד, 23 avec les 4 aleph du verset 3).

Que faisons-nous dans le temple, tournant autour du tapis de loge ? Que représente le fil à plomb au centre de la voûte étoilée ?

Au Régime émulation, le point représente l’individu humain et le cercle désigne les limites de ses devoirs envers Dieu et les autres Hommes. Les deux lignes parallèles perpendiculaires représentent Moïse et Salomon, c'est à dire le dispensateur de la Loi et le bâtisseur de son Temple.  Une tradition plus  «modern» adoptée par certaines Loges (particulièrement les Loges US)  et préférée des praticiens du RéAA  ou du RéR, plus neotestamentaires, laisse à penser qu'il s'agit des deux bienheureux saint Jean pour ce qu'ils configurent, pour les uns, les solstices et pour les autres les deux piliers de la chrétienté.

Pour compléter, Un point dans un Cercle : http://truthlurker.over-blog.com/article-7015951.html

 

 Rassembler la séparation apparente

Dualisme

Vision de l’antagonisme des contraires. Le dualisme envisage uniquement la séparation que la conscience humaine a tracée entre le monde et le moi ; ces deux termes opposés, il les appelle «esprit et matière», «sujet et objet», ou «pensée et phénomène».

Manichéisme

Doctrine religieuse de Manès (Mani) au IIIe siècle, selon laquelle il y a deux principes premiers, le Bien et le Mal.

Un des fondements du manichéisme est de séparer le monde en deux : le royaume de la lumière, royaume de la vie divine, où s'exprime ce qui est de l'éternité et le royaume des ténèbres, royaume de la matière, royaume des morts, où s'exprime ce qui est de l'espace/temps. Par dérivation et simplification du terme, on qualifie aujourd'hui de manichéenne une pensée ou une action sans nuances, voire simpliste, où le bien et le mal sont clairement définis et séparés.

La Franc-Maçonnerie semble avoir admis l’influence gnostique qui affirme, au plan exotérique, que le bien s’oppose au mal, reprenant la séparation tirée à l’excès par Zoroastre, le mazdéisme, le manichéisme, où tout ce qui n’est pas le bien est négatif ; le Diable, du latin  diabolus, du grec Διάβολος signifiant «diviser» ou «séparer», est l'esprit du mal. La même idée est exprimée différemment dès l’aube de la Franc-Maçonnerie française. Dès 1749, en effet, Le Nouveau Catéchisme  de Travenol dit, à la question que venez-vous faire en Franc-Maçonnerie: «on y creuse des cachots pour le vice et on y élève des temples à la vertu». Aujourd’hui encore on entend ce genre de réponses dans les rituels.

Le dualisme sépare par un cloisonnement moral qui, trop souvent, est enseigné dans le catéchisme de formation des jeunes, leur laissant croire que le franc-maçon serait, évidemment, du côté exclusif du positif, du bien, de la pureté, de la lumière, saint parmi les saints. Cette démarche  est à l’opposé de la quête initiatique et fraternelle qui rassemble ce qui est épars.

Malgré son apparence dichotomique, le pavé mosaïque n’est pas manichéen ; il est à considérer comme figure de la dualité, pas du dualisme, comme un plaidoyer pour la tolérance.

https://books.google.fr/books/about/Les_nuisances_id%C3%A9ologiques.html?id=o4mWDwAAQBAJ&printsec=frontcover&source=kp_read_button&redir_esc=y&fbclid=IwAR2HhXC_LLQmjNgkjh_5u8soANt-mKHdKK0ZobS_wDtZ7Bki93CTKXA00ig#v=onepage&q&f=false

 

 

Dualité

Vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité. La coincidentia oppositorum est l’une des manières les plus archaïques par lesquelles fut exprimé le paradoxe de la réalité divine. Le présocratique Héraclite reconnaissait «la lutte nécessaire des contraires, harmonieux dans leur opposition même, définissant l'identité de ces mêmes contraires.» Hegel disait aussi : «chaque chose réelle implique une coexistence d'éléments opposés. Par conséquent, savoir, ou, en d'autres termes, comprendre un objet équivaut à en être conscient comme une unité concrète des déterminations opposées (Science de la logique, 1812).

C’est l’enseignement majeur de la symbolique de tout le décor de la loge, fondement de la formation de l’apprenti. Elle est manifestée dans le ternaire qui est constitué par un principe premier (au moins au sens relatif) dont dérivent deux termes opposés ou plutôt complémentaires (non duels mais duals). Car là même où l'opposition est dans les apparences et a sa raison d'être à un certain niveau ou dans un certain domaine, le complémentaire répond toujours à un point de vue plus profond, donc plus conforme à la nature réelle de ce dont il s'agit. C’est ce que dit le Zohar, le livre de la Splendeur de la Kabbale : «Trois sortent d’Un. Un est dans Trois. Un est au milieu de Deux et Deux embrasse celui du milieu et celui du milieu embrasse le monde.»

C’est avec la dualité que le monde devient sensible ; elle est la limite de l’infini, là où disparaît le Un.

Les kabbalistes appellent Zivoug l’accouplement du masculin Beauté, (Tiferet), et du féminin Royaume (Malkhout) qui permet le retour à l'unité.

La Phénoménologie de la perception n'est véritablement thématisée qu'au moment où se radicalise la critique des oppositions de la réflexion (sujet-objet; intérieur-extérieur; moi-autrui, etc.) et se formule l'exigence dialectique de la «vraie philosophie» «saisir ce qui fait que le sortir de soi est le fait de rentrer en soi et inversement». Les notions fondamentales de la dernière philosophie de Merleau Ponty, chiasme, réversibilité, «dialectique sans synthèse» sont autant de tentatives pour remonter à l'origine ontologique de la diplopie de la philosophie (la chair comme voyant-visible) au lieu d'y rester enfermé en forçant l'un des opposés à se plier à l'autre.

Dans une vision duale, la transcendance peut être considérée comme l'identité dans la différence.

Androgynie

Le terme vient du grec ancien anèr (andros au génitif), homme, et gunè, femme. L'androgynie est un archétype, une image primordiale universellement répandue, un rébis lié aux commencements mythiques : «Engendré par le soleil et la lune, dit la Table d'émeraude, le Rebis rassemble les vertus essentiellement unies mais extérieurement polarisées du ciel et de la terre.»

Selon les renseignements transmis par saint Hippolyte, Simon le Mage nommait l'esprit primordial arsénothélys, mâle-femelle. L'Homme primordial, l'Ancêtre mythique de l'humanité, est conçu dans de nombreuses traditions comme androgyne, un lady-boy. La réunion de couples de contraires, homme et femme, soleil et lune est appelée syzygie. L'androgyne hermétique en est un des exemples les plus connus.

https://image.over-blog.com/1AyLxypyUxaMcF346Ezt92k4p8M=/filters:no_upscale()/image%2F0552548%2F20201005%2Fob_8afaad_fm.jpg

L'énergie et la matière, et par analogie le compas et l’équerre, sont des formes androgyniques de l'unité qui sont aussi considérées comme principe mâle et principe femelle, actif et passif. Les vertus masculines correspondent au Soufre des alchimistes, les vertus féminines au Mercure. Ces vertus opposées sont réunies en une nouvelle unité par un principe conciliateur, le Sel qui permet l'équilibre.

 Carl Gustav Jung a intégré la notion de syzygie (réunion du masculin et du féminin) dans son interprétation des archétypes inconscients, notamment à travers le couple fondamental d'anima et d'animus lorsque ceux-ci apparaissent symbiotiquement. Le processus de différenciation de ces couples syzygiques fait partie du cheminement de la conscience vers l'illumination.

Le gnosticisme pose l'assomption syzygique comme l'une des plus hautes fins de l'existence spirituelle d'un être humain. On peut citer à ce titre le logion 22 de l’Évangile selon Thomas (apocryphe chrétien issu de la bibliothèque de Nag Hammadi) : «[...] n°7 : Irons-nous dans le Royaume ? Jésus leur dit : Quand vous ferez le deux Un, [...] afin de faire le mâle et la femelle en un seul [...]».

Les colonnes Jakin et Boaz représentent, dans la phase du monde de la dualité, les deux aspects différenciés mais séparés de l'unité idéale du Delta lumineux qui les contient en idéation où ils sont encore réunis dans la perfection androgyne du commencement.

Illustration de l’androgynie : le Discours d’Aristophane au cours du Banquet de Platon à l’adresse :

https://www.youtube.com/watch?v=hwW7MNV5GD0. 

Masculin/féminin

Il y a un genre en toutes choses ; tout a ses principes masculin et féminin ; le genre se manifeste sur tous les plans (Le Kybalion).

Dans la plupart des langues, l’homme et la femme sont désignés par des racines différentes ; ce qui renforce la représentation des sexes comme distincts de nature.

L’identité sexuée a toujours été un objet problématique, aussi bien dans notre environnement maçonnique bipolaire que dans la réalité sociale ou que dans les discours mythiques ou encore et surtout religieux, imposant très vite la prévalence des hommes sur les femmes.

Dans l’Antiquité, c'est sur la base d'une identité sexuelle que se fondaient le statut et la reconnaissance des êtres dans la communauté dont ils étaient membres. L'identité sexuelle déterminait également une série de comportements, d'inclinations, d'attitudes physiques ou mentales et d'aptitudes rigoureusement répertoriées et distribuées différentiellement entre les sexes. C’est, d’ailleurs, aux seuls hommes qu’étaient adressées les 10 paroles des tables de Loi de Moïse (https://www.college-de-france.fr/site/thomas-romer/course-2015-04-09-14h00.htm).

La langue hébraïque permet de relier substantiellement masculin et féminin en utilisant les termes ish (איש) et ishsha  (אישה). En chacun de ces termes se trouve soit la marque de la virilité (le yod fécondateur) soit celle de la féminité (le hé). En guématrie, ish, Aleph, 1 + Iod, 10 + Shin, 300 donne 311 et par réduction cinq (5), qui est le nombre de l’alliance du masculin et du féminin ! D'après l'exégèse biblique, le signe Hé, ה est l'instrument de la création et de la vie : une lettre Hé de petites dimensions apparaît dans le mot «bébaram», (Genèse 2, 4), mot qui veut dire que Dieu créa les vivants avec le Hé. De même, après avoir scellé l'alliance qui le lie au divin par la chair, le patriarche Abram reçoit un signe Hé (valeur 5) dans son nom devenant Abraham en provenance du partage en deux du iod (valeur 10) pris dans le nom de Saraï son épouse qui devient Sarah. Il existe, pour la kabbale, un mot, Zoun (זונ) pour le masculin et féminin, abréviation de «Zakhar (זכר) et Neqeva (נקבה)», qui désigne généralement les deux Partsoufim, Zeir Anpin et Nouqeva (parmi les douze configurations principales qui constituent le Monde d'émanation, cinq jouent un rôle essentiel : Arikh Anpin, le grand visage ; Abba, le père ; Ima, la mère ; Zeir Anpin, le petit visage ; Nouqeva, la féminité).

Le «velive» romain est un artefact de décoration (ce mot combine les trois premières lettres du mot velificatio, un terme en histoire de l'art qui signifie «voile» - que l'on peut voir tendu au-dessus de la tête de Jupiter par exemple et qui figure son apanage le Ciel -  avec les deux dernières lettres du mot «vulve», - pictogramme dédié à figurer son épouse la Terre-) associant l'arc/voûte du Ciel et une vulve ; le Masculin et le Féminin, les Géniteurs avec leur dualité et complémentarité. Une sorte de Ying-Yang, à la romaine.

Pour la pensée initiatique, les genres ne sont pas réductibles au sexe ou, plutôt, le sexe n'est qu'une manifestation, une expression, parmi d'autres genres. Ainsi homme et femme ne se réduisent pas à leur sexe : la femme n'est pas un mâle de sexe différent et vice versa. Si les genres ne sont pas réductibles au sexe, le féminin, donc, peut être une qualité partagée par le mâle. Il n'y a pas d'assignation «biologique» ou essentialiste des genres aux sexes. L'éclairage ésotérique met en évidence le concept de bisexualité. La bisexualité simultanée caractérise des êtres qui sont des archétypes, des êtres primordiaux. L'humanité  apparaît au terme d'une série de séparations, de divisions, de classements, comme  dans une décantation des créatures: séparation entre le Créateur et la créature, le  ciel et la terre, le règne végétal et animal, l’homme et la femme ; la différenciation des sexes, c'est cette séparation de l'unité primordiale.

En fait l'opinion commune associe, en les confondant, le fait d'être homme ou femme et les notions de masculin et de féminin. Si l'on en croit Pierre Bourdieu,  les séries d'oppositions que ces notions entraînent dans leur sillage sont universelles et les correspondances admises reprennent et corroborent la domination masculine. Ainsi on retrouvera du côté masculin actif et du côté féminin passif, et les opposés dominant/dominé, dur/tendre, puissant/faible, devant/derrière, supérieur/inférieur, haut/bas.» Cependant la pensée ésotérique va nuancer ces couples d'oppositions et l'on trouvera des appréciations qui fonctionnent plutôt comme des articulations fondamentales de la pensée avec, au masculin, miséricorde et en opposé au féminin jugement, quiétude/ activité, épanchement/ réceptivité, intériorité/ extériorité, cause/ effet, déploiement/ limitation, forme/ matière, richesse/ pauvreté, lumière/ obscurité, droite/ gauche. D'autres paires d'opposés dans la pensée grecque, comme celles qu'Aristote attribue à un philosophe pythagoricien, mettent en parallèle certaines ressemblances avec cette liste. On trouve ainsi limité/ illimité, impair/ pair, un/ multiple, droite/ gauche, mâle/ femelle, repos/ mouvement, rectiligne/ courbe, lumière/ obscurité, bon/ mauvais, carré/ oblong.

C'est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création.  C'est une consubstantialité de l'unité regardée dans ses aspects différenciés mais c'est de l'unité dont il est toujours question. RAPMM : L'être Suprême est Un, et de Lui émane le pouvoir créateur, ou Perusha, le Principe divin mâle, et quand le Un devient Deux, mâle et femelle, de cette union du principe d'intelligence avec la première matière se développe un troisième, qui est Viradj, le monde phénoménal.

https://image.over-blog.com/AEWoF08dA68uZPxzIs_O7g_Jp80=/filters:no_upscale()/image%2F0552548%2F20201005%2Fob_953ad8_1.png

Les Philosophes attribuent deux corps à l’art alchimique, à savoir le Soleil et la Lune, qui correspondent à la Terre et à l'Eau. On les appelle aussi Homme et Femme. Signifiant l’union des contraires, l’hermaphrodite est un des principaux symboles de l’alchimie et il n’existe guère de manuscrit illustré où il ne figure pas. Au travers des trois couleurs, le noir, le blanc et le rouge, le Rebis (du latin res bina, matière double) signifie aussi l’ensemble de l’œuvre alchimique qui, dans l’union des polarités, aspire au dépassement des états particuliers de la matière.

Pavé mosaïque

Le maître-constructeur persan moderne élabore ses idées par une méthode secrète, dans laquelle un plan est divisé en carrés à carreaux égaux, dont chaque carré représente une ou quatre briques carrées comme celles utilisées en Perse. Il s'agit d'une miniature de celle qui est transférée au sol de l'atelier des maîtres, où les motifs sont incisés dans un plâtre de terrassement parisien prêt à servir de «moule» à partir duquel des dalles peuvent être coulées. («Ars Quat. Cor.», Vi, p. 99.) Le système forme pourtant le revêtement de sol de la maçonnerie libre; il est toujours en pratique secrète en Perse et est d'accord avec les dessins carrés de l'ancienne Égypte qui servaient à fixer un canon de proportion. La Guilde sans maçonnerie dit que le temple de Salomon avait des carrés d'une coudée maintenant représentés sur leur tapis (John Yarker, The Arcanes Schools, 1909, https://legende-hiram.blogspot.com/search/label/YARKER%20The%20Arcane%20Schools%20%28Part%201%29

L’origine du mot mosaïque serait celle du mouséion, temple des muses et des arts.

Une mosaïque est une décoration qui assemble des fragments pour en faire des motifs ou des figures. Ces fragments sont appelés des tesselles.

La mosaïque sert au pavage du sol du temple maçonnique. C’est un assemblage complètement équilibré, parfait en régularité, de carreaux noirs et blancs alternés à l’infini, de lignes jointives sans épaisseur visibles en diagonale. Comme le rapporte Etienne Hermant, le Pavé mosaïque apparaît très tôt en maçonnerie et bien avant 1717 contrairement à ce qui a été avancé. Il apparaît déjà dans le édimbourg Register House de 1696 dans la description des Trois joyaux (une pierre taillée, un pavage quadrillé et un large ovale), puis dans le Manuscrit Sloane de 1700 avec la même dénomination. On le trouve présenté dans la Convocation des Maçons Antédiluviens de 1726 à la suite de l'annonce d'une harangue dans le style Henleien, puis dans le Ms Mason's Examination (sous la dénomination de pavé d'équerre) et le Ms Wilkinson (pavé mosaïque), tous deux de 1727. Quant à l'étoile au centre du Pavé mosaîque, il ne s'agit pas d'une fantaisie, elle est présentée de cette manière dans la Maçonnerie Disséquée de Samuel Prichard de 1730 en désignation des «meubles dans votre loge» : le Pavé mosaïque qui couvre le sol de la Loge, l'étoile Flamboyante au centre et la bordure dentelée autour. La bordure dentelée qui entoure le Tableau de Loge donne la signification de l'ensemble du quadrillage. Il s'agit de la séparation du chaos (triangles noirs tentant de percer la Lumière et de l'envahir) et le mode crée (triangles blancs repoussant l'assaut), entre le monde profane et l'espace sacré. On assiste au triomphe de la Lumière sur la Ténèbre. Le Tableau de Loge, au centre du pavé mosaïque est un carré Long de Lumière que les ténèbres tentent d'envahir, la Lumière luit dans les Ténèbres et les Ténèbres n'ont pu s'en accaparer. Cette Lumière est consacrée au centre de la Loge par Beauté-Force-Sagesse lors de l'allumage des Piliers. RéAA début XIXe : Avez-vous des meubles dans votre Loge ?  R. Oui.  D. Quels sont-ils ? R. Le pavé mosaïque, l’étoile flamboyante et la houppe dentelée. D.     Quel  est leur usage ?  R. Le pavé mosaïque est le sol de la Loge, l’étoile Flamboyante le Centre, et La houppe dentelée la bordure tout autour.

Le pavage peut être représenté par un tissu, une natte, symbole de l’isolement vis-à-vis de la terre et de ses salissures empêchant la prise de racine et offrant ainsi une possibilité d’élévation ; cet extrait de pavé mosaïque devrait être disposé à l'entrée du Temple, de façon que l'on soit obligé d'en fouler les dalles pour s'avancer en loge.

Il est réconciliation des deux extrêmes que sont les ténèbres et la lumière, le bien et le mal, Dieu et le Diable, l’infini négatif et l’infini positif des mathématiciens qui ne sont qu’Un. Pour cela, les Chevaliers du Temple en firent leur gonfanon composé, par moitié, du noir et du blanc, appelé aussi «baussant»  signifiant «mi-parti de couleur».

Il est parfois réduit, dans sa représentation, à un rectangle placé au centre de la loge (en fait il recouvre tout le sol). Les proportions du rectangle doivent s'approcher au plus près du rapport harmonique, il prend alors le nom de «carré long» (8 par 5, en général, se rapprochant le plus du nombre d’or).

Au rite de Salomon et MM, l’interstice des carreaux est un fil bleu foncé, représentant l’espace infini ; on l’appelle un virolet (n’est pas l’anagramme de Vitriol ?), c’est aussi le cordeau bleu qui sert à tracer au sol ainsi que le niveau des constructions. Ce fil évoque aussi cette mystérieuse couleur bleue, tékéleth (תְּכֵלֶת), citée 50 fois dans la Bible, que les hébreux utilisaient pour la fabrication d’objets sacrés.

Ternaire

Dans le temple, tous les symboles de la dualité et ceux du ternaire montrent, à l’évidence, une vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité.

Le ternaire est le premier des impairs. La triade, nombre mystérieux, qui joue un si grand rôle dans les traditions de l’Asie et dans la philosophie platonicienne, image de l’être suprême, réunit en elle les propriétés des deux premiers nombres. Le ternaire représentait pour les pythagoriciens non seulement la surface, mais encore le principe de la formation des corps.

René Guénon présente dans son livre La Grande Triade les divers types de rapports que peuvent entretenir les termes d'un ternaire. Trois fondamentaux se rencontrent dans la tradition : un principe se polarisant en deux complémentaires (comme c'est le cas pour l'unité dont dérivent le principe masculin, le ciel, et le principe féminin, la terre), un ternaire composé de ces deux complémentaires et de la résultante de leur union (comme c'est le cas pour le ciel, la terre et l'Homme, fils de la terre et du ciel), un ternaire linéaire où un terme engendre le deuxième qui engendre le troisième (comme c'est le cas pour les «trois mondes», la manifestation informelle, la manifestation subtile et la manifestation corporelle). Pour Papus (Traité Élémentaire de Science Occulte) «on appelle Père le principe divin qui agit sur la marche générale de l'Univers, Fils le principe en action dans l'Humanité, et Saint-Esprit le principe en action dans la Nature».

Le ternaire, incluant la terre, le ciel et l'homme, place ce dernier en position de médiateur entre les deux premiers ; autrement dit entre équerre et compassignalé comme étant le lieu où se trouve le maître signalé comme étant le lieu où se trouve le maître  comme étant aussi le lieu où se trouve le maître en Franc-maçonnerie.

Des types de ternaires existent dans d’autres traditions : les trois mondes (le Tribhuvana hindou), le ternaire Spiritus, Anima, Corpus (se retrouvant dans la tradition chrétienne telle qu'exposée au Moyen Âge), le ternaire soufre, mercure, sel des alchimistes, le ternaire Deus, Homo, Natura (employé aussi par la chrétienté), le ternaire providence, volonté, destin (figurant dans la doctrine délivrée par Pythagore, par exemple), le triple temps (passé, présent, avenir), le Triratna bouddhique, Bouddha, Dharma, Sangha.

à l'ensemble président l'unité et le retour à elle. Si tous les êtres ne cessent jamais d'être contenus dans l'unité, en revanche, ils perdent de vue ce rattachement. Leur  connaissance s'est obscurcie, d'où par exemple la souffrance et les erreurs sur la prétendue autonomie de l'individu.

Ce qui est appelé «âme» dans une vision ternaire de l’homme, c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature divine : il est fait d’émotions, de sentiments, d’images et de pensées, et il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. Mais lorsque Socrate, les néo-platoniciens, les mystiques parlent de l’âme, c’est de l’âme-esprit qu’il s’agit : le principe lumineux, transcendant, immortel de l’être humain.

La vision ternaire des choses permet de s’extraire du dualisme pour comprendre la dualité afin de participer avec les trois niveaux (corps, âme et esprit)  à la compréhension de l’univers.

Rassembler pour faire revivre

Mythe d’Osiris

Une des narrations les plus complètes du mythe d'Osiris est celle de Plutarque, dans son De Iside et Osiride, dont il a eu, on ne sait comment, une connaissance plus complète qu'aucune source égyptienne, y compris celle des Textes des Pyramides. Les autres sources possibles sont : le Livre des Morts, les textes d'une stèle qui se trouve au Louvre, d'autres textes divers de l'Égypte antique, les recherches de spécialistes de l'Égypte ancienne.

Alors qu'il revient victorieux d'une longue campagne de conquêtes, Seth profite des fêtes organisées à cette occasion pour inviter son frère Osiris à un banquet. Au cours de la soirée, il le met au défi de s’allonger dans un grand coffre. Lorsque ce dernier y fut couché, Seth l’enferme et jette le coffre dans le Nil.

Isis, la Sœur-Épouse d’Osiris, part à la recherche de son âme afin de le ramener à la vie. Isis déchire ses vêtements et parcourt le monde à la recherche du coffre dans lequel «le Bienveillant» a été enfermé. Cependant de retour, elle ne ramènera pas Osiris car ceux qui descendent en ces lieux ne peuvent pas revenir et c’est seulement l’amour d’Isis, symbole de la régénération et de la vie éternelle qui permettra de retrouver le corps. Durant le voyage d’Isis aux enfers, le coffre contenant le corps, entraîné par la mer, atteint les côtes de Phénicie où il s’échoue aux pieds d’un acacia, ou d’un tamaris, selon les versions. La quête dura si longtemps que le tronc de l’acacia recouvrit la boite contenant le corps d’Osiris.

Le roi de Byblos, occupé à faire construire son nouveau palais, fait abattre l'arbre afin d’en faire l’une des deux colonnes qui doivent en décorer l’entrée. Isis entend parler de l’odeur qui s’échappait du tronc alors qu’on le coupait. Elle en comprend aussitôt la signification et se rend en Phénicie où on lui remet la colonne prodigieuse. Elle ouvre la colonne de bois et en retire le cercueil de son époux qu'elle arrose de ses larmes. Elle le ramène en Égypte et le cache au fond des marais afin que Seth ignore que le corps a été retrouvé. Mais au cours d’une chasse, ce dernier découvre le coffre. Furieux qu’Osiris soit encore entier malgré le temps écoulé, il décide de découper le cadavre en quatorze morceaux qu'il disperse à travers le pays. Le nombre de morceaux du corps d'Osiris varie selon les sources, de quatorze à quarante-deux. Les deux versions du Papyrus Jumilhac mentionnent quatorze morceaux collectés par Isis en douze jours, ce qui correspond à la durée de la fête du labour. Selon Diodore de Sicile, Typhon (autre nom de Seth, frère d'Osiris, principe du mal, des ténèbres et de la stérilité) découpa le corps de sa victime en vingt-six morceaux, un par conjuré. On donna à chacun une apparence momiforme avant de l'ensevelir. Enfin, la géographie sacrée d'Edfou mentionne autant de morceaux que de nomes (circonscriptions administratives de l’Ancienne Égypte), soit quarante-deux. Le corps démembré d'Osiris, dont l'inondation refait l'unité, se confond ainsi avec la terre d'Égypte. Ici, les quatorze morceaux représentent ceux qui sont retirés à la lune, dans la phase descendante, jusqu'à sa disparition totale. La quête d'Isis et la reconstitution du corps illustrent, au contraire, la phase ascendante, jusqu'à la réapparition de la pleine lune, reconstituée, l'œil oudjat.

Isis se met à la recherche des morceaux. Elle les retrouve tous à l’exception du sexe, dévoré par un oxyrhinque (ou un brochet du Nil). Aidé par Anubis, Thot et Nephtys, elle recompose le corps démantelé en douze parties et le momifie. Ramené à la vie par ces pratiques et désormais à l'abri de la mort, Osiris se retire dans les mondes souterrains, il laisse alors le trône du monde visible à son fils Horus qui deviendra le modèle des rois à venir.

C'est au 17ème jour du mois d'Athyr que la mythologie égyptienne place la mort d'Osiris : c'est l'époque où la pleine lune est surtout visible. Aussi les Pythagoriciens appellent-ils ce jour «interposition», et ont-ils pour le nombre 17 une complète répugnance. En effet, entre le carré seize (4x4) et le rectangle dix-huit (6x3), qui sont les seuls nombres de surfaces planes dont les périmètres se trouvent égaux à leurs aires, vient tomber le nombre dix-sept qui disjoint ces deux nombres, s'interpose entre eux et divise leur rapport en deux parties inégales.

Ainsi, sorti de sa  gangue d’acacia, dépecé et recomposé, avec l’aide de trois autres divinités, Osiris sera relevé et momifié (le papyrus du Livre des Morts d'Ani, découvert à Thèbes en 1887 par Wallis Budge comporte une invocation toute spéciale : Hommage à toi, ô seigneur de l'Acacia). C’est seulement à l’issue de cette restructuration et de cette préparation à l’éternité qu’Osiris pourra reprendre son voyage. Ses os sont d’argent, ses chairs d’or, ses cheveux de lapis-lazuli.

Platon, Thalès, Eudoxe, Apollonius et Pythagore avaient rapporté d’Égypte ce principe, vrai ou faux, que dans l’économie de l’univers la vie sort du sein du trépas ; ce principe fut présenté sous l’allégorie d’Osiris expirant pour renaître sous le nom d’Horus.

Le 3ème grade se nommait en Égypte «porte de la mort». Le cercueil d’Osiris, dont l’assassinat était supposé récent, s’élevait au milieu de l’emplacement où se faisait la cérémonie. On demandait à l’aspirant s’il avait pris part au meurtre d’Osiris. Il était frappé, ou on feignait de le frapper, à la tête d’un coup de hache, il était renversé, couvert de bandelettes de momie, des éclairs brillaient, le mort supposé était entouré de feu. Assimilé à Dionysos, Osiris illustrait la théologie néo-orphique : la cosmogonie conçue comme un autosacrifice de la divinité, comme la dispersion de l’Un dans le Multiple, suivie par la «résurrection», c'est-à-dire par le rassemblement du Multiple dans l’Unité primordiale.

Osiris fut très tôt comparé au grain de blé enseveli (mourant), germant et réapparaissant à la lumière solaire, prêt à être la nourriture essentielle des hommes. De nombreuses illustrations représentent la momie du dieu couverte de grains de blé, ou de jeunes tiges de blé émanant de son corps allongé. Parce qu'il était l'image des cycles de la nature, on creusa dans la pierre des formes d'Osiris que l'on remplissait de terre, et dans lesquelles on répandait des grains de blé afin qu'il pousse dans le secret du tombeau. Ainsi, mis en terre en même temps que le défunt, le blé, symbole vital d'Osiris, était pour le disparu la certitude de sa renaissance future, l'assurance de la continuité de sa vie, puis de sa résurrection lumineuse. C'est pourquoi, dans le papyrus funéraire de Nu, Osiris déclare : «Je suis le Seigneur des hommes qui ressusciteront des morts.» C'est une telle image symbolique qu'utilisera le Christ lorsqu'il se comparera lui-même au grain de blé devant mourir pour renaître et produire de nouveaux grains au centuple. Certains gnostiques utilisèrent cette parole pour affirmer que le Christ avait suivi la totalité du parcours initiatique osirien afin de devenir à son tour un Osiris spirituel, un être de Lumière.

L’initié du 3ème grade des mystères d’Isis était d’abord conduit dans un vestibule au-dessus de l’entrée duquel était écrit «porte de la mort». Des momies et des cercueils étaient figurés sur les murs. Il trouvait bientôt un cadavre. Au milieu du vestibule était placé le cercueil d’Osiris, qui, à cause de son assassinat présumé, était empreint de tâches de sang. On demandait à l’aspirant s’il avait participé à ce meurtre ; à la suite de cette épreuve préparatoire, il passait dans une salle, où tous les initiés étaient habillés en noir ; on lui présentait une couronne qu’il foulait aux pieds, et le chef de l’initiation s’écriait «outrage, vengeance !», et saisissait de suite la hache des sacrifices, en frappaient doucement le candidat à la tête. À l’instant deux initiés le renversaient et l’enveloppaient de bandelettes ; tous ceux qui l’entouraient étaient dans la tristesse ; on le présentait dans cet état de mort apparente devant un tribunal qui déclarait qu’il n’avait point participé au meurtre d’Osiris, et on lui rendait la liberté ; … ; le signe de reconnaissance consistait dans une embrassade particulière ( Docteur Pierre Gérard Vassal, Cours complet de Maçonnerie ou Histoire générale de l’Initiation depuis son origine jusqu’à, son institution en France, 1832, p.244 et 245 sur :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k319346w?rk=21459;2).

En alchimie, au XVIIe siècle, le mythe d’Osiris est repris par Michael Maier dans son Atalante figitif qui en fait une fugue, une gravure et un poème (Patrick Burensteinas, étape 2, Le Voyage alchimique, Chartres, à partir de 20’)

La mise en œuvre du mythe d'Hiram Abif, dans les rites égyptiens de la Franc-maçonnerie, est une opération de magie opératoire destinée à faire revivre à tous les maîtres maçons ce que les prêtres-initiés égyptiens ritualisaient dans la grande pyramide afin de transférer l'esprit du pharaon défunt (Osiris) au nouveau pharaon désigné pour en faire un nouvel Horus.

En Grèce, l’homologue d’Osiris est Dionysos-Zagreus. Né d’une union illégitime de Zeus, l’enfant Dionysos encourt la haine d’Héra, qui le fait assassiner et mettre en pièces par les Titans; mais une autre divinité, Apollon ou Athéna, rassemble les membres suppliciés, et le jeune dieu reprend vie ; la biographie d’Atys, parèdre de Cybèle, comporte également castration, mort et renaissance. On n’en finirait pas d’énumérer les dieux dont l’histoire est conforme à cet itinéraire, dans lequel s’inscrit aussi celui d’Hiram.

  La Parole perdue

Toutes les traditions parlent d'un âge heureux où les êtres pensants, dans la paix et dans l'innocence, vivaient dans le sein de la vérité. Dans cet âge, dont nul voile ne couvrait la réalité, une parole universelle pénétrait uniformément tous les degrés de l'intelligence. La quête souvent évoquée de la Parole perdue est celle de la révélation première. Le symbolisme de la langue primordiale en est un autre synonyme. Selon la tradition musulmane, il s'agit de la langue syriaque, ou solaire, expression transparente de la lumière reçue dans le centre spirituel primordial. Il est significatif que la langue paradisiaque ait été comprise des animaux. L'introduction chamanique au langage des animaux est, à l'inverse, un symbole du retour à l'état édénique. Plus précisément encore, cette langue est parfois celle des oiseaux. Or, la langue des oiseaux est une langue céleste ou angélique, symboliquement analogue à la langue syriaque, et qui ne peut être perçue que par l'atteinte de certains états spirituels».

Les mystères des sociétés initiatiques de l'Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquis des corps savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreille après avoir pris l'engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d'autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu'ils étaient possesseurs de secrets scientifiques redoutables et bienfaisants dont leur haute morale imposait le respect. Cependant, détournés de leur action bénéfique, ces secrets étaient susceptibles d'être transformés dans un but malfaisant. Des initiés s'éteignirent, emportant dans la mort les secrets qui leur avaient été confiés ; les initiations furent interrompues. Ainsi, les secrets des rites initiatiques pour l'intromission des pharaons, véritables mystères de la lignée royale d’Égypte, furent définitivement perdus à la mort du roi Sekenenrê Taâ qui mourut sans les avoir dévoilés à son ennemi qui voulait les lui arracher.

La plupart des hiéroglyphes égyptiens, nous conte le rituel Misraïm des travaux de maître de 1820, présente des êtres animés formés quelquefois de parties appartenant à des êtres peu ressemblants par leurs formes extérieures et par leur inclinations ; les combinaisons numériques et géométriques dans leur résultat étaient hiéroglyphique ; les nombres 3, 4, 7, 9, et le générateur Un étaient des emblèmes respectés. Cette Tradition secrète fut transmise par les sages de la Chaldée aux égyptiens, puis à Moïse jusqu’à Salomon. À la suite d’une indiscrétion, il fut convenu que les anciens hiéroglyphes seraient remplacés par des figures d’instruments propres à la construction matérielle.

Le secret est dit «royal» par son origine divine transitant par celui qui dans les trois ordres initiatiques a la responsabilité d’aménager l’espace : le roi. C’est donc la version traditionnelle du Roi-bâtisseur qui détient le royal secret suite à l’enseignement reçu de son prédécesseur et relié au divin par le sacre diligenté par l’église et par la couronne. David détenait par la remise de plans que lui fit l'éternel, le secret initiant la construction du Temple maison du divin, mais c'est Salomon héritant des plans qui le construisit en déléguant une partie de l’œuvre et du chantier à Hiram. À sa mort allégorique le secret fut perdu.

La destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, créée par Ptolémée Soter quatre siècles avant notre ère (dont les six cent mille volumes furent anéantis en trois incendies consécutifs), les autodafés de l’Inquisition et des tyrans sont des paroles perdues de la science et de l'histoire. Les hautes connaissances philosophiques, morales ou scientifiques transmises oralement ou enregistrées par l'écriture dont les manuscrits furent détruits sont tout autant une parole perdue.

La vérité socratique, pour perdue qu’elle soit, peut être retrouvée. Selon la thèse de Platon (faisant parler Socrate), l’homme a connu la vérité  avant son incarnation dans le monde sensible, quand l’âme n’était pas encore prisonnière du corps, quand il était dans le monde des Idées. Le travail de remémoration, l’anamnèse est la recherche d’une vérité déjà connue en dépassant le sensible pour accéder à l’intelligence de l’idée (vraie) qui fut perdue et oubliée. Ce retour vers la re-connaissance est  illustré par la sortie de la caverne. Cette structure ternaire de la théorie de Platon, (connaissance - oubli ou chute  - re-connaissance ou re-naissance ou résurrection) a fondé une postérité métaphysique qui perdure, tout particulièrement dans la pensée chrétienne mais aussi  dans l’allégorie de la parole perdue du Maître. C’est, dans les pierres, les peintures, les parchemins ou les alphabets et les langages, dans leur sauvegarde, sous ce camouflage, que des enseignements ésotériques ont été ainsi transmis à travers le temps.

Pour le kabbaliste Isaac Louria et son disciple Hayyim Vital, le péché d’Israël c’était «l’oubli progressif de la tradition ésotérique». Pour René Guénon : «Il n’y a plus guère, dans le monde occidental, comme organisations initiatiques pouvant revendiquer une filiation authentique que le compagnonnage et la Franc-maçonnerie, deux initiations artisanales. Les autres initiations, sacerdotales, royales, hermétiques, alchimiques et chevaleresques, ont complètement disparu ou sont confinées dans des milieux si secrets ou restreints qu’elles sont quasi inaccessibles en dehors de ce qui a survécu dans la Franc-maçonnerie.»

La parole perdue serait le substrat de la sagesse originelle. La Franc-Maçonnerie en a conservé le souvenir, mais d’une manière subtile et ses membres espèrent, d’une initiation à l’autre, pouvoir remonter à la sagesse fondamentale qui est censée leur être dévoilée à l’issue de leur ultime initiation.

Le mot sacré des Hébreux, YHVH, trouve quelque similitude entre les Mystères égyptiens  où c'est l'organe générateur qui se perd et un substitut en est fait, et la Franc-Maçonnerie où c'est le mot qui se perd et un substitut qui est donné à sa place.

En vérité, ce n’est que l’expression de la parole qui est perdue. Comme la vérité platonicienne, elle est toujours dans le monde des idées, sa recherche est une quête en tant que parole cachée. C’est, dans les pierres, les peintures, les parchemins ou les alphabets et les langages, dans leur sauvegarde, sous ce camouflage, que des enseignements ésotériques ont été ainsi transmis à travers le temps.

RéAA : L'expression «Parole Perdue» apparaît pour la première fois dans le Rituel d'Initiation au 4 ° degré. On notera qu'elle n'est jamais employée seule et qu'elle accompagne les mots vérité et lumière. «- Que cherchiez‑vous dans vos voyages ?  - La Vérité et la Parole Perdue»  Le rituel explique : «nous déplorons aussi la perte de la vraie parole dont nous sommes maintenant privés ... Vous avez encore bien des degrés à gravir avant d'approcher la Vraie Lumière et de découvrir la Parole connue des seuls initiés.» La parole perdue y est donc présentée comme accessible.

 

La quête souvent évoquée de la Parole perdue est celle de la révélation première. Le symbolisme de la langue primordiale en est un autre synonyme. Selon la tradition musulmane, il s'agit de la langue syriaque, ou solaire, expression transparente de la lumière reçue dans le centre spirituel primordial. Il est significatif que la langue paradisiaque ait été comprise des animaux. L'introduction chamanique au langage des animaux est un symbole du retour à l'état édénique. Plus précisément encore, cette langue est parfois celle des oiseaux. Or, la langue des oiseaux est une langue céleste ou angélique, symboliquement analogue à la langue syriaque, et qui ne peut être perçue que par l'atteinte de certains états spirituels».

Les mystères des sociétés initiatiques de l'Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquis des corps savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreille après avoir pris l'engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d'autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu'ils étaient possesseurs de secrets scientifiques redoutables et bienfaisants dont leur haute morale imposait le respect. Des initiés s'éteignirent, emportant dans la mort les secrets qui leur avaient été confiés ; les initiations furent interrompues. Ainsi, les secrets des rites initiatiques pour l'intromission des pharaons, véritables mystères de la lignée royale d’Égypte, furent définitivement perdus à la mort du roi Sekenenrê Taâ qui mourut sans les avoir dévoilés à son ennemi qui voulait les lui arracher.

Le secret est dit «royal» par son origine divine transitant par le roi, celui qui dans les trois ordres initiatiques a la responsabilité d’aménager l’espace ; c’est le Roi-bâtisseur qui détient le secret suite à l’enseignement reçu de son prédécesseur, il est relié au divin par son sacre. Par la remise de plans que lui fit l'éternel, David aurait détenu le secret initiant la construction du Temple maison du divin, mais c'est Salomon héritant des plans qui le construisit en déléguant une partie de l’œuvre et du chantier à Hiram. À sa mort allégorique le secret fut perdu.

La destruction de la bibliothèque d'Alexandrie, créée par Ptolémée Soter 4 siècles avant notre ère (dont les six cent mille volumes furent anéantis en trois incendies consécutifs), les autodafés de l’Inquisition et des tyrans sont des paroles perdues de la science et de l'histoire. Les hautes connaissances philosophiques, morales ou scientifiques transmises oralement ou enregistrées par l'écriture furent détruites, elles sont tout autant une parole perdue. 

Selon la thèse de Platon (faisant parler Socrate), l’homme a connu la vérité  avant son incarnation dans le monde sensible, quand l’âme n’était pas encore prisonnière du corps, quand il était dans le monde des Idées. Le travail de remémoration, l’anamnèse est la recherche d’une vérité déjà connue en dépassant le sensible pour accéder à l’intelligence de l’idée (vraie) qui fut perdue et oubliée. Ce retour vers la re-connaissance est  illustré par la sortie de la caverne. Cette structure ternaire de la théorie de Platon, (connaissance ; oubli ou chute ; re-connaissance ou re-naissance ou résurrection) a fondé une postérité métaphysique qui perdure, tout particulièrement dans la pensée chrétienne mais aussi  dans l’allégorie de la parole perdue du Maître.

Dans sa quête initiatique l’homme recherche la parole perdue, car, retrouver cette parole, en l’occurrence le Nom incommunicable IEOVAH force active de l’Ancienne Alliance, c’est réunifier et harmoniser en soi toutes les potentialités, toutes les manifestations de tous les niveaux de l’être : physique, psychique et spirituel. C’est reconstruire, en «rassemblant ce qui est épars», l’homme total ; c’est la réédification mystique du temple intérieur (le sanctuaire du Cœur) dans lequel pourra descendre (puisque devenu «vierge» par les différentes purifications) le Verbe, dont le Nom est IEOCHOUAH. (Jean-Baptiste Willermoz, Temple et Quête Initiatique)

Retrouver la Parole perdue, c’est se recouvrir de la puissance de l’Éternel, aller vers l’unification et l’identification entre la lumière intérieure (celle qui luit dans nos ténèbres) et la lumière universelle extérieure. Par le Nom, Dieu se révèle à l’homme.

Rassembler ce qui est épars dans la mystique chrétienne

La Trinité

Le trinitaire apparaît dans la pensée religieuse chrétienne à la fin du IIe siècle en orient chez Théophile d’Antioche (trias) et en occident chez Tertillien (trinitas).

Avec l’avènement du Fils proclamé, au concile de Nicée (325), de même nature que le Père, consubstantiel, coéternel, engendré et non créé, l’Unique des Hébreux a éclaté en se divisant. C’est à trois «êtretés» que le concile de Constantinople (381) attribue subtilement les rôles de la triade : le Père créateur, le Fils rédempteur et le Saint Esprit sanctificateur. Le fils devient la face visible de l’invisible ; la Renaissance picturale, en couvrant de chair l’idée de Dieu, a fait chuter l’absolu dans le relatif.

https://image.over-blog.com/_a0FFf45xBpfLLw1ziktTDasRGk=/filters:no_upscale()/image%2F0552548%2F20201005%2Fob_2c38ea_2.jpg

Œuvre d’art par excellence, en cette icône de la Sainte Trinité, réalisée par André Roublev au début du XVe siècle, se condensent des trésors de connaissance, de méditation et de savoir-faire. Entre autres significations symboliques, elle représente le Nom divin. L’Ange du milieu figure le Père, et l’Ange de gauche, le Fils. Tournés l’un vers l’autre, ils se contemplent et leurs regards se reflètent. Voilà le Bipôle. La couleur mauve caractéristique du Fils annonce la «septième race», violette, des hommes surévolués. L’Arbre des Vies, derrière le Père, signifie l’Un qui se multiplie; la Cité, derrière le Fils, c’est le multiple qui s’unifie. L’Ange de droite, qui est à part, personnifie l’Esprit. C’est le plus féminin des trois, son bâton est le plus incliné, ses mains sont parallèles, son visage, fort penché, est illuminé par un regard intérieur:

https://www.revue3emillenaire.com/blog/entretiens-sous-le-figuier-ou-initiation-a-lesoterisme-par-yves-albert-dauge/?fbclid=IwAR37JuGWSVhVGtd8b_HABK6qdo-NqtIARB4fcJrehu00uer6kUboisTVprE

L’hommage, rendu à ce dogme de la trinité, perdure dans certaines interprétations du delta lumineux maçonnique.

De l’unité de la trinité à la quadruple essence divine, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52500389t/f1.image.r=FM4%20509.vertical

 

Rassembler le sang et la chair : La cène

Est-ce aux seuls apôtres, qui étaient seuls présents à la cène, qu’il a été donné de manger le vrai corps et de boire le vrai sang ? Qu’on nous dise donc ou cette interprétation est prouvée. Il a dit ailleurs: Ma chair est véritablement une nourriture mon sang est vraiment un breuvage: celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui; et cependant si les apôtres comme seuls présents à la réalité, ont pu seuls manger sa chair et boire son sang; et qu’il n’y ait plus pour nous qu’une simple commémoraison de cette réalité, tous les hommes, excepté les apôtres, doivent donc renoncer à voir jamais Jésus-Christ demeurer en eux, et à demeurer en lui, par cette manducation réelle qui leur serait à tous impossible.

Jean Baptiste Willermoz, p. 23, https://www.philosophe-inconnu.com/wp-content/uploads/2018/01/neuf-cahiers-d1-d9-jbw.pdf

Jean Baptiste Willermoz, https://www.philosophe-inconnu.com/la-passion-selon-le-traite-des-deux-natures/

Le Tétramorphe

Du grec tétra, quatre et morphé, la forme, le tétramorphe montre quatre formes allégoriques : l’humain, le lion, le bœuf et l’aigle. On le trouve dans diverses civilisations de l'Antiquité.  Son origine remonte à la nuit des temps. À Babylone, il représentait quatre divinités secondaires, il figurait les quatre points cardinaux et en astrologie, science inventée par les civilisations mésopotamiennes, il symbolisait les quatre signes fixes du zodiaque.

Ces quatre symboles se retrouvent présents, non sans raisons, en Franc-Maçonnerie dans les armoiries de la Grande Loge des Anciens et sont donc toujours en bonne place dans les armoiries de la Grande Loge unie d'Angleterre. Le taureau ou le bœuf est symbole de sacrifice et de fertilité. On sait que dans le pays de Canaan, celui de Melkisédeq vraisemblablement, Dieu était El, représenté par le taureau de la fertilité, encore appelé le Compatissant

On ne peut manquer la référence  à la vision du prophète Isaïe, dans cette célèbre théophanie où les anges, au milieu des cercles de feu, présentent quatre faces : une face d'homme, celle d'un taureau, celle d'un aigle, et celle d'un lion.

Les quatre bannières représentant un bœuf, un homme, un lion, un aigle, étendards de tête des quatre divisions de l'armée d'Israël, ont une signification universelle. Elles ont inspiré les armoiries de toutes les plus grandes familles en Europe.

. Le bœuf Apis a le même rôle dans la mythologie égyptienne. Ephraim est de même un symbole de fertilité. L'aigle avec son œil qui voit évoque le prophétisme. L’aigle représente la tribu de Dan, qui veut dire juge. Les Juges, comme les Prophètes sont en communication directe avec Dieu ; l’aigle exprime la rapidité et la promptitude avec lesquelles les volontés de Dieu sont exécutées. L'homme est dans la plénitude de ses pouvoirs adamiques : royal, prophétique et sacerdotal. Il peut parfois se présenter comme un ange. Mais, l’homme est au-dessus des anges, car il a son libre arbitre. Il est ainsi représenté comme Ruben, dans toute son humanité, dans sa grandeur comme dans sa petitesse. Le lion couché est l’emblème de la tribu princière de Juda, de la lignée royale de David et donc du Christ. Dans le Degré de Chevalier de l’Epée, attenant à l’Arche Royale, citons le rêve de Cyrus : Dans mon rêve, j’ai vu un lion prêt à m’attaquer et à me dévorer et à quelques pas de là Nabuchodonosor et Beltshazzar se tenaient enchaînés. Ils étaient comme frappés d’admiration devant une Gloire évoquant la splendeur du mot sacré que les maçons donnent au Grand Architecte de l’Univers. Dans les cieux, apparut un aigle tenant dans ses serres un ordre : ”Rends la liberté aux captifs sinon tu perdras ton trône.” Cette association de l’aigle et du lion peut être sujet de réflexion. Le lion est le symbole de Babylone, mais aussi des Perses. La louve romaine, le coq gaulois, le léopard normand sont des restes de ces attributs. Au Rite Écossais Rectifié, dans les rituels de J. B. Willermoz, lors de la cérémonie de Maître écossais de Saint-André, un tableau est présenté au candidat, figurant un lion couché dans une grotte, jouant avec des instruments d'architecture sous un ciel d'orage. Cette référence au lion est donc une constante caractéristique du candidat sur le chemin de la redécouverte de la parole perdue. À Babylone, comme à Persépolis, les représentations des lions, taureaux, aigles, etc… sont multiples, associant souvent celles-ci en des animaux mythiques, sphinx, griffons, licornes. La porte d’Ishtar en est couverte, il faut avoir visité Babylone et vu le Lion de pierre terrassant son ennemi à la porte du désert pour comprendre la puissance de ce symbole. Les Chérubins qui gardent l’entrée du Jardin d’Éden sont parfois représentés sous forme de taureaux ailés. Les Égyptiens eux-mêmes présentent leurs dieux avec des têtes d’animaux. Si, effectivement, le lion représente la royauté, le taureau exprime la fertilité, comme animal de sacrifice, le sacerdoce, et l’aigle indique la volonté divine, comme le prophète, alors, ces trois animaux évoquent les dignités vers lesquelles tend notre humanité. Ainsi le tétramorphe peut-il être considéré, dès les anciens temps, comme la représentation d’une spiritualité universelle ou œcuménique.

Le tétramorphe ce sont les 4 créatures qui se trouvent aux 4 coins de la carte du Tarot «Le Monde».

https://image.over-blog.com/MUZ6PIwv-3yvFfqe6sAw0_cq6-M=/filters:no_upscale()/image%2F0552548%2F20201005%2Fob_56a3b3_3.png

Les quatre icônes zodiacales associées aux quatre Évangiles chrétiens canoniques constituent collectivement un des plus anciens et plus compacts symboles en occultisme. Ils prennent naissance dans les époques primitives du développement humain et trouvent leur forme la plus puissante dans le Sphinx égyptien.

Le choix de quatre évangiles canoniques semble inspiré des quatre vivants d'Ézéchiel et de l'Apocalypse. Le tétramorphe, ou les «quatre vivants», ou encore les «quatre êtres vivants», représente les quatre animaux ailés (les khayoth) tirant le char de la vision d'Ezéchiel (Ez 1, 1-14). Une analyse plus avancée est à suivre dans Petits et Grands Mystères de la Kabbale d’André Benzimra.

On les retrouve avec St Jean dans l'Apocalypse 4,7 «Et le premier animal est semblable à un lion; et le second animal, semblable à un veau; et le troisième animal a la face comme d'un homme; et le quatrième animal est semblable à un aigle volant».

Saint Irénée de Lyon, au IIe siècle, a été le premier à identifier ces quatre vivants aux quatre évangélistes ; au IVe siècle, saint Jérôme de Stridon remarque que la première page de leur texte donne la clé de l'attribution des quatre vivants à chacun des quatre évangélistes :

  • Matthieu et l’homme (l’enfant) : son évangile débute par la généalogie humaine de Jésus.
  • Marc et le lion : dans les premières lignes de son évangile, Jean-Baptiste crie dans le désert
  • Luc et le bœuf : aux premiers versets de son évangile, il fait allusion à Zacharie qui offre un sacrifice à Dieu, or dans le bestiaire traditionnel, le bœuf est signe de sacrifice.
  • Jean et l’aigle : son évangile commence par le mystère céleste.

Lorsqu'ils symbolisent l'histoire du salut, les quatre vivants se trouvent précisément placés dans cet ordre retenu pour le canon des Écritures.

https://image.over-blog.com/Qd8V-NF_ELdBN81NQVrTkhfh2I0=/filters:no_upscale()/image%2F0552548%2F20201005%2Fob_2b46b8_fm.jpg

Dans le tétramorphe apparaît aussi le nom de Jésus (יהשוה, Yeshoua).  L’aigle est le Yod, le père ; le taureau est le premier Hé, l’esprit du père, ou la mère ; le lion est le second Hé, l’esprit du fils, ou la fille ; l’enfant est le Vav, le Shin est le fils.

Les «4 Vivants» sont les 4 grands mystères par lesquels l’Esprit s’incarne en moi, tissant mon «corps spirituel». Retiens Chevalier, que L’Homme nouveau est celui en qui s’établit la voix solaire. La base de la vie sur terre, à savoir les 4 éléments que je voyais déjà comme les 4 formes de l'expression de l'énergie divine ou autre, le Tétramorphe ou son équivalent, représente «l'Information» que nous recevons avec laquelle il faut se mettre en relation, non pas purifications pour se nettoyer mais se mettre en état de recevoir par la présence...

On doit donc transmuter ces énergies pour devenir soi, c'est à dire s'incarner, s'enraciner réellement pour se spiritualiser et trouver la lumière blanche énergie de l'amour, "l'âme aour", pour devenir enfin la synthèse, le chevalier de la lumière... http://anck131.over-blog.com/2020/09/le-tetramorphe.html?

Rassembler un entre soi

 «Réunir ce qui est épars» pour le Franc-maçon spirituel, serait donc travailler essentiellement sur soi-même et non sur les autres, afin de se réunifier pour retrouver l’unité première, car s’il est constitué : d’un corps (le soma) et d’un esprit (la psyché), sa démarche première consiste à retrouver cette unité Psychosomatique, afin de se réunifier.

En loge, le maçon se doit de ne plus être éparpillé, mais regroupé, centré, il ne doit faire plus qu’un avec toute la loge. Il doit regrouper ses pensées afin de mettre à profit l’instant présent, qui seul peut lui permettre de se dévoiler, de se découvrir, pour qu’enfin se révèle à lui sa vrai nature et qu’il puisse ainsi vivre l’expérience de l’éveil.

Tailler sa pierre

Premier travail effectué par l’apprenti lors de sa cérémonie d’initiation.

En hébreu, la pierre, Eben, est un mot composé des lettres alef, beth, noun, (ן ב א). Alef est la lettre de l’unité non encore manifestée, de valeur 1, elle est de ce fait ce qui était avant le commencement. La lettre beth, deuxième lettre, symbolise la demeure, le monde créé. La lettre noun symbolise l’homme. Eben, la pierre, signifierait : la transcendance trouve demeure dans la pierre pour se révéler à l’homme.

Deux grands courants initiatiques du perfectionnement de l’être sont proposés par la Franc-Maçonnerie: la Franc-Maçonnerie chevaleresque et la Franc-Maçonnerie des constructeurs pour laquelle, on s’en doute, la pierre constitue un symbole central.

De même que dans l’architecture, la pierre est positionnée selon sa nature et sa fonction, la pierre ne se taille pas, ni ne se place dans une démarche strictement isolée, mais grâce à un cadre, un plan architectural dans lequel s’organise une transmission et une réception ; c’est cet accompagnement qui rend possible la construction. On comprend, ainsi, pourquoi le cheminement lithocentrique comme métaphore principale s’est imposé naturellement à la Franc-Maçonnerie des constructeurs. La philosophie morale, qui en découle, insiste, dans ce but d’élaboration de l’être, sur la prépondérance d’une démarche axée sur les représentations du dénuement, celles du vide, étroitement associées à l’adaptation de la forme de la pierre, «tailler sa pierre» en étant l’expression la plus explicite. Cette parabole lapidaire est en rapport didactique avec l’expression «enfants de la veuve». Par itérations métaphoriques mettant en œuvre le vide, la pierre, d’abord pierre brute et informe, va pouvoir devenir pierre cubique, puis pierre cubique à pointe pour s’ouvrir et laisser apparaître une étoile flamboyante au cœur de laquelle se trouve la pierre philosophale. (Solange Sudarskis, Que signifie tailler sa pierre ? éd. de La hutte). Pour passer de la pierre brute à la pierre taillée, l’intervention de l’homme, sa volonté individuelle ou son désir sont impératif. Or, une telle démarche n’est pas spontanée, elle implique d’être conscient d’un projet d’ensemble ou d’une œuvre à construire. Toutefois une interrogation surgit, la pierre doit-elle être nécessairement taillée afin de  la rendre propre à l’usage auquel on la destine ?  La pierre brute n’est-elle pas apte, dans sa singularité, ses aspérités et son opacité, à trouver une place dans l’édifice, ne serait-ce que par le rapprochement avec les autres pierres ? Faut-il lui donner nécessairement un aspect autre, la rendre homogène, la standardiser pour l’insérer dans le dessein collectif de la construction du temple de l’humanité ?  Ce faisant,  ne risque-t-on pas ainsi de lui retirer ce qui fait sa beauté ou son originalité ? C’est pourquoi, il convient de penser que celui (ou celle) qui taille sa pierre, n’est ni dans le renoncement ni dans l’abnégation de ce qu’il est. Il est dans l’épuration de son être, parvenant ainsi à la découverte de ce qui est caché en lui pour faire résonner, dans sa conscience, l’écho de l’unité de l’esprit et de la matière.

«Tu dois devenir l'homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même», écrivait Friedrich Wilhelm Nietzsche.

https://image.over-blog.com/R4iokFLWAAPtRWahKUX09DSxibc=/filters:no_upscale()/image%2F0552548%2F20201005%2Fob_5128ed_4.png

Tailler sa pierre c’est lui donner suffisamment de facettes pour mieux réfléchir la lumière.

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article