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Le maître renaît plus radieux que jamais

2 Février 2020 , Rédigé par elle est parce qu'ailée Publié dans #Franc-maçonnerie

 

Le maître renaît plus radieux que jamais

 

Oui, je sais bien d’où je viens ! Inassouvi, comme la flamme, J’arde [je suis brûlant]  pour me consumer. Ce que je tiens devient lumière, charbon ce que je délaisse : Car je suis flamme assurément !

Frédéric Nietzsche, le Gai Savoir

Ce n’est pas dans la mystique des religions, qui n’a qu’une portée théologique, que je cherche le sens de cette phrase, mais plutôt dans la mystique des initiations qui a essentiellement une portée métaphysique.

Depuis les Égyptiens de la plus haute antiquité jusqu’à nous, l’homme a toujours pensé recéler dans la partie la plus haute et la plus lumineuse de lui-même, un principe différent du corps, qui lui commande et lui survit. Feu divin, selon les stoïciens ; parcelle de divinité chez les chrétiens. Toujours la même intuition d’une essence supérieure, et spécifiquement humaine, considérée comme immortelle à titre d’espérance, comme avec Socrate, ou de certitude comme avec Jésus. Tout porte à croire que la représentation maçonnique de la mort aboutit sur autre chose que le néant, nous entrainant dans une fiction spiritualiste dualiste esprit/corps. Si le maître renaît, il y a donc une suite à la mort, une progression graduelle qui semble préparer à la mort matérielle du maçon pour une renaissance en esprit dans une lutte contre la désorganisation morphologique.

Sous un autre angle, par convergence, sorti de la putréfaction alchimique, Hiram revit plus radieux qu’il ne l’était avant, comme le laisse entendre la phrase. Les Philosophes appellent corps ce qu'ils nomment aussi métaux. Plus radieux que jamais, c’est l’Œuvre au blanc réalisée. La fusion des métaux est considérée comme une mort. Pour l'alchimie, le fait de traiter la materia prima dans un creuset (crux) se dit la «crucifier». Le soufre extrait représente la vertu, c’est à dire le noyau ou l’esprit de métal.

Le corps glorieux est le corps d'immortalité. Du christianisme (corps glorieux) au taoïsme (corps arc-en-ciel), cette «nouvelle naissance» est l'objectif normal de toute voie spirituelle authentique. Dans le Rite de la Haute Maçonnerie égyptienne, l'aube blanche (ou l'habit blanc) est l'image de ce corps glorieux. C’est une libération identique à celle de tous les rites funéraires bardique, égyptien, tibétain,... Le nouveau maître est le libéré vivant.

 

Le tablier de peau représenterait alors les «vêtements de peau» dont l'homme s'est revêtu en passant du spirituel au biologique. En kabbale, dans le monde d’Atzilouth, le monde de l’émanation, l’âme est enveloppée de lumière (אור, Aur, terme kabbalistique désignant l'émanation et l'influence divines.

En raison de ses propriétés, elle est la métaphore kabbalistique favorite de l'influence Divine) ; par le principe séphirotique de la densification de la lumière, cette enveloppe devient dans le monde d’Assiah, le monde inférieur de l’action, la peau (עור, âur). Ce passage permet d’interpréter les tuniques de peau dont sont revêtus Adam et ève dans la Genèse ; théorie reprise par Martinès de Pasqually dans son Traité de la réintégration.

Le psychodrame dissocie notre être en deux parts : celle de l’ombre et de la matière, impure et corrompue comme les métaux qui sera enterrée dans une fosse ou un mausolée ; celle de l’esprit qui s’envolera loin de toute contingence pour rejoindre ce centre fondateur tel un phénix. L’utilisation de symboles ornithologique  nous est connu depuis le grade d’apprenti avec le Coq, symbole de l'éveil lié à l'App\, puis de l'épervier, symbole de quête des cimes, mais encore terriblement ma­tière qui est, lui, lié au Comp\, et enfin le Phénix qui a atteint l'Unité.

Le phénix, cet oiseau mythique au plumage écarlate, d'une beauté inégalable, qui, après avoir vécu plusieurs siècles (400 ou 500 ans), s’immolait sur un bûcher et renaissait, comme un soleil, de ses cendres.

Capture Son origine vient de l'oiseau sacré égyptien Bénou (c’est l’historien Hérodote qui l’introduisit dans la mythologie occidentale), un héron cendré qui fut le premier être à se poser sur la colline originelle issue du limon. Il incarnait le dieu du soleil à Héliopolis, ses adorateurs racontaient qu'il n'apparaissait que tous les 500 ans. On rapporte aussi que le phénix se nourrissait exclusivement de rosée et qu'il ramenait des herbes odorantes provenant de lointaines régions pour les poser sur l'autel d'Héliopolis, dans le but de les enflammer pour s'y réduire lui-même en cendres. Il renaissait 3 jours plus tard. Son rapport avec la régénération de la vie vient de son association au cycle quotidien du soleil et au cycle annuel des crues du Nil. Pour les Grecs, le Bénou devint le Phénix (phoinix) dont le nom vient peut-être du verbe égyptien wbn qui signifie « briller », « étinceler » et « naître » concernant le Soleil.

Les stoïciens ont fait du phénix le symbole de l'embrasement périodique de l'univers, suivi de régénérescence.

Dans les légendes juives il se nomme Milcham. L'explication de son immortalité vient d’Ève qui, après avoir goûté le fruit de l'arbre interdit, réussit aussi à tenter les animaux et à leur faire goûter du fruit aussi.

Seul l'oiseau Milcham  ne céda pas à la tentation, pour cela l'ange de la mort obéissant à Dieu lui offrit pour récompense de ne jamais lui faire connaître l'expérience de la mort.

Depuis, tous les mille ans, l'oiseau brûle ; il ne reste alors qu'un œuf  qui se transforme en poussin et l'oiseau continue à vivre.

Le phénix est l’aboutissement de l’Œuvre, symbole du feu secret, qui «se crée» dans la pierre philosophale, lui donnant sa couleur rouge. Assimilé par les alchimistes au soufre philosophique et au nombre quatre (les quatre éléments de la pierre physique et les quatre étapes de la transmutation), le Phénix représente la fixité de l'être vivant en sa mort continuelle, source de renaissances spontanées.

Les premiers chrétiens en feront, quant à eux, un des symboles de la résurrection. La sublimation pascale de l'œuf (passage, résurrection, immortalité) s'identifie désormais au symbolisme de l'oiseau qui renaît de ses cendres. L'œuf de Pâques symbolise ce principe du renouveau.

Le phénix est l’un des symboles majeurs de l’ensemble du Rite écossais Rectifié, accompagné de la devise Perit Ut Vivat, «il meurt pour qu’il vive».

L'image de cet animal légendaire incite à brûler nos insuffisances et à renaître des cendres du vieil homme.

 

 

On retrouve ce sens ontologique dans la sortie d’Égypte des hébreux. L’archétype Pharaon représente dans la Torah, l'égoïsme absolu. Dans Pharaon, il n’y a rien de spirituel, l'âme supérieure ne l’accompagne pas ; elle n’illumine pas. Pharaon est considéré en kabbale comme une âme végétative (ou animale) qui ne brille pas ; il représente au niveau individuel le mauvais penchant ; le Yétsèr HaRa’. En effet, lorsque la créature répare son niveau Paro ; il sort de Métsarim, de ses limites (autre lecture de Mitsraïm, l’Égypte). La lumière de l’intériorité est représentée par Moïse dans le Récit biblique ; il est la force du désir altruiste. C’est le niveau supérieur de l'âme qui illumine. Il débute au-dessus de la Néfesh (l’âme végétative) ; à partir de la Roua’h, le souffle ou l’esprit, puis, c’est la Neshamah, l’âme à proprement dite. Les initiales de Neshamah et Roua’h ( les 2ème et 3ème niveaux de l’âme) nous l’enseignent ; elles dévoilent le mot Nér ( Noun-Reich) , la lumière, opposée à l’opacité de Pharaon.

Le serpent est également un symbole de la lumière de toute renaissance. En effet, tout comme le serpent qui rejette sa vieille peau pour faire peau neuve, la conscience « divine et immortelle » en chacun de nous, rejette une personnalité à chaque mort pour reprendre une autre renaissance. C’est le symbole lumineux qui représente le cycle de nombreuses vies d’un être humain et sa progression dans la mutation de sa conscience.

Comment interpréter cette lumière du nouveau maître ?

Après avoir connu le monde dans ses différences, ses manifestations, ses couleurs, avec une connaissance de l’ombre, le maître le connaît dans son unité avec une connaissance de la lumière. Au retour d’Hiram dans le monde, les rideaux de la chambre lugubre s’ouvrent et laissent passer la lumière, celle de la vie, la lumière originelle débarrassée des scories accumulées au cours des errements antérieurs. La loge est reformée dans la Chambre du Milieu des maîtres maçons, lieu très éclairé comme il est dit dans le Rituel : «La loge retrouve le Corps Glorieux, devenu Corps de Lumière contenant l’espace / temps / univers / corps de lumière /corps de vie.» Implicitement, c’est l’arrêt de la chaîne des vies et des morts, du karma, c’est la libération.

 

La lumière, les lumières, pour Emmanuel Kant, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable (l’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre). Le maître est un être responsable, sorti de cet état de tutelle. 

La mort d’Hiram est nécessaire pour qu’il s’incarne en nous. Le maître est alors comme un oiseau que Nerval appelle l’insaisissable flamme vivante. La lumière ne peut pourrir, elle n’est pas de l’ordre du visible mais, comme l’esprit, elle peut donner à voir l’ordo ab chaos. Lorsqu’une étoile géante rouge meurt, elle détruit tout son système solaire avec toutes les planètes qu’il comportait. Mais cet acte destructeur libère dans l’espace les poussières de la vie. Ces particules chimiques libérées en vastes quantités vont essaimer la vie ailleurs. Alors, n’oublions pas que nous sommes constitués de protons qui tournent à la vitesse de la lumière, et comme une étoile géante le maître connaît la jonction, le contact entre corps et lumière.

 

 

 

 

 

 

 

Frontispice from Kenelm Digby, Demonstratio immortalitatis animae rationalis, Frankfurt 1664.

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Moustapha 03/02/2020 03:20

Super intéressant

Belloc Christian 02/02/2020 21:36

Merci pour tout ce travail, félicitations de Toulouse.

Chenel 02/02/2020 14:30

merci, Solange…