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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 12:09

Le Texte raconte qu’il y avait un arbre de vie là où nos premiers ancêtres devinrent des humains. Devenus trop humains et trop gourmands, ils durent quitter ce qui semblait un éden ; on devait être fin mars, ils furent expulsés. Des gardiens sans chair furent missionnés pour leur en interdire l’accès, appelons les Gabriel et Raphaël. Depuis, après enquête, on retrouve ces deux personnages, dissimulés sous le nom de Yakin et Bo’az[1], les deux colonnes à l’entrée d’un édifice, le Temple de Salomon, autre type de paradis, mieux connu sous le nom de pardès. Là, les savants en mystique ont considéré, par élaborations spirituelles, que l’on pouvait conceptualiser qu’il y existait un autre arbre de vie, l’arbre des séphiroth.

S’affichant comme une constante fondamentale, à la fois dans les rituels et dans les loges, bien que très souvent traités en carton-pâte, Yakin et Bo’az nous interrogent sur leur rapport avec cette métaphore arboricole. Légitimement, on est en droit de rechercher leur connivence spéculative, parce que le fameux arbre de la Kabbale, l’arbre des séphiroth, se présente, en fait, aussi sous forme de piliers[3], dont le rapprochement avec nos deux colonnes, alias nos deux piliers, peut paraître à beaucoup comme évidente. Par contagion sémantique, que représente chacun de ces 2 côtés ?

Dans leur séparation : la dualité et le dualisme

Leur séparation apparente : la dualité

- La dualité s’établit d’abord sur la base de la latéralisation, la droite et la gauche[4], si précisément explicite tant pour les colonnes du temple maçonnique que pour les deux piliers de l’arbre des séphiroth. Yakin est à droite en sortant du temple, Bo’az à gauche. Les colonnes font du terme « deux », du binaire, le principe fondamental, essentiel de l’existence du monde sensible et de la vie du genre humain.

Le Zohar appelle Kether « le crâne », Hokhmah et Binah, « les cerveaux » ; l’hémisphère cérébral droit est attribué à Hokhmah (la sagesse) et le gauche à Binah (l’intelligence). Les colonnes du temple, assimilées à ces deux séphiroth, correspondent à toutes les dualités : sujet-objet, agent-patient, actif-passif, positif-négatif, père-mère, gauche-droite, donner-recevoir, agir-sentir, esprit-matière, soleil-lune, abstrait-concret…

- Dès lors que l’on introduit une quelconque opposition, tant spatiale que qualitative, on peut tout aussi bien considérer la dualité, ainsi apparente, comme une mise en évidence des relations des principes archétypaux du masculin et du féminin.

En Jø la voie active de la manifestation, le principe masculin, en Bø, la voie passive, le principe féminin. Ces colonnes appartiennent au monde de la formation (Yetsirah). Les piliers extérieurs Yakin et Bo’az, ce sont les reflets clairement différenciés en mâle et femelle de l'homme androgyne, apparu dans le monde de la création (Bériah) et séparé en Adam et Ève en Yethsirah.

Les textes ne disent pas qu'ils sont symétriques ni semblables. L'une des colonnes est décrite par sa hauteur, l'autre par son diamètre[5]. Ce serait une erreur d'interprétation que de les rendre pareilles. Il s'établit ainsi une correspondance, une altérité sans identification, de celle qui est haute, de celle qui est large. C'est affirmer la différence, maintenir et laisser libre la dimension de l'étrangeté et de l'ailleurs.

C'est dire que l'autre ne revient pas toujours au même. L'autre n'est alors comme opposé que de son autre ; Boaz et Jakin se regardent. Jø et Bø, 10 et 2 en valeur guématrique, donc germe et matrice[6], choisies et nommées, forcément, avec une intention herméneutique.

Dans toutes les traditions anciennes, le cylindre élancé est une représentation phallique ; tout comme la grenade est associée à l’ovaire générateur. L’association de ces deux symboles ne pourrait pas être plus explicite pour les Colonnes qui évoqueraient, en évidence, un symbolisme sexuel de génération et fécondation.

De la lumière originelle qui emplissait de manière égale et sans différence de degré avant le tsimtsoum (le retrait divin qui remplissait le Aïn sof), jaillit une lumière émanée dans le vide laissé par le tsimtsoum. Cette Lumière émanée contient l’ensemble des Séphiroth et se divise en deux rayonnements, l’un intérieur, l’âme, et l’autre le monde de la séparation. Toutes les Séphiroth émettent de la lumière et en reçoivent, mais cette lumière peut être plus ou moins intense. Il est dit que l’émission de lumière est de nature masculine alors que la réception est de nature féminine. Chacune des 10 Séphiroth reçoit l’influx qui lui parvient de l’Aïn-Sof et l’épanche à son tour. On peut alors se demander : comment se fait-il que certaines séphiroth soient appelées mâles et d’autres femelles, si toutes sont androgynes ? De manière générale, les Séphiroth mâles sont des énergies expansives et créatrices, et les Séphiroth femelles sont des restrictions et des stabilisations de ces forces.

L'énergie et la matière sont des formes androgyniques de l'unité qui dans le plérome hébraïque sont aussi considérées comme principe mâle et femelle. Ces principes ne peuvent avoir qu'une coexistence dramaturgique où le principe féminin est source de vie mais aussi de mort pour le principe mâle, c’est la forme limitant l’énergie ; de là à opposer la femme à l'homme n'est-ce pas un danger ? Certes, mais l'androgyne originel n'est pas la dualité de l'hermaphrodite, ni celle des hybrides évoquée dans l'introduction. C'est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création. C'est une consubstantialité de l'unité regardée dans ses aspects différenciés mais c'est de l'unité dont il est toujours question. Ainsi dans la doctrine secrète de Blavatsky "dans un état absolu, l'unique principe sous ses deux aspects d'idéation pré-cosmique (énergie) et de substance pré-cosmique (matière) est unisexuel, inconditionné et éternel. Son émanation est androgyne. Quand ce rayonnement rayonne à son tour, tous ses rayonnements sont androgynes, mais deviennent des principes mâles et femelles dans leurs aspects inférieurs (création, formation). C'est ce que dit aussi Einstein « Je préfère regarder la matière et l'énergie non comme des facteurs produisant les mêmes degrés de courbure de l'univers mais comme des éléments de perception de cet univers ».

- On retrouve cette séparation de l’androgynie dans les initiales du nom des colonnes[7].

· La lettre Yod, initiale de Yakin, dixième Lettre-Force de l’alphabet sacré hébraïque, représente un retour à l’Unité ; il est en quelque sorte un Aleph א intériorisé. La Source de Vie représentée par la lettre Aleph, qui est le germe de toute chose, devient en Yod une Force Agissante, qui stimule de l’intérieur, qui donne la possibilité de créer. Le Yod établit la base rationnelle pour comprendre la mécanique de l’œuvre. Yod est un élément Air créateur et transformateur. Dans le monde matériel il représente la phase dans laquelle les graines de la Pensée, transportées par l’Air, sont aspirées et incorporées dans l’organisme.

D'après la Kabbale, la lettre Yod est un signe ayant deux déterminations: l'une est formée et révélée, le signe Yod dessiné (le dessin originel du signe est un bras étendu, transformé en un point, le sens est une main fermée en un poing) ; l'autre est non formée et non révélée, le point conceptuel proprement dit. Ces deux aspects de la lettre Yod sont appelés aussi "décoincé ou déployé" ou réel et "coincé ou non déployé, contenu" ou irréel.

Le point primordial est le résultat du retrait divin appelé "tsimtsoum" à partir duquel l'univers est créé. Sur l'Arbre de Vie, ce point Yod, placé au niveau de la Sagesse (Hokhmah), émet deux lumières dont l'une, infinie, s'estompe vers le haut. La lumière finie descend et révèle le signe Yod explicite, grâce auquel l'univers et son contenu existent et sont rendus tangibles. C’est bien la colonne Yakin que l’on traduit aussi par : il établit.

D'après la Tradition, le point initial s'est déployé comme une ligne vers le bas en un signe Vav, puis en une deuxième ligne pour former un plan, le signe Daleth. Et de fil en aiguille, le point initial est l'origine de toutes les lettres et de l'écriture.

Mais, par ailleurs, le Yod se révèle dans son écriture explicite "yod-vav-daleth", pour nous confirmer son déploiement progressif.

Le sens de la lettre Yod est le bras, et par extension, la main. Les deux mains jointes forment un lieu de rencontre; les deux mains serrées, un lien de fraternité; les mains ouvertes, l'image d'un soutien, d'une compréhension; la main est le signe de l'action et de la réaction. La main indique, matérialise et fait exister un concept ou une idée.

La valeur de la lettre Yod est dix, retour vers l'unité par la dualité et la multiplicité. I1 y a dix paroles créatrices du monde et dix commandements pour le maintien de celui-ci.

· La lettre Beth, initiale de Bo’az représente la condensation des acquis, l’intériorisation de la Lumière. Pour que l’énergie puisse se manifester, à n’importe quel niveau, elle doit passer par une phase d’intériorisation et de condensation. Cette condensation de la Force Primordiale produit l’Amour. Au niveau humain c’est un amour non révélé, mais qui en agissant de l’intérieur fait avancer sur le chemin de l’œuvre. La lettre Beth symbolise la maison, le réceptacle de la force créatrice de yod. Selon ce symbolisme des lettres, l’initié devrait passer d’abord par Yod, entité masculine, force productrice, rationalité dans la connaissance, ensuite, lorsqu’il saura lire et écrire, il pourra approcher Beth, élément féminin, éveil de l’Amour non plus passionnel, et bâtir sa Maison, son temple intérieur dans lequel le travail de la force créatrice se développera aisément.

Le sens principal de Beth est la maison, un édifice, une construction. "C'est par la Sagesse qu'une maison s'édifie et c'est par le discernement qu'elle se consolide" (Proverbes, 23, 3). Beth est sur la voie du Discernement dans l'Arbre de Vie. Cette lettre a la forme d'un abri fermé sur trois côtés et ouvert à gauche. Beth est également le Temple, le palais divin, la manifestation de l'absolu. D'après la même Tradition, les trois côtés du signe Beth représentent ce qui est révélé, le quatrième côté non tracé est le secret ou le sceau divin. D'après la tradition de la Kabbale, l'ouverture du Beth donne vers le nord d'où souffle le vent frais, la richesse mais aussi les mauvaises intentions. Placée à gauche en sortant du temple, au septentrion, Bo’az est conforme à son initiale.

Venant de l'extérieur, la rigueur peut trouver à l'intérieur du "Beth" la chaleur de la miséricorde. L'ouverture du Beth est la liberté de choix, soit la tentation du mauvais penchant, soit la compassion et l'amour. Il appartient à l'homme de choisir la bonne direction.

Un autre sens de cette lettre est la fille, le féminin. Beth est une préposition qui connote aussi bien l'intériorité que l'accompagnement. Fille et maison suggèrent la douceur d'un foyer à l'abri des vicissitudes: mais pour passer de l'une à l'autre, de "bat", la fille, à "beyt", la maison, il faut ajouter la lettre Yod, image de la loi morale, par le biais des dix commandements (voir Yod ci-dessus). La construction d'un intérieur ne peut s'identifier au féminin que si son fondement est la Loi morale ; alors, l'esprit qui y règne est une âme supérieure.

La valeur de Beth est deux. Beth est le battant d'une porte. En araméen, "bab" avec un double Beth est une porte à deux battants : première lettre de l'Écriture, cette lettre a été choisie pour créer l'univers. Les deux premiers mots de la Bible commencent par un Beth: le premier mot est un contenant, un intérieur offert, celui du Commencement (béreshit). Le deuxième mot "crée" (bara) où Beth est la fille de l'unité, la différenciation et le discernement étant les préludes de toute création. Duelle, la lettre Beth est la première manifestation du multiple.

Sur le plan divin, Beth est le paradoxe des paradoxes: l'univers a-t-il une réalité en dehors du divin? Si le divin est l'unicité et la totalité y a-t-il une place pour l'homme? D'où l'impression intime d'être et de ne pas être à la fois, le sentiment de va-et-vient de l'onde existentielle. La réalité est duelle: dans la tradition biblique, chaque chose est (ou a) son contraire, Beth est à la fois intérieur et extérieur.

En hébreu, père et mère commencent par aleph, fils et fille commencent par Beth : Beth est ainsi la deuxième génération, celle qui a déjà reçu l'enseignement de son aîné, Aleph. Néanmoins Beth est aussi la maison de l'étude, l'abri de la Torah, la nouvelle génération qui apprend aussi par elle- même. L'enseignement doit être toujours répété deux fois : apprendre en araméen c'est répéter deux fois.

Beth est donc un abri précaire de la dualité existentielle, la porte ouverte à l'exercice de la responsabilité de l'homme et de son libre-arbitre, abri consolidé par le discernement et l'étude de la loi.

- Les couleurs de Yakin et de Bo’az, le rouge et le blanc, participent de leur dualité. Les deux colonnes de bronze sont, dans nos temples, coloriées, Jakin, mâle en blanc et Bo’az, féminine, en rouge[8]. Le Zohar assigne une couleur spécifique à chacune des Séphiroth : le blanc à Hokhmah ; le rouge à Binah[9] ; le vert à Tiphereth et le noir à Malkhuth. Ce système de couleur est mis en parallèle avec celui des 4 Mondes qui se voient également attribués une couleur ; en particulier, le monde d’Atziluth est associé au blanc, le monde de Briah au rouge ; toutefois, ces attributions varient selon les kabbalistes et les systèmes.

Les couleurs qui sont visibles à l’œil, ou qui sont représentées en esprit, peuvent avoir un effet sur le spirituel, quoique les couleurs elles-mêmes soient physiques» (Moïse Cordovero, Pardès Rimonim, « porte des couleurs »). Jakin, se trouve ainsi associé avec la séphira de la sagesse Hochma[10], et Boaz, avec celle de l'intelligence, Binah[11].

Lorsqu’il est dit, en I Roi 7, 14, qu’Hiram était «rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir[12]» (reprenant d’ailleurs ces mêmes qualités qu’avait reçues Betsaléel[13], le maître d’œuvre du premier temple nomade sous Moïse), il est, également, fait très clairement une jointure sémantique des deux colonnes avec les deux séphiroth, celle de la sagesse, Hochma, et celle de l’intelligence, Binah (nommé aussi Tébouna).

On sait que, pour les Hébreux, la Loi (celle des tables éponymes) et la Justice, l’équité en son application (que l’on retrouve sous les noms de mishpat et de tsédeq) furent fondatrices de la gouvernance ce peuple et des relations entre eux. «Malheur à celui qui bâtit sa maison par l`injustice, Et ses chambres par l`iniquité[14] !».

En ces sens, Loi et Justice pourraient naturellement être entendues comme rigueur et miséricorde, Le jugement rouge et la miséricorde blanche, car le blanc et l’argent sont les couleurs traditionnellement associées à la gentillesse, le rouge et l’or associés au jugement ; Yakin, tsédeq et Bo’az mishpat !

Une remarque cependant : en alchimie les couleurs ne sont pas les mêmes. Yakin, parce que c'est l'énergie créatrice masculine, la force expansive qui part du centre de tout être, le souffre qui représente le Coagula, le Fixe, c'est-à-dire l'état condensé et corpusculaire de la matière, sa couleur est le rouge.

Bo’az, quant à elle, c'est la réceptivité féminine, c'est l'énergie qui venant de l'extérieur pénètre toute chose : c'est le mercure, la « mère cure », le Solve, le Volatil, c'est-à-dire l'aspect vibratoire et ondulatoire de la matière, sa couleur est le bleu.

Le temple maçonnique a retenu pour ses colonnes les couleurs de leur correspondance avec les piliers de l’arbre de vie, le rouge et le blanc.

L’imbrication de leur nature : le dualisme

Le dualisme de l’opposition apparente nous conduit à la coïncidence des opposés. Inséparables, insécables, les colonnes forment une sorte de dialogue ; l’équilibre de leurs forces de lumière est une structure de la création.

Bo’az traduit la force, mais autre que physique, elle évoque une force supérieure, la force spirituelle de conscience de l'indestructibilité de l'être réel, l'Esprit.

Yakin exprime la solidité, la stabilité; elle signifie que l'initié a dépassé le stade des fluctuations humaines et atteint l'état de l'Être se tenant dans l'éternel présent.

Il est dit que l’union des deux colonnes en génère une troisième, au milieu, qui représente, d’un point de vue ésotérique, l’homme et l’humanité. La combinaison des deux forces opposées produit le pilier central : l’homme parfait. Il est dit aussi que le Temple, situé entre les deux colonnes, serait alors Kether, la couronne, le Père-Mère.

Le travail d’initiation consistera à équilibrer ces deux polarités, afin de donner naissance à la Beauté, qui ne sera pas l’esthétique, mais l’Harmonie sublime créée par la Force et guidée par la Sagesse.

Dans leur interrelation : la lumière

Les deux colonnes dressent dans leurs significations tout l'arbre séfirotique. La sagesse est un arbre de vie pour ceux qui l’étreignent, ceux qui s’y appuient sont en marche[15] .

Hokhmah et Binah, Yakin et Bo’az, comme on vient de le voir sont associées à Sagesse et Intelligence ; il y a lieu, maintenant, de comprendre la portée de l’association Sagesse-Intelligence.

Même s'il est utile de considérer les séphiroth séparément, il faut garder à l'esprit le fait qu'elles interagissent en permanence. Leurs influences se déversent continuellement dans la réalité.

Ce flux incessant assure la stabilité de l'Arbre. Tour à tour, les séphiroth jouent un rôle d'émetteur et de récepteur. Ainsi Hokhmah est passive vis à vis de Kether et active vis à vis de Binah. De plus, une séphira subit l'influence des séphiroth qui lui sont directement liées mais aussi de toutes celles qui la précèdent.

Une première séphira, sphère de manifestation, est placée plus haute que les autres sur le pilier du milieu. Elle s'unit avec la deuxième séphira du pilier de droite qui elle-même s'unit sur le même plan à la troisième séphira sur le pilier de gauche formant ainsi un triangle, dit triangle suprême. Cette triangulation issue du néant, de l'origine, est tout à fait particulière. C'est le commencement. C'est comme une phrase où l'idée serait en germe mais ne trouverait de réalisation que dans une phase ultérieure : une idéation de l'univers.

Kether, traduit par couronne, la première séphira est placée donc au sommet, au commencement de la manifestation primordiale. Elle représente en quelque sorte la cristallisation primitive de ce qui jusqu'alors n'était pas manifesté et reste inconnaissable pour nous.

Il n'existe en Kéther aucune forme mais exclusivement de l'intention pure, quelle qu'elle puisse être : c'est une existence latente séparée par un degré de l'origine, du non-être ; de l'Aïn-sof. Cette séphira contient tout ce qui était, est, et sera en même temps. Elle est celui-en-train-de-devenir. C'est avec l'existence manifestée dans des paires d'opposés que cette unité prendra un sens accessible, mais dans Kéther il n'y a encore aucune différenciation. Elle perdure elle-même et en elle-même. Ces différenciations qui nous la rendent intelligible apparaîtront seulement lorsque Hokhmah et Binah, noms des 2ème et 3ème séphiroth, auront été émanées.

Kéther, c'est la monade existant sans attributs perceptibles mais les contenant tous cependant. Par là elle contient les potentialités de toutes choses. Nous ne pouvons définir Kéther, nous ne pouvons qu'y faire allusion. L'expérience spirituelle assignée à Kéther est dite l'Union avec Dieu: but et fin de toute expérience mystique ou alchimique. On ne s'étonnera pas d'y localiser comme vertu celle de l'accomplissement, de l'achèvement du grand Œuvre alchimique, le retour final. Le point parce qu'il n'a pas de dimension lui est tout naturellement associé comme symbole référant. Mais on lui trouvera d'autres titres comme Existence des existences, le point primordial, le point dans le cercle, le macroposope initial, la lumière interne, Lui, la tête blanche et son archange est Métatron.

L'énergie de Kéther se déploie et ce dynamisme premier, ce point en mouvement trace une ligne qui va vers la deuxième séphira Hokhmah : la sagesse. Cette expansion de force non organisée et non compensée serait plutôt une énergie incontrôlable : le grand stimulant de l'Univers. Mais il est impossible de la comprendre sans lui associer Binah, troisième séphira de l'arbre et première séphira organisatrice et stabilisante, Binah : la compréhension. Si les titres donnés à Hokhmah sont Ab, le père suprême, tétragrammaton, IHVH, Yod du tétragramme (représenté souvent en français par la lettre J) et si les symboles qui lui sont rattachés sont le phallus, le lingam, la pierre qui tient debout, la tour, le bâton du pouvoir qui se dresse, on ne sera pas étonné de voir et d'entendre en Binah (l'entendement), ima, la mère sombre Elhoim, la brillante mère féconde, la grande mer, Mara, racine de Marie et de la reconnaître dans la coupe, le calice, le Yoni, la robe extérieure de dissimulation (terme hindou et gnostique qui désignent les organes sexuels de la femme).

Ainsi Kéther est l'être pur, tout puissant mais non actif. Lorsqu'une activité en émane, que nous appelons Hokhmah c'est un flot descendant d'activité pure qui est la force dynamique de l'Univers et qui se stabilise en Binah. Il prend alors forme en Binah. L'Unité de Kéther est une monade se donnant à voir dans deux séphiroth. Elles forment ainsi la triade suprême. L'unité du commencement sous ses deux aspects différenciés peut être représentée par un triangle : Kéther, Hokhmah, Binah. Les Kabbalistes nomment la première triade KaHaB, כחב, acronyme constitué par l’initiale des noms de ces Séphiroth.

Le Delta de notre temple est-il un triangle de cette sorte ? Oui, nous dirions même que nous avons cloué ici la triade suprême mais c'est aussi la monade pythagoricienne. Notre Delta c'est la consubstantialité de l'Esprit manifesté (l'énergie), de la matière (la forme) et de l'univers leur fils. Il est placé du côté des mondes supérieurs c'est-à-dire pour nous à l'orient. À l'autre extrémité, dans le monde de la formation, considéré comme inférieur parce que plus éloigné de l'origine, il y a la même symbolisation. Sous une autre forme, J\et B\représentent, dans la phase du monde de la dualité, les deux aspects différenciés mais séparés de l'unité idéale du Delta qui les contient en idéation où ils sont encore réunis dans la perfection androgyne. On pourrait dire que depuis le sommet du Delta en passant par ses pointes basses, reliées aux colonnes du Temple, sont tracés les piliers de l'arbre de vie où les Føet Søsont à la fois les sphères de lumière et les sentiers par lesquels s'actualise la transcendance.

Parce qu’il y a du « et » dans l'androgynie inaugurale, la genèse nous propose, à partir de ce « et », une catégorie de pensée. Ce qui est proposé, ce n'est pas que Dieu existe ou pas; c'est qu'il faut qu'il y est du « et » pour qu'il y ait rapport de nature, sinon c'est le chaos, le magma. Ce « et » nous dit de rendre le masculin et le féminin, le Moi et le Soi, l'individu et le collectif harmonisés dans une unité. Il faut rigueur et miséricorde. Pour qu'il y ait du fils ou de la fille il faut qu'il y ait réellement père et mère, ab et ima, sinon c'est le magma psychique, social, sans le et c'est le délitement de la société. C'est le barbarisme du polythéisme qui offre ses monstres qui ont nom viol, crime, inceste, élimination de l'autre. Quand il n'y a plus la conjonction, même quand il y a indifférence, il n'y a pas de réalité, il n'y a que des humanités sans rapport de nature Humaine. Il n’y a plus la présence de la transcendance humaine qui est l'humanité dans la justice ou la bénévolence.


Présentation des séphiroth

Kéther : la Couronne

le point primordial, la vaste contenance, la tête blanche, l'existence des existences, l'ancien des jours

La première séphire commence l'Arbre et n'a pas de commencement. Elle incarne l'étincelle divine elle-même. Cette "incarnation" est dépourvue de forme, même mentale et ne peut être comprise, d'après la Kabbale, qu'en faisant un avec elle, en devenant dieu. La maxime "Nul ne peut contempler la face de Dieu et continuer à vivre" semble s'appliquer tout particulièrement à Kether.

Dans les traditions et les religions, elle représente le Dieu suprême, le Père hermaphrodite, le Créateur. Dans un système de pensée, elle peut être assimilée au postulat de départ, le concept-clé qui n'a pas d'antécédent et qui permet au système de se déployer.

L'image du point, objet sans dimension, est fréquemment associé à Kether. Elle est Couronne car elle confère tout pouvoir à l'homme tout en étant distincte de son être, posée "au-dessus" de lui.

le point, le point dans le cercle, le crâne, l'étincelle divine, le lotus aux mille pétales

Hokhmah : la Sagesse

le père suprême, le yod, le tétragramme, le débordement

La deuxième séphire est expansion, une déferlante dans laquelle tout existe de manière indifférenciée. Elle est mouvement : le point s'animant devient ligne et acquiert la première dimension. Hokhmah représente l'élan premier, le flux inexorable, le concept-père qui contient potentiellement tous les autres, le principe masculin. Elle est Sagesse en ce sens qu'elle incarne l'état ultime avant la fusion totale avec Dieu (la conscience cosmique).

la ligne droite, le côté gauche du visage, le phallus, la pierre dressée, la tour, le bâton de pouvoir, un visage barbu

Binah : la Compréhension

la mère sombre, la mère stérile, la mère lumineuse, la mère féconde, le trône, la grande mer, le réservoir

La troisième séphire densifie et concentre le flux de Hokhmah. Binah est associée au principe féminin. Elle est la Mère dans toute son ambiguïté : celle qui donne la vie, c'est-à-dire qui façonne l'élan premier pour lui donner forme, mais aussi celle qui donne la mort, toute limitation du divin étant voué à la destruction. Cette restriction de Hokhmah en Binah marque la naissance du Temps. La ligne, canalisée, se façonne et devient triangle. La deuxième dimension apparaît et, avec elle, les prémisses de la finitude.

Binah est Compréhension, ce qui induit déjà une certaine dualité : on comprend quelque chose (qui nous était donc étranger) tandis que l'on est sage (synthèse, union).

la coupe, le côté droit du visage, la Vesica Piscis, la vulve, le calice, une femme mûre

Chesed : la Miséricorde

Gedulah, bienveillance, amour, majesté

La quatrième séphire est intelligence cohésive et réceptacle de tous les pouvoirs. Les formes rendues possibles par Binah sont maintenues et alimentées par Chesed. Elle assure leur pérennité. Chesed est cohésion et multiplicité. Elle est associée aux principes d'ordre, de synthèse et d'assimilation. Dans le corps humain, on peut l'associer à l'anabolisme. En termes d'attitude, elle est compassion et magnanimité.

la figure géométrique, le bras gauche, le tétraèdre, la pyramide, l'orbe, la croix aux bras égaux, le sceptre, un roi couronné assis sur son trône

Geburah : la Sévérité

Din [justice], Pa'had [crainte], rigueur, force

La cinquième séphire est intelligence radicale. Elle est discriminante : elle va à l'encontre du processus de cohésion de Chesed. Elle est force car elle disperse, guerre car elle oppose, chaos car elle détruit. Elle est courage car elle met à l'épreuve les créations de Chesed. Elle est souvent associée au principe du Mal et à Satan, l'Adversaire, "celui qui sème la discorde". Ceci ne signifie pas que Geburah soit "maléfique" (voir qualités des séphiroth). Ordre et chaos sont deux principes indispensables à l'équilibre du monde. De ce point de vue, il n'est pas étonnant que les mathématiques et la physique moderne s'en fassent aussi l'écho.

Dans le corps humain, Geburah s'apparente au catabolisme (partie destructrice du métabolisme amenant la transformation de la matière vivante en déchets). Geburah est parfois appelée Din, la Justice, bien qu'on la qualifie de "sévère". La Justice serait plutôt l'action conjuguée du couple Chesed, Geburah. Cette dernière séphire peut être alors perçue comme étant la balance qui permettra de rendre le jugement final (de trancher).

le pentagone, l'épée, la lance, le fouet, un guerrier sur son char

Tiphereth : la Beauté

l'équilibre, la moindre contenance, le roi, le fils, l'homme

La sixième séphire est intelligence médiatrice et union des influences. Elle est beauté, harmonie des formes et des idées. C'est un point d'équilibre mais aussi un carrefour : le lieu où la transmutation des énergies est possible. En ce sens elle est associée au sacrifice (renoncer à un acquis pour atteindre un état de conscience plus grand).

Le soleil qui se consume en permanence pour briller est le symbole le plus utilisé pour désigner Tiphéreth.

le cube, la poitrine, le cœur, la croix du calvaire, la rose-croix, la pyramide tronquée, le soleil, un enfant, un dieu sacrifié

Netza'h : la Victoire

fermeté, puissance, synthèse

La septième séphire est intelligence occulte, union de l'intellect et de la foi. Netza'h est associée à la beauté, sous toutes ses formes. Netza'h est élan mystique, confiance et enthousiasme.

Elle est la sphère des émotions, des sentiments et plus généralement des élans, des tentatives de compréhension immédiate. Les errances de Netza'h deviennent alors coups de foudre ou projections (au sens de Jung : on octroie aveuglément à l'être aimé les qualités que l'on souhaite y trouver).

Netza'h est Victoire car elle est but atteint, adéquation. Elle nourrit les tentatives de compréhension dans lesquelles on essaie d'entrer en résonance avec l'objet que l'on cherche à comprendre.

les reins, les hanches, les jambes (en mouvement), la lampe, la ceinture, la rose, une femme nue

Hod : la Gloire

La huitième séphire est intelligence absolue. Hod est associée aux formalismes, à la logique, aux systèmes formels, au rationalisme. Elle est Gloire car elle exprime la reconnaissance du savoir maîtrisé, codifié et délivré à tous. Hod dissèque les élans de Netza'h, analyse et oppose, démonte et argumente. Le flux de Netza'h, canalisé par Hod, engendre une boulimie de savoir, une versatilité, une inventivité extrême. Celui qui cherche à tout savoir, qui "dévore" les informations, se rencontre souvent dans la sphère d'Hod. Sous l'influence de cette séphirah, l'homme tente de comprendre un objet en l'analysant.

Hod est le réceptacle de la connaissance figée (les livres), en ce sens elle est la gardienne des secrets, des savoirs et de la mémoire du monde.

les reins, les jambes, les Noms, le tablier, un hermaphrodite, le langage

Yesod : le Fondement

fondation, trésor des images

La neuvième séphire est intelligence purifiante. Elle conçoit le moule des formes, les sculpte, assure leur intégrité. Elle façonne le fleuve de vie issu de Netza'h dans les structures complexes élaborées par Hod. Elle sélectionne les images résultant de l'union de ces deux principes pour ne garder que les esquisses pures et équilibrées. Ces images, ces plans, ces architectures, deviendront matière dans Malkuth.

Ainsi Yesod est le fondement de toute chose s'incarnant. En tant qu'union de deux principes, elle est plaisir et jouissance. La lune, qui préside aux cycles menstruels chez la femme, est intimement liée à Yesod.

les organes génitaux, les parfums, les sandales, la Lune, un homme nu

Malkuth : le Royaume

Kallah [la fiancée] , le seuil, le seuil de la mort, le seuil des larmes, le seuil du jardin d'Eden, la Shekinah, la mère inférieure, la reine, la vierge

La dixième séphire est intelligence resplendissante. Elle est le réceptacle de toutes les influences. Malkuth incarne le stade ultime de la forme, dense et palpable, incapable d'exister plus concrètement. Elle est notre univers, notre planète, notre corps et toutes choses animées et inanimées qui nous entourent.

Malkuth est le Royaume des formes imaginées enfin réalisées. Malkuth est aussi le lieu où les liens entre force et forme se dégradent et se rompent, le seuil où l'on "rend l'âme", où ce qui ne peut être assimilé devient déjection. Le défi de l'homme est sans doute de pouvoir maîtriser un jour la myriade d'énergies et d'influences qui s'agitent dans son royaume.

le cercle, les pieds, l'anus, l'autel du double cube, le diadème, la croix aux bras égaux, une jeune femme couronnée assise sur son trône

NOTES

[1]

Yakin (avec noun final) + Bo’az = 819, en valeur réduite = 9

Gabriel גבריאל + Raphaël ראפאאל : en valeur pleine puis réduite (apparition, dissimulation) = 73+412+510+20+11+74 = 1180 et 510+111+81+111+111+74 = 998 soit 1180+998 = 3178, en valeur réduite = 9

Yakin et Bo’az sont semblables à Gabriel et Raphaël. Elles marquent l’entrée du paradis spirituel, le pardes. On dit que c’est seulement dans le Temple que pouvait se réaliser l’élévation spirituelle à travers les 4 niveaux d’étude du Pardès, domaine réservé de la Connaissance ésotérique de la Torah.

1 – pshat : Sens littéral du texte qui ne traite que monde sensible.

2- remez : Allusion, « Insinuation ». C’est le niveau plus élevé de l’étude, d’où la racine ram qui veut dire « élevé ».

3 - derash : Interprétation figurée. C’est la parabole, la légende, le proverbe, etc.

4 - sod : Secret. C’est le niveau ésotérique concernant la théosophie, la métaphysique et la révélation des choses surnaturelles, secrètes et mystérieuses.

Le Pardès est une référence aux quatre niveaux de compréhension de la Torah et aux quatre branches de l’enseignement de la Torah : Mikrah (versets), Mishnah (enseignement légaux), Talmud (enseignements élaborés de la Mishnah), et Kabbale (explication ésotérique de la Torah).

[2]

[4]

Au Rite Écossais ancien et accepté

Vén : Quelle est votre place en loge 1er [puis 2ème ] survø ?

1er survø : …, à gauche de l’entrée du temple…

2ème surø : …, à droite de l’entrée du temple…

Voir aussi note 7

[5]

I Rois 7, 15. Il moula les deux colonnes de cuivre, dont l'une était haute de dix-huit coudées, et un fil de douze coudées mesurait le tour de l'autre.

[6]

Le «Iod» initial de Jakin correspond à la masculinité par excellence. Beth, initiale de Bo’az, est considérée comme essentiellement féminine, car le nom de cette lettre signifie maison, d'où l'idée de réceptacle, de caverne, d'utérus.

[7]

[8]

Glossaire Théosophique, par Helena Blavatsky. Ouvrage théosophique publié aux Editions Adyar ;

[9]

Sur le symbolisme de la couleur, nous retenons ce passage de Gikatila : Le blanc est la substance de Hokhmah, qui est Miséricorde du côté de la Blancheur et une part de Din et d’anéantissement du côté de Binah rouge. Par contre, au sujet de Binah, secret de l’arrière, sa substance est rouge, et le blanc est auxiliaire pour elle. C’est la raison pour laquelle, à partir de Hokhmah, l’attribut Rah’amim (Miséricorde) se déverse du côté droit, qui est Abraham ». (Secret de la couleur de Gikatila).

[10]

Hokhmah. חכמה

Hokhmah est un terme hébreu qui signifie « sagesse »; et la Kabbale est la voie de réalisation de la « Hockmah nitsarah », la «Sagesse cachée». Pour le kabbaliste, la Hokhmah n’est pas une pure conception philosophique abstraite, mais une réalité primordiale, dont l’expérimentation amène à la réintégration divine, par l’union du monde d’En haut et du monde d’En bas.

La Hokhmah est ainsi la Sagesse, la Sapientia, l’omniscience et l’omnipotence divines.

Traditionnellement, la place de Hokhmah dans l’Arbre de Vie se situe au sommet du Pilier de Miséricorde, Miséricorde qui devient évidente en considérant ce jaillissement issu de Kéther comme un don si fort et si total de l’Énergie elle-même que son effet se fait sentir jusqu’aux plans les plus sombres et les plus denses des mondes inférieurs.

Cette émanation a pour nom Sagesse car «elle est cachée et mystérieuse, une réalité qui n’a ni limite ni fin, elle est le secret de la Sagesse car elle est une chose inaccessible qui réside dans la Pensée» (Moïse de Léon, Fragment sans titre). D’elle, le Bahir nous dit : «La deuxième parole est Hokhmah dont il est écrit «יהוה m’a acquise au début de sa voie, avant ses œuvres les plus anciennes » (Prov. 8, 22) ; et il n’y a point de «début» en dehors de Hokhmah, car il est écrit «Le début de la Hockmah c’est la crainte de יהוה» (Psaumes 111, 10). Crainte est Yrah – יראה – un des noms de la Hokhmah selon le Shaarei Orah de Gikatila.

La tradition qualifie ainsi Hokhmah dans le texte des Trente-deux Sentiers de la Sagesse : «Le second sentier est celui de l’Intelligence Illuminante : c’est la Couronne de la Création, la Splendeur de l’Unité, égalant celle-ci, et elle est exaltée au-dessus de chaque tête, et les Kabbalistes la nomment la Seconde Gloire».

Ce texte nous montre clairement que le pouvoir jaillissant de Kéther (la Couronne Suprême) en action positive est reçu par Hokhmah qui le transmet en Action positive dynamique dans la Création. Voilà pourquoi Hokhmah est appelée la Seconde Gloire. Car d’elle-même elle ne fait rien, elle n’agit qu’avec Kéther dont elle redistribue la Lumière aux autres Séphiroth. Alors que Kéther est la Volonté Divine, le «Je», Ani אני, de la Création, celui-ci doit encore être réalisé, le «Je» doit devenir un «Je suis», Ehyeh אהוה, et cela est réalisé en Hokhmah.

La Sagesse de Hokhmah révèle une connaissance subjective et intime qui est connue car interne et sans recours à un enseignement extérieur. Hokhmah est le royaume du Spirituel absolu qui manifeste l’Essence. C’est Hokhmah qui donne forme à la puissance latente et dormante de Kéther et c’est pourquoi c’est en elle que le « Je » devient « Je suis ». La Lumière originelle émanée de Kéther, descend au niveau de Hokhmah et la pénètre. Ensuite, la Lumière de Kéther s’unit à la Lumière de la Hokhmah, et ensemble, elles descendent dans les autres Séphiroth.

Au niveau de la Guématria, nous pouvons déduire ce qui suit :

Heth ח – 8, Kaph כ – 20, Mem מ – 30, He ה – 5 ; soit = 63.

Dans l’analyse de la graphie des lettres, nous pouvons discerner tout de suite que l’initiale de Hokhmah est le Hèth, la Barrière, ce qui doit empêcher d’aller plus loin. Et il s’agit bien également du rôle de cette Sephira, être une barrière à l’accès de Kéther qui est inaccessible au mortel. A ce sujet, le Tomer Dévorah (Palmier de Déborah) nous dit « La Sagesse a deux faces : une face supérieure tournée vers la Couronne (Kéther), qui ne regarde pas en bas mais reçois d’en haut ; une seconde face, inférieure, est tournée vers le bas pour veiller aux Séphiroth » (Moïse Cordovéro, Tomer Devorah, p.83, éditions Verdiers).

Il est dit : ne lis pas « Hokhmah », Sagesse, mais «Rosh Mah», «Tête du Quoi», ce Quoi, ce Mah, מה, c’est le monde d’En-bas. Ainsi, la Sagesse est le principe de notre monde, la ligne qui doit en être directrice ». Ce qui répond quelque peu au : « Que signifie « sagesse » (חכמה) ? Attends (‘hakeh – חכ) quelque chose (mah – מה) » (Le Sicle du Sanctuaire de Moïse de Léon).

Hokhmah, la Sagesse, est également «le palais» (hekh, חך) du «quoi» (mah, מה), les secrets du monde (représenté par le Mah) sont dans la Sagesse divine comme il est dit : « יהוה m’a conçue principe de son chemin, avant ses œuvres, depuis toujours » (Proverbes 8, 22).

Afin de bien comprendre la place de la Hokhmah dans le cycle des Émanations divines, il est utile de citer ici le verset 54 du Sepher ha-Bahir : « Ceci se compare à un roi qui avait une fille bonne, agréable, belle, parfaite. Il la maria à un prince, la vêtit richement avec couronne et parures. Il lui donna une grande dot. Le roi peut-il désormais vivre en dehors de sa maison ? Tu as dit : Non. Lui est-il possible de rester toute la journée avec elle ? Tu as dit : Non. Que fit-il ? Il aménagea une fenêtre entre lui et elle, et chaque fois que la fille a besoin de son père ou le père de sa fille, ils communiquent à travers cette fenêtre… ».

Le Roi représente dans ce texte la Hokhmah (Sagesse), et la fille, la Malkuth (Royaume), l’archétype du féminin, le lieu de la Présence Divine, la Shekhinah. Elle est la fille qui a donné naissance à toutes choses Le Roi se retire et se restreint en laissant une « fenêtre » à travers laquelle il peut communiquer avec sa fille ; cette fenêtre restreint l’espace, mais peut être ouverte à souhait. C’est la lettre Hé ה du Tétragramme יהוה, dont il est dit qu’elle représente les cinq niveaux de l’âme ; ils sont voilés mais servent de « fenêtre » vers Dieu.

Ces personnifications : père, mère, fille sont aussi représentatives de la doctrine du Zohar car, traditionnellement, chaque Sephira désigne ainsi une « personne » divine : Hokhmah est Abba אב, le Père. Le niveau de l’âme correspondant se situe dans le monde d’Atsilouth et s’appelle la Hayah, la vitalité. Hokhmah en tant qu’image divine «Père» est le Père de tout, le Père Suprême, force virile et masculine. Et Hokhmah est le Père de tous les existants comme il est dit : « Que tes œuvres sont grandes, ô יהוה, tu les as toutes faites avec Sagesse » (Psaumes 104, 24).

Les Noms de Hokhmah.

Hokhmah est également nommée « La Racine du Feu ».

Noms divins de deux lettres Yah (יה), El (אל) ; Nom de quatre lettres YHVH (יהוה).

Il est ici instructif de méditer sur cette transformation du Nom divin en Kéther, qui est Ehyeh (אהוה) en Nom divin יהוה, le Tétragramme, en Hokhmah. Le passage du Aleph א, 1, au Yod י, 10. Le passage du monde archétypal au monde de la Formation.

Hokhmah est encore appelée « La Robe Intérieure de Gloire », que l’on peut comprendre comme la lumière Intérieure.

Cette Sephira est également appelée Mah’shavah, Pensée, מחשבה, c’est-à-dire le point de la pensée, secret du commencement de l’expansion de Kéther. La racine ‘Hashab, חשב, signifie « pensée ». On peut donc lire ce mot comme Mah ‘Hashab, מה חשב, « Quoi pensée », le sujet de la Pensée inconnaissable de Kéther. Une autre lecture serait Mach Shahbah, מח שבה, Shahbah signifie « capturer » et Mach « cerveau ». Ce qui pourrait signifier que la Sagesse est la capture du ou par le cerveau.

La Kabbale appelle aussi la Hokhmah : « Moh’a » מח, le cerveau, car le cerveau est le reflet de la Sagesse. En effet, le cerveau est un réceptacle qui s’emplit, telle la Hokhmah, de la Lumière de l’intellect supérieur tout en en faisant bénéficier le monde d’en bas. Le cerveau est une potentialité qui peut ou non être utilisée. Ce développement doit bien sûr s’opérer dans le travail et l’effort afin de réaliser la potentialité. Et Virya de nous dire à ce propos : Le développement de la sphère spirituelle qu’est la Hokhmah s’obtient par l’effort; dans la mystique cette volonté s’appelle «Hishtadlouth». Ce terme vient de la racine «shidél» dont le sens est «exhorter», «encourager». En le permutant, ce mot devient «lishé», «revigorer», «monter la sève». La permutation dans un autre sens donne «shéléd», le «squelette», la charpente sur laquelle l’existence repose. L’Hishtadlouth est l’effort qui sert de charpente à notre force vitale et spirituelle.

Selon le Shaarei Orah de Joseph Gikatila, les Nom suivants sont associés à la Hokhmah :

Yesh – יש ; Ratson – חצון ; Yod rishonah shel Shem (Premier point du Nom) -יוד ראשונה של שם ; Aba – אבא ; Eden – עדן.

[11]

Binah. בינה

« Qu’est-ce que Binah ? Binah est produit par l’union du Yod י et du Hé ה, comme son Nom l’indique (Ben Yah בן יה, fils de Dieu) ; c’est la perfection de tout » (Zohar : Idra Zouta Kadischa). Son autre nom est Tébouna (תבונה) que l’on traduit par «Prudence». La qualité attribuée à Binah est le Silence. Silence qui suit la Sagesse et s’en nourrit ! Silence – חשה, Hassah en hébreu – où tout s’élabore. Le silence et la Sagesse qui sont mère de l’intelligence, intelligence qui est le nom de Binah. La racine «Bene» בין en hébreu signifie « comprendre», «discerner» et בינה signifie «compréhension», «discernement». Cette Sephira porte ce nom car elle est une expansion de la Pensée. « Or, grâce à la poursuite du déploiement, le méditant en arrive à discerner une certaine chose ou à avoir une certaine compréhension de la chose dissimulée et cachée, ce qu’il n’avait ni soupçonné ni discerné auparavant, car il n’a pas à s’occuper de ce qui est caché » (Haguiga 13a).

Binah est la puissance féminine archétype : « Au principe femelle sont attachés tous les êtres d’ici-bas. C’est de lui qu’ils tirent leur nourriture et leur savoir » (Zohar). En tant que puissance féminine, Binah est la Matrice de la Vie et en elle la Kabbale, et la théorie des Parzufim, distinguent deux aspects : ama (אמא), le Sombre Mère stérile ; aima (אימא), la Mère fertile rayonnante. - Binah est Imma, la Mère. aima donne la vie ; son action fait que le force issue de Hokhmah (qui est dans les Parzufim, Aba אבא le Père) ne se perde pas mais puisse accomplir son chemin harmonieusement dans la Manifestation, l’intelligence étant la manifestation de la Sagesse, comme il est dit : « Le commencement de la Sagesse, c’est : acquiers la sagesse (Hokhmah) et avec tous ces biens acquiers l’intelligence (Binah) » (Proverbes 4, 7).

Si Hokhmah, racine du Feu, est le principe mâle, actif, le Père Suprême, Binah, quant à elle, racine de l’Eau, est le principe femelle, passif, la Mère Suprême. De l’union du Père et de la Mère naissent les Séphiroth inférieures.

Comme le dit Moïse de Léon dans le Livre de la Grenade : « La Hokhmah est la dimension de la sainteté appelée Saint, et lorsque la Hokhmah se déploie dans sa Binah, selon le secret des sentiers, en se joignant à elle la Binah prend le nom de Saint des Saints ».

La position de Binah sur l’Arbre de Vie : au sommet du pilier de Rigueur, s’explique en considérant ses aspects gestion et limitation. Binah limite la puissance pénétrante de la Hokhmah, elle en adoucit les effets afin de la transmettre aux Séphiroth conséquentes et Binah transmet au niveau émotionnel la Sagesse de la Hokhmah.

Au niveau de la Guématria, nous obtenons : 67 (beth, 2 + iod, 10 + noun, 50 + hé, 5) : 13 par réduction. Or, 13 est la numération de Échad, Un, אחד. Par là, nous voyons donc que, bien que commençant par un Beth qui est la lettre de la Création et donc de la division, Binah renferme, en son nom, l’Unité intrinsèque divine.

Binah est également appelée Marah, מרה, la grande Mer (Notons que מרה = amertume). Nous retrouvons ici les grandes Eaux matricielles par le Mem מ, initiale de Mayim, les eaux.

Binah est encore Khorsia, le Trône, siège du pouvoir divin. C’est le trône où Malkuth, la Fiancée du Microprosope, est appelée à s’asseoir. Cette Séphira porte le titre « La robe extérieure de dissimulation ». C’est elle qui recouvre Hokhmah, la robe Intérieure de gloire, comme la substance contient l’énergie alors formulée. Cette image nous incite à aller au cœur des choses, à passer outre l’aspect extérieur.

Le Palmier de Déborah nous dit de Binah : « Comment l’homme pourra s’habituer à la mesure du Discernement (Binah) ? Il s’agit de revenir par le repentir (teshouvah), rien n’est plus important, car celui-ci répare tout dommage » (p. 88). Selon Cordovero (Or Yaqar), celui qui médite le repentir entraîne et obtient le Discernement.

Le Shekhel ha-Qodesh de Moïse de Léon donne les noms suivants pour Binah : Palais du Saint, Intériorité, Cinquantième Année (un indice quant au 50 Portes de l’Intelligence), Chofar, Monde à Venir (Olam ha-Ba – עלם הבא). Traditionnellement, le Nom Divin associé à Binah est יהוה Elohim. Toutefois, dans le Shekhel ha-Qodesh, la Binah est associée à Eloha, אלה. Le Shaarei Orah de Gikatila nous donne les noms suivants qui sont associés à Binah : Yovel – יובל ; Teshouvah (retour, repentance) – תשובה ; Lashon (langue) – לשון ; Nadir – נדר ; Kipourim (pardon) – כפירים ; Anoki (je) – אנכי ; Hayyim (vivant) – חיים.

[12]

תעַהַדַּ-וְאֶת הַתְּבוּנָה-וְאֶת הַחָכְמָה-אֶת וַיִּמָּלֵא

Il l’a rempli de sagesse, d’intelligence et de connaissance, Hochmah, Tabouna (autre nom de Binah) et Daat.

[13]

Exode 31,3 : concernant Betsaléel, « Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir », וּבְדַעַת וּבִתְבוּנָה בְּחָכְמָה,

[14]

Jérémie 22, 13.

[15]

Proverbes 3, 13 et 18. Heureux l'homme qui a atteint la sagesse, le mortel qui met en œuvre la raison… Elle est un arbre de vie pour ceux qui s'en rendent maîtres : s'y attacher, c'est s'assurer la félicité.

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Published by elle est parce qu'ailée - dans Franc-maçonnerie et Kabbale
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commentaires

Jean-Jacqves Saint-Etienne 20/10/2015 10:12

Bonjour,

Cette planche n"est pas conforme à l'esquisse. Ne le prenez pas mal. Cette planche est magnifique, mais il lui manque un détail d'importance.
La dualité de J et B pour Jakin et Boaz de l'Ancien Testament appelle la dualité de J et B de J ean le B aptiste du Nouveau Testament. Les loges maçonniques ne sont-elles pas dites de Saint Jean?
Jean-JacqVes Saint-Etienne de la G.L.N.F.

elle est parce qu'ailée 13/03/2017 09:59

Bonjour, On en peut pas parler de dualité quand on envisage JB comme un acronyme.
Je vous propose d'autres interprétations des initiales JB
J comme Joram ou Huram ou Hiram, roi de Tyr, qui le remarqua parmi tous les autres et l'envoya à Salomon, lui, son art et les bois et les métaux nécessaires à la construction du temple. Ou bien Jérusalem, vouée à devenir céleste, où se fonde le grand temple, Ou plus simplement «iod, hé, vav, hé», le mot du Maître, nom du principe premier fécondateur, (le J remplace le iod hébreu).

Bethsabée, femme de David qui a engendré Salomon, mère de cet enfant qu'elle fit roi et par lequel Hiram est devenu messager d'une parole à révéler. Lamère, la matrice fécondée. Ou Balkis, reine de Saba, qui a tant admiré l'œuvre et pour qui fut coulée la mer d'airain, comme le rapporte Gérard de Nerval. Bethsabée, Bethléem ou Béréchit, commencement manifesté de la colonne Bø
Fraternellement

Bonnave Bernard 23/06/2015 15:31

La lecture de Y et B à la lumière des sephirots m'a réconcilié avec la Kabbale que j'ai abordée et lâchée maintes fois!
Merci

Monserrat 24/05/2015 02:34

Extrémement interessant et animé par un souffle.Un Être humain peut t il absorber tout ce que contient l'enseignement de la Kabbale ?

Sudarskis 24/05/2015 10:51

Oui, bien sûr. Il y a des maîtres en ce domaine qui nous ont laissé des ouvrages dans lesquels il semble qu'ils aient atteints les plus haits niveaux de l'arbre des séphiroth :
Littérature des Palais ou Écrits du Char Céleste, un ensemble de textes mystiques en hébreu ou en araméen écrits en Eretz Israel relatant des visions extatiques du Char Céleste (la Merkabah), des Cieux, des Anges et du Trône Divin dont la datation admise est comprise entre le IVe siècle et le VIIIe siècle.
Le livre de la Création (Sefer Yetsirah), le plus ancien texte écrit de la Kabbale attribué au patriarche Abraham.
Le Livre Clair ou de la Clarté (Sefer Ha Bahir), texte complexe apparu au XIIe siècle en Languedoc
Le Livre de la Splendeur (Sefer Ha Zohar), le livre essentiel de la Kabbale écrit soit il y a environ 2 000 ans par Rabbi Shimon bar Yohaï soit par Moïse Shem Tob de León, un rabbin espagnol du XIIIe siècle, généralement considéré comme son auteur ou son compilateur.