Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 09:16

À l’ordre d’apprenti et son signe

Avec le concours de V.B.

 

 

V : se lève à l’ordre et se place devant S.

  • V : Debout et à l’ordre [mon frère], ma sœur.

S : se lève les pieds parallèles, jambes légèrement écartées et la main trop de côté

  • V : Voici un aperçu de franc-maçon. Pourquoi te tiens-tu ainsi ?
  • S : Je suis à l’ordre parce quand on est debout on est toujours à l’ordre du grade de la tenue
  • V : Que veux-tu exprimer avec ton bras ainsi positionné ?
  • S : Que j’aurais la gorge coupée plutôt que de manquer à mon serment
  • V : Dis donc, tu ne prends pas trop de risque, cela ne va pas te couper grand chose si tu es taillée à partir de là seulement…
  • S : Mais ce n’est pas grave, c’est symbolique non ?
  • V : Mais alors si tu trouves que ce n’est pas important, pourquoi le fais-tu ?
  • S : Parce que c’est ce que font les autres en se mettant à l’ordre, non ?
  • V : Ah ? En es-tu sure ? Voyons cela. Y a-t-il une différence entre la posture appelée « à l’ordre » et le « signe de l’apprenti » ?
  • S : Il devrait y en avoir une certainement puisque les mots sont différents.
  • V : Oui, en effet. On dit que la mise à l’ordre est une attitude qui permet de séparer symboliquement les deux parties du corps, le sec et l’humide, la lumière et l’inférieur, ton geste exprime-t-il cela ? En effet, la noble portion, qui contient la tête siège de la raison et des affections, des facultés intellectuelles et spirituelles, celle qui doit travailler, doit être protégée, par la conscience de la posture, des influx des zones corporelles, sièges de l’affectivité et des passions (plexus solaire et parties génitales) vouées à l’accomplissement des fonctions charnelles de la nature.
  • S : Donc ma main en équerre devrait simplement le montrer en étant juste sous la gorge ! Ainsi ?

Mettre la main sous la gorge avec le bras bien en angle droit

  • V : C’est la main sous la gorge qui importe et qui est signifiante. Le bras peut être à l’horizontale si tu le souhaites, il ne signifie rien de particulier dans la mise à l’ordre. Tu peux donc poser ton bras contre ton buste et t’éviter un exercice d’étirement inutile. Et ta main s’ouvre naturellement en équerre, se positionnant comme le dit le rituel du RéAA : le larynx entre le pouce et l’index. Le bras gauche doit toujours rester immobile, le long du corps pour indiquer la verticalité.
  • S : Comme ça ?

S : met la main en équerre sous la gorge avec le bras contre le buste

  • V : Oui, comme ça. Nous faisons tous ce geste pour nous mettre à raisonner ensemble, avec notre esprit, pour parler le même langage, pas pour faire un concours de posture ou pour se mortifier.

Pour sauvegarder l’unicité et l’homogénéité de la Loge, nous devrions choisir, et je te propose ce que recommandait Jules Boucher  « Se mettre à l’ordre, c’est placer la main droite à plat sous la gorge, les quatre doigts serrés et le pouce écarté formant l’équerre. La main gauche reste pendante.

  • S : Donc la mise à l’ordre ne rappelle pas le serment ? Mais alors quand faut-il lever le coude ?
  • V : En salle humide, aux agapes ou aux apéritifs… Je plaisante.
  • S : Je voulais dire quand est-ce que je montre que je me souviens de mon serment ?
  • V : Lorsque tu fais le signe d’apprenti ! C’est à ce moment là que le coude doit être impérativement levé pour montrer l’horizontale avec le bras. Ce geste est considéré comme un signe pénal, car c’est lui seul qui rappelle le serment. Le signe complète la posture à l’ordre par d’autres significations. Le Signe d’Ordre se fait uniquement debout, lors d’une prise de parole ou lors du déroulement du rituel, jamais en position assise. Il se fait au moment où tu quittes la mise à l’ordre, soit pour faire une batterie, soit pour te rassoir, soit quand tu as fini de parler.

C’est en glissant la main le long de la gorge, de gauche à droite, que tu rappelles la promesse faite au cours de la cérémonie d’initiation : je préfèrerais avoir la gorge tranchée plutôt que de manquer à mon serment.

S : trace l’horizontale

Le bras qui retombe fait partie intégrale du signe pour tracer une horizontale suivie d’une verticale sans laquelle l’équerre ne serait pas apparente.

S : laisse retomber le bras le long du corps pour tracer la verticale.

Ce signe est considéré également comme un signe de reconnaissance pour saluer un autre franc-maçon même en dehors du temple. C’est pourquoi, en entrant en salle humide, il est courant de voir des frères et sœurs le faire.

  • S : En résumé : Il y a deux composantes successives, de significations différentes mais indissociables. Debout et à l’ordre c’est une posture immobile  qui fait référence explicitement à l’équerre qui apparaît avec la main. Le signe d’apprenti, quant à lui, est une gestuelle en deux temps qui fait référence 1° de façon statique, à l’équerre avec la main droite, au Niveau avec le bras droit horizontal, au fil à plomb avec le bras gauche vertical ;  et 2° dans le mouvement avec le tracé de l’horizontale puis de la verticale de l’équerre.

Mais dis-moi, l’équerre, l’équerre, l’équerre ! Pourquoi cette importance ?

  • V : L’évidence est que l’équerre invite à la droiture. ; elle est reconnue comme symbole de bonnes mœurs. Se mettre à l’ordre puis faire le signe est l’incarnation même de l’équerre.

L’équerre, construite par une ligne horizontale et une ligne verticale, c’est l’union des complémentaires. Elle représente l’action de l’homme sur la matière comme sur lui-même

  • S : Le maniement de l’équerre permet d’approfondir les concepts de droiture, d’équité et d’équilibre ?
  • V : L’utilisation mentale de l’équerre permet de donner aux mots leur sens propre afin qu’ils expriment des idées précises suivant des raisonnements droits. Grâce à l’équerre, le travail des maçons pourra faire bénéficier, à la pierre qu’il est, d’une juxtaposition parfaite sans laquelle la construction du temple serait impossible pour un vivre ensemble harmonieux.

L’équerre est un moyen d’établir des figures géométriques d’une parfaite rectitude, elle est une indication pour  la vie de l’adepte ; il se doit d’être d’une droiture sans faille. S’il n’a pas pour ses propres actions cette implacable exigence, il n’obtiendra rien de durable au point de vue morale et moins encore au point de vue initiatique. Le franc-maçon doit réserver son indulgence pour les fautes et les défauts de son prochain, pas pour lui.

  • S : Alors si l’équerre est le fondement symbolique de notre être, la base de contact de notre corps avec le monde devrait être aussi une équerre et mes pieds devraient l’attester aussi.
  • V : Oui, les pieds doivent être à l’équerre aussi, et tu réalises alors un point initial et initiant de mise en forme de ton être en unité, tu commences à rassembler ce qui est épars en toi.

S : se met à l’ordre, pieds à l’équerre

  • S : Alors, c’est une sorte de garde à vous ?
  • V : Ah non ! Sûrement pas. Tu ne le fais jamais pour obéir bêtement, mais avec conscience. En loge, on oublie un peu son égo pour parler le langage du groupe, mais ce n’est sûrement pas un abandon de nos facultés de raison, c’est au contraire l’éveil de celle-ci.

Si tu te mets à l’ordre machinalement, interroge-toi, ton esprit est-il vraiment avec nous ? Si tu as le sentiment de te mortifier quand tu prends la posture, interroge toi sur le sens d’une telle mortification et ajuste ta posture pour que ton geste soit juste, en accord avec son sens, qui n’est sûrement pas de se faire du mal mais qui est une exigence de conscience de ce que tu fais. Et si on te fait la leçon sur les degrés de l’angle de ton bras, ou la verticalité de ton coude à l’ordre, reprends en pensée les significations que tu veux lui donner en les exprimant par cette gestuelle.

Et maintenant que tu es correctement à l’ordre ma sœur, fais nous le signe d’apprenti.

S : fait correctement le signe

  • V : Voici un exemple de franc-maçon éveillé que l’on reconnaît comme tel. Prends place [mon frère]ma sœur.
  • S : J’ai dit

S : se rassoit après avoir refait le signe

  • V : J’ai dit

V : se rassoit après avoir fait le signe

 

 

 

 

Repost 0
Published by elle est parce qu'ailée - dans planches maçonniques Franc-maçonnerie
commenter cet article
15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 10:50

Qu’est-ce que la parole perdue ?

 

L'expression la parole perdue apparaît dans des rituels du 3e degré, où l'on parle aussi de la perte des secrets véritable du maître maçon. Il semble toutefois que les deux expressions soient relativement interchangeables ; ainsi le document Prichard de 1743 et l'instruction au 3e degré au rite écossais de la Mère Loge Écossaise de l'Orient d'Avignon de 1774 disent-ils :

Q : pourquoi vous a-t-on fait voyager ? - R : pour chercher ce qui a été perdu.
Q : qu'est ce qui a été perdu ? - R : la parole de Maître.
Q : comment la parole fut-elle perdue ? - R : par la mort de notre respectable maître Hiram.

 

Un homme meurt, refusant de livrer un banal mot de passe pour se faire payer, connu de tous les maîtres, et un secret dont il était détenteur, par ailleurs, disparaît. Le secret n’est donc pas le mot de passe. Alors, est-ce un savoir que lui seul possède ? Est-ce une partie d’un mot à prononcer avec d’autres pour qu’il soit complet et efficient ? La parole d’Hiram serait-elle autre chose que celle d’un seul homme ? Que peut-être cette parole pour le franc-maçon d’aujourd’hui ? N’oublions pas que le mot Hiram porte en lui-même des mystères et parmi ses nombreuses traductions de l’hébreu, il peut aussi être lu comme HaReM qui désigne la chose cachée.

 

Le savoir personnel

 

Quel serait ce savoir ?

  • Au Rite York, à la mort d’Hiram, il est dit : « Il n'y a pas de plans sur la planche à tracer pour permettre aux ouvriers de poursuivre leur travail, et le G :. M :. H :. A :.  a disparu ». Sur la planche, le maître d’œuvre modifie le plan selon lequel la construction du Temple devra s'effectuer. Cette planche sert en permanence de point de repaire pour l’ouvrage qui va être réalisé au fur à mesure de l’avancée des travaux. Lorsque l’ouvrage est terminé, il doit se superposer exactement au tracé qui est sur la planche. La conception théologique de l'art de la construction peut se résumer en une recherche de médiété parfaite entre la beauté pure qui n'appartient qu'à Dieu et le miroir que doit lui offrir, par son œuvre, l’architecte afin qu'elle se révèle aux yeux des hommes. Concrètement, ce qui fut perdu serait-ce cette capacité architecturale de concevoir l’édifice et de terminer l’œuvre ?
  • Mais allons plus loin. Hiram, a été envoyé par le roi de Tyr à Salomon pour ses savoirs aussi particuliers que ceux que possédait Betsaléel, le constructeur de l’Arche d’alliance du désert : il était habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes teintes en pourpre et en bleu, en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d'objets d'art qu'on lui donne à exécuter (II Chroniques, 2, 13 et 14).

C’est grâce à 3 vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : «Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir», " בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת ", vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 « rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir » " אֶת-הַחָכְמָה וְאֶת-הַתְּבוּנָה וְאֶת-הַדַּעַת "

Ces trois vertus, concepts, attributs divins, types de forces, ou niveaux de conscience, sont les processus à l'œuvre des structures vivantes, correspondant aux 3 séphiroth  :     Hokhmah, la sagesse ; Tébouna, alias Binah, l’intelligence ; Daath, le savoir, la connaissance.

La somme de leurs valeurs guématriques, après réduction, est équivalente à ce qui relie les 2 colonnes Yakin et Boaz[1] qu’Hiram a fondues. La parole perdue serait-elle l’esprit d’Elohim, cette capacité de création, comme celle du maharal de Prague avec son Golem dont aurait été doté Hiram ?

John Yarker qui, dans un article sur Le rite d’York et l’ancienne maçonnerie en général, remarque qu’«en vérité, des ouvriers complotèrent illégalement pour extorquer d’Hiram Abif un secret, celui de l’animal étonnant qui avait le pouvoir de couper les pierres.  Le secret qui a été perdu par les trois Grands Maîtres est celui de l'insecte shermah (shamir), qui a été employé pour donner un parfait polissage aux pierres. Considérant cette remarque de Yarker, le secret opératoire du shamir serait-il «ce qui a été perdu» ?

De même, dans la présentation du rituel Wooler, qui ressemble au texte de Yarker, on lit dans un catéchisme du troisième degré : «Après la construction du Temple, les ouvriers du plus haut degré, connus sous le nom de« Most «Excellent», ont accepté les grands secrets concernant le noble In… Sh…, qui était ce qui constituait le secret des trois Grands Maîtres et [pour] lequel HAB fut tué » ; l'utilisation d'abréviations prouvant le caractère autrefois ésotérique, ou supposé tel, de l'information.

Dans son Miscellanae Latomorum, le Dr William Wynn Westcott propose un passage d'un vieux rituel qui parle précisément du secret de l’insecte shamir et des trois Grands Maîtres. Voilà notre intérêt maçonnique éveillé.

Cette tradition maçonnique est ignorée de nos jours, mais intéressons nous à ce shamir ; essayons de trouver quelques sources à cette incroyable histoire.

Ce shamir miraculeux aurait été spécialement créée au début du monde pour cette utilisation opératoire. Selon cette légende, quand Salomon demanda aux rabbins comment construire le Temple sans utiliser d'outil de fer, pour se conformer, bien sûr, à l'injonction du Deutéronome (Exode, 20,21 ; Si toutefois tu m'ériges un autel de pierres, ne le construis pas en pierres de taille; car, en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes), ils attirèrent son attention sur le shamir par lequel Moïse avait gravé le Nom des tribus sur le pectoral du grand prêtre.

Voyons cela de plus près.

Ranulf Higden (1300-1363), dans son Polychronicon, cite la légende du ver de fendillement de pierre, qu'il nomme thamir.

Dans l’Encyclopédie juive on trouve cette légende qui raconte que, sur la recommandation des rabbins et afin de ne pas utiliser le fer, Salomon taillait les pierres au moyen du shamir, un animal, un ver dont le seul contact fendait la pierre. On retrouve cette légende également dans la littérature arabe et même dans  le Coran.

Dans la littérature talmudique, il existe de nombreuses références à Shamir. Des qualités inhabituelles lui ont été attribuées. Par exemple, il pourrait désintégrer quoi que ce soit, même dur comme des pierres. Parmi ses possessions, Salomon la considérait comme la plus merveilleuse. Le roi Salomon était désireux de posséder le Shamir parce qu'il en avait entendu parler. La connaissance du Shamir est en fait attribuée par des sources rabbiniques à Moïse. Après avoir beaucoup cherché le Shamir de la taille d'un grain d'orge, il a été trouvé dans un pays lointain, au fond d'un puits, rapporté à Salomon, mais étrangement, il perdra ses capacités et est deviendra inactif plusieurs siècles plus tard, à peu près au moment où le Temple de Salomon a été détruit par Nabuchodonosor.

Étonnant et curieux Shamir ? Qu’est-ce donc ?

  • Selon les auteurs médiévaux, Rachi, Maimonides et d'autres, Shamir était une créature vivante, un ver ; soutenant que Shamir ne pouvait pas être un minéral parce qu'il était actif. Ce ver magique était doté du pouvoir de modifier la pierre, le fer et le diamant, par son simple regard. Par ailleurs, les sources rabbiniques ont transmis la description de la gravure des noms des douze tribus sur les douze pierres précieuses de la cuirasse du grand-prêtre (le pectoral) ; Moïse le fit non pas par sculpture, mais en écrivant avec un certain fluide et en les «montrant» à Shamir, ou en les exposant à son action. De l'avis des auteurs modernes, l'expression «montré à Shamir » indique clairement que c'était le regard d'un être vivant qui a effectué la division de bois et de pierres. On admet cependant que dans les sources talmudiques et midrashiques, on ne dit jamais explicitement que le Shamir était une créature vivante. 3 Alors Shamir/ schamir/ samur, comme on en trouve l’expression, un ver de la taille d’un grain, ou autre chose, une pierre selon les différentes sources littéraires ?
  • Une vieille source, La Légende de Soliman et testament de Salomon[2], ouvrage écrit en grec, probablement au début du troisième siècle de l'ère actuelle, se réfère à Shamir comme une «pierre verte», page 10 note 31 : le shamir serait une pierre de cristal vert de grande puissance. Le nom dérive probablement de samir/ épine ou tranchant. Un seul shamir est reconnu avoir existé. Il est sculpté en forme de coléoptère, scarabée de l’espèce sacer ateuchus. C’est la raison pour laquelle on a confondu le shamir avec un insecte.

Mais comment une pierre verdâtre aurait-t-elle pu couper le plus dur des diamants avec son seul regard ?

Reprenons ce que raconte Louis Guinzberg, en 1909, dans Les légendes des juifs, qui, inspiré par l’exégèse rabbinique, rapporte l’histoire de manière très fantastique : le shamir fut créé au crépuscule du sixième jour avec d’autres choses extraordinaires. Il n’était pas plus grand qu’un grain d’orge et possédait le pouvoir remarquable de tailler les diamants les plus durs. C’est pour cette raison qu’il fut utilisé pour les pierres du pectoral porté par le grand prêtre. D’abord on traça à l’encre les noms des douze tribus sur les pierres qui devaient être serties dans le pectoral ensuite le shamir fut conduit sur les lignes tracées et celles-ci furent ainsi gravées. Circonstance miraculeuse, le tracé ne porta aucune particule de pierre. On avait également utilisé le shamir pour tailler les pierres dont fut construit le Temple, car la loi interdisait d’utiliser des ustensiles de fer pour tout ouvrage destiné au Temple. Pour le conserver, il ne faut placer le shamir dans aucun réceptacle de fer, ni d’aucun métal, il le ferait éclater. On le conserve enveloppé dans une couverture de laine qui à son est tour est placée dans une corbeille de plomb remplie de son d’orge. Le shamir fut gardé au Paradis jusqu’au jour où Salomon eut besoin de lui. Il envoya l’aigle pour y chercher le ver. Lors de la destruction du Temple, le shamir disparut[3].

La manière dont Shamir était gardé en sûreté peut nous donner un indice: «Le Shamir ne peut être mis dans un vase de fer pour la garde, ni dans aucun vaisseau métallique: il éclaterait un tel récipient. Il est gardé enveloppé dans de la laine à l'intérieur d'une boîte de plomb rempli de son d'orge. Cette phrase est tirée du chapitre 48b du Talmud de Babylone et contient un indice important ; car, avec la connaissance actuelle nous pouvons facilement deviner qui ou plutôt ce qu’était Shamir : c'était une substance radioactive ; les sels de radium, par exemple, agissant sur certaines autres substances chimiques, peuvent émettre une luminescence de couleur jaune-vert.

Cela expliquerait comment le pectoral du grand-prêtre avait été gravé : les lettres étaient écrites à l'encre, et les pierres étaient exposées l'une après l'autre au «regard» ou au rayonnement du Shamir. Cette encre devait contenir du plomb en poudre ou des oxydes de plomb. Les parties des pierres qui n'étaient pas protégées par le plomb se désintégrèrent sans laisser de particules de poussière qui, selon ce Talmud, paraissaient particulièrement merveilleuses. Les parties protégées par de l'encre de plomb se dressaient en relief sur la surface des pierres précieuses[4].

La possession la plus précieuse de Salomon, son Shamir, n'a pas survécu avec le temps, il est devenu inactif. La version habituelle de l'histoire, « le Shamir disparu », ne correspond pas à la traduction exacte texte hébreu. Le mot batel utilisé pour décrire la fin, ou la disparition, de Shamir  n'a qu'une seule signification : "Pour devenir inactif.". Dans les quatre cents ans qui ont passé de la construction du premier Temple à sa destruction par Nabuchodonosor en -587, une substance radioactive aurait pu devenir inactive[5].

Le secret d’Hiram serait-il celui de l’utilisation d’une sorte de laser radioactif[6] ?

 

La connaissance partagée

 

Et si la « parole » était un ensemble d’éléments répartis entre plusieurs détenteurs dont la méconnaissance d’un seul entraînerait l’inefficacité du tout ? Un morceau de code en somme, un morceau de symbole !

Dans la légende, de fait, trois personnes forment un triangle : Salomon, le roi de Tyr et Hiram, les trois grands maîtres, chacun assigné à un rôle particulier et indispensable dans la construction du Temple. La légende dit que le Roi Salomon, Hiram Abiff, Roi de Tyr (1 Rois: 7:13), et Hiram Abi de la tribu de Dan (2 Chr.: 2:13) se sont réunis pour concevoir les plans de la construction du Temple, Salomon conçut, Hiram de Tyr fournit les moyens et Hiram réalisa l’œuvre. Nous apprenons que le grand savoir devait être gardé par ces trois personnes jusqu'au parachèvement du Temple. La parole leur aurait-elle été confiée en trois parties. Chaque membre du ternaire serait détenteur du mot sacré ou d’une fraction de celui-ci. Il fallait le concours des « trois premiers Grands-Maîtres », de sorte que l’absence ou la disparition d’un seul d’entre eux rendait cette communication impossible, et cela aussi nécessairement qu’il faut trois côtés pour former un triangle. Cela veut dire que chaque membre du triangle constitue la pointe d’une figure doté d’un centre commun. Ce centre, c’est le point de concordance des trois sensibilités magique, spirituelle et rationnelle qu’ils incarnent. Ce centre est donc l’essence de l’homme et de la nature c’est-à-dire l’essence de la vie qui se traduit concrètement en force de vie ou élan vital.

Comment se fait-il que, sachant que la parole ne pouvait être que par la réunion du 3 (le roi Salomon, le roi de Tyr et Hiram), comment se fait-il qu'aucun d'entre eux n'ait pensé à transmettre sa propre connaissance à un disciple pour que la chaîne ne se brise pas en cas de disparition? Était-ce se croire immortel ?

Les exégètes des rituels assimilent la prononciation du Tétragramme à la « parole perdue ». Elle devait être trisyllabique. La syllabe est l’élément réellement indécomposable de la parole prononcée, même si elle s’écrit naturellement en quatre lettres. En effet, quatre (4) se rapporte ici à l’aspect « substantiel » de la parole et 3 à son aspect « essentiel ». Il est d’ailleurs à remarquer que le mot substitué  lui-même, dans sa prononciation rituelle, sous ses différentes formes, est toujours composé de trois syllabes qui sont énoncées séparément.

Considérant que chez les Hébreux, le grand prêtre, le Cohen Gadol, était seul détenteur de la prononciation recta dictio et totale du mot sacré qu'il vocalisait une fois par an dans le saint des saints, cela pourrait vouloir dire que la parole ne fut pas perdue et que si Salomon la substitua, c'est qu'il pensait que son Maître d'œuvre avait cédé à la pression de ses agresseurs en la dévoilant : il fallut donc changer cette parole.

 

Dans ce même registre, on remarquera que lors de la destruction du Temple de Jérusalem et de la dispersion du peuple juif, la véritable prononciation du Nom tétragrammatique fut perdue ; il y eut bien un nom substitué, celui d’Adonaï, mais il ne fut jamais regardé comme l’équivalent réel de celui qu’on ne savait plus prononcer. En effet, la transmission régulière de la prononciation exacte du principal nom divin, désigné comme ha-Shem ou le Nom par excellence, était essentiellement liée à la continuation du sacerdoce dont les fonctions ne pouvaient s’exercer que dans le seul Temple de Jérusalem ; serait-il le centre spirituel de la tradition qui fut perdu ?

Les mystères des sociétés initiatiques de l'Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquits des corps savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreilles après avoir pris l'engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d'autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu'ils étaient possesseurs de secrets scientifiques redoutables et bienfaisants, dont leur haute morale imposait le respect, mais susceptibles, étant détournés de leur action bénéfique, d'être transformés dans un but malfaisant. Les initiations furent interrompues ; des initiés s'éteignirent, emportant dans la mort les secrets qui leur avaient été confiés. Les secrets des rites initiatiques pour l'intromission des pharaons, véritables mystères de la lignée royale d’Égypte, furent définitivement perdus à la mort du roi Sekenenrê Taâ qui mourut sans les avoir dévoilés à son ennemi qui voulait les lui arracher.

 

Dans certains cas, au lieu de la perte d’une langue, il est parlé seulement de celle d’un mot, tel qu’un nom divin par exemple, caractérisant une certaine tradition et la représentant en quelque sorte synthétiquement ; et la substitution d’un nouveau nom remplaçant celui-là marquera alors le passage d’une tradition à une autre. Quelquefois aussi, il est fait mention de « pertes » partielles s’étant produites, à certaines époques critiques, dans le cours de l’existence d’une même forme traditionnelle : lorsqu’elles furent réparées par la substitution de quelque équivalent, elles signifient qu’une réadaptation de la tradition considérée fut alors nécessitée par les circonstances ; dans le cas contraire, elles indiquent un amoindrissement plus ou moins grave de cette tradition auquel il ne peut être remédié ultérieurement[7].

 

Que peut-être la parole perdue pour un F\M\ d’aujourd’hui ?

 

Les remarques que nous venons de faire montrent que la parole perdue serait soit un savoir, soit une prononciation, soit une connaissance spirituelle ou magique soit encore la trace du passage d’une tradition à une autre. La parole perdue du F\M\ me paraît un peu différente. Nous ne pouvons faire l'erreur des mauvais compagnons qui croyaient que le secret du maître maçon relevait de la communication d'un savoir ; notre recherche est bien différente puisqu'elle se place sur le plan de la Connaissance, celui de l'être et du spirituel, de l'immanence et de la transcendance.

Dans l’exotérisme judaïque, le mot qui est substitué au Tétragramme qu’on ne sait plus prononcer est un autre nom divin, Adonaï, qui est formé également de quatre lettres, mais qui est considéré comme moins essentiel ; il y a là quelque chose qui implique qu’on se résigne à une perte jugée irréparable, et qu’on cherche seulement à y remédier dans la mesure où les conditions présentes le permettent encore. Dans l’initiation maçonnique, au contraire, le « mot substitué » est une question qui ouvre la possibilité de retrouver la « parole perdue », donc de restaurer l’état antérieur à cette perte.

La parole perdue met en relief la nécessité d’une nouvelle perception et d’un nouveau langage relatif à la notion d’essence et de présence au-delà de la forme. Elle n’est pas à comprendre comme uniquement une perte dans la transmission, mais comme le commencement d’un apprentissage d’autres éléments de langages.

Il nous reste à nous interroger sur comment trouver cette parole[8] ou comment lui en substituer une autre de même puissance.

À suivre…

 

[1] Si, comme en guématrie simple on ne donne pas une valeur particulière aux lettres finales : Yakin s’écrit

«יָכִין» yod, kaph, yod, noun et a une valeur de 10+20+10+50 = 90 ; Bo’az s’écrit « בֹּעַז» beth, eïn, zaïn et a une valeur de 2+70+7 = 79.

Entre les deux il y a une différence, une présence de 11.

Hakhmah, « חָכְמָה», la sagesse , (heith, kaph, mem, hé) soit 8+20+40+5 = 73

Tébouna, alias Binah, «תְבוּנָה »l’intelligence (tav, beith, vav, noun, hé) soit 400+2+6+50+5 = 463

Daath, « דַעַת » le savoir, la connaissance (dalethh, eïn, tav) soit 4+70+400 = 474

L’ensemble des  3 vertus : 73+463+474 = 1010 soit en réduction 11

[2] D’après les chroniques de Tabari Me d Ibn Djarir, Sabine Baring-Gould, Ahimaaz bin Tsadok, Louis Ginzberg, John D. Seymour. https://books.google.fr/books?id=-oEaEmuYFPoC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

[3] À rapprocher de l’Ourim et le Thoummim qui sont généralement considérés comme des objets ayant trait à l'art de la divination. En hébreu, le mot ourim signifie lumières, et thoummim, perfections, parfois traduit par vérité. Les érudits juifs les décrivent comme un instrument qui servait à donner la révélation et à déclarer la vérité. Ils disparurent avec la destruction du 1er Temple, le shamir, quant  lui, disparut avec la destruction du second Temple. Ils sont tous en rapport avec le pectoral porté par le Grand prêtre d'Israël.

[4] La plupart des gemmes, tels que le diamant, le saphir, l’émeraude ou la topaze, sont décolorés par la radioactivité. D’autres pierres précieuses, comme l’opale, sont constituées de cristaux de silice hydratée. Le rayonnement alpha les désintègre en rompant la liaison avec l’eau ; celle-ci se volatilise sans laisser de résidu.

[5] Le radium perd environ un pour cent de sa radioactivité tous les 25 ans

[6] Pour compléter cet aspect : http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=1424&mode=print

[7] La mort d’Hiram et la Parole perdue de René Guénon :  

https://legende-hiram.blogspot.fr/2016/05/1948-la-mort-dhiram-et-la-parole-perdue.html

[8] Rite émulation

V.- (au ler S.) Qu'est-ce donc qui est perdu ?

1er S.- Les véritables secrets des MM. MM.

V.- (au 2e S.) Comment se sont-ils perdus ?

2° S.- Par la mort prématurée de notre M. H.A.

V.- (au ler S.) Où espérez-vous les trouver ?

l er S.- Au Centre

V.- (au 2e S.) qu'est-ce que le Centre ?

2e S.- Un point à l'intérieur d'un cercle qui se trouve à une distance égale de toutes les parties de la circonférence.

V.- (au ler S.) Pourquoi au centre ?

ler S.- Parce que c'est le point où le M.M, ne peut faillir.

V.- Nous vous aiderons à réparer cette perte.

Repost 0
Published by elle est parce qu'ailée - dans planches maçonniques Franc-maçonnerie
commenter cet article
9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 09:53

Qu’est-ce qu’ « Hiram » ? חִירָם ou חוּרָם

 

Au-delà des nombreuses interprétations sur le nom même du Maître, il nous a semblé intéressant de considérer comment est utilisé ce personnage pour être devenu un mythe fondateur en franc-maçonnerie.

 

  • Un personnage de légende

La légende, du latin legenda, lecture publique, est un récit traditionnel où le réel est déformé et embelli. Contrairement aux contes qui se déroulent dans le monde de l'imaginaire, les légendes ont un caractère vraisemblable et font le récit d'évènements qui ont eu lieu ou qui auraient pu avoir lieu.

La légende contient des éléments du merveilleux et repose dans certains cas sur des faits historiques qui ont été transformés par des croyances, ou par l'imagination populaire, ou par l'invention poétique.

La forme de la légende est simple et son objet essentiel est le miracle.

À l'origine, la légende racontait la vie des saints. De nos jours, il s'agit de récits merveilleux d'un événement passé fondé sur une tradition authentique mais souvent modifiée au fil du temps. À la différence du mythe, la légende ne repose pas sur les divinités.

Le drame de la légende d’Hiram nous est révélé dans la fameuse divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, La Maçonnerie Disséquée, publiée à Londres en 1730.

 

  • Un personnage inspiré du Texte biblique

Le mot Hiram, en  hébreu, est constitué de trois lettres : Heth, Resch, Mem. Les lames du Tarot qui correspondent à ces lettres sont : Heth La Justice,  Resch Le Jugement, Mem La Mort (la camarde). HiRaM peut, aussi, être lu dans cette langue comme HaReM qui désigne la « chose cachée », le « lieu obscur » ou comme Ir'HaM signifiant « la vie élevée » ou « l’élévation après la mort ».

Hiram, personnage mythique, incarne pour la franc-maçonnerie un syncrétisme de ces êtres qui doivent mourir pour ressusciter, pour fonder un courant de Tradition.

Le maître Hiram, cet ouvrier sublime, doué d'intelligence et d'un rare savoir, surnommé Hiram Abif, selon les interprètes, signifierait envoyé de Dieu . La tribu de Nephtali dont il est originaire est celle des forgerons (1R 7 ; 14) dont on sait qu’ils sont, de toutes traditions, ceux qui créent le monde par leur maîtrise des entrailles de la Terre. L'homme Hiram, fils d'une veuve, est présenté comme le dernier forgeron descendant hypothétique de Tubalcaïn qui en était le premier. A ce titre, il serait le dernier porteur des secrets de la création, le dernier des descendants du frère de Noé. C'est pourquoi le Roi homonyme l’envoya à Salomon afin de construire le Temple de l'Eternel (2Ch 2, 12) car il est bien évident que les descendants du créateur de l’Arche, porteur de la première alliance, ne peuvent pas être étrangers à la construction de la demeure de pierre qui accueillera Dieu.

C’est grâce à 3 vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : « Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir », בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת ,  vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 « rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir » וַיִּמָּלֵא אֶת-הַחָכְמָה וְאֶת-הַתְּבוּנָה וְאֶת-הַדַּעַת

 

  • Une représentation emblématique Du Maître

Cet aspect est marqué par l’article défini « LE » qui fait du maître Hiram le maître par excellence.

Le nom d’Hiram, ou Hiram Abif, n’est jamais clairement formulé dans les textes anciens des Olds Charges, mais seulement dans les plus tardifs de ces manuscrits.

Dans les Old Charges, le maître maçon, quelque soit son nom, est toujours présenté comme le fils d’Hiram, le roi de Tyr ; ainsi dans le Cooke on trouve : Salomon employait 80000 maçons, le fils du roi de Tyr était le maître maçon.

Ce prétendu fils d’Hiram de Tyr apparaît sous plusieurs pseudonymes dans les différentes versions, peut-être des noms de substitution pour garder secret le véritable nom : Aynon, Amnon, Annas, Benaïm, Hiram de Tickus… Le manuscrit Dowland’s évoque : [Hiram de Tyr] avait un fils, appelé Aynon, qui était maître de géométrie et Grand Maître de tous ses maçons et maître de toute la gravure et la sculpture et de tous les types de maçonnerie du Temple. Dans la version de 1750 de la Fortitude (Old Charges), rapportant la correspondance entre les rois Salomon et Hiram de Tyr, Hiram avait envoyé le bois d’œuvre et il avait un fils nommé Houram qui était maître de géométrie et qui fut Grand Maître de tous les maçons qui étaient au Temple. Le Inago Jones, reprenant un récit de Flavius Josèphe, fut le premier à donner au constructeur le double nom d’Hiram Abif.

Le Dumfries, comme les Constitutions d’Anderson, donne au maître constructeur son nom, sa lignée et sa condition, encore évoqués dans les rituels contemporains, bien que les récits bibliques ne le présentent que comme un fondeur.

RAPMM. Le Maçon que nous pleurons est notre Maître, que l'on nommait Imotep en Égypte et Hiram-Abi à Tyr.

 

  • Un personnage de mystification

La plus curieuse supposition sur l’identité d’Hiram a été faite par la misandre Céline Renooz dans son livre L’ère de la vérité (Histoire de la pensée humaine, évolution morale de l’humanité à travers les âges et chez tous les peuples), paru en 1925, affirmant qu’en fait une femme, la fille du roi de Tyr, était cachée sous le nom d’Hiram. S’appuyant sur le texte hébreu de la Bible marqué par la féminisation des adjectifs qui qualifient le roi David, Renooz considère tout aussi curieusement qu’en vérité David fut une reine, du nom de Daud, qui créa la ville de Jérusalem et entreprit d’y faire construire un Temple. La reine Daud ne fut pas seule à fonder l'Institution secrète qui devait se propager jusqu’à travers la Franc-maçonnerie. Elle eut deux collaboratrices, deux Reines-Mages (ou Magiciennes), avec qui fut formé le triptyque sacré que les trois points de l'Ordre ont représenté depuis. L'une est Balkis, reine d'Éthiopie (appelée la reine de Saba), l'autre est une reine de Tyr, que l'on a cachée derrière le nom d'Hiram, cette reine de Tyr étant Élissar ou Didon. Pour Renooz, la légende d'Hiram et les anciennes traditions laissent entrevoir ce que fut le rôle de Salomon : c'est lui qui attaqua et renversa la puissance féminine et instaura la royauté masculine sur les ruines de la gynécocratie.

  • Un mythème

C’est-à-dire un mythe fondateur d’une société, choisi par celle-ci auquel ses membres ne peuvent qu’adhérer sans la remettre en cause. Le mythème est exprimé par l’ensemble des rites et rituels (le ritème), média entre les membres du groupe et son mythème.

 

  • Une fiction morale

1. Un manichéïsme

Chaque circonstance du funeste événement, que les maçons commémorent dans leurs travaux, fait connaître les vertus devant être pratiquées. Sa sortie glorieuse du tombeau, que l'on retrace, en fait connaître la récompense. Hiram, allant assidûment au Temple pour y faire sa prière, après la retraite des ouvriers, enseigne aux maçons qu'en cette qualité ils doivent encore plus que les autres un pur hommage à l'Être Suprême. Hiram, assassiné par trois Compagnons qui veulent lui arracher le Mot de Maître pour en usurper la paie, fait connaître le danger des passions violentes qui peuvent porter aux plus grands désordres si on ne les réprime pas, l'injustice de ceux qui, sans prendre la peine de faire sur eux-mêmes le travail nécessaire, voudraient arracher aux autres leurs découvertes et s'en approprier les fruits.  Hiram est le symbole de l'homme de grande valeur qui, malgré les tentations et les persécutions, remporte la victoire sur ses faiblesses et ses passions, se rapprochant de la perfection humaine. Il est  aussi le symbole de l’homme fidèle au devoir, même si le devoir est inflexible comme la fatalité, exigeant comme la nécessité et impératif comme la destinée. Il est, surtout, symbole du franc-maçon qui préfère mourir plutôt que de faillir à la tâche pour laquelle il est assermenté.

  1. 2. La fraternité comme code moral.

C’est l’explication qu’en donne le « catéchisme des trois coups distincts » de 1760 : Premièrement, main contre main, signifie que je tendrai toujours la main à un F\pour l’aider, tant que cela sera en mon pouvoir. Deuxièmement, pied contre-pied, signifie que je n’aurai jamais peur de m’écarter de mon chemin pour rendre service à un frère. Troisièmement, genou contre genou, signifie que lorsque je m’agenouille pour faire ma prière, je ne dois jamais oublier de prier aussi bien pour mon frère que pour moi-même. Quatrièmement, poitrine contre poitrine sert à montrer que je garderai les secrets de mon frère comme les miens propres. Cinquièmement la main gauche qui soutient le dos signifie que je serai toujours prêt à soutenir un frère tant que cela sera en mon pouvoir.

 

  • Une parabole christique

Hiram, dégagé de son linceul funéraire et sortant glorieusement de son tombeau, est appelé à une nouvelle vie, entouré des vertus qu'il a constamment pratiquées et qui lui assurent l'immortalité à laquelle doivent aussi aspirer tous ceux de ses avatars qui sauront l'imiter.

A travers les textes fondateurs, il apparaît clairement que le rituel maçonnique représentait une liturgie judéo-chrétienne dont les éléments servent de support à l’instruction spirituelle et d’encouragement à la pratique spirituelle d’une manière analogue aux liturgies religieuses des églises chrétiennes.

1. L’interprétation christique. On ne peut ignorer l’influence réelle d’une culture religieuse catholique dans la maçonnerie française du XVIIIe siècle. La posture de relèvement et d’accueil du nouveau maître\est une invitation à déchiffrer le sens de la légende d’Hiram dont la première version parut en 1730 dans l’ouvrage de Samuel Prichard intitulé La Maçonnerie disséquée. C’était une divulgation du rituel de la Grande loge de Londres de 1730. Analysant les deux sources immédiates de cette légende (le Graham de 1726 et le Wilkinson de 1727), il est permis de montrer que la figure d’Hiram était une figure allégorique renvoyant à une réalité bien précise : Jésus. Et c’est en ce même sens allégorique sans équivoque que le rituel de la Grande loge de Londres reprit la figure d’Hiram, la superposant à celle de Noé, pour élaborer sa légende, afin d’entamer une herméneutique biblique à l’abri des clergés. La légende maçonnique d’Hiram n’avait rien d’irréel ou d’irrationnel, elle n’avait rien d’arbitraire ou d’artificiel car elle exprimait une interprétation spirituelle, et non charnelle, de la résurrection des morts tout en invitant les maçons à s’interroger sur la notion mystérieuse d’attouchement corporel.

2. Le rappel ecclésiologique et spirituel du calvinisme.  La doctrine calviniste exprimant les fondements de la foi presbytérienne fut présentée et définie en cinq points, mieux en cinq contre-points de la réfutation de l’arminianisme au synode de Dordretch en 1618. Ces cinq points, résumés par l’acronyme anglais tulip (Total depravity, Unconditonal election, Limited atonement, Irresistible grace, Perseverance of the saints), portaient essentiellement sur le primat et les modalités de la grâce et constituaient par là les clefs de la rédemption en vue du salut éternel.

3. La kabbale permet, à partir du mot de maître substitué de proposer une suggestion pour la parole perdue : le constructeur est le tétragramme par l’esprit saint.

 

  • Un mythe solaire

Hiram est, sous le rapport astronomique, l'emblème du soleil, le symbole de sa marche apparente. Sous cette légende allégorique, se cache l'expression de la grande et profonde loi de la palingénésiev qui exige la mort violente de l'initiateur comme complément de l'initiation.

Dans la plupart des mythes ou légendes solaires, il y a un héros frappé à mort par un monstre, un génie, un assassin. Ce héros a une épouse, un fils.  Il est le soleil, sa femme est la terre, son fils l’homme. Malgré leurs divergences de récit, ces mythes arrivent tous à la même finalité : tantôt le héros ressuscite, tantôt il est vengé et remplacé par son fils.

Le franc-maçon, en tant que fils de la veuve, est l’enfant qui devient homme en prenant la place d’Hiram.

 

  • Une époptie                      

L’époptie est un genre littéraire de la nouvelle fantastique pour donner la représentation théâtrale des mythes et l’enseignement d'un secret à partir de jeux scéniques. Les cérémonies d'initiation paraissent toujours suivre, dans l'Antiquité, un ordre déterminé.

La première étape était constituée par les rites préalables de purification. L'initiation se prolongeait par l'époptie. Il semble que, du moins pour les mystères (pour les confréries, il s'agissait plutôt d'un secret magique pour amener la pluie, nourrir le feu), ces représentations consistaient à tuer l'individu (Osiris coupé en morceaux, Bacchus déchiré par les bacchantes) pour le faire ressusciter à une vie nouvelle. Il est donc compréhensible que la mort et la résurrection des dieux de la végétation aient pu symboliser ces morts et ces résurrections initiatiques et que les mythes de la plante qui dépérit en hiver pour renaître au printemps aient fourni les divers scénarios de ces représentations (Mircea Eliade). Le nouvel initié devait alors jurer de garder le secret sur ce qu'il avait vu et appris ; il recevait souvent un autre nom. Les cérémonies de clôture qui suivaient étaient publiques, avec des jeux et des danses qui manifestaient la joie du retour du myste à la vie.

Jacqueline de Romilly a mis en évidence la fonction psychologique et sociale de la tragédie grecque qui permettait d’extérioriser la violence via un phénomène d’identification du spectateur à l’acteur-personnage et de l’évacuer ainsi hors des murs de la cité.

Le rituel maçonnique accomplit une purification assez semblable grâce au spectacle visuel qu’il livre. Il va même plus loin que la tragédie si l’on considère que tous les spectateurs sont également des acteurs de la pièce qui se joue, la gestuelle se joignant à l’observation.

 

  • Une interprétation alchimique.

C’est essentiellement le Rite de l'étoile Flamboyante dont on retrouve trace dans le Système philosophique des Anciens Mages égyptiens revoilé par les prêtres Hébreux sous l'emblème maçonnique vers 1750 qui développa en franc-maçonnerie cette interprétation. Ce Rite est réellement alchimique. Son catéchisme est une description du Grand Œuvre avec en parallèle l'explication alchimique des principaux symboles maçonniques.

 

 

 

 

 

 

v Apparaît au XVIe siècle, emprunté au grec palingenesia, de même sens, lui-même composé à partir de palin, en arrière, et genesis, naissance. Renaissance, résurrection d'un être après une mort réelle ou symbolique. On évoque la palingénésie du phénix (ou phoenix).

Il se dit, en termes de philosophie, soit du retour éternel des mêmes événements, soit de la renaissance des mêmes individus dans l'humanité, soit de l'accès de l'âme à une vie supérieure.

La cérémonie d’élévation au grade de maître est une palingénésie.

 

Repost 0
Published by elle est parce qu'ailée - dans Franc-maçonnerie
commenter cet article
24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 18:43

תּוּבַל-קַיִן   

            Tubalcaïn est un personnage secondaire. Il s’inscrit dans la lignée des caïnites et n’apparaît qu’avec sa fratrie, tant dans la bible, où son nom n’apparaît qu’une fois, que dans les textes des Old Charges. C’est Gérard de Nerval qui romance sa relation avec Adoniram, ce qui justifie, quoique utilisé comme mot de passe du 2ème degré dans les rites anglosaxons, d’évoquer sa légende aussi au 3ème degré,

I - Le personnage

D’après la Bible (Genèse IV, 22), Tubalcaïn façonna toute sorte d'instruments de cuivre et de fer. Il est présenté comme le fils de Lamek et de sa seconde épouse Çilla, il est donc le petit-fils de Caïn, né vers l'an 2975 avant J.-C.. Le nom vient de l’union de celui de Tubal avec Caïn. Tubal (8 fois : Gn 10,2; Is 66,19; Éz 27,13; 32,26; 38,2.3; 39,1; 1 Ch 1,5) serait un peuple et/ou un pays d’Asie mineure, toujours associé à Méshek. Méshek et Tubal sont deux des sept fils de Japhet selon Gn 10,2 // 1 Ch 1,5. Peuples d’Asie mineure, probablement la Phrygie et la Cilicie, ou peuples des bords de la mer Noire. Quant au nom Caïn, il y a deux étymologies possibles. Le mot hébreu qayin peut signifier « forgeron » ou encore, à l’aide de la racine qnh« j’ai acquis » (cf. Gn 4,1).

On croit que c'est de Tubal-Caïn que les romains païens ont pris l'idée de leur Vulcain ; la racine du nom Tubalcaïn serait en hébreu thu, bal, caïn, celui qui souffle le feu, nom repris en latin par Vulcanus. La désinence du nom et les travaux auxquels s'adonna Tubal-Caïn rendent cette conjecture assez probable. De même, il correspond à Héphaïstos, chez les Grecs : dieu grec du feu et de la forge ; à Vulcain chez les Romains, à Tvashtri en Inde, Ptah en Égypte, Le Grand Yu en Chine, Ogun chez les Youbas d’Afrique, Brahmanaspati en Inde. C’est aussi Gobban Saer, le Janus des Celtes, qui figure l’union entre technique et art, Gobban le forgeron, et Saer, le constructeur, habile dans tous les Arts, que l’on peut identifier avec la figure d’Hiram.

Le feu de tous ces forgerons légendaires est un feu créateur, il éclaire et ne brûle pas. Il n’est pas dissociable de la Lumière sans laquelle rien ne serait, car elle établit les formes du monde apparent.

C’est dans l’ Histoire de la reine du matin et de Soliman, prince des génies de Gérard de Nerval (1851) au chapître VII, Le monde souterrain.que l’on trouve la rencontre romanesque d’Hiram et de Tubalcaïn.

Le substrat de cette légende est bien différent de la légende maçonnique : on y expose qu’Adoniram est en réalité descendant de Caïn par son père Hénoch ; son ascendance prométhéenne lui est révélée ainsi que la malédiction qui pèse sur elle.

En résumé :

Entraîné comme dans un rêve dans les profondeurs de la Terre, Hiram apprend de la bouche même de Tubal-Caïn, qui lui révèle être son « maître » et son « patron », « l’aïeul de ceux qui travaillent et qui souffrent, l’essentiel de la tradition des Caïnites, ces forgerons maîtres du feu. Tubal-Caïn, montre à Hiram la longue suite de ses pères : D’abord Caïn qui fut conçu par Iblis avec ève (Abel par Adam). Iblis, (Satan) était un Djinn conçu par le feu tandis que les anges le furent de Lumière..

Puis Hénoch, qui apprit aux hommes à se bâtir des édifices, à se grouper en société, à tailler la pierre ; Hirad, qui jadis sut emprisonner les fontaines et conduire les eaux fécondes ; Maviël, qui enseigna l’art de travailler le cèdre et tous les bois ; Mathusaël, qui imagina les caractères de l’écriture ; Jabel, qui dressa la première des tentes et apprit aux hommes à coudre la peau des chameaux ; Jubal, qui le premier tendit les cordes du cinnor et de la harpe, et en sut tirer des sons harmonieux ; enfin, Tubal-Caïn lui-même, qui enseigna aux hommes les arts de la paix et de la guerre, la science de réduire les métaux, de marteler l’airain, d’allumer les forges et de souffler les fourneaux. Caïn enseigne alors lui-même à Hiram comment, au cours des âges, les enfants issus de lui, fils des Élohim, travailleront sans cesse à l’amélioration du sort des hommes pourchassés par un dieu injuste qui privilégia Abel.

 

II - Tubalcaïn et la F\M\

  • Évocation dans les textes

Dans la tradition maçonnique, la plus ancienne référence à Tubalcaïn remonte au Manuscrit Cooke aux environs de l’an 1400. On y apprend que les enfants de Lamech parmi lesquels Tubalcaïn auraient gravé sur 2 colonnes (alors que selon l'historien Josephe, c’eut été Seth), l’une de marbre pour résister à l’eau, l’autre en brique pour résister au feu, l’ensemble de leurs connaissances scientifiques et artistiques afin qu’elles survivent au déluge, symbolisant ainsi la transmission de la Tradition.

En résumé, voilà ce que raconte le Cooke aux paragraphes 281 à 326 :

Toute la sagesse antédiluvienne fut écrite sur deux grandes colonnes par les quatre enfants de Lamech qui y relatèrent les savoirs qu’ils avaient inventés. Jabel était l'aîné et il inventa la géométrie, il possédait des troupeaux de moutons et ils eurent aux champs des agneaux, pour qui il fabriqua des abris de pierre et de bois, c’est lui qui construisit les colonnes. Son frère Jubal inventa l'art de la musique vocale et instrumentale. Le troisième frère Tubalcaïn inventa le travail de la forge, tel que cuivre, acier et fer, et leur sœur Naama inventa l'art du tissage. Après le déluge de Noé, l'une d'elles fut découverte par Pythagore et l'autre par Hermès le Philosophe, qui se consacrèrent à enseigner les textes qui y étaient gravés. D’un côté la colonne d’Hermès, « Connaissance, symbole et amour »qui nous guide dans notre quête ésotérique de la Transcendance, et de l’autre la colonne de Pythagore « Science, raison et liberté ; refus d’abdiquer de notre cohérence intérieure » qui nous conduit à « douter des choses qu’on ne peut démontrer et qui ne sont connues que sous le nom de mystères ».

Cette histoire est reprise par de nombreux manuscrits appelés Old charges.

À noter que dans les Constitutions d’Anderson, la gravure des colonnes est attribuée à Énoch

Car, par quelques vestiges de l'Antiquité, nous savons que l'un d'eux, le pieux Enoch (qui ne mourut pas mais fut transporté vivant au Ciel), prophétisa la conflagration finale au Jour du Jugement (comme nous le dit SAINT-JUDE) et aussi le déluge général pour la punition du Monde. C'est pour cela qu'il éleva deux grands piliers (d'autres les attribuent à Seth), un de pierres et l'autre de briques sur lesquels étaient gravées les sciences libérales, etc. Et que le pilier de pierre subsista en Syrie jusqu'aux jours de l'Empereur Vespasien.

  • Évocation dans les rituels

RÉR. Mot de passe initial  de l’apprenti. À la demande de Jean-Baptiste Willermoz, lui-même inspiré par Mme de La Vallière, ce mot fut remplacé en 1785 par Phaleg. D’après Willermoz, c’était une contradiction que donner à l’apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous les métaux qui sont les emblèmes des vices. Cette modification fut mal acceptée par beaucoup de frères appartenant à ce rite.

Au Rite Émulation, Tubalcaïn est le mot de passage donnant accès du 2ème au 3ème grade.

Rite York. Tubalcaïn est le nom de la griffe de passage de compagnon à maître, servant de mot de passe au 2ème  degré, tel que cela apparaît dans l’échange entre le 1er surveillant et le 1er expert dans  les instructions du degré : «- A-t-elle un nom? -Oui - Voulez-vous me le donner ? - Ce n'est pas ainsi que je l'ai reçu et je ne le communiquerai jamais ainsi.- Comment en disposez-vous ? - En l'épelant ou par syllabe. - Donnez-le par syllabe et commencez. - Commencez vous-même. - C'est à vous de commencer.»

 

III - L’interprétation

Pour Hervé Tremblay, les généalogies des onze premiers chapitres de la Genèse entendent décrire les peuples (Gn 5) et justifier l’apparition des différents aspects de la vie humaine, comme les arts et les métiers. En Gn 4,20-22, les trois castes des éleveurs de bétail, des musiciens et des forgerons ambulants sont rattachées à trois ancêtres dont les noms font assonance et rappellent les métiers de leurs descendants : Yabal (ybl « conduire ») ; Yubal (yôbel « trompette ») ; Tubal (nom d’un peuple du nord, au pays des métaux). Tubal-Caïn serait «l’ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer». Cela signifie que les généalogies ne sont pas très fiables historiquement et que les noms sont plutôt des créations visant à rendre compte du monde tel qu’il est.

Tubalcaïn, le forgeron, travaille les métaux et s’inscrit spirituellement comme continuateur de la lignée caïnite. Le forgeron fait partie des bâtisseurs et apprend à être par le moyen de la création. Il a la connaissance des 4 éléments : le métal est extrait de la terre, il est transfiguré par le feu, lui même attisé par l’air puis trempé par l’eau afin de devenir l’instrument utile aux laboureurs ou aux guerriers. Il forge des épées, œuvre d’initié car elles sont parfois dotées d’un pouvoir magique, qui demande de connaître et maîtriser les forces contenues dans ces éléments. Le forgeron maîtrise le feu et grâce à lui transforme les métaux qui viennent des profondeurs de la terre. Son pouvoir est ambivalent, il peut être aussi maléfique que bénéfique car il forge des armes pour faire la guerre et comme Tubalcaïn qui , selon le témoignage de Philon et du livre apocryphe d'Énoch, cité par Tertullien, employa aussi dans ses travaux l'or, l'argent, etc., dont on fit ensuite des idoles pour les adorer.

Le travail de la forge signifie la constitution de l’être à partir du non-être. La forge est l’allégorie du cœur et les soufflets représentent les poumons.

Fondre le métal et le reformer correspond au « salve et coagula » de l’alchimie hermétique, travail créateur par excellence, car créer c’est recréer.

Sur un autre plan, selon Guy Barthélémy, la signification politique de la fable de Nerval est claire: ceux qui produisent les richesses de la terre, mais qui aussi ont permis aux hommes de sortir de leur animalité, car parmi ces bannis, il y a celui qui a inventé la ville, celui qui a inventé le tissage, celui qui a conçu le premier instrument de musique qui sont injustement opprimés par ce Dieu qui veut maintenir abusivement les hommes dans un état d'ignorance et par ceux qui lui servent de relais : les rois, ces ministres despotiques d'Adonaï. Le savoir et la liberté ne peuvent donc s'épanouir que dans un combat socialiste qui s'infléchit vers la mise en cause du Dieu unique.

 

 

Repost 0
Published by elle est parce qu'ailée
commenter cet article
29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 10:40

La gestuelle maçonnique

Contrairement aux mots qui ont besoin de silence entre eux pour faire sens, la gestuelle ne laisse aucun espace silencieux, tout fait sens, que ce soit dans le mouvement ou que ce soit dans l’immobilité. On ne peut que s’en rendre compte : tout franc-maçon qui bouge ne fut-ce qu’une oreille, et même s’il ne bouge pas, est cadré par le rituel qui s’impose à lui par des impératifs verbaux, posturaux, matériels, contextuels, et chacun d’eux complète et précise le sens des autres. Les gestes des fømø et les objets du temple eux-mêmes sont intégrés dans un système global formant un véritable système culturel pour nous dégager de nos mécanismes d’animaux. C’est un cadre qui se veut moral et spirituel pour laisser éclore la fleur humaine.

C’est ainsi qu’à travers son rituel, la franc-maçonnerie accorde une place extrêmement importante à la communication non-verbale, notamment kinésique (les mouvements du corps) et proxémique (les postures immobiles et la façon d’occuper l’espace dans le temple selon la fonction ou le grade). Malgré sa nature analogique (par exemple, pieds, bras et mains formant une équerre), la gestuelle maçonnique se rapproche davantage d’un code prédéterminé, d’un langage conventionnel, et cela même si elle ne possède pas toutes les nuances et les possibilités qu’offre l’oralité. C’est d’ailleurs à cause de cet aspect ébauché que chaque nouveau signe appris par le franc-maçon est suivi normalement d’une explication verbale dans les formations données par les surveillants.

La dimension de cette gestuelle, intentionnellement signifiante, est indéniable. comme si chaque instant de la présence dans le temple devait être une prise de conscience permanente, prise de conscience éclairée par l’interprétation symbolique de chaque geste pour en faire sens, moral ou spirituel. Cependant, l’intentionnalité de ces messages gestuels n’implique pas toujours une conscience totale, de la part du fømø. L’élargissement de cette compréhension conduit bien sûr à l’efficacité du rituel qui ne peut intervenir que progressivement, par la répétition dans le temps et par la recherche de sens. Si à tel sentiment éprouvé correspond un geste instinctif, la répétition de ce geste peut permettre d’éprouver le même sentiment. Le comportement, durant les travaux, traduit l'équilibre, la patience, la profondeur et la justesse d’une conscience.

Tandis que le mode verbal est basé sur le pouvoir du verbe, le mode gestuel est basé sur l'effet de magie dans le sens que lui donne Mircéa Eliade à savoir : rien n'est séparé de rien ou tout est lié à tout par une texture invisible. Ici aussi apparaissent des relations invisibles entre le conscient et l'inconscient. La réitération de tels gestes fait dès lors partie de la technique initiatique. En contact avec ce nouveau monde qui est au-delà de la dualité, le fømø unifié peut alors vivre, avec un égal bonheur, dans le visible ordinaire et dans l’invisible.

J’ai essayé de clarifier l’inextricable ensemble des éléments auxquels j’avais pensé comme expression d’une gestuelle maçonnique. Alors quels sont-ils?

Les types de gestes maçonniques

Je détacherai le premier geste, avant la tenue, qui est celui de revêtir les décors obligatoires (tablier, gants, cordon ou sautoir, robe ou vareuse éventuellement…) pour nous séparer du monde profane.

Au cours d’une tenue on trouve :

  • Les gestes de posture (proxémique des officiers avec épée ou canne et des frères et sœurs sur les colonnes), position assise, demande et prise de parole, position dans la chaîne d’union, position des mains au banquet d’ordre…)
  • Les gestes de déplacement (voyages des cérémonies, abaissement du corps pour passer la porte basse, toucher la terre, le premier travail d’apprenti, marche en avant ou à reculons, les pas, circambulation des officiers ou des f øet sø…)
  • Les signes de reconnaissance de degré ou d’appartenance (à l’ordre, attouchements des mains, signes, …)
  • Les gestes rituéliques (relèvement (les cinq points parfaits), batterie, enlever les gants, entrer et sortir du temple…)

>>> Je ferai 3 remarques :

  • aucun signe ne se fait assis (sinon la demande de parole chez nous) ;
  • certains gestes ne se font qu’une seule fois dans la vie d’un maçon, ils se doivent d’être particulièrement marquant (comme la brûlure de la purification par le feu) ;
  • de nombreux gestes font référence à des zones très précises du corps.

Après avoir inventorié les gestes de la gestuelle maçonnique, on peut alors s’interroger sur deux aspects de chaque geste : comment doit-il être réalisé pour être conforme au message qu’il est sensé émettre ? Que signifie exécuter tel geste pour l’autre et pour moi ?

Approches de quelques exemples

À l’ordre

Comme l’expression « à l’ordre » l’indique, c’est une sortie du chaos, pour servir la maîtrise de la parole, c’est un ordonnancement du corps assurant le pouvoir de l’esprit sur tout désordre intérieur. Le principe de tout geste rituel, fait de manière codifié et efficace, est qu’il véhicule un sens.

RÉAA, RF récent, MM : lorsque le franc-maçon se lève pour prendre la parole, il doit se tenir à l’ordre. Au premier degré, c’est une posture debout, pieds joints et en équerre, la tête redressée, le bras droit à l’horizontale formant équerre avec le corps, la main bloquant la gorge (avec ou sans pouce écarté), le bras gauche le long du corps, le regard droit. Cette attitude permet de séparer symboliquement les deux parties du corps, le sec et l’humide, la lumière et l’inférieur. La noble portion, qui contient la tête et le cœur, sièges de la raison et des affections, des facultés intellectuelles et spirituelles, celle qui doit travailler, est ainsi protégée, par la conscience du geste, des influx des zones corporelles, sièges de l’affectivité et des passions (plexus solaire et parties génitales) vouées à l’accomplissement des fonctions charnelles de la nature.

RÉR, RF traditionnel : le bras est relâché contre le buste et pas nécessairement à l’horizontale.

RÉ, dans la position à l’ordre, le pouce droit est passé de l’autre côté (gauche) du cou. La prise de parole a lieu à l’ordre mais, dans certaines variantes, plutôt au signe de fidélité.

RY, Rite Standard d’Écosse ou Rite Écossais d’Écosse : se tenir à l’ordre consiste à se tenir dans la position du « Dieu garde » ou « Due Guard », après être passé une première fois par la totalité des signes ou non (variantes). Dans les cas où le franc-maçon est autorisé ou invité à prendre la parole, il passe par tous les signes (Dieu garde + pénal) et se tient au signe de fidélité.

Var. RÉAA, RF récent, var. MM : l’ordre de table se fait assis ou debout, la main en équerre à plat sur la table, le pouce le long de celle-ci.

À l’ordre de compagnon

Posture dans laquelle se met le franc-maçon, lorsqu’il est debout et travaillant au deuxième degré. RÉAA, la main droite sur le cœur, les doigts arrondis en griffe, comme pour le saisir ; l’avant bras gauche élevé, le bras dans le plan du corps, la main étendue paume ouverte, pouce en équerre, à hauteur de la tête pour exprimer que le travail manuel est équivalent au travail intellectuel. ROS, RÉR, RAPMM, RF traditionnel : main droite sur le cœur le pouce étant relevé en équerre, la main gauche pendante.

La mise à l’ordre précède la prise de parole et/ou l’exécution du signe.

RÉ. L’ordre est une position proche de celle du RÉAA, à ceci près que le bras gauche, levé en équerre, l’est vers l’avant et non dans le plan du corps, donnant symboliquement au compagnon une posture tridimensionnelle.

RY. Signe d’ordre sans doute le plus ancien, fournissant une explication originelle aux signes dérivés dans les autres rites ou rituels : bras gauche en équerre (comme au RÉAA), main droite tendue vers l’avant, pouce à l’équerre, comme si elle reposait sur la Bible. Ceci rappelle la position d’obligation (le serment) du compagnon, main droite sur la Bible, main gauche tenant en principe une lance ou une verge pointe en l’air et fichée dans le sol, en mémoire de Moïse, Aaron et des deux bienheureux saint Jean, le bâton symbolisant alors celui de Moïse appelant les forces telluriques, la verge d’Aaron un signe d’investiture céleste (sacerdotale), alors que le trait vertical reliant Ciel et Terre est traditionnellement associé au Baptiste et à l’Evangéliste au Rite York.

Quand elle est pratiquée « à vide », cette position, c'est-à-dire en signe d’ordre en loge, est appelée Due Guard ou Dieu Garde. Elle est explicitement rapportée à Josué qui, de la main droite stoppant symboliquement l’armée ennemie, a retenu le soleil par un geste de la main gauche pour avoir le temps de parfaire sa victoire sur les gabaonites (Josué 10.12-14).

RSE/RÉÉ. La symbolique du signe d’ordre, également appelé Due Guard, est la même qu’au Rite York, à ceci près que l’exécution du signe connaît de nombreuses variantes situées entre celle du RY et celle du RÉ.

À l’ordre de maître

Le Maître se prépare à se couper le ventre en rappel de son serment.

Pour Jules Boucher, cette posture consiste à placer sa main droite, pouce écarté, contre le flanc gauche à la hauteur du nombril. Au Rite Écossais, on pose la main à plat, au Rite Français, on pose la main perpendiculairement, de telle sorte que l'extrémité du pouce appuie seule contre le flanc gauche au-dessous du pectoral. Au rite de Salomon, on met le bras droit plié en équerre, la main droite ouverte tenue horizontalement, les 4 doigts étendus et rapprochés, le pouce écarté en équerre et appuyé contre la partie gauche et inférieure de la poitrine, au-dessous du pectoral, à la jonction de l’abdomen, le bras gauche pendant le long du corps.

Le point central du corps correspond au troisième Chakra. Son nom, Manipûra, vient de ce qu'étant le centre des énergies du feu, il étincelle comme un joyau.

Il est évident de constater que l’évolution des signes, au cours des trois premiers degrés, se fait de haut en bas ; ainsi l’influence spirituelle gagne peu à peu l’initié, tout d’abord par l’intellect, puis vers le cœur pour enfin gagner le centre des énergies et se répandre dans tout notre être. La notion des trois foyers représente donc un tout pour lequel l'homme reste le centre. Cela se retrouve parfaitement sur la ligne dessinée par les méridiens qui les gouvernent et dont l'axe contrôle l'abdomen, le cœur et la gorge.

Platon enseignait que tout est hiérarchie dans l’être humain ; la tête doit dominer le cœur et celui-ci doit dominer le ventre, symbole de tous les appétits terrestres et de toutes les passions inférieures.

Être sans désir mauvais est le grand secret du Maître, qui peut, par la puissance de sa volonté, triompher de toutes ses faiblesses. Un Maître se domine entièrement et sans effort. Il a triomphé de ses derniers sursauts d’égoïsme. Ainsi libéré de lui-même, il pourra remplir son devoir social et libérer les autres.

Attouchement(s)

Signe manuel de reconnaissance entre francs-maçons. Il varie selon les grades. L'attouchement consiste à prendre avec la main droite celle d'un Frère ou d’une Sœur et à faire, discrètement, selon le degré d’identification, un certain nombre de pressions sur une partie précise de la main.

L’attouchement maçonnique du maître consiste en une certaine grippe amicale ou fraternelle, par laquelle un maçon peut en reconnaître un autre, dans le noir comme dans la lumière.

On trouve dans le Rituel du marquis de Gages de 1763 une précision de ce qui aurait pu être l’attouchement de reconnaissance du maître pour se faire payer lors de la construction du temple, avant la mort d’Hiram. L'ancien attouchement se faisait ainsi : lorsque les maîtres avaient le samedi arrangé toutes les affaires du temple, ils venaient à la chambre interne où Hiram les recevait et leur demandait mot, signe, attouchement, passe et signification. Les Maîtres pour recevoir leur salaire prenaient Hiram par la première jointure du doigt médius disant Jakin puis par la seconde disant Booz puis par la troisième disant Jéhova, nous sommes 3593 Maîtres qui recevons ce salaire. Après la mort d'Hiram, on donna une signification à ces quatre chiffres : que trois forment, que cinq composent, que neuf furent députés pour aller à la recherche du corps du Maître et que trois l'assassinèrent.

En se saluant, la griffe est aujourd’hui la manière de se reconnaître entre maîtres.

Attouchement du compagnon

RÉAA. L’attouchement se fait en présentant la main droite, prenant la main de celui qui examine, posant le pouce entre le médium et le troisième doigt, ce qui appelle le mot de passe que l’on donne, Schibboleth ; ensuite on presse l’ongle du pouce sur la premier phalange du médium, ce qui appelle le mot sacré, Jakin.

Cinq points parfaits

C’est par les cinq (5) points parfaits que se fait le relèvement du maître lors de la cérémonie de passage.

Dans les rituels anglo-saxons, on les appelle les cinq points de la fraternité. MM. ces points sont appelés les cinq points de la Perfection magistrale, les cinq points parfaits de la maîtrise, ou encore les cinq points de la fraternité.

Ce n'est qu'en 1724 que certains ouvrages maçonniques font état de cinq points justes, mais c'est vers 1730 que la maçonnerie traditionnelle introduit un mot sacré. Ce dernier est un élément fort, constitutif de l’origine et de la tradition maçonniques. Il confère aux cinq points de contact son caractère de « parfaits » en unissant les natures humaine et divine.

1° Se prendre mutuellement le poignet droit, en formant la griffe ;

2° s'approcher réciproquement du pied droit par le côté intérieur ;

3° rapprocher les poitrines du côté droit ;

4° se toucher réciproquement le genou droit ;

5° poser réciproquement la main gauche sur l'épaule droite vers le dos, pour se tenir plus étroitement et s'attirer l'un à l'autre, ou tendre chacun le bras et la main gauche comme en salut romain derrière l’autre, en signe de protection, l’ensemble formant de profil une étoile à cinq branche, signe au RSE/REE des cinq points de la fraternité.

C'est dans cette position seulement qu'on se communique alors le mot sacré dont on épelle alternativement les syllabes à l'une et l'autre oreille.

RER. Ils rappellent aux maçons la sincérité, la cordialité, l’union intime qui doit régner entre eux et l’obligation de se secourir les uns les autres de tout leur pouvoir.

Les 5 points parfaits préexistaient déjà chez les opératifs sous forme de topage des coteries et pays (compagnons) ; cet usage existe encore de nos jours. À l'époque ils se nommaient les cinq points du Compagnonnage.

Au Rite Émulation les cinq points correspondent aux cinq signes du grade : le signe d’Horreur, le signe de Compassion, le signe pénal, le signe de Douleur et de Détresse et le signe d’Admiration et de Triomphe, appelé aussi Grand Signe ou Signe Royal.

Guilbrette

Accolade rituelle signalant la fraternité compagnonnique : les deux Compagnons mettent leurs cannes en croix de Saint-André sur le sol, ils se placent l’un près de l’autre, le côté gauche en avant de manière à ce que les deux pieds occupent les quatre angles formés par le croisement des cannes, les deux hommes se donnent alors la main droite, se " topent " (se parlent), ils échangent les mots sacrés et les phrases Rituelles, à l’oreille, puis font la guilbrette : les deux mains gauches sur la hanche gauche, les jambes droites " entrecroisées, ils se donnent mutuellement à boire, de leurs mains droites, les bras droits étant croisés.

Cette accolade n’est pas sans rappeler les cinq points parfaits du relèvement du maître.

Griffe (du maître)

La griffe était connue des Anciens. Les Orphiques et les Gnostiques la pratiquaient couramment et ont été, de ce fait, l’objet des attaques sophistes des Pères de l’Église, voulant attaquer la griffe initiatique où l’on se chatouille le creux de la main. Les polémistes chrétiens y voyaient un mariage avec les démons. L’expression « chatouiller le creux de la main » montre bien que la Griffe n’était pas simplement le fait de se donner la main comme le font les profanes, mais un moyen rituel de se faire reconnaître par des actes précis que l’on échangeait à cette occasion.

La griffe se pratique avec 3 doigts formant un triangle. On attribue aux doigts les correspondances suivantes. Le pouce signifie la volonté, les Romains l'utilisaient déjà, on le retrouve également au baptême chez les catholiques ; pour le maçon, il sera toujours écarté du reste de la main. L’index correspond à la religiosité, les Sémites l'utilisent pour la lecture. Le Médius convient plutôt, chez les catholiques, à la philosophie. Le pouce et le médius réunis, formant bracelet ou poignée, sont, surtout chez les grecs, latins et orientaux, synonymes de force et bonheur.

La griffe du maître n’est pas une simple poignée de mains. Il s’agit d’une entente, d’un jumelage, d’une solidarité à toute épreuve ; les cinq doigts sont tous actifs et impliqués pour concrétiser cette entente fraternelle indissoluble.

Dans les Rites des Ancients, notamment dans le Guide des Maçons Écossais du RÉAA de 1814, la griffe du maître fait référence à la patte du lion. Le lion est le symbole de la tribu de Juda, celle-là même qui donna naissance à tous les plus fameux personnages de la Bible, dont David et Salomon. C'est donc aussi un signe de force et de royauté. Le lion est aussi l’attribut de Saint Marc et pourrait représenter la Terre et la matérialité.

On peut faire une analogie entre la griffe du maître et les serres de l'aigle qui est la particularité de saint Jean l’évangéliste représentant l’air, le ciel, la spiritualité. Le symbole alchimique de l'aigle terrassant le lion représente le passage du monde matériel au monde spirituel.

Le Manuscrit Sloane décrit ainsi la poignée de main au grade de maître : à se saisir mutuellement la main droite en appuyant fortement les ongles des quatre doigts sur le carpe ou l'extrémité du poignet, tout en enfonçant l'ongle du pouce juste entre la seconde jointure du pouce et la troisième de l'index. Toutefois, certains disent que la poignée de main de maître se fait comme je viens de le dire, à ceci près que le médius doit aller un peu plus loin d'un pouce ou de la longueur de trois grains d'orge, de manière à toucher une veine qui vient du cœur.

S'agissant des mains, la symbolique est aussi très répandue dans nos cultures. En maçonnerie la main est synonyme d'union et de connaissance. C'est par les mains que l'on relève le maître et par la parole qu’il est ressuscité.

Pour être conçu, il faut qu’un générateur dépose la semence de vie dans un milieu favorable et réceptif ; la Mère a en elle une «chambre du milieu » où cette précieuse opération de création de la Vie pourra se faire. Il faut donc que le néophyte ferme sa main en griffe pour symboliser la cavité réceptive du germe de vie et que l’initiateur pousse son doigt médius au sein de cette cavité au moment où il ferme sa main en griffe sur la main du néophyte ; cela signifie : «je te crée Maître». Le maître initiateur doit donc émettre une flamme spirituelle, qui favorisera la naissance du néophyte à un nouvel état supérieur de conscience et de spiritualité. Ceci perçu, le néophyte à son tour pousse son médius dans le creux de la main de son initiateur en disant mentalement : Je viens de naître. Me voici !

à propos de la griffe, l’explication qu’en donne Le catéchisme des trois coups distincts de 1760 est la fraternité comme code moral : Premièrement, main contre main, signifie que je tendrai toujours la main à un frère [sœur] pour l’aider, tant que cela sera en mon pouvoir…

Grippe

Mot utilisé pour désigner l’attouchement de reconnaissance de la main. Au troisième degré, grippe est synonyme de griffe (du maître). Dans les rites anglo-saxons, elle porte comme nom le mot de passe Tubalcaïn, donné parfois par syllabe, parfois en entier.

Signe

Comme le symbole, le signe est un repraesentatio, quelque chose qui est mis pour quelque chose ou quelqu'un, arbitraire il est inventé, unilatéral, sans vie, épuisé dans sa définition, clair et défini dans sa signification (par exemple les panneaux définis dans le code de la route).

Signe de désolation

RDLM. Lorsque sa pierre est rejetée, le compagnon de métier, attristé, appuie sa main droite sur sa joue, laissant aller sa tête sur le côté et s’écrie avec désolation : hélas, hélas, j’ai travaillé en vain.

Signe de détresse

Appelé aussi signe de secours. Le frère revêtu du troisième grade, qui se trouve dans un danger imminent, fait le signe de détresse, et dit : à moi les enfants de la veuve. Tout maître qui entend cet appel vole au secours du frère qui est en danger, et, pour le sauver, expose sa propre vie (Etienne François Bazot, Manuel du Franc-Maçon, Paris, 1817).

Le signe se définit ainsi : Porter la jambe droite derrière la gauche, incliner le buste en arrière, ayant placé sur la tête les deux mains jointes par leurs doigts entrelacés, les paumes en haut et, dans cette position s’écrier « À moi les enfants de la Veuve, (Mémento du 3ème degré du Rite Français).

D’après Oswald Wirth, ce signe a une variante : il peut s’exécuter d’une seule main fermée, placée sur la tête, puis ouverte doigt par doigt en prononçant « Sem, Cham, Japhet », les trois fils de Noé symbolisant les ancêtres des différentes races humaines sur lesquelles s’étend la franc-maçonnerie dans son universalité.

Le sens en est précis, il s’accompagne de mots qui rappellent aux frères et sœurs qu’ils sont enfants d’un même père, Hiram, et qu’ils restent solidaires dans la défense de sa veuve, la franc-maçonnerie.

En 1843, l’historien Bègue-Clavel popularise ce signe en publiant la célèbre gravure du capitaine américain Mac Kinsty attaché à un arbre par les Iroquois et échappant à une mort certaine en l’esquissant. Les mains jointes ouvertes au-dessus de la tête, il se signale ainsi à Brandt, un chef indien élevé et initié en Angleterre qui, l’ayant reconnu, l’épargne.

Les guerres impériales seront l’occasion de vanter ces gestes salutaires qui se seraient multipliés sur les champs de bataille d’Iéna à Waterloo. On sait qu'à la bataille d'Austerlitz, un officier français, renversé par les Russes et menacé de vingt baïonnettes, ayant fait le signe de détresse, fut arraché à la mort par un officier ennemi qui eut pour lui les procédés les plus généreux (rapporté par Charles-François-Nicolas Quentin dans son dictionnaire).

Le Signe de détresse le plus célèbre reste celui qu’aurait fait le frère Brisson lors de la présentation houleuse de son ministère en juin 1900 et dont on ne sait s’il est mythe ou réalité. Il prit une posture peu ordinaire, il croisa les doigts, paumes vers l’avant, tendit les bras au-dessus de sa tête, renversa son corps en arrière et lança un « à moi les enfants de la veuve ! ». Ce cri, dit-on, aurait permis de rallier les députés francs-maçons présents et sauver le ministère Waldeck-Rousseau.

Signe de douleur et de détresse

Au Rite Émulation, le signe de douleur est enseigné au récipiendaire : le signe de douleur se fait en portant la main droite, le pouce à l’équerre et doigts tendus, de la tempe droite à la tempe gauche, puis en laissant tomber la main le long du corps, le pouce toujours à l’équerre. Ce signe tire son origine du geste que fit notre Maître, pendant son trajet de la porte du Nord à la porte de l’Est du Temple, alors que ses souffrances étaient si intenses que la sueur perlait en larges gouttes sur son front, et qu’il fit ce signe pour soulager un temps ses angoisses.

Signe de fidélité

Se substitue au signe d’Ordre dans les prises de parole ou les récitations rituelles aux RY et RSE/RÉÉ. La main sur le cœur, pouce à l’équerre, signifie l’harmonie et l’union fraternelle, la conservation des secrets scellés dans le cœur (acclamation fidélité-fidélité-fidélité). Le pouce à l’équerre dans cette posture rappelle la rectitude morale.

RY. Le signe de fidélité, lors de l’ouverture et de la clôture de la loge, est utilisé en liaison avec les prises de paroles successives du très vénérable et des surveillants.

Le signe de fidélité est utilisé en certaines occasions au RÉ.

RDLM. Signe fait lors de la cérémonie d’avancement quand le candidat a passé les épreuves, ramené la pierre d’angle au vénérable maître de la Marque qui le considère qualifié pour avancer à l’honorable grade de maître de la marque.

Signe d’effroi

Signe d’horreur que firent les maîtres lorsqu'ils reconnurent le Maître Hiram assassiné. Il se fait en reculant du pied droit, le gauche ne bouge pas. On porte la main droite en équerre sur le cœur y posant le pouce, les quatre doigts serrés sans être appuyés nulle part et de la gauche vous faîtes deux équerres dont une avec le bras et l'autre avec la main pouce ouvert et les autres quatre doigts serrés. La signification est : le signe fait trois équerres qui dénote que les maîtres font ce signe comme chef de l'équité (Rituel du marquis de Gages 1763).

Signe de foi

RY et RÉ : il est adopté pour les prières, les invocations et la bénédiction patriarcale.

Signe d’horreur

RF. Le signe d’horreur permet aussi de vérifier le degré de maître des travaux à leur ouverture. TR. : Vénérable Frère Premier Surveillant, êtes-vous Maître? 1er surveillant : Eprouvez-moi, l’acacia m’est connu. TR. : Donnez-moi le signe de Maître. Le Premier Surveillant donne le signe d’Horreur. La tenue de Maître se termine par le signe d’horreur.

Le signe d’horreur se fait debout et à l'ordre, en portant la main à la hauteur du front, la paume en dehors, la tête un peu effacée du côté droit et faisant un mouvement de corps en arrière. Il sert de reconnaissance du degré d’appartenance des membres présents.

Rite français philosophique. étant à l'ordre, élever les deux mains au-dessus de la tête, les paumes en avant, les doigts étendus et séparés, et faire un mouvement du buste et des bras en arrière, puis ramener le buste et laisser tomber les bras. Se remettre en position d'ordre.

RÉAA. Ce signe est exécuté à la découverte du corps d’Hiram, pieds en équerre, les deux bras sont tendus le long du corps et s’élèvent pour décrire chacun un demi-cercle, tandis que la colonne vertébrale se cambre, la tête est rejetée en arrière et l’ensemble du corps forme un arc de cercle. L’élan provoqué par le mouvement rapide des bras vers le haut tend à soulever le corps dans la direction verticale. Cet élan vers le haut surprend, en même temps qu’il fait prendre conscience que la suite va se passer dans une dimension qui fait plonger vers le ciel.

Puis ce signe d’horreur se termine. Les mains sont tendues, les doigts séparés on s’écrie : « Ah ! Seigneur Mon Dieu » ; les mains retombent sur le tablier, marquant ainsi l’étonnement, la stupéfaction et l’accablement à la vue du cadavre du Maître Hiram. Pour la première fois, en effectuant la marche du maître, une phrase est prononcée à voix haute.

Le recours aux mots «Seigneur» et «Dieu» sont à prendre en référence à l’époque où ces rituels ont été écrits et où la religion était très présente.

RMM. Tourner vivement le visage vers la droite, en levant les deux mains vers la gauche, pouces joints par les pointes, disposés en équerre par rapport aux autres doigts qui sont joints comme de coutume.

Signe(s) de reconnaissance

Gestes, insignes, marques, mot de passe ou posture permettant à un franc-maçon de se faire reconnaître comme tel. Le Sloane en énumère de nombreux : L'un des signes consiste en un mouvement de la main droite en travers de la poitrine, de gauche à droite, le bout des doigts passant à trois ou quatre pouces au-dessous du menton ; un autre à retirer son chapeau de la main droite, avec les deux premiers doigts au-dessus du bord, le pouce et les autres doigts au-dessous, et à lui faire faire un mouvement de gauche à droite avant de le remettre sur la tête ; un autre encore consiste, en buvant, à faire avec son verre un mouvement transversal de gauche à droite sous le menton ; un autre à prendre son mouchoir par un coin avec la main droite, à le jeter par-dessus l'épaule gauche en le laissant prendre dans le dos, et à faire ainsi quelques pas.

Ils sont spécifiques selon les degrés. Par exemple, en plus des signes de reconnaissance de l’apprenti franc-maçon, le compagnon peut indiquer son degré par la poignée de main, qui consiste à se saisir mutuellement la main droite en pressant avec l'ongle du pouce la troisième jointure de l'index comme l’indique le Manuscrit Sloane en 1700. D’autres variantes, depuis, ont été apportées par les différents rites.

Dans la vie profane, les francs-maçons s’adressent, aussi, des signes de reconnaissance, le plus souvent sans spécificité de grade.

Signe d’ordre d’apprenti

Considéré comme un signe pénal.

Ce signe complète, par le mouvement, la posture à l’ordre. Au premier degré, il se fait en glissant la main le long de la gorge, de gauche à droite, avant de laisser retomber le bras le long du corps, pour rappeler la promesse faite au cours de la cérémonie d’initiation : je préfèrerais avoir la gorge tranchée plutôt que de manquer à mon serment.

Il est considéré comme un signe de reconnaissance.

Signe du compagnon

Dépend du rite pratiqué. Au RÉAA, il se fait par deux mouvements simultanés : étant à l’ordre de compagnon, retirer horizontalement la main droite vers le coté droit et la laisser retomber le long du corps, en même temps abaisser la main gauche. Ce signe rappelle le serment de secret prononcé lors de l’augmentation de salaire. Dans certaines formules anciennes, il est dit entre autres que celui qui viole son obligation aura le sein gauche ouvert, le cœur arraché.

Signe du maître

Dans le texte de 1745 de l’abbé Gabriel-Louis Pérau L’Ordre des francs-maçons trahi, le signe du maître consiste à porter la main droite au-dessus de la tête, le revers tourné du côté du front, les quatre doigts étendus et serrés, le pouce écarté, et de la ramener ensuite dans le creux de l’estomac. L’abbé poursuit quelques pages plus loin : Le signe de maître est de faire l’équerre avec la main, de la façon qui a été déjà expliquée plusieurs fois ; de l’élever horizontalement à hauteur de la tête, et d’appuyer le bout du pouce sur le front ; et de la descendre ensuite dans la même position au-dessous de la poitrine, en mettant le bout du pouce dans le creux de l’estomac.

Dans le contexte de l’interprétation de la légende d’Hiram en tant que Passion/Résurrection de Jésus de Nazareth, ce signe de maître faisait référence par sa forme d’équerre à la croix de Jésus. La main en équerre dans le creux de l’estomac faisait penser, non pas aux femmes et aux autres témoins de la crucifixion qui se frappèrent la poitrine (Lc 23,27.48) mais aux coups physiques donnés à Jésus lors de son procès (Mt. 26,67-68 ; Mc 14,65 ; Lc 22,63-64 ; Jn 18,22-23 ; 19,3), plus particulièrement au coup de lance infligé par l’un des soldats au flanc de Jésus (Jn 19,34).

Au RÉAA, RF, le signe du maître rappelle les pénalités encourues (être coupé en deux) en cas de manquement au serment prêté le jour de l’élévation.

RFR, Les signes d’horreur, de détresse et de maître sont identiques, le pouce situé à hauteur du pancréas.

Signes

Dans les instructions du compagnon, au Rite Français, il est dit que les signes sont sans nombre, mais qu’il y en a cinq principaux qui sont le vocal, le guttural, le pectoral, le manuel et le pédestre. Dans tous les grades, le premier sert à prendre la parole, le deuxième à donner le signe d’apprenti, le troisième celui de compagnon, le quatrième sert à donner l’attouchement, le cinquième à exécuter la marche. Le Rituel du 3e grade de la Mère Loge Écossaise de l'Orient d’Avignon de 1774 en donne une autre explication : Le guttural qui nous rappelle le premier engagement que nous avons contracté et que rien ne doit nous y faire manquer, le manuel nous annonce que nous devons tendre une main secourable à tous les hommes et particulièrement à nos frères, le pectoral que nous devons cacher leurs défauts dans nos cœurs et le pédestre que nous devons être toujours prêt à voler à leur secours.

Le rituel de maître marin de Noé énumère 5 signes : le signe d’horreur, le signe de compassion, le signe pénal, le signe de douleur et de détresse (se fait en portant la main droite, le pouce à l’équerre et doigts tendus, de la tempe droite à la tempe gauche, puis en laissant tomber la main le long du corps, le pouce toujours à l’équerre), le signe d’admiration et de triomphe, appelé aussi grand signe ou signe royal (Son origine date de l’époque où, le Temple étant achevé, le roi Salomon et les princes de sa cour allèrent le visiter. Ils furent tellement frappes par sa magnificence qu’ils s’écrièrent tous, en un mouvement simultané: « O merveilleux Maçons! »).

Ces signes, qui se complètent de degré en degré, sont un véritable projet transmutatoire engageant l’être lui-même, faisant de lui l’objet d’un changement radical à travers le déchiffrage d’un langage codé et de règles opératives modifiant l’humain en profondeur.

Les signes maçonniques sont des mantras qui font passer de la position à la posture, de la posture à l'ordre, de l'ordre à l'harmonie intérieure qui exprime l'harmonie du cosmos.

Batterie

Applaudissement rituel effectué, en tenue, selon le grade, pour honorer des évènements particuliers (la visite d'un dignitaire, de visiteurs, l’élection du collège des officiers etc.)

La batterie est constituée d'un ou plusieurs signaux sonores obtenus, pour les officiers, en frappant du maillet et, pour les Frères ou sœurs, en tapant des mains, gantées sauf au cours du banquet d’ordre. Une batterie est donc une "phrase musicale" ponctuant une tenue.

Deux hypothèses sont avancées pour l'origine de la batterie maçonnique :

- elle serait ainsi soit un « héritage » des forgerons martelant les métaux, soit un héritage des tailleurs de pierre chassant le trait ou ciselant la pierre. On ne sait pas à quelle période elle est véritablement apparue dans la franc-maçonnerie ; toujours est-il qu'elle est attestée dans le Secret des francs-maçons de l'abbé Pérau paru en 1742, lequel fait remonter la batterie au tout début du XVIIIe siècle ; alors que l'ouvrage The Three Distinct Knocks publié en 1760 l'établit comme beaucoup plus ancienne et concomitante à la naissance même de la franc-maçonnerie.

- Pour d’autres, la batterie maçonnique aurait une origine ésotérique, (notamment rosicrucienne) et par suite des vertus "énergétiques" puisque puisant son origine dans la magie blanche!

Si elle est commune à toute la franc-maçonnerie, la batterie se distingue dans le nombre de coups et le rythme selon les rites et obédiences. Ainsi, avec un rythme irrégulier, le nombre de coups diffère, pour le Rites Émulation, 3 quel que soit le grade, pour le rite Écossais Ancien et Accepté 3, 5 et 9 et pour le rite Français 3, 6 et 9 ; tandis que pour le Rite Écossais Rectifié le nombre de coups est également 3, 6 et 9 mais selon un rythme régulier. La cadence est donnée par les coups frappés par le vénérable et repris par les surveillants à l’ouverture des travaux au degré concerné.

La batterie maçonnique peut également ponctuer des cérémonies particulières. Dans le Rite Français il en est ainsi de la batterie de deuil qui intervient au terme de la minute de silence marquée pour le décès d'un Frère ou d’une Sœur, aussitôt suivi d'une batterie d'allégresse symbolisant la vie.

Les batteries effectuées par l’ensemble de la loge sont suivies d’acclamations.

Batterie de compagnon

Sa rythmopée varie selon les rites : au RÉAA cinq égaux ; au ROS, cinq également, les deux premiers rapprochés, le troisième espacé et les deux derniers espacés ; au RF quatre rapprochés suivis d’un espacé ; au RÉR, 9 en trois fois, deux rapprochés suivis d’un long, sans acclamations ; aux rituels anglo-saxons trois coups, un puis deux.

Batterie de maître

RF, Rites égyptiens. Les deux Surveillants répètent en silence la batterie initiée par le très respectable maître par neuf coups, trois fois trois (2 courts et 1 long).

RÉAA. Neufs coups réguliers.

RÉR. Trois fois trois coups qui signifient la fin ou la décomposition des corps. La batterie évoque le commencement, la durée et la fin des choses créées.

On ne saurait parler de mouvement sans évoquer les marches

Marche

Manière particulière de se déplacer lors des tenues dans le temple.

Les rites écossais débutent la marche par le pied gauche, les rites français par le pied droit. Le pied qui avance en premier est celui du côté où se trouve le premier surveillant.

Marche à reculons

La marche à reculons ne se fait pas à l'initiative du compagnon, elle lui est imposée par une volonté extérieure à la sienne. Dans la marche à reculons, la pointe du pied est derrière l'axe de la colonne vertébrale et le regard ne permet pas de se diriger vers l’Orient comme dans les grades précédents. Pourtant, la direction oblige à avancer vers l'Orient, même si cette progression se fait selon une marche inhabituelle, avec le guide qui voit pour le récipiendaire.

Cette marche implique un retour à un état antérieur. C'est une sorte de purification nécessaire, un dépassement de sa condition, avant que ne se produise une entrée dans un nouveau plan ou un nouveau domaine. C’est une avancée à reculons, pour rappeler la Connaissance et l'Amour acquis, le vécu initiatique, pour un examen de conscience, un recul sur soi, un regard sur le passé.

L’examen des gants et du tablier viendra renforcer cette idée de suspicion, de trahison des engagements et même de meurtre. C'est en souvenir de cela que les maçons portent des gants blancs malgré leur chagrin, afin de proclamer qu'ils sont innocents de la mort du maître Hiram.

Le Compagnon est jugé, se juge et mesure l’écart qui le sépare de l'étoile flamboyante à l’Occident dont il s’éloigne, la rendant inaccessible.

Un extrait du manuscrit intitulé La vraie Maçonnerie des hommes et des femmes ou cours complet de l'adoption des femmes en trois grades suivie d'un corps de Maçonnerie des hommes indique le mode opératoire de la marche à reculons : la Loge tendue en noir, le tombeau d'Hiram au milieu, les frères (ou sœurs), le chapeau rabattu et dans l'attitude de la tristesse, le récipiendaire préparé, la loge très peu éclairée, on fera entrer à reculons le récipiendaire et on le mettra entre les deux surveillants, le dos tourné au trône. Là, on lui fait des reproches sur son peu de zèle et son indiscrétion, on lui suppose des fautes. Enfin, on lui fait faire trois fois le tour de la loge sans jamais lui laisser voir ce qui est derrière lui, le tombeau.

La marche à reculons est également appelée rétrogradation.

Rites continentaux. C’est une avancée vers l’Orient composée des trois pas de l’apprenti (la ligne), enchaînés par les deux pas du compagnon (le plan), suivis par l’enjambement de la représentation du cadavre d’Hiram (le volume) lors de la cérémonie de réception du maître. La marche part de l’équerre, de la connaissance des lois qui régissent le monde, et atteint le compas, la connaissance des lois de Création (Ordre des francs-maçons trahis, Genève 1742).

La marche du maître triomphe trois fois de la mort car elle franchit trois fois le cercueil.

RÉAA et RF. À chaque pas, une posture d’équilibre se fait par le rapprochement des deux pieds sur le même plan, contrairement au RFM et au Rite de Salomon qui fait enjamber le cercueil du pied droit vers le midi puis du pied gauche vers le nord, avant de les réunir à l’Orient, marquant une course poursuite pendant la traversée, comme pour échapper aux mauvais compagnons…

Pas de l’apprenti

À l’ordre et glissés en équerre, les 3 pas mystérieux de la marche enseignés à l’apprenti sont à la fois une mise en mémoire corporelle des connaissances géométriques lui permettant de tracer le triangle équilatéral dans le cercle et la possibilité d’une marche droite, axiale en direction de l’Orient. Il se fait à l’ordre d’apprenti

Au grade d’apprenti, celui qui n'a pu assister à l'ouverture des travaux, qui est en retard, et qui demande l’entrée du Temple, doit opérer symboliquement un accéléré mental qui lui permet de rejoindre l'efficience des travaux commencés. Il le fait par les 3 pas mystérieux et les salutations aux 3 officiers qui lui firent subir les épreuves purificatrices lors de son initiation. Ne le faisant pas, ou le faisant mal, il s’expose à l’extranéité, à une plus difficile intégration au groupe qui, lui, est sur le chemin parcouru depuis l’ouverture des travaux.

Dans les rituels anglo-saxons, ces pas « mystérieux » sont irréguliers et simulent la démarche d’un boiteux qui tente de gravir un chemin légèrement en pente, symbole du profane incomplet, déséquilibré ou handicapé spirituel qui tente un cheminement vers Dieu. Dans ces rituels, et dans la plupart des loges, le pas mystérieux n’est effectué que le jour de l’initiation, les yeux bandés, car, une fois la lumière physique rendue et la lumière spirituelle reçue, le franc-maçon, bien guidé, ne titube plus.

Les entrées en loge se font selon un seul pas dit « régulier » (ou sans pas spécial dans certaines loges), symbole de rectitude, mais surtout de fraternité et de solidité car la fin du pas décrit un niveau : le franc-maçon avance sur le niveau de l’égalité, sur des fondations solides parfaitement horizontales.

Pas du compagnon

RÉAA, RAPMM. C’est une marche en avant vers l’Orient : après avoir exécuté les 3 pas mystérieux de l’apprenti, changer de posture en se mettant à l’ordre de compagnon, effectuer un pas glissé sur le côté droit, vers le midi, remettre les pieds en équerre et revenir dans l’axe occidental du Delta lumineux d’un pas égal à l’écart. C’est une invitation à quitter l’axe du prévisible, de l’organisé avant d’y revenir mais en ayant progressé vers la lumière de l’Orient ; ne demande pas ton chemin à quelqu'un qui le connaît, tu risquerais de ne pas pouvoir t'égarer disait le rabbi Nachman de Breslav.

Ne sachant ni lire ni écrire, les œuvriers constructeurs devaient trouver des méthodes mnémotechniques de procédés des tracés pour retrouver les proportions et les angles, ce que Honnecourt appelle l’art de la iométrie. Les sens, la vue en particulier, le corps, à travers ses déplacements, permettent de se souvenir des étapes d’élaboration des figures géométriques.

À la recherche du nombre d’or, le pas du compagnon mémorise le fondement du tracé du pentagone régulier sur la diagonale du rectangle de dimension 1 sur 2.

En avançant d’un pas de côté, un écart est fait vers le sud où il y a plus de lumière. C'est une incursion dans la confrontation de la pensée avec celle des autres. Il est donné, avec la parole, la possibilité au compagnon de discuter pour mieux étayer sa manière personnelle de comprendre. La dualité du dialogue est obvie, cependant dans la position face à l’étoile et touchant virtuellement sa pointe basse droite, correspondant à la planète Vénus, la compréhension passe encore par les sens.

Gardant appui sur le pied gauche, l'écart ne va pas au-delà de ce que la dimension du corps permet et c'est du pied droit que Vénus est touchée, dans une rencontre pied droit contre pied gauche avec l'homme primordial inscrit dans l'étoile flamboyante, image en miroir qui fait face.

Si de nouvelles explorations se présentent ainsi de manière métaphorique, par le pas de côté, se replier sur soi-même est une nécessité d'autant plus impérieuse qu'on est allé plus loin dans l'écart. L'étoile ramène le compagnon, par le 5ème pas dans l'axe de son sommet, face à Jupiter, siège de l'esprit, face au Delta lumineux, but ultime de l'initiation.

Il faut, en passant de la perpendiculaire au niveau, toujours pouvoir retrouver l'équerre ; du nord au midi, le voyage conduit à l'orient.

Pas du maître

Après avoir effectué la marche de l’apprenti, puis celle du compagnon, le maître fait les trois derniers pas caractérisant la marche du Maître. Lorsque le maître commence sa marche par les pas d'apprenti, il est à l'ordre d'apprenti. Il se met ensuite à l'ordre de compagnon pour les deux pas suivants. Enfin, il se met à l'ordre de maître pour les pas de maître.

Pour prouver son innocence du meurtre d’Hiram, le compagnon enjambe par trois fois le corps du Maître allongé dans son cercueil ; en ajoutant deux arcs de cercle et explorant les trois dimensions : ligne, plan, volume. Il réalise le passage de l’équerre au compas, du tangible au monde des idées, poursuivant l’œuvre, sans souci des pièges mortels que tendront sous ses pas les meurtriers d’Hiram. Il est à ce moment précis plus près du compas, donc de l’esprit, devenant un intercesseur entre le ciel et la terre. Le récipiendaire montre les progrès qu’il a faits pour se rapprocher de la Lumière, de la Connaissance.

Selon certains auteurs, le candidat, en faisant ces pas par-dessus le cercueil, devrait se trouver après le premier face au nord, après le deuxième face au sud et après le troisième face à l’est, en fixant ainsi son regard sur les entrées du temple par lesquelles Hiram tenta de s’échapper. Pourquoi le Maître dans sa marche lève-t-il un pied ? Pour ne point fouler le sang de l'innocent répandu dans le temple. Que représentent les trois pas qu'il fait par la double équerre levant le pied ? Le passage du tombeau et la façon que les trois scélérats étaient placés lorsqu'ils l'assassinèrent pour lui capter le mot de Maître (Rituel du marquis de Gages de 1763).

Circambulation, Circumambulation

Pratique religieuse rituelle, consistant à faire à pied le tour d'un sanctuaire, qui a inspiré la façon de se déplacer en loge autour du pavé mosaïque et du tapis de loge.

Cette pratique se retrouve dans le judaïsme, où elle est appelée haqqâfâh, dans l'islam, où elle est appelée tawâf. La circumambulation consiste à effectuer sept fois le tour de la Kaaba (la maison sacrée) lors du pèlerinage de la Mecque.

Les Bouddhistes l’accomplissent autour de stûpa (reliquaires, caractéristiques de l'Inde et que l'on trouve le long des routes), les Tibétains autour des temples, les Catholiques autour d'une église pour la consacrer, le prêtre autour de l'autel en l'encensant, les derviches tourneurs avec la danse circumambulatoire, ainsi que par les amérindiens autour d'un totem. On retrouve cette circulation également en Russie, en Chine, au Japon au Cambodge, chez les celtes, les druides, et en fait dans de nombreuses autres traditions… Elle est également utilisée en magie.

Circulation

Au cours des cérémonies, les francs-maçons doivent se déplacer avec ordre et rigueur, dans le sens prévu par le rituel, en démarrant selon le rite pratiqué soit du pied gauche, soit du pied droit. Le pied mis en avant, en premier, en se dirigeant vers l’Orient, est celui du côté où se situe le 1er surveillant de la loge. La circulation dans le Temple doit suivre un sens déterminé. Elle s’effectue généralement sous la surveillance du Maître des cérémonies qui conduit tout déplacement dans la loge afin de guider le cheminement et d’écarter le danger qui pourrait survenir sur le chantier.

Les marches maçonniques sont d'inspiration solaire. La circulation se fait, le plus souvent, dans le sens des aiguilles d'une montre, en gardant le centre à sa droite (de l'Occident, par le Nord, vers l'Orient) (de l'Orient, par le Sud, vers l’Occident). Ce sens de rotation est appelé dextrocentrique (dextrorsum), solaire, ou dextrogyre, par opposition au sens contraire, appelé sinistrocentrique (sinistrorsum), polaire ou lévogyre.

Abréviations utilisées

DH Droit Humain

GLFF Grande Loge Féminine de France

GLNF Grande Loge Nationale Française

GLTSO Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra

GODF Grand Orient de France

MM Rites égyptiens Memphis Misraïm (non méditerranéens)

OITAR Ordre Initiatique et Traditionnel de l'Art Royal

RDLM Rite de la Marque

RÉ Style anglais Emulation ou Rite Émulation

RÉAA Rite Ecossais Ancien et Accepté

RÉR Rite Écossais Rectifié

RF Rite Français

ROS Rite Opératif de Salomon

RSE/RÉÉ Rituel « standard » d’Écosse ou « Rite Écossais d’Écosse »

RY Rituel York ou « Rite » York

Var. Certaines variantes de… . Exemple : Var. MM = « dans certaines variantes des rites égyptiens.

Repost 0
Published by elle est parce qu'ailée - dans Franc-maçonnerie
commenter cet article
27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 19:25

Choisir la Franc-maçonnerie

Audemus sapientiam, nous osons le [sage] savoir

 

On pourrait commencer par dire que la FøMø n’est pas une secte, pas une religion, ni son substitut, ni une association d’entraide. C’est un principe spirituel ; deux choses, qui n’en font qu’une le constituent : un passé et un présent. L’une est la possession en commun d’un legs de souvenirs, l’autre est le consentement actuel, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu.

Au risque de contrarier les libres penseurs, la franc-maçonnerie a longtemps labouré le même terrain que la mystique juive, chrétienne, chevaleresque, égyptienne, celui de l’alchimie, de la gnose, des arts libéraux et des confréries opératives ; il en reste des symboles avec leurs herméneutiques. La franc-maçonnerie intègre, dans sa réflexion, les traditions populaires, mythologiques, hermétiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine. Quiconque aura tenté, par ses recherches, de visiter l’histoire maçonnique, restera déconcerté par la multitude des rites qui ont existé ou existent encore. Bien plus, ces rites peuvent nous paraître si différents les uns des autres, que la réalité ultime, déjà bien difficile à saisir de la Franc-maçonnerie, peut subitement sembler inaccessible. Alors essayons de comprendre en nous interrogeant.

 

Quel est le principe fondateur de la franc-maçonnerie ?

En France, comme l’écrivait Bruno Etienne, la Franc-maçonnerie a produit deux maçonneries qui cohabitent, volens nolens, bon gré malgré, depuis trois siècles. La première a pour slogan «liberté, égalité fraternité» et entend participer activement à la construction de la société idéale. La seconde a pour devise «Sagesse, force, beauté» et préfère travailler à la construction du Temple de l'Humanité à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l'ego. L'une est extravertie, progressiste, mondaine ; l'autre est tournée vers l'intérieur, progressive, mystique.

Peut-on, sans schizophrénie excessive, appartenir aux deux tendances ? Bruno Etienne pensait que non. Rappelons-nous des origines : En 1722, en même temps qu’était élaboré le texte des Constitutions d’Anderson dans lequel on pouvait voir, sous l’obligation du simple déisme de la religion naturelle, une proclamation de tolérance[1], paraissait à Londres une édition des Anciennes Constitutions dont l’article premier stipule «je dois vous exhorter à honorer Dieu dans sa Sainte Église, à ne pas vous laisser aller à l’hérésie, au schisme et à l’erreur dans vos pensées ou dans l’enseignement d’hommes discrédités» ; démenti cinglant à Anderson, à Desaguliers et surtout à Newton, un an avant la parution du texte.

Ces conflits ne sont pas anodins. Il touche à l’essence même de l’identité maçonnique. Celle-ci doit-elle vivre repliée sur elle-même et ne s’attacher qu’aux textes primitifs et à sa tradition orale, ésotérique et mystique ? Ou bien doit-elle être constamment ouverte au monde, aux sciences, à la philosophie et aux évolutions des mœurs de la société ? En s'appropriant le monopole de l'interprétation républicaine, en s'identifiant à la seule République, la Franc-maçonnerie ne risque-t-elle pas de perdre sa capacité à guider les néophytes vers l'initiation au profit d'un tangage dans les courants à la mode du monde profane ?

Choisir un courant est donc important car la Loge et son rite induisent un changement  dans la vie personnelle de ses membres, une correspondance existant entre le macrocosme d’une Loge et le microcosme de chaque franc-maçon qui y travaille.

Maçons, Loges, Obédiences[2], autant de «systèmes» en relations, comme emboîtés les uns dans les autres, reliés tout en gardant chacun, à son niveau, avec ses devoirs et ses prérogatives. Cette conception de système (comme l’indique les racines grecques du mot[3], organisation, ensemble, mettre en rapport, instituer, établir) provient de l’idée de monade c’est-à-dire d’une image du tout, chacun étant à la fois une monade et un composé de monades, chacun offrant un point de vue particulier sur le tout. C’est l’une des significations profondes de ce qui nous est donné par le ternaire qui conduit à l’unité, ternaire qui est le fondement philosophique et spirituel de la Franc-maçonnerie.

La Maçonnerie met en perspective ses monades en plaçant la Loge en un point symbolique médian de l’axe qui les relie, où s’effectuent les changements d’échelle entre le tout de l’Obédience et ses parties élémentaires, autrement dit selon l’expression bien connue : les maçons sont des abeilles dans la ruche qu’ils ont choisie.

Les règles et les rituels, outils de connaissance et de conscience, sont difficilement conciliables dans la démultiplication des Obédiences, conciliation schizophrénique nous a dit Bruno Étienne. Même la Franc-maçonnerie mystique apparaît divisée. En reprenant les théories sur la monade de Leibniz et de Newton, tous deux savants aux fondements de la pensée maçonnique, on va essayer d’éclairer le paradoxe apparent de leur coexistence.

« Ces deux penseurs cultivaient une vision d’interconnexion holistique, c’est-à-dire formant un ensemble solidaire, dont les diverses parties ne peuvent se comprendre que par le tout. Mais tandis que Newton pensait que la matière est faite de particules inconscientes s’attirant les unes les autres par attraction gravitationnelle, Leibniz estimait que les éléments ultimes de l’univers sont reliés par une conscience. Ces éléments ultimes, appelés « monades », sont à la fois des centres de forces physiques et des centres d’expériences mentales reflétant l’univers. Selon les propres termes de Leibniz, « chaque monade est un miroir vivant représentatif de l’univers suivant son point de vue, et aussi réglé que l’univers lui-même[4]. »

Au déisme de Newton qui regardait l’Univers comme un cryptogramme composé par le Tout-Puissant répond celui de Leibniz, pour qui Dieu agit en parfait géomètre, déterminant ainsi deux types de déistes. Avec Newton, les premiers admettent l’existence d’un Être suprême, éternel, infini, intelligent, créateur, conservateur et souverain maître de l’univers qui préside à tous les mouvements et à tous les événements qui en résultent, mais qui restreint son action à simplement s’assurer du bon fonctionnement de l’univers, sans se préoccuper des affaires humaines. Ils n’attendent donc aucune faveur de la Providence, et préfèrent s’abstenir de tout culte, quel qu’il soit. Leur Maçonnerie aura en priorité pour mission de propager les idées philosophiques défendues par la Royal Society, notamment la tolérance, la philanthropie, l’entraide, la liberté religieuse, les libertés individuelles, le cosmopolitisme et le progrès des sciences au profit de la société.

Pour les seconds, comme Leibniz, un Être suprême, éternel, infini, et intelligent gouverne le monde avec ordre et sagesse, suivant dans sa conduite les règles immuables du vrai, de l’ordre et du bien moral, parce qu’il est la sagesse, la vérité, et la sainteté par essence. Les règles éternelles du bon ordre sont obligatoires pour tous les êtres raisonnables. L’Être suprême n’est pas indifférent, mais intervient directement dans son œuvre pour l’orienter vers le bien. Les déistes de la seconde tendance pratiquent en priorité un travail spirituel individuel, dans le cadre d’une exploration personnelle du divin, pour être en mesure d’atteindre et dépasser les niveaux et degrés successifs d’un perfectionnement intérieur, et paradoxalement commun à tous les êtres engagés sur ce même chemin de perfectionnement.

 

Qu’apporte la pratique du vivre ensemble en tenue ?

La Franc-maçonnerie est un centre d’union polymorphe qui rassemble ce qui est épars sur au moins trois plans :

  • Elle est un espace d’évolution solitaire par le travail et la recherche qui ouvre des voies de la connaissance à partir du travail en loge : la francmaçonnerie, par les influences subies à caractère chevaleresque, hermétique, alchimique, compagnonnique, kabbalistique a conservé et rassemblé différents traditions et ésotérismes, c’est ce trésor qu’elle nous offre. Ce syncrétisme des voies de la connaissance s’appuie sur une méthode d’approche progressive qui se veut initiatique à ces connaissances. Elle est un espace de méditation, de réflexion, d’introspection, d’engagement. Elle permet de se renouer avec soi-même, une façon de dire que l’on rassemble ses éparpillements d’êtres pour les réconcilier dans une cohérence solide, une façon de s’accepter tel que l’on est, en se connaissant mieux en soi et à ses limites. Et en vieillissant, cette sérénité est un réconfort inestimable.

La franc-maçonnerie est une étrange école qui éveille et éduque l'homme au plan moral, intellectuel et spirituel. C'est un outil de développement personnel qui, loin de n'être qu'une gymnastique intellectuelle et spéculative, est avant tout une réelle pratique opérative. Ici l'œuvre n'est pas de pierre mais de chair, d'âme et d'esprit. C'est un travail lent qui présente de grandes difficultés, souvent accompli dans l'ignorance des forces libérées et des résultats acquis. Pas à pas, l'aspirant est conduit le long du sentier de la connaissance de soi. Son caractère et sa nature sont mis à l'épreuve jusqu'à ce que les qualités qui caractérisent la forme soient transmuées en celles qui révèlent l'âme. Par l’interprétation des textes et des symboles, l’homme s’invente et se transforme intérieurement au fur et à mesure qu’il invente de nouveaux sens.

L’espérance ouverte en Franc-maçonnerie est dans la confiance de l’Ordre que chaque frère ou sœur est capable de dégrossir sa pierre pour obtenir sa récompense, la joie d’être soi.

En utilisant les rites et symboles de la franc-maçonnerie avec différentes approches aussi originales que transdisciplinaires, chacun peut atteindre et réaliser, en accédant à la maîtrise, un véritable art d'être. Plus rien ne sera comme avant car il va passer enfin de l'autre coté du miroir[5] pour en revenir, dans le meilleur des cas, à jamais transformé.

La franc-maçonnerie est l'un des rares outils au monde à apporter une telle possibilité en intégrant  une pratique du corps et de l'esprit, par un ensemble des composantes de ce qui nous fonde tant sur le plan personnel, intellectuel que spirituel et nous permet de nous comprendre et de nous mettre en œuvre comme approfondissement des médiations données, entrant plus avant dans leurs textures mêmes, leurs matérialités symboliques ou rituelles, leurs figurations, comme si était ici requis un humain se nouant, à l’intime, au gré d’un travail propre de reprise en corps à corps avec un donné.

 

  • Elle est un espace de rencontre : L’initiation est en premier lieu un changement d’état, l’ego n’est plus identique à ce qu’il était après ce mécanisme, il devient à la fois un «moi» et un «nous». On apprend à vivre pendant longtemps avec les autres, s’obligeant à prendre la posture de la fraternité, de la solidarité  et de la tolérance, ce qui à terme devient une vraie nature et, ancré au plus profond de nous, suscite un élan sincère, affectueux et respectueux  pour l’autre, tout autre, que l’on rencontre dans le temple ou surtout à l’extérieur.

Les rituels et l'imaginaire nous font changer de monde et nous absorbe dans un autre univers presque réel. En fait réel, parce que les émotions sont un espace-temps vécu comme un présent où ce qui est dit devient réalité : nous avons trois ans et il est midi ou minuit.

C’est un sentiment de communauté fraternelle qui s’instaure pour unir frères et sœurs entre eux, c’est pour chacun simultanément à part, tout en prenant part. à l’unisson avec une assemblée de francs-maçons, on éprouve souvent un sentiment de bien-être au milieu des siens, presque une symbiose ; le partage des mêmes aspirations avec les autres frères et sœurs nous emplit d’amour pour chacun d’eux.

Depuis des siècles des francs-maçons ont répété les mêmes paroles de rituels. Participer à une  tenue fait perdre tout sentiment de sa personne pour devenir une partie, une toute petite partie de cette chaîne qu’est la communauté franc-maçonnique. Ce lien, cette union avec le passé et le présent est un réconfort et un sentiment d’appartenance à une lignée de sagesse, force et de beauté. Même le solitaire peut y trouver le vécu joyeux, non pas tant du lien, que de l’abolition de la séparation.

 

  • L'armature des valeurs, des règles et des rites fait de nous une société particulière. Il n'y a pas de « nous » sans un point de fuite, un point d'accroche, une transcendance qui ne soit pas forcément surnaturelle, une majuscule permettant la clôture d'une identité qui se donne des frontières, qui permet la coagulation d'un « nous » et permet à ce « nous » de traverser le temps* en se renouvelant comme une œuvre de l’esprit qui garde sa jeunesse, celle de l’enthousiasme, sa profondeur d’analyse et de synthèse et assure sa pérennité. Avec ou sans nous en tant qu’individu, la Francmaçonnerie propose au gré de ses évolutions la recherche de l’ouverture d’esprit, des débats contradictoires dans le respect de la pensée d’autrui, bref tout ce qui fait l’âme et l’honneur du travail en loge et de ceux qui s’y consacrent sincèrement.

 

Pour ma part, je ne veux qu’être un franc-maçon libre dans une loge libre pour poursuivre cette expérience existentielle avec le doute fécond et l’esprit agnostique. Je suis sur la voie qui veut s'affirmer par elle-même sans que rien ne lui soit imposé de l'extérieur, celle qui ne condamne pas le choix des autres, celle qui s'est même nourrie de la voie imposant le dogme de la croyance définie à l'anglo-saxonne comme de la voie  opposée qui, elle, a rayé de ses constitutions la référence du Grand Architecte de l'Univers avec un rationalisme froid et sans ferveur. Cette troisième voie consiste à rassembler ce qui est épars en en faisant la synthèse dans la tolérance, en laissant à chacun sa liberté de pensée.

Alors protégeons cette franchise, cet affranchissement car, historiquement, là où il y a de l'amour, il y a aussi de la haine. Quand les uns ont le bonheur d'être inclus, les autres ont la rancœur d'être exclus. Nous faisons confiance à l'homme, à nos frères et sœurs en particulier,  car nous sommes des optimistes, mais l'homme a peur de cette liberté offerte et il serait tenté de la remettre à des ultras, des clercs de la pensée unique, qui nous diraient quoi faire, en quoi croire.

 

Mon cœur est devenu capable/D'accueillir toute forme./Il est pâturage pour gazelles/Et abbaye pour moines !/Il est un temple pour idoles/et la Kaaba pour qui en fait le tour,/Il est les Tables de la Thora/Et aussi les feuillets du Coran/Je crois en la religion de l'amour /Où que se dirige ses caravanes /Car l'amour est ma religion et ma foi.

Ibn’Arabi

 

 


[1] Bien qu’étant une innovation majeure, ce concept pour beaucoup fut une preuve de renoncement, voire de reniement ; la Grande Loge de Londres n’eut de ce fait pendant longtemps qu’une influence restreinte, sa juridiction étant limitée aux seules cités de Londres, de Westminster et à leurs banlieues. Pendant ce temps, la plupart des loges surtout en province, étaient réticentes à aliéner leur indépendance et elles continuaient à respecter les anciennes obligations du métier.

[2]  Merci à Patrick Carré pour le développement suivant http://www.patrick-carre-poesie.net/spip.php?article1211

[3] σύστημα, sústêma, « συνίστημι, sunistēmi (établir avec)

[4] Chacune possède un point de vue singulier sur le monde, une vue de l’univers en miniature, et toutes ses perspectives ont ensemble une cohérence interne, tandis que Dieu possède l’infinité des points de vue qu’il crée sous la forme de ces substances individuelles.

[5] L'épreuve du Miroir apparaît en 1778 dans la Maçonnerie lyonnaise où naquit le RÉR. Ce n'est donc que beaucoup plus tardivement qu'elle fut adoptée au RÉAA.

Dans le rituel d’initiation au RÉAA  et au Rite Français Groussier, le miroir présenté à l’impétrant a pour signification  que son reflet est son plus grand ennemi avec lequel il faut se réconcilier. Le Gnothi seauton, connais-toi toi-même, de Socrate est explicite : il s’agit de connaître ses limites. C’est un rapport aux autres, une indication de juste mesure, celle qui fait se courber pour passer une porte basse. Cette injonction est initiatique et indique une démarche progressive dans un état de conscience, pas d’inconscience.  La phronésis, la sagesse pratique, est une incitation à la réserve par le savoir. Le miroir n’est pas seulement un appel à une introspection, c’est surtout à une mise en relation de l’être avec ses limites. Se regarder pour se connaître, c’est ne pas rester médusé par son propre reflet mais ouvrir son visage sur l’altérité avec l’humilité qui fait place à l’autre en l’acceptant dans la lumière nécessaire pour le voir.

RÉR. Une épreuve du miroir, voilé de bleu ou de brun, se passe au cours du quatrième voyage de la réception du compagnon. Lorsqu’il lui est présenté, le récipiendaire peut y lire sur un phylactère : « Si tu as un vrai désir, du courage et de l’intelligence, écarte ce voile et tu apprendras à te connaître. »

Le miroir donne à réfléchir sur soi et sur le monde.

Il faut également retenir le sens de visée (venant du mot mire). Le miroir doit être l’instrument qui permet la visée (morale), l’alignement. C’est pourquoi le miroir n’est pas, en fait, qu’un objet d’auto-contemplation, mais aussi l’instrument qui doit révéler l’angle secret de ce qui n’apparaît pas encore, mais qui est en gestation, le futur Maître.

 

*http://nsae.fr/2008/09/13/jesus-l%E2%80%99eglise-l%E2%80%99humanisme-un-debat-entre-frederic-lenoir-et-regis-debray/

Repost 0
Published by elle est parce qu'ailée - dans Franc-maçonnerie
commenter cet article
22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 12:09

Le Texte raconte qu’il y avait un arbre de vie là où nos premiers ancêtres devinrent des humains. Devenus trop humains et trop gourmands, ils durent quitter ce qui semblait un éden ; on devait être fin mars, ils furent expulsés. Des gardiens sans chair furent missionnés pour leur en interdire l’accès, appelons les Gabriel et Raphaël. Depuis, après enquête, on retrouve ces deux personnages, dissimulés sous le nom de Yakin et Bo’az[1], les deux colonnes à l’entrée d’un édifice, le Temple de Salomon, autre type de paradis, mieux connu sous le nom de pardès. Là, les savants en mystique ont considéré, par élaborations spirituelles, que l’on pouvait conceptualiser qu’il y existait un autre arbre de vie, l’arbre des séphiroth.

S’affichant comme une constante fondamentale, à la fois dans les rituels et dans les loges, bien que très souvent traités en carton-pâte, Yakin et Bo’az nous interrogent sur leur rapport avec cette métaphore arboricole. Légitimement, on est en droit de rechercher leur connivence spéculative, parce que le fameux arbre de la Kabbale, l’arbre des séphiroth, se présente, en fait, aussi sous forme de piliers[3], dont le rapprochement avec nos deux colonnes, alias nos deux piliers, peut paraître à beaucoup comme évidente. Par contagion sémantique, que représente chacun de ces 2 côtés ?

Dans leur séparation : la dualité et le dualisme

Leur séparation apparente : la dualité

- La dualité s’établit d’abord sur la base de la latéralisation, la droite et la gauche[4], si précisément explicite tant pour les colonnes du temple maçonnique que pour les deux piliers de l’arbre des séphiroth. Yakin est à droite en sortant du temple, Bo’az à gauche. Les colonnes font du terme « deux », du binaire, le principe fondamental, essentiel de l’existence du monde sensible et de la vie du genre humain.

Le Zohar appelle Kether « le crâne », Hokhmah et Binah, « les cerveaux » ; l’hémisphère cérébral droit est attribué à Hokhmah (la sagesse) et le gauche à Binah (l’intelligence). Les colonnes du temple, assimilées à ces deux séphiroth, correspondent à toutes les dualités : sujet-objet, agent-patient, actif-passif, positif-négatif, père-mère, gauche-droite, donner-recevoir, agir-sentir, esprit-matière, soleil-lune, abstrait-concret…

- Dès lors que l’on introduit une quelconque opposition, tant spatiale que qualitative, on peut tout aussi bien considérer la dualité, ainsi apparente, comme une mise en évidence des relations des principes archétypaux du masculin et du féminin.

En Jø la voie active de la manifestation, le principe masculin, en Bø, la voie passive, le principe féminin. Ces colonnes appartiennent au monde de la formation (Yetsirah). Les piliers extérieurs Yakin et Bo’az, ce sont les reflets clairement différenciés en mâle et femelle de l'homme androgyne, apparu dans le monde de la création (Bériah) et séparé en Adam et Ève en Yethsirah.

Les textes ne disent pas qu'ils sont symétriques ni semblables. L'une des colonnes est décrite par sa hauteur, l'autre par son diamètre[5]. Ce serait une erreur d'interprétation que de les rendre pareilles. Il s'établit ainsi une correspondance, une altérité sans identification, de celle qui est haute, de celle qui est large. C'est affirmer la différence, maintenir et laisser libre la dimension de l'étrangeté et de l'ailleurs.

C'est dire que l'autre ne revient pas toujours au même. L'autre n'est alors comme opposé que de son autre ; Boaz et Jakin se regardent. Jø et Bø, 10 et 2 en valeur guématrique, donc germe et matrice[6], choisies et nommées, forcément, avec une intention herméneutique.

Dans toutes les traditions anciennes, le cylindre élancé est une représentation phallique ; tout comme la grenade est associée à l’ovaire générateur. L’association de ces deux symboles ne pourrait pas être plus explicite pour les Colonnes qui évoqueraient, en évidence, un symbolisme sexuel de génération et fécondation.

De la lumière originelle qui emplissait de manière égale et sans différence de degré avant le tsimtsoum (le retrait divin qui remplissait le Aïn sof), jaillit une lumière émanée dans le vide laissé par le tsimtsoum. Cette Lumière émanée contient l’ensemble des Séphiroth et se divise en deux rayonnements, l’un intérieur, l’âme, et l’autre le monde de la séparation. Toutes les Séphiroth émettent de la lumière et en reçoivent, mais cette lumière peut être plus ou moins intense. Il est dit que l’émission de lumière est de nature masculine alors que la réception est de nature féminine. Chacune des 10 Séphiroth reçoit l’influx qui lui parvient de l’Aïn-Sof et l’épanche à son tour. On peut alors se demander : comment se fait-il que certaines séphiroth soient appelées mâles et d’autres femelles, si toutes sont androgynes ? De manière générale, les Séphiroth mâles sont des énergies expansives et créatrices, et les Séphiroth femelles sont des restrictions et des stabilisations de ces forces.

L'énergie et la matière sont des formes androgyniques de l'unité qui dans le plérome hébraïque sont aussi considérées comme principe mâle et femelle. Ces principes ne peuvent avoir qu'une coexistence dramaturgique où le principe féminin est source de vie mais aussi de mort pour le principe mâle, c’est la forme limitant l’énergie ; de là à opposer la femme à l'homme n'est-ce pas un danger ? Certes, mais l'androgyne originel n'est pas la dualité de l'hermaphrodite, ni celle des hybrides évoquée dans l'introduction. C'est dire et redire que nous sommes mâle et femelle, à la fois, comme image de la création. C'est une consubstantialité de l'unité regardée dans ses aspects différenciés mais c'est de l'unité dont il est toujours question. Ainsi dans la doctrine secrète de Blavatsky "dans un état absolu, l'unique principe sous ses deux aspects d'idéation pré-cosmique (énergie) et de substance pré-cosmique (matière) est unisexuel, inconditionné et éternel. Son émanation est androgyne. Quand ce rayonnement rayonne à son tour, tous ses rayonnements sont androgynes, mais deviennent des principes mâles et femelles dans leurs aspects inférieurs (création, formation). C'est ce que dit aussi Einstein « Je préfère regarder la matière et l'énergie non comme des facteurs produisant les mêmes degrés de courbure de l'univers mais comme des éléments de perception de cet univers ».

- On retrouve cette séparation de l’androgynie dans les initiales du nom des colonnes[7].

· La lettre Yod, initiale de Yakin, dixième Lettre-Force de l’alphabet sacré hébraïque, représente un retour à l’Unité ; il est en quelque sorte un Aleph א intériorisé. La Source de Vie représentée par la lettre Aleph, qui est le germe de toute chose, devient en Yod une Force Agissante, qui stimule de l’intérieur, qui donne la possibilité de créer. Le Yod établit la base rationnelle pour comprendre la mécanique de l’œuvre. Yod est un élément Air créateur et transformateur. Dans le monde matériel il représente la phase dans laquelle les graines de la Pensée, transportées par l’Air, sont aspirées et incorporées dans l’organisme.

D'après la Kabbale, la lettre Yod est un signe ayant deux déterminations: l'une est formée et révélée, le signe Yod dessiné (le dessin originel du signe est un bras étendu, transformé en un point, le sens est une main fermée en un poing) ; l'autre est non formée et non révélée, le point conceptuel proprement dit. Ces deux aspects de la lettre Yod sont appelés aussi "décoincé ou déployé" ou réel et "coincé ou non déployé, contenu" ou irréel.

Le point primordial est le résultat du retrait divin appelé "tsimtsoum" à partir duquel l'univers est créé. Sur l'Arbre de Vie, ce point Yod, placé au niveau de la Sagesse (Hokhmah), émet deux lumières dont l'une, infinie, s'estompe vers le haut. La lumière finie descend et révèle le signe Yod explicite, grâce auquel l'univers et son contenu existent et sont rendus tangibles. C’est bien la colonne Yakin que l’on traduit aussi par : il établit.

D'après la Tradition, le point initial s'est déployé comme une ligne vers le bas en un signe Vav, puis en une deuxième ligne pour former un plan, le signe Daleth. Et de fil en aiguille, le point initial est l'origine de toutes les lettres et de l'écriture.

Mais, par ailleurs, le Yod se révèle dans son écriture explicite "yod-vav-daleth", pour nous confirmer son déploiement progressif.

Le sens de la lettre Yod est le bras, et par extension, la main. Les deux mains jointes forment un lieu de rencontre; les deux mains serrées, un lien de fraternité; les mains ouvertes, l'image d'un soutien, d'une compréhension; la main est le signe de l'action et de la réaction. La main indique, matérialise et fait exister un concept ou une idée.

La valeur de la lettre Yod est dix, retour vers l'unité par la dualité et la multiplicité. I1 y a dix paroles créatrices du monde et dix commandements pour le maintien de celui-ci.

· La lettre Beth, initiale de Bo’az représente la condensation des acquis, l’intériorisation de la Lumière. Pour que l’énergie puisse se manifester, à n’importe quel niveau, elle doit passer par une phase d’intériorisation et de condensation. Cette condensation de la Force Primordiale produit l’Amour. Au niveau humain c’est un amour non révélé, mais qui en agissant de l’intérieur fait avancer sur le chemin de l’œuvre. La lettre Beth symbolise la maison, le réceptacle de la force créatrice de yod. Selon ce symbolisme des lettres, l’initié devrait passer d’abord par Yod, entité masculine, force productrice, rationalité dans la connaissance, ensuite, lorsqu’il saura lire et écrire, il pourra approcher Beth, élément féminin, éveil de l’Amour non plus passionnel, et bâtir sa Maison, son temple intérieur dans lequel le travail de la force créatrice se développera aisément.

Le sens principal de Beth est la maison, un édifice, une construction. "C'est par la Sagesse qu'une maison s'édifie et c'est par le discernement qu'elle se consolide" (Proverbes, 23, 3). Beth est sur la voie du Discernement dans l'Arbre de Vie. Cette lettre a la forme d'un abri fermé sur trois côtés et ouvert à gauche. Beth est également le Temple, le palais divin, la manifestation de l'absolu. D'après la même Tradition, les trois côtés du signe Beth représentent ce qui est révélé, le quatrième côté non tracé est le secret ou le sceau divin. D'après la tradition de la Kabbale, l'ouverture du Beth donne vers le nord d'où souffle le vent frais, la richesse mais aussi les mauvaises intentions. Placée à gauche en sortant du temple, au septentrion, Bo’az est conforme à son initiale.

Venant de l'extérieur, la rigueur peut trouver à l'intérieur du "Beth" la chaleur de la miséricorde. L'ouverture du Beth est la liberté de choix, soit la tentation du mauvais penchant, soit la compassion et l'amour. Il appartient à l'homme de choisir la bonne direction.

Un autre sens de cette lettre est la fille, le féminin. Beth est une préposition qui connote aussi bien l'intériorité que l'accompagnement. Fille et maison suggèrent la douceur d'un foyer à l'abri des vicissitudes: mais pour passer de l'une à l'autre, de "bat", la fille, à "beyt", la maison, il faut ajouter la lettre Yod, image de la loi morale, par le biais des dix commandements (voir Yod ci-dessus). La construction d'un intérieur ne peut s'identifier au féminin que si son fondement est la Loi morale ; alors, l'esprit qui y règne est une âme supérieure.

La valeur de Beth est deux. Beth est le battant d'une porte. En araméen, "bab" avec un double Beth est une porte à deux battants : première lettre de l'Écriture, cette lettre a été choisie pour créer l'univers. Les deux premiers mots de la Bible commencent par un Beth: le premier mot est un contenant, un intérieur offert, celui du Commencement (béreshit). Le deuxième mot "crée" (bara) où Beth est la fille de l'unité, la différenciation et le discernement étant les préludes de toute création. Duelle, la lettre Beth est la première manifestation du multiple.

Sur le plan divin, Beth est le paradoxe des paradoxes: l'univers a-t-il une réalité en dehors du divin? Si le divin est l'unicité et la totalité y a-t-il une place pour l'homme? D'où l'impression intime d'être et de ne pas être à la fois, le sentiment de va-et-vient de l'onde existentielle. La réalité est duelle: dans la tradition biblique, chaque chose est (ou a) son contraire, Beth est à la fois intérieur et extérieur.

En hébreu, père et mère commencent par aleph, fils et fille commencent par Beth : Beth est ainsi la deuxième génération, celle qui a déjà reçu l'enseignement de son aîné, Aleph. Néanmoins Beth est aussi la maison de l'étude, l'abri de la Torah, la nouvelle génération qui apprend aussi par elle- même. L'enseignement doit être toujours répété deux fois : apprendre en araméen c'est répéter deux fois.

Beth est donc un abri précaire de la dualité existentielle, la porte ouverte à l'exercice de la responsabilité de l'homme et de son libre-arbitre, abri consolidé par le discernement et l'étude de la loi.

- Les couleurs de Yakin et de Bo’az, le rouge et le blanc, participent de leur dualité. Les deux colonnes de bronze sont, dans nos temples, coloriées, Jakin, mâle en blanc et Bo’az, féminine, en rouge[8]. Le Zohar assigne une couleur spécifique à chacune des Séphiroth : le blanc à Hokhmah ; le rouge à Binah[9] ; le vert à Tiphereth et le noir à Malkhuth. Ce système de couleur est mis en parallèle avec celui des 4 Mondes qui se voient également attribués une couleur ; en particulier, le monde d’Atziluth est associé au blanc, le monde de Briah au rouge ; toutefois, ces attributions varient selon les kabbalistes et les systèmes.

Les couleurs qui sont visibles à l’œil, ou qui sont représentées en esprit, peuvent avoir un effet sur le spirituel, quoique les couleurs elles-mêmes soient physiques» (Moïse Cordovero, Pardès Rimonim, « porte des couleurs »). Jakin, se trouve ainsi associé avec la séphira de la sagesse Hochma[10], et Boaz, avec celle de l'intelligence, Binah[11].

Lorsqu’il est dit, en I Roi 7, 14, qu’Hiram était «rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir[12]» (reprenant d’ailleurs ces mêmes qualités qu’avait reçues Betsaléel[13], le maître d’œuvre du premier temple nomade sous Moïse), il est, également, fait très clairement une jointure sémantique des deux colonnes avec les deux séphiroth, celle de la sagesse, Hochma, et celle de l’intelligence, Binah (nommé aussi Tébouna).

On sait que, pour les Hébreux, la Loi (celle des tables éponymes) et la Justice, l’équité en son application (que l’on retrouve sous les noms de mishpat et de tsédeq) furent fondatrices de la gouvernance ce peuple et des relations entre eux. «Malheur à celui qui bâtit sa maison par l`injustice, Et ses chambres par l`iniquité[14] !».

En ces sens, Loi et Justice pourraient naturellement être entendues comme rigueur et miséricorde, Le jugement rouge et la miséricorde blanche, car le blanc et l’argent sont les couleurs traditionnellement associées à la gentillesse, le rouge et l’or associés au jugement ; Yakin, tsédeq et Bo’az mishpat !

Une remarque cependant : en alchimie les couleurs ne sont pas les mêmes. Yakin, parce que c'est l'énergie créatrice masculine, la force expansive qui part du centre de tout être, le souffre qui représente le Coagula, le Fixe, c'est-à-dire l'état condensé et corpusculaire de la matière, sa couleur est le rouge.

Bo’az, quant à elle, c'est la réceptivité féminine, c'est l'énergie qui venant de l'extérieur pénètre toute chose : c'est le mercure, la « mère cure », le Solve, le Volatil, c'est-à-dire l'aspect vibratoire et ondulatoire de la matière, sa couleur est le bleu.

Le temple maçonnique a retenu pour ses colonnes les couleurs de leur correspondance avec les piliers de l’arbre de vie, le rouge et le blanc.

L’imbrication de leur nature : le dualisme

Le dualisme de l’opposition apparente nous conduit à la coïncidence des opposés. Inséparables, insécables, les colonnes forment une sorte de dialogue ; l’équilibre de leurs forces de lumière est une structure de la création.

Bo’az traduit la force, mais autre que physique, elle évoque une force supérieure, la force spirituelle de conscience de l'indestructibilité de l'être réel, l'Esprit.

Yakin exprime la solidité, la stabilité; elle signifie que l'initié a dépassé le stade des fluctuations humaines et atteint l'état de l'Être se tenant dans l'éternel présent.

Il est dit que l’union des deux colonnes en génère une troisième, au milieu, qui représente, d’un point de vue ésotérique, l’homme et l’humanité. La combinaison des deux forces opposées produit le pilier central : l’homme parfait. Il est dit aussi que le Temple, situé entre les deux colonnes, serait alors Kether, la couronne, le Père-Mère.

Le travail d’initiation consistera à équilibrer ces deux polarités, afin de donner naissance à la Beauté, qui ne sera pas l’esthétique, mais l’Harmonie sublime créée par la Force et guidée par la Sagesse.

Dans leur interrelation : la lumière

Les deux colonnes dressent dans leurs significations tout l'arbre séfirotique. La sagesse est un arbre de vie pour ceux qui l’étreignent, ceux qui s’y appuient sont en marche[15] .

Hokhmah et Binah, Yakin et Bo’az, comme on vient de le voir sont associées à Sagesse et Intelligence ; il y a lieu, maintenant, de comprendre la portée de l’association Sagesse-Intelligence.

Même s'il est utile de considérer les séphiroth séparément, il faut garder à l'esprit le fait qu'elles interagissent en permanence. Leurs influences se déversent continuellement dans la réalité.

Ce flux incessant assure la stabilité de l'Arbre. Tour à tour, les séphiroth jouent un rôle d'émetteur et de récepteur. Ainsi Hokhmah est passive vis à vis de Kether et active vis à vis de Binah. De plus, une séphira subit l'influence des séphiroth qui lui sont directement liées mais aussi de toutes celles qui la précèdent.

Une première séphira, sphère de manifestation, est placée plus haute que les autres sur le pilier du milieu. Elle s'unit avec la deuxième séphira du pilier de droite qui elle-même s'unit sur le même plan à la troisième séphira sur le pilier de gauche formant ainsi un triangle, dit triangle suprême. Cette triangulation issue du néant, de l'origine, est tout à fait particulière. C'est le commencement. C'est comme une phrase où l'idée serait en germe mais ne trouverait de réalisation que dans une phase ultérieure : une idéation de l'univers.

Kether, traduit par couronne, la première séphira est placée donc au sommet, au commencement de la manifestation primordiale. Elle représente en quelque sorte la cristallisation primitive de ce qui jusqu'alors n'était pas manifesté et reste inconnaissable pour nous.

Il n'existe en Kéther aucune forme mais exclusivement de l'intention pure, quelle qu'elle puisse être : c'est une existence latente séparée par un degré de l'origine, du non-être ; de l'Aïn-sof. Cette séphira contient tout ce qui était, est, et sera en même temps. Elle est celui-en-train-de-devenir. C'est avec l'existence manifestée dans des paires d'opposés que cette unité prendra un sens accessible, mais dans Kéther il n'y a encore aucune différenciation. Elle perdure elle-même et en elle-même. Ces différenciations qui nous la rendent intelligible apparaîtront seulement lorsque Hokhmah et Binah, noms des 2ème et 3ème séphiroth, auront été émanées.

Kéther, c'est la monade existant sans attributs perceptibles mais les contenant tous cependant. Par là elle contient les potentialités de toutes choses. Nous ne pouvons définir Kéther, nous ne pouvons qu'y faire allusion. L'expérience spirituelle assignée à Kéther est dite l'Union avec Dieu: but et fin de toute expérience mystique ou alchimique. On ne s'étonnera pas d'y localiser comme vertu celle de l'accomplissement, de l'achèvement du grand Œuvre alchimique, le retour final. Le point parce qu'il n'a pas de dimension lui est tout naturellement associé comme symbole référant. Mais on lui trouvera d'autres titres comme Existence des existences, le point primordial, le point dans le cercle, le macroposope initial, la lumière interne, Lui, la tête blanche et son archange est Métatron.

L'énergie de Kéther se déploie et ce dynamisme premier, ce point en mouvement trace une ligne qui va vers la deuxième séphira Hokhmah : la sagesse. Cette expansion de force non organisée et non compensée serait plutôt une énergie incontrôlable : le grand stimulant de l'Univers. Mais il est impossible de la comprendre sans lui associer Binah, troisième séphira de l'arbre et première séphira organisatrice et stabilisante, Binah : la compréhension. Si les titres donnés à Hokhmah sont Ab, le père suprême, tétragrammaton, IHVH, Yod du tétragramme (représenté souvent en français par la lettre J) et si les symboles qui lui sont rattachés sont le phallus, le lingam, la pierre qui tient debout, la tour, le bâton du pouvoir qui se dresse, on ne sera pas étonné de voir et d'entendre en Binah (l'entendement), ima, la mère sombre Elhoim, la brillante mère féconde, la grande mer, Mara, racine de Marie et de la reconnaître dans la coupe, le calice, le Yoni, la robe extérieure de dissimulation (terme hindou et gnostique qui désignent les organes sexuels de la femme).

Ainsi Kéther est l'être pur, tout puissant mais non actif. Lorsqu'une activité en émane, que nous appelons Hokhmah c'est un flot descendant d'activité pure qui est la force dynamique de l'Univers et qui se stabilise en Binah. Il prend alors forme en Binah. L'Unité de Kéther est une monade se donnant à voir dans deux séphiroth. Elles forment ainsi la triade suprême. L'unité du commencement sous ses deux aspects différenciés peut être représentée par un triangle : Kéther, Hokhmah, Binah. Les Kabbalistes nomment la première triade KaHaB, כחב, acronyme constitué par l’initiale des noms de ces Séphiroth.

Le Delta de notre temple est-il un triangle de cette sorte ? Oui, nous dirions même que nous avons cloué ici la triade suprême mais c'est aussi la monade pythagoricienne. Notre Delta c'est la consubstantialité de l'Esprit manifesté (l'énergie), de la matière (la forme) et de l'univers leur fils. Il est placé du côté des mondes supérieurs c'est-à-dire pour nous à l'orient. À l'autre extrémité, dans le monde de la formation, considéré comme inférieur parce que plus éloigné de l'origine, il y a la même symbolisation. Sous une autre forme, J\et B\représentent, dans la phase du monde de la dualité, les deux aspects différenciés mais séparés de l'unité idéale du Delta qui les contient en idéation où ils sont encore réunis dans la perfection androgyne. On pourrait dire que depuis le sommet du Delta en passant par ses pointes basses, reliées aux colonnes du Temple, sont tracés les piliers de l'arbre de vie où les Føet Søsont à la fois les sphères de lumière et les sentiers par lesquels s'actualise la transcendance.

Parce qu’il y a du « et » dans l'androgynie inaugurale, la genèse nous propose, à partir de ce « et », une catégorie de pensée. Ce qui est proposé, ce n'est pas que Dieu existe ou pas; c'est qu'il faut qu'il y est du « et » pour qu'il y ait rapport de nature, sinon c'est le chaos, le magma. Ce « et » nous dit de rendre le masculin et le féminin, le Moi et le Soi, l'individu et le collectif harmonisés dans une unité. Il faut rigueur et miséricorde. Pour qu'il y ait du fils ou de la fille il faut qu'il y ait réellement père et mère, ab et ima, sinon c'est le magma psychique, social, sans le et c'est le délitement de la société. C'est le barbarisme du polythéisme qui offre ses monstres qui ont nom viol, crime, inceste, élimination de l'autre. Quand il n'y a plus la conjonction, même quand il y a indifférence, il n'y a pas de réalité, il n'y a que des humanités sans rapport de nature Humaine. Il n’y a plus la présence de la transcendance humaine qui est l'humanité dans la justice ou la bénévolence.


Présentation des séphiroth

Kéther : la Couronne

le point primordial, la vaste contenance, la tête blanche, l'existence des existences, l'ancien des jours

La première séphire commence l'Arbre et n'a pas de commencement. Elle incarne l'étincelle divine elle-même. Cette "incarnation" est dépourvue de forme, même mentale et ne peut être comprise, d'après la Kabbale, qu'en faisant un avec elle, en devenant dieu. La maxime "Nul ne peut contempler la face de Dieu et continuer à vivre" semble s'appliquer tout particulièrement à Kether.

Dans les traditions et les religions, elle représente le Dieu suprême, le Père hermaphrodite, le Créateur. Dans un système de pensée, elle peut être assimilée au postulat de départ, le concept-clé qui n'a pas d'antécédent et qui permet au système de se déployer.

L'image du point, objet sans dimension, est fréquemment associé à Kether. Elle est Couronne car elle confère tout pouvoir à l'homme tout en étant distincte de son être, posée "au-dessus" de lui.

le point, le point dans le cercle, le crâne, l'étincelle divine, le lotus aux mille pétales

Hokhmah : la Sagesse

le père suprême, le yod, le tétragramme, le débordement

La deuxième séphire est expansion, une déferlante dans laquelle tout existe de manière indifférenciée. Elle est mouvement : le point s'animant devient ligne et acquiert la première dimension. Hokhmah représente l'élan premier, le flux inexorable, le concept-père qui contient potentiellement tous les autres, le principe masculin. Elle est Sagesse en ce sens qu'elle incarne l'état ultime avant la fusion totale avec Dieu (la conscience cosmique).

la ligne droite, le côté gauche du visage, le phallus, la pierre dressée, la tour, le bâton de pouvoir, un visage barbu

Binah : la Compréhension

la mère sombre, la mère stérile, la mère lumineuse, la mère féconde, le trône, la grande mer, le réservoir

La troisième séphire densifie et concentre le flux de Hokhmah. Binah est associée au principe féminin. Elle est la Mère dans toute son ambiguïté : celle qui donne la vie, c'est-à-dire qui façonne l'élan premier pour lui donner forme, mais aussi celle qui donne la mort, toute limitation du divin étant voué à la destruction. Cette restriction de Hokhmah en Binah marque la naissance du Temps. La ligne, canalisée, se façonne et devient triangle. La deuxième dimension apparaît et, avec elle, les prémisses de la finitude.

Binah est Compréhension, ce qui induit déjà une certaine dualité : on comprend quelque chose (qui nous était donc étranger) tandis que l'on est sage (synthèse, union).

la coupe, le côté droit du visage, la Vesica Piscis, la vulve, le calice, une femme mûre

Chesed : la Miséricorde

Gedulah, bienveillance, amour, majesté

La quatrième séphire est intelligence cohésive et réceptacle de tous les pouvoirs. Les formes rendues possibles par Binah sont maintenues et alimentées par Chesed. Elle assure leur pérennité. Chesed est cohésion et multiplicité. Elle est associée aux principes d'ordre, de synthèse et d'assimilation. Dans le corps humain, on peut l'associer à l'anabolisme. En termes d'attitude, elle est compassion et magnanimité.

la figure géométrique, le bras gauche, le tétraèdre, la pyramide, l'orbe, la croix aux bras égaux, le sceptre, un roi couronné assis sur son trône

Geburah : la Sévérité

Din [justice], Pa'had [crainte], rigueur, force

La cinquième séphire est intelligence radicale. Elle est discriminante : elle va à l'encontre du processus de cohésion de Chesed. Elle est force car elle disperse, guerre car elle oppose, chaos car elle détruit. Elle est courage car elle met à l'épreuve les créations de Chesed. Elle est souvent associée au principe du Mal et à Satan, l'Adversaire, "celui qui sème la discorde". Ceci ne signifie pas que Geburah soit "maléfique" (voir qualités des séphiroth). Ordre et chaos sont deux principes indispensables à l'équilibre du monde. De ce point de vue, il n'est pas étonnant que les mathématiques et la physique moderne s'en fassent aussi l'écho.

Dans le corps humain, Geburah s'apparente au catabolisme (partie destructrice du métabolisme amenant la transformation de la matière vivante en déchets). Geburah est parfois appelée Din, la Justice, bien qu'on la qualifie de "sévère". La Justice serait plutôt l'action conjuguée du couple Chesed, Geburah. Cette dernière séphire peut être alors perçue comme étant la balance qui permettra de rendre le jugement final (de trancher).

le pentagone, l'épée, la lance, le fouet, un guerrier sur son char

Tiphereth : la Beauté

l'équilibre, la moindre contenance, le roi, le fils, l'homme

La sixième séphire est intelligence médiatrice et union des influences. Elle est beauté, harmonie des formes et des idées. C'est un point d'équilibre mais aussi un carrefour : le lieu où la transmutation des énergies est possible. En ce sens elle est associée au sacrifice (renoncer à un acquis pour atteindre un état de conscience plus grand).

Le soleil qui se consume en permanence pour briller est le symbole le plus utilisé pour désigner Tiphéreth.

le cube, la poitrine, le cœur, la croix du calvaire, la rose-croix, la pyramide tronquée, le soleil, un enfant, un dieu sacrifié

Netza'h : la Victoire

fermeté, puissance, synthèse

La septième séphire est intelligence occulte, union de l'intellect et de la foi. Netza'h est associée à la beauté, sous toutes ses formes. Netza'h est élan mystique, confiance et enthousiasme.

Elle est la sphère des émotions, des sentiments et plus généralement des élans, des tentatives de compréhension immédiate. Les errances de Netza'h deviennent alors coups de foudre ou projections (au sens de Jung : on octroie aveuglément à l'être aimé les qualités que l'on souhaite y trouver).

Netza'h est Victoire car elle est but atteint, adéquation. Elle nourrit les tentatives de compréhension dans lesquelles on essaie d'entrer en résonance avec l'objet que l'on cherche à comprendre.

les reins, les hanches, les jambes (en mouvement), la lampe, la ceinture, la rose, une femme nue

Hod : la Gloire

La huitième séphire est intelligence absolue. Hod est associée aux formalismes, à la logique, aux systèmes formels, au rationalisme. Elle est Gloire car elle exprime la reconnaissance du savoir maîtrisé, codifié et délivré à tous. Hod dissèque les élans de Netza'h, analyse et oppose, démonte et argumente. Le flux de Netza'h, canalisé par Hod, engendre une boulimie de savoir, une versatilité, une inventivité extrême. Celui qui cherche à tout savoir, qui "dévore" les informations, se rencontre souvent dans la sphère d'Hod. Sous l'influence de cette séphirah, l'homme tente de comprendre un objet en l'analysant.

Hod est le réceptacle de la connaissance figée (les livres), en ce sens elle est la gardienne des secrets, des savoirs et de la mémoire du monde.

les reins, les jambes, les Noms, le tablier, un hermaphrodite, le langage

Yesod : le Fondement

fondation, trésor des images

La neuvième séphire est intelligence purifiante. Elle conçoit le moule des formes, les sculpte, assure leur intégrité. Elle façonne le fleuve de vie issu de Netza'h dans les structures complexes élaborées par Hod. Elle sélectionne les images résultant de l'union de ces deux principes pour ne garder que les esquisses pures et équilibrées. Ces images, ces plans, ces architectures, deviendront matière dans Malkuth.

Ainsi Yesod est le fondement de toute chose s'incarnant. En tant qu'union de deux principes, elle est plaisir et jouissance. La lune, qui préside aux cycles menstruels chez la femme, est intimement liée à Yesod.

les organes génitaux, les parfums, les sandales, la Lune, un homme nu

Malkuth : le Royaume

Kallah [la fiancée] , le seuil, le seuil de la mort, le seuil des larmes, le seuil du jardin d'Eden, la Shekinah, la mère inférieure, la reine, la vierge

La dixième séphire est intelligence resplendissante. Elle est le réceptacle de toutes les influences. Malkuth incarne le stade ultime de la forme, dense et palpable, incapable d'exister plus concrètement. Elle est notre univers, notre planète, notre corps et toutes choses animées et inanimées qui nous entourent.

Malkuth est le Royaume des formes imaginées enfin réalisées. Malkuth est aussi le lieu où les liens entre force et forme se dégradent et se rompent, le seuil où l'on "rend l'âme", où ce qui ne peut être assimilé devient déjection. Le défi de l'homme est sans doute de pouvoir maîtriser un jour la myriade d'énergies et d'influences qui s'agitent dans son royaume.

le cercle, les pieds, l'anus, l'autel du double cube, le diadème, la croix aux bras égaux, une jeune femme couronnée assise sur son trône

NOTES

[1]

Yakin (avec noun final) + Bo’az = 819, en valeur réduite = 9

Gabriel גבריאל + Raphaël ראפאאל : en valeur pleine puis réduite (apparition, dissimulation) = 73+412+510+20+11+74 = 1180 et 510+111+81+111+111+74 = 998 soit 1180+998 = 3178, en valeur réduite = 9

Yakin et Bo’az sont semblables à Gabriel et Raphaël. Elles marquent l’entrée du paradis spirituel, le pardes. On dit que c’est seulement dans le Temple que pouvait se réaliser l’élévation spirituelle à travers les 4 niveaux d’étude du Pardès, domaine réservé de la Connaissance ésotérique de la Torah.

1 – pshat : Sens littéral du texte qui ne traite que monde sensible.

2- remez : Allusion, « Insinuation ». C’est le niveau plus élevé de l’étude, d’où la racine ram qui veut dire « élevé ».

3 - derash : Interprétation figurée. C’est la parabole, la légende, le proverbe, etc.

4 - sod : Secret. C’est le niveau ésotérique concernant la théosophie, la métaphysique et la révélation des choses surnaturelles, secrètes et mystérieuses.

Le Pardès est une référence aux quatre niveaux de compréhension de la Torah et aux quatre branches de l’enseignement de la Torah : Mikrah (versets), Mishnah (enseignement légaux), Talmud (enseignements élaborés de la Mishnah), et Kabbale (explication ésotérique de la Torah).

[2]

[4]

Au Rite Écossais ancien et accepté

Vén : Quelle est votre place en loge 1er [puis 2ème ] survø ?

1er survø : …, à gauche de l’entrée du temple…

2ème surø : …, à droite de l’entrée du temple…

Voir aussi note 7

[5]

I Rois 7, 15. Il moula les deux colonnes de cuivre, dont l'une était haute de dix-huit coudées, et un fil de douze coudées mesurait le tour de l'autre.

[6]

Le «Iod» initial de Jakin correspond à la masculinité par excellence. Beth, initiale de Bo’az, est considérée comme essentiellement féminine, car le nom de cette lettre signifie maison, d'où l'idée de réceptacle, de caverne, d'utérus.

[7]

[8]

Glossaire Théosophique, par Helena Blavatsky. Ouvrage théosophique publié aux Editions Adyar ;

[9]

Sur le symbolisme de la couleur, nous retenons ce passage de Gikatila : Le blanc est la substance de Hokhmah, qui est Miséricorde du côté de la Blancheur et une part de Din et d’anéantissement du côté de Binah rouge. Par contre, au sujet de Binah, secret de l’arrière, sa substance est rouge, et le blanc est auxiliaire pour elle. C’est la raison pour laquelle, à partir de Hokhmah, l’attribut Rah’amim (Miséricorde) se déverse du côté droit, qui est Abraham ». (Secret de la couleur de Gikatila).

[10]

Hokhmah. חכמה

Hokhmah est un terme hébreu qui signifie « sagesse »; et la Kabbale est la voie de réalisation de la « Hockmah nitsarah », la «Sagesse cachée». Pour le kabbaliste, la Hokhmah n’est pas une pure conception philosophique abstraite, mais une réalité primordiale, dont l’expérimentation amène à la réintégration divine, par l’union du monde d’En haut et du monde d’En bas.

La Hokhmah est ainsi la Sagesse, la Sapientia, l’omniscience et l’omnipotence divines.

Traditionnellement, la place de Hokhmah dans l’Arbre de Vie se situe au sommet du Pilier de Miséricorde, Miséricorde qui devient évidente en considérant ce jaillissement issu de Kéther comme un don si fort et si total de l’Énergie elle-même que son effet se fait sentir jusqu’aux plans les plus sombres et les plus denses des mondes inférieurs.

Cette émanation a pour nom Sagesse car «elle est cachée et mystérieuse, une réalité qui n’a ni limite ni fin, elle est le secret de la Sagesse car elle est une chose inaccessible qui réside dans la Pensée» (Moïse de Léon, Fragment sans titre). D’elle, le Bahir nous dit : «La deuxième parole est Hokhmah dont il est écrit «יהוה m’a acquise au début de sa voie, avant ses œuvres les plus anciennes » (Prov. 8, 22) ; et il n’y a point de «début» en dehors de Hokhmah, car il est écrit «Le début de la Hockmah c’est la crainte de יהוה» (Psaumes 111, 10). Crainte est Yrah – יראה – un des noms de la Hokhmah selon le Shaarei Orah de Gikatila.

La tradition qualifie ainsi Hokhmah dans le texte des Trente-deux Sentiers de la Sagesse : «Le second sentier est celui de l’Intelligence Illuminante : c’est la Couronne de la Création, la Splendeur de l’Unité, égalant celle-ci, et elle est exaltée au-dessus de chaque tête, et les Kabbalistes la nomment la Seconde Gloire».

Ce texte nous montre clairement que le pouvoir jaillissant de Kéther (la Couronne Suprême) en action positive est reçu par Hokhmah qui le transmet en Action positive dynamique dans la Création. Voilà pourquoi Hokhmah est appelée la Seconde Gloire. Car d’elle-même elle ne fait rien, elle n’agit qu’avec Kéther dont elle redistribue la Lumière aux autres Séphiroth. Alors que Kéther est la Volonté Divine, le «Je», Ani אני, de la Création, celui-ci doit encore être réalisé, le «Je» doit devenir un «Je suis», Ehyeh אהוה, et cela est réalisé en Hokhmah.

La Sagesse de Hokhmah révèle une connaissance subjective et intime qui est connue car interne et sans recours à un enseignement extérieur. Hokhmah est le royaume du Spirituel absolu qui manifeste l’Essence. C’est Hokhmah qui donne forme à la puissance latente et dormante de Kéther et c’est pourquoi c’est en elle que le « Je » devient « Je suis ». La Lumière originelle émanée de Kéther, descend au niveau de Hokhmah et la pénètre. Ensuite, la Lumière de Kéther s’unit à la Lumière de la Hokhmah, et ensemble, elles descendent dans les autres Séphiroth.

Au niveau de la Guématria, nous pouvons déduire ce qui suit :

Heth ח – 8, Kaph כ – 20, Mem מ – 30, He ה – 5 ; soit = 63.

Dans l’analyse de la graphie des lettres, nous pouvons discerner tout de suite que l’initiale de Hokhmah est le Hèth, la Barrière, ce qui doit empêcher d’aller plus loin. Et il s’agit bien également du rôle de cette Sephira, être une barrière à l’accès de Kéther qui est inaccessible au mortel. A ce sujet, le Tomer Dévorah (Palmier de Déborah) nous dit « La Sagesse a deux faces : une face supérieure tournée vers la Couronne (Kéther), qui ne regarde pas en bas mais reçois d’en haut ; une seconde face, inférieure, est tournée vers le bas pour veiller aux Séphiroth » (Moïse Cordovéro, Tomer Devorah, p.83, éditions Verdiers).

Il est dit : ne lis pas « Hokhmah », Sagesse, mais «Rosh Mah», «Tête du Quoi», ce Quoi, ce Mah, מה, c’est le monde d’En-bas. Ainsi, la Sagesse est le principe de notre monde, la ligne qui doit en être directrice ». Ce qui répond quelque peu au : « Que signifie « sagesse » (חכמה) ? Attends (‘hakeh – חכ) quelque chose (mah – מה) » (Le Sicle du Sanctuaire de Moïse de Léon).

Hokhmah, la Sagesse, est également «le palais» (hekh, חך) du «quoi» (mah, מה), les secrets du monde (représenté par le Mah) sont dans la Sagesse divine comme il est dit : « יהוה m’a conçue principe de son chemin, avant ses œuvres, depuis toujours » (Proverbes 8, 22).

Afin de bien comprendre la place de la Hokhmah dans le cycle des Émanations divines, il est utile de citer ici le verset 54 du Sepher ha-Bahir : « Ceci se compare à un roi qui avait une fille bonne, agréable, belle, parfaite. Il la maria à un prince, la vêtit richement avec couronne et parures. Il lui donna une grande dot. Le roi peut-il désormais vivre en dehors de sa maison ? Tu as dit : Non. Lui est-il possible de rester toute la journée avec elle ? Tu as dit : Non. Que fit-il ? Il aménagea une fenêtre entre lui et elle, et chaque fois que la fille a besoin de son père ou le père de sa fille, ils communiquent à travers cette fenêtre… ».

Le Roi représente dans ce texte la Hokhmah (Sagesse), et la fille, la Malkuth (Royaume), l’archétype du féminin, le lieu de la Présence Divine, la Shekhinah. Elle est la fille qui a donné naissance à toutes choses Le Roi se retire et se restreint en laissant une « fenêtre » à travers laquelle il peut communiquer avec sa fille ; cette fenêtre restreint l’espace, mais peut être ouverte à souhait. C’est la lettre Hé ה du Tétragramme יהוה, dont il est dit qu’elle représente les cinq niveaux de l’âme ; ils sont voilés mais servent de « fenêtre » vers Dieu.

Ces personnifications : père, mère, fille sont aussi représentatives de la doctrine du Zohar car, traditionnellement, chaque Sephira désigne ainsi une « personne » divine : Hokhmah est Abba אב, le Père. Le niveau de l’âme correspondant se situe dans le monde d’Atsilouth et s’appelle la Hayah, la vitalité. Hokhmah en tant qu’image divine «Père» est le Père de tout, le Père Suprême, force virile et masculine. Et Hokhmah est le Père de tous les existants comme il est dit : « Que tes œuvres sont grandes, ô יהוה, tu les as toutes faites avec Sagesse » (Psaumes 104, 24).

Les Noms de Hokhmah.

Hokhmah est également nommée « La Racine du Feu ».

Noms divins de deux lettres Yah (יה), El (אל) ; Nom de quatre lettres YHVH (יהוה).

Il est ici instructif de méditer sur cette transformation du Nom divin en Kéther, qui est Ehyeh (אהוה) en Nom divin יהוה, le Tétragramme, en Hokhmah. Le passage du Aleph א, 1, au Yod י, 10. Le passage du monde archétypal au monde de la Formation.

Hokhmah est encore appelée « La Robe Intérieure de Gloire », que l’on peut comprendre comme la lumière Intérieure.

Cette Sephira est également appelée Mah’shavah, Pensée, מחשבה, c’est-à-dire le point de la pensée, secret du commencement de l’expansion de Kéther. La racine ‘Hashab, חשב, signifie « pensée ». On peut donc lire ce mot comme Mah ‘Hashab, מה חשב, « Quoi pensée », le sujet de la Pensée inconnaissable de Kéther. Une autre lecture serait Mach Shahbah, מח שבה, Shahbah signifie « capturer » et Mach « cerveau ». Ce qui pourrait signifier que la Sagesse est la capture du ou par le cerveau.

La Kabbale appelle aussi la Hokhmah : « Moh’a » מח, le cerveau, car le cerveau est le reflet de la Sagesse. En effet, le cerveau est un réceptacle qui s’emplit, telle la Hokhmah, de la Lumière de l’intellect supérieur tout en en faisant bénéficier le monde d’en bas. Le cerveau est une potentialité qui peut ou non être utilisée. Ce développement doit bien sûr s’opérer dans le travail et l’effort afin de réaliser la potentialité. Et Virya de nous dire à ce propos : Le développement de la sphère spirituelle qu’est la Hokhmah s’obtient par l’effort; dans la mystique cette volonté s’appelle «Hishtadlouth». Ce terme vient de la racine «shidél» dont le sens est «exhorter», «encourager». En le permutant, ce mot devient «lishé», «revigorer», «monter la sève». La permutation dans un autre sens donne «shéléd», le «squelette», la charpente sur laquelle l’existence repose. L’Hishtadlouth est l’effort qui sert de charpente à notre force vitale et spirituelle.

Selon le Shaarei Orah de Joseph Gikatila, les Nom suivants sont associés à la Hokhmah :

Yesh – יש ; Ratson – חצון ; Yod rishonah shel Shem (Premier point du Nom) -יוד ראשונה של שם ; Aba – אבא ; Eden – עדן.

[11]

Binah. בינה

« Qu’est-ce que Binah ? Binah est produit par l’union du Yod י et du Hé ה, comme son Nom l’indique (Ben Yah בן יה, fils de Dieu) ; c’est la perfection de tout » (Zohar : Idra Zouta Kadischa). Son autre nom est Tébouna (תבונה) que l’on traduit par «Prudence». La qualité attribuée à Binah est le Silence. Silence qui suit la Sagesse et s’en nourrit ! Silence – חשה, Hassah en hébreu – où tout s’élabore. Le silence et la Sagesse qui sont mère de l’intelligence, intelligence qui est le nom de Binah. La racine «Bene» בין en hébreu signifie « comprendre», «discerner» et בינה signifie «compréhension», «discernement». Cette Sephira porte ce nom car elle est une expansion de la Pensée. « Or, grâce à la poursuite du déploiement, le méditant en arrive à discerner une certaine chose ou à avoir une certaine compréhension de la chose dissimulée et cachée, ce qu’il n’avait ni soupçonné ni discerné auparavant, car il n’a pas à s’occuper de ce qui est caché » (Haguiga 13a).

Binah est la puissance féminine archétype : « Au principe femelle sont attachés tous les êtres d’ici-bas. C’est de lui qu’ils tirent leur nourriture et leur savoir » (Zohar). En tant que puissance féminine, Binah est la Matrice de la Vie et en elle la Kabbale, et la théorie des Parzufim, distinguent deux aspects : ama (אמא), le Sombre Mère stérile ; aima (אימא), la Mère fertile rayonnante. - Binah est Imma, la Mère. aima donne la vie ; son action fait que le force issue de Hokhmah (qui est dans les Parzufim, Aba אבא le Père) ne se perde pas mais puisse accomplir son chemin harmonieusement dans la Manifestation, l’intelligence étant la manifestation de la Sagesse, comme il est dit : « Le commencement de la Sagesse, c’est : acquiers la sagesse (Hokhmah) et avec tous ces biens acquiers l’intelligence (Binah) » (Proverbes 4, 7).

Si Hokhmah, racine du Feu, est le principe mâle, actif, le Père Suprême, Binah, quant à elle, racine de l’Eau, est le principe femelle, passif, la Mère Suprême. De l’union du Père et de la Mère naissent les Séphiroth inférieures.

Comme le dit Moïse de Léon dans le Livre de la Grenade : « La Hokhmah est la dimension de la sainteté appelée Saint, et lorsque la Hokhmah se déploie dans sa Binah, selon le secret des sentiers, en se joignant à elle la Binah prend le nom de Saint des Saints ».

La position de Binah sur l’Arbre de Vie : au sommet du pilier de Rigueur, s’explique en considérant ses aspects gestion et limitation. Binah limite la puissance pénétrante de la Hokhmah, elle en adoucit les effets afin de la transmettre aux Séphiroth conséquentes et Binah transmet au niveau émotionnel la Sagesse de la Hokhmah.

Au niveau de la Guématria, nous obtenons : 67 (beth, 2 + iod, 10 + noun, 50 + hé, 5) : 13 par réduction. Or, 13 est la numération de Échad, Un, אחד. Par là, nous voyons donc que, bien que commençant par un Beth qui est la lettre de la Création et donc de la division, Binah renferme, en son nom, l’Unité intrinsèque divine.

Binah est également appelée Marah, מרה, la grande Mer (Notons que מרה = amertume). Nous retrouvons ici les grandes Eaux matricielles par le Mem מ, initiale de Mayim, les eaux.

Binah est encore Khorsia, le Trône, siège du pouvoir divin. C’est le trône où Malkuth, la Fiancée du Microprosope, est appelée à s’asseoir. Cette Séphira porte le titre « La robe extérieure de dissimulation ». C’est elle qui recouvre Hokhmah, la robe Intérieure de gloire, comme la substance contient l’énergie alors formulée. Cette image nous incite à aller au cœur des choses, à passer outre l’aspect extérieur.

Le Palmier de Déborah nous dit de Binah : « Comment l’homme pourra s’habituer à la mesure du Discernement (Binah) ? Il s’agit de revenir par le repentir (teshouvah), rien n’est plus important, car celui-ci répare tout dommage » (p. 88). Selon Cordovero (Or Yaqar), celui qui médite le repentir entraîne et obtient le Discernement.

Le Shekhel ha-Qodesh de Moïse de Léon donne les noms suivants pour Binah : Palais du Saint, Intériorité, Cinquantième Année (un indice quant au 50 Portes de l’Intelligence), Chofar, Monde à Venir (Olam ha-Ba – עלם הבא). Traditionnellement, le Nom Divin associé à Binah est יהוה Elohim. Toutefois, dans le Shekhel ha-Qodesh, la Binah est associée à Eloha, אלה. Le Shaarei Orah de Gikatila nous donne les noms suivants qui sont associés à Binah : Yovel – יובל ; Teshouvah (retour, repentance) – תשובה ; Lashon (langue) – לשון ; Nadir – נדר ; Kipourim (pardon) – כפירים ; Anoki (je) – אנכי ; Hayyim (vivant) – חיים.

[12]

תעַהַדַּ-וְאֶת הַתְּבוּנָה-וְאֶת הַחָכְמָה-אֶת וַיִּמָּלֵא

Il l’a rempli de sagesse, d’intelligence et de connaissance, Hochmah, Tabouna (autre nom de Binah) et Daat.

[13]

Exode 31,3 : concernant Betsaléel, « Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir », וּבְדַעַת וּבִתְבוּנָה בְּחָכְמָה,

[14]

Jérémie 22, 13.

[15]

Proverbes 3, 13 et 18. Heureux l'homme qui a atteint la sagesse, le mortel qui met en œuvre la raison… Elle est un arbre de vie pour ceux qui s'en rendent maîtres : s'y attacher, c'est s'assurer la félicité.

Repost 0
Published by elle est parce qu'ailée - dans Franc-maçonnerie et Kabbale
commenter cet article
26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 09:06
Jakin et Bo'az, la polysémie du sens et la réduction quantique

Que tes yeux soient ouverts nuit et jour sur cette maison, sur ce lieu dont tu as dit: "Mon nom y règnera"

I Rois,8,29

Les voilà ! Le cri des guetteurs coula le long de la colline de Moriah. La foule venue de multiple pays[i] se tourna, alors, comme une seule face d’un peuple, dans la direction indiquée, reprenant le cri et le propageant par des acclamations. Sur la route, deux chars tirés par 12 bœufs convoyaient les monumentales colonnes encore gisantes pour la commodité du transport. Le voyage était lent, retardé par la lourdeur et l’encombrement du convoi ; des tonnes d’airain sur plus de 11 mètres de long pour chaque chariot[ii]. Il fallait ramener les ouvrages d’au-delà du Jourdain, de Saredatha. La ville de la tribu de Gad, entre Souccot et Çaretân[iii], s’enorgueillissait de sa fonderie où tous les objets de bronze destinés au temple furent fondus, puis ramenés, ici, à Jérusalem.

C’était le jour de la consécration du Temple avant d’y déposer l’Arche. Depuis l’aube, la foule innombrable, amassée tout le long de la colline faisait une haie d’honneur pour accueillir les derniers éléments du Temple, ses deux colonnes du portique.

En tête du convoi venait Hiram, le fondeur qui accompagnait et surveillait son œuvre. Inspiré par les piliers similaires, qui flanquaient le parvis des sanctuaires phéniciens, avec Salomon, il avait choisi de créer deux colonnes, pour marquer l’entrée du Temple, en en faisant le symbole de la présence divine auquel le Temple était dédié. De même que l’éternel avait désigné à Moïse Betsaléel, un homme rempli d’intelligence, de sagesse et de savoir faire dans les ouvrages de bronze, en tant qu’architecte du 1er Temple nomade du désert qui abrita les tables de la loi sur lesquelles étaient gravées les 10 paroles, par éternel lui-même, de même, le roi de Tyr, envoya à Salomon, sur sa demande, un homme rempli d’intelligence, de sagesse et de savoir faire, le maître Hiram. Le lien entre les deux fondeurs est d’autant plus marqué que Betsaléel avait eu pour aide un nommé Oholiab, un homme de la tribu de Dan et qu’il se trouvât qu’Hiram était le fils d’une femme, également, de la tribu de Dan[iv] ; les savoirs, par tradition de métier, se transmettant au sein de la même famille.

Dans le cortège, il y avait aussi Ornan, le jébusien, à qui David avait acheté pour 600 sicles d’or[v] l’emplacement montagneux pour bâtir l’autel à son dieu et que son fils, le roi Salomon, allait inaugurer ce jour. Cette colline, le mont Moriah, était un terrain qui, pour les hébreux marquait et fondait son histoire spirituelle. Pour les anciens, c’est sur ce massif qu’eut lieu la ligature d’Isaac, devenant ainsi l’endroit où fut donné un enseignement à Israël : la crainte de Dieu.

Il fallut longtemps pour faire approcher les colonnes de leur emplacement définitif. Pourtant, le soleil était encore haut quand Salomon donna l’ordre d’activer le mécanisme qui allait redresser les colonnes pour les positionner de chaque côté de l’entrée du Temple.

Face au peuple regroupé aux pieds de l’escalier à sept degrés[vi], dans l’embrasure du Hékal, Salomon regardait le lent et prudent redressement des colonnes. Quand elles furent stabilisées verticalement, dans un silence expectatif que fit la foule, on put entendre le roi les présenter en les nommant. Il commença par celle à sa main droite et lui donna le nom de Yakin, puis celle sur sa gauche et lui donna le nom de Bo’az[vii]. Le son de sa voix était amplifié par la capacité de résonnance du creux des piliers d’airain. Certains entendirent, en Bo’az, le nom de l’ancêtre de Salomon, le mari de Ruth, en Yakin le nom du premier prêtre installé à Jérusalem[viii]. Ainsi placés, au-devant du peuple qui n’avait pas le droit d’entrer dans le Temple, Salomon et le grand prêtre, donnaient toutefois à con-templer à Israël, sous les noms de Yakin et Bo’az, l’ordonnancement de ses fondements, le misphat[ix] et le tsédek[x], la loi et l’équité, le concept et la révélation, la royauté et le sacerdoce.

Mais le peuple des Hébreux en frémit car, initié, il entendit, ainsi, dans le phrasé du roi Salomon, se prononcer également le nom du « Seigneur ». Comme le buisson ardent l’avait demandé à Moïse, le Nom lu, יהוה, avait été substitué par une parole pour le prononcer, Adon אדו, Seigneur[xi]. Les sages savaient ainsi que par leur nomination, que par la voix de Salomon, éternel communiquait aux colonnes cette vie impérissable engendrée par la parole qui les rendait témoins de la présence divine dans l’édifice ; les deux colonnes venaient d’être rendues vivantes. Une clameur enfla le souffle des Hébreux et de leurs hôtes, ils ne furent plus qu’une onde de vibrations couvrant le murmure du grand prêtre qui, placé entre les colonnes, sur la droite de Salomon, prononça en secret le plus sacré des 72 noms de Dieu, le tétragramme יהוה. Les colonnes en frémirent aussi[xii]. Les archanges Raphaël et Gabriel, qui gardaient les portes du paradis pour que les humains n’y retournent pas[xiii], se déplacèrent alors pour soutenir les nouveaux piliers de l’entrée du Temple, Yakin et Bo’az, marquant ainsi l’accès à un nouveau paradis, celui de l’arbre des séphiroth[xiv].

Dorénavant, les deux sentinelles d’airain du Temple tracent un seuil où se révèlent les vertus qui les ont rendues possibles[xv] : la sagesse, l’intelligence et la connaissance. Ce qui se trouve entre les colonnes, qui les cimentent en quelque sorte, ce sont les trois attributs divins attribués au maître Hiram qui les façonna.

À la fin de la cérémonie, la nuit venait de tomber ; la foule se dispersa.

Tard dans la nuit, il restait cependant une étrange lueur qui irradiait dans les reflets nocturnes de la lune sur les grands témoins de bronze, indicateurs-phares d’un voyage à entreprendre vers cette brillance. Vivantes, les colonnes s’accouplaient en une hiérogamie sémantique, associant les lettres de leur nom pour continuer de murmurer le saint nom qui se montre et se dissimule[xvi]. Par cet entre-deux, encadrés par les deux totems, le lait et le miel se mirent à ruisseler[xvii], augurant le Temple comme une terre promise de spiritualité.

[i] II Chroniques 2, 16.

Salomon compta tous les étrangers qui étaient dans le pays d`Israël, et dont le dénombrement avait été fait par son père David, ils s’élevaient au nombre de cent cinquante-trois mille six cents.

.

[ii] I Rois 7, 15 et 16. Il moula les deux colonnes de cuivre, dont l'une était haute de dix-huit coudées, et un fil de douze coudées mesurait le tour de l'autre. Il fit ensuite deux chapiteaux, coulés en cuivre, pour les fixer au sommet des colonnes; ces chapiteaux avaient chacun cinq coudées de hauteur.

Soit au total 23 coudées, environ 11,5 mètres

.

[iii] I Rois 7,46 et 47. C'est dans la plaine du Jourdain, entre Souccot et Çaretân, que le roi les fit fondre dans une terre grasse. Salomon renonça à évaluer tant d'objets, à cause de leur quantité prodigieuse; le poids du cuivre ne fut pas vérifié.

.

[iv] Exode 35,32 à 35. L'Eternel dit à Moïse: «Sache que j'ai choisi Betsaleel, … Je lui ai moi-même donné pour aide Oholiab, fils d'Ahisamac, de la tribu de Dan. דָן-לְמַטֵּה אֲחִיסָמָךְ-בֶּן וְאָהֳלִיאָב . [l'Éternel lui a appris]à mettre en œuvre l'or, l'argent et le cuivre ; à tailler la pierre pour la sertir, à travailler le bois, à exécuter toute œuvre d'artiste.

II chroniques 2,13. Or, j’envoie un homme habile, plein de savoir: Maître Houram. C’est le fils d’une femme, d’entre les filles de Dan, דָּן בְּנוֹת מִן אִשָּׁה -בֶּן et son père était un Tyrien ; il sait travailler l’or, l’argent, le cuivre, le fer, les pierres, le bois, les étoffes de pourpre, d’azur, de byssus et de cramoisi; il connaît l’art de la sculpture, est capable de combiner toute œuvre d’artiste.

.

[v] 1 Chroniques 21 : 22à 25. David dit à Ornan ('Ornan) : Cède-moi l'emplacement de l'aire pour que j'y bâtisse un autel à l'Eternel; cède-le-moi contre sa valeur en argent, afin que la plaie se retire de dessus le peuple. Ornan ('Ornan) répondit à David : Prends-le, et que mon seigneur le roi fasse ce qui lui semblera bon; vois, je donne les boeufs pour l'holocauste, les chars pour le bois, et le froment pour l'offrande, je donne tout cela. Mais le roi David dit à Ornan ('Ornan) : Non ! Je veux l'acheter contre sa valeur en argent, car je ne présenterai point à l'Eternel ce qui est à toi, et je n'offrirai point un holocauste qui ne me coûte rien. Et David donna à Ornan ('Ornan) six cents sicles d'or pour l'emplacement.

2 Chroniques 3 : 1. Salomon commença à bâtir la maison de l'Eternel à Jérusalem, sur la montagne de Morija, qui avait été indiquée à David, son père, dans le lieu préparé par David sur l'aire d'Ornan ('Ornan), le Jébusien.

[vi] Ézéchiel 40,22 . Ses fenêtres, son vestibule, ses palmes, avaient la même mesure que la porte orientale; on y montait par sept degrés, devant lesquels était son vestibule.

..

[vii] I Rois 7, 21 et II Chroniques 3, 17. Il dressa (établit, releva) ensuite les colonnes près du oulam (vestibule) de l’hékhal, il érigea la colonne de (à) droite, Il lut (appela, cria, donna) le nom Yakin, il érigea la colonne de (à) gauche, Il lut (appela, cria, donna) le nom Bo’az.

Cela donne une importante information sur l’orientation du Temple : il s’ouvre sur l’est, le Saint des saints est donc à l’ouest.

Quand nous sommes en loge au premier degré, nous sommes donc à l’extérieur ; le Temple est celui de la Nature (voûte étoilée, place des colonnes, vénérable à l’est…). Gravir, ensuite, les 7 marches [de l’accès au Temple] permet d’entrer seulement dans le Temple.

.

[viii] Jérémie, 11, 10.

Parmi les prêtres [qui s'installèrent à Jérusalemn] : Yedaïa, fils de Joyarib,, Yakin

.

[ix] Définition de "Mishpat". Généralement traduit par : Jugement, justice, habitude, ordonnances, loi, le droit, règles, la cause, le modèle, règles établies, . . .

Jugement, justice, ordonnance

  1. Jugement

Action de décider d'une cause

Lieu, cour, siège du jugement

Procès, procédure, litige (devant des juges)

Cas, cause (présentée au jugement)

Sentence, décision (du jugement)

Exécution (du jugement)

Le temps (du jugement)

  1. Justice, droit, rectitude (attributs de Dieu ou de l'homme)
  2. Ordonnance
  3. Décision (de loi)
  4. Droit, privilège, dû (légal)
  5. Propre, convenable, mesuré, coutume, manière, plan

.

[x] Définition de "Tsédeq". Généralement traduit par : Justice, juste, innocence, se justifier, droiture, bonté, vrai, équité, salut, triomphant, bonheur, injustice.

Justice, droiture, vérité

  1. Ce qui est droit ou juste ou normal, droiture, justesse (de poids et mesures)
  2. Justice (d'un gouvernement)

De juges, gouvernants, rois ;De loi ; Du roi selon David, le Messie ; De Jérusalem comme siège d'un gouvernement juste

De l'attribut de Dieu

  1. Justice (dans une affaire ou une cause)
  2. Droiture (dans le discours)
  3. Justice (ce qui est moralement, éthiquement droit)
  4. Justice (défendue), justification (en controverse), délivrance, victoire, prospérité

.

[xi] Yakin « יָכִין » s’écrit yod, kaph, yod, noun final soit 10+20+10+700 = 740 ;

Bo’az « בֹּעַז » s’écrit beth, eïn , zaïn soit 2+70+7 = 79

Yakin + Bo’az = 740+79 = 819, en réduction 9 de même valeur que le mot substitué au tétragramme, Adon אדו, dans sa valeur développée puis réduite, dans un mouvement d’apparition et de retrait dirions-nous.

Adon (Aleph, daleth, vav, noun) correspond à 111+434+12+106 = 1314 valeur réduite à 1+3+1+4 = 9

[La valeur développée s’obtient par accumulation des énergies de chaque lettre qui permettent de prononcer son phonème. Par exemple, la lettre aleph peut prendre la valeur de aleph+lamed+phe soit 1+30+80 =111 ; la lettre daleth vaut ainsi daleth+lamed+tav soit 4+30+400 = 434…]. Nous employons ce procédé pour le calcul des mots se référant à toutes les énergies (qui apparaissent dans les mondes séfirotiques d’émanation, création, formation) et la guématrie simple pour les éléments du monde de l’action (ou réalisation), lieu où les éléments prennent forme, s’élèvent, résistent et se dégradent.

À remarquer que la valeur réduite de 819 est de 8+1+9 = 18 ; c’est la hauteur visible (en coudées) des colonnes.

.

[xii] Isaïe, 6, 3 et 4. S'adressant l’un à l'autre, ils s'écriaient: "Saint, saint, saint est l'Eternel-Cebaot! Toute la terre est pleine de sa gloire!" Et les colonnes des portes s'agitèrent au bruit de cet appel, tandis que l'enceinte s'emplissait de fumée.

.

[xiii] Genèse 3:24 : « il chassa l’homme, et plaça à l’orient du jardin d’Éden les chérubins et la lame de l’épée qui tournait çà et là, pour garder le chemin de l’arbre de vie ».

.

[xiv] Yakin (avec noun final) + Bo’az = 819 , en valeur réduite = 9 (voir supra).

Gabriel גבריאל + Raphaël ראפאאל : en valeur pleine puis réduite (apparition, dissimulation) = 73+412+510+20+11+74 = 1180 et 510+111+81+111+111+74 = 998>>> 1180+998 = 3178, en valeur réduite = 9

Yakin et Bo’az sont semblables à Gabriel et Raphaël. Elles marquent l’entrée du paradis spirituel, le PARDES. On dit que c’est seulement dans le Temple que pouvait se réaliser l’élévation spirituelle à travers les 4 niveaux d’étude du Pardès, domaine réservé de la Connaissance ésotérique de la Torah.

1 - PSHAT « Sens littéral » du texte qui ne traite que monde sensible.

2- REMEZ « Allusion », « Insinuation ». C’est le niveau plus élevé de l’étude, d’où la racine RAM qui veut dire « élevé ».

3 - DERASH « Interprétation figurée ». C’est la parabole, la légende, le proverbe, etc..

4 - SOD « Le Secret ». C’est le niveau ésotérique concernant la théosophie, la métaphysique et la révélation des choses surnaturelles, secrètes et mystérieuses.

Donc, le Pardès est un moyen de se référer aux quatre niveaux de compréhension de la Torah et aux quatre branches de l’enseignement de la Torah : Mikrah (versets), Mishnah (enseignement légaux), Talmud (enseignements élaborés de la Mishnah), et la Kabbale (explication ésotérique de la Torah).

.

[xv] Si, comme en guématrie simple on ne donne pas une valeur particulière aux lettres finales, Yakin s’écrit aussi yod, kaph, yod, noun soit 10+20+10+50 = 90 ; Bo’az s’écrit beth, eïn , zaïn soit 2+70+7 = 79. Entre les deux il y a une différence, une présence de 11.

C’est grâce à 3 vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : « Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir », בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת, vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 « rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir » וַיִּמָּלֵא וְאֶת הַחָכְמָה וְאֶת הַתְּבוּנָה אֶת הַדַּעַת

Les trois vertus, concepts, attributs divins, types de forces, niveaux de conscience, des processus à l'œuvre dans des structures vivantes, les 3 séphiroth retenues sont :

Hokhmah, la sagesse, (heith, kaph, mem, hé) soit 8+20+40+5 = 73

Tabouna, l’intelligence (tav, beith, vav, noun, hé) soit 400+2+6+50+5 = 463

Daath, le savoir (daleth, eïn, tav) soit 4+70+400 = 474

L’ensemble des 3 vertus : 73+463+474 = 1010 soit en réduction 11

.

[xvi] Adon a, également, comme équivalence sémantique l’expression « passer sous silence ! » : בשתיקה עבר (éver bitchika)

Adon : Aleph+daleth+vav+noun (final) = 1+4+6+700 = 711 en valeur réduite 9

éver bitchika : eïn+beth+resh et beth+shin+tav+iod+quof+hé =70+2+200 = 272 et 2+300+400+10+100+5 = 817

Passer sous silence (272+817 = 1089), a également la valeur réduite 9

.

[xvii] « Le lait et le miel » = וּדְבָשׁ חָלָב 360 : heith, lamed, vav, beth + vav + daleth, beth, shin (8+30+6+2+6+4+2+300 = 360) comme le « nom », shin, mem (300+60 = 360) : réduction 9 (voir supra notes 5, 6 et 9)

Exode 3,8 . Je suis donc intervenu pour le délivrer de la puissance égyptienne et pour le faire passer de cette contrée-là dans une contrée fertile et spacieuse, dans une terre ruisselante de lait et de miel, où habitent le Cananéen, le Héthéen, l'Amorréen, le Phérézéen, le Hévéen et le Jébuséen.

.

Pour établir les congruences, nous avons considéré que dans leur essence, les colonnes sont à comptabiliser avec le noun final (ce qui donne la valeur réduite de 9), pas dans leurs interrelations du monde manifesté qui établit le seuil d’entrée (ce qui équivaut à la différence de 11).

Repost 0
Published by elle est parce qu'ailée - dans planches maçonnique et kabbale
commenter cet article
7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 10:43
Eléments de tracés avec règle et compas, la concordance maçonnique

Enfin ! Les Éditions de La Hutte mettent en souscription l'ouvrage attendu sur les tracés à mettre dans toutes mains, spécialement celles des compagnons et de leur surveillant en particulier.

Participez à ce projet en vous rendant à l'adresse suivante : http://www.editionsdelahutte.com/

L’approche ordinale des tracés des figures inscrites dans le cercle est, pour le compagnon franc-maçon, une méthode visant à l’accès à de multiples connaissances.

La compréhension des tracés permet d’approfondir ce que les rituels expriment soit de façon allégorique, soit de manière symbolique et d’accomplir, ainsi, une œuvre de perfectionnement intellectuel et moral, en favorisant l’ouverture de la conscience.

Avec la Tradition franc-maçonnique, la concordance des savoirs hérités des constructeurs est évidente dans tout tracé régulateur, plan réalisé en premier à l'aide de la règle et du compas. C'est une trame sur laquelle le bâti se fonde ; il est le support de la construction, l'interface entre elle et le lieu qui la porte. N’est-ce pas dire que le franc-maçon est à la fois la pierre à tailler pour s’ajuster à la construction, le temple, le tailleur de pierre et le maître d’œuvre.

Cet ouvrage est un aimable guide. S’adressant à tous, il vous épargnera toute démonstration, procurant, juste, le plaisir de rendre visible les formes de l’harmonie. Il suffira de suivre les indications données, dont la simplicité n’a d’égale que la luminosité de ce qui en surgira, et d’offrir votre façon d’être franc-maçon à la beauté universelle de la géométrie.

Repost 0
Published by elle est parce qu'ailée - dans Franc-maçonnerie
commenter cet article
2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 12:51

 

Ellimac. Il y a peu de jours, comme je partais de ma maison, je vis un homme de la connaissance, mon ami Ithloaèdes. Je l’appelais de loin et le rejoignis. Ithloaèdes ! Je te cherchais justement pour te demander ce qui s’était passé avec Kyrios le jour où vous allèrent souper à l’académie. En t’y rendant, je t’avais entendu marmonner très embarrassé, à plusieurs reprises : Vite une question, j’ai la réponse ! Vite une question, j’ai la réponse ! On dit que la conversation roula sur l’origine de toute chose, et je meurs d’envie d’entendre ce qui s’était dit de part et d’autre sur ce sujet. Conte-le-moi donc, je te prie. D’ailleurs, pouvons-nous mieux employer le chemin qui nous reste d’ici à Garibaldi ?

Ithloaèdes. Je te rassure sur mes prétentions. Cette histoire n'avait commencé que par une boutade ! Un jour, me promenant seul, en souvenir d'une galéjade, j’avais murmuré, en plaisantant, « Vite une question, j’ai la réponse ». Kyrios, venant derrière moi, m’entendit, me mit au défi et me donna rendez-vous à l’académie pour le lendemain où je m’y rendais et c’est ainsi qu’il me questionna.

Kyrios. Tu as la réponse ? Bien, alors dis-moi, Ithloaèdes, y a-t-il une origine à toute chose ? Comment et pourquoi le monde existe et comment ce monde a la forme qu’il a ? D’où vient l’ordre sensible des choses ? Comment a pu émerger, à partir de rien, une organisation de l’énergie, de la matière et du vivant ? Comment peut-on connaître la vérité ?

Ithloaèdes. Tu es bien généreux et libéral, mon ami : je ne demande qu’une question simple, et tu en donnes une variété ; une seule aurait suffi. Alors, disons que si ta première question est : comment comprendre la constitution d’un système complexe, l’Univers par exemple, à partir de rien, ma réponse est : on n’est pas sûr de savoir comment cela se passe. C'est au travers des mythologies que l'on trouve les premières réponses au mystère de l'émergence primordiale. Elles racontent, chez les sumériens, les sémites, les scandinaves, les grecs, les indiens, le vide, le chaos, l'abime, l'indifférencié qui précède la création de l'univers proprement dit.

La quête du début de toute chose, celle que les physiciens désignent par Big-bang, est une grande affaire scientifique, non encore élucidée.

C’est pour cela qu'on l'appelle théorie du Big-bang car ce n’est qu’un ensemble de notions, d’idées, de concepts abstraits, de tentatives de répliques mathématiques de l’univers qui demandent continuellement à être confirmés. De manière simpliste, les physiciens considèrent que le Big-bang est une singularité, une chose étrange pourrait-on dire, que nous sommes résignés à tenir pour un grand mystère. En effet, sur ce qu’il y avait avant la singularité qu’est le Big-bang, pourrait commencer le débat sur l'éventualité d'un Dieu créationniste, sur un principe organisateur tel qu’on le retrouve avec Brahma, principe de toutes choses, le démiurge de Platon, le premier moteur immobile d'Aristote, le logos des stoïciens, le grand horloger de Voltaire, le dieu nature de Spinoza, et même le GADLU…..

Kyrios. Je t'arrête, mon ami, laissons plutôt aux théologiens le soin de dire comment on va au ciel et aux astrologues le soin de dire comment va le ciel. Revenons sur terre et laisse-moi poser une question autrement. Comment peut-on penser l’émergence de quelque chose, à partir de composantes qui avaient au départ des propriétés totalement différentes les unes des autres ? En somme et pour exprimer cela d’une façon simple : ne dit-on pas que le tout est davantage que la somme des parties qui le constituent ?

Ithloaèdes. C’est tout à fait exact, c’est une manifestation des systèmes physiques connue depuis plus d’un siècle. Certains scientifiques et sociologues ont démontré qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de chacun de ses éléments constitutifs pris individuellement. Comme le fameux physicien français Henri Poincaré aimait à dire dans ses cours de Physique : « une maison est faite de briques, mais un tas de briques ne sera jamais une maison ! ». Cela veut dire qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de la connaissance de ses éléments les plus simples, car on ne donne, ainsi, qu’une vision très approximative de la réalité du tout. En somme, c'est le contraire de la démarche réductionniste analytique qui accepte, conformément à la méthode que proposait Descartes, de réduire le tout à ses parties, pour mieux le comprendre.

Kyrios. Veux-tu dire que devrions-nous cesser d’être cartésiens ?

Ithloaèdes. Peut-être ! Pour un nombre croissant de scientifiques en tout cas, le réductionnisme est une entreprise qui risque de reposer sur une erreur de conception fondamentale. Au plan d’une vision générale sur l’Univers, le concept de l’émergence ne permet pas de comprendre immédiatement pourquoi le monde est ce qu’il est, et moins encore ce qu’il deviendra. Il permet juste de comprendre qu’aucune théorie réductionniste ne permettra jamais d’analyser et reproduire la complexité du monde.

Kyrios. Pour comprendre cela, faudrait-il, alors, revenir à la possibilité d’utiliser une vision "holistique" de la complexité du Tout. C’est-à-dire une vision d’ensemble, globale qui admet qu’il faut essayer de comprendre la totalité produite par composition de ses simples constituants ?

Ithloaèdes. Je pense que ce serait une possibilité, par exemple : si on fait un tas avec 9 briques, son poids se réduit à la somme des poids de chaque brique, il n’y a pas d’émergence. Mais prends une miche de pain, il est facile de voir que celle-ci possède des qualités qui ne peuvent pas être considérées comme la somme de ses ingrédients ; sa texture est totalement différente de celles de ses composants, blé, eau, sel, levure, feu… avant leur mélange. La miche est une émergence. Les propriétés émergentes du pain proviennent de l’interaction entre ses ingrédients et le pain qu’on obtient est bien plus que la somme de ses constituants essentiels. La nature du vivant ressemble plus au pain qu’au tas de briques. Si nous regardons un organisme vivant, celui-ci est, évidemment, plus que la somme de ses organes.

Un autre exemple parmi une infinité : tout le monde sait que, même en grand volume, l’oxygène et l’hydrogène sont invisibles, inodores et de masse négligeable. Cependant, quand on met ces deux éléments ensemble, ils se transformeront en liquide visible, en eau qui pèsera 1kg/litre.

Kyrios. Cela veut-il dire que le monde est constitué par des strates imbriquées d’émergences et pour les comprendre, il suffirait d’admettre qu’un niveau est constitué à partir d’éléments du niveau précédents lorsque ceux-ci s’organisent et s’intègrent ensemble pour donner quelque chose de nouveau, en d’autres termes pour créer quelque chose en plus d’eux-mêmes ?

S'il en est ainsi, alors on peut comprendre pourquoi la pierre qui constitue la clé d’une voûte n'est pas une pierre comme une autre car, en fermant la voûte, elle la solidarise, la constitue en un tout qui tient. Elle crée la voûte dans sa relation d'équilibre des forces avec les autres pierres en tant que structure architecturale dans laquelle il suffit d'enlever une pierre quelconque pour que l'édifice s'écroule et devienne un tas de pierres.

De même aucun élément d’un circuit ne vaut grand-chose en lui-même par sa matérialité, mais, le fait de se fermer, comme dans une chaîne d'union, de faire cercle ensemble, assure la continuité et établit, dans ce cas, la circulation d'un flux d’émotions, d’échanges entre FF ø Et SS ø Ce qui émerge à ce stade c'est donc une totalité comme telle, qui vaut bien plus que la somme des éléments du circuit et qui a produit quelque chose de plus que l’on appelle égrégore ?

Ithloaèdes. Certes, toutefois, on considère qu’il y a émergence dès lors que les ensembles constitués par cette organisation complexe sont stables et qu’ils ont des propriétés propres, différentes de leurs composants antérieurs. L'émergence peut donc se définir par rapport à l'idée d'une organisation du monde selon des degrés de complexité croissante, succession qui ne peut être réduite à ses degrés élémentaires. Maintenant, il faut se représenter l'immense champ des technologies émergentes, aujourd'hui disponibles et susceptibles de fournir des briques pour la construction d'êtres artificiels, jusqu'à des populations de robots dotés de propriétés inattendues et qu’on prétend qu’ils pourraient dépasser en intelligence les humains. Mais cela reste, aux yeux des scientifiques, un rêve romanesque fou et cependant non des moindres, les européens et les américains s’y investissent déjà.

Kyrios. Que le grand cric me croque et me fasse avaler ma barbe ! Comment apprécier ce monde robotisé dont tu me parles au regard du progrès humain que cela pourrait apporter.

Et maintenant, en admettant une complexification croissante d’un niveau à un autre, je me demande ce qui se passe dans le vivant. Comme on le sait, nous sommes constitués des mêmes atomes que la terre et les étoiles, mais comment ces éléments se composent-ils pour constituer la vie ? Est-ce un résultat de la complexité ?

Ithloaèdes. On peut en effet expliquer la vie ainsi, une complexité de relations entre les atomes qui forment des molécules, qui forment des cellules, qui forment des tissus, des organes, des organismes. Et tu peux même observer ces effets de la complexité au cours de l’évolution à des niveaux surprenant comme par exemple celui de la conscience.

Il y a un exemple à ce sujet qui pourrait expliquer le vivant par un théorème qui a pris le nom de Bose -Einstein, théorème, on s’en doute très compliqué sur les fluides quantiques,¬ mais sur la base duquel, certains scientifiques en déduisent aujourd’hui que sous conditions particulières et lorsque le nécessaire niveau de complexité est rejoint, des éléments simples peuvent fusionner en un seul et unique élément. C’est le principe philosophique qui implique que le Tout donne le Un.

Ce concept, peut être appliqué au vivant et observé au cours de l’évolution des espèces. La plus simple forme de vie est donnée par les bactéries et les protozoaires. Ces derniers sont des cellules qui vivent comme des individus dotés de mini-consciences car ils peuvent réagir à l’environnement qui les entoure.

Au cours des millénaires, des cellules semblables aux protozoaires ont formé des colonies, puis des individus plus complexes où les cellules se sont spécialisées en des fonctions diverses. De sorte que leur ensemble, suivant le théorème de Bose-Einstein donne, à partir de nombre de cellules différentes, un seul individu qui aura une seule conscience et non plus un ensemble de mini-consciences.

Cela peut évoluer et se complexifier jusqu’à la conscience de l’Homme, qui, sur Terre, est le résultat émergeant le plus complexe du vivant. Ainsi, d’organismes primaires capables de réactions élémentaires, on arrive à des organismes qui peuvent écrire et déclamer l’Iliade ou le Mahâbhârata.

Voici comment une conscience peut émerger d’un ensemble d’atomes.

De même, les robots, que j’ai évoqués plus haut, modifieront probablement l’homme lui-même ; ils pourraient donner lieu à des prothèses dont certaines sont déjà utilisées en chirurgie réparatrice, voire dégager une certaine autonomie. L'émergence renvoie à un monde qui n'est pas figé, un monde en évolution dans lequel de nouvelles formes d'existence peuvent apparaître.

Kyrios. Si je comprends correctement ton raisonnement sur l’émergence de la conscience, j’aurais envie de dire que l’existence même de l’homme pourrait avoir modifié tous les niveaux antécédents. Il y a, par émergence, formation d'une hiérarchie de niveaux d'organisation, mais l'ensemble ne forme pas un monde stratifié. Il s'agit plutôt d'une imbrication, car les niveaux ne sont pas disjoints et empilés, mais comme internes les uns aux autres et interactifs entre eux. Par exemple, la nature, au sens large, qui a permis l’émergence de l’homme s’en est trouvée profondément modifiée par lui. Alors, en cascade, on remonterait à la modification du niveau primordial du Big Bang et en allant encore au-delà, le GADLU lui-même serait potentiellement modifiable par nous en le faisant évoluer à notre image ! D’ailleurs, la kabbale, me semble-t-il, explique que le Nom de Dieu lui-même est abimé chaque fois que le mal est fait volontairement.

Mais dis-moi, Ithloaèdes, tous ces nouveaux concepts dont tu viens de me parler, s'approchent-ils de la notion de réel, nous découvrent-ils un autre côté du visible ?

Ithloaèdes. Des changements ont bien eu lieu en ce sens, ils concernent l’extraordinaire avancée scientifique et technologique que nous sommes en train de vivre. Ils sont essentiellement dus à une série de découvertes faites en physique il y a un siècle, d’abord par Einstein avec sa théorie de la Relativité, puis par plusieurs physiciens qui ont développé ce qu’on a appelé la mécanique quantique et puis la physique quantique.

Celle-ci décrit, dans le temps et l'espace, la structure et l'évolution des phénomènes physiques à l'échelle de l'atome et même en-dessous, à l’échelle subatomique. Je te rappelle qu'il y a autant d'atomes dans un verre d'eau qu'il y a de verres d'eau dans l'océan. La partie la plus petite de l’existant serait, par convention, un quantum, un quelque chose bien plus petit que l’atome. Ce monde quantique ne peut pas être décrit dans les termes de temps et d'espace de la physique de Newton, celle de la mécanique, du mouvement, de la masse, de la force, de l’énergie. etc.

Au niveau de l’atome nous savons qu’il y a un monde qu’on a considéré depuis le départ comme bizarre et applicable seulement à l’infiniment petit, avant que l’on ne se rende compte, dans les années 1970, qu’on pouvait l’appliquer aussi à l’infiniment grand, à la l’étude de l’origine de l’univers.

Dans cette physique, les objets quantiques sont comme des fenêtres ouvertes sur quelque chose dont on ne peut rien dire en termes littéraires. Je te donne un exemple : le principe de superposition quantique. Ce principe énonce qu’une composante élémentaire d’un atome, appelons-la particule, peut-être être localisée à deux, et même plusieurs, endroits en même temps. On dit que la particule est à la fois ici et là-bas.

Pire encore, une telle particule quantique se présente sous deux états simultanément. Elle est particule, c’est-à-dire elle a une masse, un poids, et au même temps elle est une onde, comme une vague qui se déplace, qui transporte de l'énergie, sans transporter de matière. On appelle cette onde-particule, ondicule. Elle peut rester sous cette forme indéfiniment, tant qu’elle n’est pas observée. Il suffit, en d’autres termes que quelqu’un l’observe pour qu'elle devienne soit exclusivement onde, soit exclusivement particule.

Kyrios. Puisque notre corps biologique ne nous permet d'accéder qu'à une gamme limitée de fréquences vibratoires, veux-tu dire que les observateurs créent un réel qui ne serait qu'une vérité partielle ?

Ithloaèdes. Oui, mais... Au début de la physique quantique, on pensait que l’observateur devait nécessairement être un humain et donc représenter le résultat de sa conscience. Mais plus récemment, on s’est rendu compte que l’observateur peut être bien autre chose. Il semblerait en effet qu’il suffit qu’une particule ou une onde « observe » une autre ondicule pour que celle-ci devienne onde ou particule… Cela semble démontrer que les ondicules ont une certaine propriété que l’on pourrait définir d’agent de conscience.

Kyrios. Mille millions de tonnerres de Brest ! Ce que tu me dis est incroyable ! Explique-moi en quoi ce monde quantique peut-il exister car je ne le vois pas, comment pouvons-nous dire que cette chaise ou…. toi que je regarde sont fait comme tu me le dis ? Il y a là quand même un grand mystère qui tiendrait à la nature énigmatique des ondicules avant que l’on ne les observe ; un électron libre, par exemple, qui est une ondicule avant qu’on ne l’observe, peut devenir particule ou onde à l’observation, c’est-à-dire de la matière ou de l’énergie ?

Ithloaèdes. Oui, c’est bien ainsi. Même Einstein, qui défendait l’existence d’une réalité indépendante de l’observation, a fini par admettre que l’ondicule est selon ses termes un « champ fantôme », son existence n’est pas réelle au sens où nous l’entendons. Ce serait ce que l’on a appelé un champ de force.

Kyrios. Tu veux dire que la réalité s’actualise seulement sous l’effet de l’observation d’une conscience ? La conscience de chaque individu serait alors responsable de sa propre réalité et chacun la construirait comme un tunnel à travers ce mystérieux monde d’interactions quantiques.

Ithloaèdes. Et oui, c’est ce qui faisait dire à Eisenberg, l’un des fondateurs de la mécanique quantique : « Ce que l’on observe n’est pas la nature en soi, mais la nature telle que l’expose notre méthode pour interroger » et il ajoutait « que l’interaction entre l’observateur et l’objet provoque des changements conséquents et incontrôlables qui modifient le système observé ». En d’autres termes ce qui importe c’est ne sont pas "le sujet et l’objet", mais la relation qui s’établit entre eux.

Kyrios. J’imagine combien cette théorie peut paraître absurde. Elle l'était, en tout cas, pour Einstein qui posait cette question, avec un pincement d’ironie : « La lune existerait-elle quand même, si personne ne l’observait ? » Il ne savait pas le grand physicien que même un photon est doté de connaissance et que….. mais oui, mais c’est bien sûr ! L’univers entier est conscient et il s’observe en permanence ! C'est pour cela que les diamants existent au plus profond de la terre avant d'être découverts, que les poèmes ou la peinture ou la musique existent de tout temps dans l'attente de leurs auteurs. Si je comprends bien, c'est par cette observation, ou permets-moi de dire cette conscience universelle, à laquelle appartiennent la lune, les diamants, toi, moi aussi, qu'est extraite la totalité de notre réel de tout ce qu'il aurait pu être.

Mais continue, je t’en prie, dis-moi autre chose sur la nature de ce monde quantique.

Ithloaèdes. - Premièrement, c'est un monde peuplé à 99,9% de vide ! Dans les atomes, entre le noyau et les électrons qui lui tournent autour il y a tellement d’espace que l’on peut affirmer que les atomes sont essentiellement formés de vide. Cela d’ailleurs se reproduit à bien plus large échelle dans l’espace cosmologique. De plus, la matière n’est en réalité qu’une forme d’énergie ! Il y en a même tellement que certains scientifiques affirment qu'il y a plus d'énergie dans 1 cm3 d'espace qu'il n'y en a dans toute celle que nous appelons matière dans l'Univers !

Kyrios. Génial ! Une partie de cette énergie pourrait donc devenir une énergie utilisable. Elle constituerait alors une source d’énergie propre et renouvelable, comme celle du vent ou du soleil.

Ithloaèdes. Des recherches sérieuses sont faites en ce sens, on parle d'énergie libre. Mais poursuivons avec le quantique.

Deuxièmement, une ondicule est à la fois présente en tout point et nul part, son existence est alors définie en termes de "champs de probabilité". On entre alors dans un monde de quasi science-fiction, puisque cette onde est présente jusqu'à dans des milliers d’endroits en même temps !

On dit que l’onde est dans un état superposé, à la fois ici et là-bas. Toutefois l’observation va arrêter cette dispersion. Seulement des consciences peuvent être des observateurs. Sans cette conscience, il y aurait cette superposition de possibilités en expansion. Chaque conscience crée ce que tu appelles son tunnel de réalité, parmi tous ceux probables, mais ce n’est pas la Vérité. C’est dire qu’une observation, autrement dit mettre de l’information sur quelque chose, extrait cette chose de toutes ses probabilités d’être pour la rendre matériellement existante dans le monde macroscopique, à savoir le nôtre.

Troisièmement, prenons deux particules créées en même temps. Si on en expédie une extrêmement loin de l’autre et si on lui fait quelque chose, c'est-à-dire si on l'observe ou qu'on la manipule, l’autre réagira à l’instant même en se présentant dans le même état résultant. On peut en conclure que, soit l’information peut voyager à une vitesse instantanée, ce qui est considéré en l'état de la science comme impossible, soit les deux particules sont toujours connectées. La conclusion est que tout reste très probablement en contact.

Kyrios. En faisant le plus simple possible, je retiens de la vision quantique, qu’une particule est à la fois matière et énergie, que toute chose est un assemblage d'états qui contient des potentialités, que tout reçoit et émet des ondes vibratoires qui portent des informations et que c’est l’espace qui nous donne l’illusion que les objets sont séparés.

Ce qui m'intrigue, c'est qu'il n'y a donc pas d'évolution dans le monde quantique puisqu'il exclut le temps ; on pourrait dire qu'il n'est, n'a été et ne sera toujours qu'en termes de potentialités réalisées ou pas. Dans ce monde quantique, alors, paradoxalement, il ne peut y avoir d’émergence puisqu’il n’y a pas d’avant, ni d’après, seulement une actualisation de la création par des consciences qui ne sont pas qu'humaines ?

Ithloaèdes. Non, il y a un avant et un après, puisque il y a eu, selon la théorie, un moment zéro ! On est arrivé à connaître l’âge de l’Univers à un millionième de milliardième de seconde après le Big-bang. Cette explosion cosmique d’énergie a produit toute la matière de l’univers. Donc il devrait y avoir eu un avant et un après.

Kyrios. En définitive il faut jongler avec deux mondes, celui d’Einstein qui régit les objets massifs (mondes, étoiles et galaxies) et où le temps peut changer comme changent les trois autres dimensions, et celui de l’infiniment petit (immédiatement après le Big-bang) où il y a eu une soupe quantique, dont on ne sait rien sauf que tout était et n’était pas ; un monde incompréhensible.

Ithloaèdes. La science n’a pas encore résolu la compréhension de ce passage, sinon avec des élaborations mathématiques portant sur ce qu’on appelle les théories des cordes, théories non vérifiables par l’expérimentation du fait de la dimension minuscule de ces objets, infiniment plus petits que les quanta. Mais surtout, les particules de la matière originale qui ont émergé du Big-bang, bien que dispersées dans l’accroissement de l’univers, sont restées en contact, ce qui voudrait dire que les particules qui nous composent, nous les humains, sont toujours connectées à toutes les autres particules de l’univers, que tout n’est que UN.

Kyrios. Cela me semble déranger les lois, les observations et le bon sens. Ces différents mondes emboités n’existeraient pas indépendamment les uns des autres, de manière inséparable. Et si je comprends bien, les divers niveaux de la matière, de la vie, de l’homme et de la société interagissent sans cesse entre eux.

C’est pourquoi Max Planck a pu dire : « Il n’y a pas de matière comme telle. Toute la matière est originaire et n’existe que par la vertu d’une force qui entraîne les particules d’un atome à vibrer et qui soutient tout ce système atomique ensemble. Nous devons supposer derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière ».

Est-ce bien ce que la relation entre le Un et le Tout implique ?

Ithloaèdes. Oui, d'ailleurs, depuis fort longtemps et pour plusieurs philosophies, la nature est un continuum, il n’y a pas de différence entre matière et énergie. Dans cette approche intellectuelle, les opposés ne se détruisent pas mais essaient de s’accorder, de se compléter et de ne faire qu’Un. Le Taoïsme enseignait déjà que le deux devient trois, en ne considérant que le rapport qui existe entre les opposés. L’ensemble est ce que l’on nomme «le Un », le Tao. Enfin et pour éclaircir cela, le dialogue qui s’installe entre les opposés, le Yin et le Yang par exemple, ne peut se révéler que par leurs échanges. D’où la conclusion philosophique que les opposés existent et n’existent pas, qu’ils sont dans des états imbriqués au sens quantique.

La pensée occidentale, quant à elle, raisonne trop souvent en termes de dualisme, par exemple le bien et le mal, la lumière et l’obscurité, le blanc et le noir, l’être et le non-être, et cætera. Elle est, ainsi, incapable de comprendre que le deux forment le Un.

Relation, trame, tissu voilà comme on peut voir le monde, un ensemble intriqué de fils formant un tissu multidimensionnel au dessin d’une extraordinaire complexité. Et cela est le tout et en même temps le Un.

Kyrios. Donc, si je comprends bien cet Univers, ce monde dans lequel nous vivons représente le Un ?

Ithloaèdes. Pas tout à fait, car il est arrivé un instant après le début du Big-bang, on peut donc se poser la question qu'y avait-il avant le Big-bang ?

D’un point de vue philosophique, le Un doit inclure tout ce qui existe dans notre espace-temps, comme dans d’autres univers imaginés par certains ; il inclut aussi tout ce qui les contient, car il doit bien exister un contenant. Il suffit d’imaginer que, si la théorie du Big-bang est correcte, au départ, au temps zéro de la vie de l’univers, celui-ci, sa masse et son énergie était contenue dans un point dont la masse était énorme et la dimension équivalente, peut-être à celle d’un petit pois. Puis l’explosion et l’inflation qui suivirent formèrent l’univers que nous connaissons. L’unité forma le tout. Cela veut aussi dire que nous sommes en contact encore avec ce tout car tel que nous le voyons l’univers est Un, c’est la science et la philosophie qui nous le disent. Le Un est avant le zéro cosmique.

Mais laissons de côté maintenant cet étrange ballet entre philosophie et physique, car j’ai envie, à mon tour, de te poser une question :

Est-ce que le temple maçonnique, en tant que représentation du cosmos, offre des symboles qui nous mettraient sur la voie d’une telle analyse ?

Kyrios. Bien sûr, tout le temple lui-même et, dans le temple, tous les symboles de la dualité et ceux du ternaire montrent, à l’évidence, une vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité.

C’est l’enseignement majeur de la formation de l’apprenti. Le monde ne peut nous apparaître que sous une forme duale, mais son unité est à rechercher avec le 3.

Parfois, le 3 n’est qu’un nombre d’énumération comme les trois grandes lumières, les trois piliers lorsqu’ils sont présents, les trois pas de l’apprenti, les coups de maillets, les rythmes d’acclamations, etc. D’autres fois, le 3 est un ternaire qui, seul, rétablit ce que le 2 a troublé en tant que dualisme, en tant qu’opposition.

En fait, seul le ternaire fait davantage : le passage du 2 au 3 permet de dominer le dualisme, de l’effacer même, non en le niant, mais en le ramenant à l’unité préexistante dans un mouvement ascensionnel. Les formes de ce ternaire seraient les symboles illustrant la complémentarité. Par exemple le pavé mosaïque, les 2 colonnes, la lune et le soleil, bien sûr l’équerre et le compas. Ce ternaire se retrouve de la façon la plus évidente avec le Delta lumineux.

Ithloaèdes. Alors le delta lumineux pourrait aussi évoquer l’approche quantique et l'œil serait l'idée de l'observation par une conscience universelle ?

Kyrios. Pourquoi pas puisque le triangle, pointe en haut, est ce que l’on appelle une triade, c'est-à-dire l'unité qui se donne à voir dans sa manifestation duale et les échanges entre tous ses composants, en somme le Un et son émergence le Tout. Le point unique du haut du triangle est l'unité d'où tout procède ; tout est de la même essence que lui. Le sommet serait le Un, non pas le nombre mais le principe, qui précède et contient le zéro cosmique du Big-bang. Il est, évidemment placé du côté des mondes supérieurs, c'est-à-dire pour nous, à l'orient. A l'autre extrémité, dans le monde de la formation, il y a la même symbolisation. J et B représentent, dans la phase du monde de la dualité, et non du dualisme, les deux aspects différenciés et séparés de l'unité du Delta qui les contient en idéation, réunis dans la superposition androgyne.

En percevant notre Delta comme une trinité avec la consubstantialité de l'Esprit manifesté, de la matière et de l'univers leur fils[i], sans le savoir, on évoque de fait une présentation quantique de l’ondicule, avec énergie, matière et potentiel d’existence consubstantiels.

Par la perception symbolique d’une unique origine qui ne se différencie que dans la perception humaine, le franc-maçon peut s’attacher à voir plus loin qu’avec le seul regard manichéen du profane, cessant de se soumettre à toute affirmation moraliste ou dogmatique.

Ithloaèdes. Le triangle pointe en bas, est aussi un ternaire, son symbolisme diffère-t-il ?

Kyrios. Le triangle pointe en bas peut être interprété, dans une visée mystique, comme un retour à l’unité, le chemin pour s'unir au créateur. Mais c'est aussi deux termes préalables qui génèrent un troisième terme, une sorte d’émergence comme dans le ternaire « thèse, antithèse, synthèse ». Le troisième terme généré est une affaire d’interprétation personnelle. Je dirai que ce sont des tunnels de réalité (au sens où on les a définis) alors que le triangle pointe en haut est un universel.

Ithloaèdes. Alors, l’origine verbale du mot « symboliser », « reconnaitre, mettre ensemble, assembler » se situe dans le contexte du ternaire ? Car, n’est-ce pas une façon de retrouver l’unité sous-jacente avec ce qui est épars ? Par exemple, la réalisation de ce que nous appelons l’égrégore ne fait-elle pas émerger une structure d’unanimité, quelque chose comme un essaim ? L’égrégore, perçu du point de vue quantique, pourrait très bien n’être que la manifestation spirituelle de l’intrication de nos particules avec celles des FFø et SSø mais aussi avec celles de tout l’univers, cela est montré visiblement par l’entrelacement de la chaîne d’union, en tout cas c’est une interprétation possible.

Kyrios. Si tous les êtres ne cessent jamais d’actualiser l'Unité, par contre, ils perdent de vue ce rattachement. Le symbole nous permet de comprendre que, quelque soit le sens du mouvement, à l'ensemble, préside l'Unité ou le retour à elle. La connaissance s'est obscurcie, d'où par exemple la souffrance et les erreurs sur la prétendue « autonomie » de l'individu. Ce qui est appelé «mental», c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature universelle : il est fait des échanges de nos émotions, de nos imaginaires, de nos pensées que nous avons avec l’univers et avec nous-mêmes, il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. J’ai l’impression que Platon avait dit la même chose dans son Théétète, dans ce passage où il montre que la perception que nous procurent nos cinq sens ne peut accéder à ce qui est. Il écrivait : « C’est dans leurs approches mutuelles que toutes choses naissent du mouvement sous des formes de toutes sortes, car il est impossible de concevoir fermement l’élément actif et l’élément passif comme existant séparément, parce qu’il n’y a pas d’élément actif, avant qu’il soit uni à l’élément passif… Il résulte de tout cela que rien n’est un en soi, qu’une chose devient toujours pour une autre et qu’il faut retirer de partout le mot être... Il faut dire, en accord avec la nature, qu’elle est en train de devenir, de se faire, de se détruire, de s’altérer». Le mental fluctuant du monde sensible et dual ne peut donc pas approcher le Un universel et, de ce fait, nous ne pouvons pas atteindre ce niveau d'unité par le seul mental. Il faut faire du vide en soi pour permettre à autre chose de nous remplir, c’est aussi une façon de tailler sa pierre, en faisant du vide, pour trouver et accueillir la pierre cachée, l’étoile de lumière qui attend en son cœur. Cette conception est aussi dans la philosophie orientale qui conclut : « ce n’est pas par la pensée que l’on atteint la Voie ».

Alors, ta réponse à toutes mes questions du début de notre entretien, c’est que la vie n’est qu’échanges d’énergies et que la Raison apparaît comme la borne de l’encerclement de l’Énergie. On peut en conclure qu’il est donné à chacun de choisir d'être au cœur des choses ou à leur périphérie ; ce n'est pas trop de toute une vie pour confronter, l'un par l'autre, ce monde où nous sommes et ce monde qui est en nous.

Ithloaèdes. Voilà, Ellimac, ce que fut, pour l’essentiel, notre entrevue avec Kyrios. Mais je vais te résumer en quelques mots ce que nous sommes parvenus à comprendre. Tout est Un, le Un est avant le Zéro Cosmique, tout n’est que mouvement que nous appelons énergie, les choses ne nous sont perceptibles que parce que le mouvement donne l’illusion de la matière, nous n’existons que parce que nos cellules communiquent entre elles, nous sommes cet échange, cette animation. C’est pourquoi il n’est peut-être pas suffisant de se penser en termes de « qui suis-je » mais qu’il faut aussi s’interroger en ces termes : « que suis-je » ? Quelle est mon essence ? Quelle interférence de tunnels de réalité me fait exister ? Quel est le rôle de ma conscience et celui de mon inconscient dans l’objectivation de ma vie ? Ne suis-je sujet actif, créateur de réel que lorsque je mets une information sur ce qui m’entoure ? Si je me vois comme je suis, est-ce que suis-je aussi comme tu me vois ?

Maintenant que nous sommes presque arrivés à Garibaldi, Ellimac, permets-moi une question : pour harmoniser ce qu’est la vie, ne suffit-il pas de générer la plus rayonnante des connexions avec ce qui nous entoure ?

Ellimac. Comme le dit le Tao te Qing, parler beaucoup épuise sans cesse ; mieux vaut garder le milieu ; alors de tout ce que tu m’as rapporté, j’ai juste un mot à te proposer pour te répondre : rien que de le prononcer, il irradie, comme une lumière primordiale, des myriades d’émergences, il est l'essentiel du mot animer, c’est le verbe «Aimer».

¬

Repost 0
Published by elle est parce qu'ailée - dans planches maçonniques
commenter cet article