Les syndromes du mâle
L’'identité sexuée a toujours été un objet problématique, aussi bien dans notre environnement maçonnique bipolaire que dans la réalité sociale ou que dans les discours mythiques ou encore et surtout religieux, imposant très vite la prévalence des hommes sur les femmes.
J'ai cherché à illustrer cette domination du masculin sur le féminin en vous évoquant ce que j'appellerai les syndromes du mâle, alors observons l’ensemble de ces symptômes à mots couverts.
Dans la Bible le marquage sexuel de la différence va de soi. On naît garçon ou fille, le destin est scellé et la position sociale est déterminée. La Bible reflète la mentalité des hébreux de l'Antiquité, où la domination masculine implique qu'une différenciation stricte entre les sexes fasse l'objet d'un souci constant et appliqué. C'est sur la base d'une identité sexuelle que se fondent le statut et la reconnaissance des êtres dans la communauté dont ils sont membres.
Lorsque les hébreux voulurent se compter dans le désert, ils demandèrent que les hommes apportent un sicle d'argent* pour chaque homme et un demi -sicle pour chaque femme et chaque enfant. Les bases qui supporteront les quatre colonnes dorées délimitant le saint des saints du temple portatif, lors de l’exode dans le désert, furent fabriquées avec une partie de la masse du métal. C’était inscrire visiblement un rapport de moitié entre hommes et femmes, face à leur dieu.
Le corpus rabbinique élargit et aggrave la portée des règles concernant la distinction entre les sexes. Pour assurer constamment la domination masculine, les normes différenciatrices s'institutionnalisent.
Ainsi le philosophe juif Flavius Josèphe, en 37, résume la conception traditionnelle qui s'imposait aux époux dans la législation rabbinique qui remonte à l'Antiquité : La femme, dit la Loi, est inférieure à l'homme en toute chose. Aussi doit-elle obéir, non pour s'humilier, mais pour être dirigée, car c'est à l'homme que Dieu a donné la puissance.
Le Talmud va jusqu'à esquisser une théorie de la présence universelle du masculin et du féminin en toutes choses, ce qui tend à les ériger en puissances cosmogoniques. Cette différence perdure dans la sexualisation hiérarchique du ciel et la terre.
L'identité sexuelle détermine également une série de comportements, d'inclinations, d'attitudes physiques ou mentales et d'aptitudes rigoureusement répertoriées et distribuées différentiellement entre les sexes. Le destin des femmes appartient au père, puis au mari auprès duquel elle est juridiquement traitée comme sa fille, selon l’expression juridique loco filiae.
C'est un schéma que l'on retrouve presque partout depuis la plus haute Antiquité jusqu'à nos jours.
Le fait d'être une femme suppose un état d'infériorité, de dépendance, de soumission, qui revêt même parfois une signification infâmante.
Dans les fragments retrouvés du Satyricon de Pétrone, on y lit : les femmes sont des vautours ou des pots de chambre. L'amour qui dure est considéré comme un chancre, cancer en latin.
Bien avant les quatre évangiles qui reprennent sa doctrine et ses enseignements, Paul, le véritable forgeron de l'église catholique, écrivait dans son épître aux Corinthiens: Que les femmes se taisent dans les assemblées, il ne leur est pas permis de prendre la parole.
Pas étonnant parce qu'à cette époque, pour les romains, tout ce qui est actif, tout ce qui fait lever le fascinus, est hautement noble.
Le mot phallus n'est jamais employé en latin. Les Romains appelaient fascinus ce que les Grecs nommaient phallos. Du sexe masculin dressé, c'est-à-dire du fascinus, dérive le mot de fascination, c'est-à-dire la pétrification qui s'empare des animaux et des hommes devant une angoisse insoutenable. Les fascia désignent le bandeau qui entourait les seins des femmes. Les fascies sont les faisceaux de soldats qui précédaient les Triomphes des imperator. De là découle également le mot fascisme, qui traduit cette esthétique de la fascination.
Tout ce qui est passif pour un homme peut être puni de mort. Le renoncement à la passivité fut la marque qui imposa sa loi au peuple dont le totem est la louve.
A ce titre, l'homosexualité masculine, en tant que confusion des identités sexuelles qu'elle est censée entraîner, n'était pas condamnée à condition que le dominus, le maître, ne tienne pas le rôle de la femme sous peine de mort. Constantin II édictera en 342: Lorsqu'un homme se comporte au lit à la manière d'une femme, Nous ordonnons que la loi se dresse, une épée à la main, et frappe l'infâme qui s'est rendu coupable d'un tel crime, et que cet homme soit soumis à un châtiment atroce et raffiné.
Quant à laisser apparaître ses sentiments amoureux, cela peut conduire à la relégation sur une île, à partir d'Auguste (vers -18), à la mort sous l'empereur Constantin le Grand.
Pompée, en tombant amoureux de sa femme Julia (la fille d César) devint un sujet de moqueries et cet amour déclaré fut une des raisons qui lui fit perdre le pouvoir.
En France, je rappellerai que, pour être en conformité avec le code civil la répudiation des femmes juives a été rejetée par le grand sanhédrin en 1807 sous Napoléon Et pourtant le code pénal, de cette époque, en 1810 excuse, absout le meurtre par son mari de l'épouse adultère, surprise au domicile conjugal.
Et pour sourire, en Brumaire An IX (1801) il est ordonné : Toute femme, désirant s'habiller en homme, doit se présenter à la préfecture de police pour en obtenir l'autorisation.
Et bien, cette ordonnance est toujours en vigueur bien que tombée en désuétude.
Que dire des constitutions d'Anderson de 1723 interdisant la présence des femmes en Franc-maçonnerie ainsi que celle des infâmes, auxquels elles semblent les assimilées? Il est en effet prescrit dans un de ses articles que les membres doivent être hommes de bien et loyaux, nés libres et d'âge mûr et discrets, ni serfs ni femmes ni hommes immoraux et scandaleux, mais de bonne réputation.
Dans la plupart des langues, l’homme et la femme sont désignés par des racines différentes ; ce qui renforce la représentation des sexes comme distincts de nature.
En fait l'opinion commune associe, en les confondant, le fait d'être homme ou femme et les notions de masculin et de féminin.
Si l'on en croit Pierre Bourdieu, la série d'oppositions, que ces notions entraînent dans leur sillage, est universelle et les correspondances admises reprennent et corroborent la domination masculine. Ainsi on retrouvera du côté masculin Actif et du côté féminin Passif, et les opposés Dominant/ Dominé, Dur/Tendre, Puissant/Faible, Devant/Derrière, Supérieur/Inférieur, Haut/bas.
Cependant la pensée ésotérique va nuancer ces couples d'oppositions et l'on trouvera des appréciations qui fonctionnent plutôt comme des articulations fondamentales de la pensée avec au masculin Miséricorde et en opposé au féminin Jugement, Quiétude/ Activité, Epanchement/ Réceptivité, Intériorité/ Extériorité, Cause/ Effet, Déploiement/ Limitation, Forme/ Matière, Richesse/ Pauvreté, Lumière/ Obscurité, Droite/ Gauche.
D'autres paires d'opposés dans la pensée grecque, comme celles qu'Aristote attribue à un philosophe pythagoricien, mettent en parallèle certaines ressemblances avec cette liste. On trouve ainsi Limité/ Illimité, Impair/ Pair, Un/ Multiple, Droite/ Gauche, Mâle/ Femelle, Repos/ Mouvement, Rectiligne/ Courbe, Lumière/ Obscurité, Bon/ Mauvais, Carré/ Oblong.
A l'extrême horizon de l'Histoire, apparaît une île des commencements de la pensée, la Mésopotamie avec Sumer, Babylone et Ninive. C'est à cette source que l'Israël de la Bible et la Grèce antique se sont alimentées pour tenter, chacune à leur manière, d'explorer la civilisation et la conscience humaine. De là va surgir un personnage incarnant l’ opprobre jetée sur la femme par ces civilisations et dont l'histoire mythique va recouvrir les aspects énoncés du féminin : Lilith. (לִּילִית)
S’intéresser à l’existence oubliée de Lilith c'est tenter de comprendre le schème de la reproduction et de la distinction des sexes dans les différents récits du péché originel. Quant à ses dérivés mythologiques, dont l’origine supposée serait suméro-babylonienne , ils ne sont pas sans rapport, aussi, avec le thème de la consommation du sang ; consommation à l’origine des nombreuses prohibitions alimentaires et interdits sexuels que la chrétienté occidentale édictera durant de nombreux siècles.
Lilith : il s’agit peut-être du plus ancien mythe féminin, il a au moins quatre mille ans. Probablement à l’origine ce fut un démon femelle sumérien(Lilitû) qui signifie "démon femelle" ou "esprit du vent". C’est une vierge inassouvie, ravisseuse nocturne, qui attaque les hommes mariés et leur foyer.
Lilith apparaît sous la forme de "Lilake" dans des tablettes sumériennes d'Ur de 2000 ans avant notre ère, dont la fameuse tablette de l'épopée de Gilgamesh.
Lilith est présente, bien sûr, dans les écrits rabbiniques, dans le Talmud de Babylone(commentaires du Texte,VIème s.), dans le Zohar (exégèse cabalistique d de la Bible)..
Dans différentes versions de la Bible (Bible TOB, Bible de Jérusalem, Bible Darby et celle d'André Chouraqui) elle est apparaît sous le terme utilisé pour désigner un "être nocturne". L'étymologie hébraïque populaire fait dériver Lilith du mot "layil", la nuit. C'est pourquoi elle apparaît souvent sous les traits d'un monstre de la nuit. Le nom même de Lilith représenterait les ténèbres, l’obscurité : Leila ou Lavlah c’est la nuit, en conséquence le noir, pareillement à ces nombreuses Vierges Noires, parentes de Lilith, telles Isis, Kali, Sarah la noire, Marie l’Egytienne, dont les lieux de cultes étaient souvent établis sur l’emplacement d’anciens sites initiatiques. Nous retrouvons là, le lien qui unit les anciennes déesses de vie, de mort, de fécondité aux forces telluriques, bien antérieures au christianisme.
Selon les diverses sources disponibles, Lilith serait la première femme d'Adam, précédant Eve et créée à partir de la même terre qu'Adam au Sixième jour de la Création. Dans l’esprit du judaïsme, c’est Lilith qui fut d’abord donnée à Adam pour combler sa solitude. Différents recueils de Midrashim la présentent comme fabriquée d’immondices et de boue, d’autres la proposent comme tirée du limon de la terre. Ces deux visions de la création présentent invariablement la Femme comme créée indépendamment d’Adam et donc comme nullement tirée de la chair de cet homme primordial. Adam n’aurait, ainsi, nullement « enfanté » la première Ève.
Mais Lilith et Adam ne s’entendirent sur les manières de faire l’amour ni même sur le partage des plaisirs liés aux pratiques sexuelles. Lilith refusa de servir Adam comme Dieu l'avait destinée à le faire. Les textes nous disent qu'Adam voulait que Lilith soit placée sous lui durant l'acte d'amour mais un jour celle-ci refusa : "Pourquoi devrai-je être sous toi ?" demanda-t-elle, "J'ai été créée de la même poussière, et suis par conséquent ton égale." Adam essaya de la soumettre avec violence et Lilith, en rage, prononça le Nom magique de Dieu et s'échappa.
Aussi Lilith s’offusquait-elle de toujours devoir être « sous » et soumise à Adam lors de leurs rapports érotiques. Le fait que, suivant certaines versions, Lilith ait été tirée d’immondices et non de terre frappait d’illégitimité sa querelle concernant la préséance des sexes. Son combat était perdu ! Lilith fut expulsée du paradis vers la Géhenne, et trouva échange équitable avec Sammaël, figure de Satan. Pourtant, Dieu envoya trois anges à sa recherche, pour lui proposer un marché : si elle refusait de revenir au jardin d’Eden et de se soumettre à Adam, chaque jour que Dieu ferait, un des «enfants-démons» né de sa liaison avec Sammaël mourrait. Lilith resta dans la Mer Rouge (réputée être le lieu des démons) et sacrifia ses nouveaux- nés. Mais par vengeance elle se voua au meurtre des enfants sitôt après leur mise au monde, si ce n’est dans le ventre de leur mère.
Lilith est venue des temps où la place de la femme était bien différente, où la femme était vénérée pour sa capacité à donner la vie. Mais aussi d'un temps où le pouvoir de l'homme n'avait pas encore opprimé la liberté de son égale, la femme.
C'est Lilith qui se présenterait déguisée devant le trône de Salomon au cours du fameux jugement ou encore, selon la légende, Salomon a même suspecté la Reine de Sabbah d'être Lilith sur le fait qu'elle avait des jambes poilues.
Comme on peut le comprendre, la Genèse n'est pas claire quant à la création de la première femme. C'est cette ambiguité qui a donné corps à la présomption de création d'une première femme antérieure à Eve. On peut supposer que l'origine provient d'une influence du culte de la déesse cananéenne Anat, culte féminin qui autorisait les femmes à avoir des rapports sexuels avant le mariage.Elle est souvent représentée sous la forme d'une dévoreuse d'hommes.
On lui prête une sulfureuse réputation, tentatrice absolue à la sexualité débridée, dévoreuse de nouveaux nés, castratrice... Mais au fond qui est-elle ?
Au travers de l'image misogyne habituelle, on découvre en fait une femme libre, indépendante, refusant l'ordre établi par les hommes et par Dieu, une révélatrice de nos pulsions les plus enfouies. Elle est celle qui ose renverser l'ordre des choses illustré par l'épisode de la dispute conjugale quant à la place à prendre durant l'amour et le fait qu'elle prononce le nom de Dieu imprononçable, et cela est bien plus significatif qu'il n'y paraît.
Elle refuse toute morale imposée en choisissant une liberté alimentée par son caractère de femme non mère, sans responsabilité familiale.
Ainsi, elle n'hésite pas à encourir le courroux de Dieu dans son refus de la soumission.
Dans ce rôle de femme anti-maternelle, elle fait peur aux hommes qui la désirent toutefois secrètement. Lilith a été rejetée, niée, démonisée afin d'exorciser cette attraction-répulsion qu'éprouve l'homme à son encontre. On l'a associée à la Lune Noire, l'anti-Lune afin de lui faire remplir le rôle de la femme à exiler, à détruire et on retrouve cette négation de la féminité libre jusque dans les bûchers consumants les sorcières en Europe et aux Amériques aux XVIe & XVIIe siècle.
Le refus de Lilith de revenir aurait ainsi causé sa destitution au profit d'une Eve plus soumise et servile. Ainsi Ève, tirée de la côte d’Adam, deviendra aussi un archétype de la domination du mâle.
La version de l’épisode de la côte s’avère la plus ancienne, et cela bien qu’elle apparaisse dans beaucoup d’interprétations rabbiniques en troisième phase des récits de la création d’Ève.
En effet, pour Adam de nouveau seul, Dieu façonna sous ses yeux une femme faite d’os, de tissus et de sécrétions animales. Comble, la créature suscita chez Adam du dégoût ! La seconde tentative fut donc un échec. C’est alors que selon la tradition hébraïque l’Ève tirée de la côte d’Adam vit le jour dans un état de parfait achèvement
La préséance d’une telle version fut, semble t-il, favorisée par la présentation d’un Adam possédant originellement deux faces (homme et femme à la fois), un argument sur lequel les Rabbins insistèrent, particulièrement soucieux de résoudre la contradiction entre le livre I au verset 27 et le livre II au verset 22 de la Genèse.* Cette difficulté exégétique fut, ainsi, résolue par l’interprétation philosophique d’un Adam à deux faces, à la fois mâle et femelle puis séparé en homme et femme.
Beaucoup de sources font état d’un premier humain créé androgyne qui fut par la suite séparé selon des variantes d’interprétations.
- Par exemple en Grèce, dans le Banquet, Platon au 4ème siècle av. J.C., par le discours d'Aristophane, décrit l'homme primitif comme un être fantastique réparti en trois genres, masculin, féminin et androgyne, mais tous à forme sphérique. La forme de chacun de ces êtres était un dos tout rond et des flancs circulaires. Ils avaient quatre mains et des jambes en nombre égal aux mains ; puis deux visages au-dessus d'un cou d'une rondeur parfaite et tout à l'avenant, d'une force et d'une vigueur prodigieuse, se déplaçant à grande vitesse. Mais ces êtres voulurent, dans leur orgueil, s'en prendre aux dieux. Zeus, pour les affaiblir, les coupa en deux, « comme on coupe les cormes », selon l'expression de Platon, pour qu'ils ne marchent que sur deux jambes, menaçant de les couper encore en deux, pour qu'ils marchassent à cloche-pied. Ce fut Apollon qui servit de chirurgien esthétique pour donner forme humaine à ces corps mutilés. Il leur laissa le nombril comme trace de leur état antérieur.
- Autre exemple, plusieurs midrashim (compilation de documents, entre autres, légendaires) pressentaient Adam comme ayant été androgyne. Selon le Bereshit Rabba du Vème siècle, " Adam et Ève étaient faits dos à dos, attachés par les épaules : alors Dieu les sépara d'un coup de hache en les coupant en deux. D'autres sont d'un autre avis : le premier homme (Adam) était homme du côté droit et femme du côté gauche ; mais Dieu l'a fendu en deux moitiés".
- Nous trouvons, aussi, dans la Genèse Rabba l’image d’une Ève qui serait non pas tirée de la côte d’Adam mais issue d’une prétendue queue terminée par un dard qui avait à l’origine fait partie d’Adam. Dieu coupa cette « excroissance » dont nous avons encore aujourd’hui la trace (le coccyx) et en tira Ève.
- Le Traité du Talmud de Babylone, vers le VIème siècle, quant à lui, laisse supposer qu’à l’origine, Dieu pensa créer deux êtres humains, l’un mâle et l’autre femelle, mais qu’il préféra en composer un seul avec deux visages, l’un mâle, regardant en avant et l’autre femelle regardant en arrière . Après cette nouvelle tentative il changea de nouveau d’idée et supprima le visage femelle en faisant de lui un corps de femme.
- Le Coran propose une version similaire : Dieu créa ensuite Ève à l'image d'Adam, en prenant à celui-ci pour la former une de ses côtes du côté gauche. Lorsque Adam ouvrit les yeux, il vit Ève sur le lit qu'il occupait; comme il est dit dans le Coran : « Nous avons dit: Ô Adam, habite le paradis, toi et ton épouse. » (Sur. II, vers. 35.) Lorsque Adam regarda Ève, il fut étonné, et il lui dit : Qui es-tu? Elle lui répondit Je suis ton épouse; Dieu m'a créée de toi et pour toi, afin que ton cœur trouve le repos. Les anges dirent à Adam : Quelle chose est cela, quel nom a-t-elle, et pourquoi Dieu l'a-t-il créée? Adam répondit : C'est Ève.
Jetons un rapide coup d’œil sur les implications symboliques et conceptuelles de ces choix de l’histoire de la scène primitive. Il découle de ce schéma que la femme, parce qu’elle apparaît en second, est un être de la secondarité. A travers l'histoire, on a pu déduire de cette secondarité l'idée de son infériorité : seconde et donc "supplémentaire", la femme serait d’une moindre valeur.
Et tout ça parce qu'une des influences qui a le plus fait de mal est celui du judaïsme helléniste, dont Philon d’Alexandrie (début de l’ère chrétienne) fut la figure la plus éminente. Il avait développé une véritable peur et aversion de la femme et de la sexualité dont probablement le christianisme héritera en partie.
Et pourtant, tentons de comprendre ce qu’implique le mot « côté ».
« Côté » enseigne qu’il faut prendre l’extirpation de cette côte comme une limitation et délimitation du champ d’investigation humain en corps et en esprit. La femme serait ainsi frontière, limite, horizon et « aide en face de l’homme »comme il est écrit en Genèse (2,18)* : « l’ezer kenegdo », traduit aussi par « aide face à l'homme» qui est en fait le premier nom accordé à Ève. Cette créature tirée de l'homme est l’élément qui se présente « à lui devant comme identique » ; telle l’advenue d’un possible monde réflexif du sujet. La femme devient reflet de ce que réfléchit l’adâm mâle, elle devient son « ob-jet » : ce qui donne consistance à sa forme. Avant de procéder à la création d’Ève, Dieu présente à l’homme des animaux qui s’accouplent. Au « il n’est pas bon que l’homme soit seul » succède donc ce défilé animal qui se finira par l’advenue de l’alter ego féminin.
C’est la nomination des animaux qui fournit l’occasion de la séparation des genres.
L'expérience de la nomination des êtres vivants équivaut à une sorte de structuration de la spécificité de l'humanité par rapport à l'animalité... Un processus d’hominisation de l'homme y est à l’œuvre. C’est dans le cadre de cette nomination du monde, du langage donc, que l’adam entreprend de se séparer de lui même pour faire place à deux êtres. Et c’est dans le langage qu’Eve, la femme, se manifeste alors. En effet, au bout de la nomination, par laquelle il s'approprie le monde naturel, l'adam ne trouve pas sa femme car il ne recherche en elle que sa "femelle" (la tradition midrashique nous dit en effet qu’il avait nourri un lien sexuel avec toutes les femelles animales sans trouver son vis à vis) et il ne la trouvera pas ainsi puisqu' il est, dès lors, à jamais sorti de l'animalité...
Incomplet, "seul", au bout du langage, il manque de mots et ne peut nommer le féminin qui est autre que la fémellité. La femelle n’est pas un partenaire dialogal pour lui. En effet, la femme est en relation asymétrique par rapport à lui, un être au bout de la puissance du langage, de la nomination-appropriation, hors la référence au même. Il est intéressant de noter à ce propos que si Eve jouit d’un nom propre, Adam reprend sous la forme d’un nom propre et non plus générique le vocable qui désigne l’adam au double visage. C’est justement parce qu’il ne trouve pas la femme dans la femelle que l’adam va devenir Adam, nom propre, tandis que la femme va se lever.
En conclusion, pour trop de religieux incapables d’aller au-delà de la lettre, seul l’homme est à l’image de Dieu tandis que la femme est à la gloire de l’homme. L’homme qui donna un nom aux animaux et qui prêta alors aux choses les vertus de l’agir et du penser voudra désormais y inclure la femme. Cette faculté propre à Adam de donner un nom aux choses sera un des fondements sur lequel se développeront le Droit, la Morale et les relations des hommes et des femmes tout au long de l’Histoire. Ce sera la loi des hommes qui s'imposera aux femmes, pourtant ni Lilith, ni Eve, ni putes, ni soumises.
Soeur Emmanuelle disait qu'elle n'aimait pas les hommes parce qu'ils se sont mal conduits avec les femmes et avec les enfants durant toutes les époques.
· Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa le homme et femme (à la fois).
· et de la côte qu'il avait prise de l'homme, l'Éternel Dieu forma une femme, et il l'amena vers l'homme.
La question posée suppose que la FM est soit une morale, soit un idéal, comme si une morale ne pouvait pas être un idéal. En prolégomènes il convient donc de s’entendre sur la dimension à donner à la morale en franc-maçonnerie.
La notion de morale est ambivalente.
v Au plan spirituel, la morale désigne une éthique transcendantale. Cette morale c’est celle qui habite le saint ou le héros, personnages atteignant la perfection, nous dirions un idéal.
v Au plan social, il existe une morale coutumière, adaptée à tel lieu et à tel temps, qui est la morale des honnêtes gens dans une société donnée. Elle traduit les bonnes mœurs qu’il est souhaitable de suivre pour l’harmonie de la collectivité ; elle est à la mesure de quiconque et ne réclame aucun élan intérieur ni vertu supérieure. C’est ce minimum de morale sociale qui est exigée pour entrer en franc-maçonnerie.
Aux exigences des bonnes mœurs citoyennes, la FM ajoute des exigences qui lui sont propres, et tout d’abord l’esprit du lien fraternel. Car comme l’écrit Chevillon dans « le vrai visage de la maçonnerie » L’amour prend sa source dans l’universelle fraternité des êtres appelés à une même fin. De cet amour résultent : la pitié, la miséricorde, la bonté, la charité et toutes les vertus. Par conséquent, le maçon doit déraciner en lui-même l’égoïsme et avec lui tous les vices dont il est le support, cultiver et élargir sans cesse l’amour et les vertus capables de fleurir sur cette tige embaumée. On le voit, à la morale coutumière, la FM associe une morale transcendantale, un idéal moral développé dans nos catéchismes devenus mémentos et dans nos rituels à travers questions et réponses.. Ainsi viendront, suivant les grades, des propositions d’élévation morale. C’est une aspiration vers un état de perfection, une façon idéaliste de concevoir un futur-être pour l’initié et l’humanité, avec ses kyrielles d’utopies sous-jacentes dont le temple idéal de l’humanité.
Ainsi la tradition a transmis parmi les maçons un grand nombre de préceptes relatifs aux devoirs, et dont l’ensemble forme un admirable code de morale pratique.
C’est, en effet, un trésor conservé dans le patrimoine de l’institution; mais ce n’est pas un corps de doctrine. En donnant la lumière la FM n’impose pas ce qu’elle permet de voir. En prescrivant à ses adeptes d’observer le plus strictement possible les devoirs, la franc-maçonnerie s’adresse à leur probité, à leur honneur, à leurs sentiments, certaine de ne pas contrarier leurs croyances religieuses ou philosophiques. Il s'agit ainsi de promouvoir des valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel sans limite, et à un idéal social. La franc-maçonnerie se définit elle même comme un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l'allégorie au moyen de symboles. La franc-maçonnerie est donc bien une morale et un idéal. Et c’est ce que nous allons montrer. La FM est une morale et un idéal avec sa spécificité quant à ses sources, sa finalité, son domaine et sa sanction.
© Quant à ses sources : Dans le vertige de la documentation, nous en retiendrons 4 :
1. La source opérative ou corporative. Cet aspect professionnel s’exerçait à l’intérieur d’un idéal de fraternité et d’amour du prochain qui incluait des oeuvres d’assistance et de charité. Il s’épanouissait au sein de la pratique religieuse intégrale du catholicisme. Le métier fournissait le support de l’ordre initiatique dont les rites permettent d’intégrer tous les aspects de la vie professionnelle à l’entreprise de la réalisation spirituelle. La pratique du métier prenait alors la valeur d’une ascèse véritable. En ce sens, l’opératif incluait la dimension spéculative et surtout morale.
2. La source religieuse ou plus exactement biblique. Les plus forts de nos symboles viennent de la Bible. La FM y puise même certaines de ses légendes fondatrices et donc sous-jacente une morale judéo-chrétienne. C’est, d’ailleurs, un pasteur calviniste écossais, James Anderson, qui transmit les fondements de la maçonnerie spéculative à la future Grande Loge de Londres rapidement devenue la source et le modèle de la Franc_ maçonnerie mondiale. L’invocation par laquelle commencent les manuscrits des Old Charges, en usage au 18ème atteste la pratique catholique : Que la puissance du père du ciel avec la sagesse du fils glorieux et la bonté du St Esprit, qui sont trois personnes en une Divinité, soit avec nous.
La déchristianisation de la maçonnerie, sous l’influence de la philosophie des Lumières, s’entend seulement au sens de suppression des références spécifiquement chrétiennes et de l’abandon des célébrations religieusement les fêtes de l’Ordre. Mais à regarder de plus près, la maçonnerie en Angleterre, quant à elle, laïcise ses rituels, voire ses symboles, pour mieux accueillir de nombreux juifs et partager un minimum commun au centre de l’Union. La maçonnerie française, quant à elle, se laïcise par rassemblement des forces de « libre pensée » face au cléricalisme et aboutit en 1877 à l’abandon de toute exigence et de toute référence religieuse, si universelles soient-elles. Reste encore le courant mystique chrétien du Rite Ecossais Rectifié et son code des loges réunies et rectifié de 1778, qui règlemente ses 4 grades et qui déclare dans son chapitre X qu’ « aucun profane ne peut être reçu franc-maçon s’il ne professe la religion chrétienne. »
De toute façon, la spiritualité du maçon, quelle que soit sa religion est un ésotérisme en ce qu’il se découvre dans sa propre intériorité.
3. La source chevaleresque a imprégné profondément la maçonnerie. Plus précisément, la FMest associée à la chevalerie des ordres religieux militaires. Le discours de Ramsay le rappelle et dès 1745 l’appellation « loge de st Jean de Jérusalem » enracine la FM dans cette tradition. Les hauts grades, qui ont fleuri au 18ème siècle, comportent encore de nombreux titres de chevalier. Le Régime Ecossais Rectifié est un véritable ordre de chevalerie. Le chevalier était principalement voué à deux devoirs : la bienfaisance et la défense de la religion chrétienne. En prononçant ses vœux, le Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte s’engage et je cite : Ce n’est donc plus par l’épée que vous aurez à défendre la sainte religion chrétienne que vous professez ; c’est avec prudence et circonspection que le Chevalier Maçon de la Cité Sainte doit la défendre par ses discours... Il la fait aimer et respecter par une tolérance douce et éclairée, par de bonnes mœurs, par une conduite régulière et par ses bons exemples. Ce qui veut dire que de telles vertus chevaleresques sont des propositions de vie pouvant être réalisées aussi par des sœurs.
4. La source mutuelle. En l’absence de toute sécurité sociale, au 17ème siècle, des loges se créent par association d’artisans, de petits commerçants, de boutiquiers qui vont constituer des petits groupes de solidarité surtout pour se prémunir contre les cas de détresse financière. Ils se réunissent dans des lieux hospitaliers comme les auberges, le plus souvent pour y recevoir les nouveaux membres de leur confrérie. Afin de bénéficier de l’entraide, on se communique des mots, gestes et attouchements de reconnaissance. On peut lire dans un texte de lois et statuts de 1670 de la loge écossaise d’Aberdeen : Nous soussignés promettons, conformément à tous les serments que nous avons prêtés lors de notre réception au bénéfice du Mot de maçon, de prendre en charge et de soutenir le tronc maçonnique de notre loge d’Aberdeen... Les fonds de réserve pécuniaires, leur potentialité à répondre à la misère accidentelle de leurs membres devenant insuffisants, ces loges vont se regrouper et constitueront la première Grande Loge en 1717, ce qui se fera à l’auberge « l’oie et le gril ». La franc-maçonnerie vient de naître aussi sur la nécessité de la solidarité.
© Quant à sa finalité : L'idéal de la franc-maçonnerie est de parfaire l'être humain
en développant sa conscience morale ou sa spiritualité et de travailler au progrès de l'humanité, L’idéal chevaleresque, c’est d’abord d’aspirer à la vertu, une vertu morale et avoir un
comportement, qui soit un comportement d’amour, de tolérance, d’ouverture aux autres, etc.
C’est aussi le combat que nous devons mener pour le bien, comme le chevalier d’autrefois.
Ici s’exprime le sentiment d’humanisme. L’homme n’est pas, fondamentalement, solitaire, il est au contraire une relation. Comme le dit Heidegger, son être est un « être-ensemble »(Mitsein). Il y a en chacun de nous un originaire souci de l’autre, qui serait le Bien, qui fonde l’humain. La FMs’est ancrée sur cette notion de Bien et l’appelle fraternité.
© Quant à son contenu : la franc-maçonnerie offre une voie spirituelle qui est une voie spécifique en dehors de tout dogme et de toute doctrine qui permet à chaque homme de poursuivre son chemin vers la Connaissance. La franc-maçonnerie propose un idéal de liberté, de tolérance et de fraternité dans le respect des opinions de chacun, laissant à l’homme une liberté de travail qui lui permet de poser son propre rythme et de reculer constamment ses limites sur le chemin de l’élévation spirituelle et morale n’acceptant aucune entrave dans sa recherche.
Les valeurs morales que véhicule la FM ne lui sont pas exclusives: connaissance de soi, amour du prochain, respect de l'autorité légalement constituée, devoir envers un Etre Suprême (pour les rites travaillant à la gloire du GADLU). Ce qui lui est particulier c’est le véhicule; c'est à dire, le rite initiatique. Ce dernier est en effet une allégorie élaborée de la vie qui engendre, chez l'initié, une profonde méditation, une perception et une action intérieure grâce auxquelles l'homme se révèle à lui-même, il dépasse ses propres limites, son soi.
La connaissance de la symbolique des outils atteste que la FMveut, par leur approfondissement, permettre d’accomplir une œuvre de perfectionnement de soi en favorisant l’ouverture de la conscience. Les outils remis aux 3 premiers grades donnent une cohérence au cheminement et à la progression morale.
© Quant au domaine : Le vrai travail du FM doit être totalement désintéressé, et accompli sous l’angle du Devoir. Le Franc-maçon, en effet, ne revendique pas ses droits personnels d’homme libre et franc, sinon pour accomplir ce devoir. Car il sait bien que ses droits sont relatifs et limités, mais que son devoir est absolu et sans bornes. Aussi, le Franc-maçon doit se considérer comme un apôtre, un missionné parmi les hommes, car il doit tendre à devenir, et il doit devenir, à la fois un initié, un illuminé, un homme de coeur, de science et aussi d’action (cf Ch. Chevillon)
© Quant à la sanction : La Maçonnerie, neutre au point de vue religieux, ne veut pas de la Morale commune, reposant sur une crainte métaphysique, sur une récompense ou un châtiment post-mortem. Comme pour Kant, la soumission au précepte moral est d’origine interne et procède de la seule voie de la conscience. La loi morale est obéie par respect pour l’impératif catégorique qui retentit en nous-mêmes.
Elle se manifeste par les vertus pratiquées. Les vertus sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent les actes, ordonnent les passions et guident la conduite. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien.
La maçonnerie, ne tend pas seulement à créer parmi ses adeptes des personnalités, à la fois pures et fortes, elle veut illuminer, grâce aux frères et sœurs, les masses dans la mesure du possible, leur faire comprendre la justice et l’équité, le droit et le devoir, les confirmer dans la liberté par la vraie fraternité, par la caritas generis humani (amour universel du genre humain) jadis évoquée par Cicéron et les stoïciens.
Pour cela il lui faut des veilleurs et des éveilleurs. C’est pourquoi tout son enseignement converge vers l’action ; par la science spéculative la FM conduit à la science des réalisations, son rêve c’est de construire le temple de l’humanité.
En somme, la Maçonnerie est un syncrétisme des vertus cardinales héritées de la Grèce antique, des vertus théologales obvenues de la chrétienneté et des apports moraux des Lumières du 18ème siècle, mâtinés de modernité.
Un rapport non moraliste à la morale. Un idéal de morale, voilà ce que propose la FM , nous dirions une philosophie humaniste.
Et pour cela le FM doit être libre sinon il n’aurait pas les moyens de comprendre le devoir.
En conclusion
"La Maçonnerie trouve dans ses traditions un idéal moral que nous croyons supérieur à celui des religions ; cependant, si les Maçons disaient qu'il y a parmi eux plus de vertu effective, c'est-à-dire moins de défaillances que dans un groupe quelconque d'honnêtes gens, nous serions les premiers à rire d'une si outrecuidante sottise". Pierre Tempels.
Tout voyage demeure, au final, un détour ; et le plus important n’est peut-être pas de partir mais de revenir. Mais Qui revient après un long détour ? Qui deviens-tu, F S. après les 3 voyages de l’initiation ? Il semblerait que tu aies déjà choisi, dans le monde profane une voie, que je dirai être celle d’un chevalier.
La voie du guerrier, c’est l’esprit du Samouraï en Orient, la chevalerie des épopées mystique de la Perse Islamique pour le croyant, tandis qu’en Europe, la quête du Graal et l’épopée templière incarneront cet idéal. Le mythe chevaleresque allait de part et d’autre exalter les hommes au théâtre de la guerre. C'est ainsi que l'esprit chevaleresque a fini par fusionner avec la quête du Temple achevé grâce aux efforts des bâtisseurs. Il y a bien eu des tentatives de restauration de la chevalerie notamment au travers de la constitution d’une épopée chevaleresque au sein des grades maçonniques mais, comme l’avait signalé Karl Marx, on ne répète pas l’histoire sauf en faire une vaste mascarade tragi-comique !
Dans le Roi Pêcheur, la pièce de Julien Gracq, le Graal jouit, conformément à la tradition littéraire, d’un intérêt exceptionnel de la part des personnages qui peuplent l’univers mythique. Le Graal est considéré comme un objet aux propriétés miraculeuses; voilà pourquoi c’est vers lui que convergent les désirs de tous les acteurs du mythe.
Le récipient précieux est protégé avec un soin exceptionnel dans l’espace du royaume du Roi Pêcheur, Amfortas, frappé d’une double souffrance, corporelle et spirituelle. Plusieurs indices permettent de supposer que le Graal constitue le centre d’une carte imaginaire inscrite dans un cercle. Enfermé dans un «tabernacle», le Graal est caché dans une salle particulière du château de Montsalvage, «la salle du Graal». L’accès au château est conditionné par le passage à travers la forêt, parce que c’est justement la forêt qui est sans cesse surveillée par les chevaliers du Graal afin d’empêcher les intrus d’entrer dans le royaume ensorcelé.
Le trésor de la franc-maçonnerie ne s’apparente-t-il pas pour toi à un graal ?
Poursuivons l’histoire.
Si Perceval parvient sans grande difficulté jusqu’à la frontière de la forêt ensorcelée, l’ayant franchie, il doit affronter la dernière étape de sa quête pavée d’épreuves, cette fois non plus d’ordre physique, mais d’ordre spirituel, en direction du Graal. Cependant, si l’existence du Graal n’est pas mise en doute par les protagonistes du drame, l’estime qui lui est réservée dépend des pouvoirs que ces derniers lui attribuent.
Pour Perceval, sa quête y est considérée comme un comble des aventures terrestres, ce qui réduit la coupe précieuse à un
trophée désignant le meilleur chevalier du monde.
Aux yeux des compagnons le récipient mystérieux se matérialise dans l’objet oscillant entre un talisman féerique et une sainte relique qui permet, grâce à ses propriétés miraculeuses supposées, de parvenir, ici-bas, à «la terre promise»,
à «un paradis sur terre». C’est Perceval, chevalier de la Table Ronde , qui récite la somme des caractéristiques, traçant des contours du Graal arthurien: «Il est dans le monde un trésor captif dans un château enchanté, un objet de grande merveille, le Graal. Pour qui le voit, ses yeux s’ouvrent et ses oreilles entendent, il comprend le choeur des mondes et le langage des oiseaux. Le Graal est suffisance, extase et vie meilleure. Il est soif et étanchement, dépouillement et plénitude, possession et ravissement ».
C’est pour se voir décerner ce prix du meilleur chevalier que Perceval entre sur le terrain interdit du royaume du Graal, espérant, dans la bataille suprême de sa vie, une fameuse victoire de sa force virile.
Pour le royaume du roi pêcheur, il s’agit d’un Graal différent, un Graal aux pouvoirs mystérieux, éteints toutefois par la
faute du roi indigne. Le pays entier agonise avec son souverain, il pourrit, lentement mais inexorablement, comme la blessure d’Amfortas.
L’existence déplorable du royaume d’Amfortas se pose ainsi comme une antithèse d’un âge d’or perdu, mais qui a la chance d’être retrouvé. L’heure de la délivrance doit venir avec l’arrivée d’un nouvel Élu, d’un nouveau Pur, qui rallumera le feu salutaire du Graal et deviendra le nouveau roi du Graal.
Une image évangélique du Graal est esquissée par le jeune chevalier qui dit : « A un seul il est donné de conquérir le Graal, s’il est assez pur et assez sage, et si parvenu après de longues aventures en sa présence, il sait poser la seule question qui délivre. Je veux être celui là ! ».
L’exclamation passionnée du jeune chevalier met le vieux roi en colère: «La gloire du Christ n’est pas remise entre tes mains, qui que tu sois, Perceval. Il commande que chacun fasse son salut, humblement, à la place où le sort l’a mis. Le christ a pris le sort de tous en charge dans ses bras ouverts sur la croix. Ce n’est pas pour que le premier aventurier venu cède aux imaginations de sa cervelle vide, et se croie personnellement chargé de faire lever le soleil sur l’humanité. Tous sont appelés, Perceval, et non point toi singulièrement ».
Le Graal demeurera éteint, Perceval n’ayant pas osé prononcer la question magique, par manque de simplicité.
Perceval quitte à la fin du dernier acte le château de Montsalvage, frappé par les révélations brutales d’Amfortas, mais non écrasé. Quittant le château, en hâte et discrètement, il laisse derrière lui la bataille la plus rude de sa vie. Cette fuite du jeune chevalier, peut-elle être interprétée comme un échec, comme un nouveau naufrage, provoqué par les charmes du Graal?
Il paraît être son contraire, un triomphe sur le Graal, pourtant discret et sans pathos, qui provoque l’éruption des passions incontrôlables, retirées sous le seuil de la conscience maîtrisée.
Perceval vit devant nos yeux sa maturation difficile et, en acceptant ses limites, sa condition, il découvre en lui, non plus un dieu, mais rien moins qu’un homme.
L’enfant est mort pour revivre en homme.
Voilà, jeune chevalier S., il en est de même ici. Les épreuves proposées ne semblent des victoires ou des défaites que dans un temps et un espace mythique où tout est symbole, et la voie que tu as choisie n’a pas, cependant, aboutit dans un royaume fermé.
La quête initiatique est une façon d'habiter le monde. C'est admettre et vouloir s'orienter, c'est vouloir sortir du chaos ; c'est faire un pari existentiel sur le sens contre l'absurde et c'est au cœur d'une telle démarche que se construit aussi la fraternité. L'initiation fonde la fraternité. En effet, c'est par la réalisation de la construction d'un temple que se fait la fraternité des compagnons et le compagnon lui-même.
C'est en travaillant sur lui-même et par ses actes que le FM construit une fraternité opérative qui le relie à ses Fet S et qu'il peut, à partir de là, poursuivre la construction de la fraternité des hommes, où chaque homme est un vecteur de la vérité universelle. Les hommes sont irréductibles dans leur singularité et là il y a une égalité absolue en dignité. C'est en affirmant cela que la FMaç affirme en même temps que la personne est porteuse d'universalité. Le FM est celui qui est capable de reconnaître l'universalité en tout autre. Pour un FM la différence n'est pas revendiquée pour elle-même (cela porterait en soi le risque d'une barbarie sauvage) mais la différence est, pour lui, les aspects différenciés de l'universalité.
Ici, une loi nous est donnée, pour renouveler en ce sens notre liberté : c’est la constitution de l’Ordre qui nous propose des catégories de pensées pour nous organiser en groupe, œuvrant aux progrès de l'humanité.
Nous venons de te reconnaître comme FM, mon bien aimé FN., mais c’est dans le monde profane, que tu seras un homme, un frère en humanité avec tous les hommes, là où tu rencontreras tous les autres dont l’humanité a besoin pour que se lève l’aurore de la lumière que tu appelles l’espoir.
Le zéro est la fonction numérique définissant mathématiquement le néant qui est utilisé non pas comme un échappatoire mais comme une aperception de la réalité.
Le zéro est un nombre terrible engagé dans une lutte étrange pour engloutir tous les nombres à moins que ce ne soit pour tout générer.
Avant d’être un nombre il fut un chiffre et avant il n’existait pas même parmi les autres chiffres dans la conscience humaine. L’usage des chiffres semble si évident que nous le considérons comme une aptitude innée de l’être humain.
J’appelle « nombre » les valeurs qui mesurent une grandeur et j’appelle « chiffres » les caractères, les marques, les signes calligraphiques servant à écrire les nombres.
Il y a donc une histoire universelle des chiffres, car toutes les sociétés, de la préhistoire à l’ère des ordinateurs, ont essayé de représenter les quantités et les ordres, autrement dit les nombres. Cette histoire, hésitante et discontinue, est celle d’un événement aussi révolutionnaire que la maîtrise du feu, l’invention de la roue et de la machine à vapeur ou la découverte de l’électronique.
Le premier chiffre fut sans doute une taille sur un bâton qui, répétée, indiquait le nombre d’éléments à dénombrer. Puis, par commodité de perception de grandeurs importantes, les sociétés primitives en firent des paquets. À partir de ce principe, les hommes ont pu concevoir des assemblages-modèles auxquels ils pouvaient se référer. Ainsi, un os sur lequel on avait pratiqué vingt entailles pouvait servir à dénombrer vingt hommes, vingt chèvres ou vingt fourrures. A cette fin, les hommes, sous divers cieux, ont usé de coquillages, de perles, de fruits durs, d’ossements, de noix de coco, de bâtonnets, de boulettes d’argiles, de graines de cacao et même de bouses séchées. L’impôt, autrefois, prélevé par les seigneurs et rois français, fut appelé taille car leurs collecteurs avaient l’habitude de marquer ainsi sur une planche de bois ce que donnait chaque contribuable. Le même système servait encore au début du 19ème siècle en Angleterre pour certifier le paiement des impôts ou pour comptabiliser les rentrées et sorties d’argent. Curieusement ce système survit, de nos jours, dans un article du code civil[1]
Pour compter plus vite, les premières sociétés eurent l’idée du regroupement par paquet de 5 (l’homme des cavernes), ou par 10 (le scribe égyptien), voir par 60 (le babylonien). Dans chacun de ces systèmes des signes différents sont utilisés pour exprimer les valeurs de chacun des groupes[2], souvent des lettres de l’alphabet comme chez les hébreux, les grecs, les romains. Ainsi 1, 5, 10, 50, 100 et 1000 chez les romains furent représentés par I, V, X D, C, M. Et par combinaison des symboles et de leur place les uns par rapport aux autres, on obtient un nombre.
On comprend dès lors la difficulté mathématique d’additionner de grands nombres en chiffres romains.
L’écriture des chiffres la plus extravagante fut celle des mayas qui utilisaient 20 glyphes différents, têtes grotesques dessinées représentant 20 valeurs différentes.
Et pourtant au commencement, le zéro n’existait pas : Il s’agissait de compter, d’énumérer, d’évaluer des choses du réel, et l’on n’a pas besoin du zéro pour dire qu’il n’y a pas de cette chose. Le Zéro n’existait donc pas. Le zéro n'est jamais utilisé dans
Tout d’abord, les égyptiens surent se passer du zéro parce que l’utilité de leurs mesures était essentiellement tournée vers le comptage des jours et vers le bornage des terres. Chaque année, le Nil, en inondant le delta, dépose une couche d’alluvions qui efface les limites des propriétés, empêchant de reconnaître les parcelles des fermiers. Or, en Égypte, s’approprier le sol d’un voisin était un crime aussi grave que se parjurer, tuer quelqu’un ou se masturber devant le temple. Des contrôleurs étaient chargés par Pharaon de rétablir le bornage, les mathématiques ne visaient donc qu’à délimiter les surfaces de terrain, à des fins cadastrales. Cela se faisait à l’aide de cordes nouées pour marquer les angles droits, divisant les parcelles en triangles et rectangles ; ainsi naquit la géométrie qui marqua profondément la civilisation du bassin méditerranéen. Les grecs s’en inspirèrent ; on sait que Pythagore et Thalès étudièrent en Égypte. Et dans ces mathématiques pratiques, point besoin du zéro, qui en tant que rien est un pur concept.
Le zéro fut découvert par les Chinois. Les inscriptions sur os et écailles nous apprennent que, dès les 14ème - 11 ème siècles av. JC., les Chinois utilisaient une numération décimale de type « hybride », combinant dix signes fixes pour les unités de 1 à 9, avec des marqueurs de position particuliers pour les dizaines, centaines, milliers et myriades.
La première apparition du zéro, à Babylone, semble remonter au 3ème siècle av. J.-C. mais il n'était pas utilisé dans les calculs et ne servait que comme marquage d'une position vide dans le système de numérotation. Les babyloniens avaient commencé à utiliser une marque (deux coins inclinés) pour indiquer une colonne vide sur leurs tables d’abaque. Ce marque-place permettait de donner aux autres chiffres leur place exacte et par là de définir la valeur du nombre représenté
Il sera également utilisé par les Mayas durant le 1er millénaire, mais de même, uniquement comme chiffre, dans leur système de numération de position et non comme nombre.
Son usage moderne, à la fois comme chiffre et comme nombre, est héritée de l'invention indienne des chiffres nagari. Vers le 5ème siècle, le mot indien désignant le zéro était śūnya, qui signifie « vide » « espace » ou « vacant ».
Ce mot, traduit en arabe par « sifr » qui signifie également « vide » et « grain », est la racine du mot chiffre, et zéro vient de ce que Fibonacci a traduit l'arabe Sifr par l'italien zephirus, à partir duquel il a formé zevero qui est devenu zero.
Curieux paradoxe ! Nommer le rien, c'est pourtant lui donner une existence, une valeur. Parvenir à concevoir que le vide puisse et doive être remplacé par un graphisme ayant précisément pour signifiant le vide, telle est l’ultime abstraction qui a nécessité
beaucoup de temps, beaucoup d’imagination et certainement une grande maturité d’esprit. Certes, au début ce concept ne fut que le synonyme de la place vide ainsi comblée. Mais on s’aperçut peu à peu, par la force de l’abstraction, que « vide » et « rien »,conçus d’abord comme des notions distinctes, étaient en réalité deux aspects d’une seule et même chose. C’est ainsi que le signe-zéro a fini par symboliser la valeur du « nombre nul ».
La graphie du zéro c’est d'abord un cercle ; elle est inspirée de la représentation de la voûte céleste. En effet le zéro se vit attribuer toute une panoplie de synonymes qui désignaient littéralement le ciel, l’espace, l’atmosphère, le firmament ou la voûte céleste (je vous fais grâce des mots en version originale). Ainsi, en sanskrit, infini, voyage sur l’eau, pied de Visnu, plénitude, infinité, achèvement, sont aussi des termes qui évoquent le zéro dans la poétique indienne de cette époque. Il en est de même pour le mot « akasha », qui évoque l’éther, le dernier et le plus subtil des cinq éléments de la philosophie hindoue, l’essence de tout ce qui est supposé incréé et éternel, l’élément qui pénètre l’immensité de l’espace, voire l’espace lui-même. L’identification de l’éther au vide ne posa pas de problème du fait qu’il était considéré comme la condition de toute expansion corporelle et le réceptacle de toute matière se manifestant sous la forme des 4 éléments (terre, eau, feu, air). Autrement dit, une fois que le zéro eut été expérimenté, on s’aperçut que le « akasha » remplissait dans l’existence un rôle majeur comparable à celui tenu par le zéro dans la numération de position, dans le calcul, pour les mathématiques, pour les sciences et pour les techniques.
Les mots symboles du zéro, évoquant principalement les idées de ciel, d’espace, le cercle fut naturellement la première représentation graphique du zéro. Sunya chakra
Le point en fut aussi une représentation, parce que c’est un objet sans dimension,. Sunya bindu.
Au-delà de son aspect géométrique, le bindu était pour les hindous le symbole de l’univers dans sa forme non manifesté, et donc une représentation de l’univers avant sa transformation en monde des apparences. Selon les philosophies indiennes, cet univers incréé est doté d’une énergie créatrice capable de tout engendrer : le point causal.
Le mathématicien et astronome indien Brahmagupta est le premier à définir le zéro en tant que nombre. En 628, dans un traité d'astronomie appelé le Brahma Sphuta Siddhanta, Brahmagupta (598 - 660) définira le zéro comme la soustraction d’un nombre par lui-même (N - N = 0). Brahmagupta donnera dans son ouvrage les règles des opérations effectuées avec le zéro, appelant « biens » les nombres positifs, « dettes » les nombres négatifs et le zéro[3] pour le nombre nul.
En occident, l’introduction du zéro est consécutive à la traduction des travaux des mathématiciens musulmans, vers le 8ème siècle, notamment ceux d'al-Khwārizmī (L’algèbre ou science des équations vient du titre de son livre al-Jabr). Les chiffres arabes sont importés d'Espagne en Europe chrétienne aux environs de l'an mil par Gerbert d'Aurillac, devenu le pape Sylvestre II. Le zéro ne se généralise pas pour autant dans la vie courante, les chiffres, dits arabes, servant surtout... à marquer les jetons d'abaque de 1 à 9 ! Certains calculateurs préférèrent utiliser des jetons avec des chiffres romains ou des lettres grecques plutôt que d’utiliser les « signes diaboliques » de ces « suppôts de Satan » qu’étaient alors les Arabes. Gerbert lui-même n’échappa pas à cet esprit d’arrière-garde : on en vint à murmurer qu’il fut alchimiste et sorcier et qu’en allant goûter à la science des « infidèles Sarrazins », il avait sûrement dû vendre son âme au Diable. Grave accusation qui poursuivra le savant plusieurs siècles à tel point qu’en 1648 l’autorité pontificale jugera nécessaire de faire ouvrir le tombeau de Sylvestre II pour vérifier si les diables de l’Enfer ne l’habitaient pas encore…!
Et oui, le zéro provoqua des conflits meurtriers. Le zéro était le symbole de nouvelles théories, du rejet d’Aristote et de l’acceptation du vide et de l’infini. Les camps philosophiques punissaient leurs traîtres. Par le bûcher chez les chrétiens, tandis qu’en Orient, au 11ème siècle, persister dans la doctrine d’Aristote entraînait la peine de mort pour les penseurs musulmans.
La chrétienté rejetait le zéro mais le commerce le réclamait.
Et ce fut Léonard de Pise, dit Fibonacci qui eut une influence déterminante. Il reste plusieurs années en Afrique du Nord et étudie auprès d'un professeur local. Il voyage également en Grèce, Égypte, Proche-Orient et confirme l'avis de Sylvestre II sur les avantages de la numération de position. En 1202, il publie le Liber Abaci, recueil qui rassemble pratiquement toutes les connaissances mathématiques de l'époque, et malgré son nom, apprend à calculer sans abaque.
Et c’est ainsi qu'avec le retour du commerce intensif, consécutif aux Croisades, que les Européens généralisent, au 12ème siècle, l'usage du zéro. Le zéro arrive, enfin, en occident. Mais comme pour les autres chiffres, le zéro fait une entrée laborieuse dans le langage mathématique. Il souffre des vestiges de la pensée de l’antiquité, mais aussi de la méfiance de l'Eglise.
Cela nous paraît si évident aujourd’hui, qu’il est plus facile d’imaginer Sisyphe heureux qu’un monde où le caractère zéro n’existerait pas.
Alors essayons de comprendre pourquoi les égyptiens, les grecs et les romains détestaient le zéro.
Les peuples de l’Antiquité avaient peur du zéro ! Peur du nombre zéro et donc de sa représentation en chiffre. Dans les Traditions les plus anciennes, le tohu bohu, vide et désordre, était la constitution primordiale du cosmos.
Symbole du Néant, du Vide Absolu, du non manifesté, du Chaos originel, le zéro inspirait l’effroi d’un monde qui pourrait retourner à son état naturel primitif.
La crainte du zéro allait plus loin encore que ce malaise face au vide. Pour les anciens, les propriétés du zéro étaient inexplicables car il ne se comporte pas comme les autres nombres. Au royaume des nombres, des lois s’imposent à tous, sauf à zéro.
Additionnez un nombre avec lui-même, il change : 1 + 1 = 2 ; mais 0 + 0 = 0.
Non seulement le zéro refuse de grandir mais il empêche les autres nombres de grandir : 1 + 0 = 1. Zéro nie les jeux de l’addition et de la soustraction (1 – 0 = 1).
Et surtout, ce nombre sans substance réussit à saper les plus simples calculs, comme ceux de la multiplication et de la division.
Zéro multiplié par n’importe quoi donnera toujours zéro. Ce nombre infernal télescope la ligne des nombres en un seul point. Il anéantit les nombres en les retirant à l’existence, pour en faire du rien, du vide. Multiplier une valeur par zéro revient à retirer cette valeur d’elle-même : 0 x N = N – N = 0
Des choses encore plus étranges apparaissent dans la division par zéro : Elle est un non-sens. Si l’on s’obstine à diviser par zéro, on détruit toutes les fondations de la logique et des mathématiques.
Plus que vous soumettre à une épreuve de mathématique, je souhaiterai vous amuser avec une apagogie (démonstration par l’absurde).
Prenons a et b tel que a = b = 1
Nous pouvons écrire que a2 = a2
Nous pouvons aussi écrire que b2 = ab
En soustrayant les deux équations cela donne a2 - b2 = a2 - ab
Une classique mise en facteur nous donne :
(a + b) (a – b) = a (a – b)
Divisons chaque côté par (a - b) ; (c'est-à-dire divisons par zéro), on obtient a + b = a.
En ôtant a de chaque côté, l’équation devient b = 0 et donc avec b = 1 Þ 1 = 0 !!
Quelque soit la valeur de b, nous pouvons ainsi montrer que 1 ou 20 ou 1983 sont égaux à zéro!!!! Que celui qui a 2 bras et 2 jambes n’a pas de bras!!!
Diviser par zéro détruit la charpente des mathématiques. Souvenons nous de ce que l’on appelle le domaine de définition ou l’existence d’une courbe : un monde dans lequel on exclut la division par zéro. Un des premiers ordinateurs, grilla toutes ses ampoules, s’extermina en somme, parce qu’on lui demanda d’effectuer un calcul dans lequel lui fut soumis une division par zéro.
Ainsi le zéro est puissant parce qu'il triomphe des autres chiffres, rend folles les divisions. Il est le frère jumeau de l'infini.
C’est en tant que représentation du vide que le zéro fut rejeté par la pensée grecque. Pour Aristote, il n’y a rien qui soit rien, rien ne naît de rien, il n’y a pas de vide. Le cosmos est "prisonnier" dans des sphères de différentes tailles qui émettent de la musique : l'harmonie des sphères.
Ce n’est pas l’ignorance qui conduisit les grecs à rejeter le zéro mais leur philosophie. Le zéro était en conflit avec leur croyance fondamentale. Au cœur de leur philosophie, le point le plus important tenait dans cette révélation : tout est nombre. Et c’est en géométrie et en termes de relations des nombres que se posaient les grands problèmes de l’époque. Dans les ratios, le zéro est un nombre qui n’a aucun sens. Le zéro creusait un gouffre dans l’ordonnancement de l’univers pythagoricien ; il ne fut donc pas toléré. (Un autre concept dérangeant, le nombre irrationnel Ö2)
L’univers grec, créé, notamment par Pythagore et Aristote survécut, dans la pensée occidentale médiévale. Pour eux, tout l’univers était réglé par des proportions et des figures géométriques. Le cosmos était fini et entièrement rempli de matière. Il n’y avait pas d’infinité, il n’y avait pas de zéro. Cette manière de penser avait une autre conséquence - ce qui explique pourquoi la philosophie d’Aristote perdura si longtemps. Son système prouvait l’existence de Dieu.
Dans leur quête de sagesse, les érudits médiévaux ne se tournaient pas vers leurs pairs, mais vers les Anciens, vers les néoplatoniciens et surtout vers Aristote. Ce que je retiens de l’œuvre d’Aristote, c’est une espèce d’encyclopédie présentant ses observations, dans des domaines du ciel et de la terre, l’astronomie, la physique, la biologie, qui pose en toute chose le questionnement du « pourquoi cela existe » et qui conclut à chaque fois par l’éternité en soi des choses subordonnée à une énergie initiale créatrice : Dieu. Il affirmait de plus que la terre était unique et au centre de l’univers
Au 13ème siècle Thomas d’Aquin christianisa cette théologie[4]. L’enseignement du « Docteur Angélique » sera retenu comme la plus solide, la plus sûre et la plus sobre des doctrines catholiques.
Les penseurs considéraient le vide comme … le diable, et le diable comme le vide!
Pour cette raison, l’Occident ne put accepter le zéro jusqu’au 16ème siècle. Les conséquences en furent un ralentissement des progrès en mathématiques et un étouffement des innovations scientifiques.
Le point de fuite dans la peinture de Brunelleschi, cette singularité qui ramasse l’univers dans un espace minuscule et donne la perspective, le système cartésien, les expériences de Pascal sur le vide, le calcul différentiel de Newton, les mesures quantiques de Planck participèrent, depuis, au triomphe du zéro.
Alors, aujourd’hui, la question essentielle du zéro peut se ramener à ceci : comment du zéro, du rien est sorti quelque chose. Si on vous demande qu’est-ce qui vous intrigue dans la cosmologie, vous pourriez répondre : La réponse est dissimulée dans la question : « l’intrigue » !
A quel genre d’intrigue doit-on alors s’attendre en étudiant la cosmologie ? Un numéro du Scientific American en propose une excellente : comment peut-on comprendre la succession des phénomènes survenus pendant l’âge sombre de l’Univers, avant son passage de l’opacité du néant à la transparence de la création? Comme nous ne disposons pas de données observationnelles pour cette période, comment peut-on aussi rétablir cette chronologie ? Et bien c’est grâce au zéro !
L’Univers est-il éternel ? Existe-t-il depuis toujours ou, au contraire, a-t-il eu un commencement ? Et dans ce cas, y avait-il « quelque chose » avant sa naissance ? Ces questions, les physiciens les connaissent depuis longtemps, mais les redoutent : ils savent combien il est difficile, voire impossible, d’y répondre.
C’est à une longueur extrême (d’une taille de 10
Or, pour la première fois, grâce à des instruments mathématiques très puissants que l’on appelle les « groupes quantiques », il devient possible de lever un coin du voile « avant » le Big Bang, sur le mystère originel de l’Univers. Dans l’abîme vertigineux qui commence derrière le mur de Planck, au cœur des ténèbres, les calculs montrent qu’à cette époque, où rien de ce qui nous est familier n’existait encore, une sorte de « tempête » primordiale faisait ployer la gravitation, mélangeait l’espace et le temps eux-mêmes en d’effroyables tourbillons. Cette immense tempête se déchaînait à l’aube des temps, entre l’instant zéro et l’ère de Planck ; elle déferlait sur tout le « paysage » primitif de ce qui n’était pas encore le monde. Si nous avions pu assister à ce qui se passait à cette lointaine époque, nous aurions « vu » une sorte d’océan immense rouge et bleu sombre, creusé de vagues violettes, d’écumes et de tourbillons. Dans ce monde-là, nous n’aurions fait aucune différence entre le futur et le passé, et nous aurions été incapables d’évaluer la moindre distance dans l’espace. Par exemple, il deviendrait impossible de donner rendez-vous à un ami : en imaginant qu’il soit juste devant vous, l’instant suivant il se trouverait à 1000 kilomètres ; et au lieu d’être « stable dans le temps », il surgirait soudain dans le passé ou dans l’avenir, de façon totalement imprévisible.
Pourquoi ces incroyables phénomènes ?
Parce que « là-bas », ce qu’on appelle notre « métrique », c’est-à-dire ce qui nous permet de mesurer les choses et de distinguer naturellement le temps de l’espace, n’est plus valide. A l’échelle de Planck et en deçà, le temps et l’espace « fluctuent », se déforment, se trouvent superposés pour finalement former un mélange complexe impossible à concevoir. Les photos, prises par la sonde W.m.a.p., qui ont permis de réaliser la première carte complète du fond diffus cosmologique, sont les premières confirmations de ces fluctuations primordiales de l’espace-temps[5].
Mais y a-t-il encore un autre monde « en dessous » du monde quantique ? Un univers « plus petit que tout » et qui aurait une taille nulle ? Ce monde-là, ce troisième monde, existe bel et bien au-delà de la tempête quantique, tout au fond du cône de lumière. Là-bas, la matière, l’énergie, toutes les forces qui nous sont familières ont disparu. C’est le point zéro de l’Univers. Ce point mystérieux qui, au début du 20ème siècle, avait hanté Einstein et le mathématicien russe Alexandre Friedmann, l’inventeur du Big Bang. Depuis les années 70, l’existence de ce qu’on appelle aujourd’hui la« singularité initiale » a été prouvée par Stephen Hawking, de l’université de Cambridge, et Roger Penrose, de l’université d’Oxford. Sans dimension, hors du temps, la singularité à l’origine de notre Univers représente un état d’information pure. Invariant, immuable, reflet de l’ordre le plus élevé que puisse concevoir l’esprit humain, ce point fantastique ne peut être décrit que par ce que les mathématiciens appellent un « invariant topologique ». En imaginant, encore une fois, que nous puissions nous rendre sur ce point zéro, ce que nous verrions alors serait très surprenant. Nous serions d’abord sidérés par le silence absolu. Ce monde très étrange nous paraîtrait totalement figé, immobile comme pour l’éternité.
En fait, au point zéro, il n’y a plus de forces, plus d’énergie, plus de matière, et même plus d’espace ni de temps. Il ne reste qu’une seule et ultime chose : une information. Cette même information dont Stephen Hawking reconnaissait l’existence au fond des trous noirs. Contrairement à ce qui se passe chez nous, le temps à l’origine ne s’écoule plus : il est « figé ». Plus exactement, comme l’indiquent les équations d’Einstein, sous l’action de la gravitation alors immense, le temps qui nous est familier n’est plus réel (comme chez nous, avec un avant et un après), mais purement imaginaire (au sens que les mathématiciens donnent à ce mot : au point zéro, en raison de la courbure infinie, la droite du temps réel a pivoté de 90 degrés dans le plan complexe et est désormais imaginaire). Ce temps étrange, sans avant ni après, ne peut donc plus se comprendre comme marquant une évolution des événements en mouvement, mais comme portant une information étendue sur une réalité globale et immuable. C’est dans ce sens que ce monde-là n’est pas encore un monde d’énergie : c’est une essence mathématique.
Tout ceci est tellement éloigné de notre expérience et même de nos intuitions les plus folles qu’il nous semble difficile d’y croire. Et pourtant, la « réalité » de cet univers commence aujourd’hui à être décelée à la faveur de deux théories toutes récentes :
la théorie des groupes quantiques et la théorie topologique des champs. Grâce à ces deux approches, il nous devient progressivement possible de mieux comprendre la nature profonde de ce qui peut exister au temps de Planck. Les groupes quantiques, ces algèbres « déformées » comparables à une sorte de « loupe » qui viendrait agrandir la surface d’une page écrite pour mieux en distinguer les détails, nous ont permis de plonger au cœur du Big Bang et de traverser la barrière d’énergie qui surgit au mur de Planck. Et derrière ce mur, la théorie topologique des champs - qui ne « mesure » plus l’évolution d’un système en temps réel mais en temps imaginaire pur - nous a permis de « voir » la réalité ultime de la fantastique information qui précède notre univers physique.
Finalement, l’idée d’une information mathématique à l’origine des choses nous est proche, étrangement familière : la graine minuscule ne contient-elle pas toute l’information nécessaire au développement d’un arbre gigantesque ? Un être humain n’exprime-t-il pas, dans toute sa complexité, une information génétique seulement visible au microscope ? De même qu’il existe un « code génétique » à l’origine des êtres vivants, nous pourrions imaginer un « code mathématique » à l’origine de l’Univers tout entier. Et si le cosmos qui nous entoure a bien un sens, alors c’est que - peut-être - il contient en lui, dès l’origine, une information incroyablement complexe, une essence non physique qui le travaille, l’oriente, le réalise. Et c’est peut-être ce qui a fait dire au physicien Neil Turok, l’un des plus proches collaborateurs de Stephen Hawking, « l’Univers tout entier a jailli, de manière splendide, d’une seule et unique formule", d’un code mathématique engendrant
Alors le zéro, ce rien ne peut-il pas tout ? Parce que si un tel code mathématique existe, forcément il est enfoui dans le zéro.
[1] Taille, coche échantillon.
[2] Il y a 5000 ans les égyptiens utilisaient un bâton vertical pour l’unité, un os de talon pour 10, une lanière ondulante pour 100…
[3] - Zéro soustrait d’une dette est une dette.
- Zéro soustrait d’un bien est un bien.
- Zéro soustrait de zéro est zéro.
- Une dette soustraite de zéro est un bien.
- Un bien soustrait de zéro est une dette.
- Le produit de zéro multiplié par une dette ou un bien est zéro.
- Le produit de zéro multiplié par zéro est zéro.
- Le produit ou le quotient de deux biens est un bien.
- Le produit ou le quotient de deux dettes est un bien.
- Le produit ou le quotient d'une dette et d’un bien est une dette.
[4] Dans « Les commentaires philosophiques sur Aristote »
- Le retour
Ma sœur R.,
Comment ne pas penser à la parabole du retour de l’enfant prodigue, comment oublier la scène du retour de la femme du boulanger. Oh non ma sœur, tu n’es ni Pomponette, ni davantage l’enfant puîné !
Une démission en franc-maçonnerie est un acte de liberté, le retour un engagement tout aussi libre, sans jugement moral, sans reproche fussent-ils affectueux. Ce n’est pas le même qui revient, ce n’est pas le semblable qui revient, mais le même est le revenir de ce qui revient. Seul revient l’affirmation, seul revient ce qui peut être affirmé, seule la joie retourne.
As-tu fait une école buissonnière, ma sœur, cet écart potentiel inscrit dans le compagnonnage ? Dans ta séparation du temple, as-tu mesuré ce qui te fonde et te construit, au point d’avoir à nouveau besoin de retrouver une loge pour féconder ta part de fraternité et de symbolisme ontologique ? Quel dépôt si précieux avais-tu laissé ici pour venir le rechercher ? Est-ce cet immense trésor d'expériences, d'idées, de témoignages, de réflexions que l'esprit humain a produits au cours de tenues maçonniques. Les planches sont destinées à l'ensemble des Frères et soeurs présents dans le temple. Leurs contenus sont de susciter un dialogue lumineux dans la conscience entre le "je" et le "nous". On peut comprendre combien cela fut un manque pour toi.
Tu avais choisi, en entrant une première fois en franc-maçonnerie, la responsabilité d’un engagement. Responsabilité a deux sens : res-ponsa que l'on peut rendre par "quelque chose qui a du poids, du prix, de l'importance", et res-ponsa qui est "ce que l'on épouse, ce à quoi l'on est uni par amour". Au cœur de la responsabilité, il y a donc le prix et l'amour, la valeur et la joie. Ta famille a eu un temps plus besoin de ton amour, et en avait, de ce fait, davantage de valeur pour toi. Le Temple te manquait car il est l’endroit idéal pour aller à la rencontre des questions. En ce lieu, nous mettons en marche la pensée qui révèle que l’homme doit accomplir un voyage parmi les questions afin que se réalise son destin intellectuel et moral. Le monde profane t’est redevenu insuffisant.
Que je dise tout de suite que ce qui me paraît en jeu n'est rien moins que ta liberté, non pas d'abord la liberté des choix, ni la liberté d'expression, mais une liberté encore plus fondamentale qui est la liberté de pouvoir penser par soi-même, la liberté de l'esprit.
Je sais combien la construction d'un langage qui rend possible la pensée est difficile, combien son acquisition progressive est ardue et combien sa préservation est précieuse. L'intelligence spirituelle vient ôter le voile de la lettre, ou le voile qu'est la lettre, afin d'en dégager l'esprit.
Quand une chose n'est pas nommée, elle reste insaisissable, invisible, impossible à penser. Pour commencer à l'appréhender, les cherchants, dans leurs longues quêtes n'ont d'abord d'autre ressource que d'employer des périphrases, et il peut arriver que de telles périphrases représentent des centaines de pages de texte. Voici ce qu'il en coûte quand les mots manquent encore, et que l'esprit est réduit à tenter de penser sans les mots. Au contraire, quand après de lentes décantations, qui dans l'histoire prennent parfois des siècles, des mots apparaissent qui permettent de saisir les choses dans leur être, il arrive que certains résultats qui avaient d'abord demandé des livres entiers, pour être énoncés et expliqués, s'expriment enfin en quelques formes d'une clarté aveuglante. C'est que la pensée, grâce aux mots, est devenue libre: elle était paralysée par l'impossibilité du dire et voici que, par le progrès de la langue disponible, elle se trouve enfin déliée. Le symbolisme est ce langage d’une nouvelle parole qui donne prise sur les choses. Le mot prononcé est la matrice qui nous fait accéder au monde de la chair et de l’existence.
Aussi croyons-nous à la vérité et à la beauté exactement comme Platon.
Je viens de prononcer le mot “beauté” en association avec le mot “vérité” et ce sont bien des mots de notre quête. Nous croyons que la vérité existe, indépendamment de nous et de tous, mais nous croyons aussi qu'elle nous attend et qu'elle fait partie de notre vocation de la chercher. Nous savons aussi que, dans cette quête, la beauté est le plus sûr critère de la vérité, une lumière qui la signale dans la nuit, et quand enfin nous atteignons une vérité, sa récompense consiste à en admirer la beauté.
Le monde profane n’a pas réussi à te donner suffisamment l’apprentissage du sens et de l'amour de la beauté et ici tu viens renouer les fils du tissage pour ton vêtement de vie. Tu as choisi de te replacer dans l’arc tendu entre les deux pôles du ciel et de la terre en exerçant la fonction de médiateur, entre équerre et compas.
Ici c’est un lieu symbolique où sous le signe d’un temps abstrait, se trouvent représentés en creux l'Unité et l'Infini, comme à l'encre sympathique sur un support d'absence.
C'est un espace qui vide le temps profane et dont cependant découle l'efficacité des effets du discours de chacun à condition qu'il ait bien voulu franchir le seuil de la mort symbolique. C'est l'endroit où se trouvent archivés à foison tous les outils nécessaires à la construction. C'est la demeure des trois grands "A". L'Art, l'Autre et l'Amour.
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Cette cérémonie est centrée sur l’assassinat d’un personnage mythique, Hiram, et sur son relèvement.
Le premier problème est celui du choix du personnage Hiram comme désignant l’architecte dont le drame nous est révélé, en franc- maçonnerie, dans la fameuse divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected,
Vient ensuite le problème du lien de ce drame des Maîtres Maçons avec les anciens mystères. On peut naturellement assigner à cette légende des sources mythologiques diverses et trouver, en cherchant un peu dans l’histoire des peuplades anciennes et des religions antiques, égyptienne, gréco-romaine, voir celtique, nombre de récits sacrés et de mythes pouvant constituer autant de modèles.
Les rituels correspondants à cette Mort-Resurrection étaient appelés, dans l’ancienne Egypte «
On s’est du reste interrogé sur ce qui serait advenu si la légende ne s’était pas conclue, telle que Prichard la rapporte, par un mot perdu, un mot substitué et un architecte tragiquement disparu. On voit en effet sans difficulté la faille de ce schéma : il faudra bien retrouver le mot perdu et remplacer l’architecte. Voici de quoi écrire cinq ou six autres légendes et autant de nouveaux grades. Si la maçonnerie se lança aussitôt, et pour plusieurs décennies, dans une prodigieuse et parfois folle entreprise créatrice de grades à la recherche de
L’élévation, en faisant passer du plan au volume, opère sur le voyageur en quête de vérité une transformation du sens. Celui qui est au fond de la vallée en a une représentation. Quand il monte sur le flanc de la montagne, le spectacle devient très différent. Chaque fois qu'il fait une station à une hauteur plus élevée, son panorama se modifie. De même, nous pouvons comprendre que d'un point de vue plus élevé, le monde des objets de la veille entre dans une perspective radicalement nouvelle. Le silence qui entoure le tombeau du Maître, au delà de
« Si je me sentais aujourd'hui le même qu'hier, je perdrai l'envie de vivre. » comme le disait le Rabbi Nahman de Bratslav
Le relèvement, l’assomption voudrais-je dire est l’œuvre du respectable Maître de la loge aidé par les deux surveillants.
Après avoir été littéralement assommé par le coup fatal du maillet du troisième compagnon, l’enterrement sous le tertre, puis retrouvé, le maître est relevé à la vie, exalté. Alors peut-on parler d’assomption ? L’étymologie nous le permettrait à partir du mot somme et de ses différents sens :
1. Le somme provient comme son cousin sommeil, du dieu Somnus, l'équivalent romain du grec Hypnos, frère jumeau de Thanatos, le dieu de la mort.
2. La somme, dérivée de summus, le point le plus élevé, désigne le résultat d'une addition, et s'apparente à sommet, sommité, summum.
3. la somme, issue de sagma, la charge, le bât, désigne, sous l'expression bête de somme, l'animal qui porte les fardeaux.
4. Le verbe assommer s’apparente au somme-sommeil. Assommer quelqu'un c'est le faire dormir. Sauf que le mot avait au départ le sens d'abattement moral, et n'a pris qu'ensuite le sens de tuer, puis celui d'endormir brusquement. Certains pensent qu'il provient en fait de sagma, la bête de somme. Assommer ce serait alors accabler sous un fardeau. Le mot aurait dérivé de sens par contagion étymologique avec le somme-sommeil.
5. L’idée de sommeil se retrouve depuis les premiers siècles de l’église, tant chez les Latins que chez les Grecs dans l’expression dormitio pour signifier le trépas, et même… la fête de l’Assomption de
Assomption provient de ‘ad+sumere’, prendre avec soi, s'adjoindre quelqu'un, quelque chose. On retrouve cette étymologie dans assumer.
En logique, c'est le fait d'ajouter une hypothèse dans un raisonnement
En théologie: C’est l’élévation-résurrection de Marie aidée par son fils. Le Christ en ressuscitant seul fait l'Ascension, mais Marie, aidée, l’assomption.
Synthétisant ces étymologies, le relèvement du maître à la fois assommé, endormi, porté au sommet, ressuscité et accueilli par le respectable Maître assisté des deux surveillants ne peut-il s’apparenté à une assomption ? Et dans ce cas, dans cette mission de psychopompe, comme sur les images de la dormition des saints, nos trois premiers officiers sont devenus des anges.
Il te reste, ma bien-aimée vénérable G., à étudier plus avant un certain nombre de thèmes dont voici quelques sujets:
· La relation entre la triade supérieure et le socle quaternaire qui permet d’établir l’Homme archétype sur la base du septénaire…
· L’incarnation par le sacrifice.
· Le symbolisme ontologique du Temple de Salomon.
· L’acacia.
· Les outils utilisés pour tuer HiRaM.
· La portée spirituelle du mot du Maître qui t’a été révélé avec ton élévation et son origine à travers les textes anciens de la franc-maçonnerie.
· La résurrection, la réincarnation, la mort symbolique.
· L’énigme d’Hiram et de son meurtre, le mystère de son nom et les raisons de ce choix avec l’outil du QQOQCP des analystes qui pose de bons jalons méthodologiques d’approche.
· Et d’autres thèmes d’étude vers lesquels ta spiritualité te portera…
« En ce jour d’assomption, les cieux ont reçu la bienheureuse Vierge avec joie. Les Anges se réjouissent, les Archanges jubilent, les Trônes s'animent, les Dominations la célèbrent dans les cantiques, les Principautés unissent leurs voix, les Puissances accompagnent de leurs instruments de musique, les Chérubins et les Séraphins entonnent des hymnes.»
A l’image des entités célestes, que nos acclamations exaltent notre allégresse à l’avènement de notre nouveau maître.
Initiatude
Philosophiquement, comme le dit Mircea Eliade, ce spécialiste de l’histoire des religions, l’initiation équivaut à une modification ontologique du régime existentiel. Ainsi l’initiation, le projet initiatique, est de provoquer une radicale et fondamentale modification de notre pensée et de notre être, de notre manière de penser et de notre manière de vivre. Il s’agit, comme le disent nos vieux rituels, « de passer des ténèbres à la lumière » et, par cette lumière qui nous illumine, de changer notre être et notre vie. En effet, la finalité de l’initiation n’est pas seulement « théorique », mais pratique, disons « éthique ». Il ne s’agit pas seulement d’aller vers la lumière et de se reposer dans une vaine et stérile contemplation, mais, par cette lumière, de nous entraîner à une action plus efficace et plus juste. Ainsi le but essentiel de l’initiation maçonnique est de changer l’homme et c’est en ce sens qu’elle est éthique, car l'éthique, c’est ce qui veut essentiellement changer l’homme ; et ne confondons pas ici éthique avec moralisme et moralisation. En employant un autre langage, nous dirions que l’initiation veut nous faire passer de l’homme de la nature à l’homme de la culture, du vieil homme à l’homme nouveau.
Cet itinéraire ne peut être accompli qu’à la première personne ; nous voulons dire que nul autre que nous-mêmes ne saurait l’accomplir. La recherche initiatique est une expérience personnelle dans laquelle on ne peut dissocier le penser et le vécu, le conceptuel et l’existentiel. Et c’est parce que, dans l’initiation ne peuvent être dissociés le pensé et le vécu, que toute initiation est au sens propre indicible, intraduisible, ineffable.
C’est pourquoi la Maç est un outil de vie avec sa capacité à s’adapter à autant de cas qu’il y a de maç, chacun pouvant lui demander à titre particulier le même service de conseiller et d’indicateur de destin.
La démarche consiste à aimanter les innombrables savoirs, de les attirer dans une explication qui ne minimise rien, qui élargit le monde.
Le symbolisme, notre langue, est une esthétique universelle à la hauteur de toutes les ambitions rationnelles et spirituelles. Il faut l’apprendre comme on apprend sa langue maternelle, pour se communiquer, pour se comprendre, pour rencontrer ce quelque chose de visible qui conduit à quelque chose d’invisible.
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De son poste d’observateur dans sa chambre noire de nouvel initié, muselé par le silence du secret, le jeune sage surveille le champ ouvert de l’évidence vivante : il y a nous, l’autre et nous en tant qu’autre. Souvenons-nous que le « Nous » de Platon, mot grec signifiant « esprit » ou « intelligence», ce n’est pas seulement l’Esprit qui nous illumine, mais c’est l’Esprit qui nous transforme et qui nous transforme par cette illumination.
La domestication des idées, l’institutionnalisation des rites dissimulent l’origine initiatique. Il suffit de décaper les thèmes symboliques ou les règles de comportement pour voir réapparaître l’or du support de toutes les sagesses.
Les maîtres de
L’homme et la terre, l’homme et le temps, l’homme et la femme, l’homme et la société, l’homme et le sacré, l’homme et la mort. La maç vous invite à ces voyages de réflexions et d’actions.
Les instructions reçues par la Fr Maç sont inscrites dans nos symboles et nos rituels. Elle sont reçues et retransmises. Reçues dans l’état où les sages les ont mûries, retransmises après ensoleillement nouveau dans l’esprit de chaque FM .En cela consiste la tradition, en cela consiste votre responsabilité : faire briller les éclats de lumière que vous êtes.
Les FM oeuvrent telle une lentille à travers laquelle la lumière peut briller sur les ténèbres pour que les mystères de l’initiation ne restent pas seulement symboliques mais constituent une forme définie d’activité mise en action au quotidien.
Le rituel, vécu en conscience, peut être un agent grâce auquel la nature profonde de chacun tend à être éveillé et stimulé à un degré tel que le FM pourra accomplir son grade et gagner cette impulsion complémentaire qui le portera à travers ses épreuves, le rendant capable de progresser tant dans sa vision du monde que dans ses actions sur ce monde. ». L’initiation comme la poésie est une manière originale et spécifique de percevoir et d’appréhender l’univers et les hommes comme nous-mêmes, autrement. Et Marcel Proust ne parle pas différemment : n’écrit-il pas, lui aussi, dans « A
Le second surv vous aidera dans les commencements de cet apprentissage.
L’activité rythmique, en loge, est fondée sur la fraternité et le travail créateur de soi fondé sur le but d’amour. Cet amour n’est pas de l’ordre sentimental. Il est ce qui doit éliminer les rancoeurs, le rejet de l’autre, il est ce qui doit conduire à supprimer en toi les divisions externes et faire cesser la peur qui ronge. Il est inoffensivité, silence, compréhension. L’amour est patient, il est plein de bonté, l’amour n’est pas envieux, l’amour ne se vante pas, il ne s’enfle point d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne s’irrite point, il ne soupçonne pas le mal, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité. L’amour excuse tout, il supporte tout, surtout ce qu’est l’autre, même si nous ne devons entendre par tout seulement ce qui est tolérable.
Alors, ma S, sois juste, soit bon, sois clément, ne refuse pas à l’autre ce que tu accordes à toi-même.
Mes bien aimées S, la colonne du nord s’est agrandie de votre dimension, puisse-t-elle prendre encore plus de grandeur dans la lumière, pour projeter sur l’humain encore un peu plus d’humain.
Quelle parthénogenèse !!! L’adoubement maçonnique reçu, mes S, vous recevez en même temps des milliers, des centaines de milliers de F et de S
Quelle belle façon de se reconnaître, de s’appeler. Imaginez-vous saluant votre inspecteur des impôts, bonjour mon F !, le CRS, bonjour mon F !, votre boulangère, bonjour ma S !, vos voisins, bonjour F et S!, votre chef d’entreprise, bonjour mon F !, Un prince un roi, celui qui vous ressemble le moins, bonjour mon F ! Ce rêve est ici réalité, ici vous pourriez les rencontrer et leur dire cette parole de liberté, d’égalité et de fraternité, bonjour mon F, bonjour ma S
Depuis ce soir ils vous répondront, bonjour ma S!
III
Ils n'ont pas attendu
ton sourire
Ils ont lancé leurs pierres avant
Stupeur :
tu pouvais être ailleurs lumière
morte pour eux
ce sang sur ta lèvre
ne veut pas dire…qui oserait ?
que tu nous a privé de tes soleils
IV
Il faut engranger nos bonheurs
avant qu'ils ne demandent leurs part
ou bien
ils guetteront au coin du champs
Notre sang
giclera sous leurs fourches
ils nous mutileront
à coups d'éclat de rire
V
Ils ont égorgé ta pensée
gaulé les étoiles
Ils t'ont remis le joug…
Au sillon quotidien
Tu n'auras plus jamais le choix
Ils ont fermé - des oiseaux meurent
Tous les chemins
LES EAUX BLONDEs
Apre bonheur
il faudra mesurer à l'aulne des matins
la rude étoffe des absences
ne pas trembler
Les tournesols ont cessé de danser
immobiles
les choses pèsent d'éternité
on a cloué le soleil au ciel
N'écoute pas
ils ne savent rien de l'aurore
les eaux claires sont douces à boire
le faucon n'attend qu'un signe
Marquer au cœur
De quelle eau parle la fontaine
de quel pays le vent
de quel hiver es tu l'esclave
Quand vivrons nous l'âme des choses
Du soleil ou de la mort
qui marche à tes côtés
Venus de la forêt des peurs
Des bruits de feu brûlent encore
Verrons nous le pays des sources ?
Au droit - fil des vignes
songer
aux dieux fous qu'il faudra prier
pour qu'à nouveau tu danses
au retour fabuleux des geais et des mésanges
LES CAILLOUX BLANCS
Résister au destin
la mort acceptera
tous les gestes de vivre
Ne pas cueillir
le fruit qui veut mûrir encore
aimer en patience
Se souvenir espérer
frontières d'un mal ou d'un bonheur
pas à genoux
Tant de sel
pour l'aube de nous connaître
Nuances
ne pas habiter sur la peau des choses
Entrer
Les pervenches n'ont rien à dire
croire au mystère de la saison
- seul
Si les murs ont la parole
ils parlent de prison
Rêver à la mer
Des images font leur chemin
résonances
cent fois revivre - non contraints
Pour une colline
un frisson de fleur d'amandier
Remettre en cause
Non pas penser au bonheur
mais à vivre
Habitudes
ce poids de souffrance n'est fait
que de contredire son âme
Marcher jusqu'au bout du désert
le myosotis attend
Laisser l'épée
il suffira de l'âme pour n'être pas esclave
La joie est le passage d’un état d’être à un autre état d’être. Il me semble que le désintérêt et l’ennui que ta personnalité a sur moi en ce moment sont un des symptômes d’un tel changement. Pour accroître ma vie, je veux du mieux-être, je refuse la stagnation. Cela suppose de briser le cercle, surtout le tien, celui dont tu étais le centre. Vivre c’est naître à chaque instant, la vieillesse c’est l’acceptation d’un état de fait, je veux l’aventure de la joie, pouvoir en danser, pouvoir en perler, pouvoir la montrer
Je vis, j’existe.
La guérison de la souffrance où tu m’enfermais, c’est la régénérescence de mon entrain- de naître.
Je me délecte de tes inter-dits, ils me replient encore un peu, mais ils m’obligent à me déployer hors de ton atteinte.
"L’homme-question est l’homme qui a compris que la vie consiste à transformer le destin en Histoire, puisant dans la liberté d’inventer l’invention de
Dans ce sens toujours le même sens qui ne faisait ma vie qu’à partir de toi, je vais rechercher la multiplicité des sens possibles. Je quitte cette toile d’araignée, toute puissante, infantile et tyrannique qui m’obligeait à ne vivre que la culpabilité de ton infidélité. Mais où était l’amour ?
Dans ce manque que tu ne remplis plus, il y a peut-être mon sabath.
J’ai même cesser de lire. J’ai peur de trouver des mots qui font saigner, des signes d’un monde qui se refuserait à ma folie. Je n’écris pas même, je veux penser à toi. Je ne peux pas ne pas penser à toi et cela est si violent que j’en ai des vertiges. Ouvrir les yeux m’évanouit. Je suis sur mon "rocher d’amour". J’y suis revenue comme vers un talisman, j’ai remis mon pull suaire pour raviver mon deuil et attendre malgré tout que tu rappelles, que tu te rappelles au point de ne pas avoir le courage de ne pas téléphoner.
Désespérée de l’oubli qui vient déjà, être morte en toi et cependant vivante que de toi comme si je m’en obligeait.
Que fais-tu maintenant ? Où seras-tu ce soir, demain cette nuit ? Hier à cette heure tu m’appelais, hier, avant, déjà autrefois, il y a presque longtemps, le passé s’éloigne, repoussé vers les souvenirs mutilés d’avenir. Il n’y a plus d’attentes autorisées et ce sang si épais qu’il fait mal à chaque battement de cil, qui voudrait encore un peu tant qu’à finir, encore un peu ; avant plus rien.
Plus rien ! On ne saurait l’imaginer. C’est comme si on préférait des coquilles d’œuf plutôt que des coquilles St Jacques façon Pradeau, comme si l’eau venait à manquer, comme si je renaissais intouchable en Indes, comme si le con qui me drague depuis une demi-heure pouvait se métamorphoser en Elie, comme si D. n’existait pas.
Moi sans toi c’est indécent. Dis moi encore l’inconsolable ! raconte moi comment ce fut nous deux, évoque moi, pour nourrir ma douleur, tout ce qui valait cette peine. Ne t’arrête pas tout de suite de souffrir, tu effacerais tes propres mots d’amour d’alors. Je voudrais mille morts de chagrin pour que chacune te souvienne des mille joies, des mille plaisirs. Je voudrais que tu saches dans quel précipice je suis parce qu’avec toi ce fut l’acmé. Je n’ai pas un soupir de regret de la turbulence où je suis, où je me suis mise, elle me dit combien je t’aime encore. Dans le crépitement des mimosas, ces fleurs acides et suaves, bruyantes de leur multitude, un peu sottes de ne valoir qu’avec d’autres, incapables de solitude à moins de n’être qu’un point jaune, dans leur sociabilité, je retrouve cette branche que tu m’as apportée, rameau que l’on pose en franc-maçonnerie sur les cercueils. Etre parmi les autres , même mourir, cela je n’en ai pas envie, je ne suis plus parmi nous.
Sais-tu que nous avons tout le reste et le reste est immense. Alors commençons à le découvrir, il nous reste si peu de temps. C’est dans le reste que je vais te chercher. Les cieux attendront.
La nuit est devenue mon château et tu en es le suzerain. De tourelles en souvenirs, je glisse ton ombre sur mon corps et tu progresses sur ma peau. Je veux me sentir brûler à ma propre soumission, j’ai l’orgueil sauvage de l’esclave qui joui de l’émotion du maître.
Je me souviens. Tu fus mon maître Rien de moi sans toi, rien d toi… je ne puis finir la phrase. Il n’y a pas d miroir pour la symétrie mais l’absence et elle absorbe comme du noir le crénelage de mes alentours. Quelle peut-être l’espérance de ce qui est vécu sur une terre étrangère. Ni chez moi, ni chez toi, l’accueil est éphémère, volé, effacé, il ne reste que les espaces intérieurs, confinés et cependant sublimes de promission.
Nous avons partagé l’éblouissement, cela devrait me suffire n’est-ce pas ?
Mais l’image du miroir s’éloigne et réfléchit plus que jamais toutes tes fuites : mes humiliations.
Tu m’as appris à être sans crainte. J’avais cru pouvoir être telle que j’étais dans mon corps, dans nos corps à cœur, dans mes mots que je n’avais entendus prononcer comme ils le furent pour toi et j’écoutais les tiens qui, même lorsqu’ils disaient ton amour me semblaient inédits, nouveaux, de la vie pure et nouvelle. Nous étions si beaux emmêlés dans nos attentes, dans nos salives, dans nos liqueurs de cattlaya.
Mais je n’ai jamais pu m’abreuver au rassasiement. A chaque fois, il fallait nettoyer, me faire disparaître, m’éloigner de tout ce que ta femme pouvait soupçonner. Je crois qu’il n’y a pas eu de commencement à nous deux. Je ne t’ai évité qu’un inceste sur ta propre fille et cela je l’ai compris, trop tard, quand tu m’as raconté son désir de toi qu’elle t’avait confié et qui t’avait tant ému…
J’ai failli devenir rauque, grave, pénible, lourde par ignorance!
L’œuvre de mort ricane mais j’ai de la chance. J’aurais pu être avec des hommes pour le pouvoir ou pour de l’argent. Je les ai fréquentés pour mon plaisir. Mais tous mes détours, toutes mes erreurs, toutes mes attentes m’ont conduite vers toi et le monde était achevé pour moi quand je t’ai rencontré. Là tout azurait pu s’arrêter.
Pourquoi t’avoir trouvé que pour te refuser. Je pratique l’esquive quand arrive enfin ce que j’espérais, depuis mon baiser d’adolescente. J’avais besoin de toi, mais tu ne savais pas me rassurer. Tu as failli à chaque appel. Il y a les rôles de l’intimité et puis les cache-cache et la duplicité et ma mort rituel, cauchemar au grand jour du quotidien. Tu m’as immolée à la condition familiale. La vie sans toi n’est pas une vie, mais la vie avec toi est un vie sans toi. Alors il me faut devenir aveugle pour ne plus rien voir où tu ne sois. Il me faut apprendre, comme une mal-née, à vivre seulement pour attendre de mourir. Tu m’as lassée de toutes les tentatives de bonheur. Je redeviens aiguë et sauvage, je percerai chaque silence, chaque source d’émotion, chaque sanglot du triomphe de l’ombre et de l’oubli. je ne dormirai plus dans ce temps de promenade où nous avons rêvé ensemble au-delà des bornes de la parole et du silence.
Te choisir donnait à mon existence toute sa singularité, te choisir c’était te donner ma préférence, en tout cas l’échanger contre la tienne. marché de dupe ! Jamais plus je ne pourrai me griser du sentiment de maîtriser mon destin.
Si tu n’as pu me faire tout le bien que je souhaitais, ne crois pas cependant que tu m’en ferais tout le mal en me rejetant à corps perdu vers la frénésie de la chair. Il y a plus de lubricité à se réserver qu’à se donner. Je me refuse à voler la vie, je n’en veux que son envol et rouler dans l’azur avec la joie des autres. Je voulais transformer ta vie en ciel et je me suis retrouvée traversant l’enfer dans tous les "en-attendant" où tu m’obligeais à me cacher.
Surtout ne pas gémir, ne pas se rétrécir, réinventer le plaisir de vivre, continuer à sourire et surtout retrouver la joyeuseté à tout.
Même le soleil qui ne compte plus et pourtant d’un revers de la main, je détourne ma vie, pffittt…..
Peu importe Tout sera à nouveau exactement.
Comme le nom imprononçable de D., il y a un autre mot qui ne se prononce pas, non pas par interdiction mais par impossibilité. De même que le mystère-dieu ne peut se réduire à un mot qui le définirait, de même le mot de la jouissance ne s’épuise pas dans une définition. La jouissance, cette énergie de l’inconscient ne peut se coaguler d’un dit qui par sa fixité annulerait la dimension de ce qui est à dire. Le mot de substitution de l’UN est Adonaï, la porte du moi, celui de l’Autre, Chakhov*, ce mot prétend aussi à être ce qui est en relation avec les 22 lettres*, avec la parole potentielle, avec un dire infini, non pas parole dite mais à dire..
Mon désir n’est pas dans mes lettres, dans tout ce que je t’es déjà dit, même s’il y fut, il est dans ce qui n’est pas encore écrit, pas encore dit.
Quand furent comptés les hébreux, pendant l’Exode, chacun dut donner un demi-sicle d’argent. Avec le prix du dénombrement on construisit le michkané dont les socles en argent furent fabriqués avec une partie de la masse du métal. L’argent, kessef, c’est aussi du désir dans lequel se fondent les adné, la porte du moi où D. fait effraction dans son nom de substitution : libido, ergo sum. Les colonnes, amoud (aleph, mem, daleth), qui soutinrent les voiles de l’écrin de l’Arche d’Alliance, faites avec le complément de l’argent du compte, c’est la fête commémorative, c’est une mémoire collective, c’est madona (mem, aleph, daleth), le "pourquoi ?", le questionnement.
Alors c’est aussi mes pleurs qui sont des questions adressées à la douleur, sanglotés au souvenir de la shékhina , qui en rejoignant sa michkané était parmi nous, en nous, en moi.
Le don d’un demi-sicle, ce désir d’être, d’être existant la tête relevée comme cela fut demandé de procéder, ce demi-sicle nous propose d’être debout, humain, unique, de compter pour, de refuser l’indifférence, capable de construire le questionnement qui brise le définitif du destin pour ouvrir l’infinitif de l’existence souchée sur le désir reconnu comme tel, jusque dans son impossible à dire ou du moins dans son interminable à dire*.
Ma parole est interrogeante de ton désir. C’est un vide préalable, véritable face à face qui ne vise aucune affirmation, tremblante de l’incertitude de la réponse. Désistée de moi-même pour laisser place à l’authenticité de tes prores questions, pour entendre au-delà de mon attente, ce qui est advenu, à-venir de toi. Je ne suis plus une réponse en toi, je ne réponds pas à ta place sur mon questionnement, je ne vole pas ta parole, je n’impose pas une réponse à mon désir, je n’envahis pas avec ma parole ton histoire, j’écoute donc ton silence.
J’ai voulu me rassurer en m’échouant dans une répétition de l’identique tant je ne pouvais m’abreuver de ce qui me semblait si délicieux. J’oubliais que le nom-dieu, Achem, c’est un nom-question qui défait l’âme et l’ouvre à un autrement-être incessant, sans repos. "Le nom-question est un mot extraordinaire, le seul qui n’éteigne ni n’absorbe son d ire mais qui ne peut rester simple mot"*.
Le mot désir interroge D. : Kessef Madona (Adonaï). L’homme-question est un dieu déployé, en devenir !
Alors dis moi ?
Ne me refuse pas d le dire, ne me fais pas violence de stériliser et de figer notre passé. Nous avons fait, nous faisons choix de certaines significations forgées par nos vécus et elles vivent de façon différente en chacun de nous ? Il n’y a dans notre histoire ni commencement, ni fin par rapport à la vie qui est une linéarité dont les tenants et les aboutissements sont en devenir, nous en sommes toujours à son milieu. Il y a, dans notre histoire, des souvenirs, qui s’articulant dans le temps, construisent de la reconnaissance d’événements faits d’attente, de passages, de rencontres.
Comprendre notre histoire, toutes ses histoires, c’est comprendre pourquoi les articulations de notre vie ont suivi ce temps là et pas un autre. "La maladie est une situation prison qui s’explique en deux adverbes : uniquement et toujours.
J’ai été malade de toi et comme remède tu m’as renvoyé le rien, le ayin, le ani, le je.
Tu te fais de plus en plus transparent au point de n’avoir ni résistance, ni opacité, je te traverse sans te rencontrer. Tu n’es plus. Il n’y a même plus autre chose et comment ce vide pourrait être encore lieu d’une inscription pour l’avènement de quelque chose de nouveau. Quand je te demande : invente-nous, refais une relation qui puisse nous renouer, tu réponds : je n’ai pas d’imagination et j’entends : je suis incapable d’aimer.
J’ai halluciné ce que nous avons été. Je le sais maintenant. J’ai versé sur toi des absolus inachevés, des rêves si vrais et si tu rêvais c’est parce que je rêvais pour toi. Tous tes frissons n’étaient que mes frissons. Je t’ai fait des heures embaumées et ta folie n’était que la mienne.
Tu n’as jamais été aussi bau que par la magie du commencement de l'infini auquel j'ai cru que tu pourrais ressembler. Las ! la réalité mortifère n’est qu’un agacement de rien et tous les voiles d mensonges jetés sur tes troubles jeux te rendent-ils plus vrai, moins trouble. "Sois méfiant, la peur est la meilleure sécurité" pourrais-tu dire, alors méfies toi de la mort ; il te reste heureusement le temps qui passe sans grincements articulés sur l’habitude momifiante.
J’ai relu ces lettres que je te lisais au " Bonheur" pour te donner envie de moi, en germe de nous. Elles sont semblables à celles que je t’ai écrites ! Pour toi ou pour un autre, le désir, ce fut l’apprentissage incessant du présent avec la conscience aiguë qu’adulte ou adultère, adulé, c’est un –a- privatif de mon enfance, c’est l’a-mortalité, l’a-moralité, mais c’est la vie à combler d’elle-même. C’est mon regard qui cherche à se poser sur l’autre pour qu’il me renvoie un peu d’ombre afin de rafraîchir tout cet amour à donner qui me brûle et me consume.
J’ai mis en place un sevrage, une coupure pour être autre, pour espérer ressusciter d’entre les morts, diantre les mots, dis entre les maux. C’est pour une terre à promettre que je me suis détournée d’une situation close sur mon effacement dans ces jours-palimpsestes. Pour guérir j’ai fui à Samarcande, "Tu" m’y attendait déjà.
Post-face
Par delà la ressemblance qui a rassemblé des mots, des tournures, des expressions culturelles grappillées dans des lectures certainement communes, il y a effectivement identification entre ce texte et moi.
mon discours amoureux est comme pour elle :
· Mon amour, ma passion, c’est tout pour moi, c’est pour tout mon être : aspirer à s’oublier, à se perdre, à s’abîmer dans l’intensité d’un sentiment qui transcendait l’angoisse, l’inexorable réalité de la mort, de la solitude, de la séparation. Ma mère m’a allaitée jusqu’à 2 ans !
· Mon amour ne peut se manifester pleinement que lorsque j’ai le sentiment que je compte plus que quiconque. Toutes ces lettres c’est la descente et la remontée du sentiment passionnel transfiguré enfin par sa confrontation à l’absolu, à cette mort qui devient non plus le contraire de la vie mais bien le contraire de l’amour, cette mort qui emmène l’autre vers l’indifférence radicale.
· Mon amour confine au mysticisme puisé aux sources primitives et archétypales où l’objet d’amour est magnifié et sublimé en le plongeant dans l’espace-temps infini.
· Mon amour est un narcissisme qui pour me séduire moi-même comble l’autre de ce qui lui manque et je le fais surtout par crainte que le prétexte-amant ne réussisse pas à être aussi réel que mon attente d’homme. "Alors pour ne pas voir son manque de romantisme, de folie, de générosité, je me jette de la poudre aux yeux pour ne plus le voir tel qu’il est mais tel qu’il est embrasé de mon reflet".
· Mon amour est une quête impossible qui ne s’annonce que devant la mort et ne s’achève que par la mémoire solitaire d’un seul survivant.
Cette histoire reste celle d’un couple "insatisfaisant d’exigence illimitée et d’un amour humainement limité
…et in Arcadia ego
NAISSANCEs
I
L'île au soleil
attend les oiseaux noirs
le vent
fermera tes yeux
Nue dans la douleur
tu regardes l'eau des étangs
Il neige sur tes rêves
II
Oiseaux d'océan
tes mains caressent
dans mes yeux
les épées des iris
III
Tu marches
sur un cœur en sentier
qui attendait tes pas
Ton sourire éteindras les seringas
et les murailles de l'été
s'écrouleront
Tu seras tige au vent des souvenirs
Est-ce que l'amour pleurera ?
IV
Fleur en tes yeux d'or
le soleil ensanglanté
ne veut pas mourir
V
Dans l'eau de l'étang
ton image anneau
tremble
au doigt du temps
VI
Au creux de toi
à l'ancre d'un ailleurs orange et calme
une trirème
bat les rythmes du rêve
VII
Le vent marche sur la nuit
sur ton sourire
Tu m'as laissé les quelques grains
de ta lumière
VIII
On brisera la soie que tu tissais
tes yeux brillent - colchiques
au crépuscule
les couteaux des cailloux
ont lynché ton sourire
IX
Les souvenirs ont froid
L'écorce bleu du rire au vent s'en va
Très loin là bas la mer…
La fontaine irisée de tes yeux - fleurs
givre à l'hiver de ton silence
X
Par les heures qui se taisent
A cette croix de chemins
Se divise le long vertige
Des amours sans visage
EXILS
I
Chemins des rêves
où revivre tous nos passages
le sang de l'aube éclabousse en moi
ton visage
II
Somptueux instant
l'étang
la lumière rejaillie
le temps qui jette sa poudre aux yeux
miroir d'un amour
III
L'âme lavée de clairs matins
aux sous bois scintillants
tu m'as donné de vivre
l'automne
de ce pays naissant
IV
Quel navire
m'a laissée sur quel rivage
l'horizon
les fleurs ont l'air de pleurer
chavire dans le soleil de l'avenue
V
Croquis d'un bonheur - le temps
l'ombre des choses non vécues
l'intime silence
- non voulues
et l'inconnu sourire
Dans quelle nuit chuchote
Cet amour là ?
VI
Au printemps
tout revivra sous la terre
humus des jasmins parfumés
absent présent
tu me respireras
VII
Haut dans le ciel
alouette
ta vie défie tous les soleils
Au couchant
blottir ta fièvre dans mes mains
VIII
Lèvres du vent
messager
un instant sur ma lèvre
arrêté
…qui a pleuré ce goût de sel ?
IX
Des oiseaux tournent en silence
. flocons d'absence
Il neige
sur l'île où tu ne viendras pas
la mer, la mer
n'a pas voulu de nous
X
Les sarcelles ont égorgé l'aube
tu n'en reviendras pas
on clouera mon corps à ta croix
des cris
giffleront le silence
Qui sait déjà qu'un amour meurt ?
XI
Fusain d'un souffle dans l'aurore
tu as redessiné ma vie
ma mémoire sent la forêt
des jours sont nés
- sans toi
XII
Le vent
décidera de nos jours
sur les lignes de nos deux mains
sang et eau
mêlées
joie et peur
le vent
XIII
Pour un jour d'étoiles
il faudra longtemps pousser
la roue
des soleils levants
apprendre à sourire au possible
LES SENTIERS ROUGES
I
Les chemins
sont empierrés de mots
Il ne faut pas marcher pieds - nus
Garder conscience
que le silence - écoute
est bien vivant
II
Ceux qui desserviront le table
tremblants de jalousie
Ceux qui fermeront les volets
s'étonneront :
tu auras quitté la fête
avant que les fous se purifient
en jetant leurs lampes - tempête
dans les granges de nos moissons
III
Ils n'ont pas attendu
ton sourire
Ils ont lancé leurs pierres avant
Stupeur :
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