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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 09:53

Qu’est-ce qu’ « Hiram » ? חִירָם ou חוּרָם

 

Au-delà des nombreuses interprétations sur le nom même du Maître, il nous a semblé intéressant de considérer comment est utilisé ce personnage pour être devenu un mythe fondateur en franc-maçonnerie.

 

  • Un personnage de légende

La légende, du latin legenda, lecture publique, est un récit traditionnel où le réel est déformé et embelli. Contrairement aux contes qui se déroulent dans le monde de l'imaginaire, les légendes ont un caractère vraisemblable et font le récit d'évènements qui ont eu lieu ou qui auraient pu avoir lieu.

La légende contient des éléments du merveilleux et repose dans certains cas sur des faits historiques qui ont été transformés par des croyances, ou par l'imagination populaire, ou par l'invention poétique.

La forme de la légende est simple et son objet essentiel est le miracle.

À l'origine, la légende racontait la vie des saints. De nos jours, il s'agit de récits merveilleux d'un événement passé fondé sur une tradition authentique mais souvent modifiée au fil du temps. À la différence du mythe, la légende ne repose pas sur les divinités.

Le drame de la légende d’Hiram nous est révélé dans la fameuse divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, La Maçonnerie Disséquée, publiée à Londres en 1730.

 

  • Un personnage inspiré du Texte biblique

Le mot Hiram, en  hébreu, est constitué de trois lettres : Heth, Resch, Mem. Les lames du Tarot qui correspondent à ces lettres sont : Heth La Justice,  Resch Le Jugement, Mem La Mort (la camarde). HiRaM peut, aussi, être lu dans cette langue comme HaReM qui désigne la « chose cachée », le « lieu obscur » ou comme Ir'HaM signifiant « la vie élevée » ou « l’élévation après la mort ».

Hiram, personnage mythique, incarne pour la franc-maçonnerie un syncrétisme de ces êtres qui doivent mourir pour ressusciter, pour fonder un courant de Tradition.

Le maître Hiram, cet ouvrier sublime, doué d'intelligence et d'un rare savoir, surnommé Hiram Abif, selon les interprètes, signifierait envoyé de Dieu . La tribu de Nephtali dont il est originaire est celle des forgerons (1R 7 ; 14) dont on sait qu’ils sont, de toutes traditions, ceux qui créent le monde par leur maîtrise des entrailles de la Terre. L'homme Hiram, fils d'une veuve, est présenté comme le dernier forgeron descendant hypothétique de Tubalcaïn qui en était le premier. A ce titre, il serait le dernier porteur des secrets de la création, le dernier des descendants du frère de Noé. C'est pourquoi le Roi homonyme l’envoya à Salomon afin de construire le Temple de l'Eternel (2Ch 2, 12) car il est bien évident que les descendants du créateur de l’Arche, porteur de la première alliance, ne peuvent pas être étrangers à la construction de la demeure de pierre qui accueillera Dieu.

C’est grâce à 3 vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : « Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir », בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת ,  vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 « rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir » וַיִּמָּלֵא אֶת-הַחָכְמָה וְאֶת-הַתְּבוּנָה וְאֶת-הַדַּעַת

 

  • Une représentation emblématique Du Maître

Cet aspect est marqué par l’article défini « LE » qui fait du maître Hiram le maître par excellence.

Le nom d’Hiram, ou Hiram Abif, n’est jamais clairement formulé dans les textes anciens des Olds Charges, mais seulement dans les plus tardifs de ces manuscrits.

Dans les Old Charges, le maître maçon, quelque soit son nom, est toujours présenté comme le fils d’Hiram, le roi de Tyr ; ainsi dans le Cooke on trouve : Salomon employait 80000 maçons, le fils du roi de Tyr était le maître maçon.

Ce prétendu fils d’Hiram de Tyr apparaît sous plusieurs pseudonymes dans les différentes versions, peut-être des noms de substitution pour garder secret le véritable nom : Aynon, Amnon, Annas, Benaïm, Hiram de Tickus… Le manuscrit Dowland’s évoque : [Hiram de Tyr] avait un fils, appelé Aynon, qui était maître de géométrie et Grand Maître de tous ses maçons et maître de toute la gravure et la sculpture et de tous les types de maçonnerie du Temple. Dans la version de 1750 de la Fortitude (Old Charges), rapportant la correspondance entre les rois Salomon et Hiram de Tyr, Hiram avait envoyé le bois d’œuvre et il avait un fils nommé Houram qui était maître de géométrie et qui fut Grand Maître de tous les maçons qui étaient au Temple. Le Inago Jones, reprenant un récit de Flavius Josèphe, fut le premier à donner au constructeur le double nom d’Hiram Abif.

Le Dumfries, comme les Constitutions d’Anderson, donne au maître constructeur son nom, sa lignée et sa condition, encore évoqués dans les rituels contemporains, bien que les récits bibliques ne le présentent que comme un fondeur.

RAPMM. Le Maçon que nous pleurons est notre Maître, que l'on nommait Imotep en Égypte et Hiram-Abi à Tyr.

 

  • Un personnage de mystification

La plus curieuse supposition sur l’identité d’Hiram a été faite par la misandre Céline Renooz dans son livre L’ère de la vérité (Histoire de la pensée humaine, évolution morale de l’humanité à travers les âges et chez tous les peuples), paru en 1925, affirmant qu’en fait une femme, la fille du roi de Tyr, était cachée sous le nom d’Hiram. S’appuyant sur le texte hébreu de la Bible marqué par la féminisation des adjectifs qui qualifient le roi David, Renooz considère tout aussi curieusement qu’en vérité David fut une reine, du nom de Daud, qui créa la ville de Jérusalem et entreprit d’y faire construire un Temple. La reine Daud ne fut pas seule à fonder l'Institution secrète qui devait se propager jusqu’à travers la Franc-maçonnerie. Elle eut deux collaboratrices, deux Reines-Mages (ou Magiciennes), avec qui fut formé le triptyque sacré que les trois points de l'Ordre ont représenté depuis. L'une est Balkis, reine d'Éthiopie (appelée la reine de Saba), l'autre est une reine de Tyr, que l'on a cachée derrière le nom d'Hiram, cette reine de Tyr étant Élissar ou Didon. Pour Renooz, la légende d'Hiram et les anciennes traditions laissent entrevoir ce que fut le rôle de Salomon : c'est lui qui attaqua et renversa la puissance féminine et instaura la royauté masculine sur les ruines de la gynécocratie.

  • Un mythème

C’est-à-dire un mythe fondateur d’une société, choisi par celle-ci auquel ses membres ne peuvent qu’adhérer sans la remettre en cause. Le mythème est exprimé par l’ensemble des rites et rituels (le ritème), média entre les membres du groupe et son mythème.

 

  • Une fiction morale

1. Un manichéïsme

Chaque circonstance du funeste événement, que les maçons commémorent dans leurs travaux, fait connaître les vertus devant être pratiquées. Sa sortie glorieuse du tombeau, que l'on retrace, en fait connaître la récompense. Hiram, allant assidûment au Temple pour y faire sa prière, après la retraite des ouvriers, enseigne aux maçons qu'en cette qualité ils doivent encore plus que les autres un pur hommage à l'Être Suprême. Hiram, assassiné par trois Compagnons qui veulent lui arracher le Mot de Maître pour en usurper la paie, fait connaître le danger des passions violentes qui peuvent porter aux plus grands désordres si on ne les réprime pas, l'injustice de ceux qui, sans prendre la peine de faire sur eux-mêmes le travail nécessaire, voudraient arracher aux autres leurs découvertes et s'en approprier les fruits.  Hiram est le symbole de l'homme de grande valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions, se rapprochant de la perfection humaine. Il est  aussi le symbole de l’homme fidèle au devoir, même si le devoir est inflexible comme la fatalité, exigeant comme la nécessité et impératif comme la destinée. Il est, surtout, symbole du franc-maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à la tâche pour laquelle il est assermenté.

  1. 2. La fraternité comme code moral.

C’est l’explication qu’en donne le « catéchisme des trois coups distincts » de 1760 : Premièrement, main contre main, signifie que je tendrai toujours la main à un F\pour l’aider, tant que cela sera en mon pouvoir. Deuxièmement, pied contre-pied, signifie que je n’aurai jamais peur de m’écarter de mon chemin pour rendre service à un frère. Troisièmement, genou contre genou, signifie que lorsque je m’agenouille pour faire ma prière, je ne dois jamais oublier de prier aussi bien pour mon frère que pour moi-même. Quatrièmement, poitrine contre poitrine sert à montrer que je garderai les secrets de mon frère comme les miens propres. Cinquièmement la main gauche qui soutient le dos signifie que je serai toujours prêt à soutenir un frère tant que cela sera en mon pouvoir.

 

  • Une parabole christique

Hiram, dégagé de son linceul funéraire et sortant glorieusement de son tombeau, est appelé à une nouvelle vie, entouré des vertus qu'il a constamment pratiquées et qui lui assurent l'immortalité à laquelle doivent aussi aspirer tous ceux de ses avatars qui sauront l'imiter.

A travers les textes fondateurs, il apparaît clairement que le rituel maçonnique représentait une liturgie judéo-chrétienne dont les éléments servent de support à l’instruction spirituelle et d’encouragement à la pratique spirituelle d’une manière analogue aux liturgies religieuses des églises chrétiennes.

1. L’interprétation christique. On ne peut ignorer l’influence réelle d’une culture religieuse catholique dans la maçonnerie française du XVIIIe siècle. La posture de relèvement et d’accueil du nouveau maître\est une invitation à déchiffrer le sens de la légende d’Hiram dont la première version parut en 1730 dans l’ouvrage de Samuel Prichard intitulé La Maçonnerie disséquée. C’était une divulgation du rituel de la Grande loge de Londres de 1730. Analysant les deux sources immédiates de cette légende (le Graham de 1726 et le Wilkinson de 1727), il est permis de montrer que la figure d’Hiram était une figure allégorique renvoyant à une réalité bien précise : Jésus. Et c’est en ce même sens allégorique sans équivoque que le rituel de la Grande loge de Londres reprit la figure d’Hiram, la superposant à celle de Noé, pour élaborer sa légende, afin d’entamer une herméneutique biblique à l’abri des clergés. La légende maçonnique d’Hiram n’avait rien d’irréel ou d’irrationnel, elle n’avait rien d’arbitraire ou d’artificiel car elle exprimait une interprétation spirituelle, et non charnelle, de la résurrection des morts tout en invitant les maçons à s’interroger sur la notion mystérieuse d’attouchement corporel.

2. Le rappel ecclésiologique et spirituel du calvinisme.  La doctrine calviniste exprimant les fondements de la foi presbytérienne fut présentée et définie en cinq points, mieux en cinq contre-points de la réfutation de l’arminianisme au synode de Dordretch en 1618. Ces cinq points, résumés par l’acronyme anglais tulip (Total depravity, Unconditonal election, Limited atonement, Irresistible grace, Perseverance of the saints), portaient essentiellement sur le primat et les modalités de la grâce et constituaient par là les clefs de la rédemption en vue du salut éternel.

3. La kabbale permet, à partir du mot de maître substitué de proposer une suggestion pour la parole perdue : le constructeur est le tétragramme par l’esprit saint.

 

  • Un mythe solaire

Hiram est, sous le rapport astronomique, l'emblème du soleil, le symbole de sa marche apparente. Sous cette légende allégorique, se cache l'expression de la grande et profonde loi de la palingénésiev qui exige la mort violente de l'initiateur comme complément de l'initiation.

Dans la plupart des mythes ou légendes solaires, il y a un héros frappé à mort par un monstre, un génie, un assassin. Ce héros a une épouse, un fils.  Il est le soleil, sa femme est la terre, son fils l’homme. Malgré leurs divergences de récit, ces mythes arrivent tous à la même finalité : tantôt le héros ressuscite, tantôt il est vengé et remplacé par son fils.

Le franc-maçon, en tant que fils de la veuve, est l’enfant qui devient homme en prenant la place d’Hiram.

 

  • Une époptie                      

L’époptie est un genre littéraire de la nouvelle fantastique pour donner la représentation théâtrale des mythes et l’enseignement d'un secret à partir de jeux scéniques. Les cérémonies d'initiation paraissent toujours suivre, dans l'Antiquité, un ordre déterminé.

La première étape était constituée par les rites préalables de purification. L'initiation se prolongeait par l'époptie. Il semble que, du moins pour les mystères (pour les confréries, il s'agissait plutôt d'un secret magique pour amener la pluie, nourrir le feu), ces représentations consistaient à tuer l'individu (Osiris coupé en morceaux, Bacchus déchiré par les bacchantes) pour le faire ressusciter à une vie nouvelle. Il est donc compréhensible que la mort et la résurrection des dieux de la végétation aient pu symboliser ces morts et ces résurrections initiatiques et que les mythes de la plante qui dépérit en hiver pour renaître au printemps aient fourni les divers scénarios de ces représentations (Mircea Eliade). Le nouvel initié devait alors jurer de garder le secret sur ce qu'il avait vu et appris ; il recevait souvent un autre nom. Les cérémonies de clôture qui suivaient étaient publiques, avec des jeux et des danses qui manifestaient la joie du retour du myste à la vie.

Jacqueline de Romilly a mis en évidence la fonction psychologique et sociale de la tragédie grecque qui permettait d’extérioriser la violence via un phénomène d’identification du spectateur à l’acteur-personnage et de l’évacuer ainsi hors des murs de la cité.

Le rituel maçonnique accomplit une purification assez semblable grâce au spectacle visuel qu’il livre. Il va même plus loin que la tragédie si l’on considère que tous les spectateurs sont également des acteurs de la pièce qui se joue, la gestuelle se joignant à l’observation.

 

  • Une interprétation alchimique.

C’est essentiellement le Rite de l'étoile Flamboyante dont on retrouve trace dans le Système philosophique des Anciens Mages égyptiens revoilé par les prêtres Hébreux sous l'emblème maçonnique vers 1750 qui développa en franc-maçonnerie cette interprétation. Ce Rite est réellement alchimique. Son catéchisme est une description du Grand Œuvre avec en parallèle l'explication alchimique des principaux symboles maçonniques.

 

 

 

 

 

 

v Apparaît au XVIe siècle, emprunté au grec palingenesia, de même sens, lui-même composé à partir de palin, en arrière, et genesis, naissance. Renaissance, résurrection d'un être après une mort réelle ou symbolique. On évoque la palingénésie du phénix (ou phoenix).

Il se dit, en termes de philosophie, soit du retour éternel des mêmes événements, soit de la renaissance des mêmes individus dans l'humanité, soit de l'accès de l'âme à une vie supérieure.

La cérémonie d’élévation au grade de maître est une palingénésie.

 

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Published by elle est parce qu'ailée - dans Franc-maçonnerie
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commentaires

JC-van-Dale 10/09/2017 04:21

Bonjour,
Je me permets une petite rectification au sujet de Madame Céline Renooz, que vous qualifiez de "misandre", ce qui est très réducteur, digne de la plus mauvaise foi, et surtout totalement faux.
A moins d'être un perroquet ignorant, voire illettré et/ou un misogyne indécrottable, n'importe quelle biographie sérieuse rappelle que Madame Renooz était naturaliste, physicienne, psychologue, historienne et conférencière.
Ce n'est pas parce que vous n'avez (peut-être) pas lu son oeuvre ou que vous ne croyez pas au dévoilement de Vérités historiques et scientifiques qui y sont dites qu'il faut travestir la réalité.
Merci de votre compréhension.
Cordialement.

elle est parce qu'ailée 20/09/2017 09:09

Les qualités, que je ne manque pas de reconnaître à Renooz, ne l'empêchent pas de proposer des hypothèses très marquées par un féminisme ardent. Cela m'a paru suffisamment intéressant pour les retenir (puisque je les évoque), mais juste comme des hypothèses qui n'excluent pas d'autres approches et d'autres interprétations.
Cordialement.